This is the last chap. Merci d'avoir suivi cette fiction! Et bonne lecture bien sûr.

Cette ballade dans les prairies adjacentes de ce qui était notre maison, j'ai bien du la faire des milliers de fois. Parfois seul, parfois en vous traînant avec moi et en vous donnant la promesse que vous aurez l'autorisation de faire un match de quidditch en rentrant. J'aurais pu vous promettre la lune elle-même pourvu que vous m'offriez un peu de votre présence.

J'ai souvent souris en me faisant la remarque que les adultes devenaient de plus en plus masochistes en vieillissant. Pour preuve, même une dispute fraternelle nous faisait du bien… tout pourvu que nous soyons sûr que nos enfants allaient assez bien pour avoir le courage de se disputer. Combien de fois nous sommes nous regardés, Hermione et moi alors que tu reprochais à Avelyne d'empiéter sur ton territoire et que Jane te faisait remarquer que sa poupée n'était pas un cobaye dont tu pouvais user pour tes expériences.

C'est étrange comme les souvenirs sont construits bizarrement. On peut se souvenir dans le moindre détail d'une chose sans importance et oublier quelque chose qui nous tient à cœur. C'est contre ça que je lutte vois-tu. Contre ce diable qui menace de me prendre ces instants qui ne vivront plus que dans nos esprits. Je me rendrais malade si j'oubliais le moment où tu as posé pour la première fois tes yeux sur moi… si j'oubliais la sérénité qui noyait ton regard lorsque tu t'endormais… si j'oubliais ce signe de la main tremblant devant la peur de l'inconnue et pourtant si fier de rejoindre Poudlard… si j'oubliais l'instant où tu as quitté notre famille pour fonder la tienne… l'instant pas si lointain où tu lui as dis oui… Oui pour t'embarquer dans la même galère que tout être amoureux s'embarque.

Cette ballade dans les prairies adjacentes de ce qui était notre maison, je la fais aujourd'hui tout seul. Et je sais qu'au moment où je la verrais apparaître derrière les grands arbres, j'aurais bien du mal à me dire que nous n'habitons plus ici. Je suis sûr qu'il m'arrivera encore quelque fois de transplaner devant les barrières en bois après le travail, avant de me rendre compte que nous habitons à des miles plus au sud de cet endroit.

C'est idiot comme chaque petit détail de l'environnement me ramène à toi. Un caillou et je te revois le faire léviter avec ma baguette… je revois Hermione me jeter ce regard froid si typique de ces mauvais jours alors qu'elle pense la blessure qu'a fait la pierre en heurtant mon front. D'ailleurs, elle n'a jamais su qu'en fait je ne m'étais pas cogné la tête contre une branche basse. Je me souviens avoir lutté un moment avant de me résigner à ne pas lui avouer que tu avais su user d'une baguette comme un grand.

Ca aussi c'est un étrange phénomène. Le fait qu'un père n'est jamais fier de son fils pour les mêmes choses que sa femme. Prenons l'exemple du premier balai… c'est un moment indescriptible. Celui où l'enfant s'envole de ses propres ailes. Et bien pour une mère, ce n'est qu'une tradition idiote qu'elle aimerait voir abolir.

Je me souviens… je me souviens des grandes soirées d'été où nous prolongions le repas du soir jusque très tard. Je me souviens de toi lové contre moi alors que tu t'endormais petit à petit et que tu grognais quand on te le faisait remarquer. Toi aussi tu aimais ces soirées, au point de défier l'autorité de ta mère lorsqu'elle te priait de rejoindre ton lit.

C'est idiot parce que tu savais que tant que l'été survivrait, nous aurions le droit à ce genre de repas. Certes le nombre de convives à table et l'endroit divergaient mais au bout du compte, on savait que nous serions tous les six. Tu avais déjà compris le pouvoir de l'instant présent.

Tu te souviens de ces jours là où ta mère nous rapportait quelques « trucs » du monde moldu ? Tu te rappelles du barbecue ? Du temps qu'elle a mis pour nous faire comprendre que les moldus ne l'utilisaient qu'en été. D'ailleurs le pauvre engin a dû se retrouver au fin fond du hangar, caché derrière les cartons remplis de toutes ces choses que les jumeaux vous offraient et dont Hermione ne voulait pas.

Tu te souviens de nous, sous la pluie, l'un guignant Hermione pour ne pas qu'elle nous voit jeter des coups de baguette pour allumer le barbecue ? Tu te souviens du rire qui en venait à nous embarquer tous les deux alors que l'on voyait ton petit frère danser autour de nous comme sa mère lui avait raconter en lui parlant des indiens ? Tu te souviens comme nous étions heureux ? Tu avais quoi… quinze ou seize ans ?

C'était avant que tu ne rencontre cette fille… celle qui allait prendre ton cœur et faire de toi un homme. Je me souviens avoir entendu ta mère dire à ta tante Ginny que Merlin merci, tu étais beaucoup plus doué que moi avec les filles. Je me suis retenu de lui dire que tu avais surtout eu beaucoup plus de courage que moi pour t'avouer amoureux. Forcément, si j'avais eu ce courage, celui de me dire que oui j'étais amoureux de ta mère et que oui, il était probable qu'une fille comme elle veule bien de moi alors, j'aurais sans doute fait comme toi. J'aurais attendu ma majorité plus mes un jour pour lui demander sa main.

Ca aussi c'est assez étonnant. Cette manière dont les mères voient le mariage de leur fils. Je dis bien de leur fils. J'avoue que j'ai été fier en l'apprenant. Mais pas seulement. Parce que mon fils devenait un homme mais cela voulait également dire que tu allais partir d'ici et que nous ne serions plus jamais six. Ta mère elle, a eu plus de mal. Je crois que finalement, elle a eu les mêmes réactions que moi mais à l'envers. C'est pour cela que je t'ai dis de ne pas t'inquiéter lorsqu'elle t'a d'abord dis que c'était pas très responsable de se marier aussi jeune. Pour cela que je suis certain qu'elle aimera bientôt ta femme comme si c'était sa propre fille. Regarde, si ta grand-mère a su le faire avec ta tante Fleur, il n'y a pas de raison que ta mère ne le fasse pas non plus ?

Un mariage qui a bien changé des choses. Du moins je le croyais jusqu'à ce que ce séisme arrive… un petit bout de chou qui allait une fois de plus renverser mon monde. C'est bizarre comme je me souviens m'être posé des millions de questions avant ta venue. Bizarre comme finalement ça n'était rien comparé au moment où tu m'as mis ton fils dans les bras. Je revois dans ton regard celui que j'avais à l'époque. Plein de fierté contrastant avec la peur.

J'ai réalisé à ce moment là que le monde m'échappait. Que j'avais beau être ton père, je ne pouvais pas t'assurer un monde parfait. Alors, je me suis contenté de te dire que ton enfant était parfait. Qu'il était inutile de compter et recompter le nombre de ses doigts pour être certain qu'ils étaient vingt. Inutile de le regarder sous toutes les coutures. Inutile d'aller le voir toutes les dis secondes pour voir si réellement il dormait.

Et là je me suis rendu compte d'une chose. C'est que j'étais simplement en train de t'affirmer haut et fort ce que ta mère avait passé son temps à vouloir me faire comprendre. Simplement te dire que tout allait bien se passer.