Disclamer : …..
Le silence est lourd. Ianto se concentre sur les rapports internationaux d'organisations plus ou moins secrètes et légales. Jack examine les documents qu'il lui tend. De temps à autre, un regard ou un geste montrent que Jack cherche à ouvrir le dialogue. Ianto s'en amuse, il évite soigneusement de laisser le moindre indice sur son état d'esprit.
- Là, j'ai quelque chose. A New York, développe le jeune homme. Il y a environ un mois. Une jeune femme a été attaquée par une créature semblable. On retrouve les mêmes composés chimiques.
- Que s'est-il passé?
- Elle aurait été attaqué chez elle. Quelques brûlures, apparemment pas trop grave. Tiens, ça c'est bizarre.
- Quoi? Jack s'intéresse.
- Elle est restée à l'hôpital, elle est morte brutalement sans raison.
- Pas de cause de décès? Le rapport d'autopsie?
- Il n'y a pas eu d'autopsie, s'étonne Ianto. Ils ont fait incinérer le corps contre l'avis de la famille d'ailleurs.
- C'est suspect. Comme s'ils voulaient effacer des preuves. Au fait, elle est où ta petite amie.
- Ah ah, se moque Ianto. Je l'ai en mène chez moi pour qu'elle puisse se reposer.
- Tu veux dire qu'il y a une fille magnifique endormie chez toi. Et tu ne profites même pas de la situation!
- Et non. Je reste cloîtré sous terre avec toi. C'est bizarre, Ianto insiste sur la dernière phrase.
Le sourire de Jack illumine son visage. La jalousie lui va si bien. Tout comme l'arrogance. La plateforme téléphonique du bureau sonne. Ianto prend l'oreillette.
- Oui.
- J'ai un appel extérieur pour toi, lui explique Gwen.
- Ok, passe le moi.
Ianto attend quelques secondes. Il se lève et fait quelques pas dans la pièce. L'air de rien, il s'éloigne de Jack. Une voix résonne à l'autre bout de fils, demandant Ianto Jones. Ianto écoute. Il est inquiet.
- Lui-même. Je peux vous aider.
Il écoute, en répondant de temps en temps par une onomatopée. Il hoche la tête comme si son interlocuteur pouvait le voir. Il revient vers Jack. Sans un mot, Ianto pose la main sur l'épaule du capitaine. Il s'y appuie, s'y accroche. Il serre un peu fort. Jack comprend que quelque chose ne va pas. Il pose à son tour une main sur celle de Ianto. Du bout du doigt, il le caresse. Avec un frisson, Ianto reprend.
- Bien sûr. A ma connaissance, il lui reste un frère en Afrique aux dernières nouvelles. Il s'appelle Timothy. Oui. Ne faites rien tant que je ne serais pas là. Au revoir.
- Que ce passe-t-il? Lui demande Jack.
- Karen a fait une sorte d'attaque chez moi. Elle est sortie sur le palier, les voisins ont entendu du bruit. Ils ont appelé les secours. Elle est à l'hôpital.
- Ça a peut-être un rapport avec ce qui s'est passé ce matin, réfléchi Jack à voix haute. Vas-y. Occupe-toi d'elle. Nous on continu les recherches. Tiens-moi au courant.
- D'accord.
- Je ferais tout mon possible pour la sauver.
Ianto est déjà à la porte, il se retourne. Il empoigne brutalement le visage de Jack entre ses mains. Il capture la bouche de son amant et l'embrasse voracement avant de partir en courant. Jack secoue la tête pour se remettre les idées en place. Lui qui voulait renouer le dialogue, le voilà servi. Il aurait préféré d'autres circonstances. Il reporte son attention sur les documents que Ianto a préparés. Il ne s'agit plus seulement d'une attaque. Il y a des vies en jeu.
Ianto conduit vite. Il arrive à Sainte Marie. Il gare son véhicule dans le parking à l'entrée. Il prend le chemin des urgences, il le connait par cœur depuis le temps. Arrivé au bureau d'admission, Ianto cherche une infirmière.
- Bonjour, je suis Ianto Jones. Vous m'avez appelé pour Karen Mac bride.
- Oui, avant de sombrer dans le coma elle vous a réclamé, lui explique une jeune infirmière. Nous avons cherché votre numéro dans son portable. C'est bizarre, votre nom est associé au numéro de l'office du tourisme.
- J'y travaille, répond-il simplement. Elle est dans le coma?
- Malheureusement. Elle est dans la chambre 411. Vous pouvez la voir.
- Merci.
Il se rue à l'étage. En entrant, il ressent un choc. Karen est étendue, un tube dans la bouche. Un moniteur cardiaque. Les coupures sur son visage et ses bras accentuent son allure fragile. Elle ressemble à un animal blessé. Ianto s'assoit à ses côtés. Il lui prend la main. Il ne retient pas ses larmes. Il baisse la tête, il appuie son front au flanc de la jeune femme. Il reste un long moment à pleurer. Il sursaute quand la porte s'ouvre. L'homme porte une longue blouse, sur la poche est brodé Dr Tyler.
- Bonjour, je suis le médecin de Melle Mac bride. Vous êtes de la famille?
- Je m'appelle Ianto Jones, répond l'intéressé. Vous m'avez contacté. Je suis un ami. Vous pouvez m'expliquer ce qui s'est passé?
- Je suis désolé, mais comme vous n'êtes pas de la famille et que mademoiselle n'a pas signé de décharge en votre faveur….. .
- Ce n'est pas possible, Ianto s'énerve. Vous m'avez appelé pour savoir ce qu'il fallait faire pour elle et maintenant que je suis là, vous refusez de me parler.
- Nous recherchons son frère, répond calmement le médecin.
- Il est en Afrique! Vous allez attendre qu'il soit revenu au Pays de Galles pour la soigner?
- Nous sommes habilité par la loi à faire ce qu'il faut pour la garder en vie.
Le médecin quitte la chambre et laisse Ianto perdu sans savoir quoi faire.
Martha retourne dans son laboratoire. Instinctivement elle jette un coup d'œil à ces cultures. Elle allait repartir vers le microscope quand quelque chose l'interpelle. Elle ouvre la porte du réfrigérateur à prélèvements. Elle prend une des coupelles. Martha écarquilles les yeux, elle regarde sa montre, 15H. C'est impossible. Elle court rejoindre Jack dans la salle de conférence. Lorsque la porte s'ouvre Jack lui sourit, en remarquant son air effrayé, il se ravise.
- C'est Ianto?
- Non, le rassure-t-elle à moitié, c'est à propos de son amie. Quand elle est arrivée, j'ai fait un prélèvement sur ses blessures. Elles avaient l'air infectées.
- Oui et alors?
- Je viens de regarder les cultures. La prolifération est anormale, explique la jeune femme. Environ dix fois la vitesse normale.
- Qu'est-ce que cela veut dire?
- Que l'agent infectieux qui a contaminé Karen est très agressif.
- Elle a été hospitalisée, d'après les témoins, elle aurait fait une sorte d'attaque.
- Je dois avoir accès à tous ses résultats, ordonne Martha. Il faudra peut-être la mettre en quarantaine.
- Tu crois que c'est nécessaire? S'inquiète le capitaine.
- Quel que soit la chose qui s'attaque à son organisme, c'est puissant. Et quand on sait comment c'est arrivé dans ses blessures…. Ce n'est sûrement pas une simple infection.
- Ok. Il faut prévenir Ianto.
Jack fouille sa poche. Il en sort un petit appareil ressemblant à une télécommande pour porte de garage.
- Tu as un nouveau portable?
- Non. C'est mon communicateur, répond le plus naturellement du monde Jack. Ianto a le même. Ils sont reliés entre eux et rien ni personne ne peut intercepter ou interrompre le contact.
- Donc un système de surveillance sur son appartement et un communicateur privé et inviolable? Enumère gentiment Martha.
- Oui et alors? C'est mon bras droit. On doit toujours être en contact, répond de mauvaise fois le capitaine.
- Et je suppose que les caméras dans sa chambre et sa salle de bain, ont le même usage.
- Bien sûr, il faut toujours que je sache où il se trouve.
Jack presse un bouton et porte l'appareil à son oreille. La réponse ne se fait pas attendre. La voix est douce comme toujours mais tendue. Au son rauque, Jack comprend que Ianto a pleuré. Le capitaine s'inquiète.
- Que ce passe-t-il?
- Ils refusent de me dire ce qu'elle a sous prétexte que je ne suis pas de la famille ou qu'elle n'a pas signé de décharge. Mais ça a l'air grave, Jack. J'ai peur.
- Bouges pas, je viens te chercher. Je vais m'occuper de leurs cas, menace Jack.
Jack raccroche. Il rassemble précipitamment les documents étalés devant lui. Il les tend à Martha.
- Tu appelles l'hôpital. Tu prends le contrôle en tant qu'officier médical de Torchwood. Tu leur ordonnes de transmettre les informations sur son état de santé à Ianto. Immédiatement. Je vais le rejoindre pour superviser.
- Tu es sûr que c'est pour ça que tu y vas? L'interroge Martha.
- Non, mais ça fait moins sentimental comme ça.
- Pourquoi tu refuses de reconnaître tes sentiments devant nous?
- Lui, il sait, assène Jack, c'est tout ce qui m'importe. Ah bravo, agent Jones. Une experte dans l'art de soutirer des informations.
- Il y a bien une raison à mon embauche en fin de compte. Autre que mon joli petit cul, se moque t'elle gentiment.
- On dirait bien. J'y vais. Mets les autres au courant. Tu as consulté les documents de Ianto?
- Oui. Il était chercheur à Torchwood 1? Halète Martha, courant pour suivre l'allure rapide de Jack.
- Plus ou moins. En tout cas c'est-ce qui est écrit dans son dossier. Pourquoi?
- Comme sa fracture du crâne n'était pas répertoriée dans son dossier ici, j'ai consulté celui de Torchwood 1.
- Et alors? S'intéresse Jack.
- Pour quelqu'un qui restait dans un labo, je trouve qu'il était souvent blessé. Sont répertoriées quatre fractures différentes, plusieurs plaies suturées et des brûlures dont beaucoup à la même date.
- C'est pas le jour du Canary Wharf? L'interroge t'il. Je sais qu'il a été blessé pendant la bataille.
- Non, d'ailleurs il n'a pas été soigné ce jour-là. En tout cas pas à Torchwood 1.
- Je ne sais pas quoi te répondre. Il ne s'étend qu'en de très rares occasions sur ce qu'a pu être sa vie à Torchwood 1. On garde le contact, rossignol.
- Prend soin de lui, ordonne la doctoresse.
- Je le fais toujours, à ma façon, précise Jack.
Martha rit en le regardant partir. Elle connecte son oreillette.
- Mickey, prend contact avec l'hôpital. Procédure de récupération sur les données de Karen Mac bride admise, il y a environ une heure. Je veux tous ses résultats d'examens ainsi qu'un accès aux différents moniteurs de surveillance.
- Ok. Et toi, tu fais quoi? L'interroge le jeune homme.
- Je fais la grosse voix de médecin chef, je leur fous la trouille de leur vie et fais en sorte que Ianto ait les infos.
- Tu es pire que Jack. Ianto est un grand garçon. Quand allez-vous arrêter de le surprotéger tous les deux ?
- Le jour où il n'aura plus l'air d'un enfant perdu.
- Je vais vous acheter des lunettes, à tous les deux, affirme Mickey. Il est fort, bien plus que vous ne le voyez. Ce n'est pas parce qu'il est émotionnellement instable dans sa façon de réagir qu'il a besoin d'être protégé.
- T'es jaloux? Ironise Martha.
- Du tout, se défend -il. Il ne montre pas ses émotions parce que quand il le fait il a du mal à contrôler ses réactions. C'est tout. Laissez-le un peu tranquille.
- Ouais, on verra à la prochaine catastrophe. Allez, exécution.
- Bien, madame la grosse voix.
Jack saute dans le SUV, il a tendance à rouler très vite surtout quand retrouver Ianto est l'objet de sa course. Il ne prend même pas le temps de mettre la ceinture de sécurité. Il arrive très vite, plus vite qu'il n'aurait dû. Il gare le SUV à côté de la voiture de Ianto.
Il admire encore une fois le nouveau pare choc qu'il a fait installer. Bien pour protéger son joli petit corps et pour le suivre à la trace. Jack soulève le cache de son manipulateur de vortex. Il appuie sur deux touches puis vérifie sur l'écran. Les signaux de la voiture et de Ianto sont bien détectés et là où ils doivent être. Idem pour le communicateur. Décidemment Jack est doué pour détourner toutes les techniques extraterrestres à son avantage. Il rejoint très vite le bureau des admissions, et avise une infirmière.
- Torchwood. La chambre de Karen Mac bride?
- Chambre 411. Même il y a déjà quelque un avec elle.
- Je sais, c'est mon partenaire.
Jack prend les escaliers, il court tout en souplesse. A mesure qu'il s'approche de Ianto, ses muscles se détendent. Comme si tout son corps pouvait sentir sa présence en ces lieux. Jack repère la chambre; il s'approche.
Par le hublot, il aperçoit un homme d'une cinquantaine d'années visiblement contrarié. Il parle, désigne de temps à autre Karen ou un des appareils. Ianto hoche la tête. Il parle. L'homme lui répond en haussant les épaules. Ianto se détourne de lui et fait quelque pas pour revenir s'asseoir près d'elle. L'homme quitte la pièce en passant près de Jack, il laisse un instant la porte entr'ouverte. Le regard de Jack est explicite. La porte se referme.
Jack reste un long moment, regardant Ianto les coudes appuyés au lit, une main de Karen contre sa joue. Jack sait qu'il y a eu quelque chose de fort entre le jeune homme et cette femme. Est-ce encore présent? Jack se décide à entrer. Il approche doucement. Il pose une main sur l'épaule de Ianto, qui lui répond gentiment.
- Je me demandais combien de temps tu allais rester caché derrière cette porte.
- J'adore mater, confesse le capitaine, tu devrais le savoir depuis le temps. Alors?
- Il dit qu'elle aurait fait une hémorragie cérébrale. Il me demandait si elle avait reçu un coup sur la tête. Tu crois que c'est une coïncidence?
- Pas le moins du monde. Martha s'occupe d'analyser les résultats. Avec ses compétences spéciales, elle, elle trouvera ce qui se passe.
- Merci, Jack, murmure Ianto.
- Je t'en prie et puis tu l'as dit, c'est notre travail.
Jack approche une chaise et vient s'asseoir près de son compagnon. Dire que ce matin, ils étaient euphoriques. Leur première journée en tant que couple.
- Comment te sens-tu ? Demande Jack, à son compagnon.
- Pas bien. J'ai peur pour elle.
- J'avais compris. Qu'y a-t-il eu entre vous ?
- Tu veux la version intégrale ou un résumé ? Interroge Ianto, sans illusions.
- A ton avis ?
- Tu vas être content, notre rencontre remonte à l'enfance.
- Je vais enfin en connaître un peu plus sur toi!
- Je l'ai connu à l'école. On avait dix ans, se souvient-il. Elle venait d'emménager au coin de ma rue. Son père était transféré d'Écosse. Comme on avait le même âge, on était dans la même classe. Ma mère insistait pour que je l'accompagne. Donc on faisait la route ensemble. A l'époque déjà, j'étais assez solitaire. Elle aussi. Comme disait ma mère, c'était deux solitudes qui se rencontrent. On est vite devenu amis. A part mes parents et ma sœur, elle était la seule personne avec qui je me sentais à l'aise.
- Mon pauvre petit chou, ironise Jack.
- Ne te méprend pas, je n'étais pas le vilain petit canard. Mais je me sentais bien seul. Je n'avais pas besoin d'amis, je me suffisais. Et puis elle est arrivée. Je me sentais bien avec elle. Elle me comprenait sans que j'aie besoin de parler. On s'amusait bien tous les deux. Les autres enfants nous regardaient toujours bizarrement. Déjà qu'on me trouve pas normal, là c'était le pompon, rit le jeune homme. Un jour tout a changé, quand on a eu 14 ans. Sur un été, elle a changé. Des copines, des sorties et puis un petit copain. Mon monde s'est écroulé.
-Tu étais amoureux, affirme le capitaine.
- Oui, éperdument. Elle m'a brisé le cœur. A nouveau, j'étais seul. Et puis mes parents sont morts, j'ai dû quitter Cardiff pour Londres. On a perdu le contact.
- Que me caches-tu encore?
- On s'est retrouvé par hasard, confesse Ianto, quand je suis revenu pour …. . Bref, j'étais préoccupé par autre chose. On se voyait en copains de temps en temps. Et puis ….. .
- Et puis quoi? L'encouragea le capitaine.
- Quand tu es parti, je me suis retrouvé tout seul, vraiment. Je ne suis pas comme les autres, tout ce que j'ai est ici, de la main il désigne la pièce et s'attarde sur le capitaine. Je n'ai pas d'amis, je travaille trop pour ça. Elle était toujours là, essayant de me faire sortir. Donc on s'est vu plus souvent, restos et cinés. Un jour, je lui ai proposé de lui faire à dîner mais chez elle. Comme ça, si on finissait tard, elle était déjà chez elle. A l'abri.
- Je te reconnais bien, là.
- Toujours le même. Je changerais plus à mon âge. Donc on a dîné, reprend le jeune homme, c'était une catastrophe. Tout a brûlé. On a vidé tout l'alcool qu'il y avait. Au matin, je me suis réveillé dans le canapé avec elle. On était un peu gêné et puis c'est passé. Le plus drôle, je ne me souviens même pas de ce qui a pu arriver cette nuit-là. Je dois reconnaître que j'étais ivre. Mais je me suis réveillé nu et elle portait ma chemise. La situation était claire. On a passé trois semaines comme ça. Sans en parler, on sortait, on couchait ensemble. Juste comme ça. Je me suis rendu compte que je me servais d'elle pour pallier à ton absence. Alors j'y ai mis un terme. On a essayé de continuer à se voir en amis. Ça n'a pas marché. Je ne répondais plus à ses coups de fil. Je me sentais encore plus mal. J'ai failli tout plaquer et repartir à Londres.
- Et que s'est-il passé? Demande Jack.
- Tu es revenu.
- Évidemment. Comment aurais-je pu rester loin de toi? Rétorque Jack, plus que sérieux.
- Ce n'est pas ce que tu disais à l'époque, répond Ianto, une pointe de tristesse dans la voix.
- Je sais. Moi, je ne suis pas encore assez vieux pour arrêter de changer.
- Toi, tu auras 14 ans pour l'éternité.
- C'est-ce qui te plaît, joli cœur.
- Pas que ça, lui répond le jeune homme, prenant sa main amoureusement.
Jack ouvre les bras, Ianto vient s'y blottir. Ils restent un moment enlacés. Ianto respirant son odeur. Jack jouant avec les cheveux de son compagnon. Le temps d'un instant, Jack pense qu'un jour ce sera lui, assis devant un lit d'hôpital, les larmes au bord des yeux. Ianto sera inerte, inconscient. Prêt à le quitter. Que fera-t-il ? Lui le grand héros.
Il se reprend à temps pour que Ianto n'aperçoive pas le chagrin dans son regard. Il pose une main sur la joue du jeune homme. Au son lent et régulier de sa respiration, Jack comprend qu'il s'est assoupi. Ianto ne dort pas beaucoup avec lui. Jack n'a pas besoin de dormir, une heure de temps en temps lui suffit. Mais Ianto est humain. Il a besoin de se reposer. Ne serait-ce que pour se remettre de tous les coups qu'il reçoit par ces foutus weevils.
Voilà une chose dont Jack se passerait bien. Les weevils et Ianto sur le terrain. Il lui a toujours laissé la possibilité de rester au Hub pour s'occuper de l'intendance et des tâches administratives, qu'il exécute comme personne. Mais non, il veut toujours l'accompagner, chasser avec lui. Jack soupçonne que c'est pour l'excitation. La course et le danger, puis la victoire quand ils reviennent avec les weevils inconscients ou morts parfois. Cette lueur dans le regard de Ianto lorsque Jack s'approche de lui essoufflé et en sueur après avoir mis hors d'état de nuire ces satanées bestioles. Leurs baisers post-capture sont toujours explosifs, mais rien en comparaison du feu d'artifice quand Ianto arrive à le coincer seul dans un coin sombre.
Jack a beau retourner le problème dans tous les sens, il ne trouve pas d'excuses valables pour interdire le terrain à Ianto. Il y réfléchit depuis la veille au soir, quand il a vu Ianto intercepter le weevil qui se dirigeait sur lui. Étant lui-même aux prises avec l'un d'eux, il lui avait fallu de nombreuses minutes pour se porter à son secours. Jack avait connu un de ses nombreux moments de pure angoisse. Ianto et le weevil avaient disparu derrière une camionnette. Jack avait entendu des bruits de bagarres, il avait reconnu le grognement de douleur de Ianto.
Quand enfin, il réussit à le rejoindre. Jack trouva Ianto appuyé à la camionnette se massant le torse, une main en sang, le weevil inconscient à ses côtés. Jack avait inspecté la blessure de sa main et ouvert la chemise de son amant sans ménagement juste pour vérifier qu'il n'avait rien de grave. Il avait ensuite attaché le monstre à l'arrière du SUV avant de revenir chercher Ianto pour l'aider à marcher jusqu'à leur véhicule. Une fois Ianto installé sur le siège passager, Jack avait enfouit sa tête dans le cou du jeune homme avant de déposer un baiser sur ses lèvres. Ianto avait eu ce sourire, comme il en avait de plus en plus souvent. Ce sourire qui fait fondre le cœur de Jack, celui que Ianto a toujours avant de rire en silence rien que pour lui, sans que Jack ne sache pourquoi.
Bien plus tard cette nuit-là ou le matin suivant, Jack fini par comprendre. Ianto avait fini par lui ouvrir les yeux. Ses angoisses pour la santé du jeune homme, et le bonheur inégalable que lui procurait le corps endormi à ses côtés s'expliquaient simplement. Jack était amoureux de Ianto, d'après celui-ci depuis un bon moment, sans même s'en être aperçu.
En y repensant, Jack a un petit sourire. Chaque geste, chaque pensée de Jack n'a qu'un objectif rejoindre Ianto et le protéger. Et ce depuis plusieurs mois. Jack s'en rend compte maintenant.
Il se fait l'impression d'être une jeune fille éperdument amoureuse d'un homme inaccessible, qui rêve en silence de la prochaine fois où elle pourra apercevoir son grand amour. Jack repense à tous ces moments assis à son bureau, où sentant arriver Ianto, il abandonnait son travail en court pour se tendre sur ses bras pour le regarder passer devant la vitre. Un instant fugace qui l'électrisait dans tout le corps. Bien souvent, après ces moments, Jack ne pouvait se concentrer sur son ouvrage avant d'avoir rejoint Ianto pour un baiser, une caresse ou ce simple sourire que Ianto n'adressait qu'à lui.
Tout bien considéré, Jack est content d'avoir mis les choses au clair avec Ianto ce matin. Ils ont une relation étrange et exclusive, mais ni lui ni Ianto n'iront voir ailleurs. Jack ne supporterait pas de le partager avec qui que ce soit. Même pas avec cette sublime jeune femme, même pas pour une partie de cache-cache comme ils savent faire tous les deux. Jack se rend compte que le début de leur relation n'a pas dû être évidente pour le jeune homme. A l'époque, Jack n'hésitait pas à se montrer avec ses autres conquêtes. Ianto avait dû en souffrir comme lui souffrait en voyant son amant au bras de cette femme ce matin. Il en a conçu une jalousie incompréhensible jusqu'alors ignorée. Il ne s'était jamais senti menacé dans ses relations amoureuses. Jamais une de ses conquêtes n'avaient trouvé spécimen capable de le ou la détourner de Capitaine Jack Harkness. Il sait que Ianto ne partira jamais, il l'a dit lui-même. Il est bien trop amoureux de lui pour être capable de s'en aller. Après avoir longtemps caressé la chevelure de son compagnon, Jack décide qu'il est temps de respecter sa promesse. Il réveille Ianto en l'embrassant sur le front.
- Je vais devoir te laisser. J'ai promis de faire tout mon possible pour la sauver. Ce n'est pas en restant ici que je pourrais tenir cette promesse.
- Je viens avec toi. Je ne suis d'aucune utilité non plus.
- D'accord. Allons voir ce que Martha a trouvé, propose Jack.
Jack se lève, dépose un baiser sur le front de Ianto. Il jette un dernier regard à l'amie endormie.
- Le SUV est à côté de ta voiture. Je t'y attends.
Ianto acquiesce avant de reporter son attention sur Karen. Lorsqu'il entend la porte se refermer sur Jack, il se penche sur le visage de Karen. Il lui murmure.
- Tu sais si quelqu'un peut te sauver, c'est bien lui. Même si c'est pour moi qu'il va se battre, ses forces seront mises à ton service. Je suis désolé de t'avoir fait du mal et de t'avoir abandonnée.
Il dépose un baiser sur la joue de la jeune femme en réprimant une larme. Il lâche la main difficilement. Il quitte la pièce et retourne doucement vers son amant. Il prend son temps pour se remettre avant de le rejoindre.
Ianto s'assoit près de Jack, il boucle sa ceinture puis tourne son visage vers le capitaine. Jack sourit, il se penche pour l'embrasser tendrement avant de démarrer en trombe comme toujours. Arrivé au garage, Jack range le SUV. Il descend le premier, contourne le véhicule pour ouvrir la portière de Ianto. Ils se regardent, Ianto soupire. Jack lui sourit tendrement avant de lui proposer sa main. Ianto s'y raccroche comme à une bouée de sauvetage. Ils remontent vers le Hub. Avant d'ouvrir la porte, Jack rattrape Ianto par le bras. Il le plaque contre son torse avant de l'embrasser langoureusement.
- Pour que tu te souviennes que je tiens à toi.
- Je sais. Moi aussi, confesse le jeune homme.
Ianto rend un baiser tout aussi tendre. Il s'écarte.
- Allons sauver Karen, et peut-être le monde.
- A vos ordres, scande le capitaine, dans un salut militaire de la main.
Pour ceux que cette histoire intéresse toujours, j'accepte toutes les réprimandes quand à ce retard impardonnable.
