Disclaimer et rating : toujours le même
Aravis : Merci beaucoup, et merci pour ta visite sur mon joueb. Voilà enfin la suite !
Artful Dodger : Voilà la suite, désolée pour le long délai…
bluevirus : Non, je ne fais pas d'escrime malheureusement. Maintenant que je sais que de vrais escrimeurs lisent cette fic, il va falloir que je fasse attention à ne pas écrire d'énormités ! ;)
Zofia : Tu vas enfin pouvoir faire connaissance avec le nouveau venu. Ce n'est pas un personnage du film.
Chapitre 4
Mr John Cavendish
Un instant, Will dévisagea ce client de dernière minute avec appréhension. Le soir était tombé et la rue était vide. Brown devait déjà être plongé dans un sommeil d'ivrogne à l'étage… Et si le visiteur inconnu avait de mauvaises intentions ? Le regard de Will se porta par réflexe sur son premier sabre qu'il avait posé plus loin. C'était l'arme la plus proche. Aurait-il le temps de s'en saisir si l'homme cherchait à l'attaquer pour ensuite piller l'échoppe ?
Le regard de l'inconnu suivit celui de Will et avisa le sabre. L'homme s'en approcha et le prit, avant que Will ait pu faire le moindre geste.
« Hum… J'espèrerais quelque chose de mieux… équilibré, et peut-être de plus élégant. » Fit-il après un coup d'œil critique en le reposant.
Bien que Will sache la valeur de son œuvre, il se sentit malgré tout piqué au vif.
« Il n'est pas à vendre. C'est seulement… Un essai. »
L'homme lui fit un sourire.
« Oh, c'est toi qui l'a forgé ? Pour un essai, ce n'est pas si mal. Mais il y a bien de quoi trouver mon bonheur ici ? »
Will hocha la tête, un peu tranquillisé. Si ce type avait voulu l'assommer ou le transpercer, il l'aurait déjà fait.
« Il n'y a pas un choix énorme, expliqua-t-il en allant chercher trois épées accrochées au mur à l'autre bout de la forge. En général, Mr Brown travaille sur commande, ce n'est pas vraiment un armurier. »
L'homme sortit chaque épée de son fourreau l'une après l'autre et fit quelques passes dans le vide. Du point de vue de Will, il avait l'air de parfaitement connaître son affaire.
« Je crois que je prendrais celle-ci, se décida finalement l'homme. Je n'ai pas de quoi payer sur moi, en revanche. Écoute, pourrais-tu me rendre un service ? »
De nouveau méfiant, Will fit de la tête un mouvement vaguement affirmatif. L'air grave, l'homme sortit de sa poche une enveloppe cachetée.
« Connaîtrais-tu un homme du nom d'Eustace Bellamont par hasard ? Pourrais-tu lui apporter ceci demain, le plus tôt que tu le pourras ? C'est important. Tu me livreras l'épée seulement après. Je loge à l'auberge du Trois Mâts. Demande Mr John Cavendish. »
Will fit signe qu'il avait compris et raccompagna l'homme à la porte. Il regarda Cavendish disparaître dans l'obscurité avant de fermer boutique et d'aller se coucher.
…..
Le lendemain, Will trouva un moment dans la matinée pour s'absenter. La maison de Bellamont n'était pas dans Port Royal même et cela demanderait un moment à Will de faire le trajet aller-retour. Mr Brown risquait de ne pas être content, mais Will ne s'en préoccupait pas pour l'instant. Il était à peu près sûr de savoir ce que contenait la lettre. Bellamont devait avoir des dettes auprès de bons nombres de personnes, vu son mode de vie, et Mr Cavendish devait être un de ses créanciers. Will se demanda si comme Eustace Bellamont, John Cavendish était un gentleman. Il en avait le maintien et l'assurance en tout cas.
Le soleil tapait fort lorsque Will arriva devant le portail de la propriété des Bellamont. Il héla un jardinier qui s'occupait d'une haie un peu plus loin et lui montra la lettre.
« Je dois remettre ceci à Eustace Bellamont. » expliqua-t-il.
L'homme s'approcha et fit mine de la lui prendre.
« En mains propres, » ajouta Will.
Cavendish n'avait rien précisé de tel, mais on n'était jamais sûr de rien.
Le jardiner grommela quelque chose, hésita, puis ouvrit le portail. Will remonta l'allée et s'arrêta devant l'imposante bâtisse. Un laquais se précipita à sa rencontre.
« Oui ? » fit-il d'un ton hautain.
L'apprenti forgeron lui expliqua à nouveau les raisons de sa visite. Le valet n'avait pas l'air très convaincu, cependant, par la nécessité de laisser Will remettre lui-même la lettre.
« Mr Bellamont n'est pas encore levé, mon garçon. Donnez-moi cette lettre, je m'en occuperais… »
Will était sur le point de céder quand une porte s'ouvrit, laissant apparaître un Eustace Bellamont tiré à quatre épingles, emperruqué et poudré.
« Que se passe-t-il ? » demanda-t-il d'une voix traînante.
Le laquais lui exposa brièvement la situation.
« Une lettre d'un Mr Cavendish ? » fit le jeune hobereau en prenant la lettre des mains de Will.
Un fin sourire se dessina sur son visage, ce qui ne fut pas sans surprendre Will. Ce n'était pas vraiment l'expression qu'il attendait d'un homme recevant une réclamation d'un créancier. Son raisonnement devait être faux.
« Parfait, parfait… » murmura Bellamont, avant que son regard ne s'arrête sur Will.
Il fronça un instant les sourcils.
« Tu n'es pas l'apprenti forgeron, toi ? Celui qui traîne chez Norrington, on ne sait pas trop pour quoi faire, d'ailleurs ? ».
Will vit du coin de l'œil le laquais prendre un air désapprobateur.
« Oui, c'est moi, fit Will, ajoutant, espérant dissiper un malentendu : il m'apprend juste l'escrime. »
Bellamont le considéra un instant, puis éclata de rire.
« Ah oui, je me souviens, tu avais demandé à Mr Gilmore de t'en donner ! Alors comme cela, c'est ce bon vieux Norrington qui s'en charge ? Il est vraiment tombé bien bas, c'est la meilleure. »
Bellamont le congédia d'un geste de la main, toujours ricanant et Will rentra à la forge, mal à l'aise. Il avait parlé des leçons d'escrime parce qu'il avait l'impression que Bellamont s'imaginait de vilaines choses et avait préféré couper court aux rumeurs. Mais maintenant que Bellamont connaissait la vérité, il ne se priverait pas de se moquer de Norrington à la moindre occasion lorsque celui-ci reviendrait. Et si Norrington, du coup, décidait de mettre fin à ses cours ?
Will continua de ruminer pendant tout le trajet, arrivant finalement à la conclusion que Norrington ferait comme à son habitude et encaisserait les réflexions de Bellamont sans broncher, pour ne pas lui donner le plaisir de lui montrer qu'elles l'atteignaient. Le jeune garçon se sentit un peu rassuré par cette pensée, tout en se disant que même la patience de Norrington avait des limites, et que l'animosité réciproque des deux hommes finirait tôt ou tard par déboucher sur un affrontement ouvert. Will espérait simplement qu'il n'en serait pas le prétexte.
Comme il s'y attendait, Mr Brown l'attendait de pied ferme, l'air moins imbibé que d'ordinaire mais beaucoup plus sévère. Il se mit à lui faire la leçon sur sa paresse, son incompétence et son manque de sérieux, le volume de sa voix augmentant au fur et à mesure qu'il était emporté par sa tirade. Pat Belsey, le garçon boucher, qui passait par là pour livrer de la viande, s'arrêta un instant pour apprécier le spectacle, hilare. Mr Brown finit cependant par se calmer, et Will se remit au travail sans un mot.
Le soir, il sortit à nouveau, l'épée sous le bras et arriva quelques minutes plus tard à l'auberge du Trois Mâts. Le tenancier lui indiqua la chambre de Mr Cavendish, et un instant plus tard, ce dernier le faisait entrer. Il semblait plus détendu que la veille, et un large sourire fendit son visage bronzé quand il découvrit Will.
« L'argent est sur la table mon garçon… Au fait, tu as bien un nom ?
- Will Turner, » répondit Will en empochant la lourde bourse que lui montrait Cavendish.
L'homme examinait à nouveau son épée avec satisfaction.
« Vous êtes maître d'armes ? » demanda Will avec curiosité.
Cavendish releva la tête, surpris.
« Moi ? Non… Oh, j'en ai fréquenté pas mal, en Europe, et des plus renommés avec ça. Mais je n'en suis pas un moi-même. J'ai passé ma folle jeunesse à voyager un peu partout, et maintenant, je cherche juste un pied à terre. Tu t'intéresses à l'escrime ? »
Will acquiesça.
« J'ai pris quelques leçons… »
Cavendish eut l'air surpris.
« Je sais qu'il y a un maître d'armes du nom de mr Gilmore ici… Mais il a la réputation d'avoir des tarifs élevés. »
Will hésita un moment… Mais après tout, cela n'avait jamais été vraiment un secret. Gillette était au courant, Bellamont était au courant. Autant dire que tout Port Royal était au courant.
« C'est le capitaine Norrington qui m'enseigne les bases quand il a le temps. »
Cavendish fronça un instant les sourcils, comme s'il réfléchissait.
« Je crois que j'en ai entendu parler. Le capitaine de L'Intrépide ? »
Devant l'ai affirmatif de Will, Cavendish parut encore plus intéressé.
« Et cela te plait ? C'est un bon professeur ? »
L'apprenti forgeron ne comprenait pas la raison de cette soudaine curiosité. C'était peut-être de la simple politesse, mais pourquoi Mr Cavendish se montrait-il poli envers un simple gamin qu'il connaissait à peine ?
« Très bon, répondit-il cependant. Mais, euh… Pas très disponible, » ajouta-t-il en espérant ne pas avoir l'air trop ingrat.
Cavendish, néanmoins, eut un sourire compréhensif.
« Oui, je l'imagine aisément… Cela doit être dur de progresser avec des cours à intervalles irréguliers… Je me demande… Si jamais des cours complémentaires, pendant les absences du capitaine, te tentaient, je serais ravi d'être ton maître d'armes. Un peu d'exercice me ferait du bien. »
Will fut pris au dépourvu par cette soudaine proposition, encore plus que quand Norrington lui en avait fait une semblable, des mois auparavant. Après tout, Norrington n'était pas un total inconnu pour Will… Tandis que Cavendish… Mais l'offre était des plus tentante… L'essentiel était de progresser et tout le monde y trouverait son compte. Norrington serait content que son élève se maintienne au niveau pendant ses missions en mer, Will pourrait faire face à un autre style d'escrime que celui de l'officier, et Cavendish… Est-ce qu'il ne recherchait qu'un peu d'exercice ? Will avait du mal à le croire.
« C'est très gentil à vous, monsieur, dit-il finalement. J'y réfléchirais. »
Mr Cavendish sourit à nouveau et lui souhaita une bonne fin de soirée. Will rentra à la forge, retournant dans sa tête sa conversation avec sa nouvelle connaissance.
…
À suivre.
