Aimes-tu le hockey autant que moi ?
Chapitre 4 : Être ou ne pas être…honnête
Ron, Seamus, Dean et moi montons dans l'autobus de la ville. Ron n'en revient toujours pas de la dictée de McGonagall, il nous a même confié qu'Hermione a failli se mettre à pleurer en cherchant intelligentsia dans le dictionnaire. Ceci prouve bien que notre prof d'anglais est une vieille folle et qu'elle va nous faire couler sa matière toute l'année. Moi qui espérais rattraper mon vingt-trois pourcent, je me suis adroitement fourrer un doigt dans l'œil !
Seigneur ! Que Malefoy n'ait pas encore un meilleur résultat que moi !
L'autobus s'arrête pendant que Dean et Seamus nous racontent à quel point Gilderoy Lockhart, leur professeur, est un bon à rien qui semble facile à berner. Sa nomination à Poudlard est un mystère effarant, mais paraîtrait-il qu'il ait écrit des livres plutôt populaire – ma mère et celle de Ron les ont lus et aimés. Je vendrais ma mémé – Dieu ait son âme – pour avoir ce prof à la place du mien !
On remonte la rue jusqu'à la patinoire. Cette après-midi, après les cours, nous avions un camp d'entraînement, j'ai bien failli oublier, encore heureux que j'aie amené mes vêtements de sport. Ça l'affiche toujours très mal un capitaine qui ne se pointe pas à l'entraînement.
En passant devant la cafétéria du forum, on voit un attroupement de nos joueurs et on peut entendre la voix du coach Adams qui gronde comme le tonnerre. Je m'approche avec les autres et trouve le p'tit Luke rejeté comme toujours, condamné à tendre l'oreille pour percevoir des bribes d'informations.
—Qu'est-ce qui se passe ? je demande à voix basse.
—Je n'ai pas tout compris, répond Luke en fronçant les sourcils de concentration. La patinoire ne serait pas disponible.
—Quoi ? Pourquoi ? Elle est réservée, non ?
—Oui, c'est ce que je me dis.
Il me fait un sourire défaitiste en secouant la tête vers les autres types de trente bons centimètres de plus que lui. Comme je ne suis pas d'humeur à demander poliment, je les accroche un par un et les pousse d'un côté puis de l'autre pour me frayer un chemin jusqu'en première ligne. Je ne suis pas plus con qu'un autre ; c'est évident que n'ayant pas été capitaine, je me serais fait fracasser puis remis derrière. C'est pourquoi je bénis ma fonction, encore une fois.
Quand j'arrive à droite de Adams, il me jette un bref regard courroucé – qui se transforme en lassitude l'espace d'un instant – puis il se remet à crier. Le gamin laid, pleins de boutons, coiffé d'une chouette casquette verte et mauve, continue de hausser les épaules en grimaçant de mal aise. Il est exactement le genre de gars qui fait des cauchemars chaque nuit à l'idée de se faire encercler par de grands hockeyeurs et ça transparaît sur son visage volcanique.
—Qu'est-ce qu'il y a ? je m'informe auprès du taon.
Il me regarde, comme stupéfait que je lui adresse la parole – c'est si dur à croire que je suis quelqu'un de «gentil » ?
—Hier, quelqu'un a éteint la génératrice de la patinoire et la glace à partiellement fondue, m'explique Adams. Elle n'est pas patinable.
Oui. Là, évidemment, rien de ce qu'on fera n'y changera quoi que ce soit.
—Il n'y a que la glace, se confond la face de boutons. Tout le reste est O.K.
—C'est génial ! je fais faussement réjoui. Tu proposes que l'on prenne notre douche tous ensemble pendant deux heures ?
Je sais que dans l'absolu, ça ne devrait pas être une idée qui me révulse, mais dans le cas présent, ce sont tous des amis – où des connaissances trop intimes pour que j'apprécie ce qu'il y a à apprécier.
Mon petit bonhomme de l'entretient blêmit et se confond en excuse, sur le point de se laisser aller dans son pantalon. Je n'avais pas dans le but de lui faire un effet pareil, en général, c'est de Ron qu'on a peur, pas de moi.
—Arrête, Harry, ce n'est pas sa faute, fulmine Adams en tournant sa colère vers moi.
—Je sais ! Je ne voulais pas lui faire peur, je me défends. Excuse-moi,…
—Colin, Colin Crivey.
—Colin, je finis.
Un pâle – très pâle – sourire étire sa bouche et je pense voir poindre l'éclat métallique d'un appareille dentaire. Il n'a vraiment pas de chance ce gamin-là ! Il a tout pour déplaire. Manque plus que les cheveux gras et c'est le stéréotype des adolescents de série télé.
—Qu'est-ce qu'on va faire ? je demande au coach.
—Du cardio.
Les cris de protestations s'élèvent derrière moi et je fais de gros efforts pour ne pas me joindre aux autres, histoire de montrer le bon exemple. Je ne retiens pas, par contre, la grimace très significative qui fait sourire Adams.
L'homme frappe dans ses mains pour ramener le calme et nous dit qu'on n'est pas obligé de participer, mais que ça ne montre pas un très grand esprit d'équipe. En lisant entre les lignes, ça donne plus ou moins : «Si tu cours pas, tu ne fais pas partie de l'équipe. »
Toute l'équipe descend dans le vestiaire avec une tête d'enterrement et lambine en se changeant, étirant au maximum le temps avant de ressortir.
La course, c'est vraiment pas mon truc. Si ça l'avait été, j'aurais fait football ou soccer ou rugby. Si j'ai pris hockey, c'est bien parce qu'avec des patins, on se déplace vite avec un minimum d'effort. En plus, on a tous un régime spécial qui donne une carrure massive, c'est toujours mieux pour plaquer et encaisser d'éventuels coups. C'est tout un bloc à déplacer en courant. Il n'y a que le p'tit Luke qui soit assez à l'aise dans son corps pour courir.
Au bout de quinze bonnes minutes, on est rassemblé sous le soleil sombre de l'après-midi, devant la patinoire, et on se plaint en attendant les consignes.
—Vos gueules, les mémères, nous coupe le coach en arrivant.
Il nous fait signe de le suivre, une carte roulée sous son bras. Il nous amène jusqu'à sa voiture et jette la feuille qui s'ouvre sur son capot.
—Vous connaissez tous le coin, non ?
On hoche la tête, pour la plupart.
—Vous connaissez le service de garde Katerie ?
Hochement de tête encore une fois, les mêmes. Pour la plupart, c'est là où on se faisait garder avant d'entrer à la maternelle. C'est à Cardwell et puisqu'il n'y en a pas à Valleyfield, on le partage.
—Ma nièce y est à l'instant même. On va aller lui faire un petit bonjour.
—Quoi ? je m'écris. C'est à un bon quatre kilomètres !
Chuchotement suite à ma oh ! combien indispensable remarque.
—Oui, bien en petite foulée, ça vous prendra environ une heure l'aller-retour.
J'en reste baba.
J'exècre la course et je vais me taper huit putains de kilomètres en petites foulées ? Non, mais il est malade ? Je vais rendre l'âme bien avant d'y être arrivé.
—C'est pas à Cardwell, ce machin ? demande soudain une voix.
—En plus, j'appuie.
—Hé, les gars ! nous rassure Adams. Je l'ai dit tout à l'heure, ce n'est pas obligatoire.
Il nous fait un sourire supérieur et mes dents grincent tandis que je le traite de noms d'oiseaux dans ma tête.
On part en troupeau, Luke bien en avant fait son truc de futur olympien en athlétisme et Adams monte dans sa voiture pour nous suivre. Je me retrouve un peu à la masse dès le début. Il y a bien deux ou trois personnes derrière moi, mais ils sont tellement plus énormes que ça ne m'étonne pas. J'ai dis à Ron, Dean et Seamus de ne pas m'attendre, il choperait des points de côté et des crampes à se forcer à courir à mon rythme ou moi aux leurs. Une petite partie de moi espérait quand même qu'ils ne m'obéiraient pas aux mots et qu'ils se fassent plus lents, mais c'est tombé à l'eau.
Au bout de vingt-cinq minutes, on est devant le Manoir Malefoy et je peux vous dire qu'il fait son effet. Toutes les paires d'yeux sont tournées vers la grosse baraque et c'est à peine si le goudron n'est pas couvert de la bave de mes coéquipiers. Pour ma part, j'essaie de me faire tout petit. Manquerait plus que ça qu'il y en ait un qui sorte – Malefoy ou son père, en fait – et me voit gambader dans la rue.
Ils sont en train de me semer et je m'en fou royalement, à essayer de les suivre, je vais me déchirer un truc – à priori, ce serait le machin dans la hanche qui me fait foutrement mal depuis un kilomètre. Heureusement, patapouf un, deux et trois, eux, marchent à des mètres de moi et je ne le sais que parce que j'entends Adams leurs hurler de «bouger leurs gros culs pleins de gras » —je cite.
Quarante-cinq minutes – approximativement – après le départ, je m'effondre dans la pelouse, suffoquant sous la chaleur qui m'étrangle presque et commence à tousser comme un tuberculeux. Je ferme les yeux en montant mes mains à mon cou et inspire difficilement en lâchant des gémissements aigus qui me cisaillent la gorge.
—T'as fini de faire ton cinéma ? demande la voix du Seigneur – de Ron en fait.
Pour toute réponse, je lui lève fièrement le doigt du milieu, ce qui exprime, dans le langage non-verbal, que je lui demande de me laisser crever en paix.
Ses pas s'éloignent, puis reviennent peu de temps après. Je lève la main, prêt à lui faire d'autre signe du genre du premier quand je sens un jet tiède sur mon visage.
NON MAIS IL ME PISSE DESSUS CE GROS DÉGUEULASSE !
Je bondis sur mes jambes avec la ferme intention de lui péter la gueule purement et simplement, mais il me jette une bouteille d'eau dans la tête. Je la regarde, incrédule, longuement, puis fronce les sourcils.
—Tu peux boire, grand dédaigneux, je l'ai gardé exprès pour toi.
—C'est avec ça que tu m'as arrosé ?
—Oui.
Oh petit jésus ! Merci !
—Tu m'as vraiment foutu les boules, je cris en lui envoyant mon poing dans l'épaule.
Il hausse un seul sourcil.
—J'ai cru que tu me pissais dans la face.
Il se fige et me dévisage comme si j'étais résolument devenu cinglé.
C'est vrai qu'en y réfléchissant, pisser sur quelqu'un, ce n'est pas une bonne blague qu'on se fait entre amis, mais sur le coup, c'était très crédible.
Pour qu'il cesse de me fixer comme un ahuri, je lui envoie une bonne giclée tiède en plein visage et tire la langue de façon délicieusement mature. Il rigole et tente de m'attraper pour me corriger, mais je file au petit trot – pas la peine d'essayer de m'enfuir à toute jambe, je n'ai plus de souffle —et me planque près de la maisonnette ou traînaillent les enfants, obnubilés par notre présence.
Ron finit par me trouver et, comme dernier espoir de me sauver, je me mets à tirer des jets d'eau dans tous les sens.
—Imbécile ! Tu devrais la boire au lieu de gaspiller !
Il marque un point. Je me mets le bec dans la bouche et aspire tout le contenu d'un trait – il ne restait pas grand chose.
—Tu le paieras à un moment où à un autre, me souffle Ron en m'arrachant la bouteille en plastique vide des mains.
—Mais non ! On est quitte !
—Tu rêves carrément.
—HÉ ! J'ai dit que vous pouviez vous arrêter une fois arriver ? Ramener vos fesses au forum, maintenant !
Je sursaute en voyant Adams descendre de son auto. On repart en gueulant, grognant, chialant pendant qu'il va dire bonjour à une fillette blonde qui sautille devant le grillage en l'appelant.
On refait tout le chemin en sens inverse, donc. Ron reste avec moi cette fois, parce qu'il a trouvé le temps long loin de ma présence divine, s'étant retrouvé avec Terry O'Reil. Quand on passe devant le manoir de Malefoy, je me réjouis de penser qu'on y est presque. J'imagine déjà ma douche glaciale avec l'épaisseur de transpiration que j'ai sur le corps.
J'espère que je ne suis pas aussi rouge que Ron…Quoi que lui, avec ses tâches de rousseur, c'est sûr, c'est moins avantageant.
On discutaille la tête ailleurs quand tout à coup, une Mercedes argent déboule devant nous et manque de nous écrabouiller comme des galettes. Ron et moi figeons, la bouche grande ouverte et mes genoux se mettent à flageoler quand je sens le pare-chocs appuyé sur mon tibia. Je pense défaillir quand un rugissement furieux me fait tressaillir.
Ron est rouge de rage et commence à hurler sur le conducteur pendant que je tremble de partout à côté de lui.
Je jette un œil à travers le pare-brise. Oh my gosh ! C'est le père de Malefoy. Il a les yeux exorbités et nous dévisage totalement halluciné.
J'empoigne le bras de Ron à deux mains – j'ai du mal à serrer les doigts tellement ils sont fébriles – et m'appuie de tout mon poids sur lui pour le faire bouger. Toujours en gueulant, il me laisse le traîner plus loin. Une fois que l'auto est hors de vu, il semble réaliser que je suis au bord de l'apoplexie.
—Harry ! Désolé, ça va ?
Ouais, je fais d'une petite voix. J'ai vu ma vie défiler.
Il me frictionne l'épaule brusquement et me sert d'appui pendant le reste du voyage. Comme nous étions côte à côté, seul l'un de nous a été en contact physique avec la tôle de l'auto. Le seul, c'est moi. Je suis un Miraculé ! Sans déconner, j'ai vraiment cru mourir quand j'ai vu l'éclair argenté.
Dans le vestiaire, Dean et Seamus vienne prendre de mes nouvelles. Il paraît que j'ai l'air d'un zombie. Au contraire, je me sens un peu plus fort que tout à l'heure. Je suis un Miraculé, je vous dis ! Harry Potter, le survivant, c'est moi ! J'ai passé à un cheveu de me faire passer sur le corps par une voiture, merde !
—Et c'est parce que tu es un survivant que tu vas rester dans ta crasse ? me questionne Seamus avec un sourire suffisant. C'est quoi ? Tu ne veux plus jamais laver cette sueur porte-bonheur ?
—Fous-lui la paix, Seam', gronde Ron en prenant ma défense. Tu sais que Harry veux sa douche donc il attend qu'il n'y ait plus beaucoup de monde.
Je souris à Ron alors qu'il s'éloigne avec sa serviette autour de la taille, Seamus le taquinant et Dean à leur suite.
C'est vrai que j'ai de la chance d'être naturellement dédaigneux et pudique, parce que je n'aurais pas su quoi inventer pour expliquer que je ne pouvais pas prendre une douche avec les autres gars. N'allons pas imaginer qu'il y ait un problème au niveau de la mécanique de la machine. Je ne pense pas que voir ces gars-là tout nu sous la douche me ferait bander assez pour en paraître suspect. C'est juste que j'ai peur d'avoir de mauvaise surprise. Puis je n'ai pas envie de me retrouver à poil dans les douches avec d'autre gars. Je pense que c'est assez normal. Imaginons un gars qui prend sa douche entouré de filles qui prennent leur douche elles aussi, pas sûr qu'il serait super à l'aise.
Le bloc se vide et j'y entre. Je vais entre Seamus et Ron et commence à me savonner minutieusement ; je suis sacrément collant.
—Demain on rentre en sport, me signale Ron en me tendant son shampooing.
—C'est pas vrai ? je marmonne.
—Si. Éducation physique avec Bibine, c'est ça ?
Dean acquiesce en fermant son arrivée d'eau.
—J'ai déjà mal dans les jambes, je geins atrocement. Je veux pas y aller.
—Ouais, c'est un détail, m'abrège Seamus. Tu feras des étirements ce soir et demain tu seras comme neuf !
Oui, c'est cela, des étirements. En rentrant chez moi, je plonge dans mon lit – tout nu, parce que j'aurais pas la force de mettre un pyjama – et je dors jusqu'à demain.
O
O
Quand on dit qu'on aurait mieux fait de ne pas se réveiller.
Ce matin, la sonnerie de mon réveil n'a pas réussi à percer l'épaisseur de mes draps et c'est ma mère qui est entrée – en panique totale – dans ma chambre pour me brasser comme si j'étais une cruche de jus d'orange avec pulpe. Encore heureux que je me sois endormi sur le ventre et qu'elle n'ait pu voir que mes fesses, parce que rien que de penser qu'elle aurait pu voir le côté face me fait rougir de honte.
Je suis assis à sa gauche dans l'auto et je ne peux pas m'empêcher d'imaginer tout ce qui a pu lui passer par la tête en voyant ma lune. Sûrement rien de bien méchant – c'est ma mère, quand même ! – mais c'est drôlement gênant comme situation.
Elle me dépose devant le secrétariat général et je me lève rapidement. Non pas parce que j'espère encore pouvoir arriver à l'heure, la cloche sonne dans moins d'une minute et je ne suis même pas encore à mon casier. Je suis simplement pressé – et ravi – de la quitter.
—Tu ne me dis pas au revoir ?
Mes joues chauffent un peu et je bégaie un bref «bye ! » avant de me tirer vite fait vers l'entrée principale de l'école.
Je vais voir la secrétaire et elle me signe un mot de retard avant de me laisser passer pour rejoindre le vestiaire des filles. Je traverse rapidement les casiers, la place principale qui joint les deux vestiaires et me retrouve du côté des gars. Je jette mon sac et mon repas dans le fond du casier – il s'empile sur les affaires d'Indy – et prend mon sac de sport pour me dépêcher d'aller au gymnase.
C'est un mauvais début avec Bibine. J'ai deux minutes de retard et je ne sais pas dans quel hall le cours se passe. Je m'arrête devant le babillard, mais je n'ai aucune idée du numéro de groupe auquel j'appartiens. Je suis dans la merde.
La porte d'un des gymnases s'ouvre alors d'un coup et une fille sort en courant, le nez dégoulinant de sang en hurlant et en pleurant. Un ballon de basket-ball s'échappe par le panneau battant et rebondit jusqu'à mes pieds. La fille détale jusqu'au toilette sans même m'accorder un regard – je ne pense même pas qu'elle puisse voir à travers ses larmes – et je la suis des yeux en ramassant le ballon. C'est quand même malheureux de se prendre un truc de la grosseur d'un melon d'eau en plein visage. Ça va laisser des marques, pauvre chérie.
—Hé ! on m'interpelle tout à coup. Le ballon, passe !
Je pivote sur mes talons et tombe nez à nez avec Malefoy, en costume de sport, les mains levées au niveau du torse, prêt à recevoir une passe.
—Potter ? Qu'est-ce que tu fous là ? En retard pour protéger la veuve et l'orphelin.
Son regard se dirige sur les toilettes des filles où l'on peut entendre le robinet d'eau couler. Je grimace en lançant le ballon au sol qui, après un rebond parfaitement calculé, va directement dans les mains de Malefoy.
Il commence à dribler en venant vers moi et un petit sourire lui étire les lèvres.
—Tu as sport ? il me questionne. Où alors tu es juste perdu ?
—Pourquoi ? Tu m'indiquerais le chemin, peut-être ?
Il rit jaune en me rendant la passe que je lui avais faite. Parfaite, la sienne aussi. Si ce n'est pas du défi ?
—Un petit un contre un ?
Je fais rebondir le ballon mollement en regardant l'horloge affichée au mur ; j'ai plus de cinq minutes de retard. Ça va sérieusement barder quand je vais arriver.
—Pas de temps à perdre, je réponds en venant lui donner la balle directement dans ses mains.
—Tu as peur de perdre ?
Je fais non de la tête en entrant dans le gymnase le plus près.
J'ai de la chance, je tombe dans le bon. Je vois Ron assis par terre avec Seamus et Dean qui discutent pendant que Bibine fait des démonstrations aux différents postes du Training Center qu'elle nous a installé. Je m'avance dans la salle où le bruit de mes pas résonne jusqu'à attirer les regards de tous. Mes amis sourient tandis que la prof, elle, m'adresse un regard courroucé. Elle pointe un banc en bois dans le fond du hall et je m'y installe en attendant qu'elle ait fini.
—Mr Potter ? elle demande en arrivant.
J'acquiesce en lui tendant mon mot d'excuse qu'elle prend et dépose sur le banc sans même y jeter un coup d'œil.
—Je ne tolérerai aucun retard dans mon cours, Mr Potter. Je sais que l'éducation physique est une matière que beaucoup prennent à la légère, je me ferai donc beaucoup plus exigeante. Vous passerez votre première période au Relais, Potter. C'est au local cinq cent soixante, au deuxième étage.
Je sursaute quand je comprends qu'elle m'envoie en retenue interne – bien oui, je mets du temps à comprendre, je suis un sportif. C'est un comble ! Pour quelques secondes de retard, seulement !
—Mais je ne savais pas, je me plains. Je ferai attention à l'avenir, je suis passé tout droit ce matin.
—Oui, bien je ne veux pas entendre ce genre d'excuse à chacun de mes cours du mardi matin. Au Relais, Potter.
Irrité, je ramasse mon sac de sport rageusement et sort du gymnase sans ajouter un mot.
Dehors, je vois un autre prof de sport en train d'incendier Malefoy. Je m'arrête en plein milieu du corridor, surpris qu'il ne m'ait pas encore vu, et écoute, sans chercher à me faire plus discret que je ne le suis, leur conversation. On dirait que ça chauffe pour Malefoy.
—…de ne pas faire de longues passes, oui ou non ? Je l'avais dit, n'est-ce pas, Drago ?
—C'est elle qui va se foutre en plein passage quand je viens de demander la passe à Ted. Puis je n'ai pas fait exprès, j'ai intercepté, esquivé puis repassé, je ne l'ai pas vu.
—Oui, bien, au lieu de tournoyer sur toi-même pour impressionner tout le monde, tu aurais dû faire attention. Elle pourrait avoir des séquelles, tu n'as pas trop l'air de t'en rendre compte !
Oh ! Mince ! C'est Malefoy qui a envoyé un ballon en pleine face à l'autre fille.
—Elle était déjà bien amochée au départ, avec de la chance, elle sera mieux…
—Arrête avec tes blagues malhonnêtes, Drago, le coupe froidement le professeur. Tu n'entreras pas dans mon cours tant et aussi longtemps que Millicent ne sera pas capable d'y venir, elle non plus.
—Quoi ! s'écrit Malefoy d'une voix aiguë. C'est une blague ? Elle avait l'œil gros comme mon poing !
Le professeur fait claquer sa langue de satisfaction et tourne les talons. Leurs deux regards tombent sur moi en même temps et je me mets à avancer, pour faire semblant que je suis là depuis quelques secondes.
—Où allez-vous ? m'interroge le prof de Malefoy.
—Au Relais.
Il hoche la tête et retourne dans son gymnase.
Malefoy grogne de mécontentement et s'éloigne dans le corridor, moi sur ses talons. Je le suis à bonne distance pour qu'il ne croie pas que je le fais de mon plein gré, ce qui est tout à fait exact. Tout à coup, il bifurque dans un local d'entreposage. Curieux, j'accélère pour voir ce qu'il fait quand un cri me fait sursauter et qu'un bruit de course revient vers moi.
Il ressort avec un ballon sous le bras, m'accroche au passage par le poignet et me tire derrière lui jusqu'à la sortie d'urgence du fond du bâtiment. On se retrouve dehors, derrière l'école et, sans décélérer, Malefoy commence à contourner le premier angle. Arrivé au coin, je peux voir le concierge, Rusard, qui sort par la même porte que nous et regarde tout autour.
J'arrête de me faire boulet pour Malefoy et commence à courir moi aussi, il ne manquerait plus que je me fasse prendre aussi à cause de ce crétin. On atterrit enfin dans le stationnement et on se permet de ralentir. Je me penche et m'appuie sur mes genoux pour reprendre mon souffle, j'en profite pour mettre mon sac par terre. Debout, à ma gauche, Malefoy halète en montant la garde.
—A quoi tu joues ? je crache avec humeur.
—On va se le faire, notre un contre un.
Je hoquète de surprise en me redressant d'un coup, sans avoir reprit tout mon souffle. C'est étourdissant, un peu.
—Tu vois des pleins blancs ? ricane-t-il en me voyant me tenir le front.
—Non, mais toi, tu ne vas pas tarder à voir des étoiles.
Il pouffe, moqueur, et commence à faire rebondir l'objet de son pillage sur le béton. On se déplace gentiment vers l'aire de jeu où il y a un panier.
Sur le bord du terrain, je laisse mon sac tomber et enlève mon débardeur pour avoir moins chaud. Voyant mon geste, Malefoy enlève son polo, déboutonne le haut de sa chemise et remonte ses manches. Il me tend le ballon, mais je secoue la tête en me mettant en défense sous le panier.
—Tu me laisses des chances ? argue-t-il avec un sourire malicieux. Tu ne devrais pas.
—On fait une partie à quinze.
Il saute à la verticale et lâche le ballon. Son lancé fait une trajectoire parabolique parfaite et le ballon passe dans l'anneau sans même y toucher.
—Trois, il fait, vainqueur.
Ce n'était qu'une analyse de son jeu. On fait tous des erreurs au début.
Je me rapproche et tente un bloc tandis qu'il essaie de lire à travers mon regard. Il feinte sur la gauche et je le suis comme un con, avant de rapidement repartir sur la droite et lancer encore. Heureusement, mes réflexes sont aussi rapides dans ce sport que dans les autres et j'arrive à dévier son tire. Je souris avec allégresse et revient me placer devant lui.
—Tu n'auras pas cette chance encore, il grince en plantant son regard dans le mien.
Il veut parier ?
Je pars en trombe sur sa gauche et jette en suspension un tire qui me vaut…
—Deux points ! je m'exclame en revenant vers lui.
—J'en ai trois, il se défend.
—Un de plus et dans une seconde, un de moins.
C'est ce qui arrive, en effet.
On joue pendant de longues minutes et la température semble grimper. Je pensais qu'on avait de la chance, au début, en voyant les conditions. Pas de nuage, pas de vent et un beau soleil dans le ciel. Finalement, j'aurais préféré un petit coup rafraîchissant.
Les chemises s'ouvrent et les pantalons se retroussent. On a laissé tomber les ceintures depuis un bon vingt minutes et nos cravates gisent dans la pile de vêtement. C'est intolérable de voir à quel point j'ai chaud et je sue alors qu'il a l'air frais comme une rose en dehors d'un léger essoufflement.
—Tu fatigues, Dud ?
Je grogne en l'entendant m'appeler ainsi. Dudley Dursley, c'est mon cousin. Il fait de la boxe et doit être gros comme quatre personnes comme moi – il doit d'ailleurs être capable de manger quatre personne comme moi. Il était en Primary School avec nous – j'entends Malefoy et moi par nous – et plus jeune, on faisait à peu de chose près le même gabarit. J'ai toujours eu peur de lui ressembler, de devenir aussi gros que lui. Heureusement, je n'ai jamais atteint ce point d'obésité, mais Malefoy à toujours trouvé très drôle de faire semblant de me confondre avec lui. D'où le surnom « Dud ».
—On en est à combien ? je demande en tirant sur les secondes de répit que la réponse va m'emmener.
—Douze à dix pour toi. Passe le ballon.
J'ai vraiment trop chaud.
Je jette vaguement le ballon dans sa direction et m'en vais vers mon sac de sport. Je dois avoir une bouteille d'eau quelque part.
—Tu déclares forfait ? m'interroge-t-il d'un ton désappointé.
—Non, attends une seconde.
Je finis par mettre la main sur ma gourde et en bois une longue gorgée. J'enlève ma chemise et m'asperge la tête et les épaules en visant de temps en temps ma bouche qui s'assèche sans arrêt.
En me retournant, je vois Malefoy qui grimace en me dévisageant. Je lui temps la bouteille et cela semble le surprendre.
—Tu m'en offres ?
—Tu n'as pas la tuberculose, non ?
Il secoue la tête en laissant tomber le ballon et en venant vers moi.
—Bien bois, alors !
Il ne se le fait pas demander deux fois et me prend ma gourde des mains. Moi qui répugne à partager ce genre de chose en général, je ne sais pas pourquoi, mais lui, ça ne me dérange pas. On dirait que la bouche de Malefoy n'est pas comme celle des autres. Je l'imagine mal recracher les saletés qu'il a entre les dents ou baver sur le goulot. Lui, c'est différent.
Il penche la tête en avant et se verse une bonne rasade d'eau dans la nuque. Il s'ébroue un peu pour ne pas mouiller le col de sa chemise désormais totalement ouverte et ses cheveux partent dans tous les sens.
Merde de merde ! Je vais mal jouer avec cette vison de lui. Il est vraiment intéressant à voir comme ça.
—Sympa, dit-il comme tout merci en me rendant la bouteille.
Je deviens tout rouge et me fourre directement la gourde dans la bouche en me retournant. Je pompe l'eau jusqu'à finir le contenant au complet et range le tout dans mon sac. Il faut absolument que je remette mes idées en place. C'est Malefoy, bordel ! Je ne peux pas perde devant Malefoy.
Ressaisis-toi, Harry ! C'est la fouine !
Je me retourne vers lui et vois qu'il n'a pas bougé, même pas pour récupérer le ballon. Il intercepte mon regard et sursaute en réalisant, lui aussi, qu'il est resté planté là comme un idiot. Il se retourne et se penche pour récupérer notre balle.
Ressaisis-toi, Harry ! C'est juste les fesses fermes de la fouine…
—Dépêche ! J'ai cinq points à marquer, moi.
Je me positionne devant lui, il feinte et marque encore un trois points. C'est chiant, mais je ne me sens plus l'envie de jouer, de me donner et de gagner.
Il revient pour son deuxième tire quand la cloche sonne tout à coup et que les portes de l'école s'ouvrent. Malefoy blêmit et me regarde, interloqué.
—Les surveillants, murmure-t-il avec inquiétude.
D'un même pas, on court vers nos vêtements, on ramasse nos affaires et on repart en courant dans le stationnement. Malefoy va planquer le ballon de basket-ball sous une voiture et me rattrape dans le gazon dans l'ombre de l'école.
—Qu'est-ce que tu fous ? je demande en courant. Tu ne vas pas le rendre ?
—Pas maintenant en tout cas ! Rusard ne doit attendre que ça !
—Et si le gars de la voiture s'en va sans voir le ballon ?
—Aucun risque.
On pique un sprint sur les quelques derniers mètres et on arrive à rattraper l'équipe de tennis qui entre par la porte d'urgence, évitant d'ameuter Rusard. Malefoy tourne dans la première chambre pour se changer et je continue jusqu'à trouver celle où doit le faire mon groupe.
Au final, je me prends une douche là où il y a des joueurs et passe rapidement sous le jet pour m'ôter les odeurs et la sueur.
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Je suis en retard. Foutrement en retard, même. Je ne pensais pas avoir tant traîné sous la douche ; le choc quand j'ai entendu la cloche retentir pendant que je me séchais.
Enfin ! Je n'ai pas vu Ron et les autres et je n'aurais même pas le temps de parler avec Hermione vu que le cours sera commencé. Je monte les dernières marches en vitesse – j'ai un peu mal aux jambes – et tourne dans le couloir de math. A mi-chemin entre la classe et moi, je vois Malefoy aussi pressé que moi.
—Malefoy !
Il se retourne et ses yeux rondissent quand il me voit. Je me dépêche de le rejoindre et quand j'arrive à sa hauteur, il s'éloigne un peu de moi.
—Qu'est-ce que tu veux ? il me demande froidement.
—Arriver en même temps que toi, ça aura l'air moins suspect.
Il me dévisage et je ne comprends pas sa réaction. Ce n'est pas si étrange de vouloir avoir l'alibi du groupe pour ne pas se faire envoyer au Relais.
Je frappe à la porte et Pascal lève la tête pour nous voir à travers sa petite fenêtre. Il fait quelques signes à la classe en parlant – il est du genre visuel, je suppose – et se précipite vers nous.
—Vous êtes en retard ?
Je dois me retenir pour ne pas lui répondre un truc du genre «Non, de quoi tu parles c'est vous tous qui êtes en avance ! »
—Quel sens de l'observation, souffle Malefoy avec arrogance.
Il y a un léger malaise pendant un moment, puis Pascal nous laisse passer et on se dépêche d'aller s'asseoir. Il téléphone avec l'appareil interne à la secrétaire et enlève notre absence. Il retourne à son bureau et ramasse nos deux examens pour les faire passer dans les rangées.
Sur ma feuille, il y a toutes les marques en rouge de Malefoy et des notes de Pascal en orange. Au verso, il a noté : Nécessite une révision complète des bases de quatrième secondaire. Bien sûr ! Il pourrait aussi m'y renvoyer tant qu'il y est ! Il faut juste que je relise un peu mon cahier de théorie de l'an passé – si je ne l'ai pas jeté, bien sûr – et que je me remémore les sept lois des exposants.
Il reprend à l'exercice où il en était – le troisième – sans trop se soucier du retard de moi et Malefoy. De toute façon, j'ai tout faux et lui tout bon. C'est à se demander pourquoi cet emmerdeur n'a pas le look d'un ringard, brillant comme il l'est. C'est injuste. C'est lui qui devrait avoir des lunettes et des cheveux ébouriffés !
Je lui jette un coup d'œil très discret – à tout ce que je l'ai maté aujourd'hui, il risque de s'imaginer des choses – histoire de savoir s'il gribouille encore dans la marge de son cahier. Il est endormi. Peut-être pas profondément endormis, non plus, plutôt assoupi, mais en tout cas, il a la tête couché sur ses bras et les yeux fermés.
C'est frustrant ! Je sais – comme tout le monde dans cette classe – qu'il n'a pas besoin d'écouter, il est déjà bien assez bon, mais tout de même. Moi non plus je ne devrais pas avoir à me taper tout cela. Je les connais, ses lois et ses calculs, c'est juste que je ne m'en souviens plus.
Enfin ! Au final, je prends note des quelques remarques que Préville nous dit en corrigeant le test – j'ai pitié de le voir ainsi parler dans le vide. Je suis en train d'écrire la loi numéro trois – quotient de puissance : on élève chacun des facteurs à la puissance – quand je suis foudroyé ! J'ai une crampe insensée qui me prend à la côté et mon estomac lâche un cri de la mort.
J'ai faiiiiiiiiiim !
La vache ! J'avais même pas réalisé à quel point j'avais un trou dans le ventre. C'est vrai, en y pensant, que tout être normalement constitué se sentirait pareil que moi. Je n'ai pas soupé hier soir, ce matin, pas le temps de déjeuner, une heure de sport en arrivant et pas de collation entre les deux.
Une deuxième crampe me plie en deux et on dirait qu'un mauvais clown fait du yo-yo dans mon ventre. Je regarde les autres autour de moi, ce serait gênant qu'ils entendent mon ventre gargouiller comme un crève-la-faim.
Je laisse tomber ma tête sur mon bureau pour m'empêcher d'y penser. Midi doit bien arriver, non ? Coup d'œil à la pendule…Bingo ! Midi quatre, dans une minute on va dîner.
La sonnerie stridente et libératrice éclate et je me lève d'un bond.
—Aïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïïe !
Je retombe assis sur ma chaise et Malefoy se réveille d'un coup en sursaut. Tout le monde me regarde et je rougis en me laissant glisser sur ma chaise jusqu'à disparaître du trois-quarts sous mon pupitre. Les autres élèves se lèvent et quittent le cours en chuchotant – sur mon dos, il va s'en dire. Je me lève doucement à mon tour en faisant attention à mes jambes.
Quand je me suis levé, elles ont barré d'un coup et j'ai senti exactement la même chose que si l'on avait détaché mes muscles de mes os avec une spatule. Je suis courbaturé comme jamais dans ma vie et j'ose à peine croire que je puisse tenir debout.
Hermione vient me voir tandis que Malefoy s'en va en rigolant. J'imagine qu'il sait pourquoi j'ai crié. La honte !
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Toute la troupe est rassemblée autour de notre table de pique-nique. Les autres gars se font des basses avec un ballon de football – je ne sais pas où ils ont été le chercher – et les filles sont assises avec moi. Elles parlent pas mal, mais comme ce sont mes amies, dans tout ce qu'elles racontent, il y a un quart des sujets qui m'intéresse. J'irai bien jouer avec les autres, mais je préfère laisser reposer mes gambettes sur le banc.
Seamus finit par revenir s'asseoir, prétextant vouloir me tenir un peu compagnie – je fais tellement pitié – mais on sait tous que c'est qu'il est fragile, le jeunot.
—J'avais peur que tu vires tapette avec toutes ces filles, rugit-il en repoussant mes jambes par terre pour s'asseoir.
Je bloque une ou deux secondes – genre de moment ou je me demande s'il est sérieux ou homophobe – alors que les filles réagissent avec virulence. Hermione s'abstient en blêmissant, essayant de ne pas paraître trop concerné – si elle pouvait éviter de me faire un sourire compatissant, ç'aurait l'air plus vrai.
—Puis qu'est-ce que ça peut faire si Harry vire gay ? questionne Lavande, grinçante.
TA GUEULE ! j'hurle intérieurement.
Hermione a un sursaut et s'oblige à ne pas me regarder – je le dis comme ça, c'est parce que c'est FLAGRANT qu'elle veut me regarder.
—Pourquoi, tu saurais des choses que je ne sais pas, Lavande ? la taquine Seam'.
—Non, sérieusement, l'interrompt Parvati. Les garçons font toujours toute une histoire de l'homosexualité. Qu'est-ce que ça pourrait faire si un de tes amis t'apprenait qu'il est gay ? Harry par exemple ?
Non mais n'en remettez pas une couche, non plus.
On se prend pour le psychologue nouveau genre qui veut régler le problème de l'homophobie dans le milieu scolaire ou quoi ?
J'ai juste envie de me lever et de m'en aller – ou de me mettre à pleurer en me roulant en boule et en giflant à tout va. Hermione, fait quelque chose, s'il te plait !
—Ça n'arrivera jamais, coupe Seamus avec un petit sourire.
—C'est un exemple, Seam', ce n'est pas forcément le future, c'est juste pour savoir. Qu'est-ce que tu ferais si Harry venait te dire qu'il est gay ?
—Ça n'arrivera pas !
—Il paraît qu'une personne sur dix l'est, attaque Padma, c'était dans un article de journal. Donc Harry pourrait le faire s'il…
—Vous êtes chiantes avec ça ! s'écrie finalement l'Irlandais en se levant. Harry n'est pas une pédale, vous allez me foutre la paix avec ça ?
Il s'en va d'un pas rageur et les filles commencent à pousser des cris d'indignations.
Je ne trouve pas ça drôle du tout. J'ai l'impression d'avoir prit une claque magistrale en plein visage et j'ai un drôle de sentiment. C'est con, mais j'ai l'impression de pleurer par en dedans. C'est vrai qu'en général, les gars ont du mal à accepter l'homosexualité – masculine, attention ! parce que féminine, il n'y a pas de problème – mais il ne se doute même pas à quel point c'est plus dur pour nous. On dirait que c'est un jeu, que c'est très marrant, que je me suis réveiller un matin en découvrant que je suis une tapette et que depuis je m'envoie des mecs en dessous de la ceinture avec la plus grande décontraction qu'il y ait. Eh bien pas du tout ! Je suis encore puceau et j'en crève chaque jour. J'ai des besoins et des envies, pareil à tous les hétérosexuels de mon âge, mais je n'ai que très peu de chance, dans mes conditions, de perdre ma virginité avant encore des années.
C'est dur, parce que je refuse de prendre le premier venu pour assouvir mes désirs. J'ai de la dignité et de l'intégrité, beaucoup trop d'ailleurs et parfois j'en suis content. Puis j'ai peur d'avoir à le faire avec une personne juste parce qu'elle serait comme moi. Gay. Je sais que dans l'avenir, j'aurais toujours un choix plus restreint, il pourrait être hétéro, il pourrait être gay, mais sans que je ne le sache, il pourrait aussi être totalement homo, mais que je ne l'intéresse pas. Jusqu'à ce que je le trouve, ça pourrait être long.
Ce n'est pas que je veuille me réserver pour LE seul et unique gars de ma vie, de notre rencontre à notre mort – seigneur ! non ! – je veux juste coucher avec par envie et non pas par dépit.
Si Seamus est vraiment homophobe, tant pis pour lui. S'il croit vraiment dur comme fer qu'avoir une folle dans son entourage est une tare, je m'en fou. On verra, le jour où je le lui dirai, s'il change sa façon de voir les choses.
—Je vais mettre mes affaires dans mon casier, je dis aux filles en me levant.
—Je viens avec toi, s'écrit Hermione.
Ses copines ronchonnent un peu, mais recommencent rapidement à jacasser tandis qu'on s'éloigne.
—Je ne pense pas qu'il pense ce qu'il a dit, Harry, elle commence pour me rassurer.
Je la dévisage comme si elle était une dégénérée. Elle est brillante, ça ne fait aucun doute, mais n'a aucun talent pour le mensonge. Puis si elle n'a pas su interpréter les paroles de Seamus c'est qu'elle doit finalement être complètement stupide.
Mais au fond, je pense qu'elle veut juste me consoler – pitoyablement – de la première expérience traumatisante à propos de mon homosexualité à laquelle elle assiste. Faut-il être naïf pour croire que ce genre «d'incident » ne m'est jamais arrivé.
En arrivant devant mon casier, je mets mon sac à repas entre mes cuisses et fait le code de mon cadenas. Hermione s'adosse sur le mur au bout de la rangée en m'attendant.
—Tu vas retourner dehors ? me demande-t-elle.
—Non. On va à ton casier ?
Elle acquiesce et on va ranger ses affaires.
D'autres élèves sont restés à l'école sur l'heure du midi, ils font des tours dans la cafétéria en discutant, alors Hermione et moi prenons une table.
—Mais…Comme nous sommes dans ce sujet. Est-ce que…il y a du nouveau côté cœur ? Avec Olivier ou… ?
Comment ça «dans le sujet » ? Vrai foutage de gueule ! Je viens de me faire torpiller le moral par un ami et elle vient me parler du tabou.
Et en plus je réalise à quel point je suis un délaissé…Olivier ne m'a plus reparlé depuis son casse chez Malefoy. Fais chier !
—Il ne t'a pas refait signe.
Et ça sonne comme un «Je te l'avais bien dit » à la mode professeur de primaire. J'ai l'impression d'avoir les mains à plats sur un pupitre et qu'elle me claque les doigts avec sa longue règle en bois. Je sais que je suis le plus grand loser d'Angleterre, les gens ne me respectent pas parce que je ne suis pas crédible et personne au monde ne pense que je suis le genre de personne à avoir des émotions et des sentiments. Ne faîtes pas attentions à Potter – j'emplois même le langage de Malefoy – c'est un poisson rouge et, dans deux secondes, il sera à nouveau votre fidèle chienchien.
—Harry ? Tu es là ? A quoi tu penses ?
—A rien.
Elle ne me croit visiblement pas.
J'aimerais bien pouvoir parler avec elle un peu, de ça justement. Avec tout ce à quoi je pense en ce moment, j'aurais envie d'une longue discussion avec elle pour m'écouter – c'est vraiment dingue comment les filles aiment écouter les histoires de mecs, même les miennes. Il faudra que j'attende qu'on se retrouve en dehors de l'école. Je pourrais avoir des ennuis si quelqu'un entendait ce genre de conversation dans les parages.
Ron arrive à ce moment-là et vient encercler les épaules d'Hermione avec ses bras.
—Pourquoi vous êtes partis ? En revenant, Seamus boudait et quand je me suis retourné, vous étiez déjà dans l'école.
Hermione se pencha à son oreille pour lui raconter l'histoire et je peux voir mon Ronny blanchir au fur et à mesure qu'elle parle.
—Il a dit ça ? questionne le roux, interdit. C'est quoi pour un connard, ce mec-là ?
Je souris intérieurement…Non ! Je jubile ! Je n'aurais pas pu le dire, parce que je sais que je n'en tiendrai pas rigueur à Seamus et qu'il faudra bien que je joue l'ami fidèle. C'est pour ça que c'est si bon d'entendre un autre le dire.
—Ne va pas lui en parler ! s'écrit Hermione en balançant des claques de femmelette à Ron. Fais semblant !
Ron grogne en s'appuyant sur son poing et son regard croise le mien. Nous échangeons un maigre sourire et ça nous fait pouffer.
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Les deux derniers cours de l'après-midi n'ont pas été trop durs. J'ai eu droit à la seconde période de math après dîner et Préville nous a distribué un corpus d'exercice de consolidation à faire. Je m'y suis mis et avec mes pauvres notes de ce matin, ça a été assez facile.
Pour être honnête, j'ai aussi passé un long moment à zieuter Malefoy – Quoi ! J'avais bien droit à un remontant après ce qu'a dit Seamus – et ça ne fait qu'affirmer ma position de gay. Il a un visage foncièrement agréable à regarder et je ne sais pas pourquoi. Il a les traits fins, mais pas féminins et l'ensemble est vraiment plaisant pour l'œil. Puis il n'a pas arrêté de sourire. Il dessinait sur les dernières pages de son cahier de théorie – pas besoin d'exercice pour Môsieur…m'énerve ! – et je confirme qu'il a un talent fou. Il avait dessiné Préville pendu, la tête en bas, les narines dégoulinantes de sang. Ce n'était pas un chef-d'œuvre, mais pour un gribouillis fait au stylo sur un coin de page, je suis béat.
Malheureusement, il m'a surprit et a froissé son dessin pour le jeter. Je ne voulais pas qu'il se fâche, c'était juste pour voir. C'est énervant à quel point les choses aussi superficielles que ça peuvent l'irriter. Il a un vrai problème relationnel, ce gars-là !
Je me demande s'il m'a aussi dessiné dans ce genre de position.
Quoiqu'il en soit, pendant la pause avant le dernier cours, j'ai réussi à éviter, par miracle, Seamus. J'ai traîné au casier et Indy m'a tenu compagnie un long moment. On a un peut ri et il m'a proposé de me conduire à mon cours vu qu'il ne prévoyait pas aller au sien. J'essais de le convaincre d'y aller quand même – sans trop en mettre non plus – mais il m'amène finalement quand même jusqu'en philo.
En chemin, il me parle de l'expérience plus que traumatisante qu'il a eu en enseignement morale avec Trelawney et il hurle presque de rire en apprenant que c'est mon tour d'être sa pauvre petite bête. On croise Malefoy et ses amis en chemin, lui et Indy sont assez proche – il faudrait que je me renseigne du pourquoi du comment – et ils se saluent. Parkinson et Zabini disparaissent rapidement pour ne pas être en retard et nous laissent, Indy, Malefoy et moi.
C'était assez bizarre de parler avec la présence active de Malefoy, mais Indy m'avait demandé de rester – il tenait à venir voir Trelawney. On marche tous les trois vers la classe et j'apprends que Malefoy a un cours au fond de mon couloir en même temps. Il s'en va en serrant la main de Indy – faut pas rêver, moi j'ai séché comme un malpropre.
Indy a détourné l'attention de Trelawney pendant les trente premières minutes du cours. Elle était tellement contente de le revoir qu'elle a prit des nouvelles de lui et de l'ensemble de sa famille, grands-parents, cousins et animaux compris avant de le laisser enfin partir. Je suis certain qu'elle ne s'est pas demandé une seule seconde quel cours il pouvait bien manquer pendant qu'ils bavassaient tranquillement.
Elle a été aussi tordue que durant le cours d'hier et je dois dire qu'elle devrait faire attention à ce qu'elle dit. Parfois, certaines de ses affirmations pourraient faire mal. En temps normal, ça m'aurait fait rire ou j'en serais resté de glace, mais me faire dire que je suis un mal-aimé qui a tendance à faire fuir les gens par son manque d'honnêteté, ça cogne. Surtout à cause de Seamus.
Être gay c'est pas joyeux du tout.
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Enfin ! Le pire dans tout ça, c'est que maintenant, il faut que je prenne l'autobus avec Dean et Seamus, mais que j'ai toujours cette dent contre lui. C'est mignon comme tout, le pardon, mais ce n'est pas pour moi. Je ne les ai même pas attendus, comme je fais d'habitude, quitte à ne pas voir Ron et Hermione avant de rentrer.
Mes habituels compagnons de voyage arrivent en courant, juste en même temps que la chauffeuse. Ils me rejoignent dans les derniers bancs, rouges d'avoir couru et me font des gros yeux fâchés.
—Pourquoi tu ne nous as pas attendus ? On est resté super tard ! s'exclame Dean, vert de colère. On aurait pu manquer le bus !
—Je suis monté avec Indy, je bafouille en mentant ouvertement. Je voulais juste faire un petit bout de chemin avec lui, mais comme on s'est mis à parler, je suis arrivé jusqu'ici.
—Oui, bien la prochaine fois fais gaffe, ronchonne Dean.
Il commence enfin à reprendre son souffle et je glisse un regard timide à Seamus. On s'observe très silencieusement pendant de longues secondes et il finit par me faire un micro-sourire rassurant.
—Elles étaient chiantes, les filles, à midi, hein ?
Je hoche la tête. Je les ai trouvées chiantes, oui, mais pas pour les mêmes raisons que lui.
—Ce n'est pas contre toi, il s'excuse avec une grimace qui cache son embarra. Je ne voulais pas que tu le prennes personnel, c'est juste que je déteste ça…
Il soupire avant de se caler dans son banc pour regarder par la fenêtre.
Dean est perdu et nous regarde l'un et l'autre sans rien vouloir dire.
Je me retourne de mon côté du dossier et j'ai vraiment mal au cœur. Il déteste ça. Ça quoi ? Les homosexuelles ? Sans doute. Quoi d'autre ? Les filles ? Certainement pas, au nombre qu'il essaie d'attirer dans ses filets par jour, c'est juste impensable. Mais c'est incroyable. Je ne l'aurai jamais imaginé si intolérant. Je n'avais pas d'ami à l'esprit si étroit. Je ne pensais pas que l'un des derniers Obtus de la terre se trouvait dans ma bande. Des amis proches, qui plus est !
L'autobus s'arrête au coin de ma rue et je descends après un bref au revoir aux gars. Je n'ai même pas envie d'emmerder la chauffeuse. J'ai été très tranquille pour une fois.
En rentrant, j'ai la surprise de voir que mon père est là.
—Salut !
Je suis trop surpris pour répondre. Je le fixe comme s'il venait de violer tous les onze commandements sous mes yeux.
—Surpris ? Oui, je sais, je sais ménager mes effets.
Je grimace et m'avance vers l'îlot pour faire glisser mon sac de mon épaule.
—Qu'est-ce que tu fais là ?
—Je suis revenu de bonne heure. Mon boss n'est pas là de la semaine et j'ai décidé que je n'avais pas envie de me taper les embouteillages. Tu m'en passes une ?
Je lui jette une bouteille d'eau de source et on se regarde par-dessus le plastique en prenant une gorgée.
—Belle journée ? il amorce à nouveau.
Je dégrise un peu et bouchonne ma bouteille pour la ranger dans le frigo.
—Bof !
Je prends mon sac par la bandoulière et m'apprête à retourner dans ma chambre quand mon père vient me barrer le chemin.
—Tu voudrais aller conduire ma voiture, un peu ?
Non.
—Une autre fois, d'accord ? Je n'ai pas trop envie pour le moment.
—Oui, mais ta mère n'est pas là et si on y allait, elle ne le saurait pas.
Il est sourd ! J'ai dit « Non. »
—Papa, je geins. Pas le goût, d'accord.
Je le pousse pour passer et monte les escaliers en traînant mes affaires derrière moi. Je l'entends soupirer derrière moi, mais je sais que je ne peux rien faire pour le moment. J'ai juste envie de me coucher sur mon couvre-lit, le froissé abominablement pour que ma mère s'en arrache les cheveux et tirer une tête de cadavre en regardant mon plafond. La tête vraiment moche des gens légumes qui ne pense pas et ne ce concentrent pas à ne pas penser. Avec un fond musical qui m'achèvera. Ça serait bien.
Je m'assieds en indien sur mon lit et sort mon corpus de math pour commencer le devoir.
Bien non ! Je ne vais pas me morfondre et faire toutes les choses géniales que j'ai citées il y a une seconde. Je n'ai pas envie de perdre mon temps alors que je peux l'utiliser à devenir la tapette la plus brillante qu'ai connu l'histoire de l'humanité et faire de notre communauté l'icône de l'intelligence. Parce que c'est sûr qu'être l'image des enfoirés qui auraient «supposément » amener le VIH Sida dans la société n'aide pas à notre acceptation. Quoique ce serait un virus qui vient des singes alors je m'en prendrais aux zoophiles, personnellement.
Bon ! Je vais plutôt faire mes devoirs… On est associé à la pédophilie, aussi, non ? C'est des hommes qui violaient des petits garçons d'où le célèbre «pédé ». Merde ! C'est normal que tout le monde nous déteste ! Qui c'est qui leur a fait une image pareille aux homosexuelles, bordel ?
Faut vraiment que j'arrête de penser à ça. Je ne couche ni avec les singes, ni avec les enfants – en étant un moi-même, je ne serais pas pédophile, de toute façon. En fait, je ne couche même avec personne…
AH ! Arrête de penser, espèce de con !
Je me fais subir un mélange de lavage de cerveau et d'auto hypnose quand mon père entre dans ma chambre. Je sursaute en entendant la porte s'ouvrir et me rassure en me disant que même s'il est là depuis des heures, il ne peut pas lire dans les pensées. Sauvé !
Il vient s'asseoir sur mon édredon et jette un œil aux feuilles entre nous.
—Tu fais tes devoirs ?
—Ouais.
Il regarde les problèmes sans vraiment les voir. Je ne sais pas trop s'il fait semblant de lire pour réfléchir à ce qu'il va me dire ou s'il le sait déjà, mais qu'il ne veut pas avoir l'air trop entreprenant.
—C'était pire que « bof ! » à l'école, non ?
Il aurait du faire semblant de lire plus longtemps.
Je lui reprends les feuilles des mains et les empiles en alignant minutieusement les coins et en tapotant le dessus. Je n'ai pas envie d'en parler avec lui. Dans mon cas, c'est assez difficile de savoir à qui m'adresser quand j'ai des problèmes. Je sais que quand c'est purement mécanique, je parle à papa. Mais quand c'est plus…sentimental, j'ai toujours un doute. Au moins je ne suis pas amoureux – même en comptant Olivier, quand je ne le vois pas, il ne me hante pas. Mais si je l'étais ? Maman ou papa ?
Bref ! Au moins ça, ça va.
—C'est un…uhm…garçon ?
On rougit comme des pivoines et on tourne la tête, tout gêné. Mon père se racle la gorge en toussotant. S'il pense que je vais prendre sa phrase pour une espèce de toussotement qui est mal sorti, il peut se mettre un doigt dans l'œil. Je suis jeune, mais pas con !
Puis pourquoi il nous met dans ce genre de situation de malaise aussi ?
—Tu veux qu'on en parle ?
Aaaaah ! Vire ta main de mon épaule ! De un, c'est cliché et de deux, j'abhorre tout contact physique quand on entre dans les conversations de genre mines anti-personnelles.
Je me déboîte l'omoplate jusqu'à ce que les doigts de mon père ne touchent plus ma chemise.
—Non, merci.
Clair, net et précis.
—Mais si c'est si…grave pour toi, on peut en parler. Tu veux que j'appelle Sirius ?
—Quoi ? Naon !
Toute la pilosité de mon corps s'est dressée à l'entente de cette phrase. S'il a un jour l'affront d'appeler Sirius pour lui demander de venir m'apprendre la vie, je lui arrache les ongles, arrose sa chaire à vif de vinaigre et le force à porter des gants en laine jusqu'à ce que les nœuds soient imprimés dans sa peau. Je refuse que Sirius, le tombeur de ces messieurs, – je ne sais pas si ça se dit – vienne me parler de ça. Il en serait trop content. Déjà qu'il en a profité quand j'ai eu un cours sur la contraception avec mon père – mort de honte –, Remus et lui.
Mon père hoche la tête. Réfléchi un peu. Me regarde, finalement, en attendant que je me confie à lui à cœur ouvert – ce qu'il peut attendre longtemps.
—P'pa ! je braille, de plus en plus rouge. Ce n'est pas ce que tu t'imagines !
—Non ? il demande suspicieux.
—Non.
Silence durant lequel il m'évalue pour percer à jour le grand secret qui entoure mon humeur de merde. Bon ! Autant le lui dire, qu'il arrête de me casser les pieds.
—Tu connais Seamus ?
—Euh…, il hoquète, pris par surprise. Ce n'est pas un de tes amis ? Il fait du hockey avec toi, non ?
—Oui. L'Irlandais qui est ailier droit, attaquant avec moi.
Mon père hoche la tête. Son regard devient doux, presque trop à mon goût. Ça sent le : «Vient mouiller l'épaule à daddy, fistounet. »
—Je dois reconnaître que je m'inquiétais aussi, que tu développes un penchant pour un des garçons de ton équipe de hockey.
Hein !
—Mais non ! je hurle en frappant dans mon couvre-lit. Tu n'y es pas du tout ! Papa, cette histoire n'a rien à voir avec un garçon qui m'inté…m'aurait tapé dans l'œil !
Il a l'air surpris et ça me décourage totalement. Ils sont tous obsédés avec le fait de me caser merde ! Déjà que ça m'obsède moi-même !
—Il s'est passé quelques choses aujourd'hui et les évènements ont amené les filles à parler de l'homosexualité à Seamus. Elles lui demandaient comment il réagirait si je – moi pris comme élément X de l'équation – venais lui dire que j'étais gay…
—Elles savent ?
—Non, pas du tout. Il n'y avait qu'Hermione dans le tas et elle ne savait plus où se mettre.
Il acquiesce, pour me faire signe que jusque là, il suit et que je peux continuer. Je continus.
—Là il lâche une petite blagounette qui n'a rien de bien bêta et je pensais que ça allait clore la conversation, mais non ! Parvati Patil – tu sais qui est Parvati Patil ?
Il fait non, mais secoue la tête et me fait signe de continuer.
—Eh bien elle insiste en traitant les mecs d'intolérants, etcetera, etcetera. Seamus se défend, il dit que ça n'arrivera jamais et tout. Alors elles continuent en mettant de plus en plus de vague et de plus en plus mon nom.
—Pourquoi ? Elles ne peuvent pas le laisser tranquille un peu ?
—On dirait que non.
Il grogne en fronçant les sourcils – ça fait longtemps qu'il n'a plus vu de jeunes filles, mon père, ça se voit.
—Et toi ? il m'agresse. Pourquoi tu ne leurs as pas dit de le laisser tranquille ?
—Je sais pas, je bafouille en me tortillant, mal à l'aise. Je ne voulais pas avoir l'air suspect. J'essais d'avoir l'air du gars à qui ces choses-là passent à des kilomètres au-dessus de la tête.
—Pourquoi ?
—Parce que comme ça les gens n'ont aucunes raisons de ne pas m'apprécier ou alors celles qu'ils ont n'ont rien à voir avec moi.
J'ai haussé le ton et à la fin de ma tirade, on tombe dans un silence. Mon père me regarde avec une once de déception dans le regard. Je réalise que dans le fond, je suis peut-être vraiment un peu comme Trelawney le dit. C'est vrai que je veux que les gens m'aiment. Pas envers et contre tout. Mais j'ai peur que s'ils apprenaient la vraie personne que je suis, sans fioritures ici et là, ils me détesteraient.
—Qu'est-ce qu'il y a, alors, avec Seamus ?
Je relève la tête vers lui. Je n'ai pas aimé son regard et je ne voulais pas le décevoir. Mais il ne peut pas comprendre, personne ne l'a haï pour une quelconque différence à l'école.
—Il a hurlé aux filles que je ne dirais jamais ça et que je n'étais pas une «pédale ». Il est parti en grognant et en jurant tout bas. Et ce soir, dans l'autobus, il m'a dit qu'il détestait les gays.
J'ai encore l'impression de pleurer par en dedans. C'est une émotion vraiment étrange. Ce n'est pas vraiment comme pleurer, je n'ai pas envie de pleurer, mais c'est tout comme si je le faisais.
Mon père est surpris et en colère. Une sorte de phase, un instant on croirait qu'il va se lever pour aller chercher Seamus par ses cheveux blonds-roux, le traîner à mes pieds pour qu'il me demande pardon et l'instant d'après, il est comme scandalisé.
—Mais…Il a quel âge ? C'est abominable, un garçon de seize-dix-sept ans qui ai ce genre de pensées. A notre époque ?
—Je ne le connaissais pas comme ça, je m'excuse. Je ne pensais pas qu'il y avait des personnes intolérantes dans ma bande.
—Ne le prend pas comme ça, bonhomme.
Il me fait un sourire chaleureux et sa main large vient me masser fermement les omoplates. C'est plutôt douloureux, mais une douleur agréable. C'est un massage à la James Potter.
—Ne le prend pas comme si c'était ta faute. Regarde Ron, c'est ton meilleur ami et tu n'aurais pas pu mieux le choisir. Tu ne pouvais pas le savoir.
Je soupire. Je dois avouer que d'en avoir parlé avec lui est soulageant.
Comme il voit que j'ai une meilleure tête que tout à l'heure, il se lève et me dit que la prochaine fois que ça arrive, je peux aller le voir directement. Je le remercie et il m'ébouriffe les cheveux. Comme c'est un cas rare où je lui en dois bien une, je ne pique pas ma célèbre crise de tignasse.
Il sort de ma chambre et dès que la porte claque, je me renverse sur le dos et étire mes bras en croix. Je me mâchonne l'intérieur de la joue en observant le plafond comme un chevreuil les phares d'une voiture.
Ne manque plus que la musique pour m'achever.
À suivre...
STH
