Chapitre 4 : Quiproquo

Mercredi 3 septembre,14h25 Grande Salle de Poudlard.

Drago semblait sur le bord de la crise de nerf. Il regardait, impuissant, la fille qui hantait ses pensées jours et nuits, en train de rire devant ce petit con de Weasley et de Potter. Jamais il ne s'était senti si… Inutile. Privé. Exclu. Et cela le faisait souffrir au plus haut point. Il vit Hermione pointer du doigt Londubat, et rire de plus belle. Ses dents étaient d'une blancheur incomparable. Et ses cheveux broussailleux, qui durant quelques secondes lui brouillèrent la vue, furent chassés d'un revers de la main, sans y faire attention. Il aurait tout donné pour pouvoir écarter ses cheveux, l'embrasser, lui caresser ses joues rosies par le rire. Il aurait aimé être à l'origine de ce fou rire. Il aurait aimé être le seul dans sa vie.

"Drago? Tu m'écoutes?"

La voix grasse de Pansy interrompit ses pensées. Il la regarda de son air méprisant, et détourna les yeux de son visage suppliant.

"Non. Je n'ai pas entendu un traître mot de ce que tu as dis, Parkinson."

A cette phrase, Pansy éclata d'un rire aiguë, telle une hyène abattant sa proie.

"Ah, ce que tu peux être drôle, Drago !"

A l'entente de son prénom, les yeux du blond devinrent emplis d'une rage nouvelle. D'où se permettait-elle de l'appeler par son prénom? Se croyait-elle assez proche de lui pour ça?

"Ce n'était pas drôle. Maintenant, vas-t-en. Et n'ose plus jamais prononcer mon nom."

Il avait presque craché ces derniers mots, et ne vit même pas les yeux de Pansy se remplirent de larmes. Elle s'écarta bruyamment, et contempla le garçon qu'elle aimait depuis 5 ans. La fureur déforma ses traits grossiers, et elle se promit, au fond d'elle-même, qu'un jour, Drago Malefoy serait sien.

Vendredi 5 septembre, 20h54 Chambre d'Hermione Granger, cachots des Serpentards.

De tout Poudlard, Hermione devait être la seule à terminer ses devoirs, maladroitement assise sur son bureau, de métamorphose. Pourtant, la brune était motivée : Une masse impressionnante de travail leur avait été donné, et des tonnes de révisions les attendaient, pour se préparer aux BUSE. Elle savait ces examens d'une facilité insultante, selon Percy Weasley, mais Hermione ne pouvait s'empêcher d'y travailler ardemment.

Elle avait la phobie de se retrouver dans un entretien d'embauche, et que son patron la regarde férocement, en lui disant d'une voix sèche qu'elle n'avait pas assez de bons résultats pour espérer rejoindre leur société. En fait, elle s'imaginait le scénario qui hantait ses nuits, même avant de connaître l'existence de Poudlard. Elle se rappela la voix, menaçante, de son père, lorsqu'elle avait rapporté la première (et dernière) mauvaise note de sa vie : "Non mais, tu crois vraiment trouver un travail, avec ça? Franchement, Hermione, je ne suis pas fier de toi."

Un sentiment étrange lui barra la gorge tandis qu'elle tortilla ses doigts, gagnée par le stress. Et si elle ne réussissait pas sa vie? Où irait-elle? Que ferait-elle de ses journées? Hermione plongea dans son devoir, écrivant des phrases magnifiques, imaginant le sourire de l'homme devant elle, au fameux entretien d'embauche.

Dimanche 7 septembre, 11h23 Terrain de Quidditch.

Le vent frôla les joues, déjà glacées, de Drago, et il accéléra. La fraîcheur pénétrait ses doigts, cramponnés au manche de son balai, mais le blond ne bougea pas. Sa tête, obscurcie par des images d'Hermione depuis 1 semaine, semblait s'effacer lorsqu'il se trouvait sur son Nimbus 2001. Bien qu'il ne l'avait jamais avoué à personne, Drago adorait voler. C'était même devenu une de ses grandes passions, bien qu'il s'était fait détrôné plus d'une fois par Harry Potter, qui, il devait bien l'avouer, était un très bon joueur. Il se rappela non sans dégoût, le moment où il avait senti la sphère dorée et glaciale du Vif d'Or contre ses doigts enhardis par le froid.

Il s'était senti si heureux, imaginant les visages souriants tournés vers lui, les filles gloussant de rire à son passage, et Rogue le féliciter devant sa maison. Mais Potter avait détourné son attention, et s'était emparé du Vif d'Or, récoltant ainsi toute la gloire. Il fit un piqué, ratissant l'herbe de ses pieds, et évita un Cognard. L'entraînement intensif qu'il endurait était son idée : Il avait convoqué l'équipe des Serpentards pour le match de la semaine prochaine, opposant les Gryffondors. Il stressait un peu, mais savait qu'il ne pouvait plus parfaire sa technique, tant il avait passé de temps à y travailler. Ils devaient gagner ce match. Pour voir un peu de fierté dans le regard d'Hermione.

Dimanche 7 septembre, 19h23. Couloirs de Poudlard.

Hermione marchait paisiblement, en compagnie de Ron et Harry. Tous deux à ses côtés, elle se sentait libre, heureuse, comme si le poids d'être dans la maison des Serpentards s'était retiré. Ils quittèrent la Grande Salle, le ventre rempli d'excellents mets, et s'apprêtaient à se dire au revoir.

La brune redoutait ce moment : Le trio se détachait lentement, en partant dans différentes directions, sans un regard en arrière. Elle savait Harry et Ron heureux de leurs Maisons, puisqu'ils étaient entourés d'amis. Ils avaient demandé de nombreuses fois à Hermione comment se déroulait sa vie chez les serpents, mais cette dernière s'était contentée de hausser vaguement les épaules, ou de changer de sujet. Pour une raison qu'elle ignorait, elle ne comprenait pas pourquoi en parler à ses amis se relevait aussi difficile… Peut être parce qu'elle avait peur qu'ils s'énervent trop vite, qu'ils brandissent leurs baguettes comme des armes, avec la rage qui hantait leurs traits qu'elle connaissait si bien…

"Ce n'est qu'un vieux crapaud !" lâcha Ron, ramenant Hermione à la réalité.

Sans avoir participé à leur conversation, elle devina aisément de qui ses deux meilleurs amis parlaient : Le professeur Ombrage, qu'elle avait vaguement vu dans la Grande Salle le jour de la rentrée, était en fait la pire professeur qu'ils n'aient jamais eu. Bien qu'Hermione détestait au plus haut point qu'on insulte un enseignant, elle ne releva pas la dernière phrase du rouquin.

En effet, pédagogiquement, Ombrage n'apprenait strictement rien aux élèves, se contentant de leur faire lire tout le manuel de l'année. Et, en plus, elle avait prit un malin plaisir à coller tous les Gryffondors, et particulièrement Harry, dès qu'ils osaient s'aventurer un peu trop loin dans leurs questions.

"Et toi Hermione?" lança Harry, qui regardait fixement le visage de la brune.

"Hein, euh, quoi?" répondit-elle, son teint prenant un peu plus l'allure d'une tomate qu'une jeune femme.

Ron et Harry s'échangèrent un regard lourd de sens, et ce dernier prit la parole d'une voix qu'il voulait légère :

"Hermione, qu'est ce qui t'arrives en ce moment? T'es tout le temps dans la lune... Tout va bien?"

Ils étaient désormais arrêtés devant le dortoir Rouge et Or, et Hermione observa d'un regard transparent la Grosse Dame, qui buvait un thé avec un chevalier qu'elle n'avait jamais vu.

"Non, il n'y a rien. C'est juste que je suis débordée de travail, avec mes options.."

Harry brisa aussitôt le lien de leur regard, apparemment soulagé. Ron, cependant, ne semblait pas dupe. Elle détestait mentir…

"Bon, bah, si ce n'est que ça !" dit le Survivant, suivi d'un petit clin d'oeil.

Et Harry s'engouffra dans sa Salle Commune, un grand sourire étirant son visage, sans remarquer l'air inquiet de son meilleur ami.

Lundi 8 septembre, 18h06 Salle Commune des Serpentards

Drago fixait la cheminée d'un regard éteint. Son visage, détendu, n'exprimait rien d'autre qu'une neutralité pure. Au fond de lui, il s'imaginait étreindre Hermione et lui caresser les cheveux, mais le Vert et Argent n'en laissait rien paraître. Il se contentait de regarder un point au loin, sans prêter attention aux conversations autour de lui. Cela faisait maintenant plus d'une heure qu'il restait dans cette position, assis au centre du canapé, presque mort. A sa gauche, Pansy tentait désespérément de retenir son attention, en vain. Malefoy continuait de regarder cette stupide cheminée, les images défilant d'une certaine Sang de Bourbe qu'il aimait et haïssait en même temps.

Il détestait cette sensation : être partagé. Braver l'interdit en embrassant une personne que sa famille déteste le plus au monde, ou rester seul, débordé par des pensées bien trop tentatrices? Soudain, alors que la Salle Commune était plongée dans un brouhaha constant, un silence pesant s'installa. Surpris, Drago releva la tête pour regarder l'origine de la soudaine interruption de ses camarades. Hermione passa alors, traversant la salle verte et argent, les yeux baissés vers le sol. Elle contourna soigneusement les Serpentards, qui la regardaient d'un oeil méprisant, et rentra précipitamment dans sa chambre.

Le coeur de Drago se serra à la vue du visage dont il avait rêvé toute la journée, et il soupira nerveusement. Dès qu'Hermione eût passé la porte, les conversations reprirent, comme si de rien n'était, et le blond baissa les yeux. Ce qu'il ignorait, c'est que Pansy avait suivi son regard de ses petits yeux noirs, et détaillait Hermione d'un regard dégoûté.

Jeudi 11 septembre, 21h29. Chambre d'Hermione Granger, cachots des Serpentards.

Hermione lisait, assise dans le seul fauteuil de la salle. Assise en tailleur, elle était si cramponnée à sa lecture qu'elle haletait presque, bien qu'elle l'ait lu une bonne dizaine de fois. Une tasse de thé brûlante était posée sur sa table de chevet, et attendait qu'Hermione y pose ses lèvres. Un silence régnait dans la petite chambre, entrecoupé par les bruits de pages lorsqu'Hermione les tournait, et aucun bruit ne prouvait la présence de Malefoy dans la chambre d'à côté, au plus grand soulagement de la brune. Soudain, alors qu'Hermione terminait la dernière phrase emplie d'un suspens grandissant, quelqu'un frappa à la porte, et rompit sa concentration. Avec un soupir, elle se leva, imaginant un Ron anxieux devant sa chambre.

Cependant, en l'ouvrant, elle ne s'imaginait absolument pas voir un Zabini souriant au possible.

"Euh… Salut?" risqua la Rouge et Or d'une voix mal assurée.

"Bonsoir, Granger."

Elle remarqua que le métisse regardait sa chambre par dessus son épaule, tandis qu'elle marqua son agacement en tapant du pied contre les dalles de pierre. Elle croisa les bras sur sa poitrine, et attendit que Blaise repose son regard ambré sur le visage d'Hermione, l'air totalement détendu.

"Ca te plait, Serpentard?"

"Et bien... " répondit vaguement Hermione, surprise par la question.

"Ah, tu lis "Le désespoir de l'aube"? Je l'adore !"

Blaise contourna Hermione pour rentrer dans sa chambre, et attrapa le livre, posé sur la petite table, que la Gryffondor avait lâché quelques instants plus tôt. Cette dernière, choquée par l'intrusion de Zabini dans la pièce, ferma la porte en arquant le sourcil.

"C'est pas la première fois."

Elle épousseta d'une main distraite un de ses oreillers, le regard fixé sur Blaise. Qu'est ce qu'il faisait ici?

"Tiens, je voulais te dire Hermione…"

D'abord surprise qu'il l'appelle par son prénom, chose que personne n'avait fait à Serpentard, elle repensa à Harry qui la mettait en garde en permanence… Et s'il avait raison? Si elle était en danger, à l'heure qu'il est? Elle ne prit pas la peine de répondre au garçon, mais attendait qu'il dise la raison de sa venue avec impatience. La curiosité avait prit le dessus sur la surprise, et elle regarda Blaise rougir légèrement. Il baissa faussement les yeux sur les phrases du bouquin qu'il tenait entre ses doigts fins.

"Écoute, euh… Est ce que tu crois que ça serait possible, de, hum…"

Hermione l'encouragea d'un signe de tête, et il débita d'une petite voix :

"Tu-Crois-Que-Tu-Pourrais-Me-Présenter-Ton-Amie-Ginny-Weasley?"

Hermione hoqueta de surprise : Elle ne s'était pas du tout attendu à cette tournure. Elle reposa calmement l'oreiller sur son lit, mais son cerveau marchait à toute vitesse : Comment allait réagir Ginny à cette demande? Il restait un Serpentard, mais savait que Ginny appréciait beaucoup son physique… Mais elle sortait avec Dean, était-ce correct de lui dire ça? Et qu'allait-elle répondre à Blaise? Finalement, elle prit une grande inspiration et soutint le regard de Zabini en lui disant :

"Je ne sais pas, je vais lui demander, d'accord?"

"Euh, très bien."

Il s'avança maladroitement vers la porte de la chambre, visiblement gêné.

"Est ce que tu pourrais garder ça secret? Fin, je veux dire…" commença-t-il, le regard baissé vers le sol.

"Oui, bien sur."

"Super. Bon, ben, merci, Granger." Sur ce, il passa le seuil de la chambre, tout en adressant un petit sourire à la brune, qui sentit son visage rougir quelque peu.

Même jour, 21h35. Couloirs des cachots.

Drago Malefoy arpentait les couloirs, l'air sombre. Il n'avait pas vu Hermione de la journée, excepté de loin par la fenêtre lorsqu'elle avait traversé le jardin de Poudlard, accompagné du balafré. Son coeur s'était serré en voyant qu'elle riait, alors que ses lèvres n'avait esquissé de sourire depuis quelques mois en dehors de sa compagnie. Il décida de retourner dans son dortoir, le moral proche de 0. Il fit prestement demi-tour, et retourna vers la Salle Commune des Serpentards, qu'il traversa sans regarder ses camarades, assis tous autour d'une chose qu'il ne pouvait voir. Enfin, il arriva dans le couloir de sa chambre de préfet. Il avança lentement, sans regarder devant lui.

Il ne cessait de penser à Hermione, à son regard brun pétillant qu'il aimait tant. Soudain, alors qu'il s'apprêtait à rentrer dans sa chambre, il vit Zabini sortir de celle de la brune, un petit sourire dessiné sur son visage hâlé. Drago le regarda, interdit, et aperçut la tignasse d'Hermione avant qu'elle ne ferme la porte. Sans un bruit, Drago se cacha dans l'obscurité, et regarda Blaise s'éloigner d'un pas joyeux. Son sang sembla se chauffer dans ses veines, et il serra les poings. Au bout de quelques secondes, il rentra dans la salle verte et argent, et claqua brutalement la porte. Il fit les 100 pas, énervé au possible. Premièrement, il était furieux contre Blaise : Il ne le savait pas, mais il venait de lui prendre la femme qui l'aimait le plus au monde. Mais enfin, qu'est ce qu'il foutait dans sa chambre? Lui qui prétendait haïr les Rouges et Or, depuis qu'il le connaissait? Tout à coup, il imagina ce qu'ils auraient pu faire, tous les deux. Il le regretta aussitôt.

Les pires scénarios possibles lui traversèrent l'esprit, tels des flashs, et le laissa pantois. Puis, sans prévenir, il cogna de toute ses forces le fauteuil vert, encore et encore.

L'image qu'il avait devant ses yeux lui donnait tant de rage qu'il avait besoin de l'expulser. La bouche tordue, les yeux emplis d'une colère noire et ses cheveux en bataille, il frappa en pensant fort au visage de son "ami". Ce fut lorsque son poing fut en sang qu'il stoppa ses gestes furieux, et s'assit dans le sofa déchiré de toute part. Pendant une seconde, il se demanda si Hermione l'avait entendu, mais il chassa cette idée de sa tête dès qu'elle effleura son esprit. Qu'est ce que ça pouvait lui faire? Elle était sûrement trop occupé à penser à Blaise pour lui accorder la moindre attention. D'ailleurs, il était également énervé envers Hermione, même s'il n'arrivait pas à la haïr autant que Zabini. Cela faisait des semaines qu'il ne pensait qu'à elle, et elle osait être avec un autre homme? Non mais, pour qui elle se prenait? On ne brise pas le coeur d'un Malefoy sans séquelle. Il s'imagina la frapper, aussi fort que pour le métisse. Bien que cette idée l'aurait enchanté il y a quelques années, maintenant, elle lui donna le haut-le-coeur. Même anéanti, il serait incapable de battre Hermione.

Soudain, alors qu'il avait posé son front brûlant entre ses mains, il entendit Hermione s'approcher de sa porte. Et en effet, quelques secondes plus tard, cette dernière se tenait dans l'entrebâillement qui les séparait, et Drago consentit à lever la tête, tout en cachant sa main ensanglantée dans son dos. Si elle était étonnée par l'allure du Serpentard, elle n'en laissa rien paraître. D'une voix dégagée, elle demanda :

"Tu as croisé Blaise, dans les couloirs?"

La rage qui avait habité Drago quelques secondes avant sembla traverser son corps de nouveau, et un frisson le secoua. Cependant, il masqua son visage d'une impassibilité totale, tandis qu'il répondit d'une voix morne :

"Oui, je crois. Pourquoi?"

Hermione s'adossa contre le mur, et dévia son regard vers le lit vert, au centre de la chambre.

"Il m'a demandé quelque chose… J'ai pas le droit de le dire, mais bon… Il m'a demandé si je pouvais lui présenter Ginny."

Elle avait lâché comme ça, dans un murmure, sans imaginer à quel point le coeur de Drago s'allégea immédiatement. Il faillit lâcher un soupir de soulagement, mais se rattrapa à la dernière seconde.

"La petite Weasley?"

La rage qui avait crispé ses membres dès l'instant où il avait vu la porte se refermer derrière Blaise s'évapora, et il se sentit même toucher par la confiance qu'Hermione avait témoigné envers lui.

"Ouais… Je sais pas trop quoi faire…"

Elle sembla dans la lune, puis dit d'une voix ensommeillée :

"Bon, bonne nuit, Malefoy."

Il entendit un bâillement, et la porte se ferma. Un sourire étira les traits de Drago, sensation qu'il n'avait pas connu depuis longtemps.

Mardi 16 septembre, 17h14. Salle Commune des Serpentards

Hermione, normalement, ne passait jamais de temps avec les Serpentards. Elle s'interdisait la Salle Commune, mis à sa part ses passages obligatoires et d'une honte absolue, ne voulant pas croiser un Drago énervé, ou ses deux acolytes, Crabbe et Goyle. Mais ce soir, elle n'avait pas le choix. Elle devait faire un travail sur les différentes architectures des salles communes des maisons, et décida de le faire lorsqu'il y avait le moins de personnes possibles. C'était donc après son cours de Sortilèges qu'Hermione dit au revoir à ses deux meilleurs amis.

Cela lui brisait le coeur de les voir partir, chacun de leurs côtés. Elle avait la triste impression que le trio se détachait, qu'ils n'avaient plus les mêmes amis. Sur le chemin vers la salle commune de sa maison détestée, Hermione pensa aux nombreux changements qui avait ponctué sa vie, ces derniers jours : Premièrement, Ron, Harry et elle était beaucoup moins proches qu'avant. Harry s'était rapproché de Ginny, Seamus, Neville et Dean, tandis que Ron s'était étroitement lié à Gabriel Dwight, son colocataire de Serdaigle. Sans signes avant coureur, Hermione ressentit une pique de jalousie lui tordre le ventre, et elle s'arrêta quelques instants. Gabrial, un grand garçon avec des cheveux d'un noir de jais, des joues ballantes et des yeux tombants, qui avait toujours un sourire niais collé aux lèvres… Comment Ron pouvait-il le trouver intéressant? Peut-être que son meilleur ami roux trouvait que ses blagues, fortes puériles aux yeux de la Miss-Je-Sais-Tout, était d'un humour renversant. Malgré elle, elle leva les yeux au ciel, dans un mouvement exaspéré, et reprit sa marche.

Il y avait aussi l'étrange comportement de Drago. Aussitôt, son coeur se serra : Pourquoi, depuis que Drago l'avait violemment frappé, il ressentait un minimum de… "Sympathie", pour elle? Après tout, ce n'était pas dans les habitudes de son ennemi de le défendre auprès de Mme Pince, lui parler calmement dans sa chambre, ou même daigner la regarder sans lui jeter des insultes… Perdue dans ses pensées, elle tourna dans le couloir sombre de Poudlard qu'Hermione n'empuntait jamais. Elle se souvint, avec une pointe de nostalgie au fond de son coeur, que Ron se moquait souvent d'elle pour ça, la faisant rire malgré ses protestations… Ron… Elle imagina le regard pétillant du rouquin, son sourire franc, ses cheveux roux qu'elle aimait décoiffer… Son meilleur ami lui manquait…

Puis, tout à coup, quelqu'un la poussa. Hermione se frotta l'épaule, qui avait émis un craquement peu rassurant à ce contact, et se retourna vivement prête à réprimander celui qui l'avait fait chaviré. Elle reconnut Pansy Parkinson, et se tut devant ses yeux imbibés d'une rage qu'elle ne lui connaissait pas.