Yoh ^^!
Nouveau chapitre, j'espère qu'il va vous plaire. Merci à tous ceux qui prennent le temps de laisser quelques mots, avec une mention spéciale à Sook, parce que tes reviews me font juste beaucoup rire et que je regrette toujours de ne pas pouvoir y répondre ^^. Merci aussi à Miya pour la correction.
Mai Hime ne m'appartient pas. Le scénario tortueux de cette histoire, par contre, oui XD.
Bonne lecture à tous ^^!
Le Rendez-vous des Princes
Chapitre 3
Lorsqu'elle était passée au commissariat la veille, Haruka lui avait donné rendez-vous « tôt le matin » à l'écart du village, là où les victimes habitaient. Shizuru n'avait toujours pas trouvé comment interpréter cette expression. Haruka étant du genre à se lever à cinq heures du matin et elle à neuf, l'enquêteuse avait tout de suite vu qu'il risquait d'y avoir un conflit entre les horaires.
Peut-être aurait-elle dû demander quelques précisions à ce sujet.
Lorsqu'elle engagea son véhicule sur la pente enneigée qui menait à la maison désormais inhabitée des Wang, elle vit que son amie était déjà présente sur les lieux et l'attendait, adossée tranquillement contre l'un des murs du bâtiment, les bras croisés et les doigts jouant nerveusement sur les manches de son long manteau noir. Sa voiture était garée un peu plus loin pour laisser la place à celle de Shizuru lorsqu'elle arriverait. Cette dernière sourit en le remarquant. Haruka était toujours si prévoyante.
Le véhicule s'immobilisa quand elle arriva à hauteur de son amie et elle s'empressa de couper le moteur et de sortir en remettant en place son écharpe. Le commissaire la regarda, critique avant de lâcher un soupir consterné. « Tu es en retard. »
Shizuru réajusta son manteau et avança vers elle avec un sourire paisible jusqu'à être à sa hauteur. « Ara, tout dépend de ce que tu considères comme étant tôt le matin, Haruka. Il est huit heures trente. C'est tôt le matin. »
La blonde balaya ses excuses d'un revers de la main qui emporta quelques boucles d'or avec lui et se décolla du mur, l'écharpe négligemment nouée autour du cou. « Peu importe. » commença-t-elle. « Je suis désolée, mais j'ai si peu de temps. » Il y eut une pause et elle tourna les talons pour se diriger vers le garage en lui faisant signe de la suivre. « On va commencer par là. »
Shizuru la suivit en silence et les deux femmes se retrouvèrent face à une vieille Ford dont les pneus étaient complètement à plat. Haruka s'accroupit devant l'un d'eux, qui avait été enlevé et déposé sur le sol, et Shizuru fit de même. « Ici » dit-elle en pointant une large entaille du doigt. « D'après toi, est-ce que le tueur est du type à emporter un couteau avec lui en prévoyant de l'immuniser de cette façon? »
C'était une question rhétorique, bien entendu. Haruka savait déjà que le tueur ne pouvait pas avoir prévu que Nina rentrerait plus tôt ce soir-là et qu'il n'aurait pas le temps de ressortir pour l'attendre. Encore moins de crever les pneus. C'était une action accomplie dans l'urgence. « Non », répondit-elle tout de même en se relevant. « Tu penses qu'il a pris le couteau sur les lieux? »
Haruka se redressa à son tour et elles se dirigèrent toutes les deux vers l'entrée, côte à côte. « Peut-être. Je ne suis pas revenue ici depuis le lendemain du crime. Il aurait pu prendre un couteau de cuisine? » Elle retira de sa poche un trousseau de clés et déverrouilla avant de la repousser vers l'intérieur pour entrer. Shizuru la suivit.
L'entrée était un petit couloir qui donnait sur deux portes qui semblaient se faire péniblement face. Au fond du couloir, il y avait un porte-manteau vide. Haruka se dirigea sans hésiter vers la porte de gauche et pénétra dans ce qui devait être la cuisine. La femme de Kyoto entra à son tour et fit un rapide tour d'horizon. La pièce était de petite taille, et elle vit au premier coup d'œil que les experts l'avaient déjà passée au peigne fin. La table au centre était noire, toute simple, les murs étaient rouge-orangé, le carrelage était gris.
La blonde sembla farfouiller quelques instants dans les tiroirs et finit par sortir une panoplie de couteaux de différentes tailles et de formes diverses. Elle se tourna vers son amie et les déposa consciencieusement sur la table. Sans un mot, Shizuru les contempla et commença à en repousser certains sur le côté. Haruka la regarda faire, visiblement intéressée, avant d'en repousser d'autres elle-même. « Celle qui trouve le bon a gagné » lâcha-t-elle finalement avec le premier sourire de la journée.
Shizuru releva la tête pour voir la lueur de défi danser dans les yeux de son amie et lui fit un sourire entendu. « Quel est l'objet du pari? » demanda-t-elle en choisissant deux couteaux après quelques secondes d'hésitation. Haruka récupéra un autre couple de lames et se dirigea vers la sortie en tortillant entre ses doigts une mèche de cheveux blonds. « Je t'hérite à dîner. Tu payes. Ou pas. » dit-elle en quittant la pièce. Shizuru la rejoint, intéressée.
« Il y aura Yukino? » demanda-t-elle avec un sourire innocent alors qu'elles avançaient vers la voiture des Wang à bon pas.
Haruka tourna la tête vers elle et releva un sourcil ironique. « Parce que tu espérais que ce soit un dîner romantique, Fujino? »
« Ara, Haruka vient de briser tous mes espoirs les plus fous. », se désespéra l'autre avec un sanglot vaincu.
La blonde leva les yeux au ciel en se frappant le front de dépit. « Imbécile! » Elles s'agenouillèrent devant le pneu crevé comme deux prêtresses lors d'une cérémonie. « Bien », attaqua Haruka, « à toi l'honneur. »
Shizuru lâcha un faux soupir de concentration et vit Haruka se mordre la lèvre pour ne pas rire.
Elle allait gagner.
Elle avait perdu. Elle n'en revenait toujours pas. Elle pensait pourtant avoir choisi le bon couteau, mais c'était Haruka qui avait fait le bon calcul. La vie était si injuste, pensa-t-elle en revenant à Osomura après avoir passé une heure à méthodiquement fouiller et mémoriser chaque détail de la maison des Wang et à parcourir de long en large le même chemin que Nina avait emprunté quelques jours plus tôt, jusqu'au rocher où on l'avait retrouvée.
A quoi bon faire des économies sur les frais d'hôtel s'il fallait payer le restaurant par la suite?
Pour couronner le tout, comme elle ne connaissait de Furano que le commissariat, Haruka s'était proposée pour choisir le restaurant en question. Nul doute qu'elle se ferait un plaisir de lui faire écouler sa fortune. Elle gara sa voiture au radar à côté du Souffle de Kagutsuchi, au même endroit où elle l'avait fait la première fois qu'elle était venue, et se dirigea vers la porte d'entrée en traînant des pieds. Comment Haruka pouvait bien avoir deviné non seulement la taille du couteau mais aussi avoir calculé en même temps que la force avec laquelle il avait été planté dans le caoutchouc avait fait que l'entaille était légèrement plus grande que la taille initiale de la lame utilisée?
Tout ça sentait l'arnaque.
Mis à part ce petit désagrément, Shizuru avait vite compris que les hypothèses que son amie avait émises à propose du déroulement de la soirée paraissaient justes. Il ne semblait pas y avoir d'autres solutions. Le meurtrier n'avait sans doute pas prévu le retour, qui était justement imprévisible, de Nina. Sinon, il n'aurait pas eu à récupérer un couteau de cuisine pour aller crever les pneus. Mais ça ne voulait pas dire grand-chose. Il aurait très bien pu rester dans la maison et sauter sur la fille au moment où elle entrait chez elle. Il aurait gagné du temps et de l'énergie.
Ou alors, il n'était pas censé la tuer au départ. Peut-être qu'il s'était retrouvé acculé et qu'il avait voulu jouer la sécurité. Mais de là à crever les pneus de la Ford et jouer au chat et à la souris avec la fille dans les bois. Il y avait tout un monde et une poignée de contradictions.
La seule explication était qu'il avait décidé de lui laisser une chance de s'enfuir. Mais qu'elle avait échoué en tombant. Crever les pneus aurait alors été une façon d'imposer les règles du jeu.
En clair, il aimait jouer. Shizuru n'était pas certaine d'apprécier l'attention.
Et cette histoire de crevaison de pneus l'irritait.
Elle avait aussi pu voir que si Reito Kanzaki était passé plus tôt dans la soirée, le moment des meurtres semblait trop éloigné de celui de sa visite. Presque trois heures si l'on en croyait ses propos. Mais aucun alibi et personne pour prouver qu'il était bien rentré chez lui entre vingt-trois heures et minuit. Il faudrait qu'elle parvienne à interroger Akane, la domestique, afin d'être certaine qu'il était bien rentré avant deux heures du matin. Cette dernière l'avait peut-être entendu rentrer. Il fallait vérifier. Après tout, si le meurtrier s'avérait être aussi vicieux que ce qu'elle pensait, Reito aurait très bien pu quitter la maison des Wang, attendre, et revenir. La seule personne susceptible de le disculper était Akane. Ou au contraire.
Yuichi était à l'accueil lorsqu'elle entra, visiblement occupé à griffonner quelque chose sur un carnet marron. Il releva la tête à son arrivée et ils s'échangèrent un sourire de politesse.
« Bonjour commissaire » bougonna-t-il simplement avant de retourner à son calepin avec ennui.
Elle avança vers l'intérieur et s'approcha de lui en dénouant son écharpe. « Monsieur » répondit-elle avec amabilité. « Est-ce que tout va bien? Vous semblez morose. »
Il soupira en faisant un geste insouciant de la main et secoua la tête. « Bah, peu importe. » Comme elle lui renvoyait un regard sceptique, il haussa les épaules. « Rien qui puisse vous aider dans votre enquête, mademoiselle. »
Il valait mieux ne pas insister. « Ara, excusez-moi. » commença-t-elle avant de reprendre avec plus de confiance. « C'est bien que vous soyez ici, je devais vous prévenir. »
Il se gratta la joue, mal rasée, en lui lançant un regard interrogateur. « Me prévenir? »
« Je risque de rentrer tard ce soir » exposa-t-elle en époussetant une épaule de sa main gantée. Il y avait un flocon de neige qui s'était égaré dessus. « Si vous ne voulez pas que je vous réveille encore à une heure du matin, peut-être que vous feriez mieux de me donner les clés pour cette fois? »
Il se redressa et lui lança un regard suspicieux. « Que je vous donne les clés? »
Shizuru préféra jouer la carte de l'ironie et laissa échapper un petit rire. « Yuichi, je ne vais pas m'enfuir avec! »
« Ah. » Une pause. « Oui, c'est pas faux. » Il se tourna vers le mur où étaient accrochées les clés de l'hôtel tout entier et s'ébouriffa les cheveux en cherchant celle du numéro 32. Shizuru attendit patiemment qu'il lui remette et le remercia chaleureusement avant renouer son écharpe et de ressortir.
Elle était curieuse de savoir pourquoi Yuichi Tate était aussi bougon. Elle n'aurait sans doute qu'à demander à Mai lorsque l'heure de déjeuner arriverait. La rousse était si bavarde que Shizuru peinait à croire qu'elle puisse garder le moindre secret. C'était une chance pour elle. Mai semblait l'apprécier, ce qui rendait la chasse aux informations d'autant plus facile lorsqu'elles se retrouvaient face à face. En se dirigeant vers une habitation dans le but de frapper à la porte de l'un des villageois, Shizuru songea avec ironie que ça contrebalançait la difficulté avec laquelle elle obtenait des autres habitants qu'ils acceptent de lui dire ne serait-ce qu'un bonjour.
Mais aujourd'hui était un autre jour. Aujourd'hui, c'était dimanche. Et le dimanche, les gens étaient chez eux. Shizuru avait donc l'occasion d'aller faire du porte-à-porte avec un peu plus de chances de réussite que la veille. Et récupérer l'adresse de Tomoe Marguerite, si possible.
Mais avant tout, pensa-t-elle alors qu'elle marchait avec précaution pour ne pas risquer de glisser, le souvenir d'une embarrassante chute encore frais en mémoire, il faut que je vois Akane. C'était le plus important. Elle se demanda furtivement pourquoi elle n'avait pas eu le réflexe de vérifier les dires de Reito Kanzaki immédiatement. C'était pourtant élémentaire.
Arrivée devant la porte blanche de la maison Kanzaki, elle appuya sur la sonnette et vérifia rapidement son apparence en attendant qu'Akane, ou un autre domestique s'il y en avait, vienne lui ouvrir.
Encore quelque chose qu'elle aurait dû demander plus tôt. Si elle continuait de travailler avec autant d'efficacité, les futures victimes, s'il y en avait, pouvaient se faire du souci pour leur vie.
La porte s'ouvrit sur Akane, qui se garda bien de montrer un éventuel étonnement. Elle se courba gracieusement et lui fit un sourire resplendissant très travaillé. « Bonjour, madame! » Elle s'effaça pour laisser Shizuru entrer mais cette dernière resta plantée sur le pas de la porte avec un sourire d'excuse.
« Ce ne sera pas nécessaire, Akane, je ne suis pas là pour voir monsieur Kanzaki. »
L'étonnement se peignit sur les traits de la fille, qui la regarda sans comprendre. « Oh. »
« Ara, excusez-moi, je voulais juste vous demander un renseignement. »
« Oh? Oui, bien sûr! » répliqua la domestique avec enthousiasme. « En quoi puis-je vous être utile? »
Shizuru se tapota le menton du bout des doigts et afficha une moue pensive. « Je voulais savoir où je pouvais trouver Tomoe Marguerite. Vous savez où elle habite? » Akane fronça les sourcils de concentration avant de pointer du doigt la direction à prendre. « Je crois qu'elle habite quelque part de ce côté. » Elle sembla hésiter. « Je n'y vais jamais, mais ça doit être la maison avec un serpent sur la porte, ça lui ressemblerait bien. »
« En effet. »
La domestique tritura un instant son uniforme avant de reprendre avec une moue gênée. « Vous vouliez savoir autre chose? Je suis désolée mais je ne peux pas rester trop longtemps, j'ai du travail à faire. »
C'était une fille adorable.
Shizuru s'ébroua mentalement. « Ah, oui. » Il y eut une pause. « Excusez-moi. » reprit-elle avant de sortir un calepin violet de la poche de son manteau pourpre et de poursuivre avec aise. « Kanzaki-sama m'a dit hier qu'il s'était rendu chez les Wang dans la soirée la nuit du meurtre. Vous savez à quelle heure il est rentré? »
Il était sans doute inutile de prendre ses précautions quant à une éventuelle discrétion. De toute façon, elle était déjà grillée. Shizuru était persuadée que plus elle serait directe, moins les gens se méfieraient. Les informations considérées comme étant importantes étaient celles qu'on avait l'habitude d'arracher en usant de toutes les stratégies possibles. On se méfiait moins de ce qui semblait n'avoir qu'une importance secondaire. Ce qu'on demandait directement sans prendre de pincettes. Elle l'espérait du moins. Heureusement, Akane semblait plutôt du type naïf.
Cette dernière avança un peu vers elle et se retrouva dehors avec elle sur le pas de la porte, intéressée. « Ah oui, c'est cette histoire de projet architectural? » Elle leva les yeux au ciel et agita des bras avec entrain. « Kanzaki-sama était tellement en colère quand il a vu qu'il avait été reporté! Il est parti juste après le dîner et... hum. » Elle pencha la tête sur le côté en plissant les yeux, concentrée.
Shizuru préféra garder le silence. La fille n'avait pas l'air très futée. Mieux valait ne pas trop la brusquer. Elle risquerait de se braquer et de toute façon, le commissaire savait n'avoir pas grand-chose d'autre de mieux à faire pour le moment.
« Il est rentré un peu après que je me sois couchée, je l'ai entendu monter. » conclut finalement Akane avec un sourire victorieux.
Shizuru soupira. Même lorsqu'elle ne faisait preuve d'aucune subtilité, il fallait encore qu'elle précise très exactement ce qu'elle voulait savoir pour obtenir une information potable. À quelle heure se couchaient les domestiques, ici? À Kyoto, lorsqu'elle était encore une enfant, il lui semblait que les domestiques ne se couchaient jamais. Toujours occupés à faire quelque chose, finir le pavé, refaire les lits, préparer le petit déjeuner ou briquer les escaliers. Ils devaient aller se coucher aux alentours de minuit, peut-être une heure du matin. Et se levaient tôt. Cinq ou six heures. Avec le recul, elle se rendait compte à quel point ses parents étaient durs avec leurs employés. Les horaires étaient pour le moins barbares.
Mais c'était sans doute le point de vue de quelqu'un qui ne savait pas se lever avant neuf heures.
Comme Akane ne semblait pas disposée à en dire plus, Shizuru dut se résoudre à poser la question la plus explicite possible. « Vous pouvez me donner une heure approximative? »
Comme prévu, la confusion commença à se voir dans les yeux de la fille. La naïveté avait ses limites. N'importe quel imbécile à ce stade était en mesure de comprendre que la question n'était pas plus anodine qu'une demande en mariage. « Je, euh, mais vous... » bégaya-t-elle en croisant nerveusement les doigts.
« C'est juste de la routine, Akane », reprit immédiatement l'enquêteuse pour éviter que l'information tant espérée ne lui échappe. « Je ne soupçonne pas Reito Kanzaki de quoi que ce soit. Je ne fais que vérifier. »
C'était la stricte vérité. Elle n'était pas obligée de préciser qu'il y avait peut-être un peu plus qu'une simple vérification derrière sa question, mais c'était son travail que de s'assurer que les informations qu'on lui donnait n'étaient pas des mensonges.
Apparemment soulagée, la fille se détendit un peu. « Ah. Et bien. » Une pause pensive. « Je ne sais pas. » Superbe. Tout ça pour ça, songea Shizuru en s'efforçant de ne pas grimacer. Elle venait de perdre dix minutes dans le froid pour rien. Avant qu'elle ne puisse ajouter quelque chose, le visage de la domestique s'éclaira comme si la réponse venait de lui tomber dessus. « Je vais me coucher vers vingt-trois heures en général donc... il ne devait pas être vingt-trois heures trente quand il est rentré, enfin je pense. » Elle ne semblait pas certaine des informations qu'elle avançait, pourtant.
Mais il était rentré.
De toute évidence bien avant deux heures du matin.
« Je crois que ça ira. Je vous remercie », soupira Shizuru en faisant quelques pas en arrière, « je ne vais pas vous retenir plus longtemps. »
La jeune fille s'inclina à nouveau avec un plaisant sourire de nouveau inconsciemment déposé sur le visage et se retira derrière le pas de la porte. « De rien, madame. Bonne chance! » répondit-elle avec enthousiasme avant de refermer derrière elle.
Il y eut un claquement. Et le silence.
De nouveau seule, Shizuru tourna les talons et descendit les quelques marches qui menaient au perron pour retrouver le sol blanc et poudreux. Un souffle de vent vînt lui caresser la joue et joua avec ses cheveux tandis qu'elle se tenait immobile à contempler ses possibilités.
Lorsque Haruka l'avait conduite au rocher contre lequel Nina s'était effondrée, elle avait été effarée. Le commissaire l'avait fait redescendre à pied pas le chemin givré qui reliait la demeure des Wang à la route, et ensemble elles s'étaient enfoncées dans les bois hostiles sur les pas de la jeune femme. Shizuru avait eu du mal à ne pas perdre l'équilibre. Et une fois la route laissée derrière elles, elle avait frissonné. Il faisait si sombre, à l'intérieur. Les sapins épineux les avaient griffées à plusieurs reprises alors qu'elles marchaient calmement pour éviter de glisser.
Le ciel, on le voyait pourtant. Le plus souvent, les ouvertures qui permettaient de le distinguer formaient d'innombrables puits de lumière qui faisaient scintiller le givre qui recouvrait les pieds des arbres et le sol stérile.
Mais ça ne suffisait pas à rendre les bois moins inhospitaliers.
La pente était abrupte. Shizuru n'avait pas douté un seul instant que celui qui commençait à courir sur celle-ci n'avait plus aucune chance de s'arrêter.
Aucune.
Elle-même peinait à marcher sur le sol, tantôt glissant, tantôt recouvert de cailloux entourés de givre qui fuyaient sous les talons et manquaient de la renverser.
Elle avait aussi constaté la violence de la course qui avait eu lieu à cet endroit. Le passage de Nina avait été un véritable bulldozer. La fille avait filé si vite! La plupart des branches qu'elle avait croisées étaient cassées. Souvent, il y avait encore des traces de sang qui témoignaient du choc lorsqu'elles s'étaient rencontrées.
Elles avaient continué de descendre. S'étaient finalement arrêtées devant un gros rocher qui avait été méticuleusement nettoyé.
Quelle tristesse.
La jeune femme épousseta son manteau et se dirigea vers la ruelle que la domestique lui avait indiquée. Le bruit de ses pas était étouffé par la neige. Elle se demandait... que serait-il arrivé si Nina avait décidé de suivre la route? Un sentiment d'angoisse lui barrait l'estomac en imaginant que peut-être, peut-être. Il n'aurait peut-être pas réussi à l'attraper. Alors qu'elle observait autour d'elle les portes des maisons qui défilaient sur les côtés, elle spéculait sur sa propre faculté d'analyse. Qu'aurait-elle fait, elle, si elle avait été à sa place? Se serait-elle lancée elle aussi dans les bois, vers l'inconnu et à aveuglette dans un univers aussi hostile? Ou aurait-elle couru le long de la route en espérant aller plus vite que son poursuivant? Elle ne savait pas. Elle espérait ne jamais avoir à faire face à un choix comme celui-ci.
La porte de la maison présumée de Tomoe Marguerite n'avait pas de couleur. Comme toutes ses voisines, elle était faite de bois sombre qui absorbait les pâles rayons de soleil pour ne renvoyer que l'image d'une surface noire, mate et sans relief. Shizuru trouva pourtant qu'elle était singulièrement différente. Ce qui la distinguait de ses homologues, c'était le serpent en métal qui était juché sur la poignée de la porte et celui qui s'enroulait nonchalamment sur la surface brune.
Shizuru cligna des yeux en se retrouvant face à l'énigmatique porte et hésita même à frapper. Elle songea qu'il était tout à fait normal que la plupart des habitants se méfient de celle qui habitait derrière une telle monstruosité. Elle-même n'était pas tellement rassurée. Il ne fallait pas être un génie pour mettre en relation le venin trouvé dans le sang des victimes et les serpents élevés par... quelqu'un qui ne devait pas être complètement d'aplomb.
Après avoir remonté le col de son manteau et réajusté son écharpe, elle expira profondément pour se donner du courage. Elle n'avait pas parfaitement distingué les traits de la jeune femme lorsqu'elle était sortie du bus l'autre soir, mais elle se souvenait ne rien lui avoir trouvé de particulièrement étrange. Elle espérait ne pas s'être trompée.
Elle frappa en se demandant pourquoi seule la maison du maire était dotée d'une sonnette, ce qui était quand même bien plus pratique que de devoir tambouriner aux portes. Elle n'eut pas le temps de ruminer cette pensée. La poignée tourna et elle vit le serpent qui se trouvait dessus lui faire une drôle de révérence avant de se retrouver face à une jeune fille au regard complètement égaré.
Elles restèrent un moment à se regarder sans rien dire. La jeune fille semblait trop étonnée pour dire quelque chose ni faire le moindre geste, et Shizuru ne parvenait pas à détacher les yeux de la coupe de cheveux la plus étrange qu'elle ait jamais rencontrée. Elle se reprit finalement lorsqu'elle se rendit compte que son vis-à-vis la regardait de la tête aux pieds comme si elle était un extra-terrestre.
« Ara, bonjour mademoiselle » commença-t-elle après s'être discrètement raclé la gorge, « vous êtes bien Tomoe Marguerite? »
La fille cligna des yeux et sembla se rendre compte qu'on venait de lui poser une question avant d'ouvrir la porte en grand.
« Bonjour! » s'écria-t-elle en s'inclinant sèchement.
Comme elle n'ajoutait rien et semblait attendre quelque chose, Shizuru se força à ne pas rire en répétant sa question. « Tomoe Marguerite? »
La fille releva la tête immédiatement. « C'est moi! »
« Je suis le commissaire Shizuru Fujino, je suis chargée d'enquêter sur- »
« Oh. » Difficile de placer plus de déception dans une phrase. Un ange passa sans que Shizuru ne se décide entre éclater de rire ou voir jusqu'où elle pouvait embarrasser son interlocutrice. Ce fut Tomoe qui reprit la parole la première en tortillant une longue mèche de cheveux. « On m'a parlé de vous. »
Shizuru releva un sourcil sceptique. « Vraiment? »
« Les nouvelles vont vite, vous savez », répondit l'autre en haussant les épaules avant de lui couler un regard incertain. « Vous voulez entrer? »
« Vous voulez que je meure de froid? »
Tomoe écarquilla les yeux avant de s'écarter brusquement. « Non! Bien sûr que non, entrez, entrez. »
Et Shizuru entra.
« Quoi?! »
Shizuru lança un regard circulaire autour d'elle pour s'assurer qu'aucun des autres clients du restaurant où elles se trouvaient n'avait entendu l'exclamation incrédule de Haruka. Elle vit Yukino lui offrir un sourire d'excuse auquel elle répondit par un rictus de son invention.
La jeune femme était charmante. Shizuru avait fait sa connaissance une heure plus tôt en poussant la porte du restaurant où Haruka lui avait donné rendez-vous. En posant ses yeux sur elle, le commissaire n'avait pu s'empêcher de penser qu'elle et la grande blonde formaient un couple pour le moins atypique.
À côté de la carrure athlétique et du tempérament de feu de sa compagne, Yukino Kikukawa était une petite femme menue et discrète qui savait manifestement comment se faire oublier pour mieux observer les gens qui l'entouraient. Brune, les cheveux courts en bataille et une paire de lunettes carrées déposée sur son nez, la jeune femme avait encore un visage d'adolescente et le sourire candide que seuls les enfants savaient faire. Pourtant, il avait suffi à Shizuru de rencontrer son regard brillant d'intelligence et acéré comme le tranchant d'une lame de rasoir pour comprendre que ce n'était pas quelqu'un à prendre à la légère. Quelques minutes plus tard, quand Haruka avait fait les présentations, elle avait appris que Yukino était profiler. Depuis, elle ne cessait de se demander ce que la jeune femme à lunettes avait appris sur elle rien qu'en observant son comportement.
Mille et une choses, sans aucun doute. Mais elle avait au moins la grâce de ne pas le lui faire remarquer à voix haute et la politesse de ne pas lui lancer de regards affutés.
Calme, posée, douce. Yukino Kikukawa était la parfaite antithèse de Haruka Suzushiro. On se demandait bien ce que ces deux-là pouvaient faire ensemble.
Une fois attablées devant un repas chaud, les trois femmes n'avaient pas cessé de parler de tout et de n'importe quoi. Shizuru apprenait patiemment à connaître la femme qui avait réussi à faire renoncer Haruka à ses rêves de grandeur, et elle avait en échange le bonheur d'avoir enfin des informations sur l'histoire de cet étrange couple. Haruka avait toujours été quelqu'un de secret. Yukino semblait être moins avare. Finalement, elle avait décidé que Yukino Kikukawa lui plaisait et que son amie avait de la chance de l'avoir trouvée.
Alors, si une heure auparavant elles ne connaissaient l'une de l'autre que ce que Haruka avait bien voulu leur raconter, c'est-à-dire pas grand chose, elles échangeaient déjà des regards entendus lorsque la blonde faisait une faute de prononciation ou lorsque, comme ici, elle faisait part de son ébahissement au restaurant tout entier.
« Haruka, cesse de crier s'il te plait » répliqua calmement Yukino en piochant de la nourriture avec ses baguettes.
Sans se formaliser de la demande de sa compagne, Haruka lança à Shizuru un regard atterré. « Tu as quitté Anh? »
Shizuru posa son menton sur deux mains jointes et la pencha sur le côté avec un sourire innocent. « Tu dis ça comme si c'était une surprise. »
« Mais c'en est une! » s'énerva la blonde en balançant ses baguettes entre ses doigts. « Je veux dire, vous êtes, vous... »
Le sourire de Shizuru se fit plus curieux. « Nous sommes quoi? »
« Mais vous êtes si sortables! » s'écria Haruka en ouvrant les bras en signe d'impuissance. Une petite voix s'éleva à côté d'elle avec une discrétion relative.
« Semblables, Haruka. »
« Semblables », répéta la blonde en se rasseyant convenablement.
C'était si vrai. Anh Lu et Shizuru étaient semblables. Elles pensaient de la même façon, avaient un comportement similaire et partageaient les mêmes idées. Elles se ressemblaient. C'était pour cela que personne n'était jamais surpris de les savoir ensemble. Finalement, c'était l'ordre normal des choses.
« Ara, c'est vrai, mais ça ne suffit pas forcément, Haruka. »
La blonde revint pourtant à la charge avec exaspération. « Mais vous étiez un si joli couple! »
Shizuru éclata de rire. « Ce n'est pas parce qu'on faisait un joli couple qu'on devait nécessairement rester ensemble », commença-t-elle avec une lueur amusée au fond des yeux. « Si? »
« Je suis d'accord », commenta Yukino, l'air de rien, en mâchouillant tranquillement un morceau de poisson. Haruka lui lança un regard de reproche avant de soupirer. Elle rendait visiblement les armes. Ce n'était pas comme si elle avait son mot à dire dans toute cette histoire, de toute façon.
« Oui », reprit-elle sans enthousiasme en tapotant le bout de ses baguettes sur la table, « bien sûr, mais.... je suis surprise. » Shizuru n'osa pas la contredire.
« Ara, j'ai vu ça. Je ne comprends pas pourquoi pourtant. »
Elles avaient été un couple solide, c'était vrai. Mais quand un psychologue et un commissaire chargé d'affaires sordides se retrouvaient sous le même toit le soir en rentrant du travail, il y avait souvent des étincelles. Shizuru en avait eu assez d'avoir à supporter les regards scrutateurs et inquiets de sa compagne, qui en avait eu assez de parler dans le vide et d'avoir l'impression de devenir un meuble. Et justement parce qu'elles se comprenaient si bien, elles avaient fini par abandonner l'idée de sauver ce qui pouvait l'être. Aucune des deux n'en avait envie.
Elles avaient arrêté de se parler. Pour éviter de continuellement entrer en conflit. Un jour, Shizuru avait fait ses bagages et était partie. Elle ne doutait pas un seul instant que cela avait été un soulagement pour toutes les deux. Elle n'avait plus jamais entendu parler d'Anh et c'était très bien comme ça.
« Vous aviez l'air tellement bien toutes les deux. »
« Nous l'avons été, sans doute. »
« Et plus maintenant? »
« Plus depuis longtemps. »
« C'est triste. »
« Je ne trouve pas. » Shizuru fit tourner son verre avec une moue ennuyée. « C'est beaucoup mieux comme ça. »
Un ange passa avant que Yukino ne se penche vers elle, visiblement intéressée. « Pourquoi es-tu partie? »
« Ara... » Shizuru se demanda un moment comment expliquer la situation sans pour autant répondre à la question qui lui était posée. « Disons que contrairement à moi, Anh est parvenue à rester elle-même. » Elle fit une pause en constatant qu'elle venait de constater une évidence avant d'essayer d'éclaircir un peu ses idées. « Moi j'ai trop... changé, j'imagine », reprit-elle finalement. Le regard de la jeune femme était bienveillant, mais elle se sentait épiée. « On ne se supportait plus », conclut-elle calmement en préférant poser son regard sur la moue penaude de Haruka plutôt que sur le visage enfantin de son intrigante compagne.
Yukino récupéra un autre morceau de poisson, visiblement inconsciente du trouble qu'elle provoquait chez son interlocutrice et lui fit un sourire entendu. « Le travail? »
« Oui. »
Haruka enroula une mèche de cheveux bouclés autour de ses doigts avec agacement et se renfonça dans son siège en croisant les jambes. « Tu es célibataire alors? »
« Tu crois que je serais venue m'enterrer dans ce trou perdu si j'avais quelqu'un, Haruka? » répliqua l'autre en riant. Quelle idée. Même pas en rêve!
La blonde ne se démonta pas pour autant et elles échangèrent un regard de connivence. « Et manquer une superbe affaire de tourtes? »
« Meurtres, Haruka. »
« Meurtres. Je suis sûre que tu serais venue quand même. »
Shizuru pondéra un instant sa réponse. Elle aurait tout aussi bien pu s'occuper de Shiho Munakata plutôt que de venir à Furano écouter des paysans séniles lui raconter des commérages. Elle savait que lorsqu'elle reviendrait à Tokyo, le meurtrier de la jeune fille serait toujours dans la nature. À moins que la police judiciaire aie un incroyable coup de chance. Ou qu'elle parvienne à envoyer la bonne personne sur l'affaire.
Elle en doutait. Car la bonne personne, c'était elle. Elle était certainement la seule à pouvoir arrêter ce malade.
« À Tokyo aussi, j'en avais une. »
Haruka releva un sourcil sceptique. « Qui est? »
« Des corps broyés dont les restes sont étalés sur les murs. »
« Charmant », grimaça la blonde. Yukino pâlit.
L'air de rien, Shizuru entreprit de manger une boulette de riz avec élégance. « Je trouve aussi. » Les deux autres femmes lui rendirent un regard vide qu'elle feint de ne pas remarquer. Elles échangèrent ensuite un regard désolé et se concentrèrent sur leurs assiettes respectives. Après quelques minutes de silence d'un confort relatif, Haruka releva la tête pour relancer la conversation, le regard brillant de curiosité.
« Tant qu'on y est, est-ce que tu- »
Elle fut interrompue par sa compagne qui releva ses baguettes vers elle d'un mouvement menaçant du poignet. « Ne me dis pas que tu ne vas pas parler boulot maintenant. »
« Mais enfin », s'offusqua la blonde sans remarquer le rictus effronté qu'arborait Shizuru en la voyant se faire rabrouer par la petite brune, « c'est ridicule de ne pas en frapper quand on en a l'occasion! »
La femme de Tokyo vint à la rescousse de son amie en prenant un air détaché. « Je suis d'accord. »
« Mais- » Yukino s'arrêta et son regard se reporta tour à tour sur les deux commissaires qui avaient du mal à cacher leur excitation à la simple idée de partager leurs informations. Shizuru se rendit compte qu'elles devaient donner au profiler l'impression d'être des joueurs de poker accros. La brune remit ses lunettes en place sur son nez et soupira, défaite. « Vous êtes vraiment tous les mêmes. »
Shizuru considéra que cette marque de faiblesse constituait une autorisation et reporta son attention sur la grande blonde qui semblait être arrivée à la même conclusion et qui lui lançait à présent un regard intéressé.
L'image des joueurs de poker lui sembla soudain peu appropriée. Il n'y avait pas de place pour le bluff entre elles deux. Il n'y en avait jamais eu. Elles n'étaient pas comme ces hommes d'affaires qui négociaient leurs informations. Elles n'étaient pas comme John Smith et ses jeux d'esprits tordus qui avaient bien failli avoir raison de sa santé mentale quelques mois plus tôt. Quelque part, le commissaire songea qu'il était rassurant d'avoir pour amie une femme loyale à qui elle pouvait donner toute sa confiance.
Elle aurait confié sa vie à Haruka. Elle savait que la réciproque était vraie.
Finalement, elles étaient plutôt comme deux toxicomanes. Du moment que la solidarité était là, aucune des deux n'était capable de parler d'autre chose que de travail pendant plus d'une heure. Ou même de penser à autre chose.
« Tu as du nouveau pour les Wang? »
Shizuru se renfrogna imperceptiblement à cette question et préféra lui renvoyer la balle. « Tu as du nouveau sur le corps anonyme? »
Le sourire de Haruka se transforma en grimace contrite. « Non », avoua-t-elle. Et ça n'était pas surprenant. Shizuru n'avait pas l'impression qu'il soit possible de retrouver l'identité de la jeune femme après autant de temps passé sans avoir la moindre piste.
« Tu as ta réponse », répliqua-t-elle calmement en ignorant l'impression qu'elle avait d'être passée à la loupe par Yukino.
Haruka fronça les sourcils, visiblement étonnée. « Tu veux dire que tu n'as rien trouvé du tout? »
« Ara, ce n'est pas exactement ça. » Elle déposa ses baguettes en les alignant de façon à ce qu'elles soient parfaitement parallèles et s'essuya posément les mains pour se donner le temps de rassembler ses idées. « Ils... » Elle hésita. « La plupart refusent de me parler. » Haruka lui envoya un regard qui signifiait je te l'avais bien dit qu'elle ignora. « Le reste », reprit-elle, « est un attroupement de véritables commères. Impossible de savoir ce qui est vrai de ce qui est inventé. Ça prend du temps figure-toi. » Elle plia sa serviette et la déposa patiemment sur la table avant de continuer avec exaspération. « Et ils passent leur temps à accuser tout le monde et n'importe qui. Et puis, et puis... oh, ils sont tous si étranges! »
« Comment ça, étranges? »
Shizuru prit une seconde pour décider par où elle devait commencer. « Et bien, il y a cette vieille folle constamment à sa fenêtre qui épie mes moindres faits et gestes, une domestique qui se couche à vingt-trois heures, une- »
Haruka lui coupa la parole en s'étouffant avec le contenu de son verre, amusée. « Qu'est-ce qu'il y a d'étrange à se torcher à vingt-trois heures, exactement? »
Ce fut au tour de Shizuru de manquer d'air lorsqu'une petite voix vint corriger son erreur. « Coucher, Haruka. »
« Coucher » répéta l'autre.
« Les domestiques de mes parents ne se couchaient jamais à vingt-trois heures » lâcha-t-elle avant de lier à nouveau ses mains pour reposer son menton dessus.
La blonde cligna des yeux. « Tes parents étaient des tyrans, Shizuru. »
« Peut-être, mais il n'empêche que- »
« C'est bon. Qu'est-ce qu'il y a d'autre d'étrange? »
« Cette fille qui élève des serpents chez elle. Tomoe Marguerite. » Elle vit Haruka se redresser en entendant cette information et Yukino la gratifia d'un regard rempli d'un nouvel intérêt.
« Des serpents? » répéta le commissaire avec une lueur d'espoir dans ses yeux mauves.
Shizuru eut des scrupules à étouffer dans l'œuf cet espoir naissant, mais si l'information était intéressante, elle devait également faire valoir les arguments favorables à la jeune fille. « Je sais ce que tu penses. Mais sincèrement, je doute qu'elle puisse être le tueur. » Il y eut un silence surpris chez le couple qui lui faisait face. « Elle a peur du noir », déclara-t-elle pour appuyer son point de vu, « sa maison est tellement éclairée que j'en ai encore mal aux yeux. »
Elle gardait un souvenir indélébile de sa visite chez Tomoe Marguerite. On n'oubliait pas les instants où l'on tombait amoureux.
Partout où elle posait les yeux, elle ne voyait que la blancheur opalescente des murs et pouvait sentir autour d'elle la lumière diffuse qui l'empêchait de percevoir correctement la profondeur du couloir où elle était entrée. Devant elle, Tomoe Marguerite avançait d'un pas sûr et elles se retrouvèrent bientôt dans le salon.
La petite pièce était moins aveuglante que le corridor par lequel elles étaient entrées, mais elle baignait tout de même dans un flot de lumière surnaturelle qui fit frissonner Shizuru sous l'épaisseur de son manteau. En observant la jeune fille qui rangeait à présent quelques magazines en hâte pour leur permettre de s'asseoir, le commissaire ne put que constater une nouvelle fois l'étrangeté qui lui faisait face.
Tomoe Marguerite avait deux profils. Le premier était celui d'une femme aux cheveux longs, plutôt jolie, le second était celui d'une petite fille dont les cheveux coupés au carré faisaient ressortir une moue boudeuse. Shizuru n'avait jamais rien vu de semblable. C'était comme si la jeune fille n'arrivait pas à se décider entre l'enfance et l'âge adulte. Elle avait un pied dans chaque tranche de vie.
« Je sais pourquoi vous êtes ici » commença Tomoe en rangeant les derniers magazines sous une table basse avant d'inviter le commissaire à s'asseoir.
Shizuru lui répondit par un sourire aimable. « Ara, ce n'est pas si difficile à deviner. »
La fille cligna un instant des yeux. « On doit vous le dire souvent, mais vous avez un drôle d'accent. »
« Ça arrive. »
Elles se jaugèrent du regard, assises l'une en face de l'autre.
Tomoe finit par céder la première. « Vous êtes ici parce qu'on vous a parlé de mes serpents » lâcha-t-elle d'une voix lasse.
Shizuru retira son écharpe. « Ara, en effet. » Tomoe la regarda la plier soigneusement sans faire de remarque et se leva pour aller récupérer une bouteille de saké dans un petit meuble. « Que voulez-vous savoir, commissaire? »
Shizuru sortit son calepin de sa poche. Tomoe sortit deux verres. « Quel âge avez-vous? »
« J'ai vingt-et-un ans. »
« Et qu'est-ce que vous faites dans la vie? » Tomoe déposa les deux verres sur la table basse et ouvrit la bouteille de saké en répondant d'une voix neutre. « Je suis vétérinaire. »
« Oh. Et vous êtes spécialisée dans les reptiles? »
Le saké coula dans chacun des verres. « Pas vraiment non. C'est juste une passion que j'entretiens à côté de mon travail. » Elle tendit à Shizuru un verre et engloutit le sien en une seconde avant de la reposer négligemment sur la table et de se rasseoir. Le commissaire la regarda faire avec intérêt. La fille l'intriguait. Et en regardant le verre qu'elle avait dans les mains, elle se rendit compte qu'elle lui rappelait un peu l'adolescente qu'elle avait été.
Ça n'était pas si loin.
« Combien en avez-vous? » demanda-t-elle avec une réelle curiosité. Tomoe Marguerite fit un mouvement évasif de la main.
« J'ai arrêté de compter. » Elle fit une pause et sembla réfléchir avant de soupirer et d'offrir à Shizuru un sourire d'excuse. Le premier. « Beaucoup. » Le commissaire s'apprêta à lui demander si les serpents qu'elle possédait étaient venimeux mais la jeune fille la coupa dans son élan en se redressant brusquement. « Est-ce que vous... » Elle hésita quelques secondes. « Est-ce que vous voulez les voir? »
La question prit Shizuru au dépourvu mais elle s'efforça de ne rien laisser paraître. Elle espérait que Tomoe ne remarquerait rien. C'était sans doute une très mauvaise idée. Elle aurait bien dit non, si le regard de Tomoe n'avait pas été si rempli d'espoir. À la place, elle s'entendit prononcer avec un faux enthousiasme un « Ara, oui, pourquoi pas? » et se laissa guider par la jeune fille dans une autre pièce.
Lorsqu'elle vit que la jeune femme l'emmenait au sous-sol, elle s'assura qu'elle avait bien son arme de service à portée de main, cachée sous un pan de manteau, bien en sécurité sur sa hanche. Rassurée, elle posa sa main dessus, au cas où.
Les escaliers qui accédaient au sous-sol étaient blancs eux aussi. Elle commençait à avoir mal aux yeux et se demanda comment Tomoe Marguerite faisait pour vivre perpétuellement dans un tel espace. Elle entendit un claquement sonore lorsque la fille déverrouilla la lourde porte derrière laquelle était caché son zoo, et sa main se crispa sur son arme.
Elle inspira lourdement.
Elle n'aurait pas dû accepter de venir.
Ses jambes continuèrent pourtant de descendre les marches qui lui faisaient face et bientôt elle entrait dans l'antre des serpents, derrière une Tomoe Marguerite qui semblait avoir retrouvé sa bonne humeur à la vue de ses petits pensionnaires. Enfin, « petits » était sans doute inapproprié.
Derrière les vitres, chacun à sa place, des dizaines de serpents vivaient dans des espaces aménagés spécialement pour eux. Les serpents de la même espèce évoluaient ensemble, mais toutes les espèces semblaient être tenues à l'écart les unes des autres et Shizuru surprit deux serpents se faire face à travers une vitre, sans doute curieux.
« Même s'ils sont enfermés, faites attention à ne pas vous approcher trop des vitres », la prévint Tomoe alors qu'elle-même déposait le plat de sa main contre un mur de verre. À l'intérieur de la cage transparente se trouvait un serpent aux écailles blanches qui se faufila rapidement sous un rocher artificiel en voyant la petite main se poser près de lui. Tomoe gloussa et se retira.
Shizuru avança vers d'autres « aquariums », et observa les longs reptiles ramper tantôt avec langueur, tantôt avec empressement, dans leurs milieux.
« Est-ce que certains sont dangereux pour l'homme? » demanda-t-elle, fascinée par un petit serpent roux... qui lui montra ses crocs lorsqu'elle s'approcha trop près et précipita sa petite tête contre le verre. Il retomba en arrière sonné, tandis qu'elle faisait quelques pas en arrière en clignant des yeux. « Ara... »
Derrière elle, Tomoe rit. « Je vous avez dit de faire attention. » Elle fit signe à la visiteuse de la suivre et se dirigea vers le fond de la pièce où une énorme cage de verre s'étendait le long du mur. « Il y en a quelques-uns dont il faut se méfier, oui », commença-t-elle pour répondre à la question qui lui avait été posée quelques minutes auparavant, « mais la plupart du temps, le venin met plusieurs heures avant de paralyser les membres ou de provoquer la mort. » Elle lui désigna du doigt le petit serpent qu'elles venaient de laisser derrière elle. « Celui-là possède un venin très dangereux, mais il est trop petit pour pouvoir être mortel pour l'homme. Il n'y a pas assez de volume. »
Shizuru ne répondit pas. Elle était persuadée que le petit serpent continuait de la regarder en la narguant. Elle frissonna. Il était possible de récupérer le venin en grande quantité et d'en faire une arme mortelle. Sans problème. En reportant son regard sur Tomoe, elle songea d'abord qu'elle était trop jeune pour avoir commis un meurtre neuf ans plus tôt. Mais peut-être qu'elle s'était contentée de donner au meurtrier le venin dont il avait besoin.
Personne n'avait jamais prétendu qu'il agissait seul.
Elle laissa son regard vagabonder sur la gigantesque cage vide qui était en face d'elle, immobile alors que Tomoe tapotait sur la vitre avec patience. « Vous connaissiez Nina Wang? Elle avait à peu près votre âge, non? »
La jeune femme ne cessa pas de taper sur la vitre. « Elle prenait mon bus » commença-t-elle, « mais on ne se parlait jamais. » Il y eut du mouvement dans le fond de la cage. Ce fut si bref que Shizuru se demanda si elle ne venait pas de rêver. Tomoe continuait de parler d'une voix dénuée de toute intonation. Morose. « Elle ne parlait pas beaucoup aux gens d'ici. À part Nao et, ah mince, vous savez, la femme qui se promène toujours avec un gros chien blanc? »
Natsumi Kruger? Elle et Nina se connaissaient? « Ara oui, je vois de qui vous parlez. » Shizuru essaya de faire abstraction du tapotement insistant qui commençait à l'agacer et fut soulagée lorsque Tomoe cessa.
Cette dernière regardait fixement à l'intérieur de la cage avec un sourire bienveillant et ajouta sans vraiment être là : « Je crois qu'elles étaient amies. »
Shizuru voulut répliquer quelque chose pour en savoir plus mais lorsque son regard fut happé par la forme derrière la vitre, elle oublia tout.
Il était beau.
Paresseux, il semblait s'étirer comme pour s'éveiller d'un long sommeil. Lentement. Langoureusement. Sa tête s'éleva au-dessus du sol et il commença à avancer.
Shizuru le trouva gracieux. Fin et élégant.
Ses écailles étaient brunes, presque rouges, le dos zébré de blanc et le ventre jaune.
Gigantesque. Magnifique.
Un roi venait d'entrer.
Tomoe brisa le silence religieux qui s'était imposé de lui-même et sortit Shizuru de sa transe. « Magnifique, n'est-ce pas? »
Un murmure ébahi lui répondit. « Qu'est-ce que c'est? »
« C'est un cobra royal. »
Shizuru n'en doutait pas un seul instant. Le reptile, interminable, continuait d'évoluer tranquillement sans s'apercevoir du sort qu'il avait jeté sur ses spectatrices. « Il est si grand! »
« Il paraît qu'ils peuvent atteindre cinq mètres de longueur », exposa la jeune femme à ses côtés avec fierté, « mais celui-ci ne mesure que trois mètres vingt. » Elle reprit après avoir laissé à l'autre femme le temps d'enregistrer l'information. « Vous me demandiez si j'avais des serpents dangereux pour l'homme. Nous avons de la chance qu'il n'aie pas l'habitude de nous chasser. »
Trois mètres vingt! Il faisait presque deux fois sa taille!
« C'est incroyable » souffla-t-elle en ne résistant pas à l'envie de déposer le plat de sa main près de lui. Il ne lui accorda même pas un regard. Derrière elle, Tomoe continuait de parler.
« On dit même que c'est un cobra comme celui-ci qui aurait tué Akira Inoue. »
« Akira Inoue? »
La fille lui lança un regard perplexe. « Oui, vous... » Elle s'interrompit, comme frappée par une illumination, et soupira. « Ah, non, vous ne pouvez pas savoir. » Comme Shizuru ne put s'empêcher de la regarder avec insistance et scepticisme, la vétérinaire s'empourpra et reposa les yeux sur le cobra qui était en face d'elles. « Ça fait partie de la légende des trois frères, vous en avez peut-être déjà entendu parler, c'est assez populaire ici. »
Mai lui en avait parlé lorsqu'elle était arrivée mais elle ne se souvenait plus véritablement de quoi il avait été question. De statues? Ce n'était pas quelque chose comme un monument? Elle ne savait plus. Il y avait eu quelque chose à propos de randonnée, non? « Ara oui, mais très vaguement » finit-elle par dire après avoir capitulé. Elle n'aurait qu'à redemander plus tard.
« Il faudrait que vous alliez voir la doyenne si ça vous intéresse », lui expliqua Tomoe d'une voix blanche, visiblement à moitié immergée dans la contemplation de son pensionnaire favori, « il existe des dizaines de versions différentes, c'est sans doute elle qui a le plus de chances de connaître la vraie. »
Shizuru grimaça. Elle n'était pas plus pressée que cela de revoir Mashiro Kazahana. « Je préfère éviter. »
Tomoe éclata de rire et lui lança un regard entendu. Apparemment, tout le monde pensait que la petite vieille était scandaleusement outrageante. « Vous pouvez aller voir l'un des archéologues alors. Ils font des fouilles près des Trois Frères, ils doivent s'être renseignés. »
« Tu dis qu'elle est étrange, mais tu n'as pas l'air traumatisée » commenta Haruka avec un sourire narquois. « Je ne savais pas que tu avais un faible pour les serpents, tiens. »
« Je te prie de bien vouloir garder tes sous-entendus vaseux pour toi, Haruka. »
« Bien, bien, c'est tout », se défendit la blonde en relevant les mains devant elle. « Je me renseignerai pour le venin. »
Shizuru finit son verre. « Et pour la légende, vous la connaissez? » demanda-t-elle avec affabilité.
Haruka secoua la tête. « Tu sais que je ne prête pas attention à ce genre d'histoires. Et toi Yukino? »
« Il me semble que c'est une histoire d'amour qui tourne mal » répondit la petite brune avec une moue pensive, « mais je ne vois pas ce qu'un serpent vient faire là-dedans. »
Les deux commissaires échangèrent un regard devant un tel manque d'originalité. « Une histoire d'amour qui tourne mal? » Haruka pouffa lorsque Shizuru reprit l'expression avec un sourire moqueur.
Yukino répondit en levant les yeux au ciel. « Oui enfin, tu vois, avec un prince et une bergère, tout ça. »
« Ara. » Les trois femmes méditèrent sur ce dernier mot en silence avant que Haruka se redresse sur son siège. « Quoi d'autre? » demanda-t-elle en ignorant Yukino qui poussa un soupir excédé.
Shizuru fit un sourire d'excuse au profiler avant de répondre. « Il y a cette femme qui revient souvent dans les conversations. Natsumi Kruger. »
Yukino la reprit, sans doute par habitude. « Tu veux dire Natsuki Kuga. »
« Peut-être, personne ne sait exactement comment elle se nomme. »
La blonde croisa les bras et la mit en garde immédiatement. « Je l'ai déjà rencontrée. Je pense que tu devrais te méfier. »
« Moi je ne pense pas » la contredit Yukino avant de redonner toute son attention à Shizuru, qui n'en finissait pas de se demander comment ces deux-là pouvaient se supporter. « Je crois au contraire que c'est la seule personne à qui tu peux faire confiance. »
Aussitôt, et Shizuru l'avait prévu, le visage d'Haruka prit les couleurs de l'outrage et elle s'écria: « Confiance à un civil? Potentiel suspect en plus de ça? Tu es molle! »
« Folle. Et non, pas du tout. » Yukino ne laissa pas le temps à son impétueuse compagne de répliquer. « J'ai discuté un moment avec elle, elle est un peu bizarre, mais je pense vraiment qu'elle pourrait t'aider dans ton enquête » finit-elle en se tournant vers la femme aux yeux rouges, qui s'efforçait jusqu'alors de ne pas s'impliquer dans la conversation.
« Ara, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. » Et ça n'en était pas une. Elle ne pouvait pas se permettre de faire confiance à quelqu'un qui avait autant de soupçons pesant sur les épaules. Elle ne pensait pas en avoir envie de toute façon.
La brune s'indigna. « Vous les flics! » Devant le silence médusé des deux autres, elle reprit avec exaspération. « Vous êtes vraiment incapables de faire confiance à qui que ce soit. »
Haruka croisa les bras, outrée. « C'est faux. »
Shizuru appuya cette dénégation d'un mouvement hochement de tête énergique. « Ara, tout à fait. » Aucune des deux ne se formalisa de la mauvaise foi qui suintait de chacune de leur réponse.
« Oui bien sûr », répliqua Yukino en levant les yeux au ciel, « vous faites confiance à d'autres flics. La belle affaire. »
« Certains flics. » commenta Shizuru pour plus de précision. Elle n'allait quand même pas faire confiance à n'importe qui. Haruka hocha énergiquement la tête à son tour pour lui donner raison avant de gratifier sa compagne d'un regard réprobateur.
« Je te signale que tu es flic aussi, Yukino. »
La jeune femme secoua la tête en retirant ses lunettes et en sortant un mouchoir pour les nettoyer. « Non, je suis profiler », commença-t-elle, « c'est différent. Et avoir quelqu'un sur le terrain à qui tu peux faire confiance est important pour une enquête comme celle-ci, non? » Elle se tourna vers Shizuru avec un sourire d'excuse avant de reprendre en la désignant du bout de ses montures. « Enfin regarde-toi, Shizuru, tu ne connais rien de cette région. » Sans manquer la lueur d'irritation qui dansait à présent au fond des yeux de la femme de Tokyo, elle poursuivit pour s'expliquer tranquillement mais avec fermeté. « La montagne est dangereuse pour les gens qui ne sont pas initiés, tu risques beaucoup. Kuga est peut-être un coupable potentiel, mais elle connait suffisamment Osomura et les alentours pour t'être utile. Si j'étais toi, j'y penserais. »
Il y eut un soupir à côté d'elle et un murmure résigné. « Yukino, c'est un suspect. »
Elle finit de nettoyer ses verres et les remit sur son nez en continuant de batailler. « La seule chose qui la rend suspecte, c'est le fait qu'elle ne soit pas d'ici. » Il y eut un silence d'approbation. La jeune femme récupéra du riz et termina sa pensée. « Elle a le rôle du bouc émissaire, c'est tout. »
« Ara, peut-être », répondit Shizuru avec un sourire aimable, « mais ça ne veut pas dire qu'elle est innocente. » Haruka huma son affirmation, les bras toujours croisés. « Il y a son chien et le fait qu'elle soit dans les bois la nuit. »
Yukino ouvrit les bras en signe d'impuissance. « C'est un trappeur, c'est normal! »
Shizuru lui répondit par une moue sceptique tandis qu'Haruka secouait la tête, visiblement peu convaincue.
« Vous êtes tellement de mauvaise foi! »
Haruka se redressa. « Non, nous sommes professionnelles » répondit-elle avec placidité comme si cette déclaration suffisait à démontrer qu'elle avait raison.
Non loin d'elle, Shizuru jouait avec son poisson en l'écoutant. « Ara, tout à fait. »
Le profiler soupira en signe de défaite et laissa passer l'orage. Elle venait de comprendre qu'elle n'avait pas la moindre chance de gagner un argument contre les deux jeunes femmes lorsqu'elles étaient dans la même pièce. Elle releva la tête pour avoir confirmation d'un doute. « Et est-ce que ça vous arrive de ne pas être d'accord sur quelque chose? » souffla-t-elle avec un sourire défait.
Pour toute réponse, Shizuru lui fit un sourire goguenard et Haruka lui coula un regard d'excuse.
Review ^^?
