Chapitre un peu plus long à nouveau, dans lequel Kensei et Shuuhei vont vivre de douloureux moments : ce chapitre essaie de faire ressortir au mieux leur personnalité, et fait des clins d'oeil à certains passages officiels de l'histoire de Bleach.

C'est plutôt rare, mais une chanson n'a pas arrêté de me trotter dans la tête à l'écriture de ce chapitre: "Spectrum" de Florence et Vous-savez-qui (je précise n'avoir aucun droit sur cette superbe musique, qui est la propriété privée de ses merveilleux auteurs et interprètes).

Bonne lecture!


Récit du point de vue de Shuuhei

« Oh mais c'est pas vrai, tu vas arrêter avec ça Kensei ! »

J'arrachai ma main à son emprise.

Juste à temps.

En effet, Unohana-sama venait d'apparaitre à l'angle du couloir.

« Bonjour Unohana Taicho »

Kensei me dévisageait de son air bougon, sans accorder la moindre attention au Capitaine de la Quatrième Division.

Je me plaçai entre elle et lui, et assenai un bon coup de talon sur le bout du pied de mon propre Capitaine.

« Ugffh ! Bon..Bonjour Unohana Taicho »

La jolie et douce femme nous adressa un sourire chaleureux et nous salua tous deux avant de poursuivre son chemin.

« Tu n'étais pas obligé de faire ça, ça fait mal tu sais »

Je soupirai d'exaspération.

« Et risquer d'essuyer la colère du Capitaine Unohana ? Sûrement pas… »

Kensei me saisit l'avant-bras, et s'interposa brusquement devant moi, un sourire carnassier aux lèvres :

« Tu préfères t'exposer à mon propre courroux ? »

Je le regardai de haut en bas, et répondit, de la manière la plus neutre possible :

« Sans hésiter. »

Je me remis à marcher, amusé par l'expression déçue qui venait d'apparaitre sur le visage de Kensei.

Ce dernier resta immobile un instant, puis se mit à courir derrière moi.

« Hey ! Attends ! Qu'est-ce que ça veut dire ça ?! Tu t'en tireras pas aussi facilement ! »

Je sentis qu'un sourire idiot se dessinait sur ma figure, alors que mon bruyant Capitaine ronchonnait dans mon dos. Décidément, il était vraiment facile de faire en sorte que cet homme au tempérament de feu s'emporte.

*Parfait, au moins il est en bonne condition pour assurer la mission qui nous attend…*

Nous devions rencontrer des nobles qui avaient tenté d'acheter une partie des effectifs du Gotei 13, ce qui était parfaitement inadmissible, mais tout de même délicat à leur faire comprendre, en sachant que c'était eux qui étaient à la source des principaux revenus des Divisions.

Le Capitaine-Commandant Yamamoto avait confié cette tâche à la Neuvième Division, estimant que nous serions les mieux à même de trouver une solution diplomatique adaptée.

J'avais décidé d'opter pour une tactique simple, mais efficace, que j'avais vu à l'œuvre dans des vieilles séries policières du monde humain dont je raffolais : la technique du « gentil et du méchant flics ». Kensei était échauffé à souhait, et saurait se montrer particulièrement odieux à leur égard. Je n'aurais qu'à intervenir, l'air gêné, en proposant à ces messieurs des « recours intermédiaires à leur requête », qu'ils s'empresseraient d'accepter, ne serait-ce que pour échapper à l'ambiance lourde et pesante que promettait de créer mon Capitaine.

Ca ne rata pas.

Arrivés devant la grande salle de réunion du Gotei 13, où nous attendaient nos interlocuteurs, Kensei passa devant moi, ouvrant les battants de la porte en les fracassant contre le mur.

« Bon, alors, où sont ces ordures pleines d'oseille qu'on en finisse ?! »


Quelques jours plus tard…

Je tirai Kensei par le bras et le plaquai contre le mur, en le tenant fermement par son Kimono.

« Non mais ça va pas ! C'est quoi cette lubie qui t'est venue ces derniers temps ?! »

Kensei me regarda droit dans les yeux.

« Une lubie ? J'ai juste envie de te tenir la main…ça va pas plus loin. »

Je ne le quittai pas du regard.

« N'importe quoi…tu te crois dans un film Hollywoodien ou quoi ?! »

Kensei parut surpris par ma réponse, mais retourna ma remarque sanglante contre moi-même.

« Tiens, tu aimes le cinéma des humains ? Je ne l'aurais pas deviné… j'adorais ça moi aussi quand je vivais là-bas… »

Je le plaquai plus fermement contre le mur :

« Arrête d'essayer de changer de sujet ! Je ne veux plus que tu fasses ça, on n'est pas des femmelettes ! »

Le visage de Kensei perdit toute expression de joie, et s'assombrit soudainement.

« Alors c'est ça ? Tu trouves que je te considère comme une femme en faisant cela ? »

Le Kensei glacial qui me faisait désormais face continua à me jeter lentement et distinctement des paroles cruelles, qui s'insinuaient en moi comme un poison.

« Et lorsqu'on fait l'amour aussi alors ? Ce n'est qu'une pâle imitation de ce que peuvent ressentir un homme et une femme ensemble selon toi ? Tu dis m'aimer, mais ça ne vaut que sur l'instant, sous le coup du plaisir, lorsque je te prends, c'est bien ça ? »

Je relâchai légèrement mon emprise sur son kimono, et restai coi, ne sachant pas par où commencer pour contredire ces mots venimeux qu'il venait de m'assener.

Kensei balaya mes bras d'un geste violent, et se décolla du mur. Il me laissa là, sans m'adresser le moindre regard.

*C'est pas vrai…qu'est ce que j'ai encore dit moi…*

Je ne revis pas Kensei de toute la journée, ni le lendemain. Il semblait m'éviter du mieux qu'il pouvait, et y parvenait parfaitement.

Je détestais cela, mais avec du recul, je crois que j'aurais préféré qu'il en reste à cette position.

Ce qui suivit fût encore pire que de me savoir ignoré et évité. Mon Capitaine s'était transformé en un véritable démon…à mon égard seulement. Il était resté presque le même face aux autres, bien que son caractère irascible nous parut ressortir de plus en plus en quelques jours. Il se montrait en revanche particulièrement exigent, injuste, méprisant, cruel et froid vis-à-vis de ma personne.

La première manifestation de son changement d'attitude à mon égard avait eu lieu plusieurs semaines après notre violente discussion. S'ensuivirent d'interminables répétitions de démonstration de sa froideur et de son animosité. J'encaissais cette altération de sa personnalité pendant des semaines sans broncher, puis un mois passa, deux mois, sans que rien ne se calme. Je ne réussissais plus à me cacher mon bouleversement, et parvenais tout juste à le dissimuler en public.

Un jour où j'étais allé demander conseil à mon Capitaine relativement à un problème délicat, j'essuyai une nouvelle fois l'expression de son amertume à mon égard.

« Tu n'as qu'à voir ça avec le 3ème siège. »

« Mais… »

Il se retourna en me jetant un regard froid :

« Quoi encore ? Je n'ai pas le temps de vous materner, j'ai des choses importantes à faire. Le Lieutenant de la Neuvième Division n'est pas capable de faire ça tout seul ? ».

Sa remarque m'atteint de plein fouet, une fois de plus.

*Le Lieutenant de la Neuvième Division si, mais moi je n'en peux plus de cette situation Kensei, ça me tue !*

Je relevai la tête pour lui faire face :

« Bien sûr Taicho, je vais voir ça avec le 3ème siège. Pardonnez-moi d'avoir pris sur votre temps pour quelque chose d'aussi peu important. »

Kensei ne laissa paraitre aucune réaction. Il s'éloigna sans dire un mot.

Je le regardai s'éloigner, fermai la porte du bureau derrière lui, et m'effondrai au sol en larmes, froissant les documents dans mes mains pour retenir les cris de détresse qui cherchaient à s'échapper de ma poitrine.

Sa rancœur se manifestait même lors des missions de la Neuvième Division.

« Merci, mais je n'emmènerai qu'une dizaine de soldats de la Neuvième avec moi. Le Lieutenant Hisagi Shuuhei reste ici. »

Les shinigamis avaient regardé Kensei avec stupeur, leurs visages inquiets allant du Capitaine à moi-même, sans qu'ils ne parviennent à comprendre ce qu'il se passait.

« Mais…Taicho, le Lieutenant Hisagi participe à toutes les missions dans le monde réel habituellement, il a une certaine habitude du terrain, et… »

« CA SUFFIT ! Depuis quand désobéissez-vous aux ordres de votre Capitaine ! J'ai de bonnes raisons de faire cela. Il y a des dossiers à remplir, et le Lieutenant Hisagi se plie très bien à cette tâche…après tout, tu aimes bien cela n'est ce pas ? »

Il avait tourné son regard glacial vers moi, ces yeux froids qu'il avait en permanence ces derniers temps.

« Je…oui, Taicho, je vais m'en occuper, après tout ce n'est pas au Capitaine de faire cela. Courage à tous pour cette mission. Je vous revois ce soir. »

L'intervention qui m'acheva eut lieu alors que je m'étais décidé à tenter de lui parler sérieusement de ce qu'il s'était passé ce jour-là. Je m'étais rendu dans le bureau de Kensei, où il avait pris l'habitude de travailler systématiquement le soir.

Son dégoût ne mit pas longtemps à transparaitre alors que j'entrai dans les lieux-dits.

« Quoi ? Qu'est ce que tu veux ? »

« Je… »

« Si c'est pour les papiers à signer, c'est déjà fait, je les ai faits déposer sur ton bureau. »

« Non non, ce n'est pas ça, je les ai bien trouvés d'ailleurs, merci d'avoir fait aussi rapidement Taicho »

« Si c'est pour les rapports, je n'ai pas terminé, donc tu patienteras encore une journée de plus. De toute façon le Capitaine-Commandant ne les a toujours pas réclamés »

« Non, ce n'est pas ça non plus, c'est… »

« Quoi alors ? Dépêche toi de parler, je n'ai pas de temps à perdre à papoter avec toi »

Je sentis mes joues rougir de gêne. Je m'apprêtais à poursuivre, mais Kensei me coupa la parole.

« Alors c'est ça ? Le Lieutenant de la Neuvième est en manque et vient supplier son Capitaine de le prendre ?! Haha, quel Lieutenant dévergondé… »

Je levai mes yeux vers lui, horrifié :

« Co-comment ? Je n'ai jamais… »

Kensei se leva brusquement en faisant basculer sa chaise, qui heurta le sol dans un grand fracas. Il contourna le bureau pour m'attraper violemment le bras, et approcha son visage de mon oreille.

« Alors si ce n'est pour aucune de ces raisons que tu es venu Shuuhei, je te conseille de foutre le camp tout de suite si tu ne veux pas que je m'énerve. Tu me déranges. »

Il me repoussa vers la sortie, me faisant trébucher et heurter le cadre de la porte. Je me rattrapai de justesse, le corps tremblant, et prononçai ces paroles sans me retourner vers lui :

« Je suis désolé de vous avoir importuné Taicho, je vous laisse, et pardonnez-moi encore de vous avoir fait perdre votre temps. »

Je sortis précipitamment, refermant la porte du bureau dans mon dos, et partis en courant vers ma chambre où je pourrais laisser libre cours à ma détresse et ma souffrance, loin de cet homme cruel et amer que je ne reconnaissais plus.

*Tout est de ma faute…si seulement je n'avais rien dit ce jour-là…ou plutôt, si seulement je lui avais expliqué… Plus rien ne saura le rapprocher de moi désormais*.

Je maudissais mon caractère et ma personnalité, qui m'avaient fait perdre l'être le plus cher à mon cœur.


Récit du point de vue de Kensei

Je n'en pouvais plus de cette situation.

Je me montrais de plus en plus froid face à Shuuhei, et ce dernier ne bronchait pas, comme si tout était normal, comme s'il ne s'était rien passé, comme s'il n'y avait jamais eu entre nous qu'une simple relation de Capitaine à Lieutenant. Il n'avait même pas cherché à s'expliquer.

Son indifférence m'exaspérait, alors que moi, je bouillonnais de l'intérieur. Me rappeler ses paroles de ce jour-là me mettait dans une rage folle.

Il m'était insupportable de passer le moindre moment avec lui dans ce contexte.

Et d'un autre côté, je restais irrémédiablement attaché à lui, dans l'espoir que tout redeviendrait comme avant.

Je regardai mon hakama, légèrement soulevé par ce qui avait commencé à pointer dessous. Je soupirai.

*Décidément, ce corps n'obéit à rien. Abstinence des plus complètes, j'avais dit*.

Et le pire, c'est que le seul moyen pour moi de me libérer maintenant, c'était en imaginant ce Lieutenant maudit…

Shuuhei…son corps finement sculpté, ce 69 tatoué sur sa joue, ses cheveux corbeau, ses expressions si flagrantes, sa voix haletante…

Assis contre le mur, j'avais passé une main sous mon hakama, et avais commencé à faire des va et vient sur ma verge douloureuse.

J'essayais de me remémorer la douce sensation d'être en lui, la chaleur de sa peau, ses muscles saillants.

J'accélérai les mouvements de ma main, en me recroquevillant sur moi-même de plaisir.

« Ugh »

J'imaginais ses joues rosies par nos ébats, ses mains agrippant mon dos, son regard embué scrutant la moindre expression sur mon visage en ces instants…

« Ha ! Shuuhei ! »

J'ouvris les yeux et retirai ma main, pleine de ma semence.

Une voix me fit sursauter.

« Tu es vraiment ridicule. Si tu l'aimes tant que ça, je peux savoir à quoi tu joues ? »

Shinji me toisait, adossé contre la porte qu'il avait dû refermer derrière lui sans que je m'en aperçoive, les bras croisés sur la poitrine.

Je détournai le regard, en remettant mon hakama à peu près en place.

« Pff…je peux savoir depuis quand tu es là ? La scène t'a plu ? »

Shinji leva les yeux au ciel.

« Ce n'est pas en jouant la provocation que tu effaceras les problèmes tu sais ».

Je me redressai rapidement, et pris un mouchoir sur mon bureau pour me nettoyer. J'attachai alors solidement mon hakama, et me dirigeai vers le lavabo à l'angle de la pièce.

« Que veux-tu que je réponde ? Je n'y peux rien…j'ai essayé de me défaire de son image, mais il semblerait que je n'arrive pas à me soulager quand je suis avec quelqu'un d'autre que Shuuhei. Alors je fais tout seul »

« Non mais tu es vraiment encore plus pitoyable que ce que je croyais…tu as choisi d'ignorer la question en essayant simplement avec quelqu'un d'autre ? C'est vraiment pathétique… »

Je me retournai les mains trempées, en brandissant le poing vers lui.

« J'ai pas besoin de tes leçons de morale à la noix Shinji ! Je contrôle pas toujours figure toi, je bande, c'est tout, et j'allais pas rester comme ça, alors oui, j'ai essayé de revenir à ce que je connaissais avant Shuuhei, mais ça ne marche plus pour moi, je n'en veux plus, je ne veux plus rien d'autre que lui, je ne veux que Shuuhei…alors j'en suis réduit à…ça ».

Ma voix s'était peu à peu calmée alors que je criais sur Shinji.

J'attrapai une serviette au vol, et allai m'asseoir au bureau.

« Je ne suis qu'un gros pervers…et je n'arrive pas à penser à autre chose que lui »

Shinji passa sa main dans les cheveux.

« Pff…Où est le problème à ça ? Ca ne te causait aucun souci quelques mois en arrière. Pourquoi tu t'es mis à te poser ce genre de question…je peux savoir ce qu'il vous est arrivé à tous les deux ? »

« Tu ne comprends pas. Les choses ont changé, pas pour moi, mais pour Shuuhei ».

« Comment ça ? »

Je ricanai nerveusement.

« Shuuhei n'a jamais eu cette sensation en lui, cette sensation que moi j'ai pour lui. Ce n'était que du batifolage, un moyen de passer le temps pour lui, rien de plus… »

« N'importe quoi… »

Exaspéré par la nonchalance de Shinji, je me redressai et lui lançai la serviette à la figure…qu'il reçut en pleine poire sans avoir esquissé le moindre geste pour la stopper.

« TU N'EN SAIS RIEN ! Il me l'a dit, alors j'ai décidé de m'éloigner de lui depuis ce jour, je ne veux pas de ça, je ne veux pas de ce genre de relation avec lui, juste pour satisfaire ce corps luxurieux qu'est le mien, ça ne m'intéresse plus »

Shinji avait écarté la serviette de sa main et s'avança pour la reposer sur mon bureau. Il me jeta un de ses regards sérieux qu'il ne prenait qu'en de rares occasions.

« Shuuhei n'a jamais rien ressenti pour toi ? Et tu peux m'expliquer pourquoi il est l'ombre de lui-même depuis des mois ? On peut s'apercevoir à vue d'œil qu'il a perdu du poids. Il a l'esprit ailleurs en permanence, et passe toutes ses soirées sans exception à boire à la taverne avec les lieutenants Matsumoto Rangiku et Kira Izuru…encore plus outrageusement que d'habitude je veux dire. Je parie qu'ils essaient de lui redonner le moral en vain, pffff…pauvre Hisagi-san. Même ses compétences de Lieutenant en sont affectées…le Capitaine-Commandant parle d'intervenir pour désigner un nouveau Vice-Capitaine pour la Neuvième Division. »

Je serrai mes poings de colère.

« Cette décision ne lui appartient pas ! Je suis le Capitaine de la Neuvième Division, moi seul ai l'autorité pour estimer qui est à même d'assurer ce poste de Lieutenant ! »

« Ne t'énerve pas Kensei, je sais…mais tu devrais quand même tenir compte de ce que je t'ai dit, pour une fois »

Il s'était avancé vers la porte en prononçant ces derniers mots. La porte se referma sur lui, dans un léger claquement.


Récit du point de vue de Kensei

Mashiro apparut soudainement dans l'embrasure de la porte.

« Kenseiiiii ! »

Je relevai la tête pour la regarder.

« Qu'est ce que tu veux Mashiro ? »

Cette dernière fit la moue, se rua dans la pièce, et posa sa main grande ouverte sur mon bureau, positionnant son autre main sur sa hanche.

« Même pas un bonsoir Kensei ? Tu n'es vraiment qu'un rustre ! Et tu ne me demandes même pas des nouvelles ? »

Je la regardai, agacé :

« On s'est déjà vu plusieurs fois dans la journée Mashiro… »

Elle plaça son autre main sur sa hanche, fronça les sourcils et reprit :

« Et alors ? Ce n'est pas une raison ! Tu imagines ce que j'ai vécu cette journée ?! Ca a été ééééépuisant pour moi, et… »

Je posai stylos et papiers, et croisai les bras sur ma poitrine, sachant que maintenant qu'elle était lancée, le moins fatiguant pour moi serait encore de la laisser terminer son récit….qui fût long…très long…

Je sentais mon impatience monter en intensité minute après minute. J'avais pris ma tête entre mes mains, les coudes appuyés sur la table. Le discours de Mashiro s'était transformé en un brouhaha lointain depuis les premiers instants de la narration de ses péripéties.

« Tu as écouté Kensei ? »

Je me tirai de la torpeur dans laquelle j'étais entré, et recroisai mes bras sur ma poitrine.

« Oui oui… »

Mashiro soupira grossièrement, mais ne fit aucune remarque.

Elle poussa tout à coup une exclamation, les yeux écarquillés, et s'écria :

« J'allais complètement oublier ! Le Capitaine Hitsugaya de la Dixième Division m'a demandé de venir te chercher ! Il semblerait que Hisagi-san ait encore fait des siennes avec les Lieutenants Matsumoto Rangiku et Kira Izuru ! »

Je me relevai brusquement, irrité par son étourderie :

« IDIOTE ! C'EST PAS POSSIBLE D'ETRE AUSSI TETE EN L'AIR ! »

Mashiro recula de quelques pas en sautillant, porta ses mains à sa bouche, la larme à l'œil en bonne comédienne.

« Méchant Kenseiiii ! Je suis venue jusqu'ici pour te donner cette information, et c'est comme ça que tu me remercies ? »

Elle rouvrit grand les yeux, et ajouta l'air taquin :

« Et tu n'as pas envie de savoir où ils sont ? »

Je serrai les poings de colère, et crispai ma mâchoire pour ne pas me remettre à lui hurler dessus.

Je fis rapidement le tour du bureau, me dirigeai droit vers la porte, et intimai à Mashiro, sans la regarder, de m'emmener sur les lieux-dits.

Elle passa devant moi, et s'engagea dans le couloir en chantonnant. Je lui emboitai le pas.

« Plus vite Mashiro, dépêche-toi »

Cette dernière se retourna pour m'adresser un clin d'œil :

« Ne t'inquiète pas comme ça Kensei, je suis sûre qu'Hisagi va bien et que l'on s'est occupé de lui »

Je grognai en signe de protestation.

« C'est pas le problème…si on pouvait arriver le plus vite possible pour qu'il arrête de déshonorer un peu plus la Neuvième Division, ce serait bien… »

Leur petite fête avait eu lieu dans les quartiers de la Dixième Division … pire, dans le bureau du Capitaine Hitsugaya.

La scène qui s'offrit à mes yeux fut encore pire que tout ce que j'aurais pu imaginer. Mon Lieutenant trônait au milieu de la pièce, en fundoshi, assis à même le sol. Le Lieutenant Kira Izuru, également en fundoshi, s'était endormi contre son épaule.

Le lieutenant Matsumoto Rangiku était la seule encore vêtue à peu près décemment, bien que son kimono soit largement ouvert sur sa poitrine opulente.

Elle-même par terre, appuyée contre une étagère dans l'angle de la pièce, elle chantait à tue tête une vieille comptine populaire du Rukongai, et Shuuhei l'encourageait en terminant chacune de ses phrases en cœur avec elle.

D'innombrables bouteilles vides de saké jonchaient le sol.

Sidéré, je finis par détacher mes yeux de ce spectacle désolant, pour regarder le Capitaine Hitsugaya qui contemplait la scène, l'air passablement agacé, les bras croisés sur sa poitrine.

*Mmm, le Capitaine Hitsugaya a l'air d'en avoir eu plus qu'assez pour la soirée…*

Ce dernier tourna la tête vers Mashiro et moi-même, et nous lança un regard transperçant :

« Ah, vous êtes enfin là… le Capitaine Otoribashi Rojuro devrait arriver d'ici quelques minutes…pourquoi est-ce que vous avez tant tardé ? »

Je jetai un coup d'œil à Mashiro, cherchant à lui faire avouer son étourderie, mais cette dernière avait choisi de s'avancer vers les Lieutenants pour se mettre à chanter avec eux, refusant d'endosser la moindre responsabilité dans notre retard…

Je décidai de répondre de manière confuse :

« Euh…j'avais des choses…importantes, à faire, donc…euh, je suis venu aussi rapidement que possible ».

Le Capitaine Hitsugaya haussa les épaules et poursuivit :

« Peu importe, maintenant que vous êtes là, dépêchez-vous d'emmener votre Lieutenant, sinon Matsumoto ne s'arrêtera jamais…Je crois que l'on évoquera la question de leur sanction demain, ils ne comprendraient pas grand-chose si on se mettait à leur parler maintenant ».

J'hochai la tête en signe d'approbation.


Récit du point de vue de Shuuhei

Ma voix s'étrangla lorsque je m'aperçus que Kensei se trouvait dans la pièce. Non, je ne rêvais pas, il discutait avec le Capitaine Hitsugaya.

Je le regardai attentivement, ne comprenant pas vraiment ce qu'il faisait là.

Mashiro avait dû l'accompagner, elle s'était assise aux côtés de Rangiku et riait à gorge déployée avec elle.

Rangiku, les joues rosées par l'alcool, prit la parole :

« Alors ça y est, les Capitaines sont venus chercher leurs Lieutenants polissons ? Pour une fois que l'on s'amusait… »

Mashiro se releva et s'avança précipitamment dans le dos de Kensei, lui saisissant le pan de son haori :

« Dis, dis, Kensei ! Tu connais cette chanson toi aussi, n'est ce pas ? Allez, tu la chantes avec nous ? Ohh, tu es gêné parce qu'il y a d'autres Capitaine et Lieutenants dans la pièce ? Mais tu sais, il n'y a pas de quoi avoir honte à s'amuser un peu de temps en temps ! Allez Kensei, au moins le refrain ! »

Mashiro commençait à fredonner la mélodie d'une petite voix cristalline.

La voix de Kensei explosa dans la pièce :

« Mais elle va se taire cette petite peste ?! »

Kensei avait fait volte-face et toisait Mashiro d'un air menaçant.

La scène qui suivit aurait très bien pu être insérée dans l'un de ces films à l'eau de rose du monde humain… Mashiro porta sa main à sa joue, fit couler quelques larmes silencieuses du recoin de ses yeux, et prit une fausse voix désespérée qui ne collait pas du tout avec la Vizard joyeuse et dissipée que tout le monde connaissait :

« Kenseiiiiii…. Snif….quelle méchancetéééé ! Et moi qui voulais juste détendre l'atmosphèèèèèère….snif »

*Décidément, cette fille était pleine de ressources surprenantes…*

Je sentis ma mâchoire se décrocher sous la surprise, et restai là, sans bouger, à suivre les événements qui s'ensuivirent.

Kensei cria sur Mashiro à plusieurs reprises, avant de sembler reprendre son calme. Il braqua son regard sur moi alors, et ordonna de sa voix grave :

« Debout Hisagi, on s'en va. Tu t'es assez ridiculisé comme ça. A croire que tu as déjà terminé toutes tes tâches de la semaine et que tu t'ennuyais »

Je fermai finalement ma mâchoire, et pris une grande inspiration avant de répondre.

« Ah mais non non, c'est pas çaaa ! Mais je voudrais bien rester encore un peu… »

J'optai pour un franc sourire à l'égard de mon Capitaine, dans l'espoir qu'il accède à ma requête.

Nouvelle grimace affligée de ce dernier.

« Allez steuplait, un tout petit peu…nooon ?! T'es vraiment dur Kensei…. »

Je repoussai Izuru sur le côté, qui s'affala de tout son long sur le dos, bras et jambes écartées. Je marchai à quatre pattes jusqu'au mur, et me laissai aller de nouveau contre ce dernier, épuisé, comme un vieux mollusque dépourvu de toute motivation pour se mouvoir. Cette image qui m'était venue à l'esprit provoqua un nouveau fou-rire chez moi.

Ce dût être la goutte d'eau qui fit déborder le vase pour mon Capitaine.

Il laissa échapper un grognement d'exaspération :

« Tss, ça suffit maintenant ! »

Une expression de fureur recouvrit son visage, et il s'avança précipitamment vers moi.

Je tentai de reculer, mais je ne pus aller bien loin, étant donné que j'avais oublié que j'étais dos à un mur…

Kensei se pencha en une fraction de seconde, et me releva par la taille pour me jeter sur son épaule.

Il se retourna brusquement vers Mashiro :

« Ramasse ses affaires, on part ! »

Mashiro regarda Kensei d'un air curieux, mais choisit de lui obéir sans broncher…peut-être venait-elle de réaliser que nous avions poussé le bouchon un peu trop loin…

Kensei adressa un bref signe de tête au Capitaine Hitsugaya, et sortit le premier de la salle, sa mauvaise humeur transparaissant nettement. Mashiro nous emboita le pas, mes habits et mon zanpakuto dans les mains.

Elle m'adressa un clin d'œil, et je lui répondis en lui faisant de grands coucous de ma main droite, tout content que son caractère habituel soit revenu.

Je reçus dans la foulée une claque sur les fesses qui résonna dans tout le couloir :

« Aïe ! »

« Je te conseille d'arrêter tes pitreries maintenant, tu en as assez fait comme ça pour aujourd'hui » m'assena Kensei d'une voix qui ne laissait pas place à la discussion.

« Nng » Je frottai ma fesse endolorie de ma main disponible sans dire un mot.

Kensei choisit de passer par les terrasses extérieures. L'air frais de la nuit me fit peu à peu reprendre mes esprits.

Arrivés vers l'entrée des quartiers de la Neuvième Division, Mashiro rompit le silence qui s'était installé entre nous :

« Kensei, je rentre me coucher, ma chambre est de l'autre côté du bâtiment. Je te laisse tout ça, ça va aller n'est ce pas ? »

Kensei se retourna lentement vers elle pour prendre les objets qu'elle lui tendait.

« Mmh, oui, merci Mashiro…et…euh…désolé pour tout à l'heure… »

Je ne pus voir la tête que fit Mashiro en cet instant, mais j'entendis clairement sa réponse :

« Pas de souci Kensei ! Ah là là, qu'est ce que tu ferais sans moi de toute manière, ne ?! » Elle partit en courant avant que mon supérieur ait pu riposter.

Je sentais le bras de Kensei qui entourait fermement ma taille, et ressentais les chocs produits par le moindre de ses pas.

Sa chaleur et son odeur enivrante commençaient à me rendre fou…je n'étais plus qu'une boule de feu, alors que mon esprit l'imaginait m'enlacer de son emprise puissante.

Je sentis que la partie inférieure de mon corps avait commencé à réagir, je ne pus contrôler mon envie de me laisser délicieusement aller à une telle tentation.

Kensei dut percevoir l'embrasement soudain qui s'était emparé de moi.

« Eh oh, Shuuhei, je peux savoir ce que tu fais ? »

« Nng… je ne fais rien… »

« Mais oui, c'est ça, et tu as une carotte magique qui vient de te pousser entre les jambes ? »

J'agrippai son Haori de mes mains.

« Désolé, mais ce n'est pas quelque chose que je contrôle ! »

Je sentis un rire parcourir le corps de Kensei.

« Toi alors… »

Je sentis quelque chose de chaud et humide remonter le long de ma fesse gauche. Je poussai un cri lorsque je compris qu'il s'agissait de la langue de Kensei.

« Ah ! Qu'est ce que vous faites ? »

Je sentis un rire parcourir la poitrine de Kensei.

« Quel doux cri d'extase Hisagi ! »

Je ne répondis rien mais resserrai mon étreinte sur son haori.

Bercé par sa tiédeur, et ses pas qui se répercutaient dans tout mon corps, je finis par m'endormir sur son épaule.


Je me réveillai allongé sur un divan. Un seul coup d'œil dans les alentours de la pièce me fit prendre conscience que je me trouvais…dans les appartements de mon Capitaine.

Je n'y étais jamais resté longtemps, juste en coup de vent pour venir donner des informations primordiales à Kensei, ou pour venir chercher des documents importants. Je me redressai pour me caler contre l'accoudoir. Quelqu'un m'avait remis mon uniforme de Lieutenant.

Kensei avait dû s'apercevoir que j'étais éveillé, il s'avança près du divan et s'accroupit pour faire face à mon visage, l'air très sérieux…vraiment, très sérieux.

Je déglutis avec difficulté.

« Kensei-Taicho…je suis navré pour ma conduite, et que vous ayez dû… »

Kensei me coupa la parole :

« Non, ne t'inquiète pas pour ça, on n'en parlera pas avant demain… » Petit sourire en coin « Mais je suis étonné, tu te souviens ? »

*Hélas, oui T-T*

« Je…oui, partiellement. Je vous ai causé des problèmes. »

Kensei me fit signe de laisser tomber.

« Je t'ai dit qu'on en parlerait demain. De toute façon, je crois que le Capitaine Hitsugaya a une petite idée de la sanction qui sera le mieux adaptée à votre cas, tes amis et toi ! »

*Pas çaaaa ! Une sanction fixée par le Capitaine de la Dixième Division ?! Cette fois, Rangiku, Izuru et moi-même étions cuits pour de bon ! T-T*

« Je crois…qu'il faudrait que l'on discute, toi et moi, Shuuhei »

Je regardai mon Capitaine sans comprendre.

Il enchaina, sans perdre le contact avec mes yeux :

« Ces derniers mois ont été insupportables à vivre…sans toi à mes côtés »

Il prit mes mains dans les siennes, et me livra un regard éploré.

« Je me suis montré odieux avec toi, mais il est temps que je fasse le premier pas, sinon cette abominable situation ne prendra jamais fin. Je sais très bien que tu n'es pas du genre à exprimer tes émotions facilement, et moi non plus…mais il faut bien que l'un de nous deux cède. »

Il marqua une courte pause. Mes mains étaient devenues moites sous l'angoisse qui s'était emparée de moi, mais Kensei ne relâcha pas son emprise.

Il reprit, calmement, en regardant nos mains :

« Est-ce que…est-ce qu'il y a une chance pour que tu me reviennes, que tout ça n'ait été qu'un quiproquo, un vilain malentendu ? Tu t'étais montré si froid ce jour-là… »

J'enfouis ma tête dans son torse. Une chaleur épouvantable s'était nichée sur mes joues. Quelques larmes s'échappèrent de mes yeux, et coulèrent lentement sur mes joues incandescentes, avant de venir se coller aux muscles saillants de Kensei.

« Je ne le fais pas exprès… »

Kensei eut un sursaut de surprise sous mon geste, puis me tapota maladroitement dans le dos.

« Je sais, je sais… je peux pas te reprocher ça, je fais pareil…on est des empotés des sentiments mon Lieutenant »

Sa remarque m'arracha un sourire. Je serrai plus fermement sa tunique.

« Alors…tu ne crois pas que tu me dois quelques explications quand même ? Je n'ai pas vraiment envie de repartir sur un malentendu. Je n'aurais jamais pensé que tu avais honte de ce qu'il se passait entre nous, mais… »

Je pris appui sur son torse pour le repousser, et lui faire face. J'étais hors de moi.

« Tu ne comprends vraiment rien à rien Kensei ! »

Ce dernier afficha une mine désappointée, et légèrement vexée.

« Je n'ai pas honte, je n'ai jamais eu honte…c'est tellement blessant que tu aies pu croire une chose pareille ! Non mais pour qui est ce que tu me prends ?! »

Je lui décochai un coup de poing dans l'épaule.

« Aïe ! »

Kensei stoppa mon geste alors que je m'apprêtais à lui infliger un nouveau coup dans l'autre épaule.

« Ca va, ça va, j'ai compris ! » Il frotta à nouveau son épaule, et ajouta « Cette facette de ta personnalité ne m'avait pas trop manqué bizarrement »

Une larme coula à nouveau le long de ma joue droite. Je bégayai sous l'effet de l'émotion.

« Je…j'ai pas honte…j'ai…j'ai peur, espèce d'idiot ! »

Kensei me regarda, incrédule.

« Peur ? »

« Oui, peur ! Peur d'afficher cela au regard des autres, parce que je ne sais pas comment ils l'accepteraient…et que je ne veux pas avoir à soumettre ce qui nous lie à leur avis, ça ne les regarde pas, ce ne sont pas leurs affaires !

Et aussi… j'ai peur qu'ils l'apprennent et que le jour où je me retrouverai à nouveau seul je doive essuyer leurs regards interrogatifs et leur pitié… »

Je repris mon souffle, me relevai du divan, et effaçai d'un geste brusque les larmes qui s'étaient déversées de mes yeux.

« Tu es content maintenant, je t'ai dit ce que je ressentais, ça te rend heureux ? Je suis pas doué pour ça… »

Kensei se redressa, saisit mes poignets, et plongea ses yeux dans les miens, avant de répondre :

« Oui, je suis heureux de ce que tu viens de me dire »

Il soupira, une expression soulagée sur son visage.

« Pfff…et dire que ce n'était que ça… »

Je lui jetai un regard courroucé :

« Que ça ? Tu réalises ce que ça m'a coûté pour te dire ça ? »

Il sourit à pleine dents, ce sourire qui me faisait tant rire, avant de m'enlacer et d'enfouir sa tête dans mon cou.

« Je sais Shuuhei…merci. Laisse-moi te répondre quant à tes inquiétudes : je me moque que quelqu'un l'apprenne, tout simplement parce que quoi qu'ils en pensent, cela ne changera en rien mon…attachement pour toi. Je trouverai toujours une solution, quelle qu'elle soit, pour que l'on puisse rester ensemble, même si ce n'est pas à Soul Society.

Et je n'ai pas, mais alors pas du tout, l'intention de te laisser derrière moi, quand bien même tu me supplierais. »

Il saisit mon visage entre ses mains légèrement calleuses, et le dirigea vers le sien, probablement pour voir mes réactions.

« Regarde-moi d'ailleurs, je suis incapable de tenir plus de quelques mois sans toi ! »

Il plongea sur mes lèvres, sans ajouter un autre mot, et m'embrassa du baiser le plus tendre qu'il ne m'ait jamais donné.

Je le laissai se détacher de moi, puis passai mes bras autour de son cou pour l'enlacer, et engageai un baiser passionné, sauvage, auquel Kensei répondit aussitôt. Je ne parvenais toujours pas à réaliser le renversement de situation inespéré qui venait de se produire. Mon cœur avait fait l'ascenseur pendant ces dernières minutes, et mes pauvres nerfs avaient réellement souffert ces derniers mois…

Kensei plongea ses doigts dans mes cheveux.

« Je retrouve mon Shuuhei passionné alors ? Je suis tellement heureux… »

Kensei me livra un sourire béat, et poursuivit, l'air moqueur :

« Oh, ça me fait penser que tu avais un léger souci technique lorsque je t'ai amené ici… »

Piqué au vif par ses taquineries, auxquelles je n'avais plus été exposé depuis longtemps, je ronchonnai :

« Pff…et on se demande pourquoi… »

J'exerçai une pression au niveau des clavicules de Kensei pour le forcer à s'allonger sur le divan. Je grimpai alors à califourchon sur lui, en maintenant mon regard dirigé vers le sien.

Ses yeux s'écarquillèrent de surprise.

« Qu'est ce que tu…fais ? »

Je lui adressai un sourire carnassier.

« J'exprime mes émotions »

Nouveau sourire laissant apparaitre les belles dents de mon Capitaine.

« Plaisant… »

Je détachai son kimono et plongeai sur son torse. Promenant mes mains le long de ses côtes, j'embrassai tendrement la surface de sa peau à l'emplacement de son cœur, avant d'aller malmener ses mamelons, prenant cette tendre chair entre mes dents, jouant avec. J'embrassai fougueusement le tatouage sur ses abdominaux. Je descendis ensuite vers son nombril, et y enfouis ma langue, avant d'en tracer le contour.

Je relevai la tête pour avoir un aperçu de mon Capitaine.

Il restait immobile et me fixait sans ciller, les joues légèrement colorées.

Je me penchai et repartis à la découverte des traits de son corps. Je parcourus la courbe longiligne de ses abdos de ma langue, lentement, en profitant pour m'imprégner de son odeur, qui m'avait tant manqué ces derniers mois.

Ricanement de la part de Kensei. Je lui jetai un coup d'œil interrogatif.

« Qu'est ce que tu fais Shuuhei ? Tu me… humes ? »

Je me sentis rougir de plus belle.

Lui prit cet air supérieur et arrogant qui m'exaspérait et m'attirait irrémédiablement à la fois.

Il poursuivit :

« Le parfum de ma peau te manquait tant que ça ? »

Je rompus le contact entre nos regards, et maugréai :

« De quoi je me mêle…laisse-toi faire, et ne pose pas de questions… »

Je détachai sa ceinture et son hakama, et tirai le tissu pour découvrir son excitation. Je passai ma main à sa base et commençai à en lécher l'extrémité.

Kensei enfouit soudainement sa main dans mes cheveux, en gémissant.

Je lui jetai un nouveau coup d'œil. Il avait les yeux fermés et les lèvres légèrement entrouvertes, le visage un peu crispé. Son autre main avait agrippé le rebord du canapé.

Je plongeai son membre plus profondément dans ma bouche, accélérant peu à peu mes mouvements. Je sentis son sexe grossir alors que je poursuivais mes allers et venues, ce qui eut pour effet de faire monter ma propre excitation au maximum.

Je glissai ma main libre dans mon hakama, et saisis mon membre pour reproduire des mouvements identiques dessus.

Après quelques instants de ce manège, Kensei avait agrippé si fort mes cheveux de ses deux mains que cela en devenait presque douloureux. Une note rauque s'échappait de sa gorge à chacun de mes mouvements. J'étudiai à nouveau son visage : les yeux mi-clos, il avait les joues encore plus colorées que précédemment. De la sueur s'était formée au creux de ses abdos.

Je stoppai mes caresses, et rampai sur son torse pour remonter vers sa figure. Kensei avait ouvert les yeux et plongé ses prunelles noisette dans les miennes, dans lesquelles je pouvais dénoter tout l'amour que nous nous portions l'un à l'autre. Comment avions-nous pu être aussi bornés…

Il se mit à m'embrasser ardemment dans le cou, et fit courir ses doigts le long de mon dos, sous le kimono, avant de remonter et de s'attarder sur mes omoplates, où il dessina des petits cercles langoureux, laissant ma peau incandescente. Je quittai mon hakama et mon fundoshi, et les fis glisser au sol.

Je me relevai et me hissai sur mes cuisses, m'emparai de sa verge d'une main et l'insérai lentement en moi, me laissant aller vers son bassin. Kensei avait laissé échapper une exclamation de surprise, avant de pousser l'un de ses grognements d'excitation. J'entamai de lentes manœuvres enflammées.

Je fermai les yeux sous cette délicieuse sensation, et enfonçai sa verge plus profondément en moi.

Je gémis de plaisir.

Je poursuivis doucement mes mouvements, me soulevant de quelques centimètres calmement avant de redescendre plus violemment, frappant à chaque fois dans ma prostate.

Kensei me saisit les hanches de chaque côté, et resserra ses doigts autour de ma taille.

J'ouvris mes yeux et le regardai de ce point de vue que je n'avais encore jamais eu. Je pris appui sur son torse et accélérai mes mouvements, comprenant ce qu'il attendait.

Il grogna de satisfaction, et recommença à pétrir mes hanches et mes cuisses, alors que je me retirai plus brusquement et m'empalai tour à tour sur son membre durci.

Ce manège dura encore plusieurs minutes, j'avais à nouveau fermé les yeux sous la délectation que ce contact me procurait.

Une main se resserra autour de mon poignet. J'ouvris les yeux alors que Kensei m'attirait sauvagement à lui. Je m'étendis sur son torse et lui donnai un baiser passionné, qu'il prolongea en rapprochant à nouveau mes lèvres des siennes alors que je m'apprêtais à me relever. Il passa ses mains dans mon dos, descendis le long de mes reins, avant d'arriver sur la courbe que formaient mes fesses. Il y posa tendrement ses mains, caressant de la pulpe de ses doigts leur surface.

Il mit alors fin à notre baiser et reprit la parole, de sa voix grave et sensuelle.

« Crois-moi Shuuhei, c'est plutôt bon de te voir aussi entreprenant, mais là…c'est vraiment trop lent, alors laisse-moi aller à mon rythme, tu veux ? »

Je le regardai vexé.

« Quel tact vraiment… »

Il ricana, s'excusa, et prit mon visage à deux mains pour m'embrasser tendrement, avant de me faire basculer sous lui.

Il me retourna rapidement, plaquant son érection contre le creux de mes reins, et m'arrachant un soupir de désir.

Il me retira complètement mon kimono que j'avais gardé jusque là grand ouvert, et le fit glisser aux pieds du divan, puis frôla de ses lèvres ma nuque, avant de descendre le long de ma colonne vertébrale.

Il fit glisser ses mains sur mes côtes et mes hanches et murmura :

« Tu as tellement maigri… »

Gêné, je saisis ses mains et les ramenai vers mon visage.

« Arrête, c'est temporaire, je peux rien y faire pour le moment »

Ses mains se dégagèrent de mon emprise pour revenir saisir mes hanches.

Je sentis Kensei poser son front dans mon dos.

« Pardon Shuuhei…je te demande pardon…je ne suis qu'un idiot… »

Interloqué, je tentai de me soulever pour lui faire face, mais Kensei glissa un des coussins du canapé sous ma tête et me força doucement à me rallonger contre le coussin.

« Je suis désolé, Shuuhei…je te jure que je vais te faire des bons plats dès demain, tu vas reprendre ce poids que tu as perdu, ça va aller, ça va aller… »

Il m'embrassa à nouveau le dos, délicatement.

Je souris, gêné.

« Mais qu'est ce qu'il te prend Kensei, c'est bon, je t'ai dit que c'était rien, j'ai juste perdu un peu de poids, et… EHHH ! »

Kensei venait de me soulever par les hanches.

Je pris appui sur le coussin qu'il m'avait donné, alors qu'il se mettait à lécher l'entrée de mon intimité. Je ne pus réprimer le frisson qui s'empara de moi. Ma peau fut parcourue d'un éclair qui me donna la chair de poule. Je pris appui sur mes genoux, comprenant qu'il désirait que je reste dans cette position.

Il s'empara brusquement de mon sexe et commença des va et vient sensuels dessus, s'attardant à la base à chaque mouvement.

Il s'insinua ensuite lentement, très lentement, en moi pour la deuxième fois de la soirée, en prenant garde à ne pas lâcher mon sexe de sa main droite.

Je saisis le coussin à pleine main, et mordis dedans.

La cadence infernale de mon Capitaine commença alors : ses mouvements me semblaient plus brusques, désordonnés et bestiaux que dans mes souvenirs. Il allait et venait en moi à un rythme infernal, reproduisant les mêmes gestes sur ma verge de sa main puissante.

Il ralentit peu à peu sa cadence, mais ce ne fût que pour s'enfoncer un peu plus profond en moi à chaque coup de bassin, m'arrachant des gémissements de plus en plus bruyants, alors que je me sentais fondre à chacun de ses assauts. Il n'avait pas stoppé un seul instant ses allers et venues de sa main droite, et je sentis que ma délivrance ne tarderait plus longtemps sous les sensations jouissives qu'il me procurait. Il lécha le lobe de mon oreille, puis la veine palpitante de mon cou, reprenant tout à coup son rythme plus intense, faisant fléchir mes genoux sous l'impulsion. Je m'arrachai au coussin et criai sous ce geste brusque. Kensei en profita pour me faire tourner légèrement la tête sur le côté, et plongea sur mes lèvres en un baiser passionné dans lequel j'enfouis de ma propre initiative ma langue dans sa bouche, pour y aller chercher la sienne, tendre et chaude.

Il relâcha mon visage et reporta sa main sur mon sexe, durci au maximum par le plaisir.

Sans cesser ses attaques, il se pencha sur mon dos, et d'une voix rauque et profonde, me glissa à l'oreille :

« Dis mon nom Shuuhei… » Il fit glisser ses lèvres brûlantes le long de ma nuque, puis sur mes épaules et mes omoplates.

« Dis-le Shuuhei »

Je gémis de plaisir, et accédai à sa requête.

« Kensei… »


Je fus réveillé par une douce odeur de nourriture qui s'était répandue dans la chambre. J'ouvris les yeux, surpris, et vis que je n'étais plus sur le canapé, mais confortablement installé dans le lit de Kensei. Ce dernier n'était pas à mes côtés.

Je me redressai lentement dans le lit. Ce mouvement m'arracha une plainte de douleur. Mon dos, mes hanches, mon fessier, ainsi que mon intimité me faisaient souffrir comme je n'avais plus souffert depuis très longtemps.

« Oh, tu es réveillé ? … Ca ne va pas ? Tu as mal ? »

Je passai ma main dans les cheveux, et portai mon regard en direction de la voix de mon Capitaine que je venais d'entendre.

J'allai répondre, mais un fou-rire s'empara de moi lorsque je découvris la scène qui s'offrait à moi : Kensei me regardait une casserole à la main, un tablier de cuisine…rose autour du cou.

« Quoi ? Oh ça va, j'ai trouvé que celui-là, je l'ai emprunté au Lieutenant Matsumoto de la Dixième Division…j'ai pris ce qu'on m'avait donné…eh, arrête, ça suffit maintenant ! »

J'étouffai peu à peu mon rire, et jetai un regard dans la pièce.

Kensei avait avancé son bureau au centre, et y avait déposé toutes sortes de plats, desquels se dégageait cette délectable odeur qui avait mis mes sens en éveil pour me tirer hors des bras de Morphée.

« C'est…c'est toi qui a préparé tout ça ? »

Kensei posa brutalement la casserole sur le bureau, et me répondit en un quart de seconde :

« Et qui veux tu que ce soit ? »

Il quitta le tablier, qu'il jeta négligemment sur le divan.

Il détourna le regard, gêné, et poursuivit :

« Tu t'es regardé ? Un vrai squelette ambulant…Je me suis senti fautif…t'es vraiment qu'un gamin, on est obligé de te surveiller pour que tu manges… »

*Kensei, ta délicatesse légendaire me surprendra toujours…*

J'attendis patiemment qu'il tourne sa tête vers moi, et plongeai mes yeux dans les siens :

« Personne n'a besoin de me surveiller en temps normal…c'est la première fois que je me laisse aller de la sorte…mais merci, c'est vraiment…adorable. »

Je souris devant l'air gêné qu'il avait pris. Il bougonna quelque chose d'incompréhensible, et finit par grommeler :

« Mmff, de rien… »

Je souris de plus belle :

« Ca sent vraiment bon, par quoi doit-on commencer Capitaine ? Oh, mais avant ça, il va falloir que tu m'aides à atteindre la table, je crois que je ne vais pas être en mesure d'assurer ma fonction de Lieutenant de la journée… »

Kensei détourna une fois de plus le regard, comme il le faisait systématiquement quand il se sentait gêné.

« Désolé pour ça…Je me suis un peu…laissé emporter… »

Il reporta son regard sur moi, et s'avança vers le lit. Il prit un coussin, et le plaça sur l'une des deux chaises qu'il avait rapprochées du bureau. Il revint vers le lit, repoussa le drap, m'enveloppa dans l'un de ses yukata, et me souleva dans ses bras comme si je n'étais qu'un fétu de paille.

Je passai amoureusement mes bras autour de son cou, et lui déposait un léger bisou sur la joue. Il me jeta un regard complice, et ajouta :

« Vu ton état, j'éviterais de tenter un peu plus la personne capable d'aggraver tes douleurs ».

Je rigolais, alors qu'il me déposait délicatement sur la chaise désormais recouverte d'un coussin.

Ces petites attentions qu'il avait me touchaient à chaque fois un peu plus.

Il fit le tour de la table, tourna la chaise, et s'installa à califourchon sur cette dernière, face à moi, de l'autre côté de la table. Il pointa du doigt l'une des assiettes qui s'y trouvait.

« Bon…commence par ça, c'est du poulet teriyaki…et les yakitori aussi si tu veux… Qu'est ce que tu fais ? »

J'avais enfouis ma tête dans le yukata, qui avait pris l'odeur de Kensei. Je relevai la tête, un peu gêné.

« Euh, non, rien du tout. Tu disais ? Le poulet teriyaki ? »

Kensei sourit à pleines dents :

« Tu pourras le garder, si tu as peur de te sentir seul, ça te fera une petite trace de moi… »

J'haussai les épaules, en faisant la moue.

« N'importe quoi. Pourquoi je ferais ça ? »

…Et je l'ai fait…

Son yukata trône au milieu de mes affaires dans la penderie, et il m'arrive d'y jeter un œil, ou de le prendre entre mes bras pour m'imprégner de son odeur.

Il faudra que j'opère une permutation discrète d'ailleurs, celui-ci commence à perdre son parfum…