DISCLAIMER :The Dark Knight, le Joker, et Batman (…) appartiendront toujours aux DC Comics & à C. Nolan. « GRAVE » appartiendra toujours à BCooper, (qui m'a donné son autorisation pour traduire sa fanfiction) ainsi que son univers, et ses OC. Je ne suis qu'une humble traductrice.

NDT : Je vous donne un autre chapitre à lire, avant de prendre vraiment un peu de temps pour fignoler et terminer des projets. Sinon, j'ai bien peur d'oublier. J'ai la mémoire d'Homer Simpson dans son meilleur jour, en ce moment. Autant en profiter right now, en prenant de l'avance pour pouvoir vraiment me concentrer sur le reste.

Je remercie une fois de plus mes reviewers anonymes. Vous êtes géniaux, et j'espère que cette fanfiction saura vous toucher autant qu'elle m'a touchée. Et bien plus encore, en prenant des tournants parfois... Je ne dirais rien.

Bonne lecture.


CHAPITRE IV

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La première fois que cette fille les emmena en ville Lola et lui, fût aussi la dernière fois qu'ils sortirent tous ensemble.

Ça avait commencé avec une longue heure d'attente durant laquelle Lola avait frénétiquement cherché une tenue qui ne lui donnerait pas un aspect maladif, ou un foulard qui ne forcerait pas les gens à la regarder en chuchotant : « Cette fille doit avoir un cancer, on dirait qu'elle est chauve. »

Heureusement, cette fille était arrivée et avait sauvé le monde entier, comme elle le faisait toujours lorsqu'il s'agissait de catastrophes vestimentaires. Elle avait enveloppé sa tête d'un épais châle noir, pour ensuite lui proposer une paire de lunettes de soleil. Après ça, elle lui avait même donné un manteau à la mode, noir, qui semblait flambant neuf et coûteux. Enfin, ils étaient prêts à partir. Cette fille avait à peine retenu son rire quand elle avait regardé la tenue négligée de Jack— son sweat-shirt avec la divinité, et sa paire de jeans usés.

— Tu ne veux pas d'autres couleurs ? Tu aurais l'air mignon.

Jack lui avait lancé un regard furieux.

— Tais-toi. Allez, finissons-en avec ça.

Ce fût une longue et pénible promenade en ville pour Jack. Lola, dans tout son enthousiasme, était presque euphorique. Il avait toujours détesté aller dans un endroit public avec cette fille. Les gens la dévisageaient toujours. Quand elle sortait de chez elle, les gosses avec qui il avait été à l'école la reluquaient. Dans le train vers le centre-ville, c'était les hommes. Ils la lorgnaient du coin de l'œil, assis sur leurs sièges, leurs journaux posés sur les genoux. Des hommes crasseux, des hommes ivres, des hommes qui semblaient être en route pour le travail. Ils étaient tous en train de la dévisager avec ce même air de nostalgie universelle dans les yeux. Cela rendait Jack tendu et irritable, si furieux qu'il avait à peine pu parler durant tout le trajet. Il avait également tapé des doigts rapidement, ce qui avait tellement énervé cette fille qu'elle avait fini par donner un coup de poing sur sa main, si fort que ses ongles avaient crissé.

La seule personne détendue lors de leur petite escapade fût Lola à la sortie de la station, regardant par-dessus ses lunettes de soleil d'une manière faussement sophistiquée, ses yeux bruns scintillant de mille feux. Elle observait toute sorte de choses stupides en les pointant du doigt, comme les panneaux d'affichage et les grandes façades blanches des bâtiments. Et lorsqu'elle avait vu la tour Wayne, dressée vers le ciel, ses millions de fenêtres étincelant dans la lumière du soleil, elle avait poussé un cri le doigt levé, abandonnant toute classe.

Ils l'avaient fait pour elle, bien sûr. Elle voulait aller en ville avec eux et visiter les magasins dans lesquels elle avait toujours rêvé d'entrer depuis que leurs parents les y avaient emmenés une seule fois. Cette fille devait acheter une robe pour un organisme de charité que sa classe supportait, à Sainte-Catherine. C'était parrainé par un homme d'affaires qui faisait des dons chaque année et les filles devaient s'y rendre pour témoigner de leur respect et leurs remerciements. D'une manière pieuse, bien sûr. Ce qui était, apparemment, le problème.

— Il va y avoir tout un tas de robes laides et sans formes, parce qu'on ne peut pas montrer nos épaules ou nos poitrines, ou nos cuisses et je parie qu'on ne peut pas non plus montrer nos chevilles. Je pense qu'il va me falloir une burka.

— Ta poitrine ? renifla Jack.

— Jésus-Christ, nos seins, d'accord ? On ne peut pas parader avec nos nichons qui débordent de nos robes. Probablement parce que monsieur l'homme d'affaires écœurant nous regarderait, nous les petites filles catholiques et réprimées, et il s'étoufferait en fantasmant sur nous, imaginant tout ce qu'il aimerait nous faire.

— Beurk ! s'exclama Lola.

Elle plissa le nez en fouillant dans un tas de robes scintillantes.

— T'crois qu'ils ont un truc comme Nonne&Co ? Parce que c'est là que je devrais aller pour acheter cette robe. Nonne&Co, vêtements pour vierges.

— Oh, arrête de râler, répondit Jack avec amusement, trouve quelque chose et on sort d'ici. Je déteste faire du shopping.

— Je m'en fiche, répondit-elle sourdement.

Cette fille enfouit son visage dans un rayon de vêtements, à la recherche d'une robe laide et acceptable.

— Vous cherchez quelque chose en particulier ? demanda la caissière morose en se penchant en avant.

Les coudes appuyés sur le bureau en verre, elle les regardait fixement tous les trois. Il remarqua qu'elle avait l'air d'avoir son âge, dix-huit ans tout au plus. Il voulait, ou il pourrait, obtenir un emploi dans un endroit comme celui-ci. Il pariait qu'ils payaient plus en une heure que ce qu'il gagnait en travaillant à cette boucherie où il avait dégoté un job. Et elle, elle n'avait pas besoin de rentrer à la maison couverte de sang et puant le cadavre, songea-t-il.

— Quelque chose de moche. Ne vous inquiétez pas, on ne devrait pas avoir de problème pour en trouver ici, répondit rapidement Jack.

Cette fille laissa échapper un rire sec, à quelques rayons de lui. La caissière cligna juste des yeux. Lola lui lança un regard terrible, comme s'il allait les faire bannir de cette ville et qu'il lui faisait honte.

Ils avaient passé une éternité dans ce magasin, et dans le magasin suivant, et le magasin d'après. Lola avait essayé un millier de robes, semblait-il, chacune d'entre elles plus brillantes ou avec plus de paillettes, ou de froufrous, que la précédente. Elle était enchantée de la journée, et le sourire plaqué sur son visage était si grand qu'elle avait l'air de s'être coincée un cintre dans la bouche. Elle n'avait jamais cessé de sourire. Si Jack avait été de meilleure humeur, il aurait probablement aimé la voir comme ça la voir si heureuse. Cela arrivait si rarement. Mais les robes, les longues attentes, et les caissières de mauvaise humeur qui les jugeaient, et surtout les hommes qui tournaient la tête et s'arrêtaient au milieu de leur phrase pendant qu'ils téléphonaient pour regarder cette fille… tout ça l'avait mis dans une humeur aigre qu'il avait rarement connue en compagnie de cette fille et de sa sœur. Il souhaitait seulement revenir à l'appartement de Louise et traîner là-bas en regardant la télévision, ou faire quelque chose d'autre.

— Arrête d'être si irritable, Jack, cette fille releva la tête du rayon, c'est pour Lola, et elle passe un bon moment.

— Je sais bien, marmonna Jack, je n'aime pas… sortir au milieu de tous ces gens.

— Je pense que c'est mieux que les Narrows. Au moins, ces gens s'habillent bien et prennent régulièrement une douche.

— C'est pire que les Narrows, répondit Jack en se murant dans sa frustration, c'est… c'est toi. Je déteste être dans un magasin avec toi.

— Qu'est-ce que j'ai—, commença cette fille en cherchant ce qu'elle avait bien pu faire.

— Tous les hommes dans les rues te regardent. Tu ne vois pas ? C'est… ça me dérange.

Jack baissa les yeux sur ses pieds et se gratta distraitement la joue, qui était brûlante. Il détestait le dire à voix haute, il haïssait admettre que leurs regards l'irritaient plus qu'il ne le voudrait. Il se sentait faible à cause de ça, mais il ne pouvait pas s'empêcher d'être dérangé. C'était quelque chose qui montait en lui comme de l'acide, dévorant ses entrailles en le faisant voir rouge. Il était un mec, il savait ce qu'ils pensaient lorsqu'ils la regardaient. Les mêmes choses qu'il pensait quand il l'observait, parfois. Les mêmes choses dont il rêvait. Mais ces pensées, ces fantasmes, n'étaient pas faits pour eux. Elle n'était pas à eux. Elle ne leur appartenait pas.

— Je l'ai remarqué, dit-elle doucement en sortant du dressing pour se tenir face à lui, ce sont juste d'horribles vieillards. Qu'est-ce que ça peut faire ?

Qu'est-ce que ça peut faire ? Elle n'était pas leur objet, mais elle n'était pas exactement à lui non plus. Dans les mois qui avaient suivi, lorsqu'ils s'étaient embrassés à l'automne, ils n'avaient jamais vraiment établi une sorte d'accord entre eux. Le terme « petite amie » semblait vulgaire et faux en quelque sorte, à chaque fois qu'il pensait à cette fille en tant que telle. Non pas que tout le monde dans les Narrows ignorait qu'ils étaient ensemble. Jack s'était battu plusieurs fois depuis l'automne, plus qu'il ne l'avait jamais fait durant toute sa vie. Il ne pouvait même pas sortir de son travail pour rentrer chez lui sans qu'un connard ou deux le rattrape pour lui poser des questions à propos de cette fille. Et ce « gentleman » de Jimmy Nolan avait été le dernier, et le plus récent.

Hé, Napier ! Napier, attends !

Je suis, euh, pas d'humeur pour une conversation inutile en ce moment.

Haha. En quelque sorte, j'm'en fou de tout ça. Je voulais juste savoir pour cette fille, Louise… Cette minette de l'école catholique avec qui tu traînes. C'est quoi le truc ?

Le truc…

Ouais, mec, tu sais… à avoir ? Il doit bien y avoir un truc à avoir. Sinon, pourquoi tu serais encore avec elle comme ça ?

Jimmy avait tourné la tête, se raclant la gorge bruyamment, puis il avait recraché un ignoble tas de salive et de morve sur l'asphalte fissuré.

Peut-être que je, euh, l'aimebien.

Ha, c'est vrai. Bien. T'es en train de dire qu'il ne se passe rien ?

Ouais…

Oh, allez… Je sais tout sur ces minettes catholiques. Frankie Yatz m'a dit qu'y en a une qu'il a emmenée au cinéma, et qui l'a sucé là-bas, juste devant Forrest Gump. Elles aiment bien baiser.

Elle n'est pas comme ça. Et si j'étais toi, je fermerais ma gueule.

Hé, je dis juste… c'est une putain de bombe. Si j'étais toi, je lui en mettrais tous les jours, si tu vois ce que je veux dire… ses nichons—

Et puis Jack l'avait frappé, un crochet du droit bien vicieux qui était sorti de nulle part et avait cloué Nolan au sol bien avant qu'il ne l'ait vu venir. Quelque chose s'était emparé de Jack, quelque chose de brutal et barbare. Il constata que même si Nolan se battait avec peine, en restant par terre la moitié du temps, il était poussé par une force insistante à l'intérieur de son ventre qui lui dictait de défoncer chaque centimètre carré de la gueule de ce petit bâtard. Et il l'avait fait, jusqu'à ce qu'il commence à haleter sous l'effort, et que ses doigts soient ensanglantés et meurtris, certains d'entre eux probablement cassés. Sa lèvre avait été fendue par un coup de poing bien placé de Nolan, et Jack avait goûté à son propre sang—un goût salé et sauvagement agréable, d'ailleurs.

Cette fille avait été furieuse lors qu'il était rentré chez lui, alors qu'elle était assise avec Lola et qu'elles l'attendaient. Mais elle ne semblaitpas comprendre qu'il fallait le faire, pour empêcher les gars comme ça de parler d'une fille comme elle. Comme s'ils essayaient de la faire ressembler à toutes les autres salopes qui vivaient aux alentours, comme s'ils n'avaient pas suffisamment de putes et qu'ils devaient l'avoir elle aussi. Cette fille n'avait pas l'air de comprendre ça, ou sa colère.

Je ne peux pas croire que tu t'es battu pour sauver mon honneur, pour l'amour du ciel. Tu sais à quel point… C'est mélodramatique ?

Oh, oh, désolé. C'est ma faute. La prochaine fois, je saurai qu'il faut laisser Jimmy Nolan me raconter à quel point il aimerait te baiser.

C'est exactement ce que tu devrais faire, Jack. C'est juste un mec. Et toi aussi. Les mecs sont censés parler de trucs comme ça.

J'veux pas parler de truc comme ça. Je ne veux pas parler de toi comme ça.

Eh bien, alors, tu ferais tout simplement mieux de commencer à prendre ça à la légère, parce que personne n'arrêtera.

Si je leur fous une raclée, ils arrêteront.

Ça risque de prendre beaucoup de temps et d'énergie, tu ne crois pas ? Détends-toi, tu veux ? Je n'ai pas besoin d'un chevalier blanc pour défendre ma réputation comme une petite vierge pieuse.

Elle avait paru furieuse, mais elle ne le semblait plus maintenant. Il avait supposé que c'était parce qu'il avait plus ou moins gardé sa colère sous contrôle, au moins juste assez pour ne pas foutre un coup de poing à n'importe quel homme qui la reluquait.

— Je n'aime pas savoir qu'ils te regardent, qu'ils pensent à ce qu'ils aimeraient te faire.

Jack croisa les bras sur son torse et regarda résolument vers le bas, observant attentivement le trou dans son jean.

— Comment tu sais ce qu'ils pensent ? demanda cette fille d'une voix douce.

Il renifla. Comme s'ils la regardaient avec d'honorables intentions… C'était là son problème : elle était trop innocente pour penser à ça.

— Parce que je suis un mec. Je sais.

Elle fit une pause et tendit la main, prête à toucher son épaule du bout des doigts. Elle laissa échapper un souffle fragile avant de lui répondre.

— Tu as déjà pensé à moi comme ça ?

Jack la regarda avec de grands yeux, brusquement conscient de ce qu'il venait de lui dire. Il s'attendait à ce qu'elle paraisse insultée, peut-être un peu dégoûtée, face à sa suggestion involontaire. Mais l'air sur son visage était légèrement calculateur, elle avait les joues teintées, et cela ne ressemblait en rien à de la colère. Il n'était pas tout à fait sûr de vouloir lui répondre. Fallait-il mentir et lui dire « non », en continuant à lui cacher toutes les pensées pleines de luxure qu'il était parvenu à garder secrètes pendant tout ce temps ? Ou fallait-il dire quelque chose d'évasif, pour éluder le sujet ridicule et ne plus en parler ? Ou peut-être, juste peut-être, devrait-il lui dire la vérité, rien que pour voir ce qui se passerait… Ce qu'elle allait dire… Peut-être que parfois, elle pensait aussi à lui comme ça…

— Je…

— Qu'est-ce que vous faites tous les deux ? cria Lola, portant une pile de robes noires, l'air ennuyé. Je n'aime pas ce magasin. Louise, t'pourrais m'aider à ranger ces trucs pour qu'on puisse enfin aller manger un bout ?

— Oh ! Oui.

Et puis, cette fille se précipita vers Lola en rougissant, sans un seul regard pour Jack.

Ils passèrent le reste de la journée en ville, mais tout était étrangement silencieux et maladroit après ça. Même Lola s'en aperçut, et cela freina sa bonne humeur aussi. Bien que cela ne l'empêcha pas de vouloir voir la Tour Wayne de plus près, pour finalement rester debout près de la porte d'entrée en verre et regarder le trafic à l'intérieur du bâtiment, jusqu'à y coller son nez, forçant un garde de sécurité à lui ordonner de déguerpir.

Ils mangèrent dans un restaurant minuscule, avec de vieilles tables sculptées, et même des tonneaux de bière. Jack avait économisé juste assez d'argent pour être en mesure de payer le repas, même si cette fille protesta avec véhémence. Il finit par lui jeter son argent au visage, pour pousser ses billets dans les mains de la serveuse plus que confuse.

— En fait, ils s'aiment, dit Lola en rassurant la serveuse qui avait l'air de se demander si elle devait aller chercher son patron, ne vous inquiétez pas.

— Tais-toi Lola, grogna Jack.

Il regarda cette fille, qui était restée assise en secouant la tête, marmonnant quelque chose à propos des « hommes machistes ».

Jack n'avait pas vraiment parlé à cette fille jusqu'à ce qu'ils soient sur le chemin du retour. Vers la station, il y avait un barrage au milieu d'une rue, en face d'une église. Lola poussa un cri et s'élança, excitée, pour regarder les grandes portes en chêne s'ouvrir et un couple vêtu comme des mariés en sortir. Ils avaient l'air très jeunes, pas plus de dix-huit ou dix-neuf ans, et leur posture rigide, les épaules voûtées, affichait de manière flagrante leur mécontentement face à la situation qui les unissait. Ils n'avaient pas l'air heureux. Contrairement à ce qu'ils auraient dû être le jour de leur mariage. Alors, Jack pensa que lui non plus ne serait pas heureux s'il y avait deux rangées de personnes de chaque côté de lui, en train de lui jeter du riz au visage.

Mais si l'expression tordue de dégoût sur le visage du jeune homme était quelque chose, ce n'était rien comparé à la tête de la mariée. Sa lèvre était relevée vers le haut dans un rictus écœuré, mais même cela n'avait pas réussi à nuire à son apparence. Jack lui jeta un coup d'œil et il réalisa, assez surpris, qu'il regardait probablement la plus jolie fille de la ville, après la jeune fille debout à côté de lui. Elle avait un air vaguement familier aussi, avec ses longs cheveux blonds et bouclés, vraiment du genre soignée.

— Je ne savais pas qu'ils se mariaient aujourd'hui, songea cette fille.

Elle était debout sur la pointe des pieds pour essayer de mieux voir le couple qui descendait les marches, le marié traînait presque sa femme derrière lui.

— Ils ne semblent pas vraiment prêts pour, euh, le bonheur conjugal.

Cette fille lui sourit et répondit :

— Bien sûr que non. Jésus-Christ, je pensais que tu les reconnaissais. C'est Johnny Sabatino junior et Peyton Riley. Tu sais… les enfants des patrons de la Mafia ?

Jack cligna des yeux, puis reporta son attention sur le marié. Ses cheveux étaient plaqués en arrière, couleur charbon et à y regarder de plus près, sa peau avait la couleur olive qui différenciait les Sabatino de la plupart des autres habitants de Gotham. La ligne d'invités sur le côté du marié était aussi semblable, y compris l'homme aux cheveux grisonnants et au visage fortement usé. Johnny Sabatino senior. Cet homme était une légende infâme, d'après ce qu'il en savait.

— Mais les Riley ont toujours combattu les Sabatino, marmonna Jack d'un air absent, pourquoi ils laisseraient leurs gosses se marier ?

— Ils ont forcé leurs enfants à se marier. Une manière pour mettre un terme à la rivalité entre ces deux puissances, tu sais. Tu vois comment ils agissent tous les deux ?

Johnny junior se jeta à l'arrière de la limousine noire qui attendait devant l'église, laissant son épouse monter après lui. Elle avait les dents découvertes et le nez plissé en remontant sa longue robe blanche, luttant pour se fourrer sur la banquette arrière sans s'emmêler les pieds.

— Ils se détestent, remarqua Jack en souriant sinistrement, eh bien, c'est intéressant pas vrai ? Ça va donner quelques… rebondissements… sanglants…

Cette fille fronça violemment les sourcils.

— Tu ne devrais pas parler comme ça. Je suis triste pour la pauvre Peyton Riley… je veux dire, ce gars-là est un connard de premier ordre. Imagine leur nuit de noces ?

Cette fille frissonna, puis de manière inattendue, elle tendit la main et saisit celle de Jack. Elle s'appuya contre son bras et ils regardèrent la limousine sortir de la rue, puis disparaître au coin, probablement en direction d'un hôtel de luxe. La foule installée autour des marches de l'église se regardait mutuellement avec méfiance. Les Sabatino, avec leur peau foncée et leurs cheveux noirs, étaient facilement distinguables des Riley, qui avaient tous le teint clair et quelques roux parmi eux.

Lola sautilla sur place, le souffle court :

— C'était tellement cool, Jack ! Je n'avais jamais vu un vrai mariage comme ça avant ! Hé, toi et Louise vous allez vous marier dans cette église ? Oh s'il te plaît, s'il te plaît Jack, marie-toi bientôt. Je veux voir la cérémonie et la robe de Louise !

— Arrête de parler comme si tu risquais de tomber raide morte à chaque seconde, lança Jack mal à l'aise, je ne vais pas me marier de sitôt. Si tu veux voir ça, tu vas devoir attendre.

Ils parvinrent à revenir dans les Narrows avant vingt-deux heures, et ils rentrèrent à la maison trente minutes plus tard. Il y avait eu un important retard, parce que le train était en panne. Ils avaient tous fini par s'asseoir dans une station sale qui sentait l'urine et l'alcool, en attendant que les mécaniciens de la ville réparent le problème. Lola et cette fille avaient parlé tout le temps, et Jack les avait écoutées avec un intérêt minime, mais avec l'agréable sentiment d'avoir enfin quitté les rues bondées de la ville.

Il faisait nuit noire, inquiétant décor, pendant lorsqu'ils retournèrent chez eux. Les deux filles étaient complètement effrayées à l'idée de devoir rentrer à pied à travers les ruelles des Narrows, si tard dans la nuit. Elles tenaient Jack et il était à la fois agacé et ravi que cette fille serre son bras chaque fois qu'un rat faisait tomber une poubelle pour se précipiter plus loin dans les ténèbres.

— On va se faire violer et on va mourir !

Lola gémit alors qu'un clochard ivre tituba en marmonnant des choses à propos du « prix à payer pour le sang ». Certes, rien de quoi s'énerver, on pouvait difficilement passer dans les rues sans se heurter aux délires des clochards carrément cinglés.

— Pas du tout, lança Jack, je suis là, non ? Tu crois que je vais juste rester debout comme un idiot et vous regarder vous faire violer, et tuer, ou quelque chose ?

— Mais s'ils ont une arme et qu'ils disent : « Laisse-moi les filles ou je te tue », tu vas les laisser nous violer ! cria Lola totalement hystérique.

— Non, je ne le ferais pas. Je vais me battre. Ferme juste ta bouche et continue de marcher, tu veux ? grogna Jack avec agacement.

Puis il déplaça sa jambe, de manière à sentir la pression métallique contre sa cheville, celle du couteau qu'il avait caché là. Il ne voulait pas admettre que marcher à cette heure-ci, avec ces deux-là, le rendait mal à l'aise, à cause de cette fille en particulier qui attirait toutes les mauvaises intentions des autres types.

— Allez, viens, on va passer dans la ruelle. On sera au bout de notre rue et on n'aura pas besoin de faire un détour par le bâtiment O'Neil. Arrête de chialer, je t'ai déjà dit qu'il ne va rien t'arriver.

Jack attrapa sa sœur et la jeune fille et les conduisit dans une ruelle à leur droite, marchant sur un sac d'ordures et esquivant une corde à linge tendue entre deux branches relativement basses. Lola et cette fille s'accrochèrent à ses bras, chacune d'elle tirant sur lui et lui faisant perdre l'équilibre toutes les deux secondes. Autant il appréciait la sensation des paumes de cette fille sur sa peau, autant il devenait de plus en plus irrité. Elles agissaient comme s'ils marchaient en Enfer, ou dans un autre endroit terrible, et non dans un endroit où ils avaient vécu pendant des années et des années. Il savait que c'était difficile parfois, mais cela commençait à devenir ridicule.

— Jack, regarde…

Mais Jack trébucha, et s'étala sur le sol. Son pied avait heurté quelque chose de grand qu'il n'avait pas vu, distrait comme il était par les deux filles qui s'accrochaient partout sur lui.

Ses paumes raclèrent le bitume graveleux de la ruelle et il jura haut et fort, certain qu'il venait de se couper la main sur un morceau de verre. Lola recula, mais cette fille vint vers lui pour l'aider à se relever. Il la repoussa, embarrassé, puis jeta un coup d'œil au clochard saoul sur lequel il avait trébuché avant de s'étaler de tout son long dans la ruelle, pour finir par se rentrer un tesson de bouteille dans la paume. Cette fille et Lola continuèrent à avancer prudemment dans la ruelle, mais Jack resta immobile, les yeux baissés vers le clodo allongé sur le bitume, étrangement raide, jusqu'à ce qu'un rayon de lune perce le ciel pour mettre en évidence un visage. Pâle comme la mort, avec de grands yeux ouverts et sans vie.

— Jack, viens ! J'ai vraiment peur, lui lança Lola.

Il se retourna et marcha rapidement vers elles pour les rattraper, son corps paraissant étrangement engourdi et son esprit bizarrement vide. Vide, comme cette ruelle, excepté le cadavre sur lequel il avait trébuché.

— Je vais te déposer à la maison et je ramènerais Louise chez elle, dit-il à Lola.

Elle aurait crié de désespoir d'habitude, mais la nuit l'effrayait et elle voulait juste rentrer à la maison. Elle ne répondit rien, mais elle sprinta pratiquement jusqu'à leur immeuble. Jack et cette fille attendirent jusqu'à ce qu'elle frappe à la fenêtre, pour leur montrer qu'elle était bel et bien rentrée. Jack se détourna et commença à revenir à grands pas en direction de l'allée qu'ils venaient de quitter.

— Où tu vas ? demanda cette fille, trottinant pour rester près de lui. Allez, Jack, je veux rentrer chez moi…

— Je l'ai déposée avant, parce que je veux retourner voir ce clochard, lui répondit Jack en la regardant distraitement, il est mort.

— C'est terrible, frissonna-t-elle en croisant ses bras sur sa poitrine, mais qu'est-ce que ça peut faire ? Pourquoi faut-il y retourner ?

— Parce que.

Il marcha avec précaution vers le corps qui gisait là, à moitié couvert de crasse. Il tendit la main pour tourner la tête de l'homme sur le côté, et examina ensuite les traits familiers de son visage. Pour revérifier, il regarda même chaque jointure de ses mains encore serrées sur une bouteille d'alcool. Il ne pouvait pas se tromper, cette fois. Il connaissait ces phalanges aussi bien qu'il se souvenait des ecchymoses qu'elles lui avaient faites au visage au cours de ces quatorze dernières années.

— C'est mon père.


Note de BCooper : C'est officiellement le dernier chapitre "tendre" et innocent. Cela ne veut pas dire qu'il n'y aura PLUS de moments entre Jack et Louise. Cela veut dire, cependant, que les choses vont devenir beaucoup plus difficiles pour le pauvre Jack à partir de maintenant. Et vous serez enfin en mesure de mieux reconnaître certains aspects du Joker, enfin, je l'espère. Le chapitre suivant, à l'origine, faisait partie de celui-ci. Mais il était ridiculement long et j'ai décidé de le diviser en deux.

NDT : Voilà ! Laissez-moi savoir ce que vous en pensez... Ou pas. Je vais bosser sur mes autres projets, et je vous dis à très bientôt ;-)

Merci pour la lecture !