Chapitre 4
Merci pour vos lectures et vos reviews et merci à Delicity-Unicorn pour sa présence et son aide. Je vous embrasse.
Le lendemain Dean se réveilla sans avoir rêvé et il en fut soulagé. Il travailla toute la journée d'arrache-pied pour rattraper ses heures. Son père travaillait et il ne le verrait sans doute pas avant de partir pour rejoindre Benny. Dean sentit une angoisse s'insinuer en lui alors que l'heure de son rendez-vous approchait. Il ne savait pas vraiment ce qu'il allait lui dire, peut-être qu'il l'écouterait simplement. Il se leva, se prépara et sortit en vitesse de chez lui. Il descendit les rues à pied, il avait besoin de marcher pour évacuer l'inquiétude qu'il ressentait. Quand il arriva devant le bar Dragon's Den, aux murs rouges, Benny était déjà installé au comptoir et guettait son arrivée. Dean eu envie de faire demi-tour, éviter de faire face à son ami et aux souvenirs qui continuaient de tenter de percer les couches d'oublis qu'il avait superposés pour les tenir éloignés.
Il hésita un moment, prêt à faire demi-tour si son ami ne le voyait pas, mais au moment où il allait tourner les talons se laissant guider par la honte, Benny le vit et lui fit un signe avec un sourire peu sûr de lui. Il inspira, déglutit et prit son courage à deux mains pour entrer dans le bar. Il avança et resta près du comptoir sans regarder Benny, celui-ci lui proposa qu'ils aillent s'installer dans la cour intérieur. Il hocha la tête, Benny commanda deux bières et lui en tendit une qu'il prit toujours sans le regarder. Dean le suivit quand il prit la direction de l'extérieur puis s'assit en face de lui quand son ami s'installa à une petite table en fer dans un coin du jardin. Une fois installés, le silence s'allongea entre eux. C'était la première fois que Dean se sentait aussi mal à l'aise avec lui. Benny bougea sur sa chaise lui aussi embarrassé. Dean l'entendit se racler la gorge avant de parler.
- « Je suis désolé. » Il ne répondit pas et Benny enchaîna. « J'aurais dû réagir. Je n'ai pas compris au début ce que faisait Lucifer. J'avais l'esprit embrouillé par l'alcool et après une fille est venue me parler et j'ai totalement oublié votre présence. »
Une jeune femme s'approcha de leur table pour leur proposer de chanter, la soirée était ouverte aux chanteurs plus ou moins amateurs qui voulaient profiter du groupe de musiciens. Benny la remercia avec un sourire polit et se concentra de nouveau sur Dean.
- « Quand tu nous as retrouvé, tu avais l'air bien et je n'ai rien dit. Je ne porte pas de jugement, je suis ouvert et j'ai pensé que tu avais pu avoir déjà des expériences…
- Putain !
- Et c'est pas un problème », s'empressa-t-il d'ajouter.
- « Non, je me suis juste sentit trahit par mes amis ». Benny marqua un geste de recul. « Ce n'est pas quelque chose que je voulais qui arrive. Ce n'était pas prévu… »
- « Je ne comprends pas », souffla-t-il. « Il s'est passé quelque chose de mal avec cet homme … ? »
Dean détourna la tête et serra les mâchoires. Comment pouvait-il expliquer à son ami ce qu'il ressentait alors que lui-même ne le comprenait pas ?
- « Tu étais consentant ?
- J'étais complètement saoul et je ne savais même pas qui était dans la chambre avec moi.
- Tu n'as pas vu que c'était un homme ? », lui demanda-t-il étonné que le problème de Dean ne soit pas d'avouer son homosexualité mais semblerait-il d'avoir eu une nouvelle expérience sans s'en rendre compte.
Dean secoua la tête négativement mais ce n'était pas tout à fait vrai. Il avait passé sa main dans ses cheveux, il avait senti ses mains fortes. Il n'avait simplement pas réagit et s'était laissé faire. Son esprit endormi ne l'avait pas torturé à ce moment et il se rattrapait maintenant.
- « Dean je sais pas quoi dire… Je suis désolé. J'aurais dû me méfier de Lucifer. »
Dean sentait son inquiétude se calmer. Benny était de son côté, ils se connaissaient depuis plusieurs années et ils étaient les meilleurs amis. Il avait besoin de comprendre ce qu'il se passait dans sa tête et il pourrait peut-être y arriver avec son aide.
- « Il y a autre chose… »
Il resserra ses mains autour du verre sans relever la tête. Son cœur martelait sa poitrine et il était mort de trouille. S'il parlait, tout ceci allait prendre une dimension encore plus réelle.
- « Depuis… depuis je … » Il déglutit, se mordilla la lèvre et se lança. « Je fais des rêves… »
Sa voix était basse et Benny devait tendre l'oreille pour l'entendre parler.
- « Des rêves … le concernant ? »
Il hocha la tête et la releva pour la première fois depuis qu'il était arrivé. Il croisa le regard de son ami qui semblait peiné et inquiet pour lui. Il sentit quelque chose craquer en lui et des larmes inondèrent ses yeux. Il souffla pour reprendre le contrôle de ses émotions et les larmes disparurent rapidement. Cette simple phrase lui avait demandé toute son énergie.
- « Enfin je crois… je ne me souviens pas vraiment mais… mais les détails… Je suis avec lui. »
Il murmura la fin de sa phrase.
- « Et … je suis désolé de te demander ça … parce que je ne comprends pas… Tu te bats ou tu prends du plaisir avec lui ? » Benny voulait aider son ami mais il voulait être sûr de bien comprendre ce qui le gênait.
Dean se sentit rougir immédiatement. Il tenait toujours son verre entre ses mains et n'y avait pas encore touché. Sa jambe droite se mit à tressauter et il inspira une nouvelle fois difficilement pour se calmer et tourna la tête pour ne plus voir son ami face à lui.
- « C'est … c'est bien et je … je ne comprends pas. »
Dean sentit sa gorge se nouer et ne n'arriva plus parler. Il était recroquevillé sur lui, la tête entrée entre les épaules pour se cacher ou se protéger, Benny n'était pas sûr.
- « Tu veux qu'on sorte ? On pourra parler en marchant. »
Dean hocha la tête et se redressa pour suivre son ami. Ils traversèrent le bar très fréquenté quand les premiers chanteurs amateurs faisaient entendre leur voix, et s'éloignèrent des rues touristiques et lumineuses. Benny pensait qu'en étant protégé par la nuit, Dean pourrait peut-être se confier plus facilement. Il l'entendit soupirer au bout d'un moment. Leurs pas s'étaient ralentis alors qu'ils remontaient Esplanade Avenue et Dean avait redressé la tête. Benny se tourna vers son ami et pu distinguer les contours de son visage éclairé par intermittence par les lampadaires qui éclairaient à peine la rue.
- « C'était ta première fois avec un homme ? » Dean ne répondit pas et Benny sentit qu'il avait peut-être posé une question un peu trop directe quand Dean répondit par l'affirmatif dans un murmure. « Et ça t'a plu ? »
Dean chercha dans sa mémoire et pour la première fois depuis cette nuit-là, il ne tentait plus de refouler ses souvenirs.
- « Je crois… je ne suis pas sûr. »
Benny sentit que son ami avait dû se forcer pour admettre cette demi-vérité. Pour lui ce n'était pas un détail réellement important de savoir s'il préférait les hommes ou les femmes ou les deux mais pour Dean ça semblait être un problème central.
- « Alors il n'y a pas de problème. Si ça s'est bien passé, tu as eu du plaisir. Tu as découvert quelque chose de nouveau…
- Non, c'est pas possible, ce n'est pas moi. Je n'ai jamais eu ce genre de pulsion, jamais eu d'attrait. Je ne suis pas comme ça, en élevant la voix légèrement plus tendue.
- Comme ça ?
- Je ne suis pas gay !
- Tu es peut-être bisexuel. » Dean accusa le coup et se sentit perdu. II se tourna vers son ami qui le regardait avec sérieux. « Il y a une raison pour laquelle tu ne peux pas être gay ? »
Dean pensa à son père. Il n'avait jamais manifesté de paroles homophobes, Sammy non plus. Le problème venait de lui. Il ne s'était jamais imaginé marié et vivant dans une maison de quartier mais il ne s'était jamais non plus imaginé être avec un homme. Ça n'avait jamais existé dans son esprit.
- « Non, c'est juste que je n'ai jamais pensé pouvoir avoir envie d'un homme. Comment je ne m'en suis pas rendu compte avant ? Ça ne peut pas arriver comme ça. » Benny secoua la tête alors que Dean reprenait. « C'est peut-être dû simplement à cette nuit. Mon esprit est perturbé et je ne suis pas vraiment attiré par les hommes.
- Tu n'as jamais ressenti une vague attirance pour un corps masculin ? Un intérêt… je sais pas …
- Non et maintenant j'ai l'impression que ça me bouffe le cerveau. Je ne me reconnais pas… J'ai l'impression de ne plus être moi… Je ne sais pas comment t'expliquer. J'ai couché avec une étudiante après t'avoir vu la dernière fois. »
Benny comprenait que Dean avait eu besoin de tester ses envies, de se rassurer sur ses penchants.
- « Et alors ?
- J'étais saoul aussi. J'ai passé une bonne partie de la soirée à boire en les accompagnants dans leur sortie d'enterrement de vie de jeune fille. Et le lendemain matin quand je me suis réveillé dans son lit, j'ai été rassuré. J'avais couché avec elle, je n'étais pas gay.
- Ok, donc… »
Benny allait lui présenter les possibilités quand Dean l'interrompit.
- « Mais je ne sais pas si j'ai pris du plaisir. »
Benny resta muet un instant. Dean s'ouvrait enfin et disait ce qu'il avait au fond du crâne. Il approchait de l'idée qu'il avait réellement prit du plaisir avec un homme et que ses rêves n'étaient pas dus au fait qu'il était perturbé parce qu'il avait couché avec un homme mais plutôt au fait que ça lui avait apporté du plaisir. Un plaisir plus important que lorsqu'il avait couché avec cette étudiante.
- « Ecoute … je pense que tu devrais retourner voir cet homme. » Il sentit Dean se tendre mais ne le laissa pas parler. « Tu as couché avec cette fille pour te prouver que tu aimais les filles, tu devrais faire la même chose avec cet homme. Tu seras fixé. Tu peux simplement aller le voir et lui parler ou le laisser faire ce qu'il sait faire. Peut-être que simplement le voir t'aidera. »
Dean resta muet, il avait enfoncé ses mains dans les poches. Il ne regardait pas son ami mais se tenait près de lui. Ça lui faisait du bien de le sentir proche de lui en étant protégé par l'obscurité. Ça lui évitait de supporter le regard de son ami. Benny avait un raisonnement simple et clair. Il devait se mettre à l'épreuve et voir s'il ressentait une attirance pour l'homme avec qui il avait passé un moment. Tout son corps se tendit à cette idée, il se mit à trembler et son souffle s'emballa rien qu'à l'idée de le revoir.
Benny sentit que Dean commençait à stressé et posa sa main sur son épaule pour le calmer.
- « C'est une idée. Tu n'es pas obligé de le faire immédiatement et tu n'es pas obligé de la suivre. » Dean hocha la tête.
- « Merci ». Benny lui donna une tape dans le dos. « J'avais besoin d'en parler. »
Ils se séparèrent à la hauteur de Dauphine Street, Benny près de chez lui et Dean regagnant Marais Street. Dean arriva chez lui peu de temps après et envoya un message à son frère pour se changer les idées. Celui-ci lui répondit rapidement et ils échangèrent quelques messages avant qu'il lui souhaite une bonne journée alors que lui allait se coucher.
Il traîna les paroles de Benny pendant près d'une semaine. Il savait que s'il voulait faire le point, il devait se confronter à la situation. Et même s'il fuyait cette idée, elle venait le harceler tous les jours sans relâche. C'est quand une jeune femme, venue au garage pour récupérer sa voiture, qui l'avait dragué sans retenue et qu'il n'avait ressenti aucun intérêt que le déclic s'était fait. Le soir même il vérifiait sur internet l'adresse de la maison close qui était dans le quartier français. Il la nota sur son portable et l'enregistra au fond de la mémoire de son téléphone.
Il lui fallut encore deux jours pour se faire à l'idée de retourner là-bas. Il avait commencé à se rapprocher du quartier, il passait plus proche de l'adresse sans réellement prendre la direction du lieu. Puis il avait jeté des coups d'œil rapide en direction de l'entrée quand il était passé dans la rue. Un soir il était presque entré, il s'était adossé à un pilier sur le trottoir en face du bâtiment et il avait surveillé l'entrée.
La façade ocre détonait avec les autres façades plus ou moins colorées, comme de nombreux bâtiments des piliers en fer forgés soutenaient le balcon tout le long du premier étage. Les balustrades étaient aussi en fer forgé, richement travaillées. Des plantes vertes suspendues occupaient à intervalle régulier le balcon. Et derrière, Dean distinguait des fenêtres ou des portes fenêtres derrière lesquelles il pouvait distinguer des ombres. Certaines chambres étaient plongées dans le noir, d'autres fenêtres laissaient apercevoir une douce lumière et des ombres éphémères.
Dean baissa rapidement les yeux quand il pensa à ce qu'il se passait derrière ces murs. Il se recula contre le mur derrière lui et s'éloigna de la lumière dispensée par les lampadaires coniques de la rue qui éclairaient ces façades.
Il avait l'intention de traverser la rue mais au moment où il avait fait un pas en avant, le videur lui avait jeté un regard et Dean avait baissé la tête, enfoncé ses poings dans ses poches en rentrant la tête dans les épaules et il avait accéléré le pas pour s'éloigner. Il était encore trop mal à l'aise pour franchir le seuil. Il avait vu roder des hommes plus ou moins jeunes, certains essayaient de passer comme des ombres, d'autres rentraient dans ce lieu comme si c'était un bar comme un autre. Comment ils avaient pu faire ça ? Entrer dans ce lieu et payer une personne pour avoir des relations sexuelles.
Ça lui avait demandé encore une semaine pour avoir le courage de s'arrêter de nouveau devant la maison close. Il avait passé une partie de la soirée dans un bar du carré français, en observant les touristes faire la fête. Il avait décidé cette fois-ci de passer le seuil de ce lieu. Il avait commandé un whisky, à cette pensée, il avait besoin d'un peu de courage. L'alcool s'était dilué dans ses veines et l'avait un peu calmé, il en avait commandé un second pour être sûr de ne pas abandonner sa résolution en cours de route.
Il s'était retrouvé un quart d'heure plus tard devant la porte à double battant. Il s'était approché doucement en évitant les regards qu'on pouvait lui porter. Le videur, un grand noir à l'allure peu avenante, l'avait salué et il avait répondu seulement par un signe de tête. Il avait presque accéléré le pas pour ne pas avoir à lui parler et il n'avait pas eu le temps de voir se dessiner sur les lèvres de l'homme un sourire en coin.
Il s'était retrouvé dans un salon luxueux, de hauts plafonds blancs, décorés de rotondes, des murs occupés par des tentures et une ambiance feutrée. Il était occupé à se souvenir de la dernière fois où il avait mis les pieds là quand il avait croisé le regard d'une femme. Celle-ci lui avait souri largement et Dean avait pris peur quand elle s'était approchée de lui. Il n'avait pas attendu pour déguerpir et s'était retrouvé devant un comptoir derrière lequel se trouvait une femme blonde d'une cinquantaine d'année. Elle lui avait adressé un sourire mais son regard n'avait rien de maternel. Il s'était sentit de nouveau très mal à l'aise. Il avait baissé les yeux, incapable de soutenir le regard de toutes les personnes qu'il croisait. Il avait l'impression que toutes pouvaient lire dans son esprit. De toute façon, ils étaient tous là pour la même chose.
- « Je peux vous aider ? »
La voix de la femme le fit presque sursauter. Il releva la tête, effrayé et bredouilla une série de mots inintelligibles. Il se racla la gorge et reprit.
- « Je voudrais voir quelqu'un…
- Vous avez une idée précise peut-être. Quelqu'un que vous avez déjà vu ? » Dean rougit à nouveau et hocha la tête.
- « Un homme », murmura-t-il. La femme ne fit aucune remarque mais fronça les sourcils.
- « Vous connaissez son prénom ? » Cette fois-ci il secoua la tête négativement. « Il était brun ou blond ?
- Brun.
- Ah, c'est Angelo alors », répondit-elle absente tout en pianotant sur le clavier caché sous le rebord du comptoir. Dean déglutit, cet homme avait maintenant un nom. « Il est libre, je vais demander à Anna de vous accompagner. »
Et aussitôt, une jeune femme rousse se présenta à ses côtés et le prit par le bras. Dean se raidit à ce geste et se tourna pour la suivre. Ils prirent le grand escalier pour monter au premier étage. Tout le long, elle lui parla mais il ne parvenait pas à se concentrer pour comprendre le moindre mot, des souvenirs de la première nuit refaisant surface par flash. Son esprit était focalisé sur le fait qu'il allait se retrouver dans une chambre, avec un homme. La jeune femme s'arrêta devant une porte au milieu du couloir et se retourna vers lui.
- « Tu peux attendre là, Angelo va arriver. » Elle serra son bras qu'elle tenait toujours et lui offrit un petit sourire en le sentant stressé. « Ne t'inquiète pas, il est doux et adorable. »
Elle ouvrit la porte et le fit entrer avant de refermer derrière lui. Dean avança de quelques pas et se retrouva dans une chambre avec un éclairage tamisé. Un lit contre le mur de gauche, une porte fenêtre donnant sur la rue en face et sur le mur de droite, une commode sur laquelle reposait une lampe. A peine avait-il fait le tour de la chambre qu'il entendit le bruit de la porte derrière lui. Il se retourna brusquement et sentit son souffle se bloquer dans sa gorge.
Un homme d'une trentaine d'année se tenait devant la porte. Même avec le peu de lumière, il pouvait distinguer ses traits, un menton carré avec un visage doux et un regard focalisé sur lui. Ses lèvres dessinèrent un sourire en coin, plein de sous-entendus.
- « Bonsoir. »
Au son de sa voix grave, il sentit son ventre se contracter. L'homme fit un pas en avant dans sa direction et Dean recula d'instinct. Il avançait d'un pas sensuel et sa voix profonde résonnait en lui. Dean recula de nouveau alors qu'il n'était plus qu'à un pas et se retrouva bloqué contre la commode derrière lui. L'homme se plaça face à lui, toujours en lui souriant et pencha la tête sur le côté.
- « Pour une fois, j'ai droit à un mec mignon. »
Le brun leva la main droite et la posa sur la joue de Dean. Celui-ci eu l'impression de remonter à la surface brusquement et relâcha son souffle avant de respirer profondément pour se calmer. L'alcool n'avait plus aucun effet. Dean détourna les yeux et sentit la main chaude glisser sur sa joue doucement jusqu'à son cou. Son cœur cognait à tout rompre. Il se tourna brusquement vers l'homme pour surveiller ses gestes quand il le vit bouger et tomba à ce moment-là dans son regard. Son visage était à une dizaine de centimètres du sien et ses yeux épinglés aux siens. Il ouvrit la bouche pour pouvoir respirer plus facilement. Tout son corps était tendu, son esprit ne fonctionnait plus et ils restaient face à face immobiles.
- « On s'est déjà vu n'est-ce pas ? »
Dean hocha la tête doucement. Ses yeux bleus profonds l'hypnotisaient et son corps se détendit un peu. Le brun recula sans le lâcher des yeux, il se retourna et Dean s'autorisa à l'observer. Il avait à peu près sa taille, était vêtu d'un jean et d'une chemise blanche simple et semblait avoir un corps musclé. En l'observant de près, il lui donnait peut-être un peu plus d'une trentaine d'années mais il avait un regard pétillant qui le rajeunissait. Il devait être obligé de prendre soin de lui s'il voulait avoir une clientèle, Dean blanchit en se rendant compte de ses pensées et son ventre se contracta.
- « J'ai dû être très doué pour qu'un mec comme toi revienne me voir. »
Le brun se retourna et Dean se colla un peu plus contre la commode, la peur l'envahissant. Il n'aurait jamais dû remettre les pieds ici. Il gardait son regard focalisé sur lui, tous ses sens en alerte. Il nota un changement dans la posture du brun et il sembla changer de comportement. Il perdit l'assurance qu'il avait jusqu'à maintenant, détacha son regard de lui et Dean se sentit mieux respirer. Il ne se tenait plus aussi droit et son regard avait perdu sa connotation envieuse.
L'homme s'installa sur le bord du lit et lui fit signe de le rejoindre en tapotant le matelas. Dean le regarda, incapable de bouger. Il ne pouvait pas se rapprocher de lui, car ça signifiait le toucher et le laisser le toucher. Le brun attendit en le surveillant puis se leva et se rapprocha de lui à nouveau.
- « Tu préfères rester ici ? »
Dean resta plaqué contre la commode. Il ne savait pas ce qu'il voulait, s'il écoutait sa tête, il partirait en courant mais ses pieds semblaient être ancrés dans le sol.
L'homme posa sa main gauche sur le bord de la commode sans le toucher, se pencha en avant et Dean senti son nez caresser sa joue. Il tourna la tête en sens inverse pour échapper à cette caresse mais l'homme baissa la tête, agrippa le col de son tee-shirt et tira dessus doucement pour déposer un baiser sur sa clavicule.
Dean laissa échapper un gémissement au contact de ses lèvres sur sa peau. Il avait chaud, son corps tremblait et son esprit était totalement incapable de réfléchir. Il sentit une main se poser sur sa taille puis glisser doucement sur son ventre, en une fraction de seconde, il reprit conscience.
- « Non…je peux pas… », d'une voix tremblante.
L'homme avait suspendu ses gestes mais il restait toujours aussi proche de lui, sa main ayant retrouvée sa hanche. Dean entendait les battements de son cœur tambouriner à ses oreilles, ses jambes tremblaient, il n'arrivait plus à respirer. Les endroits où il l'avait touché semblaient le brûler.
- « Dis-moi ce que tu veux »
Le brun retira sa main de sur la commode pour lui laisser la possibilité de partir mais Dean ne bougea pas. Il releva la tête et il sentit son regard toujours trop intrusif. Au bout d'un moment qui lui sembla durer de longues minutes, Dean n'avait toujours pas bougé et le brun reprit ses caresses en faisant glisser doucement sa main sur son ventre, Dean retint son souffle mais ne bougea toujours pas. Encouragé, l'homme descendit sa main lentement jusqu'à son entrejambe et le cerveau de Dean se remit à fonctionner. Il repoussa l'homme violemment qui recula de quelques pas et sortit de la chambre sans regarder en arrière.
Il rejoignit l'escalier, le dévala en se retenant de courir et sortitsans rien regarder autour de lui. Sans attendre, il s'enfonça dans la rue et s'éloigna des rues éclairées. Une fois isolé, il ralentit le pas et se força à respirer lentement. Il avait encore l'impression de sentir ses mains sur lui et son corps tremblait. Il s'adossa contre une façade et ferma les yeux. Il n'avait pas été excité par le contact de cette main. Il se sentait terriblement mal, confus, ayant peur de comprendre ce qu'il se passait en lui mais il ne pouvait pas ignorer une chose. Il avait senti quelque chose se réveiller en lui et son corps ressentait maintenant une sorte de manque alors que son esprit continuait de lui crier qu'il devait s'enfuir.
Ce soir-là, il rentra chez lui et passa un long moment sous la douche. Il n'avait pas été répugné par les gestes de cet homme mais il n'avait pas pu les supporter non plus. Son esprit, quand il se retrouvait seul, restait focalisé sur les sensations qu'il avait ressenties. Il avait été mort de peur mais il avait aussi été troublé et c'est ce qui le choquait. Il ne pouvait plus l'ignorer alors que la plupart de ses rêves étaient occupés par des flashes d'un corps masculin. Le matin, il se réveillait toujours excité et l'esprit perdu entre son envie et ses questions, ne comprenant pas la raison de cet attrait. La question tournait en boucle dans sa tête, était-il gay ? Et comment il avait fait pour ne pas s'en rendre compte avant ?
