J'espère que vous apprécierais, n'hésitez pas à laisser une petite review, siouplait~ :3
A LA CROISÉE DES CHEMINS - Chapitre 4
Depuis le tout début des Jeux, la petite Effie Trinket suivait avec assiduité les évènements retransmis à la télévision. Elle était assez fière car Haymitch Abernathy avait survécu jusqu'à présent. Oh, elle ne narguait pas son grand frère, dont le tribut favori était tombé : d'une part, c'était très irrespectueux pour ledit tribut et même si indirectement c'était le cas en voulant qu'Haymitch gagne, elle ne souhaitait pas qu'il meurt… Et puis narguer son frère ainé de façon puérile, ce n'était pas le comportement d'une « dame », comme aurait dit Héméra Trinket.
On ne pouvait pas dire que le parcours du jeune homme du district Douze était passionnant : à part des écureuils mutants, il n'avait affronté personne. Néanmoins, il avait passé avec brio l'épreuve du bain de sang à la Corne, et rien que pour ça, Léonidas avait dû reconnaître qu'il s'était peut-être trompé sur son compte. Et venant de quelqu'un d'aussi buté – c'était de famille –, cela voulait dire beaucoup.
Etant donné que Haymitch avait assez de provisions – si on excluait l'eau –, il n'avait pas véritablement eu besoin de chercher pour le moment et n'avait donc eu aucune raison de se faire piéger. En effet, toute l'arène était magnifique et cette magnificence constituait le piège puisque tout était venimeux, à l'exception des provisions du Capitole, des cadeaux envoyés par les sponsors ou de l'eau de pluie. Et il n'avait pas franchement beaucoup plu en quatre jours. De ce fait, pas mal de ceux qui n'étaient pas morts dans le bain de sang ou dans l'éruption volcanique s'étaient tout simplement empoisonnés en voulant manger ou boire. Cyniquement, on pouvait dire que cela avait donné moins de travail aux carrières.
Effie avait eu envie de l'aider. Elle avait même vidé sa tirelire et supplier ses parents de le sponsoriser. Ils ne lui avaient pas ri au nez, indulgents qu'ils étaient – contrairement à Léonidas qui avait explosé de rire –, mais lui avaient gentiment expliqué que malgré ses intentions louables, avec ses économies, vu le montant des cadeaux, elle ne pourrait sans doute même pas pas lui offrir ne serait-ce qu'une noisette. Et puis de toute façon, il n'y avait que les citoyens les plus fortunés du Capitole qui pouvaient sponsoriser les tributs. Or, bien que les Trinket fussent bien plus fortunés que les habitants des districts même plus riches, ils faisaient partie de la classe « moyenne » du Capitole, si toutefois on pouvait en trouver une, bien entendu.
C'était pour dire l'opulence qui régnait dans la capitale de Panem.
Aujourd'hui était un jour sans école et Léonidas avait invité son meilleur ami à la maison afin qu'ils regardent les Jeux tous ensemble.
Puisqu'ils étaient amis d'enfance, Effie avait toujours considéré Seneca Crane comme un deuxième grand frère, peut-être un peu moins pénible que Léonidas, puisqu'elle le supportait moins souvent. Et puis lui, au moins, il l'écoutait lorsqu'elle émettait une opinion à propos des Jeux. De plus, le brun avait plus ou moins toujours baigné là-dedans puisque son père était l'un des Juges.
Les trois enfants, de huit à onze ans étaient installés devant la télévision. La coulée de lave de la veille avait particulièrement été meurtrière et il y avait des chances pour que les évènements s'enchainent plus vite, maintenant qu'il n'y avait plus que treize tributs confinés dans la forêt.
Et pour cause. A l'écran, on pouvait voir trois des carrières restants battre la forêt, sans doute à la recherche des autres, afin d'en finir le plus vite possible. La fille blonde du district Douze n'était pas loin, mais l'autre tribut du Douze l'était encore moins. Haymitch. Il avait repris sa marche au petit matin, mais le labyrinthe d'arbres et de végétation dense lui avait fait dévier de sa trajectoire. Seneca avait affirmé avec un air un peu supérieur que c'était une action des Juges pour obtenir un combat. Effie s'était contentée de rester silencieuse, ne pouvant pas détourner son regard de la télévision.
Les caméras filmaient d'un côté les carrières, de l'autre, Haymitch, qui semblait avoir entendu des bruits suspects.
Ses muscles étaient tendus comme un arc, tous ses sens étaient en éveil. Les carrières, à trois, avaient bien plus de chances de s'en sortir. Mais lui, seul… Il devait être attentif à chaque craquement, à chaque coin de forêt que ses yeux pouvaient atteindre.
L'impact se fit quelques minutes plus tard.
Les trois carrières se précipitèrent sur lui. Peut-être étaient-ils mieux entrainés, mais deux d'entre eux étaient blessés : certaines parties de leur corps étaient brûlées, sans doute par l'éruption. Il fallait dire que la troupe des tributs des districts Un, Deux et Quatre se trouvaient à proximité de la montagne lorsque celle-ci s'est révélée être un terrible volcan mortel.
En tous cas, Haymitch était rapide comme l'éclair : il tua le premier tribut de carrière, un garçon du district Un, sans grande difficulté. Cela n'était pas forcément le plus chétif, mais il avait connu des temps bien meilleurs et était déjà salement amoché.
Il lutta néanmoins d'avantage avec les deux autres. Si l'on oubliait le contexte des Jeux, les corps déjà couverts de piqûres et de cicatrices en ce cinquième jour, cela ressemblait presque à un ballet, une véritable danse tant le combat était rythmé.
L'un des deux garçons restants fini par tomber, égorgé, non sans avoir réussi à laisser une entaille dans l'épaule du jeune homme de la Veine.
Mais le dernier semblait furieux et encore plein d'entrain, si bien qu'il réussit à désarmer Haymitch et à le plaquer au sol sans ménagement. Effie reconnu un garçon du Deux, mieux nourri et plus musclé que son favoris. Haymitch était doué au corps à corps, mais l'autre était plus fort, et la distance entre le couteau du carrière et sa gorge s'amenuisait de plus en plus.
Haymitch se dit que c'était la fin. Qu'il ne rentrerait pas à la maison. Qu'il ne reverrait plus sa mère, la personne qu'il respectait peut-être le plus au monde. Que son petit frère risquait encore de se faire tirer aux sorts les années suivantes. Mais ses dernières pensées furent pour elle. June, sa petite amie.
Peu de temps avant la moisson, ils avaient fait ce qu'ils s'étaient promis de garder pour après leur mariage. Ce n'était ni elle, ni lui qui l'avait décidé, en fait, les baisers étaient devenus plus passionnés, plus tristes, aussi. Et ils avaient fait l'amour presque naturellement. Cela avait été maladroit et empressé, mais à la fois tendre et passionné. Comme s'ils savaient que ce serait la première et la dernière fois.
Et ce serait sans doute le cas, puisque la lame n'était plus qu'à quelques millimètres. Haymitch avait fermé les yeux, s'attendant à une douleur intense ou à une mort subite. Il voulait juste se souvenir de ses lèvres sur les siennes, du baiser humide qu'ils avaient échangé à l'hôtel de justice, le dernier, alors qu'elle pleurait.
Mais… Tout ce qui arriva fut un cri. Le jeune homme qui le surplombait l'instant auparavant était tombé sur lui, mort.
Haymitch repris rapidement ses esprits, assez rapidement pour remarquer une sorte de dard planté dans le dos du garçon du Deux. Et puis il la vit. Maysilee Donner et sa sarbacane. Elle venait de lui sauver la vie.
La jeune fille blonde s'approcha de lui, à la fois incertaine et déterminée. Après tout, même si elle semblait ne pas en avoir l'intention, elle pouvait toujours le tuer si elle le voulait. Même si bien entendu, elle risquait de ne vraiment pas être bien accueillie chez eux si elle l'emportait.
« On s'en sortira mieux à deux, non ? »
Haymitch se releva, ignorant le sang qui coulait de ses quelques blessures à vif. Il la regarda quelques instants, avant de lui répondre finalement.
« On dirait bien que tu viens de le prouver »
Il marqua une pause, avant de lui tendre la main.
« Alliés ? »
Un léger sourire éclaira le visage de Maysilee alors qu'elle saisit la main tendue.
« Alliés. »
Au Capitole, dans la demeure des Trinket, c'était l'euphorie pour la plus jeune. Héméra venait à peine de rentrer de son shopping hebdomadaire qu'elle s'était faite sauté dessus par sa fille.
« Il est vivant, Maman ! Il s'en est sorti ! Il est toujours vivant et peut encore gagner ! »
Léonidas et Seneca étaient toujours sur le canapé, en train d'essayer de comprendre ce qu'il venait de se produire. N'était-ce pas la toute première fois que des tributs du district Douze allaient aussi loin dans les Jeux ?
Ce qu'ils arrivaient à comprendre, en revanche, c'était la joie triomphale d'une petite fille qui avait un poster grandeur nature de l'Edition de l'Expiation représentant son tribut favori accroché dans sa chambre, juste au-dessus de son lit.
En même temps, les parents avaient bien dû céder après moult supplications de leur benjamine, déjà très déterminée à l'époque…
« Soit c'est le poster, soit je vais moi-même au centre d'entrainement pour le sponsoriser ! », avait clamé cette fillette de huit ans.
Cette année-là, les gains sur les produits dérivés servaient de participation – aussi infime soit elle – aux cadeaux qui pourraient être envoyés au tribut concerné.
