NDLR : Le chapitre est plus long que je ne l'imaginais, j'ai donc décidé de l'éditer en deux fois. Voici la première partie :
Chapitre 4 : Pouvons-nous accepter le changement ? (première partie)
Quelques semaines s'étaient écoulées, Céline avait obtenu un stage dans un petit cabinet spécialisé dans le droit à l'environnement. L'équipe devait défendre un ensemble de citoyens expropriés après l'obtention d'un permis pour exploiter une carrière par une entreprise spécialisée dans le béton. Elle était impatiente de se plonger dans un vrai dossier après ces années passées à engloutir des connaissances théoriques, il était temps de passer à la pratique.
Elle relisait ses cours, quand elle entendit un cliquetis dans la serrure de l'appartement.
- Alors comment ça s'est passé ?
Veronica enleva son manteau, s'installa sur le tapis le long du canapé, ouvrit son sac et en sortit des classeurs et des livres qu'elle disposa sur la table basse. Entre les entretiens, les cours, son service au bar et les examens qui approchaient, elle n'avait pas une minute à elle.
- Bien, ils m'ont retenue pour un deuxième entretien. Le boss est un homme la cinquantaine, chauve, ventru mas qui parait sensé et intelligent.
- Il te rappelle une figure paternelle ?
- Si je n'avais pas dépassé mon complexe d'œdipe, je dirais oui. Ils sont restés professionnels, ils étaient intéressés par ma double qualification. J'envisage de leur dire oui, dans la perspective où ça ne fonctionnerait pas demain. Je t'envie, tu sais, tu as déjà trouvé chaussure à ton pied et c'est un gros poids en moins.
Veronica avait passé un premier entretien dans un des cabinets d'affaire où elle avait postulé et elle attendait anxieusement celui de Truman-Mann. Pour le moment, elle n'avait aucune nouvelle du district attorney de Harlem.
Le silence régnait dans la pièce alors que les deux filles étaient plongées dans leur lecture. L'une tapait sur son ordinateur, l'autre remplissait des fiches de couleur.
- J'envisage de retourner à Neptune pour les vacances de Noël, je me disais que tu pourrais venir passer quelques jours avec moi, interrompit Veronica.
- Je serai honorée, ça me ferait plaisir de revoir Mac, Wallace et ton père. Et c'est mieux que de passer les fêtes de fin d'année seule, à cette époque ma famille me manque. Skype c'est bien, mais ça ne remplace pas la personne physiquement, même la tour Eiffel me manque.
- Si tu veux, on a une version ici, plus petite soit, mais il faudrait aller à Vegas.
- Je n'y suis allée jamais allée. Et toi ?
- Deux fois à vrai dire.
Une pause s'installa puis elle reprit :
- Une fois avec mon père pour son boulot, et une autre fois pour un week-end avec des amis d'enfance.
- Wallace ?
- Non, Lilly.
Céline savait qui était Lilly, meilleure amie d'enfance de sa colocataire, assassinée tragiquement mais Veronica était restée vague sur les circonstances de sa disparition. Elle avait brièvement évoquée Duncan, présenté comme première amourette de jeunesse. Mais la partie où le supposé demi-frère avait abusé sexuellement d'elle alors qu'elle était inconsciente était resté aux oubliettes. Logan n'était jamais venu sur le tapis, sujet trop pénible et sensible. La photo du fameux fab4 restait secrètement dans la table de chevet de Veronica et elle ne s'autorisait que rarement à la regarder.
- Tu les revois ces amis d'enfance ?
- Non, l'un n'est plus sur le continent, il a ... déménagé.
VVO : puisque je l'ai aidé à fuir les États-Unis avec l'enfant qu'il a eu avec une de mes amies, morte dans un accident de bus provoqué par un autre de mes violeurs.
- Et j'ai complètement perdu contact avec l'autre après mon année à Hearst.
VVO : l'homme qui sur Terre avait la capacité de mieux me comprendre, mais que j'ai éjecté de ma vie et fuit en allant me réfugier de l'autre côté du pays. Lieutenant de la Navy qui risque sa vie jour après jour en héro et qui entretient une relation stable avec une des plus grandes chanteuses du moment. SMILE Veronica.
- Je voulais te poser une question, si tu ne veux pas en parler, je comprendrai, commença Céline.
- Envoie !
- Lilly, ... sait-on qui l'a ... tuée ?
Veronica hocha la tête.
- C'est un acteur, plus âgé qu'elle ... avec qui elle entretenait une relation cachée. Il, il ... l'a filmée à son insu, elle a fini par le découvrir en trouvant les enregistrements. Elle s'est emparée des cassettes et les a cachées. Elle n'a pas voulu les lui rendre et ne supportant pas le chantage, il a perdu son sang froid et tu connais la suite.
- Qu'est-il devenu cet acteur ?
- Il est mort, assassiné à son tour.
- Ouah, c'est ... il n'y a pas de mots. Je suis désolée.
Veronica était submergée par ses émotions, cela faisait longtemps qu'elle n'avait pas repensé au meurtre de sa meilleure amie. Elle la revoyait souvent mais de manière vivante, anecdotique, parfois c'était sa voix, parfois c'était son rire, une phrase mais globalement c'était des souvenirs heureux qui refaisaient surface. Céline, devant la peine de son amie, la prit dans ses bras.
- C'était un rayon de soleil, tu sais, elle était ...fabuleuse, aventureuse, tenta péniblement Veronica. Une morale propre à elle-même mais c'était quelqu'un ! Elle avait l'habitude de me dire "Veronica Mars, tu es rouge satin ! Arrête de te cacher derrière tes couleurs pastel." Aujourd'hui, je peux l'imaginer : "Veronica Mars, range ce blazer gris, tu es à New York, grimpe en haut de la statue de la liberté, embrase Broadway !"
Souriant maintenant, elle ajouta :
- Merci Céline, c'est douloureux de parler d'elle mais c'est aussi bon de ce souvenir.
- De rien. Il est temps de faire une pause crème glacée. Tu es d'accord ?
- A qui crois-tu parler ?
-Break-
Le lendemain, dans un bureau vitré de Manhattan. Une femme aux cheveux gris et courts, à peine la soixantaine, charismatique menait l'entretien d'une étudiante blonde en droit, déterminée à faire une bonne impression :
- Une année à l'université de Hearst, un diplôme en psychologie de Stanford, une des meilleures élèves de votre classe à Columbia et même un internat au FBI. Vous êtes actuellement en avant-dernière année de droit, vous cherchez un stage. Nos clients ici sont principalement des compagnies faisant partie des 500 plus grandes fortunes. Notre job est d'essayer de faire disparaître les poursuites avant qu'il n'y ait un procès. Vous avez obtenu votre licence de détective privé à votre 18ème anniversaire. Est-ce quelque chose que les adolescents de Californie font ?
VVO : Nous y voilà Veronica, poker face !
- Mon père est un PI. Je travaillais pour lui, il s'agissait de répondre au téléphone, prévoir ses déplacements, tenir son planning à jour, rien de plus.
- Vraiment ? Avant que vous n'ayez atteint l'âge de 20 ans, votre nom est apparu dans des affaires juridiques dans quatorze ...
- Quinze, coupa un autre avocat
- Dans quinze affaires différentes en passant des meurtres aux kidnappings de chiens. Vous avez un diplôme en psychologie Mlle Mars, qu'est-ce que cela nous apprend à propos de vous ?
- Obsessionnelle clairement, personnalité addictive, dépendante à l'adrénaline. Mais ce n'est plus moi. Je n'ai plus travaillé sur une seule affaire depuis mon transfert à Stanford.
- Et pourquoi cela ?
VVO : Nous y voilà, alors Veronica pourquoi as-tu changé au fait ? Il est temps de se révéler au grand jour.
-Le prix était trop élevé. Cela a détruit des amitiés, des relations. Cela m'a coûté de nombreuses opportunités, annonça clairement Veronica.
-Donc votre transfert n'a aucun lien avec une certaine vidéo de vous et d'un autre étudiant à Hearst, demanda l'homme.
- La sexe tape vous voulez dire ? Pas besoin d'être timide.
L'avocate regarda de manière perplexe son collègue.
- Léonard c'est ...
- C'est bon. En tant qu'avocat on est souvent confronté à des accusations. La partie adverse tente d'exploiter tout ce qui pourrait être perçu comme une faiblesse. Tout ce que je peux vous dire c'est que la vidéo a été réalisée et diffusée à mon insu. C'est une partie de mon passé; je voulais vous demander, est-ce que j'ai l'air ... troublée ?
VVO : S'ils me parlent de ma MST, je saute par la fenêtre.
- Bien, Mlle Mars, vous avez une personnalité atypique et déterminée, vous me plaisez beaucoup. Nous avons d'autres demandes de stage à prendre en compte, nous vous recontacterons mais vous feriez mieux de vous préparer pour un deuxième entretien au plus vite.
- Break-
Veronica était allongée sur son lit, elle relisait ses cours en droit fiscal. Voulant faire une pause, elle appela son père :
- Bonjour, au père de mon cœur !
- Bonjour étrangère, vous appelez du portable de Veronica, mais vous ne ressemblez en rien à elle.
- Une fille ne peut pas se réjouir d'entendre le doux son de la voix de son père ?
- Non, lorsqu'il s'agit de la mienne. Qu'est ce qui t'as mise dans une telle joie ?
- Oh, j'ai simplement passé mon entretien avec Truman-Mann.
- Et je suppose que cela s'est bien passé.
- Bien passé, bien passé, tu veux dire que j'ai tout déchiré ! L'ouragan Mars est passé et a tout emporté sur son passage.
- Ça c'est ma fille, je suis fier de toi.
- Enfin, je dois rester prudente, j'ai une deuxième entrevue mais j'ai marqué quelques points.
- Et en moins d'un an chez eux, tu pourras rembourser ton emprunt, acheter un appartement et t'offrir tout ce que tu mérites.
- Enfin ne vendons pas la peau de l'ours avant de l'avoir tué. A propos de Neptune, je pensais venir faire un petit tour à Noël, thanksgiving tombera juste avant les examens et au début de mon stage, je préfère attendre fin décembre, je serai plus libre.
- Comme tu veux, Noël c'est parfait, je pourrai ressortir toutes ces magnifiques décorations pour le sapin.
- J'ai hâte, je demanderai à Céline de m'accompagner quelques jours, l'année dernière elle était un peu dépressive à cette même époque, étant loin de sa famille. Pas d'objections ?
- Non, aucune mon honneur. La connaissant, nous ne mourrons pas de faim, elle m'avait promis sa fameuse tartiflette.
- Ah, non ! Stop avec le fromage, notre appartement en porte encore les stigmates.
- C'est ça de vivre avec une française. Tu peux lui donner le feu vert, elle est la bienvenue.
- Je te confirmerai les horaires de mon vol.
- Bon courage pour la suite honey, à très bientôt et n'oublie pas ton vieux père surtout lorsque comme aujourd'hui tu lui portes des bonnes nouvelles.
- Biz.
Elle raccrocha, et cria :
- Céline, pour Noël c'est OK, tu peux venir à Neptune avec moi.
A travers la porte, on entendit :
- Chouette, j'ai plus qu'à aller faire le trottoir pour me payer le billet.
- J'ai quelques fringues qui devraient faire l'affaire dans mon placard.
- Merci.
On pouvait entendre les deux filles pouffer de rire par la porte de leur chambre respective.
- Break-
Veronica patientait dans une salle d'attente, remplie d'hommes habillés dans des costumes révélant leur appartenance au monde du droit. Elle en distingua un à l'air narquois, une fois qu'il eut capté son regard, il retourna son feuillet et révéla le dessin d'un pénis. Toute sa personne transpirait la suffisance. Elle fit mine d'attraper quelque chose dans son sac, révélant son majeur, elle l'appliqua comme du rouge à lèvres. Ne voulant pas continuer cette échange, elle se focalisa sur son portable, une partie de Candy crush allait la détendre. Mais son portable se mit à sonner, elle ne reconnaissait pas le numéro. Elle hésita mais prit l'appel en se dirigeant dans le couloir.
- Bonjour c'est Josh, I need your help Veronica. (NDLR : cette phrase, je ne pouvais pas me résoudre à la mettre en français.)
- Josh, ok, comment puis-je t'aider ?
- C'est le cas du garçon dont je t'ai parlé, il est de nouveau à l'hôpital, je veux vraiment coincer le père et dans ton SMS, tu disais que tu pouvais m'aider.
- J'espère pouvoir t'aider. J'ai un entretien tout de suite, on pourrait se voir ce soir.
- Parfait, tu connais le resto le Stromboli ?
- Resto italien, sur Colombus avenue ?
- Celui-là même, 18h30 ?
- Noté. A ce soir.
- Bon courage pour ton entretien.
- Merci.
