Hello ! Me revoila avec la suite !
J'espère que vous n'avez pas trop attendu. Encore mille mercis pour toutes ces gentilles reviews parce que franchement c'est trop génial (et là vous visualisez un coeur). Donc la suite. Appréciez la lecture, sur la fin, mes persos sont un peu partis en cacahuette, c'était pas exactement la scène que j'ai en tête mais bon, ça revient à peu près au même.
Bonne lecture !
Disclaimer : Les personnages et l'histoire de la Belle et la Bête ne m'appartiennent pas.
Chapitre 4
Le problème était que le lit ne pouvait pas dormir.
- Je ne peux pas dormir, dit Kilgharrah d'une voix joyeuse. Mais je somnole. Ou du moins, je crois. Je crois que je fais semblant de somnoler. Est-ce qu'on peut quand même appeler ça de la somnolence ?
- Je ne crois pas, non, répliqua Merlin d'une voix faible en fusillant le plafond du regard, comme si cette affreuse nuit avait été entièrement de sa faute.
- Quand même un peu, tu ne crois pas ?
- Est-ce que cela vous dérangerait de vous taire ? gémit-il en aplatissant l'oreiller sur sa tête. Même Will n'était pas aussi bavard que vous, à l'époque où il venait dormir chez moi ! Et pourtant, c'est Will ! Je n'ai pas fermé l'œil de la nuit !
- Pense à ce que cela fait que de ne pas fermer l'œil depuis des centaines d'années, jeune sorcier.
- Pourquoi ne pouvez-vous pas dormir ? s'enquit Merlin.
- Un objet n'a pas besoin de ses heures de sommeil, bien sûr !
Merlin se redressa sur un coude en passant une main lasse dans ses cheveux en pagaille.
- Combien cela fait-il d'années exactement ? s'enquit-il en tournant les yeux vers la figure qu'il avait remarquée la veille au sommet de son lit alors qu'il écoutait avec un calme plutôt surprenant le lit commenter la pluie et le beau temps.
- Trois-cent quatre-vingt-quatre ans, six mois et quinze jours, répondit Kilgharrah avec un sourire plein de dents taillées à même le bois.
Le jeune homme s'assit en s'étirant vaguement, contemplant sa chambre d'un air endormi. Maintenant qu'il ne cherchait plus désespérément à dormir, ayant perdu tout espoir de se reposer, des questions logiques lui venaient en tête, et il s'empressa de les poser.
- Êtes-vous le seul meuble animé de ma chambre ? s'enquit-il d'un bâillement.
- Non, répondit une différente voix venant de derrière-lui, tandis qu'une troisième se mettait à pouffer.
Au pied du lit se trouvait un coffre en bois sur lequel reposait une clef – ou plutôt, se tenait une clef, bien droite, posée sur un embout. Merlin descendit du lit pour s'accroupir face à eux, tandis que le lit reprenait :
- Je te présente Tristan et Iseult, les amants les plus célèbres de tout le château. Ils se sont en tout séparés cinquante-trois fois, et à chaque fois, ils reviennent ensemble.
- Je suis Iseult, dit la clef, tandis que le coffre laissait échapper un reniflement dédaigneux. Tu dois être Merlin, le garçon dont le château n'a eu de cesse de parler toute la nuit !
- C'est bien moi, répondit amèrement Merlin. Le prisonnier.
- Oh non, pas prisonnier, répliqua Iseult. Le prince ne t'a pas confiné dans tes appartements, que je sache. Tu peux aller où bon te semble. Tu sais, on n'est pas si mal, ici.
- La plupart du temps, lâcha Tristan tandis que Kilgharrah laissait échapper un gloussement mal venu.
- Certes, mais tout de même, la vie est plutôt agréable une fois qu'on s'est fait à l'idée de la passer ici. Dans un tel luxe !
Elle était trop petite pour qu'on puisse distinguer ses traits, mais la voix de la clef était souriante, et cela lui réchauffa quelque peu le cœur.
- Vous avez quand même un beau salopard de prince, fit-il remarquer.
Le couple étrange éclata de rire.
- Que s'est-il passé ? s'enquit Merlin en s'asseyant en tailleurs. Comment en êtes-vous venus à n'être que… que des meubles ? Car vous avez dû être humains auparavant, n'est-ce pas ? Vous agissez vraiment comme tels, vous tous. Vous êtes tous de véritables commères, avec des disputes de longue date… par exemple, la tension qui existe dans le groupe d'armures et Gwaine – la pinte, je ne sais pas si vous voyez de qui je parle – est phénoménale, et Kilgharrah s'ennuie beaucoup trop pour qu'il ait été un lit toute sa vie. Et le prince est trop humain pour n'être qu'un… qu'un…
- Qu'un monstre, acheva Tristan d'une voix calme, et Merlin hocha la tête.
- Exactement.
- Ce n'est pas à nous de te parler de notre malédiction, jeune sorcier, répliqua Kilgharrah d'une voix devenue grave et ayant perdu de sa jovialité qui l'avait bercé toute la nuit durant. Seul le prince peut en décider, ou peut-être que ton esprit peut assimiler les pièces du puzzle tout seul.
- Es-tu vraiment un sorcier ? s'enquit Iseult.
Merlin hocha lentement la tête.
- Il faut que tu gardes cela pour toi, répondit-elle d'un ton sérieux. Le château entier doit le savoir, à présent, mais il ne te trahira pas. Nous plaçons trop d'espoirs en toi, à présent. Mais sache qu'Arthur hait la magie de tout son être, même s'il la côtoie au quotidien. S'il ne te tue pas sur le champ, ce qui m'étonnerait, ne crois pas qu'il te laissera passer le restant de tes jours dans une chambre aussi jolie.
- Je ne veux pas rester ici, dit Merlin. Je n'en ai pas l'intention. Je trouverai le moyen de quitter ces lieux.
- Ta curiosité te dévore, n'est-il pas vrai, Merlin ? dit Kilgharrah. Tu resteras au château, du moins le temps qu'il faudra pour percer les mystères du prince. Fais ta toilette, sors de cette chambre et mets-toi à ton aise. Descends aux cuisines, arpente le château de fond en comble, trouve-toi une occupation régulière pour les mois à venir. Il n'est pas si simple que cela d'entretenir un château de cette envergure, et pour une fois, le personnel aura des mains humaines à disposition.
Gwaine poussa une exclamation de surprise en le voyant arriver aux cuisines, confortablement calé contre un tonneau de bière il avait déjà vidé – allez donc savoir comment – la moitié de sa propre contenance et arborait un sourire réjoui quand il sauta sur la table pour se planter face à Merlin. Ce dernier, Iseult confortablement installée sur son épaule (« Je peux ouvrir toutes les serrures que les autres clefs peuvent ouvrir, mais je suis la seule qui peut pénétrer celle de mon homme ! » avait-elle proclamé avec fierté avant de s'imposer dans le voyage qu'entreprit Merlin pour retrouver les cuisines), lui offrit un sourire mitigé, encore trop assommé par son manque de sommeil pour trouver quelque chose à dire. La vérité était qu'il était abattu, inquiet, et qu'une migraine affreuse s'acharnait sur ses tempes.
- Notre invité a faim ! claironna Iseult.
- Pas tant que ça, mentit Merlin.
- La cuisinière exaucera le moindre de tes souhaits, affirma Gwaine. Pas vrai, Cook ?
Un sifflement furieux se fit alors entendre du côté des fourneaux et Merlin tourna vivement sa tête en direction du bruit pour y voir une bouilloire s'agiter nerveusement.
- Fais ci, Cook ! Fais ça, Cook ! Pas le moindre « S'il te plait », pas le moindre « Merci », à croire que je suis à vos ordres !
- C'est pas comme si tu devais cuisiner pour un régiment, répliqua Gwaine en haussant un sourcil moqueur.
- Nourrir le prince est plus compliqué qu'il y paraît ! fit la dénommée Cook avec un reniflement dédaigneux.
- Les portions sont minuscules ! Toi au moins, tu as de quoi t'occuper !
- Va donc diriger la préparation de dix plats différents par jour, dix plats complets, variés, équilibrés, parfaitement assaisonnés, et on reparlera de ma charge de travail !
- Je peux tout à fait manger des restes, intervint Merlin dans l'espoir d'adoucir l'ambiance.
- Oh, ne fais pas le timide hypocrite ! aboya la bouilloire. Si tu veux des crêpes, je les ferai, tes maudites crêpes ! Harriet, Marine, les ustensiles, au boulot ! Et toi Gwaine, tu nous serviras de verre doseur !
Merlin n'avait en aucun cas demandé des crêpes. Il n'aimait pas ça, d'ailleurs. Il observa cependant tous ces objets magiques s'activer frénétiquement à lui préparer un petit déjeuner de prince. Gwaine maugréa pour la forme et fit un bond magique – magique, là était la seule explication – jusqu'à l'évier où il se débarrassa de toute forme de bière et obéit docilement aux ordres de la cuisinière féroce. Bientôt, une pile impressionnante de crêpes fumantes furent déposées devant son nez et il se força à les engloutir pour ne pas vexer Cook, luttant tant bien que mal contre son dégoût envers cette pâtisserie qu'il avait beaucoup de mal à tolérer.
- Alors ? Qu'en dis-tu, petit ingrat ? s'indigna Cook en le voyant mâcher très lentement.
- Ahem, merci beaucoup, madame, s'étrangla-t-il en la voyant bondir devant lui pour inspecter l'état de sa pile monstrueuse.
- Tu as intérêt à les manger toutes. Je ne tolère pas le gaspillage. Sache qu'il s'agit d'une cuisine de très bonne qualité. Une recette transmise depuis des générations. Le prince en raffole.
Alors Merlin finit lentement, très lentement son assiette, et son dégoût se transforma rapidement en antipathie envers cette bouilloire désagréable qu'il se mit rapidement à fusiller du regard.
- Que comptes-tu faire de ta journée ? s'enquit Gwaine après s'être nettoyé de toute trace de farine.
- Je ne sais pas, dit Merlin après s'être servi un grand verre d'eau. Je ne sais vraiment pas.
- On peut te faire une visite guidée ! proposa Gwaine d'une voix enthousiaste.
- On ?
- Nous autres, les chevaliers !
- Tu es un chevalier ? s'étonna Merlin. Comment… comment ça se fait ? Je veux dire, tu n'es qu'une… qu'une…
- Qu'une pinte ? Ah, mais que crois-tu que je faisais dans le hall d'entrée à t'attendre ? C'est mon job que d'interroger les nouveaux venus. (Il lui fit un clin d'œil) Le problème, c'est que les autres ne sont jamais bien loin, parce qu'ils savent que plutôt que de faire inspection des intrus, je me lie d'amitié avec.
Il eut alors une moue pensive avant de se secouer, ce qui devait correspondre au fait de secouer sa tête.
- Suis-moi, on va les rejoindre !
Les armures et armes insolites patrouillaient le long des murailles. Ils rejoignirent les jardins, Iseult sur son épaule, Gwaine dans le creux de ses mains, pour rejoindre la tour de vigie du haut de laquelle Merlin inspecta les environs du portail de l'entrée.
- Mince, dit-il en fronçant les sourcils.
- Quoi donc ? s'enquit Iseult.
- Ma jument. Je l'avais laissée près de la porte…
- Elle est aux écuries, dit Gwaine. Les armures s'en sont occupé. Elle est entre de bonnes mains, ne t'inquiète pas.
- Au milieu des sceaux et selles enchantées ? le railla Merlin, néanmoins soulagé. J'espère qu'elle ne va pas trop paniquer.
- Elle a l'habitude de côtoyer la magie, n'est-ce pas ?
Le soleil se reflétait un peu plus loin au sommet de la vigie suivante sur les armures, quelques centaines de mètres plus loin, et Merlin les rejoignit d'un pas pressé, frissonnant dans ses vêtements encore humides de la veille Les chevaliers les accueillirent d'une même voix et le jeune homme se vit aussitôt emporté par la poigne de Perceval qui se mit à lui détailler les moindres facettes de leur métier.
- Le château est surveillé nuit et jour, disait-il avec entrain. Nous ne sommes pas bien nombreux – à peine une centaine. Mais nous sommes plutôt efficaces pour ce qui est de faire le guet, et quand le prince vient faire ses rondes avec nous, il choisit ceux qui sont les plus efficaces pour rôder à l'extérieur dans le but de vérifier l'étendue des villages alentours et, souvent, rendre impraticables les sentiers qui pourraient mener au château.
Il s'élança alors dans un bavardage des plus techniques concernant les façons de se disperser le plus discrètement possible dans les environs proches de la muraille quand, alors que Merlin et Gwaine levaient les yeux au ciel, ils virent une armure les rejoindre depuis la vigie suivante.
- Ah, Mordred ! dit Lancelot (qui avait été accroché à la ceinture de Perceval tout le long) d'une voix qui en disant long de son soulagement d'échapper au flot de paroles de son porteur.
- Le toit est réparé, dit joyeusement le nouveau venu en saluant les autres armures qui marchaient derrière eux d'un geste de la main.
- Les outils et Mordred forment une bonne équipe pour ce qui est de la réparation des objets, expliqua Lancelot.
- Et Mordred est le plus gentil de tous les chevaliers, assura Iseult d'une étonnante voix de velours pour une clef mariée à un coffre.
- Tu dois être Merlin ! dit Mordred en lui tendant une main que Merlin s'empressa de serrer. Le château ne fait que parler de toi. C'est un honneur de te rencontrer.
- C'est une phrase que j'entends beaucoup, dernièrement, dit le sorcier avec un sourire nerveux.
- En trois-cent ans, c'est bien la première fois que le prince choisit de laisser l'un de ses prisonniers libre de circuler dans le château.
- Je suppose que je dois m'en estimer chanceux.
Merlin passa le reste de la matinée avec les chevaliers avant que sa nature d'humain ne prenne le dessus sur ses activités. Les chevaliers avaient refusé toute forme d'aide qu'il avait pu leur proposer (et malgré les paroles de Perceval, surveiller le château ne semblait pas plus compliqué que ça) et une fois arrivé aux cuisines, il décida de prendre en compte les paroles de Kilgharrah et proposa son aide. Cook, cependant, était de si mauvaise foi, et Merlin était si maladroit, qu'il finit chassé des cuisines en moins d'une demi-heure sans même avoir mangé. Et il était hors de question qu'il y remette les pieds pour quémander la moindre miche de pain. Il croisa alors un attroupement de balais, serpillères (dont Léon ne faisait étrangement pas partie) et plumeaux qui récuraient une chambre à la porte ouverte. Il leur proposa son aide qu'ils acceptèrent avec enthousiasme, mais de tout le ménage qu'il avait fait de sa vie, il ne l'avait fait qu'à l'aide de sa magie et il ne voulait pas forcer la chance. Par conséquent, il se révéla aussi inutile qu'en cuisine (cassant deux vases en l'espace d'un quart d'heure) et les outils de nettoyage le renvoyèrent poliment, mais fermement. Quand il aida au raccommodage des tenues du prince, il se piqua le doigt si profondément qu'il fut forcé de s'éloigner au plus vite de la chemise en soie d'Arthur s'il ne voulait causer des dommages irréparables.
Dans l'armurerie où il aidait à polir des épées qui n'en avaient manifestement pas besoin, il s'entailla ce même doigt une nouvelle fois et il en était à arpenter le château de fond en comble à la recherche de sa chambre (qui semblait bien évidemment n'avoir jamais existé) dans l'espoir d'y dénicher un chiffon pour éponger son sang quand il tomba nez à nez avec celui qu'il espérait secrètement ne plus jamais croiser de toute sa vie improvisée d'otage.
Il semblait d'ailleurs se trouver au mauvais endroit, au très mauvais endroit, car Arthur le fusilla dangereusement du regard et le fit reculer en s'avançant d'un grognement, l'air particulièrement mécontent.
- On peut savoir ce que tu fais là ? aboya-t-il méchamment.
- Je cherche ma chambre, répondit Merlin du tac-au-tac.
- Elle n'est pas ici.
- Je croyais l'avoir deviné, marmonna l'autre en portant son doigt ensanglanté à sa bouche.
Arthur posa ses yeux sur sa blessure et fronça des sourcils qu'il n'avait pas.
- Suis-moi, dit-il brusquement, et Merlin se retrouva attrapé par la manche et trainé avec brutalité le long d'un couloir qu'il n'avait pas remarqué.
- Vous êtes conscient que vous n'êtes pas obligé de me trainer derrière vous à chaque fois qu'on se croise, hein ? dit-il d'un ton sardonique alors que le prince poussait la porte que Merlin reconnut être celle qu'il avait infiltrée sous la forme de mouche.
Arthur renifla avec dédain mais le relâcha et le fit traverser prestement l'antichambre pour le mener à sa chambre. Là, Merlin s'immobilisa vers l'entrée tandis qu'Arthur partait en quête d'une chose mystérieuse dans ce bazar épouvantable qu'était son bureau. Quoiqu'en vérité, toute sa chambre était un véritable bazar, plongée dans la pénombre, dégageant une odeur de renfermé et de moisi qui n'avait rien de très sain. Des vêtements déchirés jonchaient le sol, un amas particulièrement élevé – qu'il devinait être un lit – lui semblait littéralement inutilisable et il y avait de la vaisselle brisée un peu partout.
- C'est votre chambre, ça ? s'étrangla-t-il en l'observant s'y déplacer avec aisance, comme si ce capharnaüm n'était en rien des plus surprenants, et surtout pas pour un prince.
La bête grogna pour toute réponse, ouvrant une armoire d'un geste brusque qui la fit presque s'effondrer et en sortit une boîte poussiéreuse qu'il posa sur son lit.
- Approche, ordonna-t-il d'un ton impérieux, et Merlin le rejoignit à petits pas, de peur de se blesser et d'infecter une nouvelle blessure s'il lui arrivait une quelconque maladresse.
Étrangement, Arthur semblait savoir ce qu'il faisait. Il lava sa plaie dans une bassine d'eau posée sur sa table de chevet avant de la bander avec des gestes étonnamment délicats pour quelqu'un de…. comme… comme lui.
- Vous savez vous y prendre, remarqua-t-il finalement au bout d'une longue séries de minutes au silence inconfortable.
- Hmm, fit l'autre sans lever les yeux de son ouvrage.
- Si j'en suis étonné, dit-il en menant habilement le sujet à sa curiosité piquée à vif depuis bientôt dix-huit heures, c'est que j'ai eu vent de la malédiction planant sur le château, et on m'a même dit depuis combien de temps elle durait… bon d'accord, je ne m'en souviens pas exactement, mais je sais que cela fait longtemps. Très longtemps. Ma question est donc : comment pouvez-vous être aussi doué avec les soins alors que vous n'avez pas eu de contact humain depuis des siècles ?
Sans doute avait-il été trop loin car le monstre leva des yeux furieux sur lui avant de relâcher brusquement son doigt (avec lequel il avait pris tout de même soin d'en finir) et dû faire preuve d'une grande maîtrise de soi pour se retenir de le plaquer au mur et lui rugir dessus. À la place, il referma sa boite d'un mouvement sec, l'envoya s'étaler bruyamment un peu plus loin et, se redressant, gronda après une profonde inspiration :
- Tu as fait ton enquête ?
- Non ! s'indigna Merlin. Du moins, j'en ai pas eu le temps, il y avait déjà mon lit qui me racontait ô combien il s'ennuyait depuis tant d'années très précises, et les autres objets qui parlent en énigmes que j'arrive plus ou moins à résoudre… Et puis, ajouta-t-il en sentant une vague de colère le traverser, vous ne croyiez quand même pas que j'allais rester sans rien faire, enfermé pour le restant de mes jours dans ce château dépourvu d'occupation ?
- Tu cherches une occupation ? répliqua l'autre avec véhémence. Prouve ta valeur !
- Mais j'en ai, de la valeur ! s'exclama Merlin en écarquillant les yeux. Vous ne me connaissez même pas, de quel droit vous permettez-vous de me juger ?
- De quel droit te permets-tu, toi, de me juger ?
- Moi, je vous juge ?
La bête asséna un coup violent contre son armoire et Merlin ne s'étonna plus trop de l'état des lieux.
- Ces regards que tu me jettes, s'écria Arthur au moyen d'un geste explicite en sa direction. Ce regard même, effrayé, celui qui explique pourquoi personne ne doit jamais connaître mon existence !
- Vous m'avez maltraité, jeté contre des murs, enfermé à jamais dans un château, et les seules fois où vous me parlez, c'est pour me hurler dessus ! C'est pas étonnant qu'on ait peur de vous si vous vous comportez comme un connard à chaque fois qu'on vous approche ! Si vous étiez un peu moins paranoïaque, les choses iraient sans doute mieux pour vous !
Arthur sembla vouloir répondre quelque chose mais se retrouva à cours de répliqua cinglante, car il donna un nouveau coup de pied dans le lit cette fois et quitta la chambre en trombe sur ces dernières paroles :
- Ici, aucun titre n'est accordé si la valeur n'a pas été prouvée. Prouve la tienne, bien que je doute sincèrement de tes capacités, et je pourrai envisager de te donner une occupation dans ce château !
Et il s'enfuit dans un grand mouvement de cape.
Merlin resta sur place, la respiration encore affolée sous le coup de la colère, et, comme son cerveau semblait vouloir s'anesthésier de la moindre pensée, il se surprit à analyser le moindre détail de ce bazar qu'était la chambre d'Arthur et se surprit à parler tout seul tandis que sa raison prenait le dessus sur sa volonté.
- Non, non, pas ça, gronda-t-il à sa propre intention, mais sa magie avait déjà pris le dessus, et les objets commençaient à s'animer, comme pour s'éveiller d'un somme particulièrement lointain, cette fois non sous le coup de cette mystérieuse malédiction, mais de son propre fait.
Car s'il devait bien y avoir une tâche impossible dans tout ce château - à ne pas être briser le sortilège - ce devait être de ranger, nettoyer et réparer la chambre du prince.
Or, l'impossible était son quotidien.
Merci d'avoir lu, à bientôt pour la suite et hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! n.n
OaD
