Hi !
Wouah, quel rythme, en ce moment x) je m'épate moi-même. C'est pas encore le nirvana mais c'est quand même mieux que de vous faire patienter des mois, non ? Rah dites-moi qu'il y a de l'amélioration, pitié x) ^^'
Oh ! J'ai remarqué que avait enlevé la séparation entre les deux parties de mon chapitre précédent (et sûrement d'autres sur mon autre fic aussi d'ailleurs). Résultat, Edward se retrouve subitement à son hôtel et vous avez du trouver ça vraiment louche, durant votre lecture... Je suis vraiment désolée TT... Maintenant que j'ai remarqué ça, je vais tâcher de faire attention dans mes prochains chapitres, de trouver une autre façon de séparer mes chapitres en deux. Si quelqu'un sait comment je pourrais corriger ça, hésitez pas à me le faire savoir TT...
En attendant, je vous laisse profiter de ce chapitre qui fait quand même 21 pages word, soit le double de ce que je vous donne habituellement. Mais bon, la quantité ne fait pas la qualité alors ce sera à vous de me dire si vous avez aimé ou pas au final :)
Bonne lecture !
/
/
/
J'étais sorti rapidement de l'hôtel sans me retourner. Je savais qu'Alice avait dû guetter mon départ de la fenêtre de notre chambre et je pus presque sentir son regard me suivre jusqu'au bout de la rue. Seulement, quand j'atteignis le croisement et que je tournais sur une autre avenue, passant à un point qui, je le savais, était hors de sa vue, je me sentis soudain très seul et un long soupir m'échappa tandis que ma poigne se resserrait sur ma tignasse mal peignée.
J'aurais dû emporter une casquette. Si on me reconnaissait dans cet état, j'étais bon pour passer dans tous les canards people pendant des mois, rubrique « star en pleine déchéance » et autres « flop de la semaine ». Mais fuir l'hôtel et m'éloigner le plus possible de ma sœur avait été la seule chose à laquelle j'avais pensé, sur l'instant.
Je l'avais presque frappé... Dieu seul savait ce qui se serait produit si la claque qu'elle m'avait lancé ne m'avait pas remis les idées en place.
« Tu lui aurais démoli le portrait... Jusqu'à ce qu'elle lâche cette connerie de télécommande... Comme il l'aurait fait... Comme lui... » persifla une voix en moi.
NON !
Non ! Je n'avais pas agis comme lui ! Je refusais de croire que j'avais agis de cette façon à cause de lui ! Je n'avais rien à voir avec lui !
Carlisle et Esmée, mes parents, m'avaient élevé avec le plus d'amour possible. Ils avaient effacé une à une les traces laissées par les personnes que j'avais jusqu'alors côtoyé. Ils avaient dû reprendre mon éducation de zéro mais ils y étaient parvenus, j'en avais la certitude. Je devais y croire. Je devais y croire pour ne pas sombrer...
« Je suis Edward Cullen. Mes parents sont Carlisle et Esmée Cullen et j'ai une petite sœur, Alice, à laquelle je tiens comme à la prunelle de mes yeux et que je protège toujours comme je le peux. Je joue du piano depuis l'âge de six ans. Je joue de la guitare et du violon. Je chante et je compose mes propres mélodies, j'écris mes propres textes. Je fais tout pour que mon entourage soit fier de moi et... pour pouvoir être fier de moi, à mon tour, un jour... Je suis Edward Cullen et j'ai réussi ! J'ai réussi à m'en sortir... »
-J'AI REUSSI, TU M'ENTENDS ! m'écriai-je tout-à-coup en pleine rue.
Les rares passants présents, vue l'heure tardive, sursautèrent et me lancèrent un regard apeurés avant de déguerpir dans la direction qui était la leur, songeant sans doute que j'étais une sorte de malade mental potentiellement dangereux. Et c'était peut-être vrai... J'avais tout du malade mental qu'il avait fallut soigné, à mon arrivée chez les Cullen mais j'osais croire que j'avais dépassé ce stade. Si je n'étais pas encore complètement sorti d'affaire, ça ne saurait tarder, en tout cas. Je voulais y croire.
-Je vais réussir pour de bon... Tu disparaîtras de ma mémoire, un jour... Je vous ferai tous disparaître de ma mémoire... balbutiai-je en reprenant ma route, fébrile.
-Je vais fermer, entendis-je alors, Je crois qu'on ne verra plus personne ce soir.
Je m'arrêtai à nouveau et relevai les yeux pour voir un homme sortir d'une boutique et commencer à ramener à l'intérieur les bouquets et autres pots de fleurs placées en vitrine sur le trottoir.
« Un fleuriste. » songeai-je sans m'y intéresser outre mesure.
Il restait ouvert assez tard. Etrange pour une boutique de ce genre. Un fleuriste de nuit... Jamais vu, encore.
Seulement, quand il revint une deuxième fois pour se saisir d'une composition de freesia et de jasmin, je restai un instant saisi par un souvenir que je ne pensais même pas avoir enregistré...
Flashback
J'étais complètement incapable de bouger, de réfléchir, de faire quoi que ce soit, en réalité... Le temps s'était comme figé et si je n'avais pu sentir mon sang battre à mes oreilles comme milles tambours de guerre, j'aurais bien cru être mort. A quelques centimètres des miens, deux grands yeux noisettes me fixaient sans faillir. Jamais je n'allais pouvoir m'en défaire. Ils étaient trop... beaux ? Non. Non, ce n'était pas une simple question d'esthétique. Ils étaient... renversants. Quel être au monde pouvait bien posséder un tel regard ?
Et ses lèvres sur les miennes. Tout aussi immobiles que les miennes mais, simplement, notre contact... Électrisant. Si je n'avais pas été complètement paralysé par cet arrêt brutal du temps, mon corps entier aurait frissonné de plaisir.
Et... Le freesia. Elle sentait le freesia. Je n'aurais su dire comment j'avais pu reconnaître un tel parfum mais j'étais sûr de moi. Était-ce un parfum ? Je n'en avais pas l'impression. C'était plus comme si cette odeur provenait véritablement d'elle et d'elle seule. Une odeur douce et, dans le même temps, complètement enivrante. J'aurais tué pour pouvoir enfouir mon visage au creux de son cou car quelque chose me disait que cette odeur devait être plus étourdissante encore à cet endroit précis, juste sous son oreille.
Fin du flashback
Isabella...
Comment allait-elle ? Pour une curieuse raison, son sort m'importait. Peut-être parce qu'elle avait à peine un an de plus que ma sœur. Peut-être parce qu'elle m'avait permis d'oublier un court instant la tromperie de Rose et... Rose, tout court, ainsi que ce concert raté. Peut-être parce qu'elle avait eu l'air terriblement gêné et incroyablement fragile. Comme un... Je ne pus m'empêcher de sourire tristement. Comme un oiseau tombé du nid. Tombé sur moi.
Comment m'assurer qu'elle avait bien été prise en charge, à l'hôpital ? Que ses parents n'avaient pas été trop durs avec elle pour ce qui semblait être un énième accident ? Qu'elle n'avait pas trop mal et n'aurait pas de séquelle particulier ? Je n'aimais pas l'idée que le petit oiseau n'ait peut-être pas réussi à regagné son nid sain et sauf.
« Isabella Swan... »
J'avais son nom, après tout.
Alors, porté par je-ne-sais quel sentiment, je m'élançais en direction du fleuriste et interrompit son rangement. Je lui demandais un bouquet de freesia. Il m'en proposa un, mêlant des fleurs de couleur jaune à d'autres de couleur pourpre.
-Des couleurs complémentaires, m'indiqua-t-il au moment de payer mais je ne relevais pas.
Que le bouquet soit joli était un plus mais, là encore, ça n'était pas une question d'esthétique et cette pensée me fit sourire malgré moi même si, finalement, j'aurais été bien incapable de dire de quoi il était question, dans ce cas.
-Souhaitez-vous remplir vous-même la carte ?
Je relevai les yeux sans comprendre, tout d'abord, et m'attardai sur la petite cartelette qu'il me tendait. Je n'avais pas pensé laisser un mot... Pour lui dire quoi ? Qu'avais-je à dire à une parfaite inconnue que j'avais malencontreusement heurté dans la rue ? Rien. Ou peut-être énormément de choses, au contraire, mais je l'ignorais encore – et sûrement pour toujours – puisqu'elle était une parfaite étrangère. Je ne savais rien d'elle.
-Je... Je ne suis pas sûr de savoir quoi écrire, avouai-je, finalement.
-Pour quelle occasion est-ce ? s'enquit-il, conciliant.
-Je... Je destine ce bouquet à... une connaissance qui a eu un petit accident, expliquai-je, volontairement évasif.
-Rien de grave, au moins ?
-N-Non... Non, je ne pense pas. Je l'espère, en tout cas.
Il sourit et se gratta le menton un instant, en pleine réflexion. Je trouvai sympathique, en tout cas, qu'il essaye de m'aider de la sorte. Son métier le voulait, sûrement, mais d'autres ne se seraient pas donné cette peine. Après tout, tant que je payais ce bouquet...
-Un simple « Bon rétablissement » devrait suffire s'il s'agit d'une simple « connaissance », reprit-il finalement en reportant son attention sur moi pour obtenir mon aval.
Je hochai lentement la tête après quelques secondes. Oui, sans doute. Je ne voyais guère quoi dire d'autre, de toute façon. Il se mit alors à écrire ces quelques mots sur la carte, d'une très belle écriture... C'était une écriture pleines de rondeurs comme on en faisait plus. Une écriture d'antan. Plus personne n'écrivait aussi bien de nos jours. On aurait pu croire que les lettres avaient été tapée à la machine.
-Vous restez souvent ouvert si tard ? m'enquis-je alors, histoire de faire un peu la conversation.
-Le quartier est plutôt animé, d'ordinaire, m'expliqua-t-il tout en continuant de s'appliquer à sa tâche, Nous recevons des clients jusque tard le soir grâce à la réputation du restaurant de l'autre côté de la rue et ça nous permet d'arrondir les fins de mois... A quel nom, la carte ?
Mon cœur s'emballa.
Une signature ? Je n'y avais pas pensé non plus.
Je ne pouvais décemment pas signer « Edward Cullen ». D'abord parce que je ne souhaitais pas que ce commerçant me reconnaisse – car il me semblait que ça n'était pour l'instant pas le cas, même s'il faisait sûrement partie de son travail de satisfaire son client et d'être naturel avec lui qui qu'il soit. Ensuite parce qu'Isabella, elle, ne semblait vraiment pas m'avoir reconnu et... quelque chose me disait que c'était mieux ainsi.
Cette célébrité incontrôlable me pesait vraiment, certains jours...
-Un simple « Pour Mademoiselle Swan » devrait faire l'affaire... soufflai-je, quelque peu déçu malgré moi de ne pas pouvoir laisser quelque chose de plus personnel.
Il faudrait ensuite que je rentre à l'hôtel pour demander à l'un des membres de l'équipe de bien vouloir la trouver pour lui remettre ce bouquet... Oliver ferait l'affaire. Il était discret et... plutôt insomniaque (je le soupçonnais de vouer une passion plutôt malsaine aux OVNIs depuis que je l'avais surpris avec un magazine traitant du sujet, complètement absorbé par ce qu'il lisait et je ne pouvais plus l'imaginer autrement que passant ses nuits à surfer sur le net à l'affut des dernières théories du complot et autres épisodes d'X-Files) mais sympa. Ça l'occuperait autant que ça me rendrait service même si je trouvais ma démarche de plus en plus ridicule. Mais le fleuriste coupa court à mes réflexions quelques secondes plus tard, suspendant son crayon à quelques centimètres de la carte qu'il rédigeait, comme perdu à son tour dans ses pensées.
-« Mademoiselle Swan », répéta-t-il, C'est une drôle de coïncidence.
-Une coïncidence ? perroquai-je à mon tour, ne comprenant pas où il voulait en venir.
Il laissa échapper un rire gêner avant de terminer l'écriture de la carte :
-Oh ce n'est rien, simplement, ce sont justement des Swan qui tiennent le restaurant, juste de l'autre côté de la rue, m'expliqua-t-il, Et la cadette de la famille est justement une habituée de l'hôpital du quartier.
Je fronçai les sourcils une seconde, intrigué et me retournai pour voir clignoter, de l'autre côté de la chaussée, l'enseigne du Happiness Restaurent... Un peu simplet, comme nom. Un véritable cliché à lui tout seul. Pas le genre d'établissement que j'avais l'habitude de fréquenter, en tout cas.
-Que voulez-vous dire par « habituée » ? le questionnai-je malgré tout.
-Oh ! s'esclaffa-t-il, C'est une petite adorable ! Un véritable rayon de soleil dans ce quartier, comme toute sa famille, mais elle est une vraie miss catastrophe.
Je me retournai immédiatement vers lui. Il avait terminé de rédiger la carte et l'accrochait au bouquet, le sourire aux lèvres comme s'il se remémorait quelque chose d'amusant. Je n'osais pas lui poser plus de question. Ça n'était sûrement qu'une coïncidence. « Swan » était un nom assez répandu.
Quand l'homme eut terminé, je payai puis quittai la petite boutique en le remerciant. Il me suivit et reprit sa besogne là où il l'avait laissé, devant la boutique. Il allait fermer.
De mon côté, je pris la direction de mon hôtel, les bras désormais chargé de mon stupide bouquet. Comment allai-je oser demander un truc aussi stupide à quelqu'un de l'équipe ?
« Tu pourrais faire livrer ce bouquet à une fille qui s'appelle Isabella Swan ?... Son adresse ? Aucune idée. Quelque part dans Phœnix, j'imagine. Je n'ai vu cette pauvre fille qu'une fois, on s'est rentrés dedans et... Ah ! Et embrassés, pour couronner le tout, même si ce n'était qu'un accident, bien sûr et, depuis, je fais des trucs stupides en pensant à elle comme cette fixette absurde sur les freesia que j'ai là et qu'il faudrait lui livrer ! »
Stupide. Absurde. Idiot. Sans aucun sens.
Il allait falloir que je fasse quelque chose pour étoffer un peu mon vocabulaire, en ce domaine. Voyons voir... Dingue ? Fou ? Illogique ? Aberrant ? Incongru sonnait curieusement à mon oreille, je préférais l'oublier. Incohérent était trop sérieux. Pourtant, c'était là tout ce que j'étais ; incohérent. Je venais de rompre – même si rien n'était encore vraiment officiel – et voilà que je marchais dans les rues, un bouquet dans les mains parce que ces foutues fleurs portaient l'odeur d'une inconnue... ou qu'une inconnue portait l'odeur de ces fichues fleurs ? Tss... Je ne savais même plus.
« C'est une petite adorable ! Un véritable rayon de soleil dans ce quartier, comme toute sa famille, mais elle est une vraie miss catastrophe. »
Je m'arrêtai aussitôt en milieu du trottoir.
Je n'avais rien à perdre à aller jeter un coup d'œil à ce restaurant, après tout... De plus, j'avais faim, à tout bien y réfléchir. Avec tout ce qui s'était passé aujourd'hui, je n'avais pas pris ni le temps de déjeuner ni celui de diner. Mon estomac allait bientôt devoir s'auto-digérer.
Si j'y trouvais bien la mystérieuse adolescente de tout à l'heure, alors je lui donnerai ce bouquet et je filerai sans demander mon reste, sûrement soulagé de ma culpabilité en constatant que l'oiseau avait bien regagné son nid. Si ce n'était qu'un restaurant comme les autres, tenu, par une étrange coïncidence, par d'autres Swan de Phœnix, et bien... je pourrais au moins en profiter pour diner, ce qui ne me ferait pas de mal.
Lentement, mes pas me guidèrent donc à nouveau dans la rue que j'avais quitté un instant plus tôt, me rapprochant de ce curieux restaurant au nom kitch. Très vite, je me retrouvais devant la vitrine. Les tables étaient toutes vides et une petite femme brune, la quarantaine, était en train de les nettoyer. Elle se dandinait gaiement, l'air joyeux. C'était assez curieux mais, après réflexion, à quoi m'étais-je attendu étant donné le nom de l'établissement ?
La salle disposait en tout cas d'une décoration plaisante et originale, à la frontière entre un restaurant branché des fifties et un haut de gamme comme j'avais désormais l'habitude d'en fréquenter, étant donné mon métier. Curieux mélange, me direz-vous, mais c'était vraiment plaisant à voir. Les couleurs acidulées se mariaient à merveille aux briques rouges chaleureuses qui recouvrait les murs. Le plus étonnant – ou, en tout cas, l'élément qui attira immédiatement mon regard – était sûrement le bar, tout illuminé d'une douce lueur oscillant du jaune au rouge comme la lueur d'une bougie, qui longeait une bonne partie de la salle, de l'entrée jusque là où la pièce bifurquait à gauche et s'élevait légèrement après un petit escalier de deux ou trois marches. Porté jusque là, mon regard s'émerveilla pour de bon ; un piano était installé juste à cet endroit. Je ne pouvais rien voir de plus de là où je me trouvais mais c'était bien assez pour me charmer. Au final, on pouvait facilement distinguer deux espaces ; le premier aurait presque pu faire penser à un décors de vieux fast-food typique comme savaient si bien les faire ce pays. Les murs affichaient des sérigraphies multicolores très tendance et, par endroit, les murs étaient recouverts d'un carrelage en mosaïque bicolore noir et blanc. Au-dessus de chaque table et à intervalle régulier au-dessus du bar, des suspensions très originales en forme de dés éclairaient la pièce. Au second plan, par contre, l'ambiance semblait différente mais je ne pouvais rien distinguer au-delà de l'endroit où se trouvait le piano. Il me semblait pourtant que l'ambiance, à cet endroit du restaurant, était plus cosy afin d'offrir, sans doute, un endroit plus intime à ceux qui le souhaitait. Ce restaurant devait vouloir satisfaire tout le monde, à sa façon.
Je m'approchai timidement de l'entrée et constatai que l'affichette indiquait encore « Open ». Peut-être avaient-ils, vue l'heure, oublié de la retourner ? Je relevais les yeux et constatai que la femme n'avait pas encore remarqué ma présence. Elles devaient être en train de tout nettoyer et ranger pour la fermeture, je n'allais pas déranger à cette heure...
Pourtant, ma main appuyait déjà sur la poignet de la porte et, lentement, je l'ouvris pour entrer. Une clochette carillonna à mon passage et je me sentis alors vraiment gêné. La femme sursauta et se tourna aussitôt vers moi.
Je ne perdais rien à essayer... N'est-ce pas ?
-Bonsoir ! me lança-t-elle après un court instant, tout sourire, tandis que je restais bêtement dans l'entrée, Bienvenue dans notre restaurant du bonheur !
Je tiltai à nouveau sur le nom curieux de l'établissement mais n'en fis rien.
De toute façon, je n'aurais pas eu le temps de dire ou de faire quoi que ce soit car avant que j'aie pu réagir, la femme m'avait rejoint et me guidait déjà vers une table tout en me demandant si je venais pour dîner, sans me donner l'occasion de lui répondre, cependant.
Je m'installai rapidement, surpris, et elle me tendit un menu, le sourire aux lèvres avant de repasser derrière le bar pour faire carillonner une autre clochette, posée sur le rebord d'une ouverture dans le mur – une sorte de fenêtre – qui donnait sur ce qui semblait être une cuisine.
Je la regardai faire, curieux. Je n'avais même pas encore ouvert la carte, me demandant juste où j'étais tombé. Cette femme était... trop... remuante, à mon goût. J'étais fatiguée rien qu'à la regarder.
Comme il ne se passait rien, elle fit sonner une nouvelle fois la clochette en se penchant dans l'ouverture, pieds en l'air, et je ne pus m'empêcher de sourire, amusé. Elle était du genre à ne pas tenir en place, de toute évidence...
-Zen, m'man ! J'arrive dans une seconde ! Bellatastrophe a encore frappé ! s'écria soudain une voix grave, ailleurs dans le bâtiment qui, de toute évidence, était celle du fils de la famille.
Bellataquoi ?
La femme soupira une seconde puis revint dans ma direction, tout sourire vite retrouvé.
-Avez-vous choisi ? s'enquit-elle tandis que je la regardai, bêtement, la bouche légèrement entrouverte.
-Oh euh je... c'est-à-dire que... n-non, pas vraiment, pas tout à fait, balbutiai-je, de plus en plus nerveux.
Elle rit et s'empara du menu sans que je ne puisse esquisser un mouvement :
-Ne soyez pas timide, voyons ! Vous devez avoir à peu près l'âge d'Emmett... Mon fils, précisa-t-elle, tout sourire, Je n'vous ai jamais vu ici, vous êtes un nouveau venu dans le quartier ? demanda-t-elle, le nez dans la carte.
Mais elle n'attendit pas ma réponse, encore une fois, avant de poursuivre...
-Vous allez voir, vous vous y plairait ! C'est sans doute l'un des endroits les plus sympathiques de Phœnix. Emmett pourrait vous servir de guide à l'occasion si vous voulez. Peut-être même allez-vous à la même fac ? Oh ! Je suis certaine que le plat de notre fille vous plairait !
Je la regardai sans plus rien comprendre. Comment pouvait-elle parler si vite ? Dire tant de choses en même temps ? Passer d'un sujet à un autre, comme ça ? Etait-ce seulement humain ? Aussitôt, l'image de ma sœur s'imposa dans mon esprit et je grimaçai malgré moi une seconde.
-Oh ! Mais bien sûr, suis-je bête, rit-elle à nouveau, Je ne vous ai même pas expliqué le principe de fonctionnement de notre restaurant !
-M'maaan... soupira une grosse voix, derrière nous, Je vois déjà la sueur dûe au stress dégouliner de son front. Laisse-le respirer, il va nous faire une attaque. On doit nourrir le client, pas le tuer.
Un grand type brun venait de passer une porte près de l'ouverture qui donnait sur la cuisine, derrière le bar, et était désormais accoudé à celui-ci, tout sourire.
-Ne dis donc pas de bêtise, Emmett ! reprit sa mère, vexée une seconde avant de se retourner vers moi, C'est mon fils, Emmett !
J'avais compris...
-Notre restaurant propose des plats ensoleillés qui mettent de bonne humeur ! m'expliqua-t-elle finalement, toujours aussi excitée, Mais notre petit plus réside dans la préparation des plats sur demande du client. En l'occurrence, ça risque d'être difficile puisque vous n'avez rien réservé d'avance... mais, sachez-le pour une prochaine fois, notre restaurant peut vous préparer votre plat préféré ou n'importe quel plat que vous souhaiteriez manger ou goutter sur demande !
Je hochai la tête, dépassé pour de bon par son entrain. Le grand type, au bar, rigolait franchement. Il faut dire que je devais tirer une tête terrible.
-Pour faire simple, vous nous appelez le matin, vous commandez votre plat et nous nous chargeons du reste pour le soir-même, résuma-t-il, de toute évidence très amusé.
-En attendant, si vous ne savez pas quoi prendre, nous pouvons vous proposer le plat de notre Bella !
… Bella ?
Et, aussitôt, un grand fracas résonna au-dessus de nos têtes. Tous les trois, nous relevâmes la tête, surpris un instant, avant que le grand brun ne se précipite à nouveau dans la cuisine.
-Bella ? l'entendis-je criai alors que ses pas raisonnaient dans ce que je devinais être un escalier quelque part derrière ces murs.
-Excusez-moi un instant, me pria la mère, sincèrement désolée, Ma fille a eu un petit accident cet après-midi et s'est foulé la cheville. Je vais aller voir si tout va bien...
Je hochai la tête, bouche-bée.
Bon sang. C'était impossible.
J'étais bel et bien tombé à l'endroit même où résidait l'inconnue de cet après-midi. C'était complètement effrayant. J'avais maintenant comme l'impression d'avoir été trainé ici de force par une puissance invisible. Déjà mon cerveau partait dans les plus folles hypothèses qui soient. Et si j'étais destiné, désormais, à être poursuivi par cette fille et sa maladresse pathologique ? Elle était peut-être celle qui ferait virer ma vie dans la malchance la plus totale. J'avais déjà perdu Rose. Peut-être celle-ci allait-elle maintenant me dépasser en tête des hits. Et, bientôt, on me reléguerait au placard et il en serait fini de ma carrière. Eric deviendrait son manager à elle et me passerait un coup de fil pour me dire à quel point elle était meilleure que moi et comme elle semblait coulait le parfait amour avec Jasper. Pour m'achever. Cette Isabella était peut-être le signe de cette déchéance prochaine...
Mais, merde, qu'est-ce que je racontais !
-Emmett, lâche-moi tout de suite ! Emmett ! Lâche-moi je te dis !
Cette voix...
-Ce n'est peut-être pas tout à fait nécessaire, mon chéri, s'amusait la mère en revenant dans la salle, bientôt suivie par le grand brun qui tenait, fesses en l'air sur son épaule... mon inconnue de tout à l'heure.
-Tu es une brute ! criai-t-elle en martelant le dos de son frère avec ses poings, Pose-moi immédiatement !
-Du calme, microbe. Au moins, je t'aurai sous les yeux, tu ne pourras pas faire de bêtise, lâcha-t-il, sévère – même si j'avais la nette impression que c'était là la dernière expression qui ait pu lui convenir – avant de déposer sa sœur sans ménagement sur un des tabourets qui longeaient le bar.
-Aïe ! La vache ! Je ne suis pas un sac de pommes de terre, Em' ! Je voulais seulement... commençait-elle au moment où son frère s'écartait d'elle et qu'elle croisait enfin mon regard, Attraper ma... gui... ma guitare... Oh mon dieu...
Nous étions parfaitement immobiles et silencieux, tout-à-coup, et le temps semblait avoir stoppé sa course autour de nous puisque pour la première fois depuis mon arrivée, je n'entendis plus la voix de sa mère venir me poser milles questions auxquelles elles répondaient aussitôt. Était-ce une habitude que nous étions en train de prendre ? Si je devais la croiser à nouveau et que notre réaction première nous paralysait toujours de la sorte, ça ne serait pas évident...
Wow ! Deux secondes !
Voilà que je commençai à délirer de nouveau ! Pourquoi diable reverrais-je cette fille ? J'étais seulement venu ici pour lui donner ce bouquet et m'assurer qu'elle était bien rentrée chez elle. Après tout, elle avait l'âge de ma sœur – ou, en tout cas, j'avais l'âge de son frère si j'avais bien compris – et elle m'avait semblé vraiment mal, plus tôt dans la journée. Mais il n'y avait et il n'y aurait rien de plus.
Soudain, la tête du grand brun apparut à quelques centimètres de mon visage et je me reculai presque d'un bond, surpris, tandis qu'il me lançait un regard circonspect, comme s'il m'analysait :
-Ton dieu ? Lui ? marmonna-t-il, Mouais...
Il se redressa et s'étira paresseusement avant de poursuivre.
-Remarque peut-être. Il a l'air au moins aussi inaccessible que le grand barbu, pour toi. Tu devrais vraiment te rabattre sur Newton. Avec lui, au moins, t'as tes chances. Y'a aucun doute qu'un veau dans son genre est bien au ras des pâquerettes.
Newton ? J'étais à nouveau perdu.
Emmett riait fort, visiblement fier de son effet, en tout cas.
-Emmett, ça suffit ! intervint sa mère alors que je reportai mon attention sur Isabella qui avait baissait les yeux sans que j'en comprenne la raison, Va donc préparer son plat à ce jeune homme et laisse ta sœur tranquille.
Le grand type marmonna dans sa barbe (« Si on peut même plus plaisanter... ») et disparut dans la cuisine sans rien ajouter, obéissant docilement à sa mère comme un petit garçon pris en faute ce qui, en d'autres circonstances, m'aurait fait sourire.
-N'écoute pas ce grand dadet, ma chérie, la rassura gentiment sa mère.
Bella releva les yeux et lui sourit doucement, lui murmurant presque que ce n'était pas grave mais même sans savoir de quoi il était véritablement question, je pouvais sentir que les paroles de son frère l'avait blessée. Cela dit, si j'avais à peu près compris de quoi il était question, il venait d'insinuer qu'elle n'était capable de séduire qu'un veau répondant au doux nom de Newton... C'était un peu dur de la part d'un grand-frère. Ou peut-être était-ce seulement moi qui était un grand-frère trop gentil avec ma sœur...
-Alors, comme ça, vous vous connaissez ? renchérit aussitôt la mère, coupant court à mes pensées et nous faisant rougir tous les deux.
-N-Nous nous sommes... croisés cet après-midi, expliquai-je rapidement.
-Vraiment ? Avant qu'elle ne se blesse, j'ose l'espérer ! plaisanta-elle.
-C'est-à-dire que... commençai-je, gêné, avant d'être coupé par Bella.
-C'est lui que j'ai percuté, maman... souffla-t-elle, la mine basse.
Cette manie commençait à m'agacer. Qu'elle relève les yeux, ce n'était pas uniquement sa faute, bon sang !
-Non, en réalité, j'étais complètement ailleurs et je n'ai pas vu arriver votre fille, repris-je, plus assuré, Je vous prie d'ailleurs de m'excuser à nouveau. Je... Je me suis permis de vous apporter ceci...
Ma voix avait lentement fondu comme neige au soleil et je devais avoir pris une belle teinte rougeâtre mais je décidai de ne pas baisser les bras si près du but. Je saisi donc le bouquet que j'avais posé près de moi sur une chaise avant de me lever pour le tendre à Isabella.
Elle me dévisagea un long moment, visiblement déroutée puis sa peau se teinta également d'un rose pâle qui me fit sourire malgré moi.
-Des... freesia ? demanda-t-elle d'une toute petite voix sans lâcher le bouquet des yeux.
J'acquiesçai, quelque peu mal à l'aise. Elle ne pouvait quand même pas détester ces fleurs, n'est-ce pas ? Je n'avais pas rêvé son odeur... J'en étais (presque) certain...
Merde, voilà que je doutais complètement de ce détail, maintenant !...
-J'a-j'adore les freesia... souffla-t-elle au moment où son regard croisé le mien, Mais ce n'est pas... courant d'en offrir.
Aïe. Pris sur fait. Qu'allai-je bien pouvoir inventer ?
-Ce sont également les fleurs que je préfère ! lâchai-je sans réfléchir. Ce... C'est pour ça que je les ai choisi.
Elle me regarda encore un instant et j'eus l'impression d'être passé au rayon x. Cette fille me donnait la désagréable impression d'être complètement transparent face à elle. Pouvait-elle lire en moi ? Absurde. Je ne croyais pas du tout à ces conneries. De plus j'étais passé maître dans l'art de duper mon entourage depuis bien longtemps et la célébrité m'aidait un peu plus chaque jour à me perfectionner en ce domaine.
Pourtant, quand ses yeux me scruter de la sorte, sans ciller une seconde, je me sentais lentement mis à nu...
-Merci beaucoup, ce n'était pas nécessaire... dit-elle finalement en acceptant enfin mon présent, Et c'est d'autant plus gentil de vous être déplacé pour ça...
Je ne pus retenir un rire gêné tandis que je passai mécaniquement une main dans mes cheveux.
-Inutile de me remercier. C'est un pur hasard, en réalité, avouai-je, Je ne savais pas où vous résidiez et je ne savais pas encore comment j'allais bien pouvoir vous les faire parvenir quand je suis tombé sur ce restaurant en achetant ces fleurs dans la boutique, juste en face, terminai-je en pointant du doigt le fleuriste qui avait guidé mes pas jusqu'ici.
-Comme c'est charmant ! s'extasia sa mère qui, depuis le début de notre échange ne nous avait pas lâché du regard, Oh ! Mais, comment vous appelez-vous, jeune homme ?
Aïe-bis. Là, j'étais mal. Ainsi donc, j'étais vraiment un inconnu pour ces gens ? Mon égo en prenait un sacré coup. Jamais plus je n'écouterais mon manager quand il me dirait que j'étais connu partout aux Etats Unis comme la star du moment. De toute évidence, j'avais encore du chemin à parcourir.
-Edward.
-Ce n'est pas courant. C'est un vieux prénom, non ?
-Maman !
-Quoi ? Ce n'était pas désobligeant.
Je souris et les regardai se chamailler quelques secondes encore avant que la voix de Emmett n'interpelle sa mère pour avoir un peu d'aide en cuisine. Celle-ci disparut en un instant et je me retrouvai donc seul avec Isabella.
-Désolée pour l'attente et... sûrement le plus déplorable service que tu aies jamais vu, souffla la jeune fille en jetant un coup d'oeil en direction de la cuisine, Mon père a dû s'absenter pour affaire et avec l'incident je ne peux pas aider en cuisine sans mettre la pagaille partout et ralentir encore un peu plus les opérations... D'ordinaire, Emmett et ma mère se chargent uniquement de l'accueil des clients alors...
-Ce n'est rien, la coupai-je avant qu'elle ne se mette à nouveau à s'excuser pour toutes les peines du monde.
-Est-ce que tu t'es fais ça en tombant tout à l'heure ?
Elle regardait le pansement de fortune qui ornait mon front avec un drôle d'air. Je l'avais presque oublié celui-ci...
-Oh euh non... Non, je me suis...
« Je me suis fait taper dessus par ma sœur qui, armée d'une télécommande, essayait de défendre sa propre peau face au cinglé que j'étais devenu face à l'apparition de mon ex-petite-amie à la télévision... » rageai-je intérieurement.
-Je me suis cogné en rentrant chez moi... soupirai-je finalement.
Elle n'insista pas, heureusement.
-Nous sommes quittes, d'une certaine façon, souris-je dans l'espoir de détendre l'atmosphère.
Elle me jeta un drôle de regard, visiblement dépassée par mon humour ravageur et je me sentis bête une fraction de seconde avant de ne pouvoir m'empêcher d'en rire.
Curieusement, la situation m'arrangeait. Je me sentais un peu moins mal à l'aise dans cet endroit à chaque seconde. Je trouvais cette famille un peu étrange et, en même temps, terriblement sympathique. Le fait de passer pour un complet inconnu à leurs yeux devaient sans doute jouer.
Je décidai de me rasseoir à ma table sans cesser de faire face à ma désormais unique interlocutrice. Elle se tenait perchée sur son tabouret comme une enfant, ses deux mains posées entre ses jambes, poignets joints et dos légèrement vouté. Effectivement, la conversation ne semblait pas être son point fort et je l'imaginais fort bien, habituellement, rester un maximum dans la cuisine à donner un coup de main à son père plutôt que d'aller vers la clientèle (sa mère semblait s'en sortir très bien pour trois à elle seule, de toute façon)... Et on ne pouvait pas dire, de mon côté, que je sois de nature plus loquace mais je décidai de faire un effort pour cette fois. J'avais la curieuse envie d'en savoir un peu plus sur elle. Je rebondis alors sur un détail qui avait retenu mon attention, quelques minutes plus tôt.
-Alors, comme ça, tu es musicienne ?
Elle porta aussitôt son attention sur moi, le regard pétillant et je ne pus m'empêcher d'être heureux d'avoir réussi mon coup en la lançant sur ce sujet. Si elle aimait la musique, nous ne pouvions que nous entendre... Même si cette entente ne durerait que l'espace d'une soirée avant que nous ne nous séparions pour toujours. Après tout, j'avais bien le droit d'en apprendre plus sur elle et d'apprécier sa compagnie le temps de ma présence ici, non ? Je ne la reverrai jamais, il ne se passerait jamais rien de plus. Je voulais simplement assouvir ma curiosité à son propos. Comprendre pourquoi elle me poussait à réagir aussi bizarrement. Il devait il y avoir une raison. N'importe laquelle. Et le fait qu'elle aime la musique était peut-être l'une de ces raisons.
-Je joue de la guitare et je chante, m'expliqua-t-elle, souriante, J'étudie au High School of Arts and Culture.
Je ne pus m'empêcher de siffler d'admiration. Ce lycée n'ouvrait pas ses portes à n'importe qui.
-Tu as obtenu une bourse ?
-Oui, acquiesça-t-elle, J'ai dû travailler d'arrache-pied mais j'y suis arrivée.
Ça, pour décrocher une bourse pour un tel établissement, elle avait sûrement dû s'épuiser à la tâche, je n'en doutais pas une seconde. Et, pour cette raison, j'imaginais fort bien que ça ne devait pas être facile tous les jours pour elle de côtoyer ses camarades.
J'avais été élève dans un établissement de ce type et j'en connaissais parfaitement les ficelles. Pour ma part, je n'avais pas eu besoin de décrocher une bourse car les revenus de mes parents parvenaient à couvrir les frais engendrés sans problème particulier mais certains de mes amis qui, eux, étaient boursiers, avaient eu affaire, durant toute leur scolarité, aux remarques désobligeantes des autres élèves à ce sujet. Tout était bon, de toute façon, pour éliminer la concurrence. Peu importait vraiment le sujet. Or, le plus souvent, les élèves qui bénéficiaient d'une bourse avaient dû travailler plus dur que la plupart des autres et étaient bien meilleurs que la moyenne. Par conséquent, ils étaient les cibles à abattre coûte que coûte.
Passant outre mes vieux souvenirs d'adolescence, je reportais mon attention sur Isabella.
Il était étonnant de constater comme elle semblait soudain différente. Pour la première fois, je la voyais parler avec entrain et tout son corps réagissait en fonction de son état d'esprit ; elle était fière d'elle. Elle n'avait plus rien à voir avec la jeune fille recroquevillée autour de sa poitrine que j'avais percuté quelques heures plus tôt ou eu sous le nez il y avait encore un instant.
-Impressionnant, l'encourageai-je, J'imagine que tu dois avoir un certain talent.
Elle rougit. Je souris. Elle détourna les yeux une seconde sans savoir où poser son regard et revint finalement à moi pour me détailler comme elle l'avait fait plus tôt mais je ne cherchai pas à me cacher cette fois. Si elle pouvait lire en moi que j'étais sincère, qu'elle le fasse. Tout pourvu qu'elle ait l'air encore aussi enthousiaste.
-Ce n'est pas l'avis de mes camarades... Je m'en sors bien mais je ne me détache pas du lot. Au contraire... m'avoua-t-elle.
-Et qu'en dise tes professeurs ?
Elle me regarda curieusement. Comme si elle ne s'était encore jamais posée cette question.
-Ils... Ils ne m'ont jamais fait de remarque particulière.
-C'est tout ce qui compte, à ce niveau, affirmai-je, décidé à la rassurer comme j'avais déjà été amené le faire avec Alice, Si tes professeurs se permettaient des remarques, tu pourrais t'inquiéter. Si ce n'est pas le cas, continue ton petit bonhomme de chemin. Dans ces écoles, les autres élèves sont souvent trop prétentieux pour passer leur temps à autre chose que rabaisser ceux qu'ils jugent meilleurs qu'eux. Rêve de grandeur oblige, terminai-je dans un haussement désabusé.
-Tu as l'air de parler en connaissance de cause, rebondit-elle aussitôt.
Perspicace. Mais je ne pouvais pas lui dire pourquoi sans lui avouer qui j'étais. Or, je commençai tout juste à trouver qu'il me plaisait qu'elle l'ignore. Elle me parlait si naturellement... Plus aucun inconnu connaissant mon parcours ne me parlait de cette façon. Je voulais seulement être Edward, le type le plus normal du monde, l'espace de cette soirée.
-Je suis ingénieur du son, mentis-je pour la deuxième fois ce soir, J'ai travaillé pour pas mal de chanteurs et musiciens, j'ai pu voir comment ça se passait... dans leur monde.
-Vraiment ? s'extasia-t-elle dans la seconde, Ça doit être incroyable. Je tuerais pour avoir un jour la chance de découvrir l'envers du décors.
Je grimaçai.
-Ca n'a rien à voir avec le monde tout en strass et paillettes qu'on peut voir dans les magazines... Une fois le rideau tombé, même la plus grande des stars se retrouve confronté aux mêmes problèmes que le commun des mortels.
Un rictus lui échappa. Elle ne me croyait pas, de toute évidence.
-J'ai du mal à imaginer que des stars adulées de tous et multimilliardaires puissent avoir encore le moindre souci...
-L'argent et la célébrité ne font ne pas tout, répliquai-je immédiatement, plus durement que je ne l'aurais voulu.
Elle parut étonnée de mon soudain emballement et je ne pus m'empêcher de me racler la gorge, embarrassé. Je m'efforçai de reprendre plus calmement. J'allais encore lui servir un mensonge...
-J'ai pu me faire quelques amis dans le milieu, à force de travailler pour certaines... stars... Et, crois-moi, certaines d'entre elles donneraient tout ce qu'elles possèdent sans la moindre hésitation pour...
Je laissai ma phrase en suspend. Pour quoi ? Pour quoi voudrais-je encore donner tout ce que je possédai ? Pour récupérer la femme que j'avais aimé trois ans durant et qui m'avait trompé sans hésitation avec mon meilleur ami ? Pour cette même femme qui m'avait caché son évidente passion pour le chant et la musique tout autant de temps ? Pour celle que j'avais failli demander en mariage, avec laquelle j'avais envisagé toute ma vie et qui, ce soir, m'avait presque poussé à frapper ma petite sœur tant la douleur qu'elle me faisait ressentir me rendait littéralement malade ?
-Est-ce que... ça va ?
Je relevai la tête. Je m'étais même pas rendu compte que je m'étais plongé dans mes sombres pensées. C'était venu naturellement. Trop naturellement...
Isabella me regardait maintenant, inquiète.
-Oui, excuse-moi, je... Je ne suis pas au mieux de ma forme aujourd'hui, éludai-je.
-Tu n'as pas été blessé, tout à l'heure, au moins ? m'interrogea-t-elle aussitôt.
-Non, la rassurai-je, Ce n'est pas comme si j'avais heurté un mur.
Le reste de ma phrase m'échappa presque.
-Plutôt comme si un oisillon tombé de son nid avait atterrit sur moi.
Je me gardais bien de lui avouer, malgré tout, que le court instant où elle s'était retrouvée dans mes bras avait été délicieux. Je n'en avais pas le droit. Je n'étais même pas sûr moi-même de savoir qu'en penser. Ce n'était peut-être que la répercutions d'un besoin de me sentir moins seul, dû aux récents évènements survenus dans ma vie privée, et je n'avais pas envie de la confronter à une histoire aussi... sale. Si j'avais besoin du moindre réconfort de ce type, pour, disons, oublier Rose durant quelques heures, je saurai trouver une femme qui comblerait mes attentes mais Isabella n'avait rien à voir là-dedans. Premièrement parce qu'elle n'était pas une femme mais une jeune fille. Une jeune fille adorable, certes, et particulièrement jolie, je devais bien l'avouer, mais une jeune fille malgré tout. Rien à voir avec l'éventuelle femme que je trouverais un de ces soirs dans un bar quelconque si le besoin de réconfort se faisait sentir pour de bon...
-J'ai du avoir l'air vraiment à côté de la plaque pour te donner cette impression...
Nous murmurions tous les deux, désormais, sans nous lâcher du regard.
-Tu m'as semblé... fragile, rectifiai-je.
-Je suis faible... soupira-t-elle, l'air déçue d'elle-même à nouveau.
-Vulnérable, la corrigeai-je encore, Ça nous arrive à tous.
-A toi aussi ?
-Je pensais que ça m'était passé mais, depuis quelques temps, j'y goûte à nouveau moi aussi, oui.
Pourquoi lui racontai-je tout ça ? Je venais à peine de m'apercevoir que nous nous étions mis à nous tutoyer tout-à-coup et déjà je lui confiais mes pauvres états d'âme.
-Personne ne peut te ramener jusqu'à ton nid ?
Sa question me fit sourire une seconde puis je soupirai à mon tour.
-Je ne suis plus vraiment sûr d'avoir un nid. Ou peut-être que je n'ai pas vraiment envie d'y retourner.
-Quand un oiseau perd son nid pour une raison ou une autre, il en construit un autre. C'est un animal moins... vulnérable... qu'il n'en a l'air.
Je fronçai un instant les sourcils, dérouté. Elle ne sourcillait toujours pas.
-Tu as seize ans, n'est-ce pas ? l'interrogeai-je sans trop savoir pourquoi.
Elle rit et passa une main dans ses cheveux, l'air soudain embarrassé.
-Étant donné qu'il est désormais plus de minuit, plus vraiment, je crois... J'ai dix-sept ans tout juste.
-Oh, lâchai-je échapper avant de rire à mon tour, Et bien... Joyeux anniversaire, dans ce cas.
-Merci... sourit-elle.
Nous nous fixâmes un instant avant d'être pris, au même moment, d'un incontrôlable fou rire.
-C'est ridicule, je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça comme ça, lança-t-elle en se tenant les côtes.
-Non, pas du tout, balbutiai-je en me remettant difficilement, Non, c'était plutôt adorable.
Elle rougit. Au même moment sa mère réapparut, apportant avec elle un plat fumant qu'elle posa devant moi sur ma table. Je la remerciai. Il s'agissait d'un plat de pâtes joliment agrémenté de légumes. Je ne m'attendais pas vraiment à cela mais, au moins, je ne pouvais qu'aimer.
-C'est le plat fétiche de ma petite Bella, commença-t-elle en enserrant les épaules de sa fille qui lui souriait tendrement.
-Ce sont des tagliatelles aux légumes et safran, souffla timidement Isabella.
-Tu devrais aimer, affirma sa mère, Goûte donc, tu nous en diras des nouvelles !
Je souris et n'hésitai pas une seconde de plus pour goûter ces pâtes qui avaient l'air délicieuses. De plus, je mourais de faim même si mon entrée dans cet étrange restaurant avait eu le don de me faire complètement oublier cet état de fait sur l'instant.
Et, effectivement, ces pâtes étaient un régal. Je m'en délectai sous le regard d'Isabella qui semblait un peu inquiète. Quand je l'interrogeai à ce sujet, amusé, ses joues se teintèrent de rouge :
-C'est mon plat préféré, m'expliqua-t-elle d'une petite voix, D'ordinaire, c'est moi qui le prépare... mais nous ne le servons pas. C'est une première...
-C'est délicieux, tu n'as pas de souci à te faire, affirmai-je, Ta mère et ton frère s'en sont très bien sortis.
-Oh ! Nous avons simplement suivi la recette et appliqué les conseils de Bella, rectifia aussitôt sa mère, tout sourire, Emmett et moi sommes les plus mauvais cuisiniers de la maison mais Bella et son père ont le don de rendre leur cuisine accessible à tous.
La jeune fille s'empressa de faire taire sa mère, embarrassée par ses compliments mais elle ne s'arrêta bien sûr pas. Ainsi, j'appris que Emmett était le sportif de la famille, aussi agile et fort que Bella était maladroite et de faible constitution. Il faisait partie de l'équipe de football de son lycée mais avait été blessé en dernier année, ne bénéficiant finalement pas de la bourse dont il rêvait pour suivre des études en université. Il était donc devenu l'un des employés du restaurant familial à plein temps et l'organisateur désigné des soirées branchées qui s'y déroulaient, offrant un nouveau souffle à l'établissement.
Bella, elle, nourrissait depuis toute petite une vraie passion pour les arts et c'est ainsi qu'elle s'était retrouvé dans ce grand lycée de Phœnix leur étant entièrement dédié. J'appris également qu'en dépit de sa maladresse rare elle était, au contraire, incroyablement habile dans une cuisine et plus encore avec sa guitare.
C'est ainsi qu'après le repas – que nous avions finalement partagé puisqu'il s'agissait de son plat favori et que ce soir se trouvait être celui de son anniversaire – je me retrouvais assis devant le piano du restaurant. J'avais avoué ma propre passion pour la musique et madame Swan avait longuement insisté jusqu'à convaincre Bella de m'accompagner pour un duo improvisé.
Son frère l'aida à s'asseoir sur une chaise haute placée pour elle près de mon instrument puis lui tendit sa guitare. Elle me regarda, l'air dépité, et je ne pus m'empêcher de sourire, pas complice pour un sous mais, au contraire, très amusé de la voir si embarrassée et bien décidé à l'entendre jouer et chanter. Je décidai donc de pimenter un peu l'idée...
-Commence, je te suivrai, annonçai-je, sûr de moi.
Elle fronça légèrement les sourcils, plus que perplexe.
-Tu crois pouvoir me suivre sur n'importe quoi, au hasard, comme ça ? demanda-t-elle.
Je haussai les épaules et acquiesçai, un grand sourire scotché au visage depuis déjà bien une heure tant que je me sentais désormais parfaitement à l'aise dans cet environnement et cette famille. Nous avions beaucoup ri durant le repas. Passé les premières minutes plutôt intimidantes, sa mère se trouvait être très sympathique. Quant à Emmett, il était l'incarnation du parfait grand-frère et contrairement au début de soirée, le voir taquiner sans cesse sa sœur s'était révélé plutôt amusant. D'autant plus que la jeune fille était loin de se laisser marcher si facilement sur les pieds. J'avais ainsi découvert qu'elle avait un vrai mauvais caractère et qu'elle pouvait être une véritable tête de mule.
Me retrouver malencontreusement en leur compagnie ce soir avait été la meilleure surprise que le destin m'ait réservée depuis des mois. J'avais presque l'impression, soudain, de retrouver la joie simple que me procurait les repas et les soirées partagées avec Alice et mes parents. Je n'avais plus goûté à cela depuis longtemps, maintenant que j'y pensais... Je les avais véritablement délaissé... Je me promis de faire en sorte de réparer cela dès que possible.
-Bien... souffla soudain Isabella avant de se mettre à mordiller délicieusement sa lèvre inférieure.
Elle allait chercher à me piéger pour me contraindre à ranger mon égo au placard mais peu importait, je voulais simplement la forcer à jouer pour moi. J'étais de plus en plus curieux de l'entendre.
Sa mère et son frère prirent place autour de nous. Emmett lança quelques piques à sa sœur pour tenter de la déconcentrer mais elle ne se laissa pas démonter si facilement. Leur mère les rappela finalement à l'ordre et, peu après, Bella entreprit de pincer doucement les cordes de sa guitare, les yeux posés sur moi...
[You could be happy – Snow Patrol]
You could be happy and I won't know (Tu pourrais être heureuse et je ne le saurais pas)
But you weren't happy the day I watched you go (Mais tu ne l'était pas le jour où je t'ai vu partir)
Mon cœur se serra. Ces paroles...
And all the things that I wished I had not said (Et toutes les choses que je n'aurais pas voulu dire)
Are played in loops 'till it's madness in my head (Se dessinent sur mes lèvres jusqu'à me rendre fou)
Sa voix était si douce... si ensorcelante... Mais ces paroles...
Is it too late to remind you how we were (Est-il trop tard pour te rappeler comment nous étions)
But not our last days of silence, screaming, blur (Sans nos derniers jours de silences, cris, flous)
Comme une caresse, elle venait toucher mon cœur avec une infinie lenteur, à la fois électrisante et destructrice. Ses paroles se répandaient déjà en moi comme un poison. Devais-je prier pour qu'elle s'arrête ou la laisser continuer à me briser lentement sans même qu'elle ne le sache ?
Most of what I remember makes me sure (Tout ce dont je me souviens me conforte dans l'idée)
I should have stopped you from walking out the door (Que j'aurais dû t'empêcher de franchir la porte)
Je serrai les poings, incapable d'ouvrir la bouche pour lui demander de se taire. Quelque chose m'en empêchait. Sûrement sa voix. Elle était en train de raconter une histoire que je ne connaissais que trop bien et dont j'aurais voulu pouvoir ne pas me souvenir et, pourtant, sa voix était si douce, si tranquille que je ne pouvais pas me résoudre à la faire taire. C'était une torture mais sans nul doute la plus délicieuse torture que l'on ne m'ait jamais infligé et, pour cette seule raison, je ne pouvais l'arrêter. Je décidai de me laisser aller... Ces paroles pouvaient-elles expier la douleur qui me rongeait peu à peu de l'intérieur ? J'en doutais mais comme j'étais tout bonnement incapable de la faire cesser, mieux valait-il que j'essaye d'en profiter...
You could be happy, I hope you are (Tu pourrais être heureuse, j'espère que tu l'es)
You made me happier than I'd been by far (Tu m'a rendu plus heureux que je ne l'ai jamais été)
Plus heureux que je l'ai jamais été, songeai-je... Oui, elle m'avait rendu heureux. Indéniablement. Incroyablement heureux puisque j'avais cru avoir trouvé en elle la femme de ma vie. Je lui avais tout confié, jusqu'à mes plus noirs secrets... Tout, sans exception, elle savait tout de moi...
Somehow everything I own smells of you (D'une étrange façon tout ce qui m'appartient sent comme toi)
And for the tiniest moment it's all not true (Et pour les plus insignifiants moments ce n'est pas toujours vrai)
Elle avait partagé mon quotidien pendant trois ans. Elle m'avait épaulé au moment où ma carrière commençait à décoller et n'avait jamais flanché face à mes moments de doutes – et dieu sait s'ils étaient nombreux. Elle était finalement parvenue à me donner confiance en moi. Elle avait relégué au placard les fantômes de mon passé et m'avait juré qu'ils étaient loin derrière moi désormais. Mais c'était faux... C'était faux... Elle n'était rien de plus que l'un d'entre eux à mes yeux, aujourd'hui...
Do the things that you always wanted to (Fais tout ce que tu as a toujours voulu faire)
Without me there to hold you back, don't think, just do (Sans moi derrière ton dos, ne penses pas, agis)
Je fermai les yeux un instant. Don't think, just do...
Pourquoi diable fallait-il que cette fille ait choisi une telle chanson ? Je ne l'avais encore jamais entendu et tout d'elle me rappeler déjà ma relation avec... Rose...
Pourtant, elle reflétait également le pardon que je n'étais pas encore prêt à donner. Non, je ne pouvais pas encore pardonner... C'aurait été trop simple, beaucoup trop facile. Je me refusais à la laisser s'en sortir ainsi. Ma colère, ma jalousie et ma douleur brouillaient mes principes. D'ordinaire, je n'étais pas rancunier mais cette fois... cette fois seulement, je voulais être égoïste. Je ne voulais pas faire d'effort qui lui aurait permis à elle plus qu'à moi de passer à autre chose. Moi, je n'étais pas encore prêt à l'oublier... Elle occuperait mes pensées encore longtemps pour la simple et bonne raison que je l'avais véritablement aimée.
Don't think, just do... Etait-ce ce que j'aurais dû lui dire ? L'encourager dans la musique puisqu'elle m'était apparue sur cet écran plus heureuse que jamais ? L'encourager dans une voie qu'elle m'avait caché pendant trois ans et que je ne découvrais que maintenant, une semaine après qu'elle m'ait trompé... avec mon meilleur ami et son désormais batteur qui, lui aussi, ne m'avait rien dit de ses capacités en matière de musique... Comme si j'avais été le responsable de tout cela. Celui qui avait bridé ses rêves – leurs rêves. Comment aurais-je pu alors même que je n'en savais rien !
Je ne pouvais pas... Par pitié, qu'on me laisse être un sale type pour cette fois car je ne pouvais pas la laisser s'en tirer si facilement sans sombrer plus encore...
Je rouvrais les yeux quand Bella soufflait les dernières paroles de la chanson, les yeux mi-clos. En d'autres circonstances, si mon cœur en avait encore été capable et que ma pauvre cervelle n'avait pas été complètement à l'envers, je l'aurais trouvé belle. Plus que Rosalie, peut-être, car Alice avait raison, j'avais toujours préféré les brunes même si ce n'était qu'un détail de second ordre à mes yeux. Mais tout mon être respiré la douleur que m'inspirait la perte de celle que j'avais aimé et je n'avais plus de place pour quoi que ce soit d'autre. Pas même un peu d'intérêt pour la charmante demoiselle qui jouait à cet instant pour moi seul sans vraiment le savoir... J'avais trop mal... Trop mal...
More than anything I want to see you, girl (Plus que tout je veux te voir)
Take a glorious bite out of the whole world (Prendre un morceau du monde)
Je restai pétrifié un long moment. J'avais, de toute façon, été complètement incapable d'esquisser le moindre geste tout au long de la chanson. Incapable de l'accompagner au piano tant ses paroles m'avaient... presque blessé malgré elles. Je me sentais mal, ma tête me tournait et mes oreilles bourdonnaient... Je devais sortir d'ici avant que le monstre en moi, celui qui avait failli frapper Alice, ne réapparaisse. Un misérable monstre uniquement contrôlé par sa douleur... trop faible pour se poser et assumer la situation comme il se devait... Comme un adulte ; un homme...
-Encore une chanson de mec, marmonna tout-à-coup Emmett dans mon dos bien que l'émotion dans sa voix fut palpable (il jouait encore les durs), Pourquoi t'écris pas du point de vue d'une fille pour changer ?
-Ca me vient comme ça, souffla simplement Bella dont les yeux s'étaient posés sur moi, fixes.
A nouveau, elle me donna l'impression de chercher des réponses dans mon regard mais je me détournai immédiatement. Je n'étais pas prêt à montrer ces blessures là. Je n'avais peut-être plus Rose pour moi mais, au moins, la douleur qu'elle m'avait laissé m'appartenait encore, elle était uniquement mienne...
Je levai la main pour décoiffer encore un peu plus ma terrible tignasse, geste purement mécanique que je ne pouvais m'empêcher de faire lorsque j'étais un tant soit peu mal à l'aise – et, en cet instant, je l'étais vraiment. Malheureusement, j'accrochai mon pansement de fortune qui atterrit au sol tandis que mon ongle heurtait ma plaie, m'arrachant une plainte.
-Merde, pestai-je en me levant pour récupérer mon bandage.
-Allons donc, qu'est-ce que c'est que ça, mon garçon ? s'en mêla malheureusement madame Swan, me prenant de vitesse.
Elle me força à me redresser et jeta un coup d'oeil à la plaie.
-Une égratignure, expliquai-je à nouveau, le plus calmement possible bien que déjà mes mains tremblaient, Comme je l'ai dit à votre fille, elle n'est pas la seule à faire preuve parfois de maladresse.
-Avez-vous seulement nettoyé cette plaie ? me gronda-t-elle gentiment avant de tourner les talons pour, ajouta-t-elle, aller chercher de quoi réparer les dégâts.
Je me rasseyais donc en soupirant sur le tabouret du piano avant d'enfouir ma tête dans mes mains.
-Tu devrais aller aider maman, Em', proposa soudain Bella.
J'entendis le grand brun protester dans mon dos mais avant que je n'ai pu comprendre comment, Bella semblait l'avoir décidé à s'exécuter. Emporté de nouveau par ma curiosité, je relevai donc les yeux sur elle qui, contrairement à ce que je croyais, ne me regardait pas en retour. Elle fixait le piano, l'air ailleurs.
-C'était une jolie chanson, murmurai-je malgré moi.
-Inutile de mentir, répliqua-t-elle dans un souffle, Je ne sais pas pourquoi mais, de toute évidence, elle t'a beaucoup déplu.
Mais ce n'était pas vraiment un mensonge. C'était même plutôt vrai.
-Pas parce qu'elle était mauvaise... au contraire...
Je rencontrai enfin ses prunelles brunes.
-Est-ce que tu as... composé ce morceau ? l'interrogeai-je, espérant ainsi détendre ses deux sombres détecteurs de pensées braqués droit sur moi.
-Oui.
-Tu as du talent.
-Quelqu'un t'a blessé.
Je fronçai les sourcils, cette fois. Comment pouvait-elle lâcher une telle bombe si simplement ?
-Ca ne te concerne pas, répondis-je froidement.
-Je parlais de... ça, précisa-t-elle en pointant son propre sourcil pour désigner le mien.
Merde. Quel imbécile ! Bien sûr que ça n'avait rien à voir avec Rose. Comment aurait-elle pu savoir ? Idiot ! Non mais quel con !
-Je me suis cogné, mentis-je encore.
Elle hocha lentement la tête tout en se tournant à nouveau vers le piano. Elle ne pouvait pas me contredire. Rien n'aurait pu différencier, d'un seul coup d'oeil, ma plaie de télécommande de celle causée par un coup malencontreux quelconque.
Mais notre conversation n'alla pas plus loin car sa mère revint rapidement et s'évertua à soigner ma pauvre petite blessure. Une fois que ce fut fait, je me sentais vraiment mal à l'aise d'avoir profité à ce point de leur hospitalité et le comportement désormais distant qu'adoptait Bella me poussait littéralement à prendre mes jambes à mon cou. Je prétextai n'avoir pas vu l'heure et ajoutai que l'on devait m'attendre sans vraiment préciser si je faisais allusion à ma famille ou n'importe qui d'autre. Sans m'en rendre compte, je n'aurais laissé aucune véritablement part de moi dans ce restaurant et pour ses occupants. Je ne voulais pas avoir de lien avec eux, finalement. J'avais passé la soirée à mentir ou à passer outre leur question par diverses pirouettes... en bon Edward Cullen que j'étais. C'était sans doute mieux ainsi. Je ne les reverrai jamais, de toute façon...
Je les saluai malgré tout chaleureusement avant de partir. Emmett me serra la main en me faisant promettre de venir le voir si j'avais besoin d'un guide en ville et je me gardai bien de lui dire que je ne passerai sûrement pas plus de vingt quatre heures de plus ici. Madame Swan me serra dans ses bras en m'assurant que je serais le bienvenue ici quand je le souhaitais. Et Bella... Bella sautilla tant bien que mal jusqu'à la porte en prenant appuie sur le bar, m'arrachant un triste sourire. Je m'approchai d'elle pour lui épargner d'avoir à parcourir les derniers mètres qui nous séparaient encore.
-Fais attention à toi, je ne voudrais pas que tu sacrifies une deuxième cheville pour moi dans la même journée, plaisantai-je, décidé à ne pas me séparer d'elle en mauvais terme.
-Techniquement, je n'ai fait aucun sacrifice pour toi aujourd'hui, protesta-t-elle, légèrement rougissante.
Je ne pus m'empêcher de sourire un peu plus.
-Fais attention à toi, malgré tout.
-Comme toujours, je crois bien que dans le cas contraire, je ne serais déjà plus de ce monde.
-C'est sans doute vrai... soupirai-je, amusé.
Je décidai de la détailler une dernière fois. Ses longues boucles brunes. Sa peau pâle. Ses grands yeux chocolat, si vifs, si resplendissants de vie. Ses lèvres ou, plus exactement, sa lèvre inférieure qu'elle mordillait encore et encore, et que j'avais eu la chance goûter un court instant quelques heures plus tôt. Je ne voulais pas oublier cette fille. Quelque chose me disait que dans une autre vie j'en serais tombé éperdument amoureux.
Elle tortillait ses doigts à la surface du bar exactement comme je le faisais de mon côté. Je décidai de les attraper et les portai à ma bouche avant même d'avoir vraiment réalisé ce que j'étais en train de faire. Mes lèvres effleurèrent la peau douce de ses jointures tandis que je ne perdais pas une miette de la myriade de sentiments qui luttaient sans merci dans ses yeux.
/
/
/
-Edward ! Inutile de me retourner pour savoir à qui appartenait cette voix stridente. Déjà, deux lianes enserraient ma taille et un puissant relent de parfum me donnait la nausée. -Tanya, quel plaisir... soupirai-je, le nez dans mes partitions, dans le fol espoir qu'éviter un contact visuel rendrait sa présence plus supportable. Eric avait eu l'excellente idée de prolonger notre séjour à Phœnix pendant ma petite soirée improvisée chez les Swan. J'avais oublié mon portable dans la précipitation en quittant l'hôtel et c'était Alice qui avait reçu l'appel. Bien sûr, elle était si excitée à l'idée de rester un peu plus longtemps dans cette ville qu'elle comptait bien visiter de long en large en compagnie de Jasper qu'elle avait tout accepté pour moi. Eric avait débarqué quelques minutes après mon retour et c'est ainsi qu'en dépit de ma nuit blanche, je me retrouvais dans cette salle de concert à préparer une soirée censée faire oublier la catastrophe de la veille. Les yeux à moitié ouverts, je m'efforçai de choisir les morceaux que j'interpréterais ce soir. La présence de Tanya, en revanche, était pour le moins inattendue, et me rappela pourquoi je n'aimais pas les surprises. -Qu'est-ce qui t'amène ? l'interrogeai-je, malgré que la vraie question que je me posais actuellement à son sujet avait plutôt trait à son départ. -J'ai lu dans les journaux que tu étais de passage en ville et il se trouve que, comme tu vois, je me trouve ici également, minauda-t-elle en se détachant de moi dans un apparemment irrépressible besoin de s'imposer à tous mes sens, Alors j'ai fait quelques recherches pour savoir où je pourrais te trouver et... me voilà ! Priant pour qu'elle parle moins fort, je songeai qu'elle fût devenue un puits de science si elle employait ne fût-ce qu'un tiers de l'énergie consacrée à me poursuivre, à se cultiver un tant soit peu. Cette fille était à la fois ma plus vieille connaissance et la pire de toute. Nous nous étions rencontrés au lycée – celui-là même qui n'était autre qu'une copie conforme de celui de Phœnix où étudiait Bella – et j'avais fait bon nombre d'erreurs avec et pour elle, à cette époque, en bon adolescent stupide que j'étais alors. La pire ayant sans doute été de me laisser aller dans ses bras – à plusieurs reprises – puisque depuis elle n'avait eu de cesse de me harceler littéralement... Seulement voilà, s'il était indéniable que j'avais du à un moment éprouver un désir intense pour elle, elle ne m'évoquait maintenant plus guère que la migraine qui sert d'excuse caricaturale à ce dont j'avais jadis largement profité. Certes, elle avait été très largement disposée à combler un manque de tendresse, et je ne m'en plaignais pas. Le drame était qu'elle avait déduit de ces - nombreux - moments d'égarements que nous avions développé une relation privilégiée dépassant le simple substitut affectif, à mon grand désarroi. Depuis je rejouais un remake d'Arrête-moi si tu peux, à la différence que j'étais une victime et que mon représentant de l'ordre était un mannequin érotomaniaque particulièrement coriace. Et que je me faisais systématiquement rattraper. En résultait un apparent décret des médias nous attribuant une relation passionnée dont le simple fait de l'imaginer constituait pour moi une incitation au célibat et à la chasteté. -Alors, comme ça, le mystérieux et charismatique Edward Cullen se serait laissé passer la corde au cou... souffla-t-elle lentement, féline, en insistant bien sur chaque syllabe. Je levai les yeux vers elle pour la première fois. Elle s'appuyait sur la table dans une pose plus que suggestive qui l'eût fait passer pour une talentueuse VRP en poitrine féminine, et me fixait de ses grands yeux d'un bleu électrique. -Quoi ? lâchai-je, ayant visiblement raté un épisode.-Par une gamine, en plus, à ce qu'on dit, poursuivit-elle en se redressant pour passer une main dans sa longue chevelure platine, Tu as revu tes exigences à la baisse, on dirait. Ou alors, ça cache quelque chose.
-Je ne te suis pas, la coupai-je, agacé cette fois, De quoi est-ce que tu parles ?
Elle me regarda curieusement avant de venir s'asseoir près de moi, l'air très intéressé.
-Tu n'as donc pas vu les journaux de ce matin ? demanda-t-elle toujours aussi lentement, comme pour m'énerver un peu plus, C'est à la Une. Tout le monde sait pour la petite brunette qui te sert de copine.
La petite brunet... Oh non !
Je me levai aussitôt et la dévisageai comme si elle m'avait mordu.
-Qu'est-ce que tu racontes ? lançai-je, incapable de la croire tant qu'elle n'aurait pas confirmé mes doutes naissants.
Et cette peste pouffa, visiblement très contente d'elle, avant de prendre la peine de me donner plus d'explications :
-Apparemment, un photographe amateur a surpris votre petite altercation suite au concert raté d'hier... Je serais curieuse de savoir ce qui s'est réellement passé. Est-ce vraiment ce que l'on raconte ? Tu aurais coupé court au concert d'hier parce que tu étais trop préoccupé par ta querelle avec cette fille ?
Une altercation ? Une querelle ? Mais qu'est-ce que c'était que cette histoire de fou ? Je n'avais pas le souvenir de m'être disputé avec qui que ce soit en dehors d'Alice et même le pire magazine à ragots du pays l'aurait immédiatement reconnu comme ma sœur. Je priai cependant de toute mes forces pour que ce soit bien le cas et plus encore pour que personne, d'une façon ou d'une autre, n'ait surpris notre dispute de la veille...
Tanya farfouilla alors dans son sac et en sortit trois des plus grands hebdomadaires people du pays. Je les attrapai rapidement et restai bouche-bée... A la Une de chacun d'entre eux, un couple, enlacé, s'embrassant. Bella et moi.
/
/
/
A suivre !
Non, rangez ces masses d'arme ! Si vous m'assommez je ne serai plus en état d'écrire la suite ! Vous voulez vous défouler contre mon sadisme et me contraindre à écrire très rapidement la suite ? Laissez donc une review ! (comment ça c'est pas vraiment juste comme alternative ? x)).
Et si ça vous a juste plu, vous pouvez aussi laisser une review, d'ailleurs ^^'
Peut-être (sûrement) un POV Bella pour la prochaine fois.
