Titre : Porte ouverte
Genre : Aventure, romance, énième variation sur les pérégrinations d'une fille ordinaire en Terre du Milieu.
Disclaimer : Les personnages et l'univers sont la création de Monsieur Tolkien, gloire et cookies sur lui. Le personnage original, par contre, est mon entière propriété. Cette histoire ne me rapporte pas un sou et c'est aussi bien ainsi.
Notes : Mes remerciements chaleureux à manelor, Eiliime, naneth et Darkklinne pour les reviews. J'ai peut-être du retard dans les réponses auquel cas je suis désolée. Dans tous les cas, je suis ravie que cette histoire vous plaise même si pour le moment il ne s'y passe pas grand-chose (ça va bientôt changer).
Les commentaires sont une aide et une récompense pour l'auteur ; n'hésitez pas à laisser un avis, cela me ferait profondément plaisir. Merci d'avance à tous.
Petit rappel, j'utilise en fonction de mes besoins l'univers des films et des livres à la fois, en espérant que ça reste cohérent et que ça ne déstabilise pas les gens.
Bonne lecture.
I am the witness of your demise, I am the one who saw through the lies (Anthrax – Black Lodge – Sound of noise – 1993)
Les membres de la fameuse « Communauté de l'Anneau » furent connus une semaine avant le départ. Elle fut composée, en plus de Frodon et Sam, de Gandalf et de différents représentants de ce qu'Elrond appelait les « peuples libres » : Legolas pour les Elfes, Gimli pour les Nains, Aragorn et Boromir pour les Hommes. Merry et Pippin rejoignirent le groupe au dernier moment. Ils n'étaient pas sensés en faire partie au départ mais, refusant de se séparer des leurs, ils insistèrent si bien que le maître de Fondcombe finit par céder. Personnellement, si j'étais ravie que le vieux monsieur parte avec nous, j'étais beaucoup plus sceptique devant la présence de Legolas et de Gimli. Avec ces deux-là, il n'y aurait plus qu'à sortir le pop-corn et à compter les points. Je me pris à prier qu'ils ne s'entretuent pas en chemin, parce que ça ferait désordre.
Le fait que je participe au voyage jusqu'à la Lórien provoqua diverses réactions. Gandalf eut un sourire entendu qui ne me surprit guère car il était évident qu'Elrond lui avait parlé de sa « vision ». Globalement, les Hobbits furent ravis que je les accompagne et les autres firent preuve de perplexité parce que l'entreprise s'annonçait périlleuse. J'écoutai les arguments des uns et des autres avec un stoïcisme quasi parfait et en ne montrant aucune émotion. Je savais qu'en un sens, aucun de ceux qui ne souhaitaient pas ma présence ne le pensait à mal. Le voyage serait long, il faudrait traverser une chaîne de montagnes, ce qui pourrait s'avérer dangereuse. Il n'existait aucune preuve que Sauron et ses sbires ne soient pas au courant du projet, ce qui fait qu'une attaque n'était pas à exclure. Il fallait pour finir ne pas négliger le froid et l'épuisement. Personne ne fit la moindre allusion au fait que je sois une femme alors que je m'y serais presque attendue. Simplement, je ne savais pas me battre, je venais d'ailleurs, ce n'était pas ma faute mais j'étais un boulet. Ce dernier terme ne fut pas employé, bien évidemment : ils étaient tous beaucoup trop bien élevés pour ça, même Gimli qui pourtant n'avait pas la langue dans sa poche. Toutefois, Elrond fit preuve d'une grande patience qui finit par vaincre l'inquiétude et la perplexité de mes futurs compagnons de voyage.
Je constatai avec étonnement que si Legolas faisait partie du clan des sceptiques, l'idée de passer par la Lórien semblait le ravir au plus haut point. J'en fus curieuse et envisageai de lui demander pourquoi si j'avais l'occasion de discuter avec lui.
Il s'avérait qu'à part Gandalf et les Hobbits, je ne connaissais pour ainsi dire pas les gens en compagnie desquels j'allais voyager. Jamais je n'avais vraiment pu parler avec eux. Je n'étais au courant des amours clandestines d'Aragorn avec Arwen que par inadvertance, chose à laquelle je m'évitais de penser parce que ça ne me concernait pas. Je fus un peu surprise quand, après cette réunion improvisée, Boromir s'inclina devant moi avec politesse en disant :
« Demoiselle, je regrette d'avoir douté ainsi de votre capacité à nous suivre. Je compte sur vous pour montrer à tous le courage des femmes humaines.
— Vous m'en demandez beaucoup, bredouillai-je en rougissant bien malgré moi, mais je ferai de mon mieux. »
Il fallait dire que du courage… je n'en avais que peu en réserve. Ma principale force était de ne rien montrer de ce que je ressentais, même dans les situations de crise. Il m'arrivait même parfois de ne rien ressentir du tout, mais depuis que je me trouvais en Terre du Milieu, j'avais tendance à m'ouvrir davantage à autrui et à parler aux gens. Ils étaient tellement différents du « monde normal » … J'avais grandi dans un monde basé sur les apparences tandis qu'ici, malgré l'attitude très formelle et polie des uns et des autres, ils dégageaient tous une spontanéité à laquelle je n'étais guère coutumière. Personne ne me jugeait pour être une petite humaine bizarre qui venait d'ailleurs et quand on me demandait mon avis, on le prenait toujours en compte pour ce qu'il était sans se baser sur des critères sociaux comme j'en avais l'habitude. Ce nouvel environnement et cette absence d'échelle de valeur entre les gens faisait que le mur dont je m'entourais pour ne pas m'embarrasser de rapports humains risquait de se fissurer. Je me devais d'avouer que ça m'effrayait à peu près autant que de traverser les Monts Brumeux à pieds.
Je pris cependant soin, durant ces derniers jours avant de quitter Fondcombe, d'observer mes futurs compagnons. Vraisemblablement, l'Elfe et le Nain avaient enterré la hache de guerre. Ils n'étaient pas amis pour autant mais je les surpris quelquefois se regarder mutuellement avec curiosité, comme si chacun était une créature bizarre pour l'autre. A dire vrai, c'était assez amusant à voir. Gimli s'avéra être quelqu'un d'assez gentil, adepte d'un humour un peu particulier mais que je comprenais et trouvais plutôt drôle. Legolas ne parlait jamais pour ne rien dire. Il était d'une discrétion peu commune et se montrait la plupart du temps imperturbable. Je me surpris plus d'une fois à le comparer à Glorfindel parce qu'ils étaient tous les deux blonds aux yeux bleus, mais la ressemblance s'arrêtait là. Le principal conseiller d'Elrond avait le rire facile et beaucoup de conversation tandis que l'Elfe de la Forêt Noire était tellement furtif qu'on pouvait très bien ne pas remarquer sa présence. En y pensant, je réalisai qu'il avait à peu près la même attitude que moi, consistant à observer plutôt qu'à s'exprimer.
En un sens, il me ressemblait, à la différence près qu'il n'avait aucun mal à parler aux gens. Ce n'était pas un timide, il n'hésitait pas à dire ce qu'il avait sur le cœur et ses regards fouillaient jusqu'au fond de l'âme quand il posait les yeux sur quelqu'un, ce qui d'ailleurs me déstabilisa plus d'une fois. Il se montrait aimable et poli avec moi quand il m'adressait la parole mais cette façon de m'observer me mettait un peu mal à l'aise. J'étais toujours la première à baisser les yeux.
Par ailleurs, si mes rapports avec Boromir s'avérèrent rapidement courtois, j'étais totalement incapable de cerner Aragorn. A dire vrai, il me faisait peur. Outre le fait qu'il puisse prétendre au trône du Gondor, qui n'était pas le plus petit Etat des Terres du Milieu, et que son ancêtre ait arraché l'Anneau à la main tranchée de Sauron, il émanait de cet homme une aura écrasante où se mêlaient la noblesse, la puissance et autre chose que je ne pouvais identifier. J'avais appris par Glorfindel qu'il avait été élevé parmi les Elfes, ici même à Fondcombe, et qu'il descendait des Núménoréens, un peuple pourvu de capacités physiques et d'une longévité hors-normes. Peut-être était-ce cela qui me donnait envie de me cacher dès que je me trouvais dans la même pièce que lui.
Ou peut-être était-ce parce que je savais qu'il s'était entiché d'une Elfe. Bien que le mélange des peuples se soit déjà produit et qu'Elrond lui-même ait du sang humain dans les veines, cela me laissait toujours perplexe sans que je puisse dire pourquoi.
oOØOo
Ces quelques jours précédent le départ passèrent à une vitesse effrayante. La veille du grand jour, on me donna les vêtements que je portais à mon arrivée. Ils avaient été rafistolés et remis à ma taille car, contre toute attente, je n'avais pas repris le poids perdu lors de ma fameuse fièvre. Sans doute était-ce parce que je n'avais plus l'occasion de m'empiffrer de sucreries durant mes loisirs. Comme je n'avais toujours pas retrouvé le souvenir de ce moment précis, je découvris en un sens que, lorsque je débarquai en Terre du Milieu, je portais un blue-jean, une tunique noire, un pull à larges manches de la même couleur et un poncho péruvien marron à rayures qui s'enfile par la tête. Je récupérai avec satisfaction mes bottes lacées qui seraient parfaites pour crapahuter dans la nature et fus positivement ravie de retrouver mon soutien-gorge. S'il y avait une partie de mon corps où je n'avais pas perdu de poids, c'étaient bien mes seins, et j'avais dû ces deux derniers mois m'affubler d'un corset qui était tout sauf confortable.
Il était évident que je porterais ces vêtements durant le voyage. On me donna en guise de vêtements de rechange un collant et une tunique, et l'Elfe qui s'occupait de moi insista beaucoup pour caser dans mon paquetage la robe violette qu'on m'avait prêtée le premier jour. Elle me confia également un flacon de potion à l'odeur amère qui empêcherait l'inévitable « mauvaise période du mois » de survenir si j'en buvais une gorgée par semaine. Cette petite attention me toucha beaucoup. Avoir ses règles en Terre du Milieu étant déjà un cauchemar, je me demandais comment j'aurais survécu en pleine nature et entourée d'hommes. L'idée de ne pas avoir à gérer ce genre de chose fut un véritable soulagement.
Toutes mes affaires tenaient dans ma besace. Une fois remplie, on n'aurait pu y ajouter une mouche mais l'essentiel était de ne pas m'encombrer de bagages.
Ma dernière nuit à Fondcombe fut agitée et la journée du lendemain — nous devions partir au crépuscule — traîna en morosité. Ce voyage vers le Sud m'angoissait même si je m'efforçais de le cacher. Le danger planait au-dessus de nos têtes et j'ignorais ce qui m'attendait en Lórien. Les Hobbits se cloîtrèrent ensemble. Gimli resta en compagnie de son père Gloïn qui était toujours là, Gandalf et Boromir étaient introuvables. J'étais persuadée qu'Aragorn se trouvait quelque part avec Arwen et, en faisant une de mes dernières promenades dans les jardins, je vis Legolas assis au pied d'un arbre, le regard perdu dans le vague. En résumé, nous étions tous chacun dans notre coin, profitant de nos derniers moments d'isolement avant de faire front ensemble.
De mon côté, je passai beaucoup de temps avec Glorfindel. J'avais développé pour cet Elfe une sorte de béguin bizarre, un peu comme ce qu'on éprouve pour une star de cinéma. Le genre de sentiment dont on ne sait qu'il ne donnera jamais rien mais qui réchauffe le cœur en cas de coup dur. Sans dire que j'en étais coutumière, ce n'était pas la première fois que j'éprouvais ce genre de choses pour quelqu'un et c'était ce que je connaissais de plus proche du sentiment amoureux qui lui m'avait toujours fait fuir à toutes jambes. Je pouvais gérer le fait d'avoir un faible pour quelqu'un, ça finissait toujours par passer et, dans le cas de Glorfindel, je n'avais absolument pas le choix puisque tôt ou tard, je ne le verrais plus. Par ailleurs, je n'éprouvais rien d'assez fort pour ne pas que ça se lise sur ma figure, de fait que l'intéressé n'en fut jamais conscient. Dans tous les cas, le conseiller d'Elrond me tint compagnie et fit tout pour que j'oublie le voyage pénible qui m'attendait. J'y parvins un peu même si je ne pouvais pas ne pas sentir cette sorte d'épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Dans tous les cas, je trouvais étrange qu'il m'accorde autant de temps et d'attention alors que je n'étais qu'une humaine sans capacités tandis qu'il était un Elfe multimillénaire qui avait déjà croisé la mort. Cette histoire, d'ailleurs, m'avait laissée comme deux ronds de flan.
Avant d'être le parangon des forces du Mal, Sauron avait été le sbire d'un individu apparu avant même l'existence des Terres du Milieu et qu'on appelait Morgoth. Ce personnage — qui en quelque sorte s'apparentait au Belzébuth du « monde normal » — avait à sa solde des Balrogs, sortes de démons géants et faits de feu. Glorfindel en avait affronté un et l'avait tué… au prix de sa propre vie avant de finalement revenir dans le monde des vivants. Profondément impressionnée par ce récit, j'avais demandé à l'Elfe à quoi ressemblait le monde des morts.
« Je ne peux pas vous répondre, m'avait-il répondu. Il m'est pénible d'y repenser, c'est flou, et ça ne vous aidera en rien : ce n'est pas là que vont les Humains quand ils meurent. »
En voyant son regard se ternir, je sus qu'il me disait la vérité et qu'il ne cherchait pas à la contourner pour me rassurer d'une quelconque manière. Je réalisai soudain que je n'avais n'avais jamais osé, à ce sujet, lui demander pourquoi il m'avait caché les propos que j'avais tenus à mon arrivée. En fait, personne n'était au courant à part Bilbon puisque j'avais évoqué le sujet avec lui le jour du Conseil. Tandis que je me faisais cette réflexion, les yeux bleus de Glorfindel cherchèrent les miens.
« Quelque chose vous préoccupe », dit-il.
Je laissai passer un silence avant de lui poser la question qui me tracassait. Contre toute attente, il se mit à rire.
« Je n'ai jamais été doué pour mentir, affirma-t-il. Peut-être aurais-je dû être un peu plus honnête, ce qui vous aurait épargné bien des inquiétudes… Vous n'avez rien dit de grave ni d'affreux, Lisbeth. Par contre, vous n'êtes pas prête à l'entendre et ce n'est pas à moi de vous le dire.
— Qui d'autre que vous pourrait le faire ? m'étonnai-je. Vous étiez le seul témoin.
— Vous le saurez quand vous serez parvenue en Lórien. »
L'idée de faire plus de deux cents kilomètres à pieds, y compris dans la montagne, pour aller dans cet endroit où j'apprendrais enfin ce qui m'était arrivé me revint à l'esprit et je me crispai malgré moi.
« Tout ira bien, me dit Glorfindel d'un ton rassurant. Je ne peux pas affirmer que votre voyage se fera sans encombre mais quand vous serez là-bas, je vous promets que tout sera plus clair pour vous.
— Vous avez eu une vision, vous aussi ?
— Elrond en a eu une, mais vous le savez déjà. »
Il laissa passer un silence.
« Ma jeune amie, reprit-il, je ne suis pas le seul à deviner que quelque chose en vous est brisé. De toute évidence, vous ignorez ce que c'est et si vous ne le savez pas, vous ne pourrez avancer parce que l'effort doit venir de vous. Votre venue parmi nous est un besoin, non un hasard. Il est probable que votre intégration à la Communauté de l'Anneau n'en soit pas un non plus. Comme je vous l'ai dit, votre voyage ne sera sans doute pas simple mais vous en sortirez gagnante. Je vous le promets. »
Ces propos étaient à double tranchant : la gentillesse et la franchise de Glorfindel me touchèrent beaucoup mais dans le même temps, tant de bonté faisait que quitter Fondcombe me fendait le cœur.
J'allais laisser derrière moi quelqu'un que j'appréciais énormément et que je considérais comme un ami.
oOØOo
Le moment du départ fut triste. Il faisait gris, froid et venteux, de gros nuages grimaçaient au-dessus de nos têtes. Si je me l'étais permis, j'aurais sans doute versé une larme mais mon mécanisme mental fonctionna à peu près. Je ne prêtai qu'une oreille distraite aux recommandations qu'Elrond fit aux uns et aux autres et, quand il s'adressa à moi, j'eus bien des difficultés à cacher ma tristesse.
« J'ignore si nous nous reverrons, Lisbeth, me dit-il, mais je vous souhaite de trouver la lumière qui vous manque. Allez en paix. »
Il m'embrassa sur le front et je le remerciai, réussissant par un miracle autre que mes propres capacités à conserver une certaine dignité.
Glorfindel me fit ses adieux, lui aussi, en me serrant affectueusement contre lui dans une étreinte amicale.
« Souvenez-vous de ce que je vous ai dit. Tout ira bien. Vous avez beaucoup de ressources. »
Je me laissai aller avec délectation à cet élan de gentillesse.
« Je ne vous ai pas remercié de m'avoir sauvé la vie, dis-je.
— Je n'ai fait que mon devoir, répondit-il en souriant. Et je ne le regrette aucunement.
— Vous êtes mon ami, Glorfindel. »
Et le premier que je puisse vraiment appeler ainsi, faillis-je ajouter, mais cette réflexion était par trop personnelle pour être partagée, surtout devant plein de gens.
« Je suis ravi de l'être. J'espère vous revoir heureuse et en pleine lumière. Que les Valars éclairent votre route, mon enfant. »
Je me détournai de lui avant de perdre contenance et suivis les autres membres de la Communauté la tête basse tandis que nous quittions la cité elfique. Je ne relevai les yeux qu'après avoir atteint une lande isolée dans l'obscurité. Je regardai derrière moi et eus une ultime vision de Fondcombe, tache lumineuse en contrebas, dans la vallée.
J'ignorais ce qui m'attendais et, en cet instant, les Terres du Milieu me semblaient un peu menaçantes. Je jetai un coup d'œil circulaire à mes compagnons. Gandalf souriait. Sam ployait sous le poids d'un sac à dos qui semblait aussi gros que lui et Frodon tenait l'Anneau serré dans son poing fermé. Merry et Pippin semblaient un peu inquiets, comme s'ils regrettaient d'avoir insisté pour participer à cette aventure. Les autres étaient inexpressifs. Mon regard croisa celui de Legolas qui m'observait et je m'empressai d'éviter sa clairvoyance manifeste avant qu'il ne sente ma peur et mon malaise.
A mon tour, je figeai mon visage dans une expression neutre et me détournai définitivement de l'endroit qui avait été ma maison pendant plusieurs semaines.
Aleas jacta est.
A suivre.
