Faire face
Omi fut un peu surprise de découvrir l'oncle Takeo sur le seuil de la chambre. Jun et elle étaient en train de trier et de plier des vêtements en prévision de leur inévitable départ. La fillette abandonna son ouvrage pour se porter au devant de son visiteur. C'était toujours avec beaucoup de soulagement qu'elle revoyait son bon visage barbichu et son doux regard voilé par une paire de lunettes.
-Princesse, je m'excuse de ne pas m'être fait annoncer, mais je n'ai trouvé aucun domestique en arrivant.
-La plupart nous ont déjà quittés, expliqua la fillette. Maintenant que nous ne pouvons plus payer leurs gages…
Elle jeta un regard reconnaissant et un bon sourire à sa nourrice qui continuait à plier du linge :
-Jun est l'une des rares à être restée, avec Daisuke, l'ancienne ordonnance de mon grand-père. Je ne sais pas ce que nous deviendrions sans eux.
L'oncle Takeo fit signe à la fillette qui le suivit au dehors de la pièce. Dans le salon voisin, il s'assit en face de l'enfant, ôta ses lunettes et la considéra d'un air grave.
-Princesse, déclara-t-il posément, un certain nombre de décisions doivent être prises rapidement. Votre famille a besoin d'un chef.
-Ma mère…
-N'a ni la force ni la volonté d'assumer ce rôle. J'ai peur que cette responsabilité vous revienne.
-Tant que nous ne savons pas si l'enfant qu'elle porte est une fille ou un garçon…
-…jusqu'à sa naissance, vous restez l'unique héritière de votre père. Et même si votre mère met au monde un fils, il vous faudra néanmoins assurer la direction de cette famille jusqu'à sa majorité. C'est une lourde responsabilité pour une enfant de votre âge, j'en conviens, mais il n'y a tout simplement personne d'autre qui puisse remplir ce rôle. Je vous aiderai par tous les moyens en ma possession, mais quelqu'un doit prendre les décisions qui s'imposent. Et ce ne peut être que vous.
La fillette avait commencé, dans sa détresse, à se tordre les mains. Mais c'est d'une voix ferme qu'elle répondit à leur unique ami.
-Que puis-je faire ? Nous sommes ruinés, nous n'avons nulle part où aller…
-Ce n'est pas tout à fait exact, princesse, répliqua l'oncle Takeo. Votre mère dispose encore de quelques biens en son nom propre, qui ne peuvent être confisqués par la justice. Leurs revenus vous permettraient de vivre correctement, sinon confortablement. Je vous conseillerais de quitter le seireitei, où la vie est chère, pour vous retirer dans un secteur tranquille du rukongai, par exemple à Yasuda où votre mère possède des terres.
-Et où nous pourrions nous cacher en attendant que l'affaire soit retombée dans l'oubli, ajouta tristement Omi. Votre proposition est avantageuse à plus d'un titre, oncle Takeo.
La fillette réfléchit un moment, essayant d'imaginer leur vie à Yasuda.
-Il y avait une maison, se rappela-t-elle soudain. Après toutes ces années d'abandon, elle doit être dans un état épouvantable, mais ce serait un toit et cela ne nous coûterait rien. Croyez-vous qu'on nous laisserait emporter avec nous du linge, de la vaisselle et un peu de mobilier ? Avec tout cela, nous pourrions emménager très rapidement. Jun et Daisuke m'aideraient à tenir la maison, et nous pourrions éventuellement embaucher quelques domestiques au village…
-Vos revenus, correctement administrés, seraient plus que suffisants pour vivre dans ces conditions, approuva l'oncle Takeo. Vous pourriez même mettre un peu d'argent de côté.
La fillette pensa à part elle que cet argent serait utile pour payer les études de son frère ou la dot de sa petite sœur. Que l'enfant à naître soit fille ou garçon, elle était déterminée à lui offrir le meilleur avenir possible. Quant à elle, Omi avait renoncé à tout espoir d'une vie personnelle le jour de la rupture de ses fiançailles, et ne vivait plus que pour restaurer l'honneur et la prospérité de sa famille.
Un chapitre particulièrement court, mais je me rattrape la prochaine fois, c'est promis!
Yuri-chan: Omi a quelques années de moins que Byakuya. Physiquement, elle a l'apparence d'une fille de dix ans.
