Hello, les amis ! Voici le quatrième chapitre et, je vous avouerais que c'est grâce à celui-ci que j'arrive à cerner ma petite Roxanne. Enfin bref, trêve de bavardage, j'espère que tout va bien de votre côté et je me répète désolé mais j'aimerais beaucoup avoir vos avis sur cette histoire, ces personnages, parce que disons le franchement cette fiction n'a pas grand succès.
Moi, je prends toujours autant de plaisir à l'écrire et c'est le principal me direz-vous, donc j'espère vous le transmettre.
Merci à vous.
CHAPITRE QUATRIEME
(I dream all year but they're not the sweet kinds)
ROXANNE.
L'air est surchargé d'excitation, de taffetas. Jubilation, c'est ce soir, le grand soir. Le plus grand des soirs, enfin, si les Serpentards sont à la hauteur de leur réputation. Je n'en doute pas, la fête ils ont ça dans le sang, les dents en or et les fontaines de boissons.
Ils savent avec application faire ce genre d'évènements où vos vies changent à jamais.
J'ai entendu des échos, des relents d'ivresse et de dépravations remontant du cachot donc, jusqu'à la plus haute tour de Poudlard. Des Préfets d'ordinaire si calme et résolument ennuyant à mourir, enfin habité par le feu sacré. Des petites filles avec encore les cheveux nattés, vomissant sur leurs robes du dimanche.
Le rêve de toute une vie, voyez par vous-même. Donc, je m'apprête à enfiler une paire de talons, tout droit sorti de l'enfer personnel – appelé également placard à chaussures – de Mackenzie ou Belinda, ce qui appartient à l'une, appartenant à l'autre. Et c'est, comment dire, une épreuve digne du Tournoi des Trois Sorciers.
Affronter un dragon, retrouver l'être qui nous est le plus cher au fond d'un lac. Petite nature. 12 centimètres me séparent du sol, à tous les coups, je vais me briser le cou. San mauvais jeu de mots de ma part.
— Tu es née pour ça, me déclare solennellement Mackenzie, avec un sourire absolument radieux sur le visage.
Si cela devait être ma destinée, eh bien, je l'accepte. Je n'ai même pas esquissé un premier pas, que ma quête s'avère difficile. Toute héroïne que je suis, finie la tête dans le baldaquin, les bras cherchant désespérément à tâtons le visage d'Isobel, ou du moins une main secourable.
— Tu préfères cheveux relevés ou naturels ?
— Là, je ne suis pas en mesure de te donner une réponse ! je m'exclame, la bouche obstruée par un morceau de soie.
C'est pas possible ! Il faut toujours être à la disposition de tout le monde, ici-bas.
— Raiponce ? Je t'ai déjà dit que je ne connaissais pas ce conte moldu, Roxanne ! On ne va pas remettre ça sur le tapis. De toute façon, je n'ai pas les cheveux assez longs.
Ne comptant que sur ma propre personne, je parviens à me percher relativement droite, pour enfin découvrir que je dépasse Isobel d'une tête.
— Laisse tomber, je soupire d'une voix qui se veut dominante, tout inspirée que je suis par ma puissance. Cheveux relevés, tu auras tout le temps de les détacher au rythme d'un…
— Roxanne.
— Tango endiablé…
— Roxanne.
— Ou d'une valse tranquille. A califourchon sur le torse d'un…
— Roxanne !
Je conclus ma tirade d'un air presque choqué d'avoir été tant interrompu, les jeunes 'aujourd'hui, vraiment aucun respect. J'adresse à Isobel un sourire victorieux, la faire sortir de ses gonds est toujours un de mes hobbies préférés malgré les années qui passent.
Les bonheurs simples sont résolument les meilleurs.
— Il faudra quand même qu'on résolve ce petit problème affectif, je lui murmure à l'oreille, trépignant de plaisir à l'idée de devoir me pencher pour lui parler.
Elle devient cramoisie, me foudroyant d'un regard noir a-do-ra-ble. Dans sa robe blanche, constitué de tellement de bandelettes que je ne peux en compter – cela fait une bonne heure que je m'y essaye pourtant – elle est la parfaite imitation d'une momie ayant pris un peu trop le soleil.
Enfin, je peux bien me moquer, sa robe sera toujours d'une facture à n'importe lequel de mes biens. Merci à sa mère, qui à défaut d'être une mère présente, sait bien réinvestir l'argent de ses amants et de ses admirateurs, ce qui se révèle être la même chose tout compte fait.
Je lui souffle un baiser imaginaire du bout des doigts et m'apprête à traverser le dortoir avec mes échasses – périlleuse mission – quand la porte s'ouvre à la renverse et manque de me faire basculer, les quatre fers en l'air.
— Weasley, quelqu'un te demande en bas.
Belinda, la nouvelle arrivée, prononce ses mots avec le professionnalisme d'une secrétaire du Ministère de la Magie, et non pas celui d'une adolescente dont le niveau en Histoire de la Magie est Troll.
Désespérant.
J'adore ce petit accent qu'elle fait trainer en prononçant mon nom « Weasley », c'est le même que tous ceux qui m'apostrophent dans les couloirs et qui le font durer pour sentir toutes les voyelles de la célébrité fondre comme du sucre sur leurs langues. « Encore là, Weasley ? » « Tiens bonjour Weasley ! ». Venant de Belinda, cela ne me choque guère, dans son esprit il se pourrait même que ce soit une marque d'affection.
Brave fille. En sortant, je me retiens de lui tapoter la tête et me contente d'un bref « merci », j'ai un problème d'ordre plus important, à savoir : qui peut bien m'attendre en bas ? Pas que je ne sois une habituée des fans hystériques, des obsédées pathétiques et des bains de foule matinaux mais les gens ont tendance à s'approprier mon image, mon temps, de la même façon que mon nom.
Je lisse deux pans de ma robe d'un bleu profond et entame la descente de l'escalier qui sépare les dortoirs de la Salle Commune. Escalier en colimaçon, bien sûr, Rowena ne devait pas avoir l'habitude des talons aiguilles ou alors elle était beaucoup plus agile que moi.
Ce qui n'est pas très difficile.
Des raclements de gorge ponctuent mon effort. J'apprécie la participation de l'inconnu en question mais qu'il ne s'attende pas à ce que je relève la tête pour le contempler. Sauf s'il veut ma mort.
Malheureusement, dans ce cas, c'est plutôt la curiosité qui m'assassine. Et me fait dévaler les marches avant qu'une paire de bras surgit de nulle part ne me plaque contre un ensemble de costumes que je juge de plutôt bon goût.
— Beau costume.
— Merci. Tu n'es pas mal non plus. Excepté les chaussures….
— Quoi ? je m'écrie, en levant la tête.
L'exclamation est tout aussi dû à cet affront criminel à l'égard de mes horribles chaussures – il n'y a, j'insiste, que moi qui peux les immoler de la sorte – qu'à la découverte de la personne à qui appartient cette voix.
— Eddie Lufkin ! Je t'interdis ! Je t'interdis de parler de mes talons sur ce ton !
— Mais, tu ne sais même pas marcher avec !
— Je suis né pour ça !
Reprendre la formulation de Mackenzie qui finalement me parait justifié et raisonnable, m'aide à me calmer. J'en profite pour détailler de plus près – ce qui n'arrive pas tous les jours, pour qui vous me prenez ! – le garçon, le voyou, fautif.
Eddie Lufkin sent l'héritage et la poudre aux amandes. Eddie Lufkin est l'héritage, ce qu'il ne manque jamais de me rappeler en cas de désaccords, vivant, d'Artemisia Lufkin – qui n'a tuée personne, ni manqué d'être tué pour être reconnue. Etonnant, ça existe encore ? Je croyais que c'était une espèce en voie de disparition – première femme Ministre de la Magie.
La poudre aux amandes par contre, je ne sais pas d'où cela vient. De ses cheveux plaqués sur le côté ? Aucune idée.
— Tu vas à la soirée ?
Je hausse un sourcil malgré moi. Etre prise pour une idiote, ne me rend pas des plus sympathiques.
— Pourquoi poses-tu des questions dont tu connais déjà la réponse ?
— J'adore ça. Tu es prête ?
Son petit ton suffisant est forcément héréditaire. Il faut que je dispose, c'est ça ?
— Tu vas me laisser en placer une ou je dois m'en tenir à un interrogatoire ?
— On va être en retard !
J'abats ma main, furieuse sur le revers de son costume avant de héler Isobel – hors de question que je remonte les escaliers – de ma voix la plus aimable.
— Isobel !
Sa petite tête émerge de la pièce, ses grands yeux balayant la salle.
— Tiens ! Bonjour Eddie !
— Salut Isobel ! Ça va ?
Mais allez-y, je vous en prie ! Vous voulez un thé et quelques chocogrenouilles en plus de cela ?
— Isobel, je réitère, pourrais-tu m'apporter les boucles d'oreilles qui sont sur ma table de chevet, s'il te plait ?
Aussi vite qu'elle est apparu, elle disparaît et deux bijoux tombent du ciel. Directement dans la main d'Eddie Le Grand, et avec ça, si elle n'est pas complice.
Le jeune homme me les accroche, soulevant la masse de mes cheveux du plat de la main. Je ne sens rien mais il doit être satisfait de son travail puisque son sourire s'élargit de part en part. Quel mélomane !
Il me tend son bras. Je trouve cela d'un ridicule mais je dépose tout de même le mien. Non, je ne m'y pends pas comme certaine gourgandine ! Jamais !
— Alors, tu ne devais pas y aller avec Agate ?
— A la soirée ?
— Oui.
— Avec Agate ? Agate Magdolina Campanelli ?
Un instant je me demande si nous parlons bien la même langue. Peut-être qu'en latin, mon discours lui fera plus d'effet, mais cela m'obligerait à le faire mousser davantage. Et pourquoi devrait-il réciter l'acte de naissance de la fille en question ?
— Tu connais beaucoup d'Agate ?
— Et bien…
— Laisse tomber, donc, Agate ? je demande, excédé par sa mine de garçon en sucre et innocence confise.
— Ah, Agate ! déclame-t-il dans un soupir exagéré. Non, j'ai changé d'avis, conclut-il, subitement redevenu sérieux.
Agate Magdolina Campanelli – que je surnommai jusqu'à présent la petite européenne – est donc une de ces personnes s'étant purement et simplement trompée d'époque. Bien que nous soyons pour la plupart tous européen, résidant en Angleterre, elle l'était davantage que nous tous réunis. Avant d'atterrir à Poudlard sur ses jambes maigrelettes, à 11 ans, tout juste débarquée, elle avait visité Paris, Berlin. On lui avait promis une place pour l'Académie Royale Féminine de Rome pour la Pratique Magique, on l'avait fait s'imbiber de la culture hongroise de sa mère, lui faisant rêver sans discontinuer de l'Institut Hongrois pour Sorcier et Sorcières, son château tout en dôme de verre et les cours de géopolitiques sorcières.
Tout ça pour Poudlard, le sang enrobant les murs et les fantômes. Dès le début, elle avait fait sensation. Sa carte maitresse : les bals masqués réputées de Serdaigle, ses robes à paniers, à la française, et ses masques de plumes et de pierres précieuses.
La rumeur de l'invitation d'Eddie à l'égard de LA princesse, s'était répandue comme une trainée de poudre de cheminette.
— Elle vient tout de même ?
— Oui bien sûr, me rassure Eddie en glissant ses doigts tout près des miens.
Le rêve éveillé allait commencer, ainsi nous enjambons le pupitre à tête d'aigle et prenons la direction des cachots alias le septième cercle de l'Enfer.
X/
— Prêt pour la débauche ? me glisse mon tout récent cavalier en passant le mur d'entrée.
— Ah, si tu savais…
Et nous entrons dans une nouvelle dimension. La musique, sorcière, tambourine dans mon sang. L'espace, magiquement agrandie, déborde de petit canapés et de tables sur lesquelles reposent diverses bouteilles d'alcools forts. Des recoins obscurs doivent cacher quelque couple mais je ne peux en être sûr puisqu' une fumée grisâtre opacifie la lumière. Je fais quelques pas, tente de repérer des visages familiers mais l'ambiance donne à l'ensemble des allures de foules démoniaques.
Il me semble reconnaître Lily, sa chevelure de feu et sa minuscule robe noire, une coupe d'un liquide étrange à la main. Instinctivement, je cherche James – il est bien connu que sa sœur est une des rares personnes devant laquelle il s'inquiète plus qu'il ne se pavane – et j'espère qu'il est le plus loin possible car, autrement, il va la tuer.
Je progresse dans les profondeurs, un peu comme au fond de l'océan, tout me semble flou. On me fourre un verre dans les mains et je constate qu'Eddie, consciencieux le petit, s'est entremêlé à la seconde.
— Je ne voudrais pas te perdre, dit-il en surprenant mon regard figé
Pas du tout convaincue, je me donne contenance en buvant une gorgée du breuvage, autant que cela serve à quelque chose.
Et le monde explose. Les couleurs, les gens, le son, tout se fragmente. Je me retourne abasourdie vers Eddie. Je ne me rappelais pas que son visage était si lumineux, ses yeux se délitent devant moi, bleu, bleu. Sa bouche brode des mots contre mon oreille mais je ne les comprends pas. Tant pis. Puis soudain, tout reprend sa place, sauf le bruit. Des rires, des rires, des sons sibyllins et encore des rires.
Mon œil tombe sur une fille et je m'élance avant même de le penser. Elle, par contre semble s'y attendre et elle se retourne derechef.
— Alors ? Contente de toi, Weasley ?
Je n'arrive pas à me concentrer sur les paroles qui sortent de ses lèvres, à vrai dire, je n'arrive à me concentrer que sur ses lèvres. Petite et tellement fine, légèrement rose, son visage laiteux et ses yeux inquisiteurs.
Je souris parce que cela me semble une bonne échappatoire face à un tel portrait. Par imitation, elle sourit également. Sourire de vipère, sa bouche de papier glacé. Elle me prend mon verre, et le remplace par un autre.
— Amuse-toi bien, Roxanne.
Et elle fait demi-tour mais tombe nez à nez avec Eddie, Eddie et sa mine de détective princier, son costume à peine chiffonnée.
— Bonsoir à toi aussi, Carter.
— Pour toi ce sera Davies, Eddie Lufkin.
Et elle semble s'amuser follement, la fille ciselée. La fille des cuisines, les cheveux noirs, l'attitude plus-Serpentard-tu-meurs. Elle passe une main sur la joue d'Eddie qui ne sait visiblement pas où donner de la tête et elle s'évapore.
— Qu'est-ce qu'elle te voulait ? me demande-t-il, une fois qu'il a retrouvé ses esprits.
Je m'essaye à prononcer son nom. Carter Davies. Carter Davies. Je m'y perds, je tangue un peu aussi, un nom comme ça, c'est fait pour faire chavirer pas vrai ?
— Elle m'a proposé un verre. Je crois qu'on va devenir bonne copine, dans l'avenir.
Il éclate de rire, un rire que je ne lui connais pas. Franchement, les gens cachent de telles choses à propos d'eux-mêmes, c'est inadmissible ! Un rire comme ça, s'il existe, c'est pour que l'on puisse l'écouter à longueur de journée.
Un peu rocailleux avec des bulles, des étoiles filantes. Je prends une gorgée, le liquide est piquant, brûlant même.
Et alors là, mais là, je bascule au sens littéral du terme – Isobel où que tu sois sors de ce corps – sur ma pauvre victime qui se trouve être Eddie. Eddie dont je défais la cravate, Eddie dont la chemise ressort d'un blanc crû sous l'éclairage des néons.
Eddie qui plaque sa bouche contre la mienne. Ou inversement. Et ce n'est qu'au moment où je sens une main frôler ma chute de rein que je me rends compte que quelque chose ne va pas.
— Quelque chose ne va pas. Ed', Ed' !
L'instant d'après, il a changé de couleur et est définitivement redevenu lucide. Je n'ai, personnellement, jamais vu quelqu'un se remettre sur ses pieds à une vitesse pareille.
— Ah…euh…ouais. Il faudrait que…
Il est légèrement angoissé là, visiblement.
— Tu as déjà embrassé une fille, au moins ? je le questionne, soudain assaillie par l'horreur de la situation, si jamais il me répond par la négative.
Il hoche vigoureusement la tête outrée, me voilà – presque – rassurée.
— Bon, je pense qu'on va arrêter la boisson, toi et moi, il y a quelque chose de pas vraiment net là-dedans.
Il acquiesce et inconsciemment, je cherche sa main. J'ai les sens qui dérivent, un instant, j'ai l'impression de croiser Isobel mais ce n'est pas possible.
Isobel, les jambes nouées autour d'un grand blond à lunettes ? Montant en direction d'un dortoir ? Impossible.
A la place, une main s'agite dans notre direction. Si la plupart des fêtards sont déchaînés sur la piste, je remarque un petit groupe détaché. Lily, Carter Davies, le reste m'est inconnu.
— Vous voulez jouer ?
J'ai des flashs, des absences, et finalement j'essaye vainement de faire le compte des verres que j'ai ingurgités. Je pensais deux mais mon corps me démontre le contraire.
— Ca va Weasley ? Tu profites de ta soirée ? me demande une Serpentard, que je suis presque sûr de ne jamais avoir vu de ma vie, avec un sourire entendu.
— Oui, jouons, si vous voulez jouer.
Nous rejoignons le cercle qui s'agrandit. Lily fume une cigarette qu'elle allume du bout de sa baguette. Je ferme les yeux, vraiment fort, quelque chose remonte en moi et je jure que ce n'est pas de l'alcool. Lily n'a rien à faire ici.
Carter pose sa baguette au centre tandis qu'un jeune homme torse nu, Gryfondor m'indique l'uniforme gisant à ses côtés, l'ensorcèle.
La baguette tourne sans s'arrêter. Je m'attends à ce que quelqu'un nous explique les règles, Carter me regarde – pourquoi, je prends le temps de l'appeler par son prénom – je vais lui ruiner le visage. Et d'un seul coup, je saisis comme si on venait de brandir sous leurs visages, leurs sourires en coin, leurs œillades appliquées.
Je suis l'ingénieuse, la Serdaigle, me laisser battre à leurs petites manigances, c'est tellement indigne de moi. Je peux faire ça, je peux prendre sur moi, esquiver le piège. Je suis là pour ça, pas vrai ?
Poudlard n'est qu'une épreuve de plus, l'illusion qui conduit à la désillusion, l'ile des enfants s'use rapidement. Après, c'est combats de fauves – ou de reptiles – crochets du droit et regard incandescent, autant dans le bon sens que dans le mauvais.
Alors, si Poudlard veut me tester, me mettre à bout, très bien. Mais le problème en l'occurrence, c'est que mon problème oculaire – ma vision périphérique se limitant au visage avec un trop plein de reflets de Carter Davies – ce n'est définitivement, en ce moment du moins, pas le château qui m'héberge, me nourrit et m'éduque.
Côté éducation, ah, si j'avais passé mon tour…
Ah si j'avais passé mon temps, mon tempérament, consciemment évitée la pupille dérangeante de Davies – elle ne mérite que ça, plus de prénoms enrageants – ou la silhouette cosmique d'Isobel.
Ah, on n'échappe à rien. Rien ne m'échappe, non plus, alors je saisis Eddie à la volée, malgré le fait qu'il me fasse plus penser à un oisillon sur le point de s'écraser qu'à un aigle royal sur le départ.
— Finalement, les mauvaises idées ne doivent peut-être rester que ça : des idées.
Et j'ai encore le chic pour les grands départs, bien meilleurs que mes arrivées quoique ma présence nocturne dans les cuisines marque un tournant dans mon histoire, mon historique rhétorique.
Ce qui est cependant davantage pratique que théorique c'est ma fuite, ma fuite, le haussement de sourcils intelligent de mon cavalier d'enfer – en Enfer, alors tout est relatif – et le sourire de Davies qui sans bouger d'un millimètre se pare de dents, de crochets, de venin et de mille autres horreurs qui sont sans surprise.
Créatures de rêves, c'est une plaisanterie, c'est Serpentard, j'espère ? Chimère de cauchemars, terrifiante ennemie. Ce n'est pas mon ennemie, qu'est-ce que je dis ? J'ai l'impression que nous courrons et qu'elle nous poursuit, course-poursuite dans les, tellement profonds, bas-fonds, mais ce n'est pas le cas. Elle continue d'étirer ses lèvres, et c'est un rêve pathétique que l'on devrait épargner à chacun.
Les vœux, même se voir ouvrir les portes de l'antre de Salazar Serpentard by night qui en était un de toute beauté, sont laids. Comme des paillettes, des strass, ces trucs volatiles, inutiles qui s'éparpillent partout et par terre en plus.
Donc, nous, nous marchons lentement. Aller vite, c'est toujours être coupable de quelque chose. Les voleurs courent, je n'ai rien volé, on m'a dérobé mon temps, mon sang – dilué à quelques poisons – et ma raison – tomber dans le trou est déjà sidérant de bétise, encore heureux que je veuille en sortir – ainsi qu'Isobel.
Mais pour fuir bien, si jamais vous prévoyez de changer de continent par exemple, ne prenez pas le temps de voir votre tante sénile, votre série de plantes en pots ni même les commerçants que vous fréquentiez. Ou alors, si. Si bien sûr vous voulez que l'assassin qui vous traque, vous tue, ce qui peut être une fuite métaphorique, je vous savais intelligent.
Moi, ne sachant pas si Isobel tient plus de ma tante – j'en ai déjà beaucoup trop, par alliance, et aucune n'est sénile – que de ma plante verte. Dans le doute, abstenez-vous, je m'abstiens. Je la retrouve toujours et, si cette soirée mirage doit changer quelque chose à nos vies, ce n'est pas ça.
Je n'emploie même pas le futur, j'ai la certitude, ce n'est pas ça. Isobel, c'est le toujours, la gamine qui a 11 ans est tellement plus pâle et grande que moi. Avec le temps, elle n'a étonnamment pas changé de couleur, bien que j'aurais adoré le bleu pour aller avec son uniforme ou le rose fuchsia, mais elle s'est arrêté de grandir. Ses cheveux ont continué de pousser, ses paupières de s'allonger.
Grossièrement, vulgairement, Isobel enterre l'éternité. Quand elle mourra, si elle meurt, je serais choqué. Un peu morbide, la Roxanne ? Jamais. Les fantômes, ce sont nos oncles nos frères, nos ancêtres, nos amis. Nous nous égarons là ! On parlait d'Isobel et du fantôme qu'elle ne deviendra jamais, je peux la laisser, l'abandonner, l'égarer plutôt comme une enfant perdue dans la foule, elle est toujours là.
Elle ne me hante pas elle, du reste. Isobel, je la rêve, elle apparaît. Tous devraient prendre exemple sur elle, à commencer par mon père, mon frère, et cette Davies qui deviendra un sacré esprit frappeur. Voilà qu'elle commence déjà à me déchiqueter, de près comme de loin. Ambitieuse, sans surprise, elle prend de l'avance sur sa carrière de spectres anonymes. Oh, pas qu'elle le restera, anonyme, ambitieuse oui. Il y a des échelons même dans la mort, grande perte pour l'Humanité avec un H comme dans Harry Potter, ou dommage collatéral.
Minuscule, en dernière ligne, cela va de soi.
Minuscule Davies qui s'approche à pas minuscules. Non, sérieusement, elle prend son temps. Tant mieux pour elle, tant mieux pour moi. L'air frais m'avait manqué, c'est la paralysie du sommeil sortir de ce caveau. Si une furieuse fille ne me poursuivait pas, je resterais là, à respirer, sans pouvoir cligner des yeux ou bouger les doigts, ne serait-ce que le plus petit. Cherchant à distinguer le réel du rêve, et ce dernier de son frère ainé – moins beau garçon que le mien – le cauchemar. L'ironie, c'est qu'il y a une fille furie qui marche.
Fuir de sa propre tête est décidément aussi difficile que fuir l'orgie, le monstre, que vous avez engendré. Vilaine Roxanne ! Heureusement, je ne dépose pas le brevet de toutes mes idées, beaucoup trop dangereux dirait mon père – et côtés invention ratés, et les réussies, il est le professionnel. Le marchand de joie en fioles. Je suis jalouse, nous, gamins, on ne marchait qu'aux cachets – c'est un mal pour un bien.
Donc, sortir est semblable à se réveiller, la lumière du soleil dans les yeux encore vibrants de fatigue, le souffle léger d'une nuit ailleurs, hors du monde, le réel en tout cas. J'apprécie la sensation, plus que je n'ai aimé m'y rendre finalement.
— Weasley !
Et voilà, voilà qu'on m'appelle encore Weasley. Même sortie du néant, de l'enfer, de la dépravation, c'est un repère qu'on ne perd pas.
Je ne me retourne pas, elle n'aura qu'à parler à ma nuque, mon dos, tout ce qui ne veut pas voir sa figure conquérante, pleine d'aiguilles et de verres. C'est ce que je fais mais, peut-être, que ce n'est pas une si bonne idée que de tourner le dos à une personne qui peut vous poignarder rien qu'avec les angles de son visage. Anguleux, pas angélique, le visage.
— Weasley ! Tu t'en vas déjà ? Où est passé ton sens de l'humour, fillette ?
Mon sens de l'humour s'en est allé, main dans la main, avec ma bonne humeur, tyran !
— Oui, je ne crois définitivement pas que l'enfer Serpentardesque soit pavé de bonnes intentions.
— Parce que c'est cela que tu cherchais ? Il fallait aller chercher du côté des Poufsouffles !
— Ecoute Davies…
— Carter.
— Peu importe. Nos relations plus que pacifistes vont s'arrêter dès maintenant. Je vais retourner dans ma tour et tu vas rejoindre ta petite sauterie.
— Quel rabat-joie !
Par Merlin ! Je vais l'étrangler ! Elle me drogue, elle me persécute et elle tente par tous les moyens de faire de ma soirée, un enfer, mais c'est moi la rabat-joie ! Cherchez l'erreur, je vous prie.
— Je te pardonne Weasley, reprend –elle, mais ne t'inquiètes pas, je vais en découvrir plus sur toi.
Là, elle vire carrément à la démence. Non, mais elle s'écoute ! Franchement ces gosses de riches – Mangemorts, pour la plupart. Pas que je sois raciste mais c'est ma partie du syndrome des gentils héros – toujours à ramener l'attention sur eux.
— Non, ce n'est pas la peine, je t'assure. Contentes-toi de lire les journaux. Ou encore mieux, tiens ! Adresses-toi à Rita Skeeter , elle est à la recherche de futurs journalistes incompétents et pas vraiment stable mentalement.
— Arrête ton baratin Weasley. Ça ne t'intéresse pas de connaître mes secrets ? Mes rêves ? Qui je suis ?
— Non.
Si j'avais su qu'une simple négation de ma part, l'aurait arrêté, je m'y serais employé plus tôt. On dirait qu'elle s'est brûlé. Son sourire confiant se déforme en une vilaine moue – la capricieuse parce que papa-maman – et elle me foudroie du regard. Elle ressemble à Mcgonagall quand je n'arrive pas à transformer un hérisson en pierre ponce. Et donc, Davies, ne semble vraiment pas satisfaite de moi.
— Bonne nuit Davies, ne fait pas trop de cauchemars.
— Tu ne sais pas de quoi je rêve, Weasley.
— Hmmm…les devinettes, j'ai beau être à Serdaigle, c'est pas vraiment mon péché mignon. Puis avec ton attitude de tordue, je suis sûr que tes rêves ne le sont pas moins.
Je suis déjà loin et pourtant, elle se contente de me fixer au loin, je le sais parce que je le sens, son regard qui m'étudie au loin, avec cette obsession malsaine qui la caractérise. Définitivement pas une des meilleures rencontres que j'ai pu faire.
Me cachant derrière un pilier – sans Isobel pour gémir en arrière-plan, il m'arrive d'être plus discrète – je la vois recaler une courte mèche de ses plumes de corbeaux qui lui servent de cheveux avant de retourner à l'intérieur.
Le portrait l'avale. J'aimerais bien qu'il la dévore mais à tous les coups, elle est empoisonnée. Sur les gens comme elle, il y a toujours des bouts à recracher.
Indigeste, je parie que ces rêves sont indigestes. Le genre de nuit qui te retourne l'estomac, où tu te réveilles les paupières encore closes, partagée entre la peur de ce que tu pourrais découvrir en les ouvrant et l'effroi qui te rongent à l'idée de te rendormir pour prendre le prochain train vers l'Enfer.
Qu'est-ce qu'elle croit ? Je fais les mêmes.
Voilà ! Alors, cette soirée ? J'ai eu de gros doutes au moment de l'écrire, était-ce trop grotesque, pas assez, juste comme il faut ? J'aime beaucoup le personnage d'Eddie, introduit dans ce chapitre, mais rassurez-vous nous reverrons rapidement Isobel.
Encore une fois, n'hésitez pas à laisser un commentaire, c'est la plus gentille des attentions.
Bonne soirée, prenez soin de vous.
Lges
