Salut tout le monde ! Petit chapitre pour commencer le mois de Mars en beauté avec la conclusion de cette croisière meurtrière. j'espère que l'enquête vous a plus en tout cas et j'attends vos retours pour la suite des aventures. Je vous réserve quelques surprises, vous allez voir.

Sur ce, je vous dis à très bientôt et savourez bien ce chapitre !


Le temps qu'on apporte les extincteurs, le corps était déjà totalement carbonisé.

Impossible de l'identifier, quoi que le banquier pointa la montre au poignet du mort.

- Ce ne serait pas Kanie-san ? Je lui ai demandé l'heure et il me semble qu'il avait une montre toute en or, identique à celle-ci.

Kogoro et Samezaki regardèrent la dépouille calcinée dans le coffre de l'échelle de secours avec plus d'attention. Le corps, de ce qu'il en restait, semblait porter les mêmes vêtements que leur disparu.

Mais le plus étonnant, ce fut un léger rire de Nagisa.

D'après elle, la position du cadavre était absolument ridicule.

- On dirait qu'il soulève son corps pour qu'on voit bien sa montre, pointa la femme.

- Ah ça, fit Kogoro.

- C'est le durcissement thermique, expliqua Heiji à la jeune femme. Lorsqu'un corps brûle, les muscles prenant appui sur les os se rétractent avec la chaleur. Ils se solidifient et subissent un durcissement thermique. Pour les muscles des bras et des jambes, la masse musculaire est supérieure à la capacité d'étirement… c'est pour cette raison que les articulations se replient et donnent une posture particulière au corps : celle d'un boxeur prêt au combat. En somme, le cadavre a pris cette pose de lui-même !

- Ah bon ? s'étonna la femme.

- Le problème réside plutôt dans la montre en elle-même. Regardez ce bracelet, il est détaché, non ?

- Il a dû se détacher lors de l'explosion de la bouteille d'essence qui était dans cette boite avec le corps, supposa Mouri en soulevant au bout d'un bâton la bouteille d'essence carbonisée.

- Certainement, même la bâche en plastique qui couvrait cette boite s'est envolée… constata Samezaki, debout à proximité du corps et de Kogoro.

- Une bâche en plastique ? s'étonna Heiji.

- Oui, lorsque nous étions à la recherche de Kanô, le commissaire et moi, elle y était encore ! elle portait l'inscription échelle de secours.

- Et vous avez vérifié le contenu à cet instant ?

- Non, cette bâche était maintenue par une corde de l'extérieur, on s'est donc dit que personne ne pouvait s'y être caché.

Kogoro se releva, ignorant les gosses.

- De toute manière, à ce moment, cette boîte était vide, c'est certain. Quand je suis revenu de ma recherche de Kanô, j'ai vu Kanie qui partait, dans le restaurant.

Pendant que les adultes discutaient au sujet d'Heizo, le père d'Heiji et le préfet de la police d'Osaka, Conan attira l'attention d'Heiji sur quelque chose au niveau du visage de leur victime.

De la silicone fondue.

- On a du mal à le voir, parce qu'il a brûlé, mais il n'y a pas de toute, pointa Conan. Il s'agit d'une partie que l'on utilise pour le nez lors des opérations chirurgicales.

- J'aurai bien dit que le gars était certainement complexé par son apparence, mais vu l'impression qu'il m'a laissée, je pense plutôt qu'il cherchait à se faire une nouvelle identité, marmonna Red de derrière la caisse où il semblait chercher quelque chose.

- Hm. Il faisait certainement partie des quatre bandits en cavale dans l'affaire des quatre cents millions, supposa sombrement Conan. Si ce corps est bien celui de Kanie-san, il y a de fortes chances que Kameda-san, avec qui il s'entendait plutôt bien, soit un autre des complices. On se croirait à des retrouvailles d'anciens amis ayant subi une opération de chirurgie esthétique.

Red se laissa tomber en tailleur en soupirant.

- Mais son comportement s'explicite. Après tout, il nous a montré un sceau en nous voyant débarquer. C'était certainement un signe de reconnaissance, grommela Red.

- Ce qui veut dire aussi que Kujirai fait certainement partie de la bande… et ce qu'il a dit sur le pont… réfléchit Heiji. De toute évidence, c'est ce billet fixé sur le pont avec un couteau qui lui a foutu la trouille.

- C'est le but de la manœuvre en général, quand on fait ça, se moqua Red.

- Oi, t'as fini de te foutre de moi ? s'indigna le lycéen en se penchant vers Red.

Conan n'écoutait même pas Heiji. Il était concentré sur le message du billet.

L'ombre désignait à coup sûr Le Planificateur de l'Ombre, Kanô Saizô. L'idée de renaître voulait dire qu'il avait déjà été tué à un moment.

- Ce qui concorde ave les suppositions de Dawn de tout à l'heure, pointa Conan. Il s'est certainement fait descendre par ses trois complices. Et voilà qu'en plus, un vieil homme se faisant appeler Kanô Saizô est apparu sur ce bateau.

- Plusieurs choses m'échappent, pointa Heiji. Que ce soit l'identité de ce vieux qui reste introuvable ou encore, la raison pour laquelle les complices se retrouvent sur ce bateau le jour de la prescription de leur crime.

- J'ai la réponse pour ta dernière question, annonça Red. Tout se résume à Zoo Kansai. Vous êtes tellement formatés à chercher midi à quatorze heures que ne vous voyez même pas ce qui crève les yeux… sans mauvais jeu de mot. C'est une simple anagramme. Zoo Kansai utilise les mêmes sons que pour Kanô Saizô. Je peux pas dire si les idéogrammes correspondent, mais c'est ce que je vois comme lien. Quiconque remarquant ça, saura qu'il est question de cette vieille affaire. C'est donc un bon code de ralliement pour le reste de la fine équipe.

Les deux détectives regardèrent Red qui semblait réfléchir à quelque chose de son côté.

- C'est tellement évident que je comprends pas comment on a pu passer à côté, avoua Conan.

- Mh. Merci pour la remarque. Tu cherches quelque chose ? marmonna Heiji.

- Juste une question… personne n'a allumé de cigarette pendant l'examen de l'endroit ? se fit confirmer Red.

- Personne, pourquoi ?

- Parce que ça sent le tabac. Toute cette boîte sent le tabac et l'essence.

Red se releva avec un léger grognement.

- Quand vous en aurez fini de secouer monsieur-j'ai-peur-d'un-fantôme, vous pourrez venir me donner un coup de main, histoire de faire en sorte que le navire ne finisse pas par le fond. J'attendrais après votre bonté devant la cabine de monsieur-grosse-valise.

Il reprit sa canne et s'éloigna.

- Il est franchement bizarre, commenta Heiji.

- Et tu connais pas la moitié, kozzo ! lança moqueusement Red par-dessus son épaule.

Une veine palpita sur le front de Heiji alors que Conan lui tapotait le bras (trop petit pour atteindre l'épaule) avec compassion.


Samezaki était au bout de sa patience avec Kujirai, qui malgré le fait qu'il soit blanc de peur, niait avoir la moindre information sur les évènements en cours.

Après, vu la rage dans laquelle était l'ancien commissaire, on pouvait comprendre qu'il soit effrayé.

Dans l'audition bon flic, mauvais flic, Samezaki venait de placer la barre très haute dans le rôle du méchant.

Malheureusement, tout cela ne menait nulle part et Heiji commençait à s'ennuyer sérieusement.

Quand Kogoro revint de son interrogatoire du reste de l'équipage, et il s'avéra qu'ils avaient tous un alibi. Ce qui ne laissait que Kujirai qui, bien qu'il eût un alibi lui aussi, gardait un comportement suspect, et Kameda, l'homme enveloppé que Ran avait pris pour Kansai Zoo.

D'ailleurs, cela faisait un petit moment qu'ils n'avaient pas vu Kameda.

- DANS CE CAS, ALLEZ JUSQU'À SA CABINE ET RAMENEZ-LE ICI ! rugit Samezaki.


Et c'est ainsi que Kogoro se retrouva à faire la route vers la cabine du dénommé Kameda, Ran, Heiji et Conan sur les talons.

- Est-ce que c'est vraiment nécessaire de tous m'accompagner ? maugréa Kogoro dans les couloirs.

- Plus on est nombreux, plus c'est rassurant… justifia nerveusement Ran.

Ils arrivèrent devant la porte de leur homme et Kogoro frappa.

- Il est pas dedans.

Le trio baissa la tête pour voir Red devant eux.

- Kameda-san est pas dans sa cabine.

- Tu fais quoi ici ? demanda Ran en s'accroupissant devant lui.

- Y'a quelque chose de bizarre dans la grosse valise d'un des passagers et personne ne me croit…

La moue de Red était juste adorable.

Conan eut un rictus en voyant ça.

Ce gars était un sacré comédien.

Kogoro actionna la poignée et il s'avéra que la porte était ouverte… et Kameda n'était pas là.

Le temps de se retourner pour Ran, et Heiji avait disparu avec Conan.


Les deux jeunes étaient partis chacun de leur côté, courant à toute blinde dans le navire, fouillant chaque endroit accessible, avant de se retrouver au niveau du corps calciné.

- Alors ? tu as trouvé quelque chose ? demanda Heiji avec un sourire féroce en voyant Conan jaillir de la trappe menant à l'étage inférieur.

Conan brandit une douille et une lettre pliée en quatre, le tout dans des mouchoirs pour ne pas mettre ses empreintes.

- Des traces de sang sur le sol, une douille… et une étrange lettre, résuma Conan avec un sourire tout aussi féroce.

Heiji leva son poing pour montrer un papier froissé qu'il tenait dans un mouchoir.

- Quant à moi, dans la poubelle des toilettes pour hommes, près du restaurant… j'ai trouvé un mystérieux bout de papier tout froissé !

Conan ouvrit sa lettre et Heiji vint lire par-dessus son épaule.

- « Je t'attends dans la salle des machines, Zoo Kansai »

Conan replia la lettre et se rapprocha de la victime carbonisée pour montrer quelque chose sur le front de celle-ci.

- D'après le trou dans le front de la victime, aucun doute que cette personne a été appelée dans la salle des machines, tuée, puis mise en boite…

Heiji acquiesça.

- Et ton bout de papier ? demanda Conan à son ami.

- Tout comme ta lettre, la mienne aussi a été tapée à la machine. « Retrouvons-nous à l'arrière du bateau. Zoo Kansai. ». C'est la preuve que quelqu'un a appelé ce Kujirai-han* !

- Qu'est-ce qui te fait dire que ce message lui était destiné ? demanda Conan.

- Deux membres de l'équipage l'ont vu, le visage blême, crier « Eh ! je suis là ! ». Il était minuit passé. Quand les employés lui ont adressé la parole, il a eu l'air surpris, leur a demandé de ne dire à personne qu'il était venu ici, avant de s'empresser de retourner au restaurant. Les deux employés ont attendu, pensant que quelqu'un allait venir, mais finalement, personne ne s'est présenté. C'est au moment où ils s'apprêtaient à retourner à leur poste qu'ils ont entendu les coups de feu sur le pont supérieur !

- La boite brûlait déjà à ce moment-là ?

- Non, pas encore. Il n'y avait pas non plus de déclencheur automatique…

Conan se prit le menton dans une main, pensif.

- Bref, le coupable a fait retentir un coup de feu sur le pont supérieur et pendant que tout le monde était en haut, en a profité pour mettre le feu…Dans ce cas, l'attitude de Kujirai-san est normale.

- Ouais, approuva Heiji. Il s'en est fallu de peu que lui aussi finisse carbonisé.

- Reste un problème : est-il possible de venir jusqu'ici après avoir tiré un coup de feu sur le pont supérieur… ? A moins que la réponse soit liée à l'odeur de tabac que Dawn dit avoir senti près de la boite.

Heiji eut un sourire féroce.

- J'ai ma petite idée sur l'identité du coupable… ce n'est plus qu'une question de temps.

- Ah bon ? Toi aussi ? s'étonna presque Conan.

- Dans ce cas, il ne nous reste qu'à comparer nos conclusions !

- Commençons par ce vieux qui se fait appeler Kanô Saizô, proposa Conan en mettant ses mains dans ses poches.

- S'il est monté sur le bateau, descendu, puis revenu sans que personne ne l'ait vu…

- Cette affaire sent à plein nez…

- LE COUP MONTE ! firent en cœur les deux détectives avec un air satisfait.

- Reste deux personnes susceptibles d'avoir commis le crime, pointa Conan.

- Oui ! Et là, ce qu'il faut retenir, c'est que le coude du cadavre calciné, durci par la chaleur, était totalement replié au niveau du visage ! C'est la preuve que lorsqu'il a mis le corps dans la boite, le coupable l'a calé sur le bas de la caisse et lui a étiré les bras vers le haut ! Je ne vois qu'une personne pour faire ça !

- Mais en réalité, quelqu'un veut nous faire croire que c'est cette personne qui a été tuée ! Alors qu'il se cache quelque part en se faisant passer pour mort… continua Conan.

Heiji eut l'air surpris par le commentaire. Enroulant sa main dans un mouchoir, il attrapa la montre au poignet du mort pour la montrer à Conan.

- Qu'est-ce que tu racontes ? Et cette montre alors ? demanda Heiji.

- Je te renvoie la question ! s'indigna Conan. C'est justement ça l'astuce du meurtrier !

Le silence revint entre les deux détectives. Heiji se releva.

- Voilà qui devient intéressant… sourit le lycéen à la peau sombre. Il y avait longtemps que nos analyses n'avaient pas été différentes.

- Oui, sourit Conan avec le même air. Depuis la première fois où nous nous sommes rencontrés.

- Nous verrons bien qui de nous deux est dans le vrai ! lança Heiji en commençant à s'en aller à grands pas.

- Oi ! appela Conan.

Heiji se retourna juste le temps de lui lancer la montre dans le mouchoir pour lui demander de la remettre au poignet du mort, laissant Conan derrière avec un soupir las.


Red releva la tête de son poste quand Conan le rejoignit.

- Tu aimes faire attendre les gens ? On a beaucoup de chance que ça n'ait pas encore explosé, grinça Red.

- Je suis à deux doigts de te considérer comme paranoïaque et t'as de la chance que je cherche le personnel de bord et que tout le monde semble jouer à cache-cache, grommela Conan en s'arrêtant devant lui, les mains dans les poches. Bon, elle est où ta bombe ?

Red se releva et désigna la porte.

- Je l'ai déjà ouverte.

- Et comment ?

Red sortit de sa poche le trousseau de clefs du personnel de bord avec un sourire satisfait. Conan eut un grognement et lui arracha les clefs des mains.

- Tu peux arrêter de faire les poches des gens ?

- Je fais ça depuis que je sais marcher, c'est pas des habitudes qu'on perd comme ça, rétorqua Red sans le moindre remord.

Conan se hissa sur la pointe des pieds et ouvrit la cabine du banquier.

C'est vrai que voir la valise ainsi, au beau milieu de la pièce, sans le moindre vêtement dans les étagères, ni le lit défait, c'était louche.

- On est d'accord que notre ami n'a pas de montre ? demanda Red.

- Hm.

- Alors pourquoi il n'a pas pris celle qui fait tic-tac dans sa valise ?

Conan s'avança et colla son oreille à la valise. Oui, il y avait bien un bruit suspect dedans.

- Par précaution, je propose qu'on la mette dans un canot de sauvetage qu'on rattachera au bateau par une corde, proposa Conan. En laissant assez de longueur, on devrait être à l'abri.

- C'est bon pour moi. J'ai besoin que tu me guides, par contre.

Red arrangea sa canne dans son dos et s'avança à l'aveuglette vers Conan et la valise.

- Lourde comme elle est, on ne pourra pas la porter à deux, on a la force de deux enfants, je te rappelle.

- Tu as la force d'un enfant normal. Vu ce que je faisais à dix ans, je suis loin de ce qu'on peut dire comme étant normal, lui dit narquoisement Red. (Bêta : Ah ça ! une petite pensée pour le tigre !)

Conan eut un soupir et le tira par la manche jusqu'à la valise, lui mettant la main dessus.

- Vas-y, casse-toi le dos et fais-nous tous sauter, que je rigole bien, ricana narquoisement Conan.

Red fit rouler ses épaules un instant, puis sa nuque, avant de s'accroupir et de hisser avec une certaine difficulté la valise sur son épaule, cherchant une bonne prise, avant de réussir à bien la caler et de se relever assez facilement.

Conan resta silencieux, les lunettes glissant sur sa figure, les cheveux en tout sens sous la surprise, devant l'absurdité de la scène.

- T'en as encore beaucoup des tours de ce genre, Superman ? demanda Conan.

- Superman ? répéta Red avec perplexité.

- Laisse tomber.

Conan tira Red par le devant de son sweat-shirt pour le conduire hors de la cabine, faisant une pause juste pour la refermer à clef. Il reprit son rôle de guide, indiquant à Red la présence d'escaliers, avant de parvenir au bout de longues et laborieuses minutes sur le pont, à proximité des canots de sauvetage. Conan grimpa dans le premier pour retirer la bâche et aider à la manœuvre pour y installer la valise. Red s'étira un instant avant de reprendre sa canne.

- Allons demander de la corde au personnel de bord. J'ai des questions à leur poser. Et je dois leur rendre ces clefs.

Red se contenta de humer légèrement, emboitant le pas de Conan.

- Comment tu fais pour te déplacer aussi bien sans tes yeux ? demanda le Détective.

- Technique de combat qui fait que les sens sont aiguisés. A la base, ça améliore l'acuité visuelle, d'une certaine manière, mais il est possible de l'appliquer aux autres sens. Si t'es sympa et que j'arrive à te faire confiance, peut-être que je t'apprendrais ça… Ah ! En voilà deux !

Juste au détour du couloir, ils tombèrent en effet sur deux employés.

- Excusez-nous ! appela Red. On peut vous embêter quelques instants ?

Le duo d'employés s'arrêta et la femme se baissa pour se rapprocher des deux enfants.

- On a trouvé ce trousseau de clefs par terre ! annonça Conan en brandissant le trousseau qu'avait piqué Red.

- Merci beaucoup, remercia le steward.

- Hattori-nii-san a besoin d'un graaaaaaaaaaand rouleau de corde, vous en avez ? demanda Red en écartant les bras pour bien insister sur le grand.

Les deux employés se regardèrent avec perplexité.

- Oui, on doit avoir ça qui traîne, fit l'homme en allant chercher l'objet en question.

- Dîtes, Oba-san, est-ce qu'il y a une bonne cachette à bord ? demanda Conan.

- Une cachette ? répéta la femme.

- Un endroit pas accessible à tous… ou encore, un endroit qu'on ne voit pas…

Avant qu'il puisse avoir une réponse, un poing s'abattit sur son crâne.

- Toi ! rouspéta Kogoro alors que Conan essayait de soigner la bosse monstrueuse qu'il avait sur le sommet du crâne. Monsieur se balade alors qu'on a un meurtrier qui rôde ! Et c'est valable pour toi aussi, sale gosse !

Kogoro abattit son poing sur le crâne de Red qui remerciait la femme qui s'en allait.

- Arrrgh !

Red tourna la tête dans tous les sens en se tâtonnant son crâne d'un air incertain.

- Quelque chose m'a décoiffé ?

A côté, Kogoro pleurait toutes les larmes de son corps sur son poing qui avait pris une jolie couleur rouge et même doublée de volume.

Conan eut un sourire satisfait. Ça apprendrait à ce vieil emmerdeur à frapper sur le crâne des gens.

Ran se pencha vers le duo et leur demanda où était Heiji.

- Comment ? Tu ne l'as pas vu ? s'étonna Conan.

- Non.

Conan et Red s'arrêtèrent, l'oreille tendue après avoir perçu un son lointain.

- Vous n'avez pas entendu un bruit d'eau étrange ? demanda Conan en levant la tête vers Kogoro.

- Hm ? Certainement un thon ou quelque chose comme ça… répondit Kogoro.

- C'est pas un poisson, ça… réfuta Red.

- Toi aussi tu trouves que ce bruit n'est pas normal ? s'enquit Conan en le regardant.

- Quelque chose est tombé à l'eau.

- Je vous dis que c'est sûrement un poisson qui a sauté hors de l'eau ! Rien de plus ! Ce ne sont pas les thons et les poissons volants qui manquent dans la région…

- Edogawa ! Mène-moi au pont ! demanda Red en mettant sa canne dans son dos.

Conan partait déjà au pas de course, suivi par Red qui veilla à rester un maximum dans son sillage pour ne pas se prendre de mur.

- Il a pas intérêt à être tombé à l'eau… grogna Conan entre ses dents alors qu'il grimpait sur le pont.

Red se mangea la première marche, poussa un juron bien choisi et les grimpa à quatre pattes avant de se remettre à courir une fois sur le pont. Conan le parcourait déjà de long en large en appelant son ami.

Alors que Conan grimpait sur les rambardes près du corps calciné à la recherche d'Heiji, Red en faisait autant en le cherchant de son Haki.

- Où qu'il soit, il est trop loin pour que je puisse percevoir sa présence… souffla Red.

- Non…

Conan était pâle comme un linge, refusant de s'avouer vaincu, scrutant l'eau.

- Eh ! C'est dangereux, les enfants ! fit le banquier en les attrapant tous les deux par le col pour les reposer sur le pont.

Conan voulut protester, mais l'homme n'était pas seul, et la belle Nagisa en rajouta une couche en allant s'accouder à la rambarde, sa cigarette à la bouche.

- Ici, c'est le grand large. On ne peut strictement rien faire pour un homme qui tombe en pleine mer.

- CONAN-KUN ! RED-KUN !

Kogoro et Ran arrivaient déjà en courant.

- Mais qu'est-ce que vous faites ? haleta la demoiselle.

- Heiji-nii-san a disparu ! justifia Conan en montrant le large du doigt.

- Pft ! Lui, tu sais… il doit être encore en train de chercher des indices quelques part… grommela Kogoro.

- Mais oui… assura Ran. Ne vous inquiétez pas ! Il réapparaitra tout à l'heure…

- Yo… Yoshimi… souffla le banquier.

Tout le monde le regarda mais l'homme secoua les mains.

- Non, votre voix ressemble à celle d'une amie.

Ok… ?

Mais qu'est-ce qu'ils faisaient tous les trois sur le pont ?

- Elle nous a demandé de venir l'aider à chercher un objet perdu, expliqua Kuraiji en montrant Nagisa du doigt.

- Un objet perdu ?

- Oui, un pendentif… clarifia la femme avec un regard triste. Je me suis rendu compte que je ne l'avais pas au moment où j'allais me coucher. Je le cherchais partout quand je les ai croisés. Comme ils avaient l'air de n'avoir rien à faire, je leur ai demandé de m'aider. A trois, on a plus de chance de trouver.

Cela sembla rappeler quelque chose à Ran qui fouilla dans la poche intérieure de son blouson.

- Ne serait-ce pas un pendentif avec une photo ?

Elle sortit le pendentif en question et le donna à la femme.

- La chaine était cassée, je l'ai trouvé sur le pont arrière du bateau…

La femme fut rassurée de retrouver son pendentif.

- Alors, la petite fille sur la photo, c'est vous, Nagisa-san ? Et le monsieur qui vous porte, votre père ?

- Oui, répondit faiblement la femme.

- Pourquoi tu ne lui as pas rendu de suite ? gronda Kogoro.

- Parce qu'il y a un trou au niveau du visage du père. Ça aurait très bien pu être quelqu'un d'autre sur la photo, non ? Je comptais demander à qui il était au moment du diner, mais j'ai oublié.

Ran s'excusa de son indiscrétion au sujet du trou de la photo, mais la femme la rassura.

- De toute manière, cette photo à plus de vingt ans. C'est tout ce qu'il me reste comme souvenir de mon défunt père, expliqua la jeune femme en rattachant le collier à son cou pour le mettre dans son col.

Kuraiji sembla quelque peu pâle suite à cette phrase.

Red poussa un soupir bruyant, reprit sa canne et s'éloigna.

- J'espère pour vous qu'il va bien, Hattori-nii-san, parce que c'est pas moi qui vais expliquer au préfet de police Hattori comment son fils s'est noyé, leur dit le brun en cherchant sa route du bout de sa canne. Faîtes ce que vous voulez, en attendant, je vais finir ce qu'on a commencé, Edogawa.

- T'y arriveras tout seul ? s'enquit Conan.

- J'ai ça dans le sang.


La retraite ne convenait vraiment pas à Samezaki.

Vraiment pas.

- VOUS ÊTES INCONSCIENT OU QUOI ?! VOUS VOUS BALADEZ ALORS QU'ON A UN CRIMINEL A BORD ?! MOURI ! POURQUOI LES AS-TU LAISSES SORTIR DU RESTAURANT ?!

-Euh… ils voulaient se reposer dans leur cabine… se justifia Kogoro.

Et la belle Nagisa était bien d'accord. Ils n'avaient aucun ordre à recevoir d'eux. Surtout d'un vieil hystérique comme Samezaki. La femme préférait jouer aux cartes avec les autres passagers jusqu'au petit matin. Il était d'ailleurs conseillé, comme pointa le banquier, de rester ensemble.

- D'ailleurs, avez-vous retrouvé Kameda-san ? demanda le banquier.

- Non, il a disparu… comme Kanô, soupira Samezaki.

- Et Hattori-kun ? Vous l'avez pas vu ? demanda Ran.

- Quoi ?! Le fils de Heizô aussi a disparu ? Zut, qu'est-ce qu'il se passe sur ce bateau ? grommela l'ancien Commissaire.

- Qui qu'il en soit, évitez désormais de vous déplacer seuls, conseilla Mouri.

Il regarda le reste des passagers, sans voir le regard pensif de Conan.

- Le meurtrier n'est pas l'un de nous. Il guette peut-être le moment où l'un de nous se retrouvera seul, en restant terré dans l'ombre en retenant son souffle !

Conan regarda ses pieds, pensif.

Mouri était dans le vrai… lorsqu'on avait entendu le coup de feu, Kuraiji-san revenait des toilettes et Samezaki buvait avec Mouri dans le restaurant… Et c'est juste après que tout le monde soit monté sur le pont que l'explosion avait eu lieu à l'arrière du bateau, et que la caisse qui contenait le corps avait brûlé… Entre le moment où ils avaient quitté le restaurant et celui où ils étaient arrivés sur le pont, personne ne s'était retrouvé seul. Il était également impossible pour Ebina-san (dont la valise devait maintenant être au large) et Nagisa-san, malgré le fait qu'ils aient rejoint le groupe à mi-chemin, de mettre le feu.

Dans tous les cas il n'y avait que trois possibilités pour le coupable, puisque le corps du défunt ne pouvait pas être identifié, malgré les soupçons de Conan. Il n'y avait que Kameda-san, Kanie-san et cet étrange vieil homme se faisant appeler Kanô Saizô.

Cependant, il ne pouvait s'empêcher de trouver étrange le comportement des passagers, tout comme les réactions démesurées de Samezaki.

Qu'est-ce qu'il avait eu lieu durant ce fameux Hold-up sanglant ? Que s'est-il passé il y a vingt ans ? Il devait se renseigner.

- Je vais aux toilettes, attends-moi ! annonça Conan à Ran.

Et il fila en courant hors de la pièce.


Conan se déplaça rapidement dans les couloirs, tournant aux coins et recoins, avant d'arriver aux toilettes.

Si Heiji avait été là, il aurait pu lui demander ce qu'il savait de cette affaire… mais où était-il, c'était une sacrée question.

Sortant sa boucle d'oreille téléphone portable, Conan s'enferma dans une cabine de toilette et composa rapidement le numéro d'Agasa, qu'il eut vite en ligne malgré l'heure plus que matinale.

« Ooooh ! Le Hold-Up sanglant des 400 millions, d'il y a 20 ans ? » fit Agasa une fois que Conan lui eut expliqué l'affaire. « J'étais justement en train de regarder une émission spéciale que j'avais enregistrée sur cette affaire. Il parait que depuis hier, il y a prescription, ils en ont beaucoup parler hier soir ! Je l'ai enregistrée en pensant qu'elle vous intéresserait surement, toi et Ace-kun… enfin, pour Ace-kun, c'est Ai-kun qui l'a dit, donc, je me fis à son jugement, elle le connait bien mieux que moi ».

L'énigme en cours d'éclaircissement qu'était Red n'était pas le sujet de ce matin.

- Est-ce qu'ils ont dit quelque chose à propos du coupable ? demanda Conan.

« Oui ! » confirma Agasa. « Le principal responsable dans cette affaire se nommerait Kanô Saizô. On connaissait son visage mais pas celui de ses trois autres complices. On dispose juste de leur portrait-robot, rien de plus ! »

- Ont-ils précisé que Kanô était mort ?

« Oui… sa veste a été récupérée sur la côte avec des traces de sang et de balles ! La police en a conclu à une dispute avec ses complices au cours de laquelle il se serait fait tuer ! »

C'était dingue, mais encore une fois, Red avait certainement touché dans le mille. Mais il restait une question :

- Comment savaient-ils que c'était la veste de Kanô ? demanda Conan toujours dans son téléphone boucle d'oreille.

« Grâce à ce qu'il y avait dans la poche de sa veste… quelque chose dont il ne se séparait jamais… une photo de lui tenant sa fille dans ses bras. »

Conan ne croyait pas aux coïncidences, c'était franchement bizarre qu'il retrouve une personne avec ce genre de médaillon sur ce navire.

« Mais c'est une bien sale affaire » continua Agasa. « Un des bandits a été surpris par l'alarme et a laissé partir un coup. Ainsi, une jeune employée de la banque du nom de Samezaki a été tuée… »

Non, là, c'était un fait exprès.

- Pardon ? Qui a été tué ? se fit confirmer Conan.

« Une employée de la banque. Samezaki Yoshimi… Eh bien ? Qu'as-tu Shinichi-kun ? »

Conan était en pleine réflexion. C'était trop parfait pour être le fruit du hasard. Si autant de personnes ayant un rapport avec cette affaire étaient sur ce navire, c'est qu'elles aussi avaient reconnu Kansai Zoo pour ce que c'était, une anagramme de Kanô Saizô. Ce qui expliquait aussi que Samezaki prenne autant à cœur cette affaire. Sa réflexion fut interrompue par des bruits de coups de feu.

« Qu'est-ce c'était que ce bruit ?! » demanda Agasa.

- Je vais raccrocher ! Rappelez-moi si vous avez du nouveau !

Sans prendre en compte les protestation d'Agasa, Conan raccrocha et se dépêcha de rejoindre le lieu d'où venait le bruit, croisant au passage Samezaki et Mouri qui se décidèrent d'aller chacun par un côté pour couper toute retraite au suspect.

Mais une fois arrivé à l'arrière, il n'y avait personne, outre Red qui était assis au beau milieu du pont en se tenant le menton d'un air boudeur.

Pire encore, après un tel bruit, Heiji aurait déjà rappliqué, cependant, son camarade n'était toujours pas là.

- Tu as v-entendu quelqu'un ? demanda Samezaki à Red en se rattrapant à temps.

- Personne, assura Red.

Kogoro remarqua la trappe sur le pont et la souleva pour regarder dessous.

- Il est peut-être passé par là et est entré à l'intérieur du bateau, supposa Kogoro.

- Le coupable est sans aucun doute Kanô ! gronda Samezaki. Il donne des coups de feu dans le vide pour nous faire paniquer.

- Mais pourquoi ?

- C'est… c'est moi… gémit Kujirai, blanc comme un linge. Il… il veut me tuer… moi…

Samezaki et Kogoro se retournèrent pour voir l'homme se tenant derrière Nagisa et Ebina.

- Je… je ne veux pas mourir… sanglota l'homme effrayé auprès de l'ancien commissaire.

- Si vous voulez savoir, moi non plus je ne veux pas mourir, pointa narquoisement Samezaki.

- Je… je vous en prie ! Protégez-moi s'il vous plaît ! Je vous dirai tout …

En voilà un qui se montrait enfin raisonnable.

- Il pue le mensonge et le sang à plein nez, grommela Red en rejoignant Conan. Le sang frais en plus.

- Il n'y a pas de fumée sans feu. On verra bien ce qu'il nous sort, il y aura peut-être des indices sur cette affaire, marmonna Conan.

- T'en a appris plus ?

Conan lui fit le résumé de ce que lui avait raconté Agasa alors qu'ils rejoignaient de nouveau le restaurant pour écouter les aveux de Kujirai.

Il avoua être un des complices du fameux hold-up des 400 millions d'il y a vingt ans. A la base, il avait juste voulu partager avec ses camarades la joie d'en finir avec ces vingt longues années de cavale. Pour cela, il avait reçu une lette avec un vieux billet de 10 000 Yens, disant qu'une fois embarqué sur le navire, il n'y aurait aucun risque de se faire prendre. Comme en vingt ans, chacun avait changé, avec notamment la chirurgie, il y avait peu de chances qu'ils se reconnaissent et Kujirai n'avait rien su jusqu'à ce que Kanie lui parle et lui dise que l'autre était Kameda.

- Et alors ? demanda Kogoro. Qui ? Qui veut vous tuer ?

- Ju… justement, je ne le sais pas…

- Pfft ! C'est peut-être Kanô Saizô que vous avez trahi, non ? grommela Samezaki

- C'EST IMPOSSIBLE ! réfuta Kujirai en se levant d'un bond. IL DEVRAIT ÊTRE MORT DEPUIS 20 ANS ! L'UN DE NOUS LUI A TIRÉ DESSUS PLUSIEURS BALLES DE PISTOLET !

- Alors certainement un de vos complices, non ? Pour s'accaparer seul le magot ! Vous n'avez toujours pas utilisé l'argent, n'est pas ? supposa Kogoro.

- C'est ce que je me suis dit au début, mais… Mais c'est étrange… cela ne colle pas !

BAAM

Kujirai tomba à la renverse de sa chaise alors que tout le monde se tournait vers la fenêtre.

- Tout le monde à terre ! rugit Kogoro.

Red allait déjà vers la fenêtre d'où venait le bruit, alors que Samezaki était sur Kujirai qui se tenait le bras. Le biceps avait été transpercé par une balle.

Pas le temps de réagir qu'un second coup de feu raisonna.

- EH PETIT ! RESTE COUCHE ! appela Samezaki en voyant que Conan s'était mis debout pour aller voir à la fenêtre.

- Il y a quelqu'un sur le pont !

Pendant que Samezaki se glissait avec précaution à l'extérieur, Red rejoignait Conan en poussant chaise et table sur son passage, jusqu'à être à côté de lui à la fenêtre.

- Si le coup de feu était venu de dehors, on aurait entendu du verre brisé… souffla Red.

- Oui, c'est pas normal, accorda Conan.

Dehors, Samezaki interpellait celui qu'ils pensaient tous être Kanô Saizô.

Mais la silhouette contre la rambarde de la proue du navire ne bougea pas, restant parfaitement immobile, assise par terre.

- S'il y a quelqu'un dehors, cette personne est soit un fantôme, soit elle est morte, murmura Red.

- Il semblerait que ta seconde proposition soit la bonne, pointa Conan quand Samezaki éclaira enfin la silhouette noire.

En moins de deux, les deux enfants étaient sur les talons de Kogoro qui avait rejoint Samezaki.

Ils avaient retrouvé Kanie-san.

Avec une balle dans la tête et le pistolet toujours en main.


- Il est mort sur le coup, constata Samezaki.

- Oui, confirma Kogoro. Le cadavre est encore chaud. Le sang n'a pas encore tout à fait coagulé… il reste aussi la trace de l'impact du pistolet sur la tempe…

- A part lui, nous étions tous dans le restaurant lorsque le coup de feu est parti… Difficile de ne pas y voir un suicide. Il se serait donc caché à l'avant du bateau, a entendu son ex-complice parler de l'ancienne affaire. Il a voulu lui tirer dessus mais il a raté son coup. Comprenant qu'il n'avait aucune chance de s'en sortir, il a choisi de se suicider. Quel imbécile…

- Mais vous ne trouvez pas cela étrange ? demanda Kogoro. La personne qui a brûlé sur le bateau portait les vêtements de Kanie et sa montre, non ? Qui était-ce ?

Red et Conan eurent un soupir devant la bêtise de Kogoro. Conan s'éloigna pour chercher des indices ou quoi que ce soit qui puisse éclairer cette histoire.

- Sûrement un des complices disparus du bateau : Kameda ou Kanô… quoi qu'il en soit, le meurtrier était Kanie. Il avait fait porter ses vêtements à la victime et il a voulu nous faire croire que c'était lui qui était mort. Le mystère reste de savoir comment Kanie a pu se réfugier ici sans que nous parvenions à le retrouver.

- Ano… est-ce qu'il y avait quelque chose ressemblant à une échelle dans la boite où le corps à flamber ? C'était bien là où on les range, non ? demanda Red en fronçant les sourcils sous la réflexion.

- De quoi je m'occupe ! gronda Kogoro.

- Dawn ! J'ai trouvé l'échelle que tu cherches ! pointa Conan juste à côté du corps.

Il était à quatre pattes par terre, à moitié penché hors de la rambarde pour montrer à Samezaki une échelle de secours accrochée derrière le corps du mort.

- Une échelle de corde ! reconnut l'ancien Commissaire.

Un examen rapide du corps montra qu'il portait d'ailleurs les traces de ladite échelle. L'homme avait donc dû se cacher là. Vu que l'échelle donnait donc sur la coque, on ne penserait par forcément à regarder en bas.

- Edogawa… on est passé plusieurs fois par ici, non ? se fit confirmer Red.

- Oui, pourquoi ? Tu te rappelles de quelque chose ? s'enquit Conan.

- Là est le problème.

Et sans rien dire de plus, Red se laissa tomber en tailleur pour réfléchir.


Samezaki était dans le noir.

Pourquoi la nécessité de toute cette mise en scène ? Cela aurait pu être pour faire peur à sa prochaine victime, mais pourtant, Kujirai et lui étaient d'anciens complices.

- Peut-être qu'il voulait l'argent pour lui tout seul, finalement, mais qu'il avait besoin de quelque chose des autres pour pouvoir y accéder… proposa innocemment Red.

Conan regarda Red et eut un bref sourire.

Lui qui était un détective passait parfois à côté de choses qui pourraient paraître évidentes pour quelqu'un du milieu. Faire équipe avec ce gars l'aiderait à mieux comprendre les actes des criminels qu'il traquait et peut-être mieux les coincer.

En silence, ils suivirent Kogoro qui retournait dans le restaurant.

Kujirai avait fait un garrot avec un morceau de sa chemise, mais son bras pissait énormément de sang. Il avait certainement une artère touchée. Mais comme le pointa Nagisa, il avait de la chance dans son malheur. Il s'en sortait avec un trou dans sa veste et son bras. Ça aurait pu être pire.

- Mouri ! J'ai trouvé le passage par lequel la balle est passée… annonça Samezaki qui observait les vitres du restaurant.

Le trou dans la fenêtre était un peu au-dessus d'une plante, sur la partie gauche d'une vitre vers le milieu des fenêtres. L'homme avait extrêmement bien visé. De l'avant du navire, jusqu'à Kujirai…

Quant à l'impact, ce fut Ebina qui le trouva.

Une chance que le coup n'ait pas été mortel.

C'était tout de même un exploit avec un revolver.

- Tu as oublié ? Dans cette vieille affaire, un des bandits semblait étrangement rompu au maniement des armes ! rappela Samezaki à Kogoro.

- C'est vrai ! Nous nous étions même demandés si cet homme n'avait pas fait partie de la Légion Étrangère… se rappela Mouri.

Ran revint à cet instant avec la trousse à pharmacie, afin d'en finir avec la blessure de Kujirai.

- Tiens ? Où sont Conan-kun et Red-kun ? s'enquit Ran en voyant les marmots manquant à l'appel.


Conan était encore à la recherche de Heiji, Red sur les talons.

Mais personne ne l'avait vu.

Le personnel de bord avait déjà fouillé toutes les cabines, mais il était introuvable. De dépit, le duo retourna auprès du cadavre calciné.

Différence notable : une corde rattachée à la rambarde.

Conan escalada la rambarde et vit la valise suspecte de Ebina-san au large dans un canot de sauvetage.

- T'es certain d'être aveugle pour arriver à faire ce genre de manœuvre ? se fit confirmer Conan.

- Ce sont des mouvements qui ne se perdent pas, se contenta de dire Red. Si tu avais passé autant de temps sur un navire que moi, tu aurais les mêmes habitudes.

Conan ne releva pas, son regard venant de tomber à proximité du nœud de la corde qu'avait fait Red. Ce n'était pas le nœud marin qui l'intéressait. Mais une étrange marque de brûlure sur le côté extérieur d'un barreau, avec un bout de peinture qui avait sauté. C'était ce bout de peinture en moins d'ailleurs qu'il avait senti en premier lieu sous ses doigts et l'avait fait regarder plus attentivement.

La trace horizontale formait une étrange ligne droite.

- Tu veux bien me montrer les endroits où tu as senti vraiment l'odeur de cigarette ? demanda Conan.

- A proximité du nœud que j'ai fait de la corde, je crois. La caisse du cadavre… et quatre autres endroits...

Et Red se rapprocha des rambardes pour essayer de retrouver de nouveau les résidus de l'odeur de cigarette, désignant les lieux où il pensait la retrouver, pour permettre à Conan d'identifier les mêmes traces encore et encore.

Tout commençait à se mettre en place dans le crâne de Conan.

Même la raison pour laquelle on avait eu besoin de quelqu'un pour jouer les détectives. Bon certes, ça ne disait toujours pas où était Heiji, ni pourquoi lui avait été choisi, mais il avançait.

- Ta nana est là, Edogawa, pointa Red.

Pom

Conan fut tirer de ses réflexions par l'impact d'une balle de tennis sur son crâne. Il se retourna pour voir qu'en effet, Ran était là.

- Ah ! La balle ! paniqua Red.

Et il partit de son mieux à la poursuite de la balle de tennis qu'il entendait rebondir plus loin.

- Quand arrêteras-tu de me causer du souci ? demanda Ran à Conan.

- Ah ! C'est parce que… tenta de se justifier Conan.

- S'il te plaît…ne me laisse pas seule…

Ran avait pas l'air très tranquille et Conan ne savait pas comment prendre la remarque.

- Conan-kun ! Tu sais que je suis peureuse, non ? Si tu disparais, je dois partir seule à ta recherche sur ce bateau peu rassurant… tu comprends ? rouspéta Ran, rouge d'embarras.

- Gomen, Ran-nee-chan !

- Et c'est valable pour toi, Red-kun ! Surtout quand tu ne sais pas où tu mets les pieds !

Le duo venait de rattraper Red qui était étalé de tout son long après avoir trébuché et rattrapé au dernier moment la balle de tennis.

- Hein ? fit très intelligemment le D.

Ran prit son poignet pour l'aider à se relever.

- Cadeau, Edogawa ! fit Red en tendant la balle avec un grand sourire à Conan.

Conan la regarda avec perplexité et l'accepta.

C'est ainsi qu'avec un enfant dans chaque main, Ran ramena tout ce petit monde vers le restaurant.

- Dis, Ran-nee-chan, tu l'as trouvée où, cette balle de tennis ? demanda Conan en regardant l'objet dans sa main.

- Je l'ai ramassée sous une table lorsque je vous cherchais dans le restaurant. J'ai demandé à qui elle était, mais personne ne s'est manifesté…

- Samezaki-san a dit quelque chose en voyant la balle ?

- Non car avant même de la voir, il était parti à l'avant du bateau avec otosan. De ce que j'ai compris de leurs cris, il semblerait qu'ils aient trouvé une ancienne blessure par balle sur le cadavre de Kanie-san.

Ce fut comme une clef qui tourna dans le cerveau de Conan.

- Ano… la première fois que ton père et l'autre monsieur sont sortis du restaurant pour chercher Kanô, que faisaient les autres ?

- Chacun est parti de son côté, informa Ran avec une certaine perplexité. Lorsque papa et le commissaire sont revenus avec Hattori-kun, ils sont tous revenus aussi.

Conan eut un sourire féroce.

Il avait percé le mystère de cette affaire.

Maintenant, il avait besoin de preuves.

Piiip

Pendant que Ran interrogeait le personnel de bord à son tour, pour retrouver Heiji, Conan tira son téléphone boucle d'oreille pour répondre au professeur qui devait l'appeler pour lui en dire plus sur le vieux Hold-up.

- Désolé, professeur, vous tombez mal, je vous rappelle, souffla Conan.

Mais la voix à l'autre bout le fit s'arrêter net.

Et Ran faisait chou blanc.

- Mais où a-t-il pu passer ? maugréa Ran alors que Conan raccrochait.

- Hein ? fit le garçon en rangeant son téléphone.

- Mais Hattori-kun, enfin ! s'indigna la demoiselle.

Conan eut un grand sourire en croisant ses bras derrière sa tête.

- Heiji-nii-chan ?! fit le garnement avec une bonne humeur très mystérieuse. Il est sûrement en train de nager quelque part avec les poissons, non ?

Si Ran et le personnel de bord restèrent plus que perplexes, Red partit dans un fou rire monumental.


La vieille blessure par balle suggérait quelque chose pour Samezaki, et certainement pour Kogoro. Cependant…

Pscht !

- Agh !

Sous le regard perplexe de tout le monde, il tituba en arrière et s'effondra contre le mur extérieur du restaurant juste derrière, alors que Conan arrangeait le cadran de sa montre. Il se précipita vers Kogoro, prétextant être inquiet pour lui, collant dans la nuque de celui-ci son mini-haut-parleur.

Utilisant la voix de Kogoro par son nœud papillon, Conan persuada Ran d'allait chercher le reste des passagers. Red écouta l'agitation avec perplexité, mais préféra s'asseoir et laisser faire les choses.

Avec la voix de Kogoro, Conan annonça qu'il avait fait la lumière sur la vérité de cette affaire.

- Tu vas pas me dire que ce n'est pas Kanie le coupable, quand même ! s'offusqua Samezaki en pointant du doigt le corps de Kanie.

- Le coupable est bien Kanie-san, confirma Conan en se faisant passer pour Kogoro. Comme vous l'avez dit, il a fait semblant d'être mort et il se cachait en attendant une opportunité pour tuer… pour vous tuer, Kujirai-san !

- Alors, qui est-ce qui est mort brûlé ? demanda Nagisa.

- C'est Kameda-san… d'abord Kanie-san a appelé Kameda-san et l'a tué d'une balle, puis il l'a mis dans la boite où était rangée l'échelle de secours à l'arrière du bateau. Ensuite, après avoir mis le corps dans la caisse, il a attendu avant de l'habiller, car il voulait d'abord que le commissaire renonce à chercher ce vieux monsieur du nom de Kanô. En effet, pour habiller le cadavre, il lui fallait du temps et il ne voulait pas prendre le risque d'être découvert par le commissaire… pour preuve, les deux coudes du cadavre arrivaient au niveau du visage ! S'il avait plié les coudes au moment de le mettre dans la caisse, avec la rigidité cadavérique, il aurait été plus difficile de lui enfiler des vêtements… Si le bracelet de montre était détaché, c'est certainement parce que sa montre n'allait pas au bras de Kameda-san… ensuite, juste avant de mettre le feu, Kanie-san a appelé Kujirai-san à l'arrière du bateau afin de faire porter les soupçons sur lui, car lors d'un crime, les premiers suspects sont en général les personnes qui étaient sur les lieux un peu auparavant.

- Mais pourquoi ? demanda Nagisa. Pourquoi devrait-il faire croire qu'il était mort ?

- C'était pour pouvoir apparaître devant sa prochaine victime, Kujirai-san, et le terroriser. Terroriser ce complice qui, vingt ans auparavant, l'avait trahi…

- Naaan, uso… c'est lui le vrai Planificateur de l'Ombre ? comprit Red. C'était un peu trop gros pour être vrai.

- Pourtant… continua Conan avec la voix de Kogoro, assez satisfait que Red soit assez fin pour remarquer que c'était un peu trop gros. Le vieux monsieur qui portait le nom de Kanô n'est autre qu'un double de lui, imaginaire, créé juste pour faire peur… regardez les vieilles blessures qu'a Kanie-san sur le corps ! Ces vieilles blessures par balle sont des preuves indiscutables ! Comme l'a annoncé Red-kun, Kanie-san est l'homme qu'on croyait mort il y a vingt ans. Le Planificateur de l'Ombre, Kanô Saizô lui-même !

Le fait que Conan, avec la voix de Kogoro, insiste vraiment sur ce point alerta Red. Il mijotait quelque chose.

La réponse lui vint d'une source improbable.

- Ce n'est pas vrai ! refusa Nagisa. Kanô est… c'est… ! Peu importe, cette personne ne peut pas être Kanô Saizô, puisque Kanô est… mon père !

Wait what ?

Le cerveau de Red fit un micro arrêt sur image.

- Votre père ? s'étrangla Samezaki sous la surprise.

- Oui, le Planificateur de l'Ombre, Kanô Saizô était mon vrai père. Si j'ai participé à cette croisière, c'était dans l'espoir de retrouver mon père qu'on croyait mort depuis vingt. Le revoir en vie. Mais… je ne l'ai pas retrouvé…

- N'oubliez pas qu'il avait changé de visage, pointa Samezaki en regardant Kanie.

- Ahou ka ?!

Red venait de se lever d'un bond, les poings tremblants. Conan le regarda avec intérêt. Dans son état, il laisserait passer quelque chose d'intéressant sur lui.

- Un gosse qui a connu son père suffisamment pour avoir des souvenirs de lui le reconnaîtrait aisément, même sous une autre apparence ! Ce sont des choses que l'on doit sentir ! De plus, il aurait pas pu prévoir la présence de sa fille à bord et aurait pas pu se préparer à retrouver sa gamine en face à face ! Il aurait eu une réaction qui l'aurait trahi en la voyant ! Et là, niet ! Ayez un peu de bon sens ou vous avez vous-même oublié ce que c'était d'être père, Samezaki-san ?

Le coup de couteau proverbial que venait de donner Red à l'homme était d'un vicieux sans pareil. Et le « san » prenait une tournure insultante dans sa bouche. A cet instant, ce n'était plus Red, le gamin aveugle un peu bizarre. Non, c'était Ace, le jeune homme aigri par la vie.

- Avant que vous ayez l'idée stupide de me remettre à ma place en me parlant de mes propres parents, je vous ferais dire que mon vieux a été reconnu coupable et condamné à mort pour piraterie quand ma mère était enceinte de cinq mois!

Red se tourna vers là où il sentait la présence de Conan.

- Maintenant, avant que l'on continue dans les mélodrames, je veux la vérité...

Nagisa s'agenouilla auprès de Red et posa ses mains sur les épaules du garçon pour essayer de le calmer.

- Il a raison. Même si vingt ans se sont écoulées, on aurait eu aucun mal à se reconnaître, dit la jeune femme.

- Je vous présente mes excuses pour ce mélodrame et le fait d'avoir remué le couteau dans des plaies de toute évidence encore très douloureuses. Mais c'était le témoignage que je voulais entendre, et il fallait que j'en sois certain.

Red cracha une insulte tout bas, mais la femme se contenta de souffler un « shhhh » apaisant en continuant de lui frotter les bras.

- Je sais que c'était la pire chose à faire, mais il le fallait, afin de contrecarrer les plans du vrai coupable, s'amenda Conan avec la voix de Kogoro.

Red releva la tête avec perplexité, comme tout le monde. C'était quoi cette histoire de plan ?

- En effet, le coupable a voulu faire croire que Kanie-san avait tué Kameda-san, qu'il lui avait fait porter ses vêtements, et l'avait brûlé dans le but de se faire passer pour mort. Il nous a troublés en se cachant, en tirant des coups de feu et après avoir tiré de l'extérieur du bateau sur son ancien complice, Kujirai-san, il a voulu faire croire au suicide d'un homme qui n'avait plus d'issue pour se sauver. Comme si la véritable identité de Kanô Saizô, comme si ces meurtres étaient la tragique vengeance d'une trahison de 20 ans. Le coupable n'est pas Kanie-san. Il y a quelqu'un d'autre parmi vous.

- Eh oh ! Qu'est-ce que tu racontes Mouri ! protesta Samezaki. Toutes les personnes ici présentes étaient sur le pont quand l'explosion a eu lieu et quand quelqu'un a été brûlé ! Tous les membres d'équipages ont un alibi…. Comment veux-tu déclencher une explosion sans un système automatique ?

- Red-kun… acceptes-tu de dire à ces gens ce que tu as senti ou comptes-tu me punir pour mes paroles qui t'ont blessé involontairement en gardant l'information pour toi ?

Red inspira profondément plusieurs fois.

- Est-ce que ça ira ? demanda Ran qui avait rejoint Nagisa dans la mission d'apaiser le gamin.

Red continua un instant ses exercices respiratoires et hocha la tête, avant de répondre à ce qu'on lui avait demandé :

- J'ai senti une odeur de cigarette… de tabac. Très forte. Dans des endroits très incongrus. Edogawa m'a dit que personne n'avait fumé à ces endroits pourtant.

- Merci Red-kun. Là est la réponse. Les cigarettes. Dans la caisse où il y avait le corps, il a mis de l'essence et il a coincé une cigarette au nord de la caisse, en l'attachant avec un fil. Au bout de dix minutes, le fil brûle et la cigarette tombe dans la boite, et le feu prend tout seul…

- Mais comment expliques-tu qu'on ait entendu quatre coups de feu à l'arrière du bateau et deux à l'avant ? Là aussi tous ceux qui sont ici étaient…

- Vous n'avez pas écouté l'enfant. Red-kun a dit des endroits. Le coupable a très certainement du mettre le feu à une cigarette attachée à des pétards avec de l'adhésif. Ainsi, en explosant, les preuves tombaient à l'eau. Les seules preuves qui restent sont les traces de brûlures et de peinture décollée sur la barrière, mais surtout, une odeur de tabac pour le nez fin d'un garçon qui a appris à se servir de ses autres sens pour compenser la vue. Quant au bruit, qu'il y a eu sur le pont supérieur et le drapeau en flamme, il a réussi son coup en allumant une cigarette près du drapeau enduit d'essence. Bref, en utilisant des cigarettes, tout le monde aurait pu faire ce crime.

- Alors qui est-ce ? Qui est le coupable !?

De plus en plus nerveux, Ebina-san lançait des regards frénétiques à la montre d'un gars du personnel de bord derrière lui.

BOUUUUUUUM !

L'explosion alerta tout le monde. Qu'est-ce que c'était encore ?!

- Ne vous inquiétez pas, c'est juste une bombe qui a explosé deux cents mètres derrière le bateau, rassura Conan. Chose que l'on doit à l'oreille fine des lieux qui a perçu un tic-tac suspect dans la valise d'un homme qui n'a pas de montre. Par précaution, un canot de sauvetage a été attaché au navire par une corde et tenu à l'écart en étant fixé à la rambarde du navire. Ebina-san, votre valise contenait donc vraiment une bombe à retardement.

- Vous n'allez pas me dire que vous avez cru les paroles d'un gamin incapable de voir où il met les pieds !? Comment avez-vous su que c'était moi ?! s'exclama Ebina blanc comme un cachet.

Il se reçut un coup de canne dans le tibia de la part du gamin incapable de voir où il mettait les pieds.

- Il est vrai que j'ai cru à la paranoïa de ce garçon quand il n'a pas arrêté de me dire que votre valise était suspecte. Cependant, en additionnant les faits… une cabine inutilisée, un lit sans même un pli, une valise qui n'avait pas l'air d'avoir été ouverte… vous qui vous préoccupiez de l'heure très souvent et qui pourtant avait une montre, d'après le bruit, dans sa valise… j'ai commencé à me poser moi aussi la question. N'étant pas certain, on a choisi cette méthode pour nous mettre à l'abri, mais aussi pouvoir la récupérer si s'était une fausse alerte.

Red eut un sourire satisfait. Maintenant, on ne le traiterait plus de paranoïaque sans raison!

- Cette bombe, continua le détective, a été préparée bien à l'avance, afin d'exterminer les organisateurs du Hold-Up, afin de vous venger des criminels qui avaient tué votre collègue de travail. Oui, je l'ai compris aussi en voyant votre manière de compter les billets, tout à faire propre aux banquiers. En plus, vous avait confondu pendant un instant Ran avec la jeune victime employée de la banque dans cette affaire…

- Ce n'était pas une simple collègue… c'était ma petite amie… Yoshimi… qui fut tuée dans cette affaire…

Cela rappela quelque chose à Samezaki qui se souvenait à présent d'où il connaissait Ebina. Il avait pleuré comme un malade le jour de l'enterrement de sa fille. Ebina avoua que depuis ce jour, il avait cessé de travailler à la banque pour faire plein de petits boulots et poursuivre à sa façon les coupables, même une fois la prescription passée…

- En regardant l'annonce sur le journal, je me suis dit qu'il s'agissait peut-être d'eux et j'ai voulu participer à cette croisière. Si je m'étais trompé, j'aurais jeté ma valise à la mer avant son explosion.

- Ah… c'était donc vous, la personne qui était chère à Yoshimi et qu'elle voulait que je rencontre…

- Si… si vous… sanglota Ebina. Si vous étiez venu ce jour-là, à la banque, comme vous lui aviez promis… elle ne serait pas… Elle ne serait pas…

Samezaki soupira et s'excusa.

- Ce jour-là, un de mes hommes avait été poignardé… j'ai appris l'affaire à l'hôpital.

- Alors, c'était vous ? C'est vous qui avez tiré sur les coupables de l'affaire… se fit confirmer Nagisa.

Grosse panique chez Ebina déjà bien éprouvé.

- NON ! CE N'EST PAS MOI ! CE QUE J'AVAIS, C'ÉTAIT UNE BOMBE ! JE N'AVAIS PAS DE PISTOLET ! C'EST VRAI ! CROYEZ-MOI !

- Oui, je le sais… Je sais que vous n'êtes pas le meurtrier. Je vous l'ai déjà dit, mais pour faire croire que Kanie-san était le coupable, il fallait que cela ait l'air d'une vengeance, sinon, cette affaire ne tenait pas debout. Le coupable est monté sur ce bateau en se déguisant en vieillard, puis est redescendu, a enlevé son déguisement, et il est remonté sur le bateau sous une autre apparence… s'il a laissé sur le pont un billet avec un message renvoyant à Kanô, c'était pour faire croire à une mise en scène pour effrayer ses anciens complices… et tout ça ne pouvait marcher que grâce aux vieilles blessures par balle de Kanie-san. Il fallait faire croire que c'était des blessures datant d'il y a 20 ans… les blessures de Kanô ! Ces blessures remontent certainement à l'époque où il était légionnaire… oui, il y avait bien un homme avec un tel passé dans le groupe… Donc, pour pouvoir penser à cette mise en scène, il fallait déjà avoir connaissances des blessures de Kanie-san…

Tous les regards se tournèrent vers Kujirai-san, le dernier des anciens complices qui recula d'un pas, blanc comme un linge, son bras en écharpe toujours contre sa poitrine.

- Kujirai-san, son ancien complice, il n'y a que vous n'est-ce pas ? Vous avez vu Kameda-san qui quittait le restaurant et avez évoque le nom de Kanô Saizô juste en suivant. Vous êtes allé dans la salle des machines, et avez tiré sur Kameda-san qui avait été attiré là-bas par un message sous sa porte, puis caché son corps ans la caisse… Nous avons déjà retrouvé les traces de balles, de sang, ainsi que la lettre qui donnait ce rendez-vous. Puis, de retour au restaurant, vous avez attendu que les recherches sur Kanô soient abandonnées et vous êtes sorti du restaurant pour aller au rendez-vous convenu avec Kanie-san. Vous vous êtes sûrement retrouvés dans les toilettes proches du restaurant… Là, vous avez endormi Kanie-sa, lui avez pris son pull et sa montre, avez habillé le cadavre caché à l'arrière du bateau et avez préparé la cigarette. Vous poussez en suivant un grand cri exprès à l'arrière du bateau pour que l'équipage vous voit. Ainsi, les hommes pouvaient constater que la caisse n'était pas encore en feu. En même temps, vous insistiez sur le fait que quelqu'un vous avait demandé de venir ici…

Maaa… ça, c'était une longue déduction. Il n'avait pas soif Conan à parler comme ça ? Si Red n'était pas aussi en colère contre lui, il serait allé lui chercher une bouteille d'eau. Inconscient des pensées de son camarade d'infortune, Conan continua la déduction de Nemuri no Kogoro.

- S'il a laissé le message lui demandant de venir au rendez-vous dans la poubelle des toilettes et a fait semblant de trembler en entendant au restaurant le nom de Kanô, c'était pour que Kanie-san vienne le voir de lui-même. Il aurait avoué après coup que dans la boite d'allumettes, il avait trouvé un message lui fixant un rendez-vous. Il a posé la cigarette sur le drapeau du pont supérieur avant d'habiller le corps. Ainsi, tout le monde monterait sur le pont en entendant le bruit, et lorsque l'explosion retentirait à l'arrière, il aurait un alibi, puisqu'il était avec tout le monde à ce moment-là. Il a transporté Kanie-san des toilettes jusqu'à l'avant du bateau et l'a attaché sur l'échelle pendant que tout le monde était autour du cadavre brûlé à l'arrière du bateau. Peu de temps après, il a posé la cigarette à l'arrière du bateau et pendant que nous nous y rendions après avoir entendu ce bruit, il est retourné à l'avant. Il a remonté Kanie-san, l'a tué d'une balle et il s'est tiré dessus devant la vitre du bateau et a incrusté une balle dans un des murs du restaurant. Il ne lui restait plus qu'à installer deux cigarettes et les préparatifs étaient terminés ! Il a rassemblé tout le monde dans le restaurant en disant qu'il allait tout avouer, et a attendu que les pétards explosent. En tombant en même temps que le premier coup de feu, on pouvait croire que quelqu'un lui avait tiré dessus de l'avant du bateau !

- Mais j'ai pourtant vu sa blessure juste après qu'il a été touché ! S'il s'était tiré dessus au préalable, il y aurait eu plus de sang ! pointa Samezaki.

- C'est la balle de tennis, répondit Conan avec la voix de Kogoro. Avant même de se tirer dessus, il avait coincé une balle de tennis sous son aisselle et en pressant son artère, il avait fait une sorte de garrot, stoppant le flux de sang jusqu'à ce que les pétards explosent. D'une part, la balle a été retrouvée par Ran dans le restaurant, il s'en est probablement débarrassé lorsque l'attention de chacun s'est portée sur le deuxième pétard. D'autre part, Red-kun, avant cet incident avec les pétards, sentait déjà sur lui une odeur de sang.

- Mais pourquoi n'a-t-il pas tué Kanie-san la première fois qu'il l'a amené sur le pont ? demanda Nagisa.

- Parce que cela aurait paru étrange que Kanie-san se suicide juste après la découverte du cadavre brûlé… enfin, le stratagème de l'échange des vêtements aurait été louche ! La position du corps calciné, le bracelet de montre décroché… tout ça n'était qu'une supercherie destinée à nous manipuler ! C'est aussi pour cette raison qu'il a fait venir Heiji Hattori d'Osaka ! Bien sûr, il avait pensé à nous pour jouer les détectives, mais il a d'abord songé à Hattori car il est lui aussi originaire de l'ouest du Japon, n'est-ce pas, Kujirai-san ? Vos intonations trahissent vos origines ! Même s'il n'est pas très votre, votre accent est perceptible !

- Et les preuves ? demanda Samezaki.

- Pour cela, il suffira de chercher autour du trou dans la vitre. Nous trouverons sûrement une réactivité au luminole car son sang a dû légèrement gicler lorsqu'il s'est tiré dessus au travers de la vitre. On pourra comparer avec la trace qu'il a sur son bandeau.

L'homme voulut se précipiter vers la vitre afin de trouver un moyen de mettre son sang sur l'impact dans la vitre quand il se prit les pieds dans la canne d'aveugle de Red qui traînait juste au bon endroit.

Samezaki fut sur lui en un instant, refusant d'entendre ses protestations comme quoi on lui avait tendu un piège. Mais Conan avait un autre tour dans son sac. Il surveillait le large depuis un moment et ce qu'il cherchait était enfin apparu. Bougeant la tête de Kogoro pour lui faire regarder dans la bonne direction, il enchaîna :

- Ah… les étoiles sont belles…

He ?

- Tiens ? Qu'est-ce que c'est ?! Quelle est cette étoile qui s'approche de nous par la gauche ?

- On dit bâbord si on regarde vers l'avant du navire, pointa Red d'un ton blasé.

Tout le monde regarda pourtant vers la gauche pour voir en effet une lumière venir du large. Lumière qui s'avérait être le projecteur d'un navire de pêcheurs.

- Ah… mais c'est… ! reconnut Ran en voyant la figure sur la proue du navire en approche. Hattori-kun !

Heiji était là, se tenant fièrement à l'avant, enroulé dans une grande serviette, un pansement sur le front, un pied chaussé de tong sur la rambarde.

- Aaaaatchouuuuum ! éternua le détective lycéen.

- Oui, pointa Conan. Notre preuve vivante ! Il a découvert Kanie-san attaché à l'avant du bateau et vous l'avez frappé et jeté par-dessus bord. Vous ne pouvez plus nier, n'est pas, Kujirai-san ?

Samezaki tira l'homme jusqu'à un mur et le laissa là.

Tout s'était résumé à la montre. Kanie-san avait une montre de gaucher, et elle avait été mise sur le bras droit de Kameda-san. Le vrai Kanie n'aurait pas fait cette erreur. En fait, Kujira avait fait paraître l'annonce pour cette croisière. Ils avaient sûrement dû faire cette promesse il y a vingt ans, où ils auraient convenu de faire passer l'annonce sur le journal avec le nom de Kansai Zoo juste avant la prescription.

Comme l'avait pointé Red, pour avoir accès à la fortune, il fallait certainement plusieurs objets, tous répartis entre les complices. Et il y a vingt ans, il avait fallu une signature, une clé et un sceau pour utiliser un coffre à la banque. C'est en voyant la signature que les deux autres complices avaient compris qui était leur collègue et était venu à lui, lui permettant de commencer son plan.

- Je vois, comprit Nagisa. Il comptait voler le sceau et la clé pour mettre la main sur l'argent.

- C'est très con, renchérit Red. Le voler dans leurs affaires aurait été certainement plus facile. Une clef et un sceau sont de petits objets. C'est tellement facile de les perdre, ils n'y auraient vu que du feu.

- Quel imbécile… grommela Samezaki. Il y avait eu prescription ! Pourquoi avait-il besoin de commettre un crime si recherché ?

- J'avais envie de gagner… avoua Kujirai. Face à Kanô Saizô, en mettant au point un plan parfait ! Je voulais lui montrer ! Lui qui avait dit il y a vingt ans que mes plans étaient nuls !

Il y avait juste un point que Kujirai voulait éclaircir : comment autant de monde en rapport avec cette affaire soit présent sur ce bateau, alors que jamais le nom de Kanô n'avait été cité dans l'annonce ?

La remarque de Kujirai fit mourir de rire Red, terminant de le sortir de sa colère contre Conan.

- Vous ne savez pas ce qu'est « Kansai Zoo », alors que même un gamin aveugle l'a compris ? s'étonna Samezaki.

- Kanô voulait qu'on l'utilise à chaque fois que c'était nécessaire, parce qu'il disait que c'était un nom facile à retenir… mais cela devait rester un secret entre nous…

Red tomba à genoux en se tenant les côtes d'hilarité.

- Ahahaha ! se moqua Samezaki. Ça, c'est la meilleure ! Kansai Zoo est une anagramme de Saizô Kanô et vous ne le saviez pas ?

- C'est pour ça que nous avons participé à cette croisière. En plus, la date de prescription approchait, pointa narquoisement Nagisa.

- Même si on n'y croyait qu'à moitié… avoua Ebina.

- En bref, Kansai Zoo était l'intelligent pseudonyme de Kanô.

- Uso ! s'étrangla Kujirai.

- Pour les plans, j'en sais rien, mais pour la compétition, c'est pas difficile de voir qu'il y en avait aucune, pointa Red avec un sourire de requin. Après tout, pendant vingt ans, un mort a continué à vous berner.

Le pouce renversé de Red voulait tout dire.


Ran, Conan et Red étaient aux nouvelles d'Heiji.

- Tu es tombé à la mer ?! s'exclama Ran alors que le lycéen était de nouveau sur leur navire.

- Si, je t'assure ! confirma Heiji. Il m'a poussé par derrière ! Vous ne vous en étiez pas aperçus ?

- Heureusement, tu es sain et sauf…

- Je dérivais dans la mer, quand ces pêcheurs m'ont sauvé ! C'était dur ! Il a fallu que je me déshabille dans l'eau et que j'envoie des signaux au loin avec ma lampe de torche. Vous auriez vraiment pu vous inquiéter un peu plus ! bougonna le détective.

- Tu as enlevé tes vêtements ? répéta Ran avec perplexité.

- C'est une des règles essentielles de la survie en haute mer et l'explication de pourquoi les tenues de plongeurs sont collées au corps faisant que l'eau ne peut pas passer, expliqua Red. L'eau entre dans les vêtements et les rends plus lourd, ce qui fatigue plus vite le nageur qui se retrouve à porter deux à trois fois son propre poids et se fait entraîner par le fond. Pour contrer le froid, la solution, c'est de s'uriner dessus.

- Oooh, tu en sais des choses… nota Ran.

- Avoir un pirate dans sa généalogie à ses avantages, concéda Red.

Il n'ajouta pas que lui-même en était un et que c'était quelque chose qu'il avait appris à son petit-frère. Pas qu'une enclume puisse y arriver, mais au moins, Luffy le savait.

- Le gamin a raison, confirma Heiji. J'ai juste gardé mon caleçon…

Il ouvrit sa serviette, flashant Ran et exaspérant Conan.

- Et ce qui était dans ma poche… par hasard…

Heiji fouilla sous la serviette pour montrer un peu mieux la lanière qu'il avait autour du cou.

- Cette amulette…

Un charme avec un petit message épinglé, rendu baveux par l'eau, disant « Ne l'oublie pas idiot ! »

Il resta un instant à la regarder, perdu dans ses pensées, avant de lever les yeux pour voir Ran et Conan rire mystérieusement.

- J'ai loupé une bonne blague ? demanda Red avec curiosité.

- Hattori-kun était plongé dans ses pensées en regardant l'amulette de Kazuha, son amie d'enfance.

- C'est pas vrai ! protesta Heiji. Je pensais juste que je devrais jeter cette amulette de mauvais augure !

Il s'éloigna en la rangeant de nouveau sous la serviette.

- Mais comme je ne veux pas non plus que ça m'attire des ennuis, je vais la garder !

Mouais… il avait surtout intérêt à s'en rappeler la prochaine fois.


- Tu m'en veux encore ? demanda Conan en ouvrant la porte d'Agasa pour aider Red à rentrer.

- Tadaimasu… lança le garçon en passant la porte.

- Ah ! Okaeri, Ace-kun, salua le professeur en venant dans l'entrer. Alors, cette sortie en mer ?

- Elle m'a fait un bien fou.

- En gros, oui, tu m'en veux. Je pouvais pas prévoir que tu réagirais ainsi, Dawn. Je me suis déjà excusé un million de fois, grommela Conan.

Agasa venait déjà de récupérer le sac de Red et le garçon avait remis ses lunettes de soleil sur le crâne, laissant sa canne à l'entrée pour aller dans le salon, Conan sur les talons. Haibara, qui lisait une revue médicale sur le canapé en buvant un café chaud, les regarda passer.

- Comment as-tu réussi à te mettre à dos le gars qui reste jovial en dépit de tout ? demanda Haibara au détective.

Elle regarda Red poser ses mains avec une légère difficulté sur le dessus du canapé et se hisser par-dessus pour se laisser tomber souplement sur les coussins.

- Pour m'assurer que le criminel de la dernière affaire était bien l'un des complices et non Kanô Saizô, j'ai dû pousser une femme à avouer que son père était Kanô Saizô et que même avec la chirurgie esthétique et en vingt ans de séparation, elle aurait su le reconnaître. C'est sur ça qu'il s'est vexé, expliqua Conan.

Haibara haussa un sourcil et regarda Red, certainement pas surprise.

- Monsieur s'est senti agressé en se rappelant qui est son géniteur, devina la chibi-scientifique en retournant à sa revue pas plus intéressée. Venge-toi une bonne fois pour toute qu'on en parle plus, Portgas.

- Je cherche ma vengeance justement, c'est pour ça qu'Edogawa pense que je boude, rétorqua Red. Je réfléchis simplement et je crois avoir trouvé.

Red se redressa de là où il s'était affalé dans les coussins et adressa un sourire féroce à Haibara.

- Pour tes expériences, t'as eu besoin de savoir beaucoup de choses sur moi, dont celles qui pourraient aider Edogawa. Je veux ta parole que tu garderas le silence.

Haibara battit des paupières, intriguée, mais acquiesça.

Red se mit à genoux sur le canapé, faisant signe à Conan d'approcher, avant de planter son menton sur le dossier du siège, un sourire toujours aussi féroce sur les lèvres.

- Trouve le nom de mon géniteur. Essaie donc. Tu sais que c'est un pirate et qu'il a été exécuté quand ma mère était enceinte de cinq mois… petit indice… je suis du premier janvier. Tu as droit à toute l'aide que tu voudras, mais pas celle d'Haibara. Juste la migraine que tu auras à chercher la solution sera une juste compensation….

Conan battit des paupières mais hocha la tête.

- Naissance en janvier, donc une mort entre septembre et octobre de l'année précédente, il y a vingt ans. Un Portgas en plus. Ce devrait pas être difficile. Avec tout ça, je devrais même pouvoir trouver qui tu es.

Le sourire de Red devint encore plus grand alors qu'Haibara cachait sa tête dans son magasine, les épaules secouées d'un fou rire silencieux.

- Essaie donc et surprends-moi… sourit Red.

- C'est tout bonnement vicieux, Portgas ! J'ai hâte de voir la migraine qu'il va avoir à chercher des réponses ! ricana machiavéliquement Haibara.

- D'où l'intérêt de la vengeance.

Conan eut une moue boudeuse.

Il allait prouver à ces mauvaises langues qu'on le sous-estimait.


*Encore une fois, la particule est une déformation typique du kansai, et non pas une erreur de frappe. Vous saurez donc que le suffixe -han est l'équivalent du classique -san ! *sort*