Chapitre 4 : Tournoi
- Yûgi !
Le jeune homme leva la tête de ses cartes de Duel de Monstres pour voir apparaître devant lui Joey, tout excité, qui tenait dans sa main un magazine.
- Est-ce que tu as vu ça ? La Kaiba Corp organise un nouveau tournoi de Duel de Monstres pendant les vacances d'automne !
- Quoi, c'est vrai ?
Il y en avait un chaque année, mais chacun étant toujours plus grandiose que le précédent, c'était un événement à ne pas manquer pour tout vrai fan de duels. Malgré le budget alloué par la société, il n'y avait jamais assez de places pour les spectateurs, aussi Yûgi n'avait-il jamais pu obtenir une place pour y assister en personne. C'était d'autant plus rageant que l'événement avait toujours lieu dans sa propre ville, Domino City, où se trouvait le siège de la Kaiba Corp. Heureusement, ces tournois étaient toujours très médiatisés et donc il pouvait regarder l'ensemble des duels, même ceux qui se passaient en simultané, bien installé dans son canapé.
- C'est trop dommage que je sois occupé ces jours-là ! ragea le blond en faisant mine de s'arracher les cheveux.
- Que feras-tu ? demanda Yûgi.
- Je dois aller voir ma mère et ma petite sœur…
Il aurait aimé pouvoir assister, même de loin, au tournoi avec son ami. Peut-être pourrait-il le suivre par messages interposés avec le Pharaon ? Tout heureux à cette pensée, il saisit son téléphone portable et envoya un message au Pharaon pour partager sa joie.
Hikari : Tu as vu ? Ils organisent un nouveau tournoi de Duel de Monstres ! Ça va être génial !
Il rangea l'appareil et reporta son attention sur les informations données par le journal de son ami. Les places ne seraient mises en vente que la semaine suivante, mais cette fois-ci, il se promit de tous faire pour pouvoir en acheter une. Il ferait la queue toute la nuit s'il le fallait.
- Ils disent que le Roi des Jeux va remettre son titre en jeu, continua Joey en s'asseyant sur la chaise de libre, juste devant lui.
- Il n'y a aucune chance qu'il perde, argumenta Yûgi.
Yami Sennen s'était fait connaître deux ans auparavant en battant le créateur du Duel de Monstres, Maximilien Pegasus, et Seto Kaiba, le président de la Kaiba Corp. lors d'un même tournoi. Depuis, il était assez discret mais la rumeur disait qu'il n'avait jamais perdu le moindre duel. Yûgi l'admirait plus que tout autre car il était le meilleur duelliste du monde.
- Oui, il est exceptionnel ! J'aimerais tant le rencontrer… Rha ! Ça m'énerve de ne pas pouvoir y aller !
Vers midi, alors qu'il déjeunait dehors avec ses amis, il put voir que le Pharaon avait répondu à son message.
Pharaon : Il y aura beaucoup de duellistes très talentueux. Ça promet d'être très intéressant et très enrichissant. Vas-tu y assister ?
Hikari : J'espère mais jusqu'ici je n'ai jamais eu beaucoup de chances. Les places partent tellement vite. En moins d'une heure elles sont toutes sont vendues. Et toi ?
Pharaon : Oui. J'y serai. Je peux t'obtenir une place si tu veux.
Yûgi écarquilla les yeux, son cœur battant la chamade. Il mourrait tellement d'envie d'y aller et de voir de ses propres yeux tous ces champions et ses idoles.
- Yûgi, tout va bien ? demanda Téa, assise en face de lui.
- Oui, oui. Ce n'est rien, s'empressa-t-il de répondre.
- Ton correspondant ne te martyrise pas quand même ? s'inquiéta Joey. S'il fait ça il aura affaire à moi !
Yûgi secoua la tête en souriant.
- Il ne ferait jamais ça.
- Mouais… si tu le dis.
Il décida de s'éloigner un instant pour continuer sa conversation avec le Pharaon. Discuter avec lui sous les regards scrutateurs de ses amis le mettait toujours aussi mal à l'aise.
Hikari : Tu peux vraiment faire ça ?
Pharaon : Bien sûr, S.K. me doit une faveur.
Une fois de plus, Yûgi crut défaillir. S.K. Il n'avait jamais vraiment cherché à savoir qui se cachait derrière les initiales remplaçant les noms et prénoms que lui donnait le Pharaon, mais là, il ne pouvait que demander des précisions. Il devait absolument savoir. Fébrile, il tapa son message.
Hikari : S.K. comme Seto Kaiba ? Le patron de la Kaiba Corp et l'organisateur du tournoi ?
Pharaon : Oui.
Il cligna plusieurs fois des yeux, n'en revenant pas. Depuis tout ce temps, le S.K. dont lui parlait le Pharaon était le grand Seto Kaiba ? Comment était-ce possible ? Mais qui diable était le Pharaon ? Le milliardaire était bien connu pour être une terreur dans le monde des affaires et Yûgi ne le voyait absolument pas avoir des amis. Il semblait plutôt adepte du travail solitaire et acharné, ce qui avait grandement profité à sa société dans les dernières années.
Hikari : Tu connais Seto Kaiba ?
Pharaon : Oui.
Yûgi pouvait presque sentir l'amusement de son interlocuteur à travers ce simple mot aussi jeta-t-il un regard noir à son téléphone, comme si l'autre pouvait le voir. Mais une nouvelle vibration eut raison de son énervement et il s'empressa de regarder la réponse.
Pharaon : Donc ?
Il ne pouvait pas laisser passer une occasion pareille.
Hikari : S'il te plaît ! Je t'en serais éternellement reconnaissant !
Son sourire se fana un court instant. Puis il poursuivit son message et le fixa de longues secondes avant de l'envoyer.
Hikari : Et comme ça, on se croisera peut-être.
Ils n'avaient jamais évoqué l'idée de se rencontrer et il ne savait pas trop comment réagirait son interlocuteur à cette idée. Il mourrait d'envie d'en apprendre plus sur le Pharaon ou d'au moins savoir à quoi il pouvait bien ressembler, mais il le redoutait également. Plusieurs fois dans ses rêves, il avait imaginé leur première rencontre. Parfois tout se passait très bien, mais la plupart du temps le Pharaon finissait par le rejeter violemment et s'en allait en se moquant de lui. Tremblant, il lut la réponse.
Pharaon : Tu me verras sûrement, mais je ne suis pas sûr te voir en retour.
Il laissa échapper un soupir de soulagement. Au moins, il ne s'était pas fait envoyer balader. Mais à présent, il était perdu. Il jeta un coup d'œil à Joey, Tristan et Téa qui le fixaient de loin, inquiets. Visiblement, ils avaient suivi le grand-huit de ses émotions. Il rougit et tenta de se concentrer.
Hikari : Comment ça ?
Il se passa quelques minutes avant que le Pharaon ne lui réponde, ce qui inquiéta un peu Yûgi. Avait-il dit quelque chose de travers ? Il se mit à marcher frénétiquement pour tenter de calmer son anxiété naissante.
Pharaon : Je n'y vais pas en tant que spectateur. J'y participe.
Décidément, cette conversation était riche en révélations. Cela voulait dire que le Pharaon n'était pas simplement doué au Duel de Monstres mais faisait partie des meilleurs au point de gagner des tournois. Yûgi n'en revenait pas. Avec qui diable discutait-il pendant tout ce temps ? Si ça se trouvait, il avait déjà vu son visage, tout en ignorant à qui il avait à faire.
Hikari : Est-ce que tu es connu ?
Il regretta presque aussitôt son message. Il ne voulait pas que son ami pense qu'il ne s'intéressait qu'à sa renommée.
Hikari : Tu n'es pas obligé de répondre. Je m'en fiche.
Pharaon : Assez pour qu'on me reconnaisse.
Aussitôt, des dizaines de noms apparurent dans l'esprit du jeune homme. Il les passa en revue les uns après les autres. Mais il avait trop peu d'informations. Il restait trop de possibilités.
Hikari : Tu piques ma curiosité là...
Pharaon : Je te propose un jeu.
Il sentit l'impatience et l'excitation l'envahir.
Hikari : Quel genre de jeu ?
Pharaon : Tu as jusqu'à la fin du tournoi pour découvrir mon identité.
Il sentit son estomac se nouer et relut le message une seconde fois.
Hikari : C'est vraiment ce que tu veux ?
Pharaon : Pourquoi pas ? Je suppose que maintenant tu n'as plus vraiment peur que je sois un psychopathe cherchant à te tuer, si ?
Hikari : Non. J'accepte ton défi. Qu'est-ce que je gagne si je trouve ?
Pharaon : Qu'est-ce que tu voudrais ?
Yûgi perdit un instant son sourire. Que pourrait-il bien vouloir du Pharaon ? Il n'y a qu'une seule chose qu'il désirait par-dessus tout et il l'avait déjà.
Hikari : Que tu continues à me parler ?
Pharaon : Ce ne sera pas bien difficile. Je dois te laisser, je sens que M.M. va faire une bêtise. À plus tard.
Hikari : À plus tard !
Et, tout sourire, le cœur battant et plus heureux que jamais, Yûgi retourna s'asseoir avec ses amis. Ils s'empressèrent de le questionner mais le jeune homme resta secret.
- Depuis que tu parles à ce Pharaon, tu ne nous dis plus rien, se lamenta Joey.
- Ce sera toujours toi mon meilleur ami, le réconforta Yûgi.
Il le pensait réellement. Mais si Joey était son meilleur ami, qui donc était le Pharaon pour lui ? Il lui avait dit tant de choses qu'il n'avait dit à personne. Son ami virtuel était toujours là pour lui, ne le jugeait jamais et lui faisait oublier ses soucis avec seulement quelques mots. Mais d'un autre côté, ils ne se connaissaient quand même pas. Comment devait-il définir leur relation ?
Ces pensées le tourmentèrent toute l'après-midi. Au soir, il se décida à en faire part au Pharaon.
Hikari : Comment est-ce que tu définirais notre relation ?
Il lui fit part rapidement de son raisonnement.
Pharaon : Disons que je suis ton confident, ça te convient ?
Hikari : Je suppose.
Il n'en était pas tout à fait certain, mais il n'avait rien de mieux à proposer.
Pharaon : Est-ce que ça a une si grande importance ?
Le jeune homme réfléchit un moment.
Hikari : Je suppose que non.
Non, ça n'en avait aucune. Tant qu'il pouvait discuter avec lui.
Yûgi promena ses yeux sur la boutique vide de son grand-père avant de soupirer et replonger le nez dans ses exercices de mathématiques. Cela faisait deux heures qu'il avait accepté de remplacer son grand-père, et n'arrivait toujours pas à se concentrer ses devoirs. Pourtant, on ne pouvait pas dire qu'il y avait une foule de clients pour le distraire. Soudain, son portable se mit à vibrer. Heureux d'avoir une bonne raison de ne pas travailler, il lut le message du Pharaon.
Pharaon : Je n'étais pas au courant, je te le promets !
Il fronça les sourcils. Mais de quoi parlait-il ? Il allait renvoyer un message quand la cloche de la porte sonna.
- Bienvenue, lança-t-il automatiquement en se composant un grand sourire. Je peux vous aider ?
Se trouvait face à lui un jeune garçon brun aux yeux très sombres. Vêtu richement, il était accompagné d'un grand homme en costume cravate qui portait des lunettes de soleil.
- Je viens voir Yûgi Mûto, déclara le plus jeune en s'approchant du comptoir d'une démarche autoritaire.
L'adulte resta en silence derrière lui, comme un garde du corps.
- C'est moi, répondit Yûgi, légèrement hésitant.
Aussitôt, l'enfant le toisa des pieds à la tête, le jugeant sans même tenter de le cacher. L'adolescent grimaça mais se conforma à l'inspection, l'esprit bouillonnant d'un millier de questions. Son portable vibra une nouvelle fois mais il ne pouvait pas regarder au beau milieu d'une conversation, aussi malaisée ou bizarre soit-elle.
- C'est toi qui discutes avec le Pharaon.
Ce n'était pas une question, plutôt une affirmation. Elle prit néanmoins de court le jeune homme qui ne put que hocher la tête. Cet enfant connaissait le Pharaon ? Mais comment pouvait-il l'avoir retrouvé alors qu'eux-mêmes ne connaissaient pas leur réelle identité ? Il allait posa la question quand l'enfant déposa un ticket sur le comptoir d'un geste brusque.
- Voilà la place pour le tournoi qu'il t'a promis.
Yûgi coula un regard vers le bout de papier, ne sachant quoi répondre. Il était stupéfait.
- Mais je suis ici pour te mettre en garde, Mûto, continua froidement l'inconnu avec un regard menaçant. Je ne sais pas ce que tu lui veux, mais si tu lui fais du mal, tu auras à faire à moi et à mon frère.
Yûgi déglutit, de plus en plus perdu. Il ne comprenait rien à ce qu'il se passait. La seule chose qu'il savait, c'est qu'il ne pouvait qu'être indigné par ce qu'insinuait ce gamin. Il serra les poings et répliqua, sans la moindre trace du rougissement qui le caractérisait habituellement.
- Je ne ferai jamais rien qui puisse le blesser. C'est mon ami !
Il fut un instant stupéfait par son propre éclat de voix mais reprit presque immédiatement une expression sérieuse pour prouver au garçon qu'il pensait chacun de ses mots. Celui-ci, nullement impressionné, croisa les bras. Il se dégageait de lui une aura intimidante qui fit frissonner Yûgi.
- C'est ce que nous verrons. Je t'aurais à l'œil.
Il tourna les talons avec arrogance avant de lui avoir lancé un dernier regard d'avertissement. Au moment où il allait passer la porte, Yûgi rassembla son courage et l'appela :
- Attends ! Qui es-tu ?
Le garçon ne prit même pas la peine de se retourner.
- Makuba Kaiba. Souviens-toi bien de ce nom, car je peux ruiner ta vie en un instant.
Et il disparut, laissant Yûgi complètement stupéfait et pantelant. Il resta debout, immobile, un long moment avant de se laisser retomber sur sa chaise, soudainement très fatigué. Makuba Kaiba, M.K., le frère de Seto Kaiba.
Un nouveau message le tira de son état de choc. Il attrapa fébrilement l'appareil et ne put s'empêcher de sourire face à l'inquiétude de son ami. Pas moins de dix messages lui avaient été envoyés en quelques instants, tous plus longs les uns que les autres. Le dernier ne s'adressait pas à lui, mais à ce Makuba.
Pharaon : Maki, si tu lis ce message, je te promets que je vais faire de ta vie un enfer ! Tu n'avais pas le droit de pirater mon téléphone pour connaître son identité. Et je sais que Seto est dans le coup ! Si vous ne le libérez pas tout de suite, je quitte la maison et aucun de vous deux ne pourrez plus jamais me retrouver !
Sa menace était assez étrange mais Yûgi décida de ne pas poser de questions. Une fois de plus, le Pharaon s'inquiétait à cause de lui. Il s'empressa de lui répondre.
Hikari : Ne t'inquiète pas, tout va bien. Makuba ne m'a rien fait. Je suis juste… surpris. Je ne m'attendais pas à une visite de ce genre.
Pharaon : Je suis désolé. Je ne pensais pas qu'ils feraient ça. Ils vont m'entendre, je peux te l'assurer.
Yûgi rit doucement. Il avait bien du mal à voir le Pharaon, qui qu'il puisse être, remonter les bretelles aux grands et puissants frères Kaiba. Rien ne semblait pouvoir les atteindre.
Hikari : Ne t'en fais pas pour ça. En tout cas, ils ont l'air de beaucoup tenir à toi.
Pharaon : Un peu trop.
