Partie 4 – Tame the beast

Bonsoir à toutes, à tous, bonsoir… Monsieur Wenger ! Et Monsieur Sombé ! J'apprécie la fidélité mes petits ! Mais passons sans plus attendre aux choses sérieuses. Je ne vous ai pas raconté ma petite vie depuis… quasiment un mois il me semble, non ? Oh ? Je t'ai manqué, mademoiselle ? Oooooooow… Toi t'es trop mignonne, gentille fille ! Je te retiens ma petite euh… Marlène ? Okay c'est noté. Bon c'est pas tout, mais il faut que je finisse d'emménager. Hum ? Ah oui pardon ! Je vais vivre quelques temps chez Sora. Je viens de récupérer quelques cartons d'affaires chez moi, après le boulot, pour mon installation. Je devrais arriver chez Sora dans quelques minutes, ça me laisse le temps de vous expliquer.

Ces dernières semaines, j'ai enchaîné les aller-retours chez Sora pour pouvoir aider les deux frères. Au début je ne savais pas vraiment quoi faire, je pense qu'ils ont surtout besoin de temps pour que leurs problèmes s'arrangent. Alors j'ai décidé de me rendre utile comme je le pouvais. J'ai commencé par aider aux tâches ménagères et à la cuisine, pour que Sora ait plus de temps à consacrer à Roxas. Et ça a eu l'air de leur faire plaisir à tous les deux. Sora est très attentionné envers son frère. On sent bien qu'il lui a manqué. Roxas lui est toujours aussi inexpressif, pire que Zexion - je vous jure ! - mais il a l'air moins… enfin plus… enfin mieux quoi ! Par contre il ne parle toujours pas. A part à Sora bien sûr. Mais peu importe ce que je lui dis, il ne me répond jamais. Même après un mois à passer tout mon temps libre avec eux. C'en est presque vexant, mais bon ça ne doit pas être facile pour lui… Je ne me rappelle même pas du son de sa voix… Et je peux encore moins espérer avoir un quelconque contact physique avec lui. Un soir de la semaine dernière, pendant le repas, j'ai tendu le bras pour attraper la carafe d'eau. J'ai à peine effleuré son épaule en passant qu'il a eu un grand mouvement de recul. Sora est le seul à pouvoir le toucher, et encore, uniquement si Roxas voit qu'il va le toucher. Enfin bon, il y a quand même du progrès. Il tolère ma présence à présent, il n'a pas peur de rester seul avec moi. Et ça tombe à pic, car en voyant le temps que je passais chez lui, Sora m'a proposé de venir vivre avec eux après s'être concerté avec Roxas.

Et me voici donc arrivé dans mon nouveau logement. Sora vient m'aider à récupérer les cartons dans le coffre de la voiture.

- Où est Roxas ? lui demandé-je.

- Dans sa chambre. Il fait ses devoirs, me répond-il en souriant.

Je suis Sora à l'intérieur et le vois se diriger vers sa chambre.

- Euh… Tu fais quoi, Sora ?

Il se retourne vers moi et me regarde, innocent.

- Ben j'amène tes affaires.

- Oui, mais où ?

Il penche la tête, l'air agacé.

- Ben dans ma chambre, évidemment ! Tu as toujours dormi là.

- Sora… Je pensais dormir ailleurs justement.

- Hein ? Mais pourquoi ?

Je soupire.

- Et bien… Maintenant il y a Roxas. Il vaudrait mieux éviter ce genre de choses…

- Axel tu sais, Roxas est un grand garçon, hein. Et puis il sait déjà pour nous deux.

Je déglutis.

- Quoi ?! Tu lui as dit ?!

- On en a parlé, oui. Mais il avait déjà compris, vu qu'on avait dormi ensemble le soir de votre rencontre.

Je me mets une baffe mentale. Bravo Axel… Quelle délicatesse de ta part de le confronter à ça après son agression… Je ne m'en étais même pas rendu compte.

- Mais pourquoi ça te travaille autant ? Comme je te dis, Roxas est grand, il comprend ce genre de choses.

C'est vrai ça, pourquoi ça me tracasse comme ça ? Sora m'a dit que son frère a dix-sept ans. Il est en âge de comprendre. Mais il a l'air si fragile… Et maintenant que je connais son passé, j'ai cette envie irrépressible de le protéger… Non, peu importe comment je tourne la situation dans ma tête, j'ai l'impression de faire quelque chose qu'il ne faut pas en m'affichant avec Sora devant Roxas.

- Sora, dis-je après m'être éclairci la voix, je pense qu'il vaut mieux laisser un peu de temps à ton frère. Après ce qu'il lui est arrivé, je préfère éviter tout risque de rechute jusqu'à ce qu'il aille mieux.

Il scrute mon visage un instant, visiblement contrarié. Il ouvre la bouche, s'apprêtant à dire quelque chose, mais se ravise en baissant les yeux.

- Tu as raison, finit-il par dire. Je t'avoue que je n'avais même pas pensé que ça pourrait impacter Roxas. Je… suis vraiment mauvais comme grand frère.

Il relève finalement les yeux vers moi. Son visage si expressif laisse transparaître de la tristesse, de la colère. Je dépose aussitôt mes cartons par terre et le prends dans mes bras.

- Ce n'est pas vrai Sora. Tu fais de ton mieux et ça porte ses fruits. Roxas commence à reprendre pied et il a l'air content du temps que tu lui accordes.

- Tu penses ?

Je resserre mon étreinte en acquiesçant. Sora secoue la tête comme pour se remettre les idées en place et me congratule de son immense sourire habituel.

- Alors comme ça on n'a pas le droit de dormir ensemble, mais les câlins sont autorisés ? Me demande-t-il d'un ton espiègle.

Je pouffe de rire. Il ne perd décidément pas le nord.

- C'est pas pareil. Et puis j'ai bien le droit de consoler mon meilleur ami.

- Mouais… Bon c'est pas tout mais je commence à avoir mal aux bras moi. On va t'installer dans la chambre d'amis. Suis-moi.

Je récupère mes cartons et m'exécute. Nous montons l'escalier et nous dirigeons vers la gauche.

Là, c'est la chambre de Roxas, m'explique Sora en passant devant la première porte sur la gauche. Et ici, ça sera ta chambre, continue-t-il en ouvrant la porte d'après. Je vais te laisser t'installer et aller voir si mon frère s'en sort avec ses devoirs.

Nous déposons les cartons à côté d'un lit double couvert de coussins. J'observe ma nouvelle chambre alors que Sora part rejoindre Roxas dans la sienne. Mis à part le lit, la pièce compte une armoire, un bureau et des étagères. Bon ! Je vais me dépêcher de ranger mes affaires histoire de pouvoir enfin me reposer. Je n'ai pas encore pu me poser depuis la fin du service…

Après d'interminables minutes, je termine enfin mon rangement. Une vraie fille, je vous jure… Hey oh ! Me criez pas dessus, hein, ça va là ! Je disais pas ça pour vous, moi ! Et puis arrêtez de me regarder méchamment comme ça… vous voulez pas ? Bon mon petit Axel, je le sens mal là… Vous savez quoi ? On va aller voir Roxas, ça vous apaisera. Je sors de ma chambre, direction la pièce d'à côté. La porte est grande ouverte, mais aucun des deux garçons ne s'est rendu compte de ma présence. Roxas est assis à son bureau et Sora se tient près de lui. Je m'appuie contre l'encadrement et admire le spectacle. Hein ? M-Mais non, pas Roxas ! C'est Sora le spectacle. Je vous assure que le combat Sora vs devoirs vaut le détour. Il y a toujours un moment où on jurerait voir de la fumée sortir de ses oreilles tellement il ne comprend rien. Déjà qu'à l'époque où je l'ai connu, il peinait à avoir la moyenne… Heureusement que Roxas est bon élève. Je toque à la porte en ricanant alors que Sora commence à se tirer les cheveux. Les deux frères se tournent alors vers moi.

- A-Axeeeeeeeel, j'en ai marre, je comprends plus rien, se plaint Sora. Mon cerveau va fondre.

- Mais non, mais non. Il faut déjà en avoir un pour ça, le taquiné-je. Coucou toi, dis-je à l'intention de Roxas avec un petit signe de main.

Il me regarde droit dans les yeux et fait un petit mouvement de tête pour me saluer à son tour. Je lui souris. C'était un geste presque invisible à l'œil nu tant il était léger, mais c'est le genre de choses que j'ai appris à remarquer à force de passer du temps avec lui. Ça me fait toujours plaisir d'avoir droit à ces petits gestes ou à certains regards. En fait, Roxas est un peu comme une bête sauvage. A force de le regarder et d'être près de lui, je le comprends et l'apprivoise petit à petit. Et ces réactions qu'il a à mon égard sont mes récompenses, ainsi que les preuves qu'il va mieux. Ça me rassure.

- Viens voir au lieu de te moquer de moi ! Reprend Sora. Je suis sûr que tu ne vas pas y arriver non plus.

Je regarde à nouveau Roxas, guettant la réaction qui m'autorise à entrer dans sa chambre. Je ne me permets pas de prendre mes aises quand il s'agit de lui. Je ne veux en aucun cas le brusquer. Ses lèvres s'étirent en une sorte de mini-sourire alors qu'il penche la tête en avant. J'entre alors et m'approche des deux frères. Je me place à côté de Roxas, en veillant à respecter une certaine distance, et m'intéresse au cahier du cadet posé sur le bureau.

- Sora… C'est déloyal… Tu m'avais pas dit que c'était des maths ! Je me souviens plus de tout ça moi !

- Tu comprends maintenant ? T'es mieux qualifié que moi pour voir ça avec lui. J'ai toujours été une bille en maths. Je vais faire à manger, ça au moins je sais faire.

Je simule une toux alors que Sora s'éloigne. Je l'entends me crier dessus depuis l'escalier et souris. Je reprends toutefois mon sérieux et reporte mon attention sur les devoirs. Je constate avec étonnement que Roxas arrive très bien à faire ses exercices tout seul. Pourquoi Sora reste-t-il toujours avec Roxas pour "l'aider" avec ses devoirs ?

Un peu plus tard dans la soirée, après que Roxas soit parti se coucher, je décide de m'entretenir avec Sora au sujet de son frère. Nous nous installons alors sur le canapé.

- Dis-moi Sora, commencé-je, il y a un problème avec Roxas ?

- Pourquoi cette question ?

- Tout à l'heure, pour ses devoirs, tu étais avec lui mais de toute évidence il n'a pas eu besoin d'aide.

- Oui c'est vrai… Mais j'ai beaucoup réfléchi dernièrement et j'ai pensé à un truc. Roxas est en train de se reconstruire et je crois qu'il vaudrait mieux que l'un de nous soit toujours avec lui. Il est encore fragile…

Il n'a pas tort. Et avec nos horaires respectifs, c'est plutôt simple de faire en sorte que Roxas ne soit jamais seul. Il est très rare que Sora soit amené à travailler la journée. Et c'est tout l'inverse pour moi.

- On va faire ça alors. Je vais m'occuper de ses trajets entre ici et l'école. Et je resterais près de lui quand tu travailleras. Pour le reste, je pense que tu reste le mieux placé.

Sora déglutit.

- Euh t'es vraiment sûr de vouloir retenter l'expérience des trajets ?

Attention, voici le moment de l'info gênante ! Après l'agression de Roxas, j'avais décidé d'aller le chercher à l'école le soir. Il s'avère que son lycée se situe tout près de mon café. Du coup, après le service je prenais ma voiture et j'allais l'attendre à l'entrée de l'école. Mais peu importe combien de fois j'ai essayé de le ramener, il n'a jamais voulu monter avec moi. Il continuait son chemin en m'ignorant ! J'avais à peine l'air d'un stalker… Et pire ! Je pouvais quand même pas le laisser rentrer seul, mais je pouvais pas non plus laisser ma voiture en plan… Alors je l'ai suivi, en conduisant, jusque chez Sora… La méga honte… Et je ne vous parle même pas du regard des passants sur moi ! Alors vous comprendrez qu'après ces humiliations (oui au pluriel parce que j'ai réessayé !) j'ai décidé d'arrêter d'aller le chercher.

- Oui je suis sûr, dis-je les dents serrées en repensant à ces moments de honte. Mais cette fois j'irais à pied.

Les lèvres de Sora se tordent, puis il éclate de rire, ne pouvant visiblement pas se retenir longtemps.

- Ah Axel… Si tu n'existais pas, il faudrait t'inventer. Pour bien des raisons.

Il dépose sa main sur ma nuque et m'attire à lui pour m'embrasser.

- Bon, il va falloir aller se coucher maintenant, dit-il après m'avoir libéré. Profite bien de la chaleur de ton lit, parce que demain matin tu vas devoir marcher dans le froid. Et je sais que tu ADORES ça.

Il rejoint sa chambre en riant. Le froid… Je regrette presque déjà d'avoir pris cette décision. Hey oh ! Me criez pas dessus je rigole ! Evidemment que je vais le faire, roh ! Sur ce, je vous laisse. Je vais me coucher.

Je me réveille doucement le lendemain matin. Je me tire difficilement du lit et entre tout aussi difficilement dans mes vêtements. Vite café… Et comme chaque matin, je me lance dans le parcours du combattant post-réveil. Hum ? De quoi il se compose ? Alors… Tout d'abord d'un taux excessivement bas de caféine dans le sang rendant ton corps lourd, lourd, lourd… Suivi de cinq mètres de frotte-épaule contre le mur pour garder une trajectoire droite. Cette épreuve est coupée par un frotte-poignée-de-porte-de-chambre-de-Roxas direct dans l'avant-bras, ou plutôt dans l'hématome causé pas le parcours de la veille… Alors vous vous dîtes que je pourrais l'éviter, mais cette poignée de porte est cruciale pour la suite, car la douleur réveille un peu. Oui parce qu'après il y a la pire épreuve : les douze marches de l'escalier de la mort. Je suis sûr que si les mots tomber et tombe sont si proches, c'est à cause de cet escalier. Une chute et couic ! Mais l'avantage de cette étape, c'est l'adrénaline. Après ça, j'ai assez d'énergie pour filer jusqu'à la cuisine et avoir mon café.

Après avoir survécu une nouvelle fois au parcours, je retrouve Sora dans la cuisine.

- Bonjour Axel, j'ai ramené des croissants en revenant du boulot.

Il me tapote doucement la joue en me donnant une tasse de café. Je lui réponds d'un hochement de tête signifiant de manière non-exhaustive "bonjour, merci, trop cool des croissants !".

- Zombie, va, ricane-t-il.

Comme d'habitude, il a compris le message. Je bois mon café d'une traite et observe la machine à café un instant. Je commence à me faire un planning mental de la journée. Froid, stalker, travail, stalker… Dur… Je décide finalement de me faire un autre café, voyant que le processus de dézombification prend du temps (sûrement à cause de ce fantastique programme…). Celui-là par contre, je le sirote. J'immerge petit à petit.

- Ah coucou Roxas !

Je tourne la tête vers l'entrée de la cuisine tandis que la tête blonde apparaît. Sora fonce lui caresser la tête.

- Bonjour Roxas, dis-je enfin.

Il m'adresse un petit mouvement de tête, celui qui signifie bonjour, le premier geste que j'ai appris à distinguer.

- Tu as de la chance, reprends Sora à l'attention de son frère, tu arrives pile quand le café fait son effet sur Axel. Contrairement à toi, moi j'ai eu droit au bonjour zombie.

Sora imite ma tête de déterré et nous nous mettons à rire. Mais il s'arrête d'un coup et attrape les joues de son frère.

- Tu as des cernes, lui dit-il d'un ton rude. Tu as eu du mal à dormir ?

Je porte alors mon attention sur le visage du petit frère. Effectivement, il a des cernes. Il tourne alors la tête vers moi et croise mon regard. Alors ça, c'est pas fréquent. Je ne m'y attendais pas. Je reste là, à le dévisager comme un con… Il détourne finalement les yeux et je lâche un petit soupir de soulagement. Je sais pas pourquoi, mais ce regard m'a… troublé. C'est sûrement parce qu'il ne fait jamais ça, j'ai pas l'habitude. Sora lui tend un verre de jus de fruit et un croissant.

- On en parlera plus tard, lui dit-il. Bon, je fonce me coucher, je n'en peux plus. A plus tard !

Il file se coucher tandis que Roxas s'installe au comptoir pour prendre son petit déjeuner. A présent bien réveillé, je décide de le briefer concernant les trajets jusqu'à son école.

- Roxas, je vais te présenter mon plan d'attaque.

Il se tourne vers moi, en mordant dans son croissant.

- J'ai bien compris que ça te dérangeait qu'on fasse les trajets entre l'école et ici ensemble. Mais pour quelques temps, ton frère et moi, on pense vraiment que ça serait mieux que tu ne sois jamais seul. Alors on va retenter le coup. Mais ne t'en fais pas, ça sera temporaire. Et je resterais à une certaine distance de toi. Je te promets de respecter ton espace vital. Ça marche ?

Il me regarde un instant, puis je vois un tout petit sourire fleurir sur ses lèvres alors qu'il acquiesce. Je suis soulagé. Nous finissons notre petit déjeuner et allons à la salle de bain. Q-Quoi ? Mais bien sûr que non, pas ensemble ! Lui au premier, et moi à côté de la chambre de Sora. Vous êtes méchants avec moi… Ah mais ? Ah mais c'était une blague ?! Mais j'ai eu trop peur moi… Je commençais à me dire "comment ils peuvent penser ça de moi ?"… Quoiqu'il en soit, c'est bientôt l'heure de partir.

Une fois bien emmitouflés dans nos manteaux, on part de la maison. Je laisse Roxas passer devant et me tiens à une dizaine de mètres derrière lui. Il fait monstrueusement froid… Je déteste ce temps ! J'enfouis mon visage dans mon écharpe et serre les poings dans les poches de mon manteau. Je regarde Roxas, qui marche tranquillement. Comment il fait ?! Il ne porte que son uniforme scolaire - à savoir une chemise blanche et un chandail en laine beige, accompagnés d'une cravate bleu marine et d'un pantalon noir - sous son manteau et il n'a même pas froid ! Je suis un peu jaloux… J'en peux plus, je mets ma capuche, j'ai trop froid aux oreilles ! Le trajet se passe tranquillement. Pas de comportement louche à l'horizon. Personne ne me prend pour un stalker non plus (ça fait du bien). L'entrée du lycée de Roxas se situe à un croisement. Je reste donc de mon côté de la route, alors que Roxas traverse au passage piéton. Il arrive au niveau des grilles et m'adresse un rapide coup d'œil, avant d'entrer. Je soupire de soulagement une fois que je l'ai perdu de vue. Mission accomplie. Tout s'est bien passé. Je pense que rester ni trop près, ni trop loin de lui était la bonne méthode en fin de compte. Bon, je vais pouvoir aller au café, apaisé.

- Euh, excusez-moi monsieur !

Je me retourne en sentant une main se poser sur mon épaule. Je n'ai pas le temps de voir mon interlocuteur - satanée capuche ! - qu'il m'agrippe par le col.

- Ça vous plaît de suivre les mineurs ? Vous lui voulez quoi au petit blond ?!

Ça craint, ça craint, ça craint ! Axel, ne te dis plus jamais que personne te prend pour un stalker, sérieux… Il faut que je lui explique.

- Non, non, ce n'est pas ce que vous croyez. Il s'agit du frère d'un…

- A d'autres ton baratin ! Me hurle-t-il. Et puis montre-moi ton visage, sale lâche !

Il maintient sa prise sur mon col d'une main et m'arrache à ma capuche de l'autre. Je vais pouvoir lui parler face à face et il verra bien dans mon regard que… Hein ?!

- Demyx ?! M'écrié-je.

- Axel ?! S'écrit-il tout aussi surpris.

Il me relâche et tapote mon manteau pour le défroisser. Euh, faut m'expliquer là. Depuis quand Demyx, la douceur incarnée, qui chante des chansons aux mouches au lieu de les chasser, peut être aussi impressionnant ?! Je le regarde se tortiller sur place, visiblement aussi choqué que moi. Puis finalement il croise mon regard en se frottant la nuque.

- Erm… Du coup euh… tu euh… tu aimes les petits jeunes, Axel ?

Je lui donne une pichenette dans le front.

- Bien sûr que non, imbécile ! Je te jure… Comment tu peux penser ça de moi ?

Il se caresse doucement le front à l'endroit où je l'ai touché.

- Ben écoute, ça fait un moment que je marche derrière toi et je te voyais fixer ce garçon et le suivre jusqu'ici. En plus t'as vu ta tenue ? Plus suspect, tu meurs. On voit même pas ton visage entre ta capuche et ton écharpe !

- Mais j'ai froid moi !

Il cligne plusieurs fois des yeux, avant de finalement éclater de rire. Je lui crie dessus pour qu'il arrête de se moquer de moi, mais devant le comique de ce quiproquo je ne peux m'empêcher de rire à mon tour.

- Aller viens avec moi, dis-je en essuyant mes larmes de rire. Je vais t'expliquer sur le chemin du café.

Un fois arrivés au café, Demyx connaît toute l'histoire.

- C'est carrément dur cette histoire. Le pauvre Roxas… Et Sora aussi. Il est vachement courageux.

- Tu peux le dire oui.

C'est vrai que Sora ne paye pas de mine quand on le voit, mais c'est quelqu'un de très fort mentalement. Il prend toujours beaucoup sur lui, alors je suis content de pouvoir le décharger, ne serait-ce qu'un petit peu.

- Mais dis-moi Axel, il a l'air de bien te plaire ce Roxas, non ?

Je regarde Demyx avec des yeux ronds comme des soucoupes, puis ouvre la bouche pour l'engueuler en repensant à la scène de tout à l'heure.

- Je ne dis pas ça dans ce sens-là, me déclare-t-il, me coupant dans mon élan.

Ah. Si vous vous souvenez bien, je vous avais dit que Demyx était très sensible aux émotions des autres et percevait des choses qui nous échappent en règle générale. Et bien là, il a le regard du mec qui a remarqué quelque chose… Avec bien sûr un air si sérieux qu'on dirait qu'il a vieilli de dix ans. Ce n'est plus le même Demyx. Je déglutis.

- Je t'écoute.

- Tu es proche de lui, n'est-ce pas ? Ce garçon… Tu as réussi à t'ouvrir à lui, non ?

Euh what ?! Je ne m'attendais pas à ça, je me sens un peu secoué là. En général, Demyx ne se trompe jamais quand il passe en mode flippant. Je me retrouve alors à me demander quel impact Roxas a eu sur moi, quelle est la nature de notre relation. Je tique sur ce dernier mot… Relation… Je n'avais jamais réfléchi à tout ça, et jamais il ne me serait venu à l'esprit de le faire. Mais on ne peut pas qualifier ce qu'il y a entre nous de relation, n'est ce pas ? Nous ne sommes même pas amis, ni rien. Il s'agit juste du petit frère de mon meilleur ami, alors je l'aide. Ce n'est pas comme si je pouvais me permettre d'apprécier les moments que je passe avec lui. Non, non, non, il n'y a pas le moindre lien entre nous. Quelqu'un comme moi n'en a pas le droit. Tiens ? Pourquoi je pense ça moi ? Quelqu'un comme moi

- Tu sais que tu ferais un super psy ? Lui dis-je avec un sourire crispé.

Il ricane.

- Ne change pas de sujet Axel. Donne-moi ta réponse.

Ça devient compliqué là. J'aime pas quand Demyx fait ça ! Parce qu'on sait tous qu'il a toujours raison et qu'on se sent bien mieux après avoir enfin trouvé ce qu'il essaie de nous montrer. Mais là, j'aime vraiment pas… J'ai un peu peur en fait. Quelqu'un comme moi… Ces mots n'arrêtent pas de résonner dans ma tête. Je préfère ne plus y penser pour l'instant.

- Tu me laisses y réfléchir pendant la journée ?

Un sourire illumine son visage alors qu'il reprend son air enfantin.

- Pas de problème, patron !

La journée passe lentement. Heureusement qu'on est en effectif complet aujourd'hui, parce que je cogite tellement par rapport à Roxas que je ne suis pas très efficace. Ça me mine tellement que je n'ai même pas envie de taquiner Zexion par rapport à Demyx. Je ne réagis aux avances de Larxene que par monosyllabes… Marluxia a même prié le Guide Spirituel pour qu'il me vienne en aide. Ouais… Une longue journée. Mais elle arrive enfin à son terme.

- Axel ! M'interpelle Demyx. On fait un bout de chemin ensemble, pour parler de tu sais quoi ?

- OK…

Nous sortons tous les deux du café en laissant la fin du service aux autres, arrivés après nous ce matin.

- Tu penses avoir trouvé des réponses ?

- J'ai surtout trouvé une méga migraine à force de me prendre la tête.

Il se met à rire. Je lui parle un peu de toutes les pensées que j'ai eues au court de la journée, concernant mes rapports avec Roxas, alors qu'on se dirige vers le lycée du principal intéressé. Ça a été assez compliqué, j'ai eu beaucoup de mal à mettre des mots sur tout ça.

Une fois arrivés à l'école, on s'adosse à un mur à côté du portail d'entrée, de façon à pouvoir voir Roxas sortir. Je continue donc de discuter avec Demyx.

- Tu sais Demyx, je me suis retrouvé à avoir une idée bizarre. Je me suis dit qu'une personne comme moi n'était pas digne d'être proche de lui.

Demyx écarquille les yeux.

- Pourquoi ça ? D'où t'es allé chercher ça ?

- Il a beaucoup souffert et il essaye de se reconstruire. Pour être passé par une étape similaire, je sais de quoi je parle. Il lui faut des bases solides. Et regarde-moi : je suis un adulte blasé, encore affecté par une ridicule histoire vieille de cinq ans. Je couche avec mon meilleur ami, qui au passage est son frère. Si encore Sora et moi étions en couple, ça passerait légèrement mieux, mais c'est quand même glauque. Mais non. Je suis incapable d'éprouver de l'amour. Quel exemple je peux donner à Roxas ?

Demyx m'agrippe le bras. C'est alors que je remarque que je tremble. Sûrement depuis le début de ma tirade. Je me sens vraiment au plus bas. Ouais, je me sens… minable.

- Axel…

Je relève mes yeux de chien battu vers Demyx, chargés d'espoir. Il va sûrement me donner une solution…

- T'es con ou quoi ?!

Ou pas… Je fronce les sourcils, vexé de sa réponse. Mais il m'attire à lui et me serre contre lui.

- Tu es vraiment bête de penser à tout ça, Axel. Tu es quelqu'un de génial. Et si tu ne me crois pas, j'ai la preuve parfaite. Tu m'as sauvé la vie, ce jour où tu m'as récupéré sur le trottoir. Sans toi, c'est simple, je ne serais plus de ce monde. Malgré ta situation, tu trouves le moyen de tous nous aider. Ne te rabaisse pas comme ça.

Je m'agrippe fermement à Demyx et me mets à pleurer comme une madeleine. Je suis si soulagé de ce qu'il me dit. Ça fait tellement longtemps que je ne me suis pas autorisé à pleurer, j'ai l'impression que les larmes ne vont jamais s'arrêter de couler. Heureusement que les cours ne sont pas encore finis. Pleurer c'est quelque chose, mais en public c'est autre chose. Demyx me garde contre lui alors que son épaule est trempée et gelée. Il me frotte doucement le dos de temps en temps, et je me laisse aller jusqu'à ne plus pouvoir verser une goutte.

- Merci Demyx. Et désolé, lui dis-je en me frottant les yeux.

Il m'adresse un sourire.

- Ne t'inquiète pas, ça fait du bien des fois, de pleurer. De se laisser aller.

- Oui mais si ça pouvait ne pas arriver de sitôt…

Il ricane en me tapotant l'épaule. Puis il se racle la gorge.

- Sinon, pour en revenir à notre discussion… Je te promets que tu peux te permettre d'être proche de Roxas. Ça se sent qu'il a de l'estime pour toi. Et il peut ! Quand je vois tous les moyens que tu mets en œuvre pour lui venir en aide. Tu en fais déjà bien assez, Axel. Je n'ai qu'un conseil à te donner : parle-lui de ce qui te gêne. Tu te bloques tout seul avec ces pensées. Inconsciemment, tu as déjà baissé ta garde avec lui. C'est un énorme exploit qu'a réalisé ce garçon. J'attends avec impatience de voir la suite.

Toutes ses dents se dévoilent en un lumineux sourire. Il a raison, je devrais parler avec Roxas. Nous entendons une sonnerie retentir. Il s'agit sûrement de la cloche annonçant la fin des cours. Moins d'une minute après, nous voyons des étudiants sortir rapidement de l'enceinte. Je me frotte les yeux une nouvelle fois et me tapote les joues. Hors de question que Roxas remarque que j'ai pleuré. Quoi "on dirait une fille" ? C'est pas gentil ! Oh ! Le voilà ! Je me tourne rapidement vers Demyx, qui m'adresse un clin d'œil. Puis je reporte mon attention sur Roxas. Il cherche quelque chose du regard, puis finalement ses yeux croisent les miens. Je lui fais un petit signe de la main. J'ai droit à un mini sourire, et il commence à avancer pour rentrer chez lui, se retournant quelques pas plus loin pour voir si je le suis.

- Bon Demyx, merci encore. Je dois y aller maintenant.

- Oh oui, je vois ça, me répond-il avec un rictus. Tu as l'air content de le retrouver, hein ?

Je comprends à son regard que je dois sourire comme un idiot. Je repense au mini sourire que Roxas m'a adressé. Demyx a raison, ça fait du bien de se laisser aller.

- Oui, je lui réponds. Il est vraiment adorable.

Je lui dis au revoir et me mets à suivre Roxas, sans cesser de sourire pour autant.