-Chapitre trois-
« La rencontre »
J'ouvre les yeux et à ma plus grande surprise, je suis dans une grande chambre dont la tapisserie est d'un vert pâle. Je parcours des yeux la pièce. Il y a un petit canapé deux places, une table basse, un bureau, une armoire en bois et un lit simple recouvert de draps fins.
Haletante, je me lève du lit mais mes membres en décident autrement. Je tombe et me retrouve le nez à quelques millimètres du sol.
Mais bordel, où suis-je ?
Je ressens une terrible douleur à mon genou droit, n'étant pas en bon état. Je me rallonge sur le matelas. C'est à ce moment-là que je me rends compte que des voix surgissent du couloir.
- Elle est réveillée, chuchote une personne derrière la porte.
- Allons la voir dans ce cas, répond une voix étonnement grave.
La porte s'ouvre doucement en grinçant. Je me retrouve nez à nez devant un couple. Une magnifique dame au visage d'ange m'observe d'un sourire radieux mais timide. Elle a une chevelure soyeuse et bouclée d'un brun clair, coupé au carré. Quant à son mari, il a des cheveux noirs et épais, très courts.
- Bonjour, commençais-je d'une toute petite voix.
- Bonjour, jeune-fille, répond l'homme.
Je ne sais pas vraiment quoi dire. J'ai tellement de questions. Mais la plus importante est celle-ci, je crois :
- Où suis-je ?, poursuivis-je, hésitante.
- Bonjour, tu te trouves dans la maison de l'Alpha suprême, Josh Starckley, mon mari, dit-elle en pointant l'homme du menton.
Je me raidis aussitôt. Pour me rassurer, la jeune femme me lance un regard attendri qui me calme instantanément. Je baisse la tête en signe de respect et non de soumission.
- J'ai du mal à y croire. Je dois rêver, marmonnais-je.
- Oh, bien au contraire, tu es loin de rêver. Tu es bien dans la maison de l'Alpha avec un grand A.
- Avec tout le respect que je vous dois, je me permets de vous contredire. C'est tout bonnement impossible, reprenais-je, sûre de moi. Si ce que vous dîtes est vrai, alors pouvez-vous m'expliquer comment je suis arrivée ici ? J'étais blessée et incapable de bouger ne serait-ce qu'un orteil. Et de plus, j'étais inconsciente, il me semble. Ce qui me semble beaucoup pour mon état physique.
- Calme-toi et arrête de déblatérer parce que tu es paniquée, dit l'Alpha.
- C'est notre fils, Derek Starckley, qui t'a trouvée allongée dans la forêt, poursuit la femme. Il a prit la sage décision de t'emmener ici pour que l'on te soigne. Il faisait nuit et il s'avérait dangereux que tu restes dans la forêt à cette heure-ci. Tu as dû marcher pendant quelques heures, à coups sûrs.
Je regarde par la fenêtre et je vois le jour. Depuis combien de temps ai-je dormi ? Est-ce que mes plaies sont soignées ? Que suis-je bête, elle vient de m'expliquer que leur fils m'avait ramenée pour me soigner.
- Si vous me permettez, depuis combien de temps suis-je ici ?
- Seulement quelques heures. Il a été difficile de soigner tes blessures, on s'est activé, répond l'Alpha.
- Je ne vous remercierai jamais assez, vous m'avez sauvé la vie.
- C'est mon devoir, rajoute-t-il en souriant.
- Je suis Yasmina Starckley. Quel est ton nom ?
- Éva Holmes, Madame.
- Enchantée Éva, sourit-elle alors que ses yeux se mettent à pétiller brusquement. Tu as faim ?
Mon ventre gargouille avant que je ne réponde et le couple se met à rire.
- Je vais te préparer un bon repas dans ce cas.
- Je vous remercie infiniment pour votre gentillesse mais je ne peux pas profiter de votre hospitalité de cette manière. Je refuse. Vous m'avez déjà recueillie cette nuit, vous n'allez pas vous causer tant d'efforts pour moi !
- Il n'y a pas de problèmes, je t'assure !
- Je ne vais pas profiter de vous, je ne suis pas comme ça. Je suis désolée.
- Écoute, je te propose d'aller prendre une douche pour te détendre et ensuite nous discuterons de tout cela en mangeant.
Après tout, Madame Starckley ne lâchera pas l'affaire si je refuse. Je finis par hocher la tête.
- Bien. La salle de bain est ici. Et si tu en as besoin, il y a de vieilles béquilles dans le placard, confirme l'Alpha.
- Derek va arriver, je vais préparer le repas. Laissons Éva seule un moment.
Je mime un « merci » dans un sourire et ils quittent la pièce. Je prends les béquilles et me dirige vers la salle de bain avant que je ne sois intriguée par la fenêtre. Je m'approche et aperçois une magnifique allée en graviers. De nombreux buissons fleuris sont plantés sur les côtés. La maison ne fait pas qu'un étage, j'en suis certaine. La chambre où je suis à l'air d'être au troisième. Sûrement le dernier. De nombreuses voitures qui doivent coûter la peau des fesses sont garées devant l'entrée.
Je me glisse dans la douche à l'italienne une fois déshabillée et l'eau chaude réchauffe ma peau. Une demi-heure plus tard, je suis propre et épargnée de toutes les saletés qui infectaient les égratignures. Je sors de la salle de bain, une serviette autour de moi pour me changer. Le lit est déjà refait.
Je me dirige vers celui-ci, attrape mes vêtements troués de la veille et les enfile. Je ne vais pas abuser de leur hospitalité quand même.
Je reviens dans la salle de bain et trouve une brosse à dent neuve ainsi que quelques produits de beautés tels que des crèmes. J'en applique sur mes hématomes et égratignures et me lave les dents. J'attache mes cheveux et me pose sur le sofa en cuir noir. Mon regard divague sur l'immensité du paysage et je finis par me perdre à nouveau dans mes pensées…
Je décide d'aller dans la cuisine. Je suppose que celle-ci est au premier étage. Y a-t-il un ascenseur ? Une voix rauque m'interpelle :
- Eh ! Attend !
Je me retourne pour faire face à un beau brun baraqué, parfaitement bâti.
- Salut !
Il est plutôt imposant. Il est grand et musclé, la peau légèrement mâte. Il a un visage de Dieu et des yeux d'un vert émeraude. Je suis impressionnée par sa beauté complètement irréelle. Je suis surprise mais pas tant que cela, finalement. Tous les êtres vivants savent que la nature a donné beaucoup plus d'atouts aux loups-garous. Ils ont tous un visage d'ange, des traits fins et tout est à la perfection. Pas une ride, pas un cerne ! Et les femmes n'utilisent que rarement du maquillage. Ils n'ont aucuns défauts mis-à-part leur possessivité envers leurs épouses ou époux et les hommes peuvent parfois se montrer très… jaloux. Les Alphas aiment diriger et si nous ne les respectons pas… Je préfère ne pas y penser. Les Alphas sont les plus belles bêtes du pays, y compris leurs familles. Je reste bouche-bée devant ce magnifique tableau.
Est-ce la réalité ? Oui. Ce jeune homme se trouve bien devant moi et sourit jusqu'aux oreilles.
- Salut, répétais-je minablement.
- Je vois que je ne te laisse pas indifférente.
Je secoue la tête de gauche à droite.
- Comment vont tes chevilles ?, plaisantais-je.
Voyant que je suis gênée, il explose de rire et se présente comme ses parents l'ont fait deux heures plus tôt.
- Derek Starckley, le futur Alpha, dit-il en me serrant la main vivement.
- Éva Holmes.
- Enchanté. Je te fais visiter ?
- De même. Pourquoi pas… Mais avec cela, ça risque d'être compliqué, expliquais-je en montrant mon genou bandé.
- Je peux toujours te porter.
