Crédits : les personnages, à quelques exceptions près, appartiennent à Maki Murakami, nous nous contentons simplement de les emprunter.
Beaucoup de monde à remercier pour ce chapitre : Momo974, Celi-chan, Maria, Shindell, Syn-san et Cinabre. Merci pour vos commentaires!
CHAPITRE IV
« Aux cœurs brisés ! » trinquèrent les quatre garçons à l'unisson en entrechoquant leurs bouteilles d'alcool.
Il n'était que 21 heures mais la soirée avait vite mal tourné. Hiroshi avait prévu de la passer avec deux autres internes de sa promotion, Itachi et Kyo, mais Kagami l'avait appelé : sa petite amie venait de le quitter, pouvait-il venir ? Les trois futurs médecins avaient donc pris la route de l'appartement, à grand renfort d'alcool et de nourriture.
En deux heures, ils avaient descendu toutes les bouteilles d'alcool et trinquaient encore à leurs histoires d'amour qui avaient mal fini.
« Encore un peu, Hiro ? demanda Kyo.
- Nooooon, je vais mourir sinon. »
Il se leva avec difficulté et vacilla pour finalement retomber sur les fesses, acclamé pour les gloussements éthyliques des trois autres.
« Alors… Qui va être le premier à gerber ? » demanda Itachi, passablement ivre.
« Qui va être le premier à » était le jeu rituel des internes novices et comportait plusieurs catégories : qui va être le premier à perdre un patient, qui va être le premier à sortir avec un titulaire, qui va être le premier à s'occuper d'une escarre, etc.
Hiroshi en avait gagné deux : il avait été le premier garçon à être envoyé au service gynécologie - pas de bol ! - et c'est lui que le spécialiste en cardiologie avait choisi pour une transplantation cardiaque - quelle chance !
Malheureusement, il décrocha son troisième, et peu glorieux, titre ce soir-là.
Comme un faon qui venait de naître, il se releva, chancelant, une main devant la bouche et se précipita comme il put – satanés murs soudainement mobiles – dans les toilettes et vomit une bonne partie de l'alcool ingurgité.
« T'es qu'une fillette, Hirooooo, gloussa Kagami du salon.
- Une fillette malade, surenchérit Itachi.
- Attention ne salis pas tes looooooooongs cheveux, Nakano-hime », ajouta Kyo en riant.
Dix minutes plus tard, Hiroshi revint de la salle de bains, livide, et s'appuya sensuellement – du moins le pensait-il – contre le mur.
« La… princesse… se retire. J'élis mes appartements dans ta chambre, Kagami. Qui m'aime me suive ! »
Il fit demi-tour en s'emmêlant les pieds et tomba à genoux sous les rires de ses amis. Maladroitement, il gagna la chambre de Kagami et se vautra sur le lit sur lequel il s'endormit comme une souche presque instantanément.
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Le lendemain matin, il se réveilla miraculeusement sur le canapé du salon avec un mal de crâne épouvantable. Kyo se levait aussi péniblement, les deux étaient de service.
Dans un silence post-gueule de bois, ils prirent une aspirine et décidèrent de partager un taxi, Hiroshi avait laissé sa moto à l'hôpital et prendre le bus les auraient achevés.
Cette matinée dura une éternité et chacun remercia discrètement les Kamis de ne faire que des soins routiniers. Ils déjeunèrent ensemble à la cantine puis Hiroshi raccompagna Kyo chez lui et retourna chez les Okuda se reposer dans le noir.
À 17h20, il se réveilla un peu mieux. Il voyait le frère de son élève et allait l'entendre jouer rien que pour lui.
Un peu d'excitation et d'orgueil l'agitèrent. Suguru était connu à travers tout le pays et même s'il ne l'avait jamais entendu, sa réputation n'était plus à faire.
L'interne se passa un peu d'eau sur le visage et se regarda dans le miroir. Il avait encore les traits tirés mais au moins l'impression qu'un troupeau de chevaux au galop lui martelait la tête avait disparu.
Au moins ça ne gâchera pas la soirée… Mais moi, un vendredi soir, j'en aurais profité pour voir ma chérie, songea-t-il en se recoiffant un peu. Mais c'est vrai que j'en ai plus…
Une petite moue lui déforma le visage mais il se sourit et dit à son reflet que ça n'était pas avec une tête pareille qu'il séduirait quelqu'un. Mais… qui avait-il envie de séduire ?
Personne pour le moment…
Et il partit sur cette pensée.
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Comme si cela était devenue une habitude, il gara sa moto à l'endroit habituel, regarda sa montre et alluma une cigarette.
Dans la nuit déjà bien prononcée, une silhouette se profila au loin. Un petit sourire s'esquissa sur les lèvres du guitariste et son cœur accéléra légèrement. La perspective de ce petit concert privé le ravissait.
Quand Suguru fut à sa hauteur, Hiroshi s'inclina et le gratifia d'un « Fujisaki-san » cette fois.
À l'intérieur, il ôta ses chaussures et présenta un petit paquet venant d'une pâtisserie connue de l'ancienne capitale, c'était le minimum qu'il pouvait faire.
Des petits pas se précipitèrent dans l'escalier et Hiroshi ne retint pas son sourire. Ritsu lui rappelait comment lui-même était enfant et que Yuji revenait à la maison. Lui aussi se précipitait pour venir le voir. Une fois, il était même tombé mais comme son frère savait qu'il courait toujours, au grand dam de leur père, il avait anticipé et l'avait rattrapé avant qu'il ne s'étale par terre. Ce jour-là, Hiroshi avait secrètement décidé que son aîné était… un super héros ! Presque vingt ans plus tard, son frère était toujours son super héros.
« Onii-chan ! Nakano-sensei !
- Ne cours pas comme ça, Ritsu, un jour tu pourrais tomber, le gronda gentiment Suguru.
- Mais… Avons-nous une leçon aujourd'hui, Nakano-sensei ?
- Aujourd'hui, c'est spécial. Je viens écouter ton frère. C'est un moment que j'attends avec beaucoup d'impatience depuis qu'il me l'a promis, ronronna Hiroshi en souriant au jeune concertiste.
- Ne vous endormez pas, Nakano-sensei ! Vous avez l'air fatigué ! »
Le sourire fondit comme neige au soleil pour laisser la place à une petite moue, rieuse toutefois.
Madame Fujisaki elle aussi vint saluer son fils et son invité mais ne fut pas surprise de le voir, son aîné lui avait dit pour le petit concert.
« Le thé est prêt, installez-vous monsieur Nakano.
- Merci de me recevoir, madame Fujisaki », dit-il en s'inclinant.
Après le thé, Suguru s'installa derrière le Pleyel et commença par une Nocturne de Chopin.
Peu à peu, les soucis d'Hiroshi s'évanouirent et les morceaux s'enchaînèrent avec aisance et technique, mais ce n'était pas tout. Avec du travail et de la patience, on obtenait un bon jeu mais un jeu sans relief, aseptisé. Avec la passion, l'abnégation de soi, on accédait à une musique supérieure, saisissante et Suguru maîtrisait autant l'aspect technique qu'émotionnel.
Il n'a vraiment pas volé sa réputation… se dit l'interne, fasciné par le spectacle.
Le pianiste s'interrompit et soupira, comme pour reprendre son souffle. Il effleura le clavier et… lui sourit tendrement ? En plein rêve, il interpréta Liebestraum n°3 de Liszt. Appliqué mais absent, maître de lui mais possédé, ses doigts voletaient sur les touches avec dextérité et il incarna, le temps du morceau, ce rêve d'amour.
Il referma le cylindre et se retourna vers ses auditeurs.
Hiroshi ne trouva rien à dire. Plus les secondes s'égrenaient, plus son silence l'inquiétait. La politesse voulait qu'il dise quelque chose mais quoi qu'il aurait dit, les mots n'auraient pas rendu justice à la virtuosité dont il avait été témoin. Alors, il sourit. Un sourire plein de reconnaissance, de chaleur, d'admiration. Un sourire sincère et franc.
« Merci pour ce moment de paradis, Fujisaki-san », finit-il par dire.
Les quatre bavardèrent encore un peu mais en apercevant l'heure, Suguru s'excusa : il devait retrouver Narumi et il allait être en retard.
« Je peux vous déposer, je rentre aussi.
- Oh, vous ne sortez pas un vendredi soir ?
- Non, je me repose ce soir. Ça ne me fera pas de mal.
- Je vais chercher ma veste et j'arrive. »
Quelques minutes plus tard, Suguru grimpa sur la moto, derrière le locataire de sa petite amie et l'enlaça timidement. Un petit frisson lui parcourut l'échine.
À cette heure-là, la circulation était dense mais Suguru arriva en avance.
« Vous ne rentrez pas ?
- Non. Je fume une petite cigarette avant.
- Je… je peux rester avec vous. Je suis en avance après tout. »
Ce n'était pas une question mais une affirmation.
Pourquoi pas, se dit Hiroshi en allumant la cigarette.
« Je m'excuse de n'avoir rien dit après votre… petit concert. Je crois que… que j'étais bouleversé. Je ne vous avais jamais entendu. Je devais venir vous voir l'an dernier mais je n'étais pas à Tokyo quand vous êtes passé. En tout cas, vous êtes merveilleux, mais on doit vous le dire depuis toujours, non ? »
Suguru répondit avec un petit sourire de satisfaction. Oui, on le lui disait très souvent mais inexplicablement, ce soir ça le touchait.
« J'envie votre petite amie. Si c'est à elle que vous pensiez lorsque vous jouiez Liebestraum, vous devez l'aimer passionnément. J'aurais aimé que quelqu'un ressente quelque chose d'aussi fort pour moi.
- Vous êtes célibataire ? »
Hiroshi tira une bouffée et la rejeta en rond de fumée.
« Oui… C'est… récent. »
Fujisaki se rappela ce soir où il avait surpris le jeune professeur en train de pleurer dans la rue. Il n'avait pas cru cette histoire de fatigue. Il ne savait pas trop quoi faire, s'il devait consoler ou pas ce garçon qui séduisait presque tout son entourage mais finalement était seul, mais Hiroshi poursuivit :
« Mardi… J'ai fait ma première greffe. Le cœur. Je tenais dans ma main le cœur qu'on allait greffer. Il était inerte. Je me suis dit que c'était vraiment empirique de lui attribuer le siège des émotions, de l'amour. Ce n'est qu'un élément du circuit. Le cœur, les nerfs, les artères, les veines, le sang. Rien de magique. Sans les nerfs, pas de battements. Mon… ex a un cœur en bon état mais… il est vide. »
Il rejeta à nouveau la fumée.
« Il ne faut pas être aussi amer, essaya Suguru. Cette fille ne devait pas être la bonne.
- C'est un peu le drame de ma vie. Ma fiancée en aimait un autre. Je ne l'aimais pas vraiment à vrai dire, Je ne la connaissais qu'un peu mais… je crois que j'aurais pu tomber amoureux d'elle. Sauvage et indomptable, grande gueule. Puis après notre rupture, des flirts puis Is… enfin, mon ex.
L'amertume se dissipa comme la fumée dans la nuit froide.
« Vous vous rendez compte, je vais être blindé et je n'aurais personne qui dépensera mon argent si durement gagné ! » rit Nakano de bon cœur.
Fujisaki, lui, était décontenancé. La détresse de l'interne était palpable mais il ne trouvait rien de réconfortant à dire. Il cherchait désespérément un mot gentil mais il était tellement peu habitué à ce genre de situation qu'il paniquait. Il voulait vraiment le rassurer.
« Vous… vous pouvez vous joindre à nous ce soir. Nous allons voir un film et Narumi vous aime bien.
- C'est adorable, merci. Mais j'ai une tonne énorme de linge à repasser. Je vais bientôt mourir noyé dans le linge si je ne le repasse pas.
- Vous êtes sûr ?
- Oui, merci. En tous cas vous étiez ravissants… tous les deux, pour votre anniversaire. »
Suguru remercia les Kamis qu'ils soient dans l'obscurité ; ainsi, son rougissement passa inaperçu. Quel était donc cet étau qui lui comprimait le cœur ? Il se sentait bizarre. Il aurait voulu comprendre mais Hiroshi le tira de sa rêverie.
« Voilà, j'ai fini ma cigarette. Vous devriez rentrer, il fait froid.
- Oui, bien sûr, répondit évasivement le jeune pianiste.
- Bonne soirée et merci de m'avoir tenu compagnie. »
Ils se saluèrent et chacun partit dans une direction opposée. Suguru vers le pavillon principal, Hiroshi vers la dépendance.
À l'intérieur, Hiroshi se laissa tomber sur le lit, sans même allumer la lumière. Il sombra dans un profond sommeil quelques minutes plus tard.
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Le lendemain, il émergea assez tôt, tiraillé par la faim. Du thé chaud et des doriakis suffirent à égayer la matinée et effacer les chagrins de la veille. Il s'en voulait d'avoir autant parlé même s'il soupçonnait la musique du pianiste d'en être responsable. Les morceaux que Fujisaki avait choisis étaient tous mélancoliques et avaient ravivé sa peine. C'était un garçon étrange. Il ne semblait se livrer qu'en jouant.
« Ceci dit, il ne me connaît pas alors je ne vois pas pourquoi il se confierait à moi », murmura Hiroshi en sirotant son thé.
Une petite musique se fit entendre. Son téléphone ! Il fouilla sa veste et en sortit l'appareil :
« Déjà levée, princesse ?
- Oui. Je te réveille pas au moins ?
- Non, Sakura, je me suis couché comme une larve à 20h15 !
- Et ben ! T'as encore fait des folies de ton corps ?
- Pas loin… Avant-hier on a picolé comme des trous avec Kyo, Itachi et Kagami. Il s'est fait larguer.
- Ça devait être réjouissant, dis-moi…
- Ça a été pénible toute la matinée… Un mal au crâne !
- Et le « concert » de Fujisaki ?
- Il est fabuleux ! J'étais complètement sous le charme.
- Dis-moi, lolicon, tu dragues qui exactement ? La copine ou le copain ?
- Je ne drague personne.
- C'est vrai… Tu es au-dessus de ces considérations bassement matérialistes. Tu vas rester chaste ad vitam eternam, gloussa la jeune fille.
- Ne dis pas n'importe quoi. C'est juste qu'en ce moment ça serait trop tôt pour… m'intéresser à quelqu'un. Même si j'avoue que je craquerais plus facilement pour une fille. Après l'histoire avec Issei, je suis un peu en rogne contre les mecs.
- Tu peux avoir des aventures sans lendemain. Je ne te dis pas de te recaser.
- Oh… Des tocades… J'en ai, tu sais…
- Comment ça ? Et tu le gardes pour toi ? Raconte !
- Ben… cette semaine, j'ai vécu des trucs… super chauds. Mmmmmmmh… Cette chaleur au creux des reins…
- QUOIII ?? hurla l'étudiante. Tu avais quoi exactement au creux des reins ?
- Un truc génial, pas très dur pourtant… Une bouillotte, rit le jeune homme. C'est fabuleux de s'endormir avec une bouillotte dans le bas du dos. Tu devrais essayer…
- Pauv' naze !
- Prolétaire !
- Impuissant !
- Ça t'en sais rien, chérie. Et toi, ton week-end s'annonce comment ?
- Je vais traîner, je pense. Il fait très froid. J'aime pas le froid, ça me rend grognon.
- Tu es toujours grognon.
- C'est normal, je suis une fille. À quelle heure se connecte Shuichi ?
- D'ici une heure. C'est super qu'on puisse se retrouver tous les trois ! À Los Angeles en plus !
- Tu m'étonnes ! Ça nous changera du froid ! Et puis ça me manque qu'on soit plus comme avant.
Les deux bavardèrent encore un moment puis se connectèrent sur internet et retrouvèrent en webcam leur ami.
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Un mois s'était écoulé depuis que Suguru Fujisaki, jeune prodige du piano, avait reçu chez lui Hiroshi. Cela avait été anodin mais cela avait brisé la glace entre eux. Ils n'étaient pas devenus inséparables mais Hiroshi s'arrangeait toujours pour venir en avance aux cours qu'il dispensait au frère cadet du pianiste afin de bavarder avec avant le cours. Et le soir, il retrouvait la tourterelle pour l'aider à préparer ses examens pour l'université. Pourtant, jamais il ne passait du temps avec les deux amoureux en même temps et ce malgré les invitations de l'un ou de l'autre.
L'interne s'était enfin adapté à ses horaires irréguliers et acceptait enfin sa rupture avec Issei. Les deux s'étaient recroisés mais rien ne s'était produit ; ni éclat de colère, ni étreintes torrides.
Nakano préparait avec excitation ses vacances à Los Angeles. Il allait revoir son meilleur ami qui prenait lui aussi des vacances et quittait New York pour quelques jours avec Hiroshi et Sakura. L'interne passait une nuit à Tokyo et de là, il partait avec son amie pour les États-Unis.
Avant de prendre son taxi, Hiroshi alla saluer les Okuda, leur souhaitant de bonnes fêtes. Il fit aussi un petit détour par la demeure des Fujisaki, leur souhaitant ses meilleurs vœux, tout en se disant que l'un des siens seraient de jouer avec Suguru mais comme il n'avait pas la prétention d'être au même niveau, jamais il ne l'aurait formulé à voix haute. Quand il rentrerait, une nouvelle année commencerait et elle serait sûrement meilleure que celle qui se terminait.
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C'est une fin d'après-midi grise, froide et maussade qui accueillit Sakura et Hiroshi à leur retour de Los Angeles.
« Dire qu'il y a quelques heures à peine on se baladait en plein soleil au bord de l'eau… soupira Sakura en empoignant son sac de voyage. Je serais volontiers restée là-bas une semaine de plus.
- Moi aussi. Shuichi me manque déjà », fit Hiroshi d'un ton mélancolique.
Ce séjour à Los Angeles, à l'initiative de Shuichi, avait été pour les trois amis l'occasion de se retrouver pour la première fois depuis près d'un an et d'échanger mille nouvelles, bien qu'ils soient restés en contact via Internet depuis le départ du jeune chanteur pour les États-Unis. Shuichi n'avait pas changé, par ailleurs, et même s'il s'était quelque peu amélioré en Anglais, c'était toujours le même garçon exubérant et débordant d'affection dont la présence manquait tant à Hiroshi ces derniers temps.
« Il ne va pas rester éternellement là-bas non plus, le consola Sakura. Et puis, il me semble bien que tu as quelqu'un qui te plaît bien à Kyoto, pas vrai ?
- Quoi ? De quoi tu parles ?
- Dis-donc, qui m'a supplié de le conseiller dans ses achats pour trouver un joli souvenir à ramener à une lycéenne ? poursuivit Sakura, taquine. J'en reviens pas que tu ais pris ce sac à main. Il n'était pas donné, en plus ! »
Les deux étudiants traversèrent le grand hall de l'aéroport de Narita et se dirigèrent sans hâte vers la sortie où Yuji avait convenu de les attendre.
« Vu le loyer ridicule que je verse à ces gens, je peux me permettre de faire un cadeau un peu coûteux à leur fille, non ? En plus vous avez à peu près les même goûts, je parie que Narumi va adorer.
- Oooh, et en plus tu l'appelles Narumi ? À quand Naru-chan ? Méfie-toi, il paraît qu'elle est un peu prise, gazouilla la jeune fille avec un sourire mutin.
- Mais non, c'est pas… Ah ! Voilà Yuji, et à l'heure pour une fois ! »
C'est en riant que les deux amis quittèrent le hall fourmillant de monde du grand aéroport international.
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Hiroshi avait regagné Kyoto le jour suivant, en milieu de matinée. Fatigué par le décalage horaire et les dix jours passés sans beaucoup de repos en compagnie de ses deux meilleurs amis, il s'était effondré à peine arrivé chez son frère, qui l'avait hébergé pour la nuit. Débarqué à Kyoto avec ses bagages, il n'était pas frais du tout, et la perspective de reprendre le travail à l'hôpital dès le lendemain était loin de l'enchanter. Il acheta un bentô à la gare et se rendit directement chez les Okuda.
Il était midi passé, et alors qu'il traversait le jardin pour gagner son pavillon, un vibrant « Monsieur Nakano ! » l'arrêta.
« Monsieur Nakano, bonjour ! Vous avez fait bon voyage ? »
Narumi venait de sortir de la maison et se tenait devant lui, tout sourire.
« Bonjour, Okuda-chan. Oui, j'ai fait bon voyage, mais je dois vous avouer que je ne tiens plus debout. Je n'ai pas beaucoup dormi tout au long de ces dix jours, vous savez.
- Voulez-vous déjeuner avec nous ? Suguru va arriver d'une minute à l'autre, proposa spontanément Narumi.
- C'est très gentil de votre part, mais je suis vraiment trop fatigué et vu que je reprends dès demain à l'hôpital, je vais me reposer cet après-midi. Je suis une vraie loque, et je ne voudrais pas piquer du nez en plein milieu du repas, expliqua gentiment l'étudiant avec un petit rire.
- Ça ne fait rien. Ce sera pour une autre fois, alors ? Reposez-vous bien, monsieur Nakano ! »
Elle allait retourner vers la maison, mais Hiroshi la rappela.
« Attendez ! Je… je vous ai ramené un souvenir de Los Angeles. Il est dans mes bagages, mais je passerai vous l'apporter ce soir, une fois que je serai un peu plus présentable, dit-il, sachant pertinemment qu'il était tout froissé d'avoir dormi dans le train.
- Un cadeau ! Oh, mais il ne fallait pas ! s'exclama la lycéenne, ravie. Merci, merci beaucoup ! »
Et, avant qu'Hiroshi ait eu le temps d'esquisser le moindre geste, elle se haussa sur la pointe des pieds et déposa un léger baiser sur sa joue.
« À ce soir, alors ! Je vous attends avec impatience ! »
Elle s'éloigna sur un petit signe de la main à l'attention d'Hiroshi qui, stupéfait, battit en retraite vers le pavillon, et aucun des deux ne s'aperçut que Suguru venait de pousser la porte du jardin, et qu'il avait été le témoin de ce dernier échange.
Et qu'il avait l'air extrêmement choqué.
À suivre…
