Chapitre 4 :Halloween
La vie au château de Poudlard était plus facile que Lily ne l'aurait cru. Tout d'abord, elle retrouvait facilement son chemin entre le donjon, la Grande Salle et les salles de classes. De plus, elle voyait souvent ses frères ou ses cousins. Elle s'entendait assez bien avec ses camarades, même si, comme elle l'avait voulu, Barney se détacha vraiment comme son meilleur ami. Comme son seul ami, en réalité, mais cela ne dérangeait pas vraiment la Petite Lily. Elle choisissait volontiers la qualité au-delà de la quantité. Les questions de Barney étaient simples, simples à comprendre et simples à répondre. Et aussi, elles ne concernaient pas toutes sa famille.
Un match de Quidditch eut lieu, et il n'eut rien à voir avec les petits matchs que James organisait pendant l'été avec ses cousins, où Albus arbitrait et où Lily jouait les supporters. Toute l'école était présente, il y avait tellement de bruits. James jouait, bien sûr, pour Gryffondor, et plusieurs de leurs cousins pour leurs Maisons respectives. Albus n'y montrait qu'un intérêt restreint et, d'après ce qu'avait entendu Lily, ne venait qu'aux matchs de sa Maison, probablement plus pour montrer son soutien à son frère que pour montrer son soutien à son équipe.
Il n'y eut qu'un seul match, en fait, un match amical organisé par les Capitaines des équipes de Gryffondor et de Serpentard. Lily savait, par l'explication qu'en avait faite Albus, mais aussi par son père, qu'il y avait une vieille rancune entre les Gryffondors et les Serpentards et que cette rancune avait joué un rôle certain durant la Guerre qui avait rendu sa famille si célèbre. Mais maintenant, l'antipathie entre les deux clans s'étaient apaisés. Ils étaient encore loin d'être complices, mais il y avait plus une compétition amicale durant les matchs et durant l'année qu'autre chose. Il y avait toujours des incidents, certes, mais ils étaient isolés.
Le match fut grandiose. Assise entre Albus et Barney, Lily manifesta bruyamment son enthousiasme, au moins pour deux, puisqu'Al, comme toujours, était bien plus discret. Oui, le château de Poudlard plaisait énormément à Lily. Elle envoyait de grandes lettres à ses parents, qui étaient rassurés, mais qui avaient parfois du mal à déchiffrer son écriture penchée, puisqu'elle écrivait souvent rapidement, et sous l'effet de l'excitation.
Le seul point d'ombre dans un tableau sinon idyllique était que Lily, malgré ses plus harassants efforts, parvenait à peine à rester au même niveau que ses camarades. Des choses qui paraissaient évidentes aux autres lui demandaient bien plus de travail. Même Barney, qui ne connaissait ce monde que depuis quelques mois, s'y débrouillait bien mieux qu'elle, née dedans.
Son cours préféré, jusqu'ici, était l'Histoire de la Magie. Ses condisciples s'y endormaient, mais elle était rassurée par le calme, par la voix monotone et monocorde du Professeur… Et surtout, dans ce cours, elle n'avait pas besoin de sortir sa baguette.
Pendant les cours de Métamorphoses et de Sortilèges, très populaires parmi ses camarades, Lily souffrait plus qu'elle n'aurait jamais imaginé souffrir. Émotionnellement, c'était très dur pour elle. Elle ne parvenait à rien et devait s'avouer l'horrible vérité : elle n'était pas douée pour la magie. Pire encore, elle commençait à sentir qu'elle n'avait pas sa place. À Gryffondor, à Poudlard et dans le Monde de la Magie. Elle avait l'impression d'être un imposteur, d'avoir volé sa place, rien de moins.
Elle ne s'en ouvrit ni à ses frères, ni à Barney. Elle savait de toute manière ce que diraient ses frères, et elle ne souhaitait pas être réconfortée. Quant à Barney, elle savait qu'il essaierait probablement de la contredire, mais s'en ouvrir à lui serait admettre ses faiblesses et en tant que fille des Potter, elle n'aimait pas montrer qu'elle en avait.
Presque deux mois s'étaient écoulés depuis que Lily était arrivée à Poudlard et elle s'y sentait chez elle, malgré les pensées noires qui l'aveuglaient parfois. Halloween approchait.
Halloween était une grande fête dans le monde sorcier et Lily s'était promis, un jour, de demander pourquoi à Albus et d'aller jusqu'à écouter sa réponse (Albus pouvait avoir tendance à partir dans de longs discours quand le sujet abordé l'intéressait vraiment). Avec ses frères et sa mère, ils célébraient de manière Moldue. James, influencé par un vieux film qu'il avait vu, se déguisait en extraterrestre sous un drap de fantôme. Albus se laissait entraîner par son frère et sa sœur, mais, puisqu'il n'admirait que des scientifiques, enfilait toujours des grandes robes de chimiste et devait longuement expliquer à ceux qui commettaient l'erreur de lui demander, en qui il était déguisé.
Lily, elle, au grand dam de sa féministe de tante Hermione, aimait se déguiser en Princesse. Ses frères (surtout James) se moquaient un peu d'elle, mais son père souriait, lui ébouriffait les cheveux et l'appelait « Votre Majesté ». C'était le seul moment où Harry montrait de la bonne humeur ce jour-là. Une année, Albus s'était risqué à lui demander pourquoi il ne venait jamais à la chasse aux bonbons avec eux et Harry lui avait mis une main sur l'épaule avant de lui avouer que cette journée lui rappelait de mauvais souvenirs. Avec James, Albus et sa mère, ils rejoignaient Hermione, Hugo et Rose et faisaient alors le tour des maisons du quartier. Leur oncle Ron ne venait pas non plus forcément mais il arrivait en même temps que sa femme et tenait compagnie à Harry.
Les deux vieux amis passaient la soirée ensemble et il leur arrivait même de transplaner jusqu'à Poudlard et de faire de la Botanique avec Neville, qui avait débuté en tant que Professeur là-bas un peu après la naissance de Lily.
Mais ce premier Halloween à Poudlard était bien différent des autres, il n'y avait pas cette atmosphère que Lily appréciait et en ce jour, elle se sentait triste de ne pas être chez elle. Un cours de Sortilèges la veille lui pesait encore sur la mémoire. Il avait fallu deux ou trois essais en moyenne à ses camarades pour arriver à accomplir le sort une fois que le Professeur Flitwick leur avait fait répéter plusieurs fois la formule correspondante. Barney y était parvenu, certes avec plus de difficulté, mais il y était arrivé. Lily, elle, s'était acharné de longues minutes. Le vieux Professeur s'était approché d'elle, lui avait réexpliqué et avait corrigé son geste. Ses condisciples l'avaient fixé et elle avait eu les joues brûlantes. Enfin, sa main guidée, elle avait enfin réussi, mais au lieu de ressentir, comme toujours dans ces cas-là, un profond soulagement, elle s'était surtout sentie coupable, honteuse et mal à l'aise.
Car les regards de ses camarades, si elle avait réussi à les ignorer dans les premiers temps, se faisaient de plus en plus insistants. Et le problème n'était plus de répondre aux questions ou de trouver une stratégie, mais de prouver, plus à elle-même, mais aux autres, qu'elle avait autant de raisons qu'eux d'être ici et chaque jour passant rendait cette tâche plus difficile.
Les garçons n'avaient pas eu ce problème, les garçons étaient forts, puissants, émotionnellement, mais surtout magiquement. Les garçons… étaient ses frères, ses rocs. Mais aller leur dire qu'elle doutait, qu'on la faisait douter, qu'elle ne se sentait pas à la hauteur, elle n'y pensait pas. Parce que, plus que tout, elle voulait que ses frères soient fiers d'elle.
Barney était un peu perdu, face à ça. Alors qu'elle marchait au hasard des couloirs, essayant d'éviter tous ceux qu'elles pouvaient éviter, il l'appela, agitant la main en criant son prénom. Désireuse de rester seule, elle fit un pas plus rapide, mais rattrapée par sa culpabilité, elle attendit qu'il fasse de même. Précautionneusement, il lui jeta un coup d'œil bref, comme s'il craignait sa réaction.
-Tu vas bien ?
Il était sincèrement soucieux pour elle, et cela la fit sourire. Il n'y avait peut-être que deux mois qui s'étaient écoulés depuis leur rencontre le jour de la rentrée, mais il l'appréciait beaucoup. Il voyait bien que quelque chose n'allait pas. Quoi, il n'en était pas bien sûr. Il sentait que peut-être quelque chose n'allait pas avec sa magie. Peut-être était-elle atteinte d'une maladie qui affectait sa magie… C'était possible, non ?
-Je vais bien., se força t-elle à répondre.
Ils se mirent à marcher en direction d'une petite cour interne au château. Elle continua.
-Ça ira, j'imagine. C'est juste que…
Elle s'arrêta de parler et ils s'assirent sur un petit banc, se déchargeant de leurs sacs au sol. Elle soupira, hésita encore et lâcha enfin.
-Je ne sais pas ce que je fais. En cours, j'essaie tellement et je n'y arrive pas.
-Ça va venir., essaya timidement Barney.
-Voyons, même toi, tu y arrives mieux que moi !
Il grimaça légèrement et elle s'excusa spontanément :
-Oh, je suis désolée. Je ne voulais pas te vexer.
Mais il s'était repris aussi vite qu'elle.
-Non, tu as raison, je ne suis pas très doué. C'est pour ça qu'on doit se reprendre et s'améliorer. Demain, c'est dimanche, on ira tôt à la bibliothèque et on se préparera et on va réussir, tu verras.
Elle sourit, il parlait comme un coach de Quidditch, mais il avait raison. Son assurance, son calme la rasséréna, et elle leva les yeux vers le ciel de cette fin d'octobre, alors encore parfaitement bleu, mais dans lequel on sentait poindre les premières traces piquantes de ce froid d'hiver et de cette paix blanche qui semblait alors envahir les campagnes et les villes. Elle se laissa absorber, sentant l'odeur du froid, la brise s'engouffrant dans ses jambes, le bras de Barney derrière elle sur le bord du banc. Son meilleur ami à ses côtés, elle se sentit, comme son père lui avait dit un jour en la serrant dans ses bras… bénie.
Plus tard, elle formerait l'hypothèse que peut-être, au fond de son cœur et de son âme, elle sentait ce qui allait se passer. Qu'elle sentait que le moment ne durerait pas, que cette félicité d'une ignorance merveilleuse ne pouvait continuer. Qu'il était déjà passé, en fait, et ne reviendrait jamais.
Elle ne les vit que trop tard. Un groupe d'élèves de Sixième Année qui semblait l'avoir prise en grippe depuis quelques temps. La rumeur concernant ses faibles capacités en Magie s'était répandue comme une traînée de poudre dans le château et, comme toutes les rumeurs, tout le monde en parlait, mais jamais devant elle. Eux, par contre, ne s'en privaient pas. Elle les évitait tant qu'elle pouvait, prétendait que leurs attaques verbales ne la touchaient pas, mais elle mentait.
Elle se leva, rapidement, mais pas assez vite.
-Mais si ce n'est pas la petite Cracmole !
Elle frémit au terme. Ils racontaient partout qu'elle ne devait sa présence à Poudlard qu'à son père qui avait payé l'école pour la faire admettre. La première fois qu'elle les avait entendu dire ça, elle avait pleuré. La seconde fois, elle avait été en colère. Essayer de les éviter avait été la seule tactique qu'elle avait trouvé. Mais comme le prouvait la situation actuelle, ce n'était pas si efficace. Barney bondit du banc.
-Fichez-lui la paix !
Lily voulut être touchée de son geste, mais ce fut surtout surtout l'inquiétude qui perça sa carapace. Elle souhaitait y aller, tout de suite, même, sans même récupérer ses affaires au pied du banc.
-Tu te prends pour qui, son laquais ?, ricana la fille du groupe, une blonde à la bouche dédaigneuse.
-Viens, Barney., souffla Lily.
Elle combattit son instinct pour avancer d'un pas et d'une main attrapa son sac et tendit l'autre pour chercher le poignet de son meilleur ami. Celui-ci se baissa pour prendre son sac, mais celui qui semblait être le chef de bande lança un sort et le sac s'envola jusque dans ses mains. Il l'ouvrit violemment et Barney avança sans même réfléchir, se mettant hors de portée de Lily dont le poing se ferma dans le vide.
-Rends-moi mes affaires !
-Ah, oui, sinon, quoi ?, demanda l'autre en souriant, pendant que ses copains l'encourageaient.
Barney sortit sa baguette de sa manche d'un air si arrogant et vif que Lily en fut surprise, ce qui sembla être aussi le cas du groupe. Lily profita de cette seconde d'étonnement pour tous les observer et graver leurs traits dans sa mémoire. Pour certains, elle connaissait les noms, mais avant qu'elle puisse se les répéter, celui qui tenait le sac de Barney (Jeffrey Michaels, si elle ne se trompait pas) se débarrassa du sac en le laissant tomber au sol et s'avança vivement vers Barney.
-Lâche-ça, petit, tu vas te faire mal.
Il lui arracha presque sa baguette des mains et le poussa en arrière. Ses camarades ricanaient et Lily se sentait horriblement désemparée. Sa vie jusque là avait été remarquablement monotone, d'une paix qu'elle n'avait peut-être pas toujours appréciée, mais qui lui manquait incroyablement en cette seconde. Elle voulut parler, mais une boule dans la gorge l'en empêcha. Les autres se moquaient toujours, Michaels avait l'air particulièrement fier de lui et elle serra les poings.
-Laisse-le., murmura t-elle d'une voix faible.
Ils rirent tous et Lily sentit les larmes poindre dans ses yeux. Barney avait l'air tout aussi dépassé qu'elle et se fit bousculer une nouvelle fois.
-Laisse-le !, répéta Lily, d'une voix plus forte, une main tremblante en avant.
Michaels la regarda, un éclat de colère dans les yeux, et un sourire mauvais vint tordre ses lèvres. La fixant, il serra la main sur le col de la chemise de Barney qui essaya vainement de se défaire de sa poigne. Lily sentit un frémissement la parcourir du bas de son dos jusque dans ses doigts et la sensation lui conféra un courage qu'elle n'aurait jamais imaginé posséder. Elle avança vers son ennemi la tête haute, toute peur disparue, alors qu'elle aurait dû reculer et craindre pour elle-même plus que pour son ami.
-Laisse-le., ordonna t-elle.
La voix de Lily avait été moins forte que la deuxième fois, pourtant, il sembla à Barney qu'elle avait porté jusque dans le ciel, jusque dans ses os, jusque dans son âme. C'était étrange. Il y avait ce garçon qui n'avait cessé de les embêter depuis qu'ils étaient arrivés à Poudlard, ce garçon qui, à cet instant avait son poing serré tout près de sa gorge et curieusement, Barney ne le redoutait plus. Ce qu'il redoutait en cette seconde plus que n'importe quoi, c'était Lily.
Et vraiment, consciemment, il savait que c'était ridicule. Lily était son amie, elle ne ferait jamais de mal à personne. Elle souriait poliment, timidement, était tranquille, calme, patiente et elle ne s'énervait que rarement. Mais la panique causée par sa voix serrait son coeur comme dans un étau.
Il put se dégager suffisamment pour la regarder. Même physiquement, elle n'était pas impressionnante. Comment aurait-elle pu l'être, dans son petit uniforme d'écolière ? Elle n'était pas grande, pas forte elle était frêle et fragile. Ses longs cheveux roux dissimulant ses épaules étaient la seule chose qui lui donnait de la couleur. Elle était pâle et effacée. Ses yeux marrons ne rencontraient jamais franchement les yeux des autres gens. Habituellement, elle était tout cela.
Il la regarda et eut l'impression de la voir pour la première fois. Elle lui parut grandie et il émanait d'elle une aura de colère qui semblait électrifier l'air. Elle se tenait droite, et c'était comme… comme si elle était aussi grande que ces Sixièmes Années. Les mains le long du corps, ses doigts étaient tendus à l'extrême. Les ailes de son nez frémissaient de rage et son regard, devenu noir d'encre (Barney avait toujours cru que ses yeux étaient marrons), était fixé sur celui qui le tenait toujours. Ses cheveux flottaient dans l'air comme sous l'effet d'une bourrasque qui n'affectait qu'elle.
Barney se sentit basculer et il perdit l'équilibre. L'herbe amortit sa chute et il n'avait pas été blessé, mais il cligna des yeux, le souffle court. Il vit le ciel et sa respiration se bloqua. Le ciel était encombré de lourds et épais nuages chargés de pluie, alors que deux minutes avant, il était aussi bleu qu'un jour d'été. Mais ce n'était pas que la couleur qui avait changé, c'était… « Le ciel est en colère. », fut la première chose qui vint à l'esprit de Barney. Les nuages s'accumulaient si vite, le vent soufflait dans les branches du chêne de la cour intérieure qui craquait, grinçait. Une pluie glacée et drue tomba soudainement.
Assis sur une terre déjà humide, de l'eau dans les paupières glissant sur ses joues comme des larmes, Barney haleta. Lily n'était pas aussi grande que les autres, elle les dépassait, elle, elle lévitait. Ses pieds ne touchaient plus le sol de plusieurs dizaines de centimètres et elle les dominait tous maintenant. Les autres la regardaient aussi et Barney réalisa soudain que c'était à leur tour d'avoir peur. Ils avaient reculé devant elle, mais cela ne suffirait pas. Le tonnerre qui grondait si fort que la terre en résonnait en unisson sembla s'arrêter une seconde.
Et un éclair déchira le ciel en deux, frappant la terre à quelques mètres de Barney qui poussa un cri bref et se recroquevilla sur lui-même. L'éclair explosa au sol aux pieds des autres qui, instinctivement, s'étaient rapprochés. Deux d'entre eux, dans un mouvement de recul, se collèrent à la paroi du château, mais une pierre dut se desceller, ils furent heurtés à la tête et s'effondrèrent. Celui qui avait repoussé Barney sortit sa baguette et la pointa, d'un air proprement terrifié, sur Lily. Barney voulut la prévenir, mais il ne comprenait pas. Ou plutôt, il ne savait pas quoi dire. L'appeler, tout simplement ? Elle semblait éteinte, comme si elle n'était pas vraiment là, comme si ce n'était pas vraiment elle. Elle ne ressemblait tellement pas à elle-même que dire son prénom lui paraissait ridicule.
Elle n'avait de toutes façons pas besoin d'être prévenue. Un sort vert sortit de la baguette de l'attaquant et Lily (ou quoi que ce soit qui l'avait remplacé) se contenta de lever la main. Le sort rebondit sur sa main et atteignit celui qui l'avait lancé. Ce dernier s'écroula.
La fille du groupe ne demanda pas son reste. Elle tenta de s'échapper en sortant de la petite cour, mais le bras de Lily était plus rapide. Il y eut comme un éclair blanc qui frappa la fille et elle tomba dans la boue.
Barney la regarda et elle posa son regard noir et vide sur lui. Il trembla et resserra ses bras sur ses jambes. Lily papillota des yeux, comme prise au sommeil et elle ne sembla plus aussi terrifiante. Le vent avait baissé, la pluie s'était arrêtée. Les nuages se dissipèrent aussi vite qu'ils s'étaient accumulés. Il ouvrit la bouche, voulant essayer de l'atteindre, mais il vit que son regard avait changé et qu'elle le reconnaissait. Mais elle ferma les yeux, sa tête bascula. Ses pieds touchèrent enfin le sol et elle y glissa sans un bruit.
Le temps ne comptait plus et le cœur de Barney battait la chamade. Il lui fallut un long moment pour que l'image de Lily étendue par terre ne parvienne à son cerveau, mais l'image agit alors efficacement.
Peu sûr de ses jambes, il n'osa pas se mettre debout. Tous ses mouvements lui semblaient lents et gourds, comme s'il avait dormi pendant des jours. Il rampa sur les genoux et les bras pour réussir à venir jusqu'à elle. Il souffla son nom mais elle ne répondit pas. Il s'approcha d'elle et la tourna sur le dos. Ses yeux étaient toujours clos. Barney essuya sa main sur son pantalon pour toucher la joue de son amie. En se penchant vers elle, il entendit distinctement sa respiration et ça lui donna assez de force pour se relever et se tenir sur ses jambes. Il fit deux pas de travers et ne réussit à garder l'équilibre qu'avec l'aide de ses bras.
Il fit un pas en avant et frissonna de froid. Trempé et couvert de boue, il réalisa que des larmes coulaient le long de son visage et il les essuya, se mettant de la terre jusque sur les lèvres. Regardant à peine où il allait, il trébucha sur une des jambes de la fille en travers de la sortie de la petite cour et il tomba en avant, ses coudes amortissant douloureusement la chute. Il gémit. Mais la douleur, bien que passagère, suffit à booster son adrénaline. Il sentait le sang battre dans ses tempes et il se releva. Les mains au sol, il commençait déjà à courir.
Vers où, il n'en était pas sûr, il avait perdu toute notion d'orientation. Il devait juste trouver quelqu'un. Il glissa en prenant un tournant, se cogna dans le mur et continua à courir, inconscient de s'être cogné le front. Enfin, il reconnut où il était. La salle de repos des Professeurs était tout près.
Il en ouvrit la porte sans même réfléchir. Accroché au bouton de la porte, il inspira.
-Aidez-moi, s'il vous-plaît !
Le Professeur Londubat était déjà debout.
-C'est Lily, elle… Je … Je ne sais pas ce qui s'est passé.
Neville le soutenait déjà, le voyant blessé et paniqué.
-Mr O'Callahan, calmez-vous. Où est Lily ?
-Dans la cour intérieure, par là.
Barney leva sa main pour indiquer vaguement une direction et s'apprêtait à s'éloigner lui-même, mais Neville lui prit le bras.
-Je dois vous emmener d'abord à l'infirmerie.
-Non., protesta Barney. Et si les autres se réveillent ?
Neville fronça les sourcils, en proie à un mauvais pressentiment.
-Les autres ? Quels autres ?
Barney, qui ne connaissait pas leurs noms, ouvrit la bouche et ne dit rien. Londubat ne prit pas le temps de l'interroger davantage.
-Très bien, montrez-moi.
Barney marchait rapidement en avant, le pas déjà plus sûr. Neville le suivait de près, pour le rattraper si jamais le garçon, déjà en piteux état, s'écroulait. Mais le jeune homme gardait le dos raide. Neville fit de plus grandes enjambées, inquiet pour Lily. Puis, sans qu'il comprenne comment, il se rappela quel jour on était.
-Halloween., soupira t-il. Pourquoi ça doit toujours être à Halloween ?
