CHAP4 – Retour de flamme

Un vent léger, douce brise matinale, souleva les cendres. Elles dansaient en harmonie au son d'une mélodie qu'elles seules percevaient ; égayant l'endroit funeste. Elles virevoltaient autour de leur foyer, un grand amas de brûlé, noir. Triste restes. La foule, stoppée par le barrage de sécurité délimité des militaires, s'amassait voir le résultat. Elle ragotait des rescapées de l'incendie, exclusivement féminine, s'élevant à quelques blessées. La conjointe du feu patron semblant beaucoup plus choquée que les autres victimes. Ces spectateurs exprimaient également le lien affectif que chacun portait à cette auberge, monument classé historique, voir au manque qu'elle créerait dans leur vie –certain exagérant un peu tout de même. Mais les sujets de conversation tournaient principalement autour de la cause : quelle est la cause de la disparition des travailleurs vivant dans l'auberge et l'incendie du bâtiment? Les rescapée féminine de l'incendie évoquaient le cri d'une personne en détresse, des bruits d'un affrontement, puis de l'embrasement de l'auberge. L'armée était suspicieuse, qui aurait su venir à bout de tout ces combattants? Et surtout pourquoi s'attaquer à des mercenaires, qui ne sont que des pions?
La femme du patron avait gardé secret le moment précédant l'incendie. De ça venu… Elle justifiait ses coups et blessures au visage par une dispute conjugale et son comportement par la mort de son mari. Elle privilégiait tellement cette version à la réalité.
Quelques militaires étaient aux alentours du méfait. D'après leur expérience en criminologie, les coupables retournaient toujours sur le lieu des faits, par pur orgueil ou par simple désir de changer leur destin par leur talent… et l'améliorer, au passage. Les soldats épiaient donc cette foule, traquant quelconque homme suspect. Et car c'était leur seul chance d'extraire quelconques indices sur cet acte criminel.

Envy soupira, incompétent d'humains à le retrouver. Prit pour cible, il aurait put se distraire. L'homonculus hésita à se dévoiler, il avait un besoin de valorisation. Mais il ne pouvait laisser ce tas d'êtres comprendre son manque d'estime. Son désir à changer de condition. Il se posta juste, une main le long du corps, l'autre fixée à sa hanche correspondante. La voix de Lust lui revint de nouveau en mémoire : 'A te voir ainsi j'ai tellement l'impression que tu essayes de rehausser ton image publique'. Cette vieille peau en aurait eu plus besoin que lui.

Cet amas de civils en comportait aussi bien des troublés, chagrinés, que partiellement curieus. Deux hommes en retrait de la foule semblaient profondément dérangés à ce que la bâtisse soit brûlée. Le polymorphe sourit, il avait reconnu le duo d'organisateurs en bure, ceux là même qui avait payé l'arlequine la veille.
Son rictus dut le trahir, car bien qu'il fût discret, les deux hommes avaient choisis la fuite en le voyant se mouvoir vers eux. Envy, rageant, bouscula violemment les gens l'entourant. Il ne pouvait pas les laisser filer une seconde fois.
Ces hommes semblaient habitués à éviter le contact, des rois de la discrétion se confondant parmi le peuple. Des véritables ombres pacifistes.

Un soldat en voulut après cet étrange citoyen, il se comportait de manière très déplacée et sans aucune morale, il balayait la foule, dégageant de son chemin aussi bien femmes que personnes âgées. Le militaire lui fera la peau. L'on sert Amestry ou on la souille!
Ce petit malin devait être très agile et musclé pour atterrir sur le toit d'un bond. Le fantassin, lui, était contraint d'escalader la façade avec beaucoup de peines. Mais il pouvait prendre son temps : ses compagnons d'arme surveillaient la rue. Ce malotru ne pourra redescendre et, bien qu'il semblait hors-norme, ne pouvait pas non plus s'envoler. Il s'était coincé à monter si haut. Quel idiot. Une fois que le soldat finit d'escalader la façade, il trouva le toit désert, mis-à-part cet oiseau, immense pour Central, volant d'une fulgurante vitesse qui l'effleura, le manquant de le faire tomber de la bâtisse.

Envy n'a pas la vue perçante du faucon ou l'odorat animal, mais il sait tout de même percevoir aisément ses proies, même les plus cachées : l'appel du sang surplomb tout instinct.
Il retrouva ses prises dans une ruelle déserte, semblaient tellement rassurées au fait d'avoir échappées à leur poursuivant. L'homonculus se posa devant eux les ailes ouvertes, recouvrant son apparence d'androgyne dans la grâce d'un oiseau en vol. À le voir faire, les deux hommes établirent immédiatement le rapport, depuis l'arlequine. Le polymorphe sourit à leur réaction, si curieux d'observer leur air de dégoût face à ce qu'ils qualifiaient de 'monstre'.
Il s'approcha d'eux, félinement.

« - Tu ne fais qu'accroître le Mal en t'opposant à nous. prévins le bavard de la dernière fois.

L'androgyne répliqua du tac-au-tac :

- Et c'est ce qui fait notre bien… Comme ces jeux Malins !

L'homonculus voulut rire de son jeu de mots, l'un d'eux l'exécuta sa dernière syllabe à peine prononcée. Il piaillait vraiment trop, il n'avait cesse de se le reprocher. Envy se laissa tomber, feintant la mort, son effroyable sourire aux lèvres. Même le plus fort de tout les humains est un lâche et est pathétique à tuer par surprise. Pour lui, seule sa race savait décimer dans les règles de l'art, donc être bonne… et pure.

Il entendit les deux hommes reprendre précipitamment leur course, fuyant le lieu du 'crime'. Encore des impatients ne vérifiant pas l'état de leur victime. Pas grave, ils le payeront aussi de leur vie.
Debout, il retira péniblement la lame qui l'avait transpercé. Rahh ! Mourir était toujours douloureux.

Il hésita, ces hommes connaissaient son aptitude, revêtir à nouveau un animal pouvait s'avérer risqué. Et l'idée d'un militaire bien trop suspecte. A défaut d'interpréter à nouveau le pouvoir, il prendra possession d'un autre soutient à l'humanité.

« - Et que vive l'opium du peuple ! » murmura le polymorphe, pour lui-même.

Armé d'une bure digne des plus hauts moines, il déambulait dans les rues. Il découvrit les deux religieux se consterner sur un banc, tranquillement. Ils semblaient ne pas l'avoir aperçu. Tant mieux. Il pouvait enfin être discret.
Il abattit la capuche sur son crâne et poursuivit sa marche, feintant les deux hommes assis, comme tout les passants le faisaient. En l'apercevant, ses deux agresseurs se levèrent brusquement. Ah non, pas encore, Envy ne pouvait pas une nouvelle fois se faire repérer. Qu'importe la forme qu'il prenait, il se faisait démasquer. C'était sans doute à cause de son poids, le sol s'affaissait à son passage… Difficile de passer inaperçu dans cette condition.

Le duo l'approcha violemment. Non, ils ne l'avaient pas reconnu. Ou alors c'était une ruse… De toute façon, ils mourront, alors qu'importe. L'un des deux sortit un livre et semblait invoquer à voix basse. L'autre arracha brutalement la croix autour du cou du faux-dévots. Ces deux gars n'étaient pas censés être des assassins, organisateurs ou quelque chose du genre ? Ils récitaient des textes sacrés, en mentionnant Ishbala, leur déesse… Bordel ! Voilà que les bâtards aux yeux rouges avaient contaminés la population blanche. Comment Envy reconnaîtra les ennemis maintenant s'ils se confondent ? Père et les homonculus avait du bien faiblir ces derniers siècles pour avoir comme ennemis de simples fanatiques foutant le pays à l'envers ! L'homonculus regarda autour de lui, l'armée se ramenait, voulant l'aider. Lui. Stupides animaux… Il regarda lourdement celui qui lui avait retiré le chapelet. Le sectaire appuya fortement sur la tête du polymorphe vers le bas, le forçant à observer le sol.

- Baisse les yeux!

Envy le planta de son bras devenu lame.

- Crève sectateur»

L'usurpateur pesta. Il lui avait répondu trop vite il n'avait pas eu le temps de trouver une belle rime en rythme… Ce qu'il avait dit sonnait mal, était disgracieux même.
Le lecteur ferma vivement son livre sacré en voyant son ami s'effondrer inerte sur le sol. L'armée assistait toujours à la scène, hésitante à intervenir ; elle ne se salissait pas les mains pour le moment. Le croyant ne prit pas la fuite, c'était charmant, il voulait venger son ami en tuant -de nouveau- l'homonculus. Ce dernier se réjouit de la peur et du désir de vengeance s'immisçant dans l'autre. En faite, Envy était juste curieux face à ces réactions caractérisée humaine dont il ignorait la sensation. Le dernier fanatique sortit un bout de bois de forme étrange, et le tendit vers le faux-dévot. Pathétique, il commençait sa dernière prière.

« - Au… Au nom…

Mais c'est qu'en plus il bégaie cet ahurie.

- Au nom du…

Ah, il a prononcé un mot supplémentaire. Comme quoi la peur révèle les talents cachés !

- Au nom du… du Père, du…

Envy ne pouvait laisser cette occasion défiler. Et tout en se dévêtant de la bure, il l'aida à s'exprimer :

- Du vice, et du simple d'esprit… »

L'androgyne empala le dévot dans un éclat de rire. Il fallait toujours le laisser s'amuser avec humour… Il était très fier de lui. Et en plus, ils avaient parfaitement résumé la situation à eux deux !

Les soldats s'entassaient plus rapidement qu'aurait espéré l'homonculus. Ce dernier avait fait leur boulot, c'était à leur tour maintenant. « Flinguez-moi ce monstre ! » commanda le chef. Ils ne désiraient plus le protéger. Envy soupira. Même mort ces deux hommes lui amenait des problèmes. Puis il se mit à bailler en voyant l'hostilité des militaires. Il n'aime pas les combats, ça fait mal quand il se fait taper… Mais il prit ces provocations pour une invitation à s'amuser. Après l'effort, le réconfort dit-on.

Toujours la même chanson…
Des murs pourpres. Oui, c'est ça. Partout autour de moi. Un sol inondé et encore tiède. Mes membres, ces armes froides, dansent voluptueusement sur leur corps. Parcourt leur peau en souffrance. Leur peau chaude et vivante que je n'ai pas… Un corps s'écroule lentement, à gauche. Eclaboussant ce qui l'entoure. Qu'il baigne donc dans cette visqueuse mare de jouissance. Qu'il l'alimente en se vidant même! Frêle être. Plus loin, un autre suffoque. Il résiste et pose sa dernière main sur ses seules côtes encore valides. Comme ces beaux de voir la vie s'accrocher à ce qui lui reste. Une témérité animale. Il semble régurgiter avec difficulté. Etrange, sa machoire inférieure repose pourtant à mes pieds… Mon massacre est terminé. Je me sens apaisé. Satisfait, au moins jusqu'à la prochaine victime.
… Donc toujours la même danse.

Oui, Envy aurait tant aimé peindre ce tableau. Si seulement sa mission ne consistait pas à protéger l'armée en éliminant le camps adverse, il aurait libéré ses pulsions qui lui permettent de se sentir libre et vivant. Il se résigna donc à laisser les soldats entiers et vivant en fuyant le lieu. Et rapidement.


Et Merci à AngelScythe ( ~AngelScythe) pour un morceau de relecture.