LE SPECTRE ROUGE.
Partie 1 : Le blond, le brun et les truands.
Chapitre 4 : Serpentard dans l'âme.
Ca y est, c'est définitif cette fois-ci… Mes parents m'ont empêchée d'envoyer mon dossier d'inscription à la fac et mes fiancialles avec Lucius Malefoy auront lieu dans moins d'une semaine. Je ne peux même pas mettre de mots sur ce que je ressens en ce moment... En fait, je ne ressens rien. C'est une sorte de vide, comme si le temps n'avait plus d'importance maintenant que les dés sont jetés. Je me sens désorientée… Je ne mange plus, j'ai des insomnies…
Ma sœur Bellatrix passe son temps à me reprocher ma veulerie et je crois que c'est à elle qu'on aurait dû marier l'héritier des Malefoy. Elle ne parle que de la grandeur de leur emblème et des ambitions de la noble famille. A dire vrai, elle a toujours été la plus téméraire de nous deux, la plus combative. Bella est une femme d'action et je pense qu'elle nous cache des choses… Bien, soyons francs, je la soupçonne très fortement d'appartenir à la Guilde, elle aussi. Elle doit certainement côtoyer mon futur époux depuis un certain temps. D'ailleurs, si j'avais mis un peu plus de cœur dans tous ces préparatifs de fiancialles, j'aurais même pu éprouver un peu de jalousie envers elle. Cette façon dont elle parle de lui… Mais après tout, je m'en fous. Lucius Malefoy peut bien coucher avec qui il veut ! Grand bien lui fasse ! J'évite simplement de penser qu'il ne le fera bientôt plus qu'avec moi…
Heureusement, Mélanie s'est portée volontaire pour me suivre dans mes nouveaux appartements en tant que domestique quand le temps sera venu pour moi d'emmenager chez les Malefoy. Ca me fait mal au cœur de quitter mon Angleterre natale mais, après tout, l'Ecosse a ses charmes également… On raconte de plus que la propriété des Malefoy est immense et qu'ils ont des jardins à la française des plus ravissants. Je pourrais peut-être exercer mes talents en Botanique finalement, même si je ne m'attendais pas vraiment à ça.
Enfin bon, au point où j'en suis, je prends ce qu'on me donne. J'espère qu'Esther et moi continuerons à nous voir régulièrement. Ca me fait plaisir de voir qu'elle a l'air heureuse avec son mari et son fils Lawrence. J'ai tendance à ne plus croire à grand chose de romantique ces derniers-temps.
A part ça, le monde va toujours aussi mal. La Gazette a titré le meurtre d'une nouvelle famille de moldus ce matin. Je me demande ce qui pourrait bien arriver de pire maintenant que nous sommes tous tombés aussi bas…
Manoir Malefoy, automne/hiver 1986.
Le manoir s'éveillait progressivement comme si rien n'avait changé. Le son du réveil tonitruant d'Isaac lui fit faire un bond involontaire dans son lit et il s'empressa d'étouffer l'objet de malheur avec un coup d'oreiller bien senti. La brocante de l'Allée des embrumes où il travaillait était fermée pour deux semaines car l'épouse du patron allait avoir son deuxième enfant, et les Malefoy avaient donc accueilli l'apprenti pour le dépanner (et surtout pour occuper leur unique fils Draco.) Etait-il seulement possible de faire une crise d'adolescence à tout juste six ans ? Le gosse était constamment d'une humeur épouvantable et Isaac devait user de tout son sang froid pour ne pas lui coller une raclée durant les heures qu'ils passaient ensemble.
Il comprenait bien le sentiment de solitude qui devait écraser le blondinet, lui-même ayant perdu sa mère très tôt car celle-ci était morte en couche sans donner vie à sa petite sœur. Suite à ce drame, son père s'était souvent absenté de la maison. Néanmoins Shawn senior agissait pour la bonne cause puisqu'il était officier dans la Guilde des Mangemorts et cela, Isaac le savait ; seulement parfois, l'isolement et le chagrin le tenaillaient trop fort. Il aurait touché le fond si il n'avait pas eu ses amis. Peut-être qu'il devrait essayer d'être moins dur avec le gamin aujourd'hui. Il n'était pas bouché, il savait bien que l'agressivité ne servait de miroir qu'à une détresse profonde. Il se promit de faire un effort…
C'était difficile pour lui de ne pas pouvoir venir en aide à son père. Il n'avait de nouvelles que par l'intermédiaire de Lucius Malefoy, et le sorcier n'était pas vraiment du genre prolixe. Il aurait tout donné pour que le Seigneur des Ténèbres ressuscite et redresse son armée avec lui. Il aurait tellement voulu se battre aux côtés de son père et de tous les autres… Ce Potter était une véritable plaie pour la communauté. Si Dumbledore n'avait pas érigé tant de protections autour de son petit héros, il y aurait long feu que le balafré serait six pieds sous terre ! Dès qu'il pensait à tout cela, il se mettait à trembler de rage et, du coup, il se coupa en se rasant. La peau irritée lui arracha un énième grognement : il n'était pas matinal quand il n'avait pas pris son café.
En tous cas, il était toujours mieux logé ici que dans le trois pièces miteux qu'il partageait avec une vieille à Pré-au-Lard. Honnêtement, par rapport au confort fourni dans l'appart kitschissime, on pouvait dire sans exagérer que le prix du loyer était exorbitant. Avec pour seul revenu son job Aux Serres d'Acier, il aurait eu du mal à assumer toutes les charges et à tenir jusqu'à la fin du moins sans jeûner. Ces deux semaines de leçons privées tombaient donc à pic, les Malefoy le payaient au moins deux fois mieux que son patron.
Emilie serait contrariée de ne pas le voir pendant tout ce temps, mais il était de son côté bien soulagé de prendre un peu l'air. Elle devenait beaucoup trop envahissante et ses projets de couple ne lui disaient rien qui vaille. A ce train-là, s'il ne faisait rien, il allait se retrouver marié avec en prime un gosse et un chien sur les bras en moins d'un an. Emilie devait comprendre qu'il avait besoin de liberté. A 19 ans, il avait envie de faire de nouvelles expériences, de connaître quelque chose de plus… exotique. Il avait bien envie de voir ce qu'une femme mûre pouvait lui apprendre dans ce domaine, et il avait bien envie que cette femme soit Narcissa Malefoy. Il allait falloir mettre ces 15 jours à profit…
Il termina de nouer correctement sa cravate et jeta un œil critique à son reflet dans la glace.
« Souris un peu et ce sera parfait, lui lança son double d'un air railleur. »
Isaac se rembrunit et descendit prendre son petit déjeuner. Mrs Malefoy était assise seule à la petite table ronde du salon bleu qu'ils avaient l'habitude d'utiliser pour prendre une pause à 10 h 30. Ses cheveux étaient encore humides et se déroulaient en cascade sur ses fines épaules blanches enveloppées dans un peignoir immaculé à l'aspect moelleux. Le sorcier déglutit et carra les épaules en venant prendre place en face d'elle. Il allait tenter le tout pour le tout.
« Bonjour Narcissa, dit-il avec un sourire chaleureux. »
La femme blonde hocha la tête avec formalisme et répondit un simple 'Mr Shawn', pour le moins dissuasif. Isaac se mordit la lèvre et sourit en coin. Ce ne serait pas facile, la lady semblait vouloir faire durer les préliminaires. Il se servit une grande tasse de café noir et commença à beurrer ses toasts doucement, observant du coin de l'œil Mrs Malefoy qui semblait plutôt nerveuse. Elle renversa même malencontreusement un verre de lait. Il prit son temps et s'appliqua de sorte que, lorsqu'il releva les yeux, il surprit la sorcière en train de le dévisager, ce qui eut pour conséquence de la faire rougir délicatement. Elle était tellement agréable à séduire, elle se comportait comme une pucelle de 15 ans.
« Je crois que je ne vais pas faire travailler Draco, aujourd'hui… entama-t-il en feignant la désinvolture. »
« Pourquoi cela ? s'étonna-t-elle en fronçant les sourcils et en songeant qu'il allait probablement lui demander d'augmenter ses honoraires. »
« Eh bien, je crois que Draco a besoin de s'amuser un peu. Je l'emmenerais bien sortir avec moi, histoire qu'il prenne l'air… voir ailleurs s'il ne trouverait pas plus de… plaisir. »
Il poussa un cri de guerre intérieur et contint le rire joyeux qui menaçait de s'imprimer sur tout son visage. Narcissa n'avait pas loupé l'allusion, et sa tête en cet instant n'avait pas de prix. Il se demandait ce qu'elle allait lui répondre… Si elle voulait lui faire croire qu'elle n'avait pas saisi le double sens, elle allait être obligée de lui répondre que c'était une excellente idée et donc elle accepterait ses avances. Il attendit patiemment qu'elle reprenne contenance et ne put réprimer un sourire lorsqu'elle se racla la gorge pour gagner du temps. C'était mignon à voir.
« Je crois… Je crois que ça ferait énormément plaisir à Draco, reprit-elle d'une voix éteinte. »
Isaac plongea son regard dans le sien et mit en œuvre toute la séduction dont il était capable. Elle avait su ruser ! Cette femme devenait de plus en plus intéressante.
« Il ne faudrait pas que mon fils prenne du retard dans ses leçons, cependant… rappela-t-elle à Isaac pour le remettre à sa place et au rôle qu'il tenait dans cette maison. »
« Si je peux parler franchement, Narcissa, cet enfant me surprend tous les jours par sa vivacité et son esprit. Je ne sais pas s'il a déjà passé des tests psychologiques, mais je suis certain que Draco est surdoué. »
Mrs Malefoy inclina la tête et dissimula maladroitement la fierté que ce compliment lui inspirait. Son fils était étonnement intelligent, elle l'avait toujours su… Il avait aussi un excellent précepteur.
« Eh bien où comptez-vous l'emmener ? questionna-t-elle en se servant une tasse de thé avec une assurance extraordinaire. »
Elle avait le sentiment que c'était elle qui maîtrisait le jeu cette fois-ci. Isaac sentit une intense chaleur se propager de son aine jusqu'à son ventre et il tentait tant bien que mal de dissimuler son état d'excitation offensant. Il ne devait pas perdre de vue qu'il avait devant lui la personne qui lui signait ses chèques.
« Il y a un match de Quidditch cet après-midi entre Aberdeen et Glasgow. Je sais que Draco adore ça et qu'il n'y ait jamais allé. Je peux facilement me procurer des billets, j'ai des relations avec certains membres du staff. »
« C'est un bien beau cadeau, intervint-elle avec réticence. »
D'ordinaire, elle était la première à tenir à couvrir son fils unique de cadeaux, mais ces derniers temps elle devait avouer que le comportement de Draco ne méritait pas qu'on le félicite. Il ne fallait pas encourager son mauvais caractère.
« Mais j'ai râté son anniversaire… argumenta poliment Isaac. Et cet enfant a vraiment besoin de se changer les idées. Il n'a que le nom des Nott à la bouche, et je trouve qu'il s'intéresse de bien trop près à des affaires qui ne sont pas de son âge. »
« Bien… alors allez-y, concéda-t-elle entre deux gorgées de thé à la bergamote et en évitant soigneusement de croiser son regard. »
Elle n'aimait pas lui céder le terrain comme ça.
« Viens avec nous… »
La phrase à peine pronconcée à haute et intelligible voix se suspendit dans l'air et coupa le souffle à la mère de Draco. Elle tolérait encore qu'il la tutoie et elle ne se fâchait pas devant ses manières de don juan, mais là Shawn poussait le bouchon trop loin. Vraiment trop loin. C'était… déroutant.
Sa cuillère glissa de ses doigts aux ongles parfaitement manucurés et retentit avec fracas contre la soucoupe de sa tasse de thé. Elle ne chercha même pas à peser ses mots ou à réfléchir à ce qu'il serait convenable de répondre à de tels propos. Shawn ne respectait pas les règles de bienséance ? Parfait ! Dans ce cas, elle ne s'y soumettrait pas, elle non plus.
« Je ne suis pas une grande amatrice de Quidditch, trancha-t-elle sèchement. »
Isaac ne se laissa pas impressionner et, au contraire, son sourire s'accrut d'autant plus devant l'indignation de son employeuse. Il s'adossa nonchalamment contre le dossier de sa chaise et répondit simplement :
« Emilie parle comme vous, mais elle avoue cependant qu'elle passe du bon temps à regarder les joueurs… »
« Et qui est cette Emilie, je vous prie ? reprit-elle d'un ton détaché. »
« Ma… sœur, rougit-il en fronçant les sourcils. »
Il était bête au point de se trahir tout seul, c'était navrant.
« Bien sûr, votre sœur… répéta Narcissa d'une voix polaire. »
Isaac se mordit la langue. Il aurait mieux fait de se la fermer. Au vu de l'expression de la sorcière, il pariait qu'elle avait deviné la supercherie de son statut de célibataire. Elle était peut-être même au courant pour la mort de sa mère et de l'enfant qu'elle portait. Merde, mais quel con !
Mrs Malefoy se leva prestemment de table et prit la direction de la porte sans plus lui accorder un regard, froide et hautaine comme une digne représentante de sa noble famille. Il se précipita à sa suite et la retint par le bras devant la porte close, c'était du gâchis de laisser tomber maintenant.
« Acceptez… implora-t-il, son visage effleurant le sien. »
« Vous allez me dire que c'est ce que Draco voudrait ? rétorqua-t-elle sur un ton méprisant. »
Elle ne recula pas et lui permit malgré tout de déceler l'odeur de vanille de ses cheveux.
« Non, c'est ce que moi, je voudrais… répondit-il en l'attirant doucement à lui. J'ai envie de toi… »
Il lui murmura cette dernière phrase à l'oreille et Narcissa se sentit tressaillir au contact de l'érection de l'adolescent sur sa cuisse. Elle ne se déroba pas à son étreinte lorqu'il se pencha sur ses lèvres et le laissa goûter doucement à leur arôme de pêche.
« A 13 h 30… murmura-t-il. »
Et ce fut lui qui s'en fut le premier, abandonnant ainsi Narcissa à ses doutes et à son désir. Elle ne devait pas accepter ça. C'était mal. C'était dangereux. Et c'était tellement incroyable, aussi…
En remontant l'escalier vers les étages supérieurs, Isaac Shawn se sentit incroyablement détendu et étourdi par une fièvre qui lui brûlait le corps et lui faisait vriller la tête. Il avait encore une petite demie heure devant lui avant d'entamer son travail et il comptait bien l'utiliser dans sa salle d'eau privée. Narcissa était une femme incroyable, plus elle était indifférente avec lui et plus elle l'allumait.
Il avait vraiment besoin de se branler.
« Draco, il faudrait que tu ailles en bas prendre ton petit déjeuner maintenant. »
Mélanie rangeait calmement des vêtements propres dans sa penderie tandis que le petit garçon feuilletait avec désintérêt un roman illustré que sa nourrice leur avait lu autrefois, à Théo et lui.
« Draco… reprit-elle en lui jetant un coup d'œil réprobateur par dessus son épaule. »
« Très bien, j'y vais… soupira-t-il en sortant de la chambre. »
Il parcourut le couloir d'un pas lent et lourd de frustration puis s'arrêta face à une porte entrouverte, intrigué. S'il ne se trompait pas, il s'agissait de la chambre d'Isaac. Est-ce qu'il était possible qu'il soit encore dans sa suite ? Logiquement, le sorcier aurait déjà dû être debout depuis longtemps et Draco avait même remarqué qu'il faisait des efforts pour se lever tôt afin de partager ses petits déjeuners avec sa mère. Draco aurait pu s'y rendre, lui aussi, juste histoire de surveiller l'adolescent du coin de l'œil, mais en même temps toute cette comédie le lassait déjà. De plus, avec le retour de Lucius Malefoy à la maison, il devait éviter de se faire remarquer et de bouder trop explicitement. Des gifles, il en avait reçues pas mal ces derniers temps.
Il jeta furtivement un œil dans l'entrebaîllement de la porte et ne vit qu'une pièce vide. C'était peut-être l'occasion… Il n'y avait personne dans le couloir, il pouvait rentrer sans être aperçu. L'adrénaline lui empourpra légèrement le visage et fit trembler ses petites mains quand il pénétra sans bruit dans l'appartement en repoussant le battant derrière lui.
La pièce était sombre car le sorcier n'avait pas encore tiré ses rideaux, et il régnait partout un joyeux bordel avec des vêtements en tas et des objets personnels éparpillés sur le bureau. Le lit était défait et, d'une manière générale, la chambre empestait légèrement la transpiration. C'était très raffiné, vraiment, mais cela ne l'étonnait pas outre mesure. Il s'était attendu à quelque chose dans ce goût-là, et une part de lui aurait même été plutôt déçue si Isaac s'était révélé propre sur lui et ordonné. Draco le voyait comme un jeune sorcier audacieux et rebelle et il l'enviait beaucoup.
En continuant son tour d'inspection, il tomba sur une dague qui lui rappelait vaguement quelque chose. C'était en effet une réplique de la célèbre arme blanche de Grindelwald, la lame de Grayswandir, mais celle-ci était d'assez mauvaise qualité. Rien à voir avec l'originale que Draco avait vue dans un des grimoires de la bibliothèque. Il se demandait si Isaac avait eu cette breloque à la brocante. A côté de la dague il trouva néanmoins quelque chose qui l'intéressa beaucoup plus et qui fit scintilller ses yeux avec des étincelles d'envie…
Une baguette magique. Une vraie ! C'était la baguette d'Isaac !
Il se demandait ce que ça ferait s'il la touchait… La prudence fut de toute façon bien vite gagnée par l'excitation et il la prit dans sa main droite en l'agitant un peu. Contraitrement à ce qu'il aurait espéré, il ne se produisit pas la moindre petite étincelle, mais il put sentir les vibrations du bois à l'essence magique contre sa paume, et cette sensation était déjà grisante. Plus que cinq ans à attendre, après tout… Ha ! Il éclata d'un rire jaune et reposa l'objet sur le bureau.
Il embrassa la pièce d'un dernier regard avant de faire lentement marche arrière et de sursauter au bruit de quelque chose qui tomba par terre dans la salle de bains attenante. Cela résonna comme un flacon de parfum ou encore un objet fragile qui se brise. Draco sentit son pouls s'accélérer et le sang quitter son visage. Il n'avait même pas pensé à vérifier s'il y avait quelqu'un dans la salle d'eau ! Mais quel étourdi il faisait ! Il n'osa plus bouger de peur de faire du bruit et tendit l'oreille en tentant d'écarter le carillon retentissant de son propre sang qui lui battait les tempes comme un marteau. C'était silencieux, alors il s'approcha. Il avait toujours été beaucoup trop curieux pour son propre bien mais c'était plus fort que lui. Il chercha une interstice entre la porte et les murs pour essayer de voir quelque chose mais c'était impossible, et il y avait une clé dans la serrure. Un instant l'idée de trouver le moyen d'empêcher Isaac de sortir lui traversa l'esprit et le fit sourire bêtement, mais le verrou était situé à l'intérieur alors c'était peine perdue. Il opta donc pour coller son oreille contre le panneau de bois laqué et fronça les sourcils.
Il se demandait ce qu'Isaac pouvait bien être en train de faire parce qu'il soupirait d'une façon très suspicieuse… C'était étrange, et cela le fit froncer les sourcils… au moins jusqu'au moment où il décela le prénom de sa mère dans l'élocution saccadée de son professeur… Il recula en trébuchant, un étrange sentiment lui broyant le thorax. Sa mère ne pouvait quand même pas être dans la salle de bains de Shawn ? C'était impossible ! Elle ne ferait jamais ça ! Une vague de colère et de dégoût le balaya sans ménagement et le laissa pantois en plein milieu de cette chambre qui n'était pas la sienne. Shawn, tu vas le regretter… pensa-t-il sous le coup de l'émotion.
« On ne va pas faire beaucoup d'exercices aujourd'hui… lança Isaac en lui souriant d'un air complice. En réalité, j'ai une suprise pour toi, mec. »
Draco lui lança un regard noir et releva le menton. Il avait eu assez de suprises pour la journée, pour être tout à fait franc.
« Ah ouais ? rétorqua-il avec méchanceté. »
Isaac le contempla d'un air exaspéré et le garçon le vit inspirer une grande brassée d'air pour rester calme. Parfait, s'il le faisait chier, c'était plutôt une bonne nouvelle.
« Draco, je crois qu'il va vraiment falloir que tu arrêtes d'agresser tout le monde comme ça… lança-t-il sur un ton autoritaire. Je suis pas ta mère mais j'essaie quand même de te faire plaisir, alors tu pourrais la fermer pour une fois, même si tu fais semblant ! Okay ? »
Il ne répondit rien et hocha la tête non sans rouler des yeux.
Soit.
« En réalité on va commencer un problème d'Arithmancie que j'ai trouvé pour toi hier, et on le terminera ce soir. Je dois m'absenter dans une heure pour aller chercher des billets… »
« Des billets pour quoi ? questionna Malefoy malgré lui, piqué au vif comme toujours. »
« Pour un match de Quidditch, Glasgow vs. Aberdeen ! Qu'est-ce que tu dis de ça ? s'exclama l'autre en souriant. »
Draco en resta bouche bée. C'était pas juste, il avait envie de détester ce type ! Pourquoi devait-il lui proposer ça maintenant ? Isaac dut lire la stupéfaction sur le visage du blondinet et lui donna une tape affectueuse sur le crâne.
« Ta mère va même venir avec nous. Le match est à 13 h 45 et elle n'avait rien de prévu cet après-midi. C'est chouette, nan ? »
« … Ouais, répondit-il en accusant encore le choc de la nouvelle. »
Sa mère tenait à les accompagner ? Comme c'était étrange ! Il avait dans l'idée que ce n'était pas spécialement pour lui faire plaisir… Il soupira.
« On commence ? s'enquit-il en sortant ses affaires. »
Lorsque Shawn sortit du bureau aux alentours de 10 h du matin, il jeta un dernier coup d'œil vers son élève qui était penché sur son travail et qui ne se retourna même pas vers lui. Le gosse avait promis qu'il allait bosser pendant son absence et il n'avait plus qu'à lui faire confiance, même s'il avait des doutes. Il se dirigea avec satisfaction vers sa chambre où il prit son manteau et quelques affaires avant d'actionner sa cheminée et de disparaître pour le stade de Quidditch d'Aberdeen.
Aussitôt après que la porte se fut refermée derrière lui, Draco se leva prestemment de table et ramassa soigneusement ses affaires tout en tendant l'oreille. Il avait prévu de faire quelques petites recherches à la bibliothèque, tant qu'il en avait encore l'occasion, pendant qu'Isaac s'absentait pour obtenir des billets pour le match. Si Draco parvenait à comprendre ce qu'il se passait, il pourrait peut-être monter un plan pour faire chanter Shawn. Il était confiant en ses capacités, il allait trouver comment tirer profit de la situation. Le tout était de ne pas se faire surprendre avec des ouvrages que l'on considérerait inappropriés pour son jeune âge…
« Draco ? s'étonna une voix féminine en le voyant sortir de la bibliothèque de ses parents. Qu'est-ce que tu fabriques ? Mrs Malefoy t'attend pour le déjeuner, vous ne pouvez pas partir trop tard si vous voulez être à l'heure pour le match… »
« Mélanie ! sursauta-t-il en raffermissant sa prise sur ses affaires de cours qui manquèrent glisser au sol. Bien sûr, j'arrive… J'étais… Je finissais mes devoirs. J'avais besoin d'un manuel… »
La vieille servante le lorgna avec septicisme mais ne posa pas de question. C'était peut-être pour ça que le petit garçon l'aimait tant. Elle savait se taire et le soutenait quoiqu'il fasse. C'était une alliée de premier choix dans cette maison.
Il lui fit un grand sourire un peu crispé et força l'allure jusqu'à être arrivé au bout du couloir.
Il se débarrassa de ses cahiers dans sa chambre, se lava docilement les mains, puis descendit au salon pour aller déjeuner avec sa mère. Lorsqu'il prit place en face d'elle, la sorcière releva enfin les yeux et sembla presque surprise de retrouver son fils à l'autre bout de la table. Peut-être qu'elle attendait quelqu'un d'autre… ne pouvait s'empêcher de songer Draco. Il congédia d'une voix sèche l'elfe qui lui servit une assiette de salade de saison et observa sa mère tout en se restaurant. Elle avait l'air absent, presque étourdie ou distraite… Mais il nota tout de même qu'elle portait une de ses plus onéreuses parures de bijoux et qu'elle était sur son 31. Il commençait à se demander si c'était lui qui devenait parano ou si il se passait vraiment des choses pas nettes dans cette baraque. En tous cas, lorsque Isaac réapparut dans le manoir avec un air joyeux et trois billets VIP dans la main, l'atmosphère ne put que s'alléger, même pour Draco.
Ils repartirent tous ensemble à 13 h 30 pour avoir le temps de s'installer dans les gradins et Draco, qui n'avait pas encore mis le nez dehors de la journée, fut ébloui par les rayons d'un soleil éclatant. Le garçon parvenait finalement à profiter pleinement de cette sortie et n'en finissait pas de sourire jusqu'aux oreilles et d'acclamer les joueurs en même temps que les supporters déchaînés du public. Ce fut bien entendu tout aussi innocemment qu'il prit place entre sa mère et Isaac, s'attirant ainsi le regard suspicieux de l'adolescent auquel il répondit par un 'Merci beaucoup de nous avoir emmenés ma mère et moi, Isaac'… Il n'avait pas fini de lui prouver qu'il n'était pas aussi naïf qu'il en avait l'air.
A sa grande surprise, sa mère se mit à raconter qu'elle avait été une grande supportrice de l'équipe de Quidditch de Serpentard à Poudlard. Elle leur parla de la faiblesse de leurs ailiers mais du grand talent de leurs deux batteurs et des différents scores qu'ils avaient obtenus aussi loin qu'elle pouvait s'en souvenir. C'était tellement simple… et cela pouvait paraître ennuyeux… mais Narcissa Malefoy ne parlait jamais d'elle ou bien de son adolescence et Draco était tout bonnement ému de la voir sourire avec nostalgie en ressassant ses vieux souvenirs d'une époque insouciante, où les seuls problèmes graves étaient de savoir si elle plaisait au capitaine de l'équipe de Quidditch ou qui irait au bal d'Halloween avec elle. Isaac lui aussi avait l'air de boire ses paroles avec autant de délice que s'il s'était agi d'ambroisie…
Le match en lui-même fut plus qu'un divertissement… ce fut un véritable spectacle ! Draco n'avait jamais assisté à quelque chose d'aussi extraordinaire. Désormais, il savait qu'il voulait voler quand il serait plus vieux. Les joueurs se déplaçaient tellement vite ! C'était incroyable ! Et dangereux aussi… Une collision entre les batteurs des deux équipes avait nécessité l'intervention de l'équipe des Médicomages de terrain, et certains joueurs avaient même perdu plusieurs dents (mais ça repousse vite avec une potion efficace.) Le petit garçon en était resté ébahi et, comme toujours, il trouvait ça cool (à prononcer avec des accents traînants, sinon ça rend moins bien.) Isaac lui lançait de temps en temps des petits sourires en coin et semblait s'amuser du ravissement excessif de son voisin. Cependant, quand l'équipe d'Aberdeen qu'ils soutenaient tous les trois se rapprocha de la victoire avec une série de penalties tirés par leur capitaine, il entra en transe à son tour et se joignit au petit garçon dans ses exclamations enthousiastes… 'Allez Aberdeen !'
Narcissa avait l'air aussi heureuse que son fils et ils hurlèrent de joie tous les trois en même temps quand l'attrapeur d'Aberdeen, Mac Moran, attrapa le vif d'or et mit fin au match par 186 à 45.
« Ouais !!! ABERDEEN ! s'écrièrent Draco et Isaac à l'unisson tandis qu'une holà délirante déferlait sur les gradins sans se soucier de la déception des adeptes de la team de Glasgow. »
Narcissa chercha dans sa mémoire un moment aussi inoubliable qu'elle aurait pu passer en compagnie de son mari et de son fils réunis, mais elle n'en trouva aucun. C'était pourtant un instant purement magique, même pour elle qui se servait d'une baguette depuis tant d'années. Cela n'avait rien à voir. C'était une magie ambiante, insaisissable… mais très agréable. Alors, quand elle entrevit le sourire épanoui de Mr Shawn surplombant celui de son fils, elle le lui rendit sans aucun scrupule…
« Alors dis-moi, c'est bien pour m'empêcher de penser qu'on a lâchement abandonné les Nott dans le pétrin que vous m'avez emmené à ce match ? »
Isaac parut décontenancé et quitta la contemplation de la fenêtre pour se tourner vers lui. Draco avait laissé tomber son stylo et s'était redressé dans sa chaise en le fixant de ses yeux gris acier. Il affichait un aplomb incroyable et ressemblait ainsi fortement à son père.
« Tu sais que tu es trop intelligent pour ton âge ? Et je ne suis pas sûr que ce soit un cadeau… répondit le sorcier plus âgé d'une voix tranquille, le visage fermé. »
« Je le sais parfaitement, rétorqua le blond. Et je sais aussi ce que tu es en train d'essayer de faire avec ma mère. »
Le calme du petit garçon le déstabilisa et il sentit toute couleur quitter son visage sans qu'il puisse se contrôler.
« Et qu'est-ce que j'essaie de faire, selon toi ? s'enquit-il ironiquement. »
« Je dois peut-être te faire un dessin ? se moqua le garçon. »
« Tu me fais marcher Malefoy… ricana-t-il. Tu ne sais même pas de quoi tu parles. »
« Tu crois ça ? Alors je vais être direct avec toi, Shawn, garde tes mains et ce qui te sert de queue loin de ma mère ou tu comprendras ta douleur. »
« Non mais… J'hallucine ! Sale petit morveux insolent ! s'écria l'adolescent en n'en croyant pas ses oreilles. »
« Et toi sale petit vicelard détraqué ! Si tu comptes jouer à ce jeu là, ça peut durer longtemps… Maintenant écoute-moi bien, si tu tournes encore autour de ma mère comme ça, j'irai avertir père de ton petit manège et tu te prendras un procès au cul ! Et si c'est pas suffisant, je leur dirai que tu as abusé de moi et on te fera coffrer à Azkaban pour attouchement sexuel sur mineur ! Ha ha ha ! »
Draco se mit à éclater de rire et Isaac resta sonné par son discours avant d'hésiter à se détendre, puis lâcha un petit rire nerveux à son tour. Le gosse bluffait… Enfin, c'est ce qu'il espérait.
« Tu as des raisons de rire ? le coupa Draco d'un air atrabilaire. »
Le sourire de Shawn s'évanouit immédiatement et il commença à paniquer.
« Soyons clairs, qu'est-ce que tu veux ? poursuivit l'enfant imperturbablement. »
« Je… heu… bégaya Isaac en ayant la très nette impression d'être en plein délire de science-fiction. »
« Tu comptes simplement faire l'amour et te tirer, c'est ça ? »
Shawn baissa les yeux devant le sorcier trois fois plus jeune que lui, et rougit désagréablement.
« Je vais te dire une chose, tu me prends peut-être pour un imbécile, mais ce n'est pas le cas. Je sais très bien que mes parents ne s'aiment pas. Ils font chambre à part, ce qui est en soi une preuve assez évidente. Si tu veux juste coucher avec ma mère, je ne dirai rien. Je ne vois pas en quoi ça me regarde. Mais si tu lui fais croire que tu as des sentiments pour elle afin de la séduire et que tu la fais souffrir, je te tomberai dessus. C'est pigé ? »
Shawn hocha la tête avec effarement, incapable de dire quoi que ce soit.
« Bien, alors… deal, lança le blondinet en lui tendant la main. »
« … Deal, accepta le brun à contre-cœur. »
Quelques instants plus tard :
« Tu sais que… Putain, Malefoy, tu fais vraiment froid dans le dos parfois ! »
Le visage angélique de Draco se fendit d'un large sourire malin.
« Panique pas Shawn… En fait, j'avais répété tout ce que je viens de te dire. Et j'avais anticipé toutes tes réactions… Tu es assez prévisible finalement, je m'en suis plutôt bien sorti. »
« Tu avais répété ? articula Isaac d'un air abasourdi. »
« Oui… Je suis fier de moi, répondit vaguement le môme sans cesser de sourire aux anges. »
« Eh ben… Waouh, tu peux ! renchérit l'autre qui n'en revenait pas. »
Il garda encore le silence pendant une minute puis se frotta les yeux avec les poings et secoua la tête comme pour retrouver ses esprits.
« Bon… On va peut-être reprendre ce qu'on était en train de faire ? demanda-t-il ensuite en venant se rasseoir face à Malefoy. »
« Aux dernières nouvelles, tu ne faisais rien et je travaillais. Et non, on ne va pas reprendre ce qu'on était en train de faire… rétorqua le jeune sorcier sérieusement. »
« Qu'est-ce qu'il y a ? commença à s'inquiéter Isaac. »
« J'ai assez progressé pour qu'on passe à des choses plus sérieuses… Je veux qu'on étudie la magie. »
« Quoi ? s'exclama le brun d'un ton interloqué. »
« Est-ce que c'est une manie chez toi, d'obliger les autres à répéter tout le temps ? »
Shawn se renfrogna et vit que l'expression du gosse avait perdu la moindre trace d'humour.
« Je n'en ai pas le droit, c'est trop tôt, et ce n'est pas pour ça que tes parents me payent, répliqua-t-il vertement. Et tu le sais parfaitement ! »
« Et toi tu sais parfaitement que tu n'es pas en mesure de me refuser quelque chose, plus maintenant… »
« C'est du chantage ? »
« C'est toi qui le dit… Je parlerai plutôt de collaboration. Mais oui, en effet… c'est du chantage. »
Isaac le dévisagea et finit par sourire d'un drôle de rictus qui ne ressemblait pas à de l'affection mais peut-être plutôt à du respect.
« Tu feras un sacré Serpentard… lui dit-il en observant sa réaction. »
« Tu en doutais ? se renfrogna Draco, un peu vexé. »
« J'en savais rien… »
« Maintenant tu le sais, trancha le garçon. Montons à la bibliothèque. »
Et c'est ainsi que débutèrent leurs leçons clandestines de magie. Bien sûr Draco ne pouvait pas faire grand chose sans baguette magique mais Isaac lui apprenait des sorts en lui faisant des démonstrations, et le jeune Malefoy retenait les formules et les postures à adopter pour chacun d'eux ; ce qui l'aiderait déjà à avoir un peu d'avance sur les autres à Poudlard. Ils voyaient ensemble les parades et les contresorts associés à chaque incantation et cela permit à Isaac de faire des cours d'Histoire de la magie à Draco en reprenant le contexte de création des maléfices. Le blondinet était réellement motivé et ils avançaient aussi bien que pendant leurs heures de lecture et d'Arithmancie. Ce qui intéressa le plus le gamin devint très vite les Potions car il pouvait assister lui-même son aîné sans avoir recours à une baguette magique. Et il se débrouillait très bien. Son aspiration à l'excellence le rendait très minutieux, et tous les ingrédients qu'il préparait étaient précieusement manipulés. Isaac et lui commençaient à s'entendre vraiment bien, même malgré le contexte. Ils étaient capables d'effectuer du bon travail tous les deux.
Ca ne remplaçait assurément pas son amitié avec Théodore Nott mais c'était déjà pas mal. Il avait bien pensé à demander à Isaac de faire parvenir du courrier à Théo pour lui mais il sentait que son chantage avait des limites et qu'il ne fallait pas jouer avec le feu. De plus, si Lucius parvenait tout de même à intercepter le courrier, il faudrait alors mettre à la lumière du jour leurs petits secrets, ce qui ne résulterait sur rien de bon. Cela signifiait par la même occasion que Draco n'aurait plus de cours privés de magie et ça, il n'était pas près à le sacrifier, pas même pour Théo. C'est en suivant ce raisonnement que l'héritier des Malefoy se tourna tout logiquement vers la seule personne qui était toujours prête à l'aider, Mélanie. Elle se fâcha contre lui quand il lui demanda de désobéir aux ordres du maître de maison afin de faire passer du courrier clandestin à son meilleur ami. Elle lui rappela qu'elle risquait sa place au manoir et qu'elle n'avait nulle part où aller si elle était renvoyée. Elle avait toujours vécu avec Mrs Narcissa Malefoy et elle tendait même à la considérer comme sa propre fille. Ce qu'il lui demandait était impossible.
« Ce que tu me demandes est impossible ! soupira la vieille femme avec un air affecté par la détresse du garçon. »
« Mais… »
« N'insiste pas, Draco ! Cette fois-ci il faut que tu obéisses à ton père ! Je ne serai pas toujours là pour lui forcer la main pour toi ! »
Draco lui tourna le dos et se laissa tomber lourdement sur le bord de son lit, la tête au creux des bras. Mélanie sourit tristement et vint le rejoindre en tentant de le prendre dans ses bras. La tâche n'était pas évidente, cependant. Quand Draco boudait, il n'aimait pas être dérangé.
« J'oublie parfois à quel point tu es petit… lui dit-elle affectueusement. »
« Je ne suis pas petit ! s'énerva-t-il en essayant de la repousser. »
« Bien sûr… répondit-elle d'un ton qui laissait envisager tout le contraire. Et tu grandis très vite. Tu verras, tu seras bientôt à Poudlard et tu te feras plein de petits copains… »
Le jeune garçon resta un instant silencieux puis protesta avec virulence.
« Je m'en fous des autres ! Ils sont tous nuls ! C'est Théo mon copain ! »
« Il sera là-bas aussi… le calma Mélanie en lui caressant les cheveux. »
« Qu'est-ce qui te fait penser qu'il va pas aller chez les moldus, comme son frère ! »
« Enfin Draco, c'est très rare de naître moldu dans une famille de sorciers… Ce pauvre Lawrence n'a pas eu de chance, voilà tout… »
« De toute façon, tout ça c'est des mensonges ! cria-t-il. J'ai entendu ce que mon père vous a dit à toi et à maman ! Il va m'empêcher de parler à Théo même quand je serai à Poudlard ! »
« Tu écoutes aux portes ? s'offusqua la vieille femme avec une pointe d'amusement. »
« Je suis chez moi ! rétorqua son petit bout de chou avec arrogance. »
« Qu'est-ce que tu as entendu ? demanda-t-elle calmement. »
« Rien, juste ça. Tu sais tout toi, dis-moi… »
« Ce sont des affaires de grandes personnes. Je ne suis pas sûre que ce soit bon pour toi d'être au courant de ça… »
« Mais c'est ma vie ! C'est moi qui décide ce qui est bon pour moi ! »
« Très bien, ne te fâche pas… Mais il faudra que tu continues à agir comme si tu n'étais pas au courant... »
« Je ne suis pas un idiot ! soupira-t-il. Comment mon père va me surveiller ? »
« Bien… Tu te souviens de Grégory Goyle et de Vincent Crabbe ? Ils étaient tous les deux à ta fête d'anniversaire au moins de juin. »
« Je me souviens… Qu'est-ce qu'ils ont à voir là-dedans ? »
« Eh bien ton père est ami avec leurs pères… Et Mr Crabbe et Goyle vont donc demander à leurs fils de leur rapporter tout ce que tu feras quand tu seras à Poudlard avec eux. Mr Lucius Malefoy avait toujours voulu que tu te lies d'amitié avec ces deux garçons de toute façon… »
« Tu veux dire que ces deux clowns vont m'espionner ? s'étrangla-t-il. »
Mélanie acquiesça et le serra plus fort dans ses bras.
C'était le comble du désespoir. Il avait voulu connaître l'information et il avait protesté qu'il était assez mûr pour l'entendre, mais le blondinet eut beaucoup de mal à dissimuler son chagrin à Mélanie. Même en combattant les larmes, elle le regardait avec de sages yeux de vieille femme compréhensive. Peut-être qu'elle le connaissait trop bien.
« Ne pense plus à tout ça… lui conseilla-t-elle gentiment. Tu as sûrement d'autres amis… Ceux qui font du solfège avec toi, par exemple… non ? »
« Le SOLFEGE ?! Merlin Mélanie ! Si tu veux que je me détende c'est pas le solfège qui va me consoler ! »
Elle acquiesça pensivement en pouffant de rire et lui embrassa le crâne tendrement.
Draco était un sacré petit bonhomme…
