Chapitre 4: Le jeune homme sous l'uniforme renégat
Depuis l'évasion de Colette, la base était relativement tranquille. Yuan réfléchissait avec précision sur la prochaine manœuvre à accomplir. Botta était en mission, il devait voler des exosphères dans la ferme humaine d'Asgard. Deux renégats l'accompagnaient. Non, ce n'était ni Ambroise ni Éric. Les deux jeunes hommes étaient restés à la base, n'ayant reçu aucun ordre. Marina était étonnée de voir que malgré le côté assez militaire de l'organisation secrète, quand il y avait des moments où il ne se passait rien, les Renégats avaient des activités comme tout autre personne normale. Certains finissaient de rattraper leur retard pour des rapports, d'autres s'entraînaient...Marina avait bien envie de discuter un peu avec Éric et Ambroise. Ne sachant pas où était celui qui l'appelait petite, elle chercha d'abord le blond aux yeux vert. Elle le trouva rêveur, un air de tristesse sur le visage. Elle trouva cela étrange. D'habitude, il souriait toujours, sauf en mission où il contenait son côté joyeux. Était-il inquiet pour son oncle? Peut-être mais étant un guerrier aguerri, il n'y avait pas de quoi avoir trop peur. Botta avait affronté pire. Non, la raison devait être ailleurs. Il était tellement plongé dans ses pensées qu'il n'entendit même pas Marina arriver. Cela lui faisait vraiment étrange à la jeune fille. Il était complètement différent.
- Éric, ça ne va pas? Se risqua t-elle
L'interpellé sursauta. Son regard croisa celui de la benjamine des Renégats.
Cela la déstabilisa. Il était tellement triste, ses yeux semblaient humides. Mais dès qu'il eut enfin remarqué la jeune fille, il reprit son habituel sourire, même s'il était un peu maladroit.
-Non, ça va, je t'assure. Que veux-tu? Lui demanda t-il avec douceur
-Je voulais juste discuter un peu avec toi et avec Ambroise, mais je n'arrive pas à lui mettre la main dessus.
-Il avait quelque chose à donner au Seigneur Yuan, il ne devrait pas tarder à revenir.
-Bon, ben je vais aller l'attendre dans le couloir alors...
Elle laissa le jeune demi-elfe à ses sombres pensées. Elle croisa Ambroise qui revenait en effet du bureau de Yuan.
-Eh bien, c'est la première fois que l'on se voit aujourd'hui, ma petite.
-Je te cherchais.
-Sérieux?
-J'aimerais bien discuter avec toi et avec Éric.
Le regard d'Ambroise s'assombrit.
-Je veux bien discuter avec toi mais aujourd'hui, il vaut mieux laisser Éric tranquille, même s'il ne t'en voudra pas d'aller le voir.
-J'ai remarqué en effet qu'il était différent de d'habitude.
-Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de mort de sa mère.
Marina se figea. Il avait perdu sa mère?
-Mais, il a un père non?
-Oui, mais il est mort avant même qu'il ne naisse. C'est pour cela que son oncle l'a recueilli.
Marina avait envie d'en savoir plus mais en même temps, elle ne voulait pas s'immiscer dans la vie d'Éric. Elle ne parvint qu'à balbutier:
-Ça fait longtemps?
-Non, aujourd'hui ça fait un an. Je ne sais pas comment il a fait pour se remettre à sourire aussi vite. Au début, il avait l'air complètement détruit. Sa mère était tout pour lui.
Marina se rendit compte qu'en fait, elle ne connaissait rien des vies d'Ambroise et d'Éric. Mais en même temps, elle ne voulait pas se montrer indiscrète.
Comme ça a dû être dur pour lui! Il en a fait du chemin, en un an. Il réussit à sourire, il réussit à passer outre sa douleur. Il est fort, il est réellement fort.
La jeune fille interrompit son flots de pensées, le sujet de sa réflexion s'avançant vers eux, son habituel sourire aux lèvres.
-Ça y est, tu nous as retrouvé celui qui rend ses rapports toujours en retard?
-Hey, je te signale que c'est le seul que j'ai rendu en retard!
-Et celui pour l'infiltration de la base de Magnius?
-J'étais gravement blessé alors pour rédiger un rapport, c'est pas la joie. D'ailleurs, le Seigneur Yuan n'a rien dit alors, c'est que c'est bon.
En effet, Éric avait oublié ce détail. Son regard s'assombrit et il présenta ses excuses à son ami. Ambroise soupira puis rassura le blond, il ne lui en voulait pas, il avait pris ça à la plaisanterie mais voyant que cela n'arrivait pas à dissiper le malaise de son ami, il le prit dans ses bras. Marina vit que l'orphelin tremblait en silence. Il pleurait. Elle ne savait pas comment agir mais elle ne voulait pas rester là, comme une imbécile à regarder Ambroise essayer de consoler son ami de toujours. Elle lui serra la main avec douceur et apparemment, cela suffisait pour Éric. Il murmura à ses deux compères:
-Pardon, vous devez me trouver ridicule.
-Absolument pas. Si Ambroise et moi le pensions, on ne serait pas là. Personnellement, un homme qui pleure, je trouve ça beau. Chez moi, un garçon qui pleure, c'est mal vu mais j'ai jamais compris pourquoi. Si ça te fait du bien, alors lâche toi.
-La petite a tout dit Éric, ne t'excuse pas, pas aujourd'hui. Ni même un jour. Pas pour ça en tout cas.
Éric se ressaisit. Il se tourna vers la seule demoiselle du trio.
-Bon, maintenant que l'on a avec nous Mister Ambroise, on discute?
-Tu es sûr?
-Mais oui.
Le jeune homme avait retrouvé son éternel sourire doux et chaleureux.
Ambroise demanda à la jeune fille de parler d'elle, de sa vie avant les Renégats.
-Il n'y a pas grand chose à dire. J'ai une famille aimante. Bon, parfois, il y a des différends mais on s'aime. Je devais aller à l'université.
-Vraiment? S'intéressa Éric
-Oui mais je ne sais pas encore ce que je ferai plus tard.
-L'école, c'est important. Tu as des projets pour l'après réunification des mondes?
-Non, pas vraiment. Et vous deux?
-Moi, j'essayerai de me trouver une copine. Déclara Ambroise
-J'aimerais bien aller dans l'école de Palmacosta pour obtenir un diplôme pour clôturer ma scolarité et devenir professeur. Répondit Éric
Apparemment, le jeune homme avait besoin de parler. Il se mit à raconter son passé à la jeune Terrienne.
- Je suis né un dix-sept septembre il y a dix-neuf ans à Asgard. Mon père était un demi-elfe. Il est mort de maladie avant ma naissance. Ma mère, demi-elfe elle aussi, m'a donc élevé seule. Mon oncle l'a aidée du mieux qu'il a pu. En même temps, ma mère était sa seule famille alors forcément... J'ai grandi entouré d'amour et je n'ai pas le souvenir d'avoir manqué de quelque chose un jour. J'avais ma mère, j'avais Ambroise, j'avais mon oncle, c'était bien suffisant à mon bonheur. Malheureusement, j'ai perdu ma mère il y a un an. Elle travaillait dans la milice de défense d'Asgard. Parfois, elle devait aller à Luin et sur le chemin, elle s'est faite tuer par des racistes. Même si j'étais déjà majeur, mon oncle a tenu à continuer à m'aider financièrement et j'ai décidé de l'aider chez les Renégats. Ambroise a voulu me suivre et voilà comment nous sommes arrivés ici. J'avoue que les premiers jours, je n'étais pas tranquille, je ne savais pas vraiment dans quoi je m'embarquais mais je voulais aider mon oncle. Et puis les jours passant, je me suis habitué.
Avant même qu'Éric n'eut fini son histoire, Marina pleurait. Pourtant, elle avait horreur de pleurer. Autant les larmes des autres pouvaient l'émouvoir, autant elle haïssait montrer qu'elle aussi pouvait avoir des moments de faiblesses. C'était là l'un des plis peut-être malsain de son orgueil ou de sa fierté. Mais là, le passé de son ami l'avait touché. A part Botta et Ambroise, il n'avait plus personne. C'était juste un garçon comme les autres qui s'était retrouvé dans une aventure pas comme les autres. Elle pensait que tous les Renégats étaient en fait des surhommes, des gens plus forts que le commun des mortels. Elle avait oublié qu'ils étaient avant tout des hommes, avec leurs forces, leurs faiblesses, leurs sentiments. Il y avait toujours un homme, une histoire en dessous de l'uniforme.
-Eh bien, si toi aussi tu te mets à pleurer aujourd'hui, la base va être inondée. A nous deux, on va causer un dégât des eaux et c'est le chef qui en sera pas content.
-Il ne sera pas content, tant pis pour lui. Pour une fois que je pleure...D'habitude je ne pleure jamais.
Éric eut un petit rire léger. Cette fille, c'était un phénomène à elle toute seule.
-Dans ce cas, pourquoi tu pleures?
-Parce que je suis triste pour toi. Parce que je me rends compte de la chance que j 'ai, parce que je me rends compte que je suis une vraie ingrate face aux cadeaux que ma fait la Vie.
-Moi aussi, parfois, je me fâchais avec ma mère tu sais. Bon, cela ne durait jamais longtemps, on se demandait vite pardon. Tant que tu sais la valeur des cadeaux que t'a fais la Vie, tu ne lui seras jamais ingrate. Je sais que ma mère est morte heureuse. C'est le plus important. C'est à moi maintenant de me montrer digne d'elle.
-Moi aussi, je dois me montrer digne de certaines personnes.
Ambroise et Éric la regardèrent, étonnés.
-De qui? Dirent ils à l'unisson
-De vous deux, de votre amitié, des Renégats et du Chef. Je ne vous ferai pas défaut.
-T'as déjà réussi à remonter le moral d'Eric, ma petite, alors crois moi, tu es digne des Renégats, quand il se met à pleurer, c'est une fontaine le blond. Plaisanta Ambroise
-Salaud! Tu sais que j 'ai honte de ça! C'est pas ma faute si je suis un sensible! Riposta Éric plié de rire
-Oui, tout comme ce n'est pas la faute de la petite si elle se complique la vie pour pas grand chose.
-Enfoiré! Déclara Marina elle même pliée de rire.
Au final, cette journée que redoutait tant Éric se passa bien. Il ne souffrit pas autant qu'il ne l'avait imaginé. Il était entouré. Il avait son oncle, il avait Ambroise et même s'il n'avait plus sa mère, il avait une petite sœur d cœur toute mignonne. Après tout, c'était peut-être ça le bonheur, malgré les souffrances de la Vie. Rire et être entouré malgré la douleur et le chagrin. Il était heureux. Heureux d'être en vie.
A Suivre
