Me revoilà, pile à l'heure pour le chapitre 4 ! C'est un de mes préférés, car il s'y passe des choses qu'on attendait depuis un moment XD C'est aussi le dernier écris par la deuxième bougresse Mais je n'en dirais pas plus ! Après celui-ci vous n'aurez plus qu' faire avec mon esprit et mon imagination dérangée :p Mais je n'en dirais pas plus et je vous laisse à votre lecture avant de vous retrouver dans deux semaines !
Chap 4
Four People on a Road
La nuit commençait doucement à tomber sous les pas incessants des deux jeunes femmes, seules sur cette route qui ne laissait plus place à l'espoir de retrouver une civilisation humaine. Réellement humaine, bien entendu, les rôdeurs, eux, poursuivaient leur but de se nourrir de chair fraîche et ne manquaient pas de croiser leur route toutes les vingt minutes environs, probablement les restes éparpillés de la horde.
Leurs grognements étouffés se finissaient en se noyant dans leur sang suite aux nombreux coups violents de hache et machette encastrées dans les crânes des derniers rôdeurs.
Seuls des soupirs suivaient ces gestes acharnés; Elles devenaient blasées de ne pas pouvoir marcher, rien qu'une seule heure, sans essayer de survivre, mais elles se tenaient à leur décision.
Partir restait la meilleure décision, après tout ce qu'elles avaient déjà vécu, ni l'une ni l'autre ne voulait se soumettre aux jugements et conseils des autres, parce que personne n'avait jamais le même point de vue et ce, dans tous les groupes dans lesquels elles s'étaient intégrées.
En plus, l'immunité d'Anna rendait les choses toujours plus compliquées et la plus jeune ne pouvait empêcher la culpabilité de l'envahir. Si seulement Daryl n'avait rien remarqué, si pour une fois... elle avait pu penser d'abord à leurs intérêts communs à elle et sa sœur, avant les siens.
Mais au fond, parfois, Anna avait aussi envie que ça se sache, malgré les perpétuelles mises en garde de sa soeur. Cela serait un poids en moins sur ses épaules, de partager un fardeau si longtemps porté seule ou presque.
Angie ne comprenait pas toujours et considérait cette immunité comme une malédiction qu'il fallait à tout prix cacher. Anna, elle, aurait aimé que ce soit davantage perçu comme un don, qu'elle puisse s'en servir pour le monde et pour protéger les autres, y donner un sens qui ne soit pas vain, après tout ce qu'elles avaient enduré.
Parfois, en marchant, elle tournait discrètement le regard vers son aînée. Son regard restait hagard, perdu.
Tout ça pour une partie de jambes en l'air. La plus jeune se sentait mal. Si personne n'avait su, sa sœur serait probablement encore en train de regarder Rick discrètement, les yeux brillants de tendresse. Maintenant, elle n'y voyait que des larmes prêtes à couler à tout moment.
Il lui semblait, il y a encore quelques temps, que sa sœur était la plus dure et surtout la plus forte d'elles deux, gardant sa sensibilité cachée aux yeux des autres afin de se protéger, en permanence. Elle l'avait vue baisser sa garde pour la première fois depuis longtemps, et au vu de leur situation actuelle, cela ne l'anéantissait qu'un peu plus.
Angie stoppa soudainement, attirant l'attention d'Anna. Devant elles se trouvait un ancien commerce qui semblait être une épicerie drive-in. La petite structure ne devait pas dépasser la vingtaine de mètres carrés, cela paraissait parfait pour quelques heures de repos.
Elles échangèrent un regard et marchèrent ensemble jusqu'à la porte vitrée qui faisait office d'entrée principale.
Elles pénétrèrent à l'intérieur, aucun rôdeur n'ayant donné suite à leur coup contre le verre. L'odeur restait difficilement respirable, certaines personnes déjà passées par-là avaient dû s'en servir également comme endroit pour leurs petits besoin personnels.
Avec une mine de dégoût, elles vérifièrent chaque recoin de la pièce afin d'être tranquilles. Elles poussèrent ensuite le présentoir central contre la porte vitrée, sécurisant celle-ci du mieux possible.
Un petit moment passa avant qu'elles ne s'installent derrière le comptoir de la caisse, toutes les deux assises sur un tas de serviettes qu'elles trouvèrent dans leurs fouilles. Angie ouvrit une boîte de conserve, des tomates pelées d'une étrange couleur marron, ce qui ne la ragoutait pas réellement.
Elle ferma les yeux un instant. Elle retenait les larmes de couler, Anna le savait. La cadette reposa sa main sur celle d'Angie, elle essayait de lui montrer qu'au moins, elles n'étaient pas seules. Celle-ci caressa doucement le bandage de sa sœur avant de lui déposer un baiser, reportant son regard vers elle.
- Je t'aime, soupira la plus vieille. Je suis désolée de n'pas avoir été là quand…
- Je suis contente que tu n'aies pas été là, la coupa Anna en souriant sincèrement. Je sais que tu aurais fait cette chose stupide que de prendre cette morsure à ma place.
- Je dois te protéger ! protesta Angie en secouant la tête, ne voulant pas entendre les mots de sa sœur.
- On ne sait pas si tu es immunisée et je savais que j'allais survivre, que je te reverrai. Je te reverrai toujours, qu'importe s'ils me bouffent à petit feu ! Anna essayait de plaisanter malgré la situation. Je n'veux jamais savoir si toi aussi, tu reviendrais. Je t'aime et… Elle étouffa un petit rire. Cette immunité, c'est ma seule façon à moi de te protéger un minimum aussi.
Les deux sœurs tombèrent naturellement dans les bras l'une de l'autre, s'étreignant fort l'une contre l'autre. Anna nicha son visage dans le cou de sa soeur, respirant l'odeur rassurante de celle qui représentait toute sa famille maintenant.
Toutes les deux chérissaient cet instant de tendresse entre elles, les tensions de ces derniers jours n'existaient plus.
En se séparant, la plus jeune ne put s'empêcher de passer sa main saine sous ses yeux, les larmes coulant malgré tout.
- Je suis tellement désolée, chuchotait-elle en évitant le regard d'Angie.
- Ne sois pas bête…
- Tu le sais autant que moi ! rétorqua Anna en se prenant la tête entre les mains. Je n'aurais jamais dû aller jusque-là… J'avais quoi dans l'crâne putain, quelle conne !
Un petit rire la sortit de ses pensées coupables, voyant le regard amusé de sa sœur malgré son visage si triste.
- J'pense qu'à ce moment-là, t'avais plus grand chose dans l'crâne mais tout entre les jambes…
Son rire ne faisait que s'accroître sous les yeux ronds de la cadette. Bien vite, elle rigolait à gorge déployée, sa sœur lui donnant des petits coups contre l'épaule, mais son rire devenait contagieux et bientôt, la pièce entière résonnait de fous rires.
Elles finirent par se calmer, évitant de se regarder dans les yeux, sinon cela repartait de plus belle. Malgré tout ce qu'elles tentaient pour rester silencieuses, l'une ou l'autre rajoutait toujours la phrase de trop.
- Bah… C'était super bien en plus, réaffirma la plus jeune sous les yeux moqueurs de sa grande sœur qui se retenait réellement de repartir dans le fou rire.
- J't'en prie… Ma petite sœur est toujours vierge dans ma tête, dit-elle en posant ses mains contre ses oreilles, refusant d'en entendre davantage.
Anna levait les yeux au ciel.
- C'est ça, pouffa la cadette en s'allongeant doucement, son corps toujours endolori. Elle tenta de fermer les yeux, les paroles de sa sœur la tenant éveillée.
- Est-ce que tu regrettes ? chuchota Angie qui contemplait le visage pâle de sa sœur.
- Oui, répondit directement Anna, sans hésiter. Parce qu'il a tout découvert à cause de ma faiblesse à m'être laissée aller.
Elle rouvrit les yeux et tomba instantanément dans les yeux de sa sœur.
- Et non… Parce que j'n'avais pas ressenti autant de liberté et de tendresse depuis longtemps.
- Est-ce que tu l'aimes ? questionna l'aînée, pas réellement sûre des sentiments de sa jeune sœur.
Anna affichait un petit sourire en coin et repensait à l'instant où son corps s'était projeté sur ce rôdeur, l'empêchant de mordre Daryl. Pourtant, la réponse ne lui semblait pas simple à elle non plus.
- Est-ce que je suis prête à prendre le risque de ne peut-être pas me réveiller en me faisant mordre à sa place ? Oui, déclara la jeune femme en levant légèrement sa main bandée. J'pense qu'il va me manquer, soupira-t-elle une énième fois. Mais… Je crois que je n'ai pas envie de l'aimer. Daryl c'est… un ours, conclut-elle en levant les yeux au ciel sous le petit sourire de sa sœur.
Angie n'en demanda pas plus, remarquant bien la gêne que cela occasionnait chez la plus jeune.
- C'est pas tellement dur par rapport à toi, ajouta Anna en remarquant déjà les sourcils froncés de son aînée.
- Moi ?
- Tu vois ce que je veux dire…
- Non.
La plus vieille paraissait bloquée, comme incapable de répondre à sa sœur. Pourtant, Anna n'était pas dupe et réalisait bien l'énorme sacrifice d'Angie car partir ne la sauvait pas elle, mais bien Anna. Elle savait que sa sœur ne pourrait plus sourire discrètement devant le visage de Rick tous les matins, ni même s'attarder à grignoter quelques trucs en sa compagnie. Elle ne verrait plus Angie le regard brillant et fixé sur l'ancien shérif lorsqu'il restait concentré sur une tâche, l'observant en douce. Elle ne ferait que développer des sentiments inutiles et perdus, un manque inconsolable. Tout ça à cause d'une petite cicatrice.
Cependant, Anna se releva légèrement, décidant de ne pas en rester là et voulant entendre les véritables pensées de sa sœur, elle qui demeurait toujours si secrète.
- Tu l'aimes. Profondément.
Anna ne posait pas la question, mais affirmait bien ses dires.
Angie soupira.
- Ça change quelque chose maintenant ? demanda l'aînée, haussant les épaules de désarroi.
- Pas vraiment… Je sais juste que tu l'aimes, répéta-t-elle une seconde fois. Que tu vas avoir du mal à vivre sans lui maintenant, et qu'il te manque déjà.
- Mmh, pouffa sa sœur en secouant sa main, feignant de ne pas vouloir entendre.
Pourtant, ces mots touchaient la jeune femme qui ne pouvait s'empêcher de penser que sa sœur disait la simple vérité.
Le petit corps d'Anna vint se coller au sien, son visage posé sur son épaule et ses longs cheveux bruns retombant le long de leurs bras. Elle sentait le corps froid de celle-ci, se resserrant un peu plus encore. Dans sa tête, des souvenirs de leur enfance lui revenaient doucement. Lorsqu'Anna courait jusqu'à son lit en prétendant avoir fait un cauchemar… Angie avait toujours su que l'excuse était fausse, mais n'en disait rien, appréciant ce rôle de grande sœur plus que tout. Ces tas de fois où elles préféraient s'engueuler que de faire des compromis, toutes les deux aussi têtues l'une que l'autre. Et le nombre d'heures qu'elles avaient passé, éveillées en pleine nuit, à se raconter tout et n'importe quoi, leur nounou de l'époque criant contre la porte qu'elle dirait tout à leur mère.
Un petit sourire prit place sur le visage d'Angie, qui réalisait à quel point sa sœur pouvait la connaître. Elle abdiqua finalement.
- C'est vrai, reconnaissait-elle. Rick me manque déjà.
- Et tu l'aimes, insista la plus jeune.
- Il me manque déjà, Anna.
Ces mots étaient lourds de sens, Anna le sentait et décida de s'arrêter là. Elle comprenait. Angie remerciait le ciel d'avoir encore sa sœur, la seule qui savait se taire avant de faire couler les larmes qui débordaient déjà presque de ses yeux.
Elles décidèrent finalement de s'allonger, blotties l'une contre l'autre.
Cependant, Angie n'arrivait pas à trouver le sommeil, son cerveau ne faisant que la tourmenter de mauvais souvenirs. Elle avait l'impression d'entendre des grognements un peu partout, ses yeux ne pouvant rester fermés. Elle attentit de percevoir le souffle lent et régulier de sa sœur pour se relever et jeter un coup d'œil à travers la vitre qu'elles avaient recouvert de tant bien que mal de papier journal afin de rester invisible des éventuels rôdeurs au-dehors.
Dehors, malgré l'obscurité, elle remarquait que tout restait calme. L'idée qu'Anna et elle étaient définitivement seules lui traversait l'esprit et lui retournait l'estomac. Bien sûr, elles pouvaient toujours compter sur la présence de quelques rôdeurs pour animer les rues, pensait Angie, elle qui distinguait quelques silhouettes lentes, errer plus loin.
Un petit ronflement de la part d'Anna attira son attention et lorsqu'elle tourna à nouveau la tête vers la vitre, un mouvement de recul manqua de la faire tomber sous la vision d'un macchabée qui rôdait tout près de leur cachette. Il semblait perdu, comme reniflant un peu partout afin de dénicher son dîner.
Elle continuait à le contempler en train de tourner en rond, avant que celui-ci ne s'effondre subitement sous les yeux choqués de la jeune femme. Elle porta instinctivement sa main à sa bouche en entendant quelques bruits de voix étouffées, venant de l'extérieur.
Bien évidemment, elles ne pouvaient plus espérer rester tranquilles. Angie le savait et décida de prendre les devants, se précipitant pour aller réveiller sa sœur. Elles n'attendraient pas de se faire piéger avant de réagir, elles ne trouveraient plus de gens saints d'esprit à présent.
Maggie retrouva Glenn, seul dans une petite pièce, qui faisait office de salle de repos. Son corps, allongé et endormi, invita la jeune femme à venir se coller à lui et de profiter d'un moment de tendresse, rien qu'entre eux. Juste en face dans le couloir, les cris de Judith résonnaient encore.
Tyreese essayait pourtant de la calmer, la berçant depuis plus d'une bonne heure maintenant. Elle changeait de bras toutes les dix minutes, mais rien n'y faisait. A croire que la petite fille ressentait l'absence de son père et la mauvaise humeur constante de son grand frère, qui préférait rester seul dans son coin et contrarier le plus possible leur paternel.
Le docteur et apparemment dernier propriétaire des lieux, Aaron, leur proposa rapidement d'installer leurs affaires et de se poser au premier étage de l'hôpital, dans la partie Est du bâtiment et pourquoi pas, d'y demeurer quelques jours, le temps qu'ils se remettent tous sur pieds.
Rick, tout comme Michonne et Daryl, n'avait pas perdu une miette de la moindre parole prononcée par cet homme et tous s'étaient mis d'accord : rester sur leurs gardes s'appliquait plus que jamais. Aucune hospitalité ne se révélait gratuite au bout du compte et ça, Rick le savait mieux que quiconque.
Alors, entre ces trois-là, des choix s'étaient imposés. Michonne restait là et surveillait les allers et venues de ce docteur, à l'allure pas réellement rassurante. Quant à Rick et Daryl, ils partaient directement retrouver les deux françaises. Après ce qu'ils avaient entendu de la part d'Aaron, les deux hommes ne mirent pas longtemps avant de se lancer ce regard entendu et si particulier.
Le leader ne souhaitait pas tenir les autres au courant, sous peine de devoir encore faire face aux avis divergents. Dans l'ensemble, il savait que sa décision serait respectée de la plupart des membres du groupe et il ne leur laisserait plus le choix. Carl devait prendre conscience de certaines choses et quant à Sasha, sa peine récemment vécue la rendait probablement plus dure et insensible. Rick ne tenait pas à la blâmer à cause de son désespoir.
Le trajet dans la voiture restait silencieux. Par chance, Berckman disposait de quelques véhicules et leur avait gracieusement proposé d'en emprunter un, vu l'urgence de la situation.
Tous les deux laissait la route défiler sous leurs yeux un peu hagards, Rick au volant et Daryl à ses côtés, ses doigts triturant nerveusement ses lèvres, inconsciemment. Ils roulaient depuis un peu plus de deux heures et le chasseur soupirait à chaque fois qu'ils repassaient au même endroit, l'obscurité ne les aidant pas à avancer.
Autour d'eux ne demeurait que la verdure des forêts, plongées dans le noir, ou quelques maisons inhabitables, ne s'arrêtant même pas afin de vérifier. Rick savait qu'Angie et sa sœur ne prendraient pas le risque inutile de se mettre à la vue des rôdeurs et là… Aucun mur ne semblait tenir droit sous les toits.
Le barbu tourna son visage vers celui de son ami après un énième soupir de sa part.
- Comment tu te sens ? s'essaya Rick malgré l'humeur nerveuse évidente de Daryl.
- Mmh, pouffa Daryl en s'affalant un peu plus dans son siège.
Il ne répondait rien car aucune pensée cohérente ne traversait son esprit embrumé par trop de questions sans réponses. Il sentait Rick tout aussi nerveux que lui et comme bien souvent, le barbu fut le premier à parler d'un sujet délicat.
- Je sais que tu penses comme moi, reprit Rick, les yeux sur la route. On fait juste ce qu'on pense être le mieux.
- Je sais, répondit Daryl.
- On retrouvera également Tara. On le fera.
Rick essayait de s'en convaincre.
- On l'fera, affirma le chasseur en regardant son ami.
Aucun mot de plus n'était nécessaire venant de la part de Daryl et Rick le remerciait souvent intérieurement de ne pas toujours compter sur lui pour prendre des décisions. Et même si cela risquait de provoquer des gestes de colère comme précédemment, alors ils en passeraient par là. Mais les deux hommes se connaissaient bien et savaient qu'ils pouvaient continuer de compter l'un sur l'autre.
Sans hésitation et comprenant les enjeux offerts par le propriétaire de ce nouvel hôpital, ils avaient décidés de retrouver les deux soeurs. Ce hasard, peut-être même cette chance, d'avoir sous la main à la fois le bon génôme et le scientifique, était inespéré.
Ils savaient qu'elles refuseraient sûrement, surtout Angie ; et pour ne pas avoir à recourir à la force, ils avaient choisi de ne rien leur dire et de leur expliquer une fois sur place. Si toutefois ils parvenaient à les retrouver dans la campagne de Géorgie.
- P't être qu'elles sont déjà mortes, soupira Daryl qui n'envisageait pas pour autant cette possibilité. P't être qu'elles ont déjà retrouvé un groupe...
- Tu devrais apprendre à fermer ta gueule, répondit simplement Rick.
Plus loin, ils aperçurent un petit rassemblement de rôdeurs dont l'attention était maintenant tournée vers eux, leurs phares les éclairant de plein fouet.
Le barbu essaya de les éviter en passant plus à droite, mais ils s'alignaient maintenant, de plus en plus nombreux, bloquant la voiture qui cala sous leurs grognements affamés. Il tenta de redémarrer mais le moteur refusa de lui obéir, la jauge d'essence était descendue à zéro.
- Ou p't être qu'on crèvera avant d'le savoir, conclut finalement Daryl en ouvrant sa portière d'un grand coup violent, Rick l'imitant.
Plusieurs coups de couteau et d'arbalète s'unirent afin de les mettre tous à terre, certains pas réellement morts, mais plus en état de se déplacer et qui pourtant continuaient de lever les bras vers eux, dans l'espoir de se nourrir enfin.
Daryl prit le temps de les finir en pointant une flèche directement dans leurs cervelles sous le regard bienveillant de son ami qui surveillait leurs arrières. Le silence revint bien vite entre les deux hommes qui contemplaient la voiture, blasés.
- Plus d'essence, soupirait Rick, essuyant les tâches de sang un peu partout sur son cou et ses bras. On continue, elles ont dû trouver un endroit sûr plus loin.
Le regard posé sur le barbu, Daryl ne put s'empêcher de soupirer une nouvelle fois. Il réalisait soudainement que le plus concerné n'était pas lui, mais bien Rick. Cette affaire le touchait personnellement plus que lui-même, mais pour le leader cela représentait autre chose et de toute évidence, beaucoup plus que de simplement protéger des gens qu'ils aimaient.
Rick ne disait pas grand chose, mais sa détermination parlait pour lui. Après tout, il ne savait pas où se trouvait Tara et ne prenait pas le temps d'aller à sa recherche, contrairement à ces deux filles. Daryl finissait par comprendre et il ne devait pas être le seul, vu le comportement soudainement haineux de Carl, ces derniers temps.
Le long de cette route, de chaque côté, ne s'étendait que la forêt immense et rien ne laissait penser qu'ils finiraient par les retrouver quelque part.
- On continue, lui rappela Rick d'un ton ferme.
Michonne faisait des allers-retours constants entre les deux portes qui desservaient leur espace de repos. Elle posait de temps à autre son regard sur Carol qui ne dormait pas, préférant rester assise près d'une petite fenêtre, surveillant les alentours. Les cernes sous ses yeux trahissaient son extrême fatigue et probablement toute la lutte dont Carol avait fait preuve ces derniers temps. Son regard semblait vide.
La femme au sabre se décida finalement à retourner dans l'entrée principale. Rick et Daryl étaient absents depuis plusieurs heures maintenant, et elle craignait qu'ils ne soient pas en sécurité bien longtemps, eux, comme le reste du groupe. De plus, tout le monde pouvait encore entendre Sasha débattre avec son frère du fait qu'il ne fallait pas rester dans un hôpital, pas après ce qui avait déjà eu lieu auparavant. Michonne savait que sans Rick et Daryl, elle ne tiendrait pas bien longtemps face aux conflits de chacun.
Un petit son aigü la sortit de ses pensées, Aaron se présentant devant elle, un petit sourire dessiné sur les lèvres. Malgré son côté naïf et renfermé, cet homme transpirait l'hypocrisie et il donnait l'impression de vouloir cacher son intelligence.
- Vous n'arrivez pas à dormir ? demanda-t-il d'une gentillesse qui ne fit que renforcer les soupçons de la jeune femme.
- Je n'veux pas dormir, rectifia Michonne, son instinct si méfiant prenant le dessus.
- Oui, je comprends, reprit-il tout en se rapprochant légèrement. Vous devez vous inquiéter pour vos amis dehors, souffla-t-il, désolé.
Les sourcils de Michonne se froncèrent automatiquement, tandis que ses mains prenaient ostensiblement place sur son sabre.
Aaron recula d'un pas, les mains brandies devant lui. Ses yeux paniquaient à présent.
- Calmez-vous, demandait-il, la voix tremblante.
- Que faites-vous ici ? questionna-t-elle, toujours sur ses gardes.
- Je vous l'ai dit, je survis ici…
- Vous comprenez le sens de ma question.
Michonne se rapprocha un peu plus de lui.
- Que faites-vous ici ?
- Michonne !
La jeune femme se retourna. Sasha se tenait au bout de l'entrée près de la porte qui les séparait du reste du groupe. Ses pas avancèrent vers les deux autres, elle sentait la tension qui régnait là.
- Qu'est-ce qu'il se passe ici ? demanda-t-elle, interloquée par les yeux ronds du docteur.
- Votre amie est très méfiante, il n'y a pas de mal…
- Ne vous approchez pas de nous, lui somma Michonne, tout en lâchant son sabre.
Elle se retournait déjà et pressa le pas jusqu'à la porte d'entrée sous le souffle enfin tranquille d'Aaron. Il sourit tout aussi gentiment à Sasha qui elle, se contentait de le contempler de toute sa longueur. Il était doté d'un certain charisme et d'une timidité qui, autrefois, aurait certainement plu à la jeune métisse.
Depuis quelques jours, elle s'était rendue compte qu'aucun but ne l'animait, plus du tout. En écoutant les précédentes paroles de Berckman, la curiosité envahissait son esprit un peu plus en le recroisant là, maintenant. Elle souhaitait en entendre davantage sur les idées de cet homme qui ne pouvait que mieux s'y connaître qu'eux tous, sur le sujet. Elle restait comme persuadée que quelqu'un aurait une idée un jour, et cette personne pouvait probablement bien être Aaron. Dorénavant, ils ne risquaient plus de croiser tout un tas de médecins à chaque coin de rue. Rater la chance d'en apprendre un peu plus était inenvisageable pour la jeune femme qui ne supporterait plus de perdre quelqu'un à nouveau.
- J'ai entendu ce que vous disiez tout à l'heure, commença-t-elle, une pointe d'espoir dans la voix. Vous le pensiez vraiment ?
- A propos de mes capacités ? Eh bien…
- Je ne vous demande pas de me prouver ce que vous pouvez faire, rétorqua-t-elle en le coupant. Je veux juste que vous puissiez m'assurer que vous pourriez y arriver.
- Je pourrais, répondit-il un peu plus sûr de lui. Comme je vous l'ai dit, il ne me manque que certains critères… Voulez vous en discuter... autour d'un café ?
- Une prochaine fois peut-être, j'allais me coucher.
Elle tourna les talons et allait prendre congés lorsqu'elle s'arrêta soudain et se tourna à nouveau vers Aaron, avec un petit sourire aux lèvres.
- Je crois que nous avons peut-être ce qu'il vous manque, confia-t-elle.
La jeune brune se réveilla en sursaut sous les secousses de sa sœur. Ses yeux croisèrent ceux, angoissés, de son aînée. Elle se releva rapidement, encore étourdie de sommeil. Elle posa ses mains sur le comptoir pour se stabiliser.
- On doit s'en aller, chuchotait Angie en rassemblant déjà leurs quelques affaires.
- Attends, attends… Quoi ? répliqua Anna sans prendre conscience du son trop élevé de sa voix.
Angie se rapprocha et posa sa main sur la bouche de sa sœur.
- On doit s'en aller, répétait-elle. Et ne parle pas si fort : y'a des gens dehors.
Les yeux de sa sœur s'agrandirent sous ces paroles.
- On va être silencieuses, la rassura Angie. On va juste s'en aller d'ici… Ou faire ce qu'on devra faire si nécessaire, dit-elle en serrant les dents et en fixant la porte.
Anna se défit de la prise de sa sœur et décolla un peu du papier journal pour regarder à travers la porte vitrée. Elle voyait quelques rôdeurs à terre, mais n'entendait rien d'autre que certains grognements. L'un deux rampait au sol, ses membres inférieurs ayant disparu. Quelque chose lui transperça le crâne sous les yeux de la jeune femme qui poussa un cri de surprise et se plaqua contre le mur. Angie lui attrapa la main.
- Tu viens ?
- Regarde ça, l'interrompit la cadette en se poussant afin de lui laisser la place.
Angie mit quelques secondes avant de poser son regard sur trois zombies à terre. Tous sans exception avaient arrêté de grogner à cause d'une flèche en pleine tête. Le cœur de la rousse ne fit qu'un bond, ses mains devenaient moites à la vue de ces morts, une certaine forme d'espoir envahissant tout son être. Anna pouvait le percevoir et tentait de calmer les attentes de sa sœur.
- Il n'est sûrement pas le seul à avoir ce type d'arme, chuchota Anna qui refusait d'y croire.
- En deux années on n'a jamais vu personne d'autre avec une arbalète Anna, la contredit sa sœur en se retournant. Peut-être…
- Non ! s'exclama la plus jeune en secouant la tête.
Les deux femmes s'arrêtèrent un instant, des bruits de l'extérieur attirant leur attention. Il leur semblait que quelqu'un parlait, mais aucune n'était réellement certaine de vouloir en être sûre. D'un commun accord elles décidèrent d'attendre encore un peu ; sinon, elles feraient en sorte de tuer ces étrangers, s'ils parvenaient à entrer dans la petite superette. Angie ne voulait pas prendre le risque de devoir rendre des comptes à qui que ce soit, pas aujourd'hui.
Daryl continuait de se débattre contre le corps pourri qui l'étreignait de toutes ses forces, sa mâchoire claquant tout près de sa veste en cuir. Son épaule le lançait encore ce qui diminuait son efficacité à lutter, mais il n'abandonnait pas, malgré le poids d'autres rôdeurs déjà morts et effondrés sur lui.
Le rôdeur lui attrapait fermement le bras qu'il tentait d'amener à sa gueule afin d'y croquer un bout ou plus. Daryl suffoquait de plus en plus, l'air irrespirable inondant ses narines. Il sentait encore ses jambes donner des coups contre ce qui l'entourait. De son bras libre il chercha son couteau tombé avec lui. Dans des cris rauques de douleur, il tenta de planter l'arme dans le crâne qu'il ne voyait pas, mais qu'il sentait attaquer son avant-bras. Puis les grognements prirent fin, le chasseur soupirant de fatigue et de soulagement
L'air redevint enfin plus respirable et il put apercevoir Rick qui ôtait tous les autres corps du sien. Sa chemise était arrachée par endroit, son souffle était rapide et saccadé.
Après avoir marché une vingtaine de minutes, Rick avait cru apercevoir ce qui devait être un habitat ou quelque chose, en pleine nuit, difficile d'en être sûr. Ils avaient alors pressé le pas sans remarquer les petits groupes de zombies qui les suivaient, jusqu'à ce qu'ils arrivent par devant.
Ils sortaient de la forêt un à un, mais devenaient vite nombreux et surprirent les deux hommes qui finirent rapidement encerclés.
Rick ne tirait pas de balles et se contentait de les abattre au couteau, mais bientôt, son ami disparut sous un tas de macchabées définitivement morts d'une flèche dans le crâne, son arbalète projetée un peu plus loin.
Maintenant, le silence reprenait sa place sous les essoufflements de Daryl qui se relevait péniblement, aidé de Rick qui tremblait encore d'adrénaline. Ils prirent un instant pour se calmer avant que Daryl ne ramasse son arme favorite, la reposant sur son épaule douloureuse dans une petite moue.
Rick regardait les autres rôdeurs arriver lentement vers eux un peu plus loin. Depuis leur départ du hangar, la veille, il repensait à cette sensation d'être ralentis dans leur parcours à chaque fois. Ils ne rencontraient pratiquement jamais autant de morts en seulement vingt-quatre heures. Il se sentait suivi, épié et piégé. Il ne ressentait pas le besoin d'en parler à Daryl, il savait qu'il en était de même pour le chasseur.
- On bouge, ordonna Daryl en marchant d'un pas rapide.
A quelques mètres, se trouvait un petit commerce, quelques-unes des créatures portaient encore les flèches qu'il ne voulait pas perdre.
- On va à l'intérieur, répondit le barbu tout en le suivant.
Il le dépassait déjà et se dirigeait vers les quatre murs plus loin.
- Ils vont nous encercler, c'bordel tiendra jamais !
- Angie pourrait être là, lui rappela le leader. Anna aussi. Je n'ai que 12 balles et toi une dizaine de flèches, continuait-il tout en marchant. On gagnera un peu de temps.
Le chasseur n'oublia pas de ramasser ses flèches, écrasant leurs gueules rageusement au passage. Il entendait Rick cogner fortement de l'épaule contre la porte vitrée qui semblait être bloquée de l'intérieur, mais le leader continuait d'essayer, bientôt rejoint par Daryl qui poussait de toutes ses forces. Derrière, ils sentaient un mouvement de pression inverse. Leur volonté d'ouvrir cette porte ne semblait pas la bienvenue.
- Y'a du monde là d'dans, soupirait Daryl s'étouffant presque sous l'effort.
Qu'importe s'il tournait la tête d'un sens ou dans l'autre, des petits groupes de rôdeurs fonçaient droit sur eux.
- Arrêtez ! entendirent-ils soudainement de l'autre côté.
Soudain, plus personne n'exerça de force à leur encontre, la porte s'ouvrant subitement et bloquant contre un meuble en bois. Rick, qui demeurait le plus proche de l'ouverture de l'encadrement s'arrêta, essayant d'apercevoir le remue-ménage qui s'opérait à l'intérieur.
- Qui est là ? questionna fermement le leader.
- Mec, ils arrivent… chuchota Daryl derrière lui.
La porte s'ouvrit un peu plus, le meuble finissant d'être bougé à l'intérieur, sous des gestes précipités.
A peine la place de passer un corps et ils entrèrent précipitamment, manquant tous les deux de tomber alors que quelques macchabées affamés commençaient déjà à cogner contre les murs qui les protégeaient de leurs gueules dégoulinantes. Ils se retournèrent sur les deux jeunes françaises qui repoussaient tant bien que mal le lourd présentoir contre la porte en verre , Daryl ne tardant pas à les aider. Rick, lui, ne bougeait plus.
Les grognements sifflaient de plus en plus sous leur poids, entassés à l'extérieur. La structure ne tiendrait pas bien longtemps s'ils continuaient à se ramener en masse et l'idée de trouver une voiture avec de l'essence, en pleine nuit et au milieu de nulle part n'était même pas envisageable.
La porte en verre se fissura dans un petit bruit sec. Les survivants reprenaient leur respiration doucement, se regardant tous à tour de rôle. Rick gardait cet air surpris, ne détachant plus ses yeux de la jeune rousse.
En entendant leurs voix, Angie avait bien pensé reconnaître Daryl et son ton si rauque, puis celle de Rick juste après. Son sang s'était glacé instantanément et rien ne laissait penser qu'elle s'en remettait vraiment.
Revoir les deux hommes alors qu'elle n'espérait que ça sans pour autant y croire, cela lui faisait presque plus peur que le tas de rôdeurs prêts à la déchiqueter juste derrière les murs. Comment pouvaient-ils se retrouver là, au même endroit qu'elles, alors qu'elle regrettait encore d'être partie avec sa sœur un peu plus tôt, alors que les remords l'envahissaient à peine depuis quelques heures…?
Angie sortit de ses pensées, lorsque Rick vint l'attraper et la serra doucement dans ses bras. La jeune femme l'imita, jetant un regard surpris par dessus l'épaule du leader, destiné à sa soeur et Daryl.
Cependant, inconsciemment, elle lui rendit son étreinte et le serra un peu plus encore.
Angie continuait de se demander si c'était bien réel, mais la pression du corps de Rick contre le sien le lui prouvait bien. Elle s'attendait encore à devoir quitter l'endroit et faire face à certains humains dont elle ne connaissait pas les intentions ; devoir fuir à nouveau parmi des dizaines de créatures, sa sœur courant à ses côtés, mais il n'en était rien. C'était simplement Rick et Daryl.
Elle nicha un peu plus son visage dans son cou, reniflant son odeur qu'elle pensait déjà oubliée. Ses yeux restaient ouverts, posés sur sa sœur juste derrière qui la regardait, encore interloquée. Eux qui avaient perdu la notion du temps, auraient pu tous jurer qu'à cet instant, le temps n'existait probablement plus. Assister à des horreurs devenait chose quotidienne, mais retrouver des gens qu'on ne pensait plus revoir, cela paraissait impossible.
Aucune parole n'avait été échangée entre eux, les émotions qu'ils ressentaient étaient bien plus fortes que n'importe quel mot. Angie ne pensait déjà plus à ce qui les avait poussées à partir, en cet instant, ça n'avait plus d'importance. Elle aurait aimé rester dans les bras de Rick, s'accrochant simplement à lui, les doigts cramponnés au cuir de sa veste et laisser le temps s'envoler, sans rôdeur, sans obligation, sans contrainte et profiter ne serait-ce qu'une minute de plus de ces retrouvailles inespérées. Mais le temps était une mesure qu'elle ne pouvait pas contrôler, et celui-ci pressait à nouveau. Dehors, les morts s'acharnaient sur les frêles murs de tôle de leur abri de fortune.
- Qu'est-ce que vous faites là… osa enfin Anna.
Angie se détacha du corps de Rick, reculant de quelques pas, les sourcils froncés. Sa sœur lui rappelait que cela restait presqu'étrange. Le regard de Rick n'était pas plus sûr que le sien et à vrai dire, aucun des deux hommes ne pouvaient donner de réponse à la question d'Anna. Daryl se rapprochait de la plus jeune, et attrapa sa main pour jeter un coup d'œil au bandage qui recouvrait sa morsure.
- Comment ça va? demanda-t-il simplement.
- C'est bon, rassurait-elle en chuchotant.
- Comment vous saviez… commençait Angie avant que Rick ne la coupe.
- On vous cherche depuis plusieurs heures, on a…
Mais Rick ne termina pas sa phrase, baissant la tête.
- 'Faut qu'on dégage, reprit Daryl en regardant si une quelconque autre sortie se présentait à eux.
- A part la porte principale, aucune issue, le devança Anna.
- Va falloir les buter un à un alors, continua le chasseur en regardant dehors. Trente, peut-être plus.
Anna acquiessa, préparant sa machette.
- On pousse légèrement le meuble pour qu'un seul ne rentre, j'contrôle le meuble et tu…
- Ouais, répondit la jeune femme en se tenant prête.
Angie gardait les arrières de sa sœur au cas où les choses se passaient trop vite ou trop mal. Elle voyait Daryl, pousser le meuble avec le peu de force qui lui restait, son épaule le faisant grogner sous l'effort.
Un premier rôdeur passa son corps, tombant sous la pression des autres derrière. Il s'agrippa fermement à la cheville de Daryl avant qu'Anna ne lui plante sa lame tranchante dans le crâne, l'homme écrasant ensuite ce qui lui restait de visage. Leurs gestes se répétèrent plusieurs fois, Rick poussant les corps définitivement morts plus loin dans la pièce au fur et à mesure. Plus ils en tuaient, plus les grognements semblaient s'accroître alors que la vitre de la porte commencait à se fêler encore davantage par endroits. Lorsqu'elle céda, certains d'entre eux se pressaient tellement qu'ils finirent par s'empaler dans les bouts de verres effilés et tranchants, dépassant de l'encadrement.
Un long moment se passa de cette façon, des tas de coups de couteaux s'enfonçant avec détermination dans les cervelles pourries, des souffles forts et de plus en plus fatigués, des gestes brusques et des grimaces écœurées.
Ils n'arrêtèrent pas avant qu'un long silence ne prenne place, les deux femmes s'effondrant au sol en reprenant leurs souffles.
Rick se rapprocha de son ami, croisant son regard. Ils devaient reprendre la route avant que Michonne ne s'inquiète et ne doive gérer des situations trop importantes pour elle seule. Le leader savait que son fils n'en ferait qu'à sa tête s'il apprenait que son père était parti à la recherche des deux françaises. Il se baissa à nouveau et prit les frêles épaules d'Angie en mains, la relevant calmement. La jeune femme semblait épuisée, son visage tâché de quelques gouttes de sang, mais elle avait le sourire.
Tous décidèrent de sortir de là, afin de reprendre leur chemin vers l'hôpital. Rick et Daryl n'avaient encore rien expliqué aux deux sœurs, de longues heures de marche les attendaient de toute façon et ils auraient tout le temps nécessaire pour parler. Pour le moment, les jeunes filles se contentèrent de les suivre en silence, leurs armes toujours prêtes à être utilisées. Angie et Anna ne s'étaient même pas parlé, elles savaient que tout ce dont elles pouvaient avoir besoin maintenant, se trouvait de toute façon à leurs côtés.
Michonne rentra finalement à nouveau sous leur toit provisoire, reniflant à cause de la fine et glaciale pluie qui s'imposait calmement sur les routes et la forêt de Géorgie. Etonnement les alentours étaient très calmes, comme si les rôdeurs savaient qu'ils ne devaient pas venir par là. Cela restait un léger souci en moins, pensait la jeune femme.
Elle se promena un peu partout dans le grand couloir, regardant derrière les anciens postes d'accueil, fouillant tout ce qu'elle trouvait. Une double porte coupe-feu s'ouvrit dans son dos, obligeant la femme au sabre à sortir son arme par prévention.
Seule, Sasha se présentait devant elle, l'air interloqué. Elle essayait de s'empêcher de rire sous les suspicions de son amie qui baissait sa garde.
- T'étais où ? questionna Michonne en rangeant son sabre.
- Par-là, indiqua-t-elle d'un geste de la main. La sortie de Rick et Daryl commence à se faire longue…
- Ils vont rentrer, certifia la femme aux dreads, d'un petit hochement de tête comme pour s'en convaincre elle-même.
- Tu sais Michonne, je suis loin d'être stupide, précisa Sasha en se rapprochant. Je sais qu'ils sont partis rechercher Angie et Anna.
Le visage de Michonne se crispait aux mots de Sasha qui semblait vouloir la défier du regard.
- Mais ça me va, je voulais que tu le saches. Je suis d'accord et c'est une grande chance.
- C'est quelque chose qui ne te concernait peut-être pas, la coupa Michonne le regard aussi dur que le ton qu'elle employait. Et si on les ramène ici c'est pour les protéger pas pour exploiter Anna !
- Ca nous concerne, chacun d'entre nous !
- Sasha, écoute…
- Non, arrête ! Arrêtez tous ! s'écria la jeune femme, sa voix résonnant dans la grande entrée. Est-ce que tu penses que je suis folle ? Tu crois que je n'vois rien ? Je vais bien et je sais encore ce que je dis !
- Alors pourquoi est-ce que tu cries ? questionna simplement Michonne, le sourcil arqué.
- Je veux juste te dire que je suis consciente de ce que je vous dis, reprit la jeune femme, le souffle fort. Et je n'étais pas d'accord sur le fait qu'elles restent, je sais, continuait-elle, sans remarquer que Tyreese avait passé la porte un peu plus loin, les écoutant. Mais… j'ai changé d'avis et je n'dirai rien si elles reviennent, je veux dire, c'est une bonne chose.
Michonne étouffa un petit rire.
- Une bonne chose ? s'esclaffa-t-elle.
- Ouais, ça pourrait l'être.
- Dis-moi pourquoi ? questionna la plus vieille, sceptique.
- Je n'sais pas vraiment, persistait Sasha. Je crois juste que j'ai encore de l'espoir, c'est tout !
La jeune femme ne prit pas la peine de laisser répondre son amie. Elle retourna simplement vers la porte afin de regagner un lit ou tout au moins, de se retrouver un peu seule. Tyreese reprit son rôle et continua de bercer Judith dans un petit coin sombre, se demandant combien de temps encore avant que sa petite sœur ne sorte de sa déprime.
De l'autre côté, Michonne décida de monter la garde devant l'hôpital, voulant être sûre de pouvoir être là pour être la première à accueillir ses amis quand il rentreraient. Bientôt, elle l'espérait.
Angie s'appuyait un peu plus sur les épaules de sa sœur au rythme de leur marche. La fatigue s'emparait doucement d'elle, alors qu'elle se forçait à garder les yeux ouverts. Elles ne réalisaient pas les kilomètres qu'elles cumulaient en suivant les deux hommes qui leur indiquaient le chemin à suivre. Aucun n'avait encore parlé, se contentant de suivre le pas.
Anna supportait mal le poids de sa sœur, beaucoup plus faible depuis sa deuxième morsure. Elle luttait pour l'aider à avancer, mais sentait qu'elles finiraient par s'effondrer rapidement. Elles s'arrêtèrent un instant, leurs souffles se mélangeant à l'air froid de la nuit et à la pluie drue qui les détrempait jusqu'aux os. La plus jeune essayait de serrer ses doigts rouges et endoloris. Elles se lancèrent un petit regard, chacune pouvant apercevoir la fatigue dans les yeux de l'autre.
- Hey… s'écria Daryl en arrivant vers elles, la dégaine lente. Ça va aller ?
- Ça va, le rassura Anna, ne lâchant pas sa sœur du regard. Angie est épuisée, elle n'a pas dormi depuis longtemps, et j'vais avoir du mal à la supporter si c'est encore loin.
- J'vais l'aider, prends les devants avec Daryl, intervint Rick qui prenait déjà le relais, attrapant le bras d'Angie pour le passer autour de son cou.
Anna et Daryl reprirent la route en silence, suivis de Rick et Angie, quelques pas en arrière. La jeune femme marchait difficilement, mais ne se plaignait pas, ne voulant pas ralentir le groupe. Chacun de ses membres lui faisaient regretter les heures de sommeil dont elle manquait, ses muscles tirant douloureusement à chaque fois que Rick pressait un peu plus le pas.
Il sentait bien les efforts de la jeune femme, lui qui n'osait encore rien dire du pourquoi ils étaient revenus. Il savait qu'Angie ne désirait pas forcément d'explication tout de suite, cependant il redoutait sa réation quand le moment serait venu de tout lui révéler.
Il serrait le corps d'Angie plus fort contre lui, l'aidant à ne pas lâcher prise.
- Je n'vais pas m'effondrer, promit la jeune femme sous les pressions de Rick.
- Je sais.
Angie voulait se taire, mais continuait quand même. Entendre sa voix lui redonnait des forces et elle voulait enfin profiter de ce moment de calme pour savourer la présence du shérif.
- Vous nous avez retrouvées si vite… Je suppose que je n'suis plus très douée à cache-cache, essayait-elle de plaisanter, ce qui soutira un petit sourire au leader.
- Peut-être parce que je voulais vraiment te retrouver.
- Tu deviens très doué à ce jeu là, mais la prochaine fois, j'espère que tu n'auras pas à venir me chercher et que tu te contenteras de ne pas me perdre.
Elle s'arrêta automatiquement, imitant Rick qui venait d'interrompre leur marche. Le barbu restait en face d'elle, le regard posé dans ses yeux. Son sourire s'affaissa quelque peu, ne comprenant pas ce qu'il attendait d'elle , soudain un peu honteuse. Elle n'avait pas voulu le vexer dans ses paroles.
- Désolée, j'le pense pas, c'était ma décision…
- La vérité c'est que… J'avais une bonne raison de venir vous chercher.
- De quelle raison est-ce que tu parles ? demanda-t-elle, la boule au ventre.
- Vous n'êtes pas en sécurité dehors.
Douche froide. Angie détourna le regard en pouffant d'un rire frustré.
- Comme chacun d'entre nous... soupira-t-elle.
- Oui, la coupa-t-il. Mais vous deux encore moins.
- Qu'est-ce qui a changé depuis ce matin, Rick? Et Carl ? Et Sasha ? Ils sont d'accord avec ca ?
- Il n'y a que Michonne qui sait qu'on est repartis pour vous chercher, répondit-il sous les yeux peinés de la jeune femme. Je te l'ai dit, je serai venu de toute façon…
- Il y a bien une vraie raison qui explique une telle prise de risques, chuchota Angie.
Mais la jeune femme n'obtint aucune réponse de la part du barbu qui se contentait de la regarder. Elle s'efforçait de comprendre ce que Rick voulait lui dire, s'il essayait de lui faire comprendre quelque chose qu'il ne parvenait pas à formuler clairement. Mais elle ne voulait pas se risquer à mal interpréter ses paroles ou son comportement. Elle aurait voulu l'entendre dire qu'il était revenu pour elle, mais elle savait déjà que c'était trop lui demander. Angie ne voulait pas souffrir de se faire rejeter en lui disant ce qu'elle pensait, ce qu'elle attendait et ce qu'elle ressentait. Alors elle ne dit rien, se maudissant déjà d'avoir suivi les deux hommes pour finalement retomber dans plus de frustration.
Mais il tendit la main vers elle.
Angie s'obligea à fermer les yeux en sentant les mains de Rick se poser doucement sur ses joues et elle frissonna. Pourquoi faisait-il ça ? Savait-il à quel point c'était douloureux pour elle ? Elle ne pouvait plus rien dire, tiraillée entre l'envie de reculer pour échapper à ses caresses qui ne mèneraient à rien, et celle de venir se laisser aller contre lui et profiter de ce moment doux-amer.
Elle voulait lui dire d'arrêter, de ne pas faire ça et de ne pas jouer avec ses émotions, mais son corps refusait de lui obéir, trop avide d'un peu tendresse et des seuls gestes tendres qu'il était enclin à lui donner.
Angie posa ses doigts sur ceux de Rick mais n'eut pas le courage de le repousser. Il prit doucement le visage de la jeune fille entre ses mains et l'attira vers lui.
Le coeur d'Angie se mit soudain à battre plus vite, réalisant que cette étreinte là n'était pas juste amicale et elle ouvrit les yeux, croisant le regard bleux acier de Rick qui lui confirma ce qu'elle n'osait croire. Elle ne sentait plus ni la fatigue, ni la pluie battante.
Il l'embrassa tendrement, serrant son visage entre ses mains, comme un baiser qu'il voulait parfait mais qu'il ne pouvait s'empêcher d'intensifier. Il y mettait tous les sentiments retenus jusque là. Angie elle, se laissait faire, bouleversée que ce moment auquel elle avait osé rêver, soit enfin là et bien réel, plus doux encore qu'elle ne l'avait espéré. Ses mains s'accrochèrent au cheveux trempés de Rick et elle lui rendit son baiser.
Un peu plus loin, Anna et Daryl s'étaient arrêtés en constatant que leurs compagnons de route ne suivaient plus. Ils se contentèrent de se lancer un petit regard complice et amusé, reprenant la route plus lentement pour ne pas interrompre ce moment. Anna ne put s'empêcher de sourire dans l'obscurité.
Rick recula, à bout de souffle, les yeux fermés et les lèvres pincées. Il déposa un autre baiser sur celles de la jeune femme puis vint appuyer son front contre le sien, tout deux souriant bêtement. Ils restèrent là, l'un contre l'autre, sans rien dire pendant quelques instants, puis Rick ramena machinalement une main sur son colt, et de l'autre il prit celle d'Angie.
- C'est une des raisons qui m'ont poussé à te retrouver, souffla-t-il, toujours si près d'elle.
Au loin, une dizaines de rôdeurs les suivaient lentement sur la route désorientés par la pluie battante.
- Viens, dit-il en reprenant son bras autour de ses épaules.
Angie se laissa porter, encore tremblante d'émotions.
Tout irait bien maintenant.
Sasha trouva finalement son frère, endormi sur un matelas, visiblement trop étroit pour lui, Judith dans une boîte en carton ouverte à ses côtés. Elle prit soin de refermer doucement la porte derrière elle, avant de s'accroupir devant son frère, reposant la tête sur son bras épais.
Malgré la fatigue et leurs récents désaccords, elle savait qu'elle pouvait continuer de compter sur Tyreese, qu'il restait la dernière personne qui la connaissait réellement et ne la jugerait jamais. Sasha n'était pas folle à ses yeux, elle ne le serait jamais et elle bénissait le ciel d'avoir encore un membre de sa famille.
Avant que tout ça n'arrive, le frère et la sœur n'étaient pas si proches, se contentant d'entretenir des liens comme dans toutes les familles basiques. Pourtant, elle avait toujours su que son grand frère pouvait la protéger.
- J'ai pu parler un peu avec Aaron, ce docteur tu sais, commença-t-elle sous les légers ronflements de Tyreese. J'pense que c'est un type bien, j'veux dire un peu timide, mais pas méchant, continuait-elle en caressant gentiment la peau de son frère. Il pourrait nous aider.
Elle s'arrêta au mouvement de Tyreese, qui ne faisait que plonger un peu plus profondément dans le sommeil.
- Il dit que ça pourrait marcher, qu'il lui faudrait juste… Ces petites choses pour tout déclencher, souffla-t-elle en essayant de trouver ses mots. Je lui ai dit.
Elle posa son regard sur le visage serein et endormi de son aîné.
- A propos d'Anna et de son immunité.
Voilà on commence à bien rentrer dans le vif du sujet là mes petits lapins ;) Les moments de rigolades et de détentes vont commencer à se faire rares alors accrochez vous, ca va plonger dans le glauque ! Dans le chapitre prochain vous en saurez un peu plus sur Berckman, vous retrouverez un personnage de la série qui n'a pas encore fait son apparition dans la fic, et des personnes très proches vont commencer à se diviser...
