Titre : Chasse Gardée !
Source : Gundam Wing AC.
Auteur(e) : Lysanea
Genre : yaoi, romance, UA.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient pas sauf certains agents de la sécurité de Quatre (Fahim/Ryan). Les chansons ne m'appartiennent pas non plus, Sleeping est à Glen Hansard et Everytime à Britney Spears.
Pairing : 1x2, 6x2 (ne hurlez pas c'est temporaire) 3x4
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner, Rashid Kurama, Milliardo Peacecraft
Résumé : la lumière commence à apparaître même si on ne voit pas (encore) le bout du tunnel...
Notes :
Bonjour à tous. Un très grand merci à vous pour vos messages et votre patience, vos encouragements ! Bravo pour la perspicacité de certains, qui se rapprochent beaucoup de la vérité, dans leurs suppositions, même si ça dévie toujours à un moment ou un autre !
Pour ce chapitre, j'utilise deux chansons que je conseille vraiment d'écouter ; des fois, c'est juste les paroles qui servent mais là, l'émotion est vraiment plus forte quand on a entendu au moins une fois les chansons et qu'on a imaginé Duo derrière sa guitare... C'est pour ça que je conseille d'écouter Everytime de Britney Spears, chanté par Glen Hansard, pas seulement parce que c'est un mec et qu'on imagine mieux, mais parce que sa voix et sa façon de chanter sont juste terribles. Pour ceux qui connaissent le film Once, bah voilà, vous savez de quoi je parle !
Et je le conseille à ceux aimant ce type de musique... et les belles histoires.
Bref...
RaR :
JTFLAM : merci pour ta review et bravo pour ta perspicacité ! effectivement, Milliardo est bien dans le coin pour retrouver l'assassin de Treize, mais je ne dis rien de plus, ce serait dommage de gâcher le suspens ! Concernant le fait qu'Heero ait joué les voyeurs, c'est plus complexe. Il est pas maso, disons qu'il a regardé avec une sorte de "curiosité malsaine" parce qu'il se doutait de ce qu'il allait voir, mais c'est pas pour se faire du mal qu'il est resté - et il est pas resté longtemps -. c'est juste qu'il était figé à cause de ce qu'il ressentait et il analysait tout ça, étonné de ressentir ce genre de chose, cette douleur, d'où mon analogie avec les blessures "physiques". Mais je le plains tout autant que vous, c'est hyper cruel ! J'espère que la suite te plaira aussi !
lilith : merci pour ta review ! voici la suite demandée, et promis, ça se finira bien, ça prend juste un peu de temps ^^ j'espère que tu aimeras ce chapitre... et le reste !
Céline : merci pour ton mail, je te réponds tout bientôt ^^
Claire : "Juste" Merci.
Je vous souhaite une bonne lecture de ce chapitre, donc l'avant dernier avant la fin de la première partie !
Chapitre Un : Une nouvelle saison.
Chapitre Deux : Le retour du Chasseur.
Chapitre Trois : Qui va à la chasse...
Chapitre Quatre : ... perd sa place ?
Chapitre Cinq : Chasse gardée.
...
Chapitre Quatre : ... perd sa place ?
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Lorsque Duo rallume son portable, il n'est pas étonné de découvrir encore deux appels de Quatre, qu'il a ignoré déjà les trois premières fois.
Il n'est absolument pas en colère contre lui, il lui a seulement été totalement impossible de répondre à un quelconque appel, depuis qu'il a mis les pieds à l'orphelinat, tant il a été occupé.
En plus, les magouilles de Quatre pour lui faire affronter Heero, ce dont il se serait vraiment bien passé, l'ont mis définitivement en retard ; il s'est donc fait passer un premier savon en arrivant presque une heure après l'horaire convenu.
Duo ne voulait pas risquer de se faire encore tirer les oreilles jusqu'au décollement irréversible pour avoir pris le temps de répondre à un appel personnel...
Il a beau être un adulte, même considéré comme tel bien avant l'âge arbitrairement fixé par la société, le regard sévère de la Mère Supérieure lui fait toujours le même effet que quand il était tout gamin, et il oublie très vite son âge réel.
A présent, il a fini sa journée et tout ce qu'il avait prévu et promis de faire ; la menace du courroux de la Mère Temperance ou des Soeurs ne plane donc plus sur sa tête.
Son travail à l'orphelinat n'est pas contraignant du tout, il a un certain nombre d'heures à effectuer par jour et chaque week-end, il discute avec la Mère Supérieure et le Père Maxwell des tâches ou activités plus précises qu'il va accomplir la semaine suivante, seulement s'il le souhaite.
Et non seulement, il l'a toujours voulu, mais en plus, c'est souvent lui qui les propose et il en fait toujours plus que ce que lui demande ses supérieurs...
S'il lui sont plus que reconnaissant de son investissement, il y a pourtant un point sur lequel ils sont intransigeants, c'est le respect des promesses et des engagements, surtout envers les enfants ; si Duo promet une activité, sa présence, sa participation, il lui faut une excellente raison à son absence - ou son retard - pour amoindrir la déception des orphelins à qui sa parole a été donnée.
Ce que Duo comprend et respecte avec une régularité exemplaire... à quelques rares exceptions près.
Tout ceci, il l'explique de nouveau à Quatre, qu'il s'est dépêché de rappeler, tout en quittant le grand bâtiment de l'orphelinat pour rejoindre sa propre maison, bien à l'écart pour plus de tranquillité, mais toujours dans l'enceinte de Quaterine's House.
- Du coup, angel, comme je suis parti assez vite, j'ai oublié un carton à l'entrée de l'aile nord, que j'avais posé avant d'aller retrouver Heero pour réparer ton plan foireux. Donc, si ça te dérange pas, je vais passer le récupérer.
- Le jour où tu me dérangeras, il gèlera en enfer, Duo.
- Satan a bien failli sortir ses patins, alors, parce que c'était franchement pas loin d'être le cas, chaque fois où j'ai failli vous surprendre, Trowa et toi.
- Deux ou trois fois en six mois, c'est pas énorme, mon Dodo.
- Non, j'avoue... De toute façon, je vous verrai peut-être pas, même si j'aime pas l'idée de passer chez toi et de pas te voir... Mais si Heero est là, je mets mes scrupules de côté.
- Il s'est passé quelque chose, ce matin ? ose demander Quatre.
- Rien de ce que t'espérais, mon chameau. Heero n'a rien dit ?
- Pas vraiment, juste que tu étais reparti et qu'il avait trouvé ce qu'il cherchait.
- Il t'a fait aucune remarque sur le fait que tu l'aies induit en erreur ?
- Il ne parle pas pour ne rien dire, tu le sais bien. Apparemment, il a compris mes raisons, et peut-être même était-il de mon avis, lui.
- Ca ne m'étonnerait même pas, répond Duo avec un petit rire sec, en entrant chez lui.
- Je sais que tu ne vas pas aimer ce que je vais te dire, Duo, mais je trouve que tu es dur, avec lui.
- Tu aurais ma reconnaissance éternelle si tu choisissais soigneusement tes adjectifs, angel... Suis-je bête, c'est bien ce que tu as fait ! Comme si tu pouvais utiliser un mot au hasard, parmi tous ceux que tu connais...
- Je suis sérieux. Même s'il t'a fait souffrir aussi, je ne l'oublie pas, je lui ai pardonné parce que je sais que ce n'était pas intentionnel, et parce qu'il a souffert également, et souffre encore aujourd'hui. Il n'avait pas l'air bien, hier, déjà, mais ce matin, c'était pire. J'ai vraiment été impressionné par sa capacité à ne rien montrer de son état intérieur. Inutile de préciser à quel point tu m'as épaté, toi aussi, ce matin.
Seul le bruit de clés et de portes ou de placards qui s'ouvrent et se ferment répondent à Quatre, un moment qui paraît forcément long dans une conversation téléphonique.
- Duo ? finit-il par reprendre.
- Je... pense savoir pourquoi il était pas bien... Mais c'est de sa faute ! Il n'avait qu'à... aaahhhh shit !
- Duo, ça va ? C'est quoi ce bruit que j'ai entendu ?
- Juste un p'tain de verre qui était censé avoir séché depuis hier et qui m'a glissé des mains ! Mais c'est rien, j'me suis pas coupé. Par contre, je te mets en haut parleur, sinon ça risque d'arriver rapidement.
- Ok, mais fais attention, mon Duo... Tu sais, t'as vraiment pas l'air bien, toi non plus...
- Maintenant que t'en as pris conscience, tu veux bien garder ton nez loin de mes affaires, au moins le temps que j'y vois un peu plus clair ?
- Je reconnais que je n'ai pas été très délicat, ce matin et je m'en excuse encore...
- C'est ok, angel, y a pas mort d'homme...
- Encore heureux ! Dis-moi, Duo, tu ne voudrais pas qu'on profite de ton passage ici pour parler un peu, autrement que par téléphone ? Si tu peux rester un peu, je te prouverais ainsi que je suis toujours digne d'être ton meilleur ami...
- Comme si t'avais besoin de prouver quoi que ce soit ! Tu me les as plus gonflés en quelques mois qu'en presque vingt ans, c'est vrai, mais ça sert aussi à ça, les amis.
- Alors c'est d'accord ?
- Je veux bien rester, mais tu vois, j'ai pas trop envie de parler de tout ça... Enfin si, mais...
- Je serai seul, le rassure Quatre, comprenant tout de suite l'hésitation de Duo. Trowa doit passer au Cirque, et la sécurité n'est pas encore assez optimale pour que je puisse l'accompagner. Je pourrais, mais je serais une gêne pour lui.
- Alors là, je peux dire avec certitude qu'il n'est pas dans la même pièce que toi.
- Exact, il est en train de refaire le point avec Rashid. Mais comment... ?
- Eh bien c'est très simple, s'il avait été près de toi et qu'il t'avait entendu dire ça, il se serait empressé de te faire et j'aurais rapidement eu les deux oreilles pleines de tes gémissements !
- Ah, mais c'est qu'il est doué, mon homme.
- Épargne-moi les détails, angel.
- Bientôt, on recommencera à se les échanger, comme avant, tu verras.
- Mouais... En attendant, revenons-en à nos moutons : pourquoi tu pourrais pas aller avec Trowa ?
- Si je l'accompagne, il ne sera pas tranquille, parce qu'il sera toujours aux aguets, à surveiller ce qui se passe autour de nous. En y allant seul, il aura cette charge en moins. Donc, si tu veux bien, on peut en profiter pour passer un peu de temps ensemble, rien que toi et moi.
- Bien sûr que je le veux ! Tu m'as vraiment pris la tête avec Heero, ces derniers temps, en m'entraînant dans des conversations que je ne voulais pas. Pouvoir parler avec toi librement, faire appel à mon meilleur ami pour qu'il m'aide à y voir plus clair, sans l'hésitation que j'en suis venu à avoir à chaque début de conversation, en me rappelant qu'on en arrive toujours à s'affronter... tout ça me manque terriblement. Tu me manques, little angel.
- Tu me manques aussi, mon Duo. On va faire en sorte de retrouver tout ça. Je te promets de ne pas insister lourdement et de t'écouter, ce que mes inquiétudes ne m'ont pas permis de faire vraiment, je m'en rends bien compte, à présent. Mais ce n'est pas trop tard. Dépêche-toi d'arriver.
- Je fais au plus vite. A tout à l'heure, d'ici une demi-heure, environ..
- D'accord, à tout à l'heure, et sois prudent sur la route.
- Je ne traverse pas le désert, non plus ! A tout à l'heure.
Duo pose son portable et file prendre une douche rapide, sans perdre un instant.
Il se change tout aussi rapidement et c'est trois-quarts d'heure après la fin de sa conversation avec Quatre qu'il le retrouve au Palais.
Son meilleur ami l'attend dans un autre des nombreux salons, où il s'est installé pour jouer au violon ; ce salon était généralement celui de toutes les activités musicales, il est baptisé le Salon Doré, en référence au fameux nombre d'or.
Ils passent tous les deux un excellent moment et ce, dès les premières minutes.
Leur accrochage du matin n'est pas ignoré, ni oublié, juste accepté.
Il n'est pas pardonné, car il n'y a rien à pardonner.
Depuis six mois, Duo et Quatre n'avaient pas eu de moment aussi parfait, entre eux ; le ton ne monte pas, il n'y as pas d'incompréhensions ou de dialogues de sourds.
Duo se confie et Quatre l'écoute.
Quatre conseille et réconforte Duo.
Duo réfléchit et assimile ce que lui dit son meilleur ami.
Et ça lui fait un bien fou de se confier, de se décharger un peu du poids conséquent de tous ces sentiments qui commencent doucement à l'étouffer.
Duo écoute également, peut-être vraiment pour la première fois, Quatre lui raconter comment lui a vécu les trois mois de cauchemars de Duo ; ce sentiment d'impuissance, cette peur de le perdre, alors qu'il le sentait s'éloigner et l'effet inattendu que tout ceci à eu sur sa propre relation avec Trowa : leur lien s'est considérablement renforcé, alors qu'autant Trowa que Quatre craignaient pour leur relation.
Ce qui a étonné Duo, qui les a toujours vu plus unis que jamais.
Mais Quatre lui explique enfin la peur qu'il avait de voir Trowa se réveiller, un jour, en se rendant compte qu'il s'était lui-même enfermé dans une prison dorée, et décidant de reprendre sa liberté.
De même, Trowa doutait fortement d'être capable d'apporter quoi que ce soit à un homme aussi exceptionnel que Quatre...
Ainsi, à la lumière de toutes ces nouvelles confidences, les deux meilleurs amis sont enfin capable de comprendre leurs réactions, les conversations qu'ils ont eues, les petites tensions, incompréhensions et les disputes, aussi.
Ils se retrouvent donc tels qu'ils étaient avant Milliardo, avant Heero, avant Trowa.
Avant ces quelques jours de juin, et cette nuit en particulier, "La Nuit" où leurs deux vies ont pris un virage si serré.
Et ils se disent, sans détour et d'une même voix, leur espoir de pouvoir de nouveau ressentir leur lien avec une telle plénitude, aussi naturellement qu'avant.
Et ce, sans devoir forcément provoquer d'occasions.
Allongé sur le sofa, sa tête reposant sur les genoux de Quatre qui s'amuse à passer sa main dans ses longues mèches de cheveux, Duo jette un oeil paresseux à sa montre.
- Milliardo va bientôt arriver ? devine Quatre.
- Oui, il m'a dit vers 19h30.
Quatre attrape la poignet de Duo.
- Et il est... 19h15 ! C'est passé bien vite...
- Trop ! Si tu veux, je peux lui dire de passer plus tard, ou je peux le rejoindre une fois que Trowa sera presque là ? Ca pose aucun problème, tu sais !
- Ce que j'aimerais vraiment, c'est que tu passes la soirée avec Heero. Je ne comprends pas pourquoi tu sors avec Milliardo, alors que tu es bien d'accord sur le fait qu'Heero et toi devez parler.
Duo se redresse et passe sa main dans ses cheveux, même s'ils n'ont pas besoin de ça pour se remettre d'eux-mêmes en place.
- Je ne me sens pas encore prêt, angel. Et puis surtout, Milliardo va bientôt rentrer à Sank. Même s'il a repoussé son départ pour régler quelques affaires, ici, j'ai bien l'impression que je ne pourrais pas faire partie du voyage, justement parce que j'ai beaucoup de choses à régler, avec Heero.
- C'est une bonne nouvelle, en soi, remarque Quatre en lui prenant la main. C'est une bonne chose que tu te sois rendu compte que ça aurait été une erreur de partir maintenant.
- Je suis incapable de savoir de quoi ces prochains jours seront fait. Rien ne se passe comme je l'imaginais. Te parler m'a fait un bien fou, mais je reste encore confus.
- C'est compréhensible, mon Duo. Votre relation, à Heero et toi, est très complexe. Et celle que tu as noué avec Milliardo n'arrange rien. Ne me regarde pas comme ça, c'est un constat, pas un reproche.
- Il en reste quand même des traces dans ta voix... Mais tu sais, Quatre, je ne sors pas vraiment avec Mill', ce soir. Enfin si, mais comme des amis. Le retour d'Heero a naturellement mis un terme à... cet aspect-là de notre relation. C'est très brusque comme changement, j'en suis encore un peu surpris. Mais pourtant, c'est bien là : je ne peux pas imaginer faire autre chose que dormir dans les bras de Milliardo, à présent.
- Vraiment ?
- Vraiment. J'aurais l'impression de trahir autant Heero, que Milliardo, que ce que je suis, moi-même. La nuit dernière était particulière, et j'aurais préféré qu'elle n'ait pas de témoin. Surtout ce témoin-là, en fait...
- Il est bien assez puni pour ça, Duo. Ayant ressenti la force de ses sentiments pour toi, je n'ose imaginer quelle a dû être sa douleur. Et il l'éprouve encore. Ces images doivent être collées à sa rétine...
Duo grimace légèrement, puis un peu plus lorsqu'il tente de se mettre à la place d'Heero.
Il préfère carrément se dire qu'Heero est devenu un être asexué après son départ, que d'essayer de l'imaginer avec d'autres que lui.
Quelque part, on pourrait se dire qu'il est mal placé pour désapprouver, et il ne s'y essaye pas, vue certains aspects de sa relation avec Milliardo.
Mais considérant que c'est de la faute d'Heero, s'il en est arrivé là, il a tout de même plus d'excuses que lui de s'être perdu dans d'autres bras ; il n'avait qu'à pas le laisser derrière...
Quoi qu'il en soit, en mettant de côté tous les aspects "droit", "compensation", "raisons d'avoir cédé", "excuses", etc, il reste quand même la partie "douleur" liée à cette réalité, cette possibilité.
- Je ne préfère pas imaginer non plus... finit-il par soupirer.
Quatre pose sa tête contre la sienne et glisse ses doigts entre les siens.
- Je me doute que cette situation est très difficile, mon Duo, mais tu dois vraiment prendre le temps de lui parler. C'est très important que tu saches ce qui s'est passé de son côté, pour donner un sens à ce que toi, tu as traversé. Tu sais que c'est de toi que je me préoccupe, je me fiche de savoir si ça soulagera Heero de pouvoir être entendu.
- Je n'ai jamais douté de ça, my little angel. J'ai jamais cru que tu faisais tout ça pour Trowa ou Heero, je sais que tu penses toujours agir pour mon bien. Mais tu dois faire l'effort de comprendre que ton empathie ne te permet pas forcément de savoir ce qui est bien ou non pour les personnes dont tu perçois les émotions. Tu peux te tromper.
- Je sais, mon Duo, reconnaît-il en faisant glisser sa tête le long de celle de Duo pour la nicher dans son cou. Et je sais que je suis aussi souvent influencé par mes propres sentiments, mes peurs, mes angoisses. Merci de me remettre à ma place comme tu le fais, tu es bien le seul avec Rashid à oser le faire.
Duo ne répond rien et fait légèrement pivoter sa tête pour embrasser son petit ange sur le front.
Ils restent un long moment ainsi, en silence.
Et même lorsque Fahim, l'agent en faction devant la porte du Salon Doré, frappe et entre pour annoncer que Milliardo s'est présenté à la porte du Palais, ils lui répondent sans bouger plus que leurs lèvres.
Alors Fahim ressort et referme la porte, et c'est avec un sourire qu'il annonce à Ryan, l'un des autres agent en faction devant le Palais, que le Prince de Sank peut être escorté jusqu'à Maître Quatre.
Un sourire qui s'entend dans l'oreillette, qui amène forcément des questions, puis un même sourire à la réponse du collègue ; cela faisait bien longtemps qu'on avait pas vu Maître Quatre et Monsieur Duo si proches.
Ignorant totalement la réaction des agents de sécurité, les deux amis profitent seulement de ce moment de tendresse, le temps qu'il leur reste avant l'arrivée de Milliardo.
- Angel...
- Oui, mon Duo ?
- Tu as eu l'occasion de voir longtemps Heero, ou au moins plusieurs fois, entre hier et aujourd'hui...
- Oui, effectivement.
- Est-ce que... a-t-il...
- Tu veux savoir s'il a parlé de toi ? devine Quatre.
- Il n'a rien dit, n'est-ce pas ?
- C'est Heero, il ne fallait pas s'attendre à de grandes phrases...
- Mouais...
- Ceci dit, continue Quatre en se redressant, il a quand même dit une chose importante : il est prêt à se battre pour toi, Milliardo ne lui fait pas peur.
- A-t-il seulement compris que ce n'est pas Milliardo, l'obstacle entre nous, mais bien son départ et surtout son silence ?
- Il faudrait pour cela que tu lui dises clairement, Duo. On en revient toujours au même point : vous devez parler.
- Je sais. Mais pas maintenant. Et nous devons faire plus que parler, angel, il faut que nous mettions cartes sur table. Il doit comprendre que je pouvais bien accepter qu'il ne veuille pas rester avec moi, après tout, nous ne nous connaissions que depuis quelques jours. Une nuit nous a lié plus que jamais, c'était normal d'en avoir peur. Moi-même, ça m'a fait peur de me rendre compte à quel point il était devenu si important, en si peu de temps. Qu'il ait accepté ça, mais soit parti quand même, puis qu'il m'ait ignoré trois mois, je ne déciderais de l'accepter à mon tour que lorsqu'il m'aura donné toutes les clés pour prendre ma décision.
- Il sait que la balle est dans ton camp. Nous, nous connaissons ses raisons et je pense que ça en valait la peine. Mais c'est toi qui devra trancher, au final. J'espère que tu prendras la bonne décision.
Des coups à la porte dispensent Duo de répondre ; de toute façon, il n'avait plus grand chose à dire.
Rashid entre, à l'invitation de Quatre, introduisant le Prince de Sank.
Duo est vraiment content de le voir, ce dont témoigne l'étreinte dont il le gratifie, alors que Rashid se retire.
- Si tu continues comme ça, mon Duo, je vais me vexer ! On dirait que je t'ai torturé et que Milliardo est ton sauveur !
- Pas du tout, se défend Duo en libérant le Prince. Je suis juste très content de le voir. Comment tu vas ?
- Bien, et je suis heureux de te voir également. Bonsoir, Quatre, ajoute-t-il en s'avançant pour le saluer.
- Bonsoir, Milliardo. C'est gentil d'être venu.
- Il aurait été vraiment incorrect de ma part de venir chercher Duo ici, sans entrer te saluer.
- J'en profite pour m'excuser encore pour hier soir.
- Inutile, c'était tout à fait compréhensible. Je m'en serais voulu de créer une quelconque tension.
- Je te remercie de ta compréhension. Vous avez bien quelques minutes encore, le temps d'un verre ?
- Avec plaisir, Quatre.
Duo sourit, puis ils s'installent tous, alors que Quatre demande qu'on leur serve l'apéritif, qui arrive rapidement.
C'est dans une ambiance très détendue et chaleureuse qu'ils échangent des nouvelles.
Une ambiance qui ne varie pas, même lorsque Duo raconte à Milliardo son face-à-face avec Heero, le matin même, et donc, le fait d'avoir été espionnés, durant leur dernière nuit.
Le Prince s'en trouve simplement désolé pour Heero, qui est, selon lui, la véritable victime, dans cette affaire.
Aucun des trois hommes n'oublie que Trowa et Heero peuvent entrer à tout instant, puisque Quatre leur a appris qu'Heero avait accepté de dîner avec Trowa et lui, qu'ils puissent discuter plus tranquillement, entre eux.
Mais ça ne suffit pas à perturber le climat amical et joyeux qu'ils ont créé.
- Nous n'allons pas tarder, annonce alors Milliardo après une vingtaine de minutes.
- C'est pas ton portable qui a vibré ? demande Duo en se redressant, ayant senti quelque chose contre son bras, alors qu'il était appuyé tout naturellement contre le torse du Prince.
Celui-ci sort son téléphone et y jette un rapide coup d'oeil.
- En effet, mais ce n'est rien d'important. Avant de partir, j'ai un petit service à vous demander, à tous les deux.
- C'est assez inhabituel, remarque Quatre en souriant. Que pouvons-nous faire pour toi ?
Milliardo se lève et s'approche du piano, au fond du Salon.
- Me permets-tu, Quatre ?
- Bien sûr, et avec plaisir.
- M'accompagneras-tu, Duo ?
- Sur quelle morceau ? demande-t-il en se levant.
- Prends ta guitare, d'abord.
Duo lui lance un regard soupçonneux.
- Allez, Duo ! l'encourage Quatre. Elle prend la poussière, depuis un mois ou plus que tu n'as pas joué, ici !
Duo ne répond rien et va chercher sa guitare, la deuxième qui lui appartient, en fait ; il en a une, chez lui, et une ici, avec laquelle il a souvent accompagné Quatre.
Et quelques fois Milliardo, aussi, les rares occasions qu'ils ont eu, ici, au Palais.
Une fois l'instrument récupéré parmi les nombreux autres, soigneusement rangés dans l'immense placard, Duo le met en bandoulière et fait quelques réglages de cordes, même s'il ne sait pas encore ce qu'il va jouer.
Assis sur le bras du fauteuil, il jette un regard à Milliardo, qui lui sourit avec une telle tendresse que Quatre, qui en est témoin, en est lui aussi tout simplement bouleversé.
Enfin, le Prince de Sank se lance, et dès les premières notes, Duo comprend... et grimace.
C'est une chanson qu'il a écrite lui-même, une de celles qu'il a composé, ces derniers mois, en réponse à l'absence d'Heero.
Malgré sa réticence, Duo suit Milliardo.
Il ne lui viendrait même pas à l'esprit de rejeter la demande qu'il lit dans son regard, qui a toujours cette capacité à le troubler.
-
Est-ce que tu dors ?
Continues-tu de rêver ?
Continues-tu de dériver, seul ?
Je ne vis pas avec ce sentiment
Donc tu aurais mieux fait de me parler
Et bon Dieu, pourquoi es-tu venu
Si c'est pour être si paresseux en amour ?
C'est si simple, et confortable
Le chemin sur lequel tu es
Nous ne parlons pas,
Il n'y a pas de secrets
Juste cette note comme quoi tu es parti
Et comment suis-je supposé vivre sans toi ?
Un simple malentendu et tu es parti
Je n'ai pas écouté les signaux
Tout n'est plus que poussière sur l'étagère
Continues-tu de travailler ?
Es-tu toujours replié sur toi-même ?
Et bon Dieu, comment en sommes-nous venus
A vivre un amour si inexistant ?
Et comment suis-je supposé vivre sans toi ?
Un simple malentendu et tu es parti
Et comment suis-je supposé vivre sans quelqun ?
Et bon Dieu, pourquoi es-tu venu,
Si c'est pour être si paresseux en amour ?
Et où es-tu allé ?
Duo relève la tête dans le silence qui suit et croise d'abord le regard -légèrement humide - de Quatre, puis celui, très doux, de Milliardo.
Il lui sourit et s'apprête à ôter sa guitare, lorsque Milliardo l'arrête.
- Quand je disais que j'avais un service à vous demander, à tous les deux, ce n'était pas seulement de pouvoir utiliser ton piano, Quatre, et que tu m'accompagnes, Duo, explique-t-il en se levant. Ce que j'aimerais vraiment, c'est que vous jouiez, tous les deux, un morceau bien particulier. La seule chanson que tu as écrite où Quatre t'accompagne au violon.
- Milo, s'il te plaît, n'importe laquelle, mais ne me demande pas...
- Je te le demande. C'est un caprice, je sais. Mais Duo, je vais partir, bientôt, probablement sans toi. Ce soir est peut-être la dernière occasion que j'aurais de vous entendre. Cette chanson est tout simplement magnifique, tu sais qu'elle me parle beaucoup, également. Tu es magnifique, quand tu la chantes. Et Quatre, au violon, est prodigieux, il sublime encore plus ta beauté et celle de ta chanson.
Duo soupire, puis se mord la lèvre.
Milliardo se rapproche de lui jusqu'à pouvoir poser sa main sur sa joue, qu'il caresse du pouce.
- Je ne te demanderais jamais plus rien.
- Tu ne m'as jamais demandé quoi que ce soit...
A peine a-t-il fini sa phrase que Duo comprend qu'il est et a perdu.
La pensée même de jouer cette chanson lui fait mal, mais il ne peut vraiment pas le refuser à Milliardo qui, effectivement, ne lui a jamais rien demandé.
- Je prends mon violon ? demande doucement Quatre, pour ne pas briser leur communication "visuelle".
- Oui, angel.
- Merci, trésor, sourit Milliardo en retirant sa main.
Il dépose encore un chaste baiser sur les lèvres de Duo, puis va s'asseoir dans un des fauteuils.
Duo reprend place sur le bras de l'un d'eux, et Quatre s'installe sur le haut tabouret qu'il utilise pour jouer, habituellement.
Ils forment tous les trois une sorte de triangle, chacun à une pointe.
Malgré sa tension, Duo sourit à Milliardo et à Quatre, avant de prendre une inspiration et de faire les derniers réglages, Quatre faisant de même de son côté.
Puis, les premières notes de guitare s'envolent dans un silence total, mais déjà très chargé émotionnellement.
-
Tu viens, me remarques
Et prends ma main
Alors pourquoi sommes-nous
Des étrangers quand
Notre amour est fort
Pourquoi continues-tu sans moi ?
-
Au refrain, Quatre rejoint Duo au violon.
C'est à ce moment-là que Duo, qui a rouvert les yeux et relevé la tête, remarque enfin la présence de Trowa et d'Heero, dans le Salon.
Malgré sa surprise, il ne fait pas une seule fausse note, et rien, dans son attitude, ne le trahit.
Furtivement, il songe à s'arrêter.
Mais cette attitude serait un aveu envers Heero que cette chanson parle bien d'eux et qu'il ne veut pas qu'il l'entende.
En même temps, il lui a déjà livré le premier couplet, si explicite qu'il ne peut faire comme s'il s'agissait d'une chanson quelconque.
Il est piégé.
Alors il continue, et si Heero se sent mal en entendant tout ça et sa douleur qui vibre dans chaque mot et chaque note, c'est son problème, plus le sien, pas encore le leur.
-
Et chaque fois que j'essaie de voler
Je tombe sans mes ailes
Je me sens si petit
Je suppose que j'ai besoin de toi bébé
Et chaque fois je te vois dans mes rêves
Je vois ton visage, il me hante
Je suppose que j'ai besoin de toi bébé
-
Mais Heero est surtout touché en plein coeur...
Et aussi en pleine analyse de ce qu'il ressent.
Il aime la musique, il en écoute, et s'il la laisse agir, elle peut avoir une certaine influence sur son humeur.
Mais il n'avait encore jamais ressenti des choses aussi fortes.
La chanson lui parle et il a immédiatement fait le lien avec le fait que Duo l'ait écrite pour lui, en pensant à lui, à eux.
Il y reconnaît la capacité qu'a Duo à s'adresser directement à des parties de lui dont il ne soupçonnait même pas l'existence.
Depuis six mois, depuis leur première rencontre, il s'y habitue, peu à peu.
Duo l'a assez marqué pour qu'il en ressente les effets même après son départ, et encore aujourd'hui, et ce malgré le temps et la distance qui les ont séparés.
Ca le surprend encore.
Ce qui ne l'empêche pas d'écouter et d'apprécier cette chanson dans son intégralité.
Il ne le montre pas, rien ne transparaît dans son attitude ou sur son visage.
Il se "contente" de regarder Duo, sans forcément chercher à cacher ses sentiments.
Mais son conditionnement lui fait peut-être adopter cette attitude neutre de manière si naturelle que ça en est trompeur, ce qui passe dans son regard, en provenance directe de son coeur et de son âme revenus à la vie six mois plus tôt, est plus qu'éloquent.
Heero ne se sent pas mal, il a mal.
Pour Duo, pour lui, pour eux.
-
Je fais semblant
Que tu es ici
C'est le seul moyen
Pour que je puisse y voir clair
Qu'ai-je fait ?
Pour sembler m'en remettre facilement
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De même, Quatre ressent la douleur de son meilleur ami, qui est en train de reprendre le refrain, sans chercher à s'en protéger ; ce qu'il perçoit de l'amour qui lie Heero et Duo lui donne la force de croire cette souffrance éphémère et condamnée.
Ses mains ne tremblent pas, ses yeux sont secs, même lorsqu'il fait aller son regard de l'un à l'autre ; ils brillent seulement un peu plus, lorsqu'ils croisent ceux de Trowa, qui le soutient en lui transmettant sa force, de cette façon.
Quand ils sont arrivés devant la porte, Duo et Milliardo étaient déjà en train de jouer, alors ils sont restés cachés ; Heero avait peur que Duo ne s'interrompe, or, il avait encore envie de l'entendre...
Mais lorsque le violon de Quatre a résonné, il est apparu juste impossible, pour Trowa, de rester derrière la porte ; même s'il peut le voir jouer quand il veut, Trowa ne s'imagine pas rater une seule occasion.
Il lui semble tomber encore plus amoureux, à ce moment-là.
Quatre est sublime, durant ces intermèdes musicaux, Milliardo n'a pas tort.
La beauté et la pureté des airs qu'il joue sont entièrement révélées aux yeux du profane, parce que Quatre est l'un de ces êtres si rares possédant les clés pour déchiffrer et délivrer leur message.
En bref, il apparaît encore plus comme un ange, un être céleste, alors que c'est déjà facilement le cas, en temps normal.
Et bien qu'il soit perdu dans l'admiration de Quatre, Trowa reste aussi très conscient de la présence de Duo, et il est également touché par ce qu'il dégage, en ce moment.
Sublimées ou non par Quatre et son violon, la douleur, la détresse de Duo n'en sont que plus poignantes.
Comme tout le monde, Trowa le ressent presque douloureusement, alors que Duo se lance dans le dernier couplet, de sa voix rauque redevenue basse, en fixant Heero plus intensément qu'il ne s'était autorisé à le faire, jusque là....
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La nuit je prie
pour que bientôt
ton visage s'efface
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Trowa a mal pour Heero qui se prend ça en pleine figure ; pas seulement ces derniers mots, mais toute la chanson et la douleur de Duo, qu'il va devoir gérer, s'il veut une nouvelle chance.
Mais il a confiance et bien qu'il ne sache pas d'où elle vient, il décide de s'y fier.
Milliardo, lui, suit tous ces échanges avec intérêt, mais discrètement ; grâce aux différents miroirs présents dans le Salon, il a tout le monde dans son champ de vision.
Ce, même si son regard reste fixé le plus souvent sur Duo, dont les yeux restent ancrés à ceux d'Heero.
Son analyse des différents échanges est peut-être froide et méthodique, alors qu'il tire ses propres conclusions, la peine qu'il partage avec Duo, surtout au tout début de la chanson, est bien visible dans son regard bleu glacier.
Il connaît cette douleur que Duo décrit, cette impression d'avoir eu un jour des ailes, qu'on nous a brusquement coupé, lorsqu'on a perdu le personne avec laquelle vivre nous faisait toucher les étoiles.
Mais contrairement à lui, Duo a toujours une chance de s'envoler à nouveau, il ne doit pas la laisser passer.
Milliardo est prêt à tout pour l'y aider.
Duo arrive enfin à la dernière partie de sa chanson, bien loin d'imaginer qu'il a retourné le coeur de tout le monde, jusqu'à les mettre dans un état certes encore bien éloigné du sien, mais tout de même...
La dernière reprise du refrain est donc joué et chanté par un Duo a l'estomac noué par tous les sentiments et souvenirs que font resurgir cette chanson, en plus de ceux nés de sa situation actuelle et de la présence d'Heero, qui ne le quitte pas du regard.
Il gratte sa guitare un peu plus furieusement et passionnément, portant sa voix brisée plus haut et se lâchant un peu plus sur ce dernier refrain.
Une variation sur laquelle Quatre l'accompagne avec un synchronisme parfait, en torturant amoureusement son violon de son archet.
Les trois hommes qui les écoutent sont complètement envoûtés et leurs coeurs semblent battre au rythme de la musique, s'envolant et s'apaisant avec elle, enfin.
Les deux musiciens finissent par calmer leurs instruments.
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Et chaque fois je te vois dans mes rêves
Je vois ton visage, tu me hantes
Je suppose que j'ai besoin de toi bébé
Enfin...
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Au violon, Quatre accompagne la guitare de Duo jusqu'à la dernière note, alors qu'ils se sourient tous les deux avec tendresse, mêlée de tristesse chez Duo, et de confiance chez Quatre.
Ils reposent ensuite leurs instruments et se tournent vers leur public improvisé, qui applaudit, Milliardo en se levant, Heero et Trowa en se rapprochant.
Milliardo salue les deux hommes poliment, puis rejoint Duo et dépose un baiser appuyé sur sa tempe.
- C'était parfait. Merci beaucoup, trésor. Et merci de l'avoir accompagné, Quatre.
- Je t'en prie, répond-il en lui lançant un regard entendu.
Ce que l'Héritier perçoit chez le Prince lui confirme sa première intuition : l'arrivée de Trowa et surtout d'Heero, au moment même où Duo joue deux chansons et pas n'importe lesquelles, puisque ce sont celles-ci que le Prince voulait, ne doit absolument rien au hasard ; il est même sûr que lors de la première chanson, Heero et Trowa étaient déjà dans le couloir.
Quatre ne sait pas comment Milliardo s'est débrouillé, mais il lui en est reconnaissant ; même si Duo refuse de parler à Heero pour l'instant, il lui en a quand même dit beaucoup, au travers de ces chansons, notamment que tout n'est pas perdu, puisque Duo a encore des sentiments très fort.
Et qu'il a souffert, peut-être plus qu'Heero ne l'imaginait, ne pouvait l'imaginer
Même si ce qui leur barre vraiment la route, aujourd'hui, n'est pas ce que Heero a besoin de savoir de ce qu'a vécu Duo, mais plutôt ce qu'Heero a fait pour Duo, les raisons de son départ et de son silence, ce qui permettrait à Duo d'y voir plus clair.
- Nous allons vous laisser, à présent, leur dit Milliardo.
- Vous êtes pressés ? demande Heero en regardant Duo.
Le sens de ce regard est évident, pour Duo ; Heero ne peut pas lui demander directement de rester pour qu'ils puissent parler, il lui a dit qu'il le laisserait venir à lui.
Mais il lui fait comprendre, par son regard, qu'il aimerait qu'il se décide pour maintenant.
Duo peut comprendre qu'il ait envie ou besoin de parler, après avoir entendu et senti ses chansons et tout ce qu'elles contiennent.
Malheureusement, il ne peut répondre à sa demande.
- Oui, nous devons partir. Merci encore, Quatre, ajoute-t-il en se tournant vers son meilleur ami pour l'embrasser.
- Tu n'as rien oublié ? Ce n'est pas perdu, mais bon...
- J'ai tout, t'inquiètes pas et j'ai demandé à Auda de tout préparer à l'entrée, pour que je n'oublie rien, justement. A demain, pour la Première. Bonne soirée.
Ils se disent tous au revoir, Trowa et Quatre remerciant encore Milliardo pour sa petite mise en scène par une poignée de main franche et des regards entendus.
Ceux qu'échangent Trowa et Milliardo confirment à Quatre son intuition de manière définitive.
Et lui assurent qu'il aura toute les pièces du puzzle rapidement, puisque son amant semble être de mèche avec le Prince, Dieu seul sait par quel miracle...
- Oh, j'oubliais, Heero... rappelle Milliardo, alors que Duo ouvre la porte du Salon pour sortir.
Tous les regards se tournent vers lui, dont celui, réellement glacial à cet instant, d'Heero, obligé de regarder Duo partir avec un autre, encore une fois, avec lui, précisément.
- Ce n'est pas la peine de nous suivre, ce soir, il ne se passera rien entre Duo et moi, à ce niveau-là.
- Milliardo ! proteste Duo.
- Il a le droit de savoir ce que nous avons décidé, trésor. Qu'il ne gâche pas ses efforts à...
- Je pense qu'il a saisi l'idée, Altesse, l'interrompt Trowa, avec un ton étrangement poli pour quelqu'un qui vient de couper la parole à une personne de haut rang.
Milliardo ne semble pas s'en préoccuper ; il sourit et glissant son bras autour de la taille de Duo, il l'entraîne hors du Salon, sans un mot de plus.
La porte refermée, Quatre se tourne vers Heero, qu'il sent bouillir d'une colère paradoxalement glaciale, aussi étrange que ce phénomène puisse paraître.
- Heero, est-ce que...
BAAAAAM !
Le poing d'Heero qui s'est écrasé contre le mur a brusquement coupé Quatre dans sa tentative d'apaisement.
- Heero... soupire-t-il.
- Désolé pour le mur.
- Idiot, ce n'est qu'un mur ! réplique-t-il en s'avançant jusqu'à lui, pour détacher délicatement son poing, toujours encastré dans le plâtre. Ta main...
- N'est qu'une main.
- Dont tu as besoin ! Je vais chercher la trousse à pharmacie.
Trowa, sachant que Quatre allait bien s'occuper d'Heero, est rapidement sorti dans le couloir pour rassurer le garde qui s'apprêtait à entrer, alerter par le bruit suspect, bien qu'assourdi par la porte.
Rapidement de retour, Quatre lui confie la main blessée d'Heero, le temps pour lui de prendre la trousse à pharmacie dans l'un des placards.
Trowa fait jouer les doigts d'Heero pour évaluer les dégâts, apparemment pas trop conséquents ; il le conduit jusqu'au canapé où ils s'installent tous les deux, très vite rejoint par Quatre, qui laisse Trowa soigner son meilleur ami.
Il commence par retirer les morceaux de plâtre, puis par nettoyer les plaies, coupures et écorchures, tout ceci en silence.
- Ca fait mal, résonne soudain la voix d'Heero, au bout d'un moment.
Trowa est surpris.
Depuis qu'il connaît Heero, c'est bien la première fois qu'il évoque sa propre douleur.
Ce n'est pourtant ni un gémissement, ni une plainte, juste... un constat.
Et c'est plutôt ça qui étonne Quatre, d'ailleurs.
Trowa, lui, se demande si Heero ne parle pas plutôt de la douleur qu'il ressent en lui, celle de son coeur, bien malmené par la situation actuelle.
Mais Heero lui a déjà parlé de cette souffrance-là, ça fait un moment qu'il l'évoque sans surprise, même s'il semble toujours l'analyser plutôt que la vivre.
Or là, il semble... étonné ?
- Tu as connu pire.
- Mais la douleur n'est pas censée faire autant de bien. C'est antinomique.
- C'est parce que cette douleur physique, due à une blessure concrète, te soulage en te détournant momentanément d'une douleur plus intérieure, celle de ton coeur, qu'il est difficile de gérer, et sur laquelle tu n'as pas vraiment de prise, explique Quatre. C'est comme si tu l'évacuais, comme ton sang qui coule, c'est bien visible.
- C'est... intéressant.
Les deux amants échangent un rapide regard inquiet.
- C'est tout sauf intéressant, Heero. Ne tombe pas dans ce piège-là, l'avertit Trowa. Tu es plus fort que ça, ajoute-t-il en terminant son bandage.
- Duo l'a vécu, à la mort de Solo, révèle Quatre, sentant Heero plus curieux de sa nouvelle expérience que concerné par l'avertissement de Trowa. C'est ainsi qu'il se soulageait du poids de sa culpabilité. Ses mutilations étaient profondes, tu peux en voir les cicatrices sur sa taille ou ses cuisses, là où les vêtements pouvaient les dissimuler. Ca a été très difficile pour lui d'en sortir, mais il a réussi. Je ne sais pas comment il réagirait, si tu faisais ce genre d'expérimentations et qu'il l'apprenait. Et ne te fais pas d'illusions, Heero, il le saura, parce qu'il sait le reconnaître à présent, chez les autres.
- La question ne se pose pas, ça n'arrivera pas. N'est-ce pas, Heero ?
A présent debout face à son meilleur ami, Heero lui rend son regard sans ciller.
- Je ne donnerai pas à Duo d'autres raisons de me mépriser, de m'en vouloir, de me rejeter et certainement pas, de me prendre en pitié.
- Nous sommes d'accord.
- Bien, conclut Quatre en s'éloignant pour ranger la trousse à pharmacie, je vais demander à ce qu'on serve le dîner, il est prêt depuis un moment, déjà. Et vous allez me raconter comment se passe l'installation du cirque, aussi. Et vous avez intérêt à être bavards, je ne vais pas passer toute l'heure du repas à vous arracher les infos, les unes après les autres, c'est bien clair ? Et il est également...
Les deux anciens mercenaires échangent un regard et un sourire entendus, avant de suivre le maître des lieux, qui continue son monologue en feignant d'ignorer qu'il n'est qu'à peine écouté par son amant et son meilleur ami.
Un amant sur qui ça retombera fatalement dessus, un moment ou un autre.
Et son meilleur ami qui ferait bien de ne pas oublier trop vite à qui il a à faire...
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A suivre...
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Notes :
Merci d'avoir lu ce chapitre, j'espère que vous avez aimé !
Si vous avez pas trouvé les chansons et que vous les voulez vous pouvez me les demander par mail.
Pour le reste...
Je sais, je sais, on est pas sorti de la'berge avec eux XD
Et bien si, on le sera, au prochain chapitre, enfin !
Le prochain chapitre, qui d'ailleurs, n'est pas le dernier (déjà, vue qu'il me semble bien long, je pense à peut-être le diviser... Je verrais bien !).
Le chapitre cinq clôt en fait la première partie, il y aura d'autres chapitres ensuite, je les ai marqués dans la trame prévisionnelle par "..." parce que j'avais pas encore les titres pour cette seconde partie...
C'est dans cette seconde partie que vous aurez les réponses aux questions soulevées par les petites intrigues annexes, notamment avec Milliardo.
Mais ce ne sera pas pour autant terminé avec l'intrigue principale, c'est jamais simple entre Heero et Duo, même avec un happy end !
Vous en saurez plus dans une dizaine de jours (ou une quinzaine de jours, partiels et soutenances obligent) !
Bonne continuation à tous et encore merci d'être là.
Bises
Lysa.
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