Chapitre 4
"I embrace an empty space
And your laughing song it fades
Where goes it?
It goes some place
Where it's lonely
And black as the night"
Slowly goes the night - Nick Cave & the Bad Seeds
- Tender Prey (1988) -
« Comment vous avez rencontré votre femme en fait ? »
Solf laissa tomber son rouleau à peinture sur le sol couvert de vieilles coupures de journeaux. Surpris, il dévisagea Victoria alors assise par terre. Elle avait délaissé ses tenues sobres et classiques pour un bon vieux pantalon cargo et un débardeur kaki. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle lui pose cette question alors qu'ils étaient en train de repeindre la chambre de Salomé.
«- À Ishbal, répondit-il sobrement après avoir repris son rouleau. Elle était mon sous-officier.
- J'ai des doutes sur le fait que votre relation y ait été très légale. »
Au moment même où ses mots sortaient de sa bouche, Victoria eut envie de se gifler. Elle manquait vraisemblablement d'un filtre, un barrage, un truc pour empêcher ses moindres pensées d'être dites à voix haute à la première occasion ! Elle nota la crispation dans la main droite de Kimblee qui lui tournait encore le dos et ajouta précipitamment :
« Après, je ne pense pas qu'un génocide racial soit très bien vu légalement non plus donc euh... »
MEUF. TA GUEULE, songea-t-elle. Arrête. Arrête. Tu dis que de la merde là. Tu vas finir démembrée dans deux minutes si tu continues.
« Enfin, tout ça pour dire que vous étiez pas à ça près quoi. »
Victoria préféra fermer les yeux alors que Solf faisait demi-tour et posait à nouveau son rouleau sur le sol. Elle en ouvrit un pour le voir la dévisager, les bras croisés, sans ciller. Même s'il ne bougeait pas d'un poil, elle sentait une lourde aura de menace émaner de lui. Il se pencha vers elle et demanda d'une voix froide et posée :
« Capitaine Legoupil, comptez-vous continuer à me rappeler mes actes passés ou comptez-vous vous relever et enfin finir de peindre votre portion du mur ? »
Après avoir dégluti difficilement, elle saisit la main qu'il lui tendait. Une fois debout, elle nota que sa poigne se faisait plus forte, presque au point de lui faire mal. Elle croisa son regard : il était glacial. Alors qu'il ne semblait pas agressif, il la terrifiait. Elle comprenait mieux la peur que connaissaient encore celles et ceux qui avaient eu affaire à lui, alors qu'il ne pouvait même plus utiliser son alchimie. À quel point avait-il pu être terrifiant alors ?
« Je vous remercierais de faire ça vite et sans faire de vagues. J'ai l'impression qu'une migraine arrive, et j'aurais besoin de calme. »
Alors qu'elle hochait difficilement la tête, une angoisse envahissante au creux de son être, Victoria put le voir sourire avant de murmurer d'un ton presque enjôleur :
« … D'accord ? »
Avant qu'elle ne puisse répondre, le téléphone sonna. Sans lui jeter un autre regard, Solf quitta la pièce à grands pas et la laissa seule. Elle ne remarqua qu'alors qu'elle s'était mise à trembler de tous ses membres.
« - Allô ? grommela-t-il dans le combiné, les nerfs encore à fleur de peau.
- Kimblee ? Est-ce que Beth est rentrée ? voulut savoir Edward à l'autre bout du fil.
- Non. Pourquoi ?
- J'ai des informations à lui passer concernant la galette et vous n'êtes pas autorisé à les savoir, sourit-il, tout content de pouvoir faire rager Kimblee sans crainte de finir atomisé... ou empalé (encore).
- Et bien, vous rappellerez ce soir si c'est ça. Et elle me les dira juste après. Et vous nous aurez juste fait perdre notre temps simplement pour m'embêter de façon puérile et absolument crétine », posa Solf qui espérait que sa migraine ne serait pas trop violente. Mais ça se présentait mal.
Derrière son bureau, Edward eut le visage qui vira au rouge. Au rouge très rouge. Mais alors, vraiment, vraiment, vraiment rouge. Havoc et Breda s'approchèrent de lui, inquiets.
« - Hé Ed, ça va ?
- T'as un truc coincé dans la gorge.. ? »
Il ne leur répondit pas. Ils étaient sur le point de lui coller deux grosses tapes dans le dos quand il hurla dans le combiné :
« ON A TROUVÉ UN BOUTON D'UNIFORME DANS LA GALETTE, AVEC DEUX LETTRES GRAVÉES DESSUS, VOILÀ ! D'APRÈS LA SECTION QUI FAIT LES UNIFORMES, IL VIENT D'UN UNIFORME FAIT ENTRE 1905 et 1908 ! VOUS ÊTES CONTENT ? »
À l'autre bout du fil, Solf tenait le combiné à quinze centimètres de son visage comme s'il craignait qu'il n'explose. Après un court silence, il le rapprocha de son oreille.
« - Merci du renseignement. Vous pouvez nous l'envoyer par coursier ?
- Et mon cu-
- On va faire ça Kimblee, glissa Havoc qui avait réussi à prendre le téléphone des mains d'Edward. Vous pensez qu'on peut manger la galette maintenant que Ferkjoud et son équipe en ont fini avec ?
- Elle doit plus ressembler à grand chose, non ? Ils ont du la découper de toutes les façons possibles.
- Elle semble encore mangeable, écoutez. Vous voulez qu'on en file une part au coursier pour vous ? proposa-t-il tandis que son collègue luttait pour retenir Ed qui vociférait et se débattait comme un beau diable.
- Si c'est une frangipane, oui. Mais j'aurais surtout besoin d'une aspirine là. »
En rentrant de son rendez-vous chez l'ophtalmo, Beth avait deux questions. Et elle les posa avant même d'avoir raccroché son trench :
« Qu'est ce que c'est ce bouton au milieu de la table de cuisine et où t'as trouvé une part de galette frangipane ? »
La bouche pleine, son mari avala sa bouchée avant de répondre :
« -Ils avaient fini les examens sur la galette et comme elle avait l'air encore bonne, personne n'a voulu la gâcher...
- Tu bouffes des preuves maintenant ?
- … C'est une preuve périssable de toute façon. Et dans la galette, il y avait ce bouton d'uniforme ! clama Solf en lui présentant.
- Donne. »
Betty posa enfin son sac et son manteau puis s'installa à la table de cuisine pour détailler le bouton d'uniforme. Elle chaussa ses lunettes (qu'elle allait devoir changer vu qu'elle avait perdu 0,5 points à l'œil gauche) et plissa les yeux.
Après un long silence seulement interrompu par les bruits des couverts de son époux, Beth reposa bouton et lunettes avant de prendre son visage à pleines mains. Alerté, Solf lui serra le poignet.
« - Que se passe-t-il ?
- Il était à Clémence. Tu te souviens d'elle ? lui répondit-elle.
- Oui, elle était dans ta promotion. Blonde, très bonne au tir... »
Il ne dit pas qu'il se souvenait surtout d'elle pour avoir interpellé le Président Bradley devant un parterre de journalistes avant de se suicider d'une balle dans la tête en public. Il changea de sujet :
« - Comment tu peux en être sûre ?
- C'est moi qui avais gravé ses initiales : C.M. Elle avait perdu son bouton dans le train qui nous menait à Ishbal, comme pas mal d'autres. On avait du coudre nos uniformes à la hâte comme pour beaucoup d'autres étudiants de dernière année, et ils tenaient mal. Beaucoup d'entre nous y avaient gravé leurs initiales pour les reconnaître Je l'avais fait pour elle – elle avait un mal des transports terrible ce jour-là. »
Pendant des années, Beth avait pleuré la mort de sa camarade Clémence Magny et se rendait régulièrement sur sa tombe pour la décorer de fleurs. Elle y avait même rencontré ses parents et sa sœur à plusieurs reprises. Elle pensait qu'elle reposait en paix, loin de la terreur et des abominations du front Ishbal, voire de ce monde.
Peut-être avait-elle tort après tout.
Revoilà le chapitre 4. Il est très court mais il est revenu avec l'essentiel des trucs qu'il y avait dans l'ancienne version !
Bisous praline-orange confite sur vous !
