Salut à tous !
Voici un tout nouveau chapitre pour cette histoire. Le prochain devrait suivre rapidement, il ne me reste plus qu'à fignoler quelques détails. N'hésitez pas à me faire part de vos impressions et à me dire si vous trouvez que je dois modifier le rating, j'ai mis T en pensant que ça suffirait mais il se peut que j'ai mal évalué.
Je vous souhaite une très bonne lecture !
Coquille de noix
Chapitre IV – Daphnée
Ce furent les gazouillis des oiseaux qui réveillèrent Daphnée Greengrass, en ce premier matin des vacances. Les rayons du soleil baignaient la pièce d'une lumière douce, et Daphnée dû laisser le temps à ses yeux de s'habituer à l'éclat derrière ses paupières avant de parvenir à les ouvrir. Lentement, elle s'étira dans son lit, profitant encore un peu de la chaleur des draps qui l'enveloppaient.
Elle songea qu'elle adorait cette sensation. C'était comme recevoir un long câlin, très doux, ça donnait envie d'y rester. Non pressée de s'extirper de ce cocon confortable, elle prit le temps d'apprécier la sensation du tissu sur sa peau et celle du soleil qui inondait la chambre d'une clarté paisible. Daphnée aimait profiter de ces moments privilégiés, où tout semblait en parfaite harmonie.
Elle jeta un coup d'œil en direction de la fenêtre et sourit. Dans l'arbre qui bordait la maison, un couple de mésanges avaient élues domicile dans le nichoir qu'elle avait construit avec son père et avaient données naissance à cinq oisillons qui ne tarderaient pas à prendre leur envol. Daphnée appréciait se réveiller avec les bruits de la nature. Elle aimait entendre le chant des oiseaux le matin et se laisser bercer par le son de la brise qui secoue doucement les feuilles des arbres.
Lorsqu'elle était à Poudlard, elle regrettait ces plaisirs simples et déplorait que les dortoirs des Serpentards se situent au fin fond du château, dans les cachots de l'école. Là-bas, aucun son de l'extérieur ne parvenait à percer les épais murs de pierre enfoncés sous terre.
Oh, bien sûr elle aimait tendrement sa salle commune aux pierres grisâtres et aux fauteuils luxuriants de velours vert émeraude, avec ses tables basses en bois massif finement ouvragées et ses tapis moelleux à l'effigie de leur maison – dont elle était fière de compter parmi les membres. Elle appréciait se réveiller dans les lits à baldaquins de leur dortoir en compagnie de ses meilleures amies (Pansy et Victoria) mais cela n'avait rien à voir avec la chaleur qu'offrait la maison de ses parents. Ici, elle se sentait véritablement chez elle, et son chez elle lui avait particulièrement manqué.
Son regard se posa sur la coiffeuse qui faisait face à son lit, plus précisément sur le petit écrin à bijou finement décoré d'ornements dorés qu'elle avait déposé là la veille. A la vue de cet objet, son cœur s'accéléra légèrement dans sa poitrine et elle se sentit d'un coup parfaitement réveillé. A cet instant, des dizaines de questions cruciales se bousculèrent dans sa tête, et elle sentit ses entrailles se tordre doucement sous l'effet de l'affolement. Elle ne l'avait pas encore ouvert, elle n'avait pas osé. Elle devinait sans difficulté quel type de bijoux elle trouverait à l'intérieur, et à vrai dire, cela l'effrayait un peu.
Néanmoins, la délicieuse odeur de thé et de pain brioché fait maison qui venait chatouiller ses narines lui rappelèrent ses priorités, et elle décida qu'elle s'occuperait plus tard du sort de cette boite.
Ravie, elle enfila une robe de chambre en soie bleu pâle et s'empressa de descendre les marches pour se rendre dans la cuisine, d'où elle entendait déjà s'élever les voix de ses parents et de sa sœur. Ils échangeaient de joyeuses banalités lorsqu'elle entra dans la pièce d'où émanait l'odeur sucrée de brioche grillée et de confiture.
_Bonjour ma chérie, fit Mrs. Greengrass en la voyant arriver.
_Bonjour tout le monde !
Sa petite sœur, Astoria, lui adressa un « salut » enjoué et son père vint déposer un baiser sur son front pour la saluer.
_Tu as bien dormi ?
_Plus que bien. Ça sent trop bon !
Sans plus attendre, elle se découpa une tranche de brioche tressée à la main et y étala une généreuse couche de confiture à la cerise faite maison, avant de croquer avec envie dans ce petit déjeuner. Elle savoura avec plaisir sa première bouchée, puis dévora le reste de ce met délicieux en quelques secondes, en laissant s'échapper un « hmmm » de plaisir.
Certes, les petits-déjeuners de Poudlard étaient royaux et elle n'avait rien à y redire, mais ça n'avait pas le goût de la maison. Elle ne put s'empêcher de sourire en écoutant son père s'emporter à nouveau dans un discours enflammé sur le prochain match de Quidditch qui allait opposer les Flèches d'Appleby aux Frelons de Wimbourne (son père était évidemment du côté d'Appelby, d'où il était originaire), en faisant de grands gestes qui manquèrent de peu de renverser la cruche de jus de citrouille juste à côté de lui.
Elle était heureuse à cet instant, et cela faisait du bien.
_Fais donc un peu attention, David, tu vas finir par casser quelque chose, gronda Mrs. Greengrass dans un demi sourire.
_Pardon, chérie, s'excusa Mr. Greengrass, avant de reprendre son monologue grandiloquent exactement où il en était avant d'être interrompu.
Astoria, la petite sœur de Daphnée, l'écoutait parler avec ravissement, partant quelque fois dans des éclats de rires tout à fait charmants.
_Daphnée, chérie, tu peux venir voir une minute ?
Daphnée renonça à sa deuxième tartine et alla rejoindre sa mère qui préparait un thé aux notes épicées pour accompagner la brioche. Elle crut d'abord qu'elle l'appelait pour qu'elle l'aide à une quelconque tâche, mais alors qu'elle arrivait près d'elle, Mrs. Greengrass lui fit un signe de tête pour l'inviter à regarder par la fenêtre. D'abord étonnée, Daphnée suivit son regard puis elle comprit où elle voulait en venir.
_Je m'en occupe, dit-elle simplement avant de se diriger vers l'entrée et d'enfiler des pantoufles.
Daphnée traversa la courte allée de graviers qui traçait une ligne impeccable à travers le gazon parfaitement tondu. Elle s'arrêta à sa hauteur en l'observant, les mains posées sur ses hanches, l'air dubitative.
Elle semblait encore endormie, mais Daphnée l'avait immédiatement reconnue à la tenue qu'elle portait et à la touffe de cheveux noirs qui dépassait du gilet qu'elle avait négligemment noué autour de sa tête. Un tas d'idées saugrenues passèrent dans l'esprit de Daphnée, supposées expliquer le fait que sa meilleure amie ait décidé de camper sur le muret en face de chez elle, mais elle décida qu'il valait mieux lui poser la question directement.
Avec douceur, elle appela.
_Vicky ?
Pas de réponse, elle ne bougea même pas d'un millimètre. Daphnée s'assit à côté d'elle et regarda son amie qui ne semblait pas décidée à se réveiller. Elle attendit un moment avant de faire une nouvelle tentative.
_Victoria, réveilles-toi, dit-elle en la remuant doucement par l'épaule.
Victoria poussa un grognement mécontent, et Daphnée pu deviner la grimace qu'elle devait faire sous son gilet. Alors qu'elle commençait à perdre patience et à la remuer un peu plus fermement, Victoria se redressa mollement en maugréant et ôta le gilet qui recouvrait son visage. Instantanément, elle mit son bras devant ses yeux pour se protéger de la brûlure du soleil.
_C'est vraiment trop demandé de pouvoir dormir en paix, par ici ? rouspéta-t-elle avec mauvaise humeur.
Elle avait l'air d'avoir passé une nuit affreuse.
_Bonjour à toi aussi, répondit Daphnée dans un demi sourire.
Pour toute réponse, Victoria poussa un grognement d'ours mal léché et se frotta les yeux en grimaçant. Maintenant, elle avait l'air d'un panda mal réveillé avec son mascara étalé partout autour de ses yeux.
_Tu as vraiment une sale tête.
_Je suis sûre que je n'ai jamais été aussi canon. Tu es jalouse, voilà tout, répondit Victoria en essayant d'adopter le ton le plus sérieux possible.
Les deux filles se mirent à rire doucement.
Victoria fit un mouvement pour s'asseoir un peu mieux à côté d'elle en se massant le bas du dos. Elle semblait avoir toute la difficulté du monde à détendre ses muscles engourdis.
_Mais enfin Victoria, qu'est-ce que tu fais là ? s'inquiéta Daphnée, qui avait repris son sérieux.
_J'avais envie de dormir à la belle étoile.
Sur ces mots, elle s'étira comme un chat en baillant exagérément.
_Sérieusement, insista Daphnée, qui était loin d'être dupe.
_Oui, bon. J'avais nulle part où aller et je me suis dit que je passerais bien te voir.
_Encore une dispute avec Amélia ?
Victoria ne répondit pas, fixant un point invisible dans la rue.
_Pourquoi avoir dormi ici toute seule ? Pourquoi ne pas avoir sonné ?
_Tu me connais, je ne voulais pas déranger.
_Ce serait bien la première fois.
Victoria faillit s'offusquer mais elle se retint, à juste titre. Il était vrai qu'elle n'était pas particulièrement connue pour se préoccuper de ce genre de choses.
_Ripley est revenu, lâcha-t-elle au bout d'un moment.
_Quoi, cette espèce de chien galeux ? Ta mère ressort avec lui ?
_Il semblerait bien.
Daphnée hocha la tête en signe de compréhension, bien qu'elle ne saisissait pas tout à fait en quoi cela justifiait que son amie ait passé la nuit dehors.
_Tu me raconteras tout une fois que tu auras mangé un petit déjeuner digne de ce nom, moi aussi j'ai quelque chose d'important à te dire. Allez, viens, dit-elle alors en sautant sur ses deux pieds et en lui faisant signe de la suivre à l'intérieur.
Les deux amies se dirigèrent ensemble vers la maison de Daphnée. Victoria sentit son ventre grogner lorsqu'elles entrèrent dans la cuisine, où les parents de Daphnée l'accueillirent avec un grand sourire et une tasse de thé fumante.
Les filles profitèrent plus que de raison de cet excellent petit déjeuner, tandis que les parents de Daphnée évitaient soigneusement de poser des questions comme par exemple « comment se fait-il que tu aies passé la nuit devant chez nous ? » ou encore « d'où t'es venu l'inspiration de ce... euh... nouveau look ? », qui auraient pu mettre mal à l'aise leur hôte. Victoria les en remercia intérieurement, consciente qu'elle devait avoir une mine affreuse et que cela devait soulever quelques interrogations. A la fin du petit déjeuner, Daphnée demanda l'autorisation de l'héberger pour quelques jours, ce qu'ils acceptèrent naturellement sans en demander la raison.
Plus tard, lorsqu'elles eurent fini leur festin et qu'elles eurent débarrassées la table (les Greengrass n'avaient pas d'elfe de maison), les deux jeunes filles montèrent dans la chambre de Daphnée, où Victoria ne put évidemment pas esquiver plus longtemps les questions de Daphnée.
Elle ne s'étendit cependant pas dans les détails, expliquant simplement à Daphnée qu'elle avait été contrariée que sa mère fasse à nouveau entrer Ripley dans leur vie compte tenu de ce qu'il lui avait fait endurer la dernière fois, qu'elles s'étaient disputées à ce sujet et qu'elle était partie en claquant la porte. C'était un petit mensonge, elle le savait, mais elle n'avait pas vraiment envie de raconter ce qui s'était vraiment passé, d'autant plus que Daphnée aurait fait un scandale et qu'elle aurait dû l'empêcher d'aller donner une bonne leçon à Ripley, ce qu'il méritait sans aucun doute.
_Et toi, tu disais avoir une chose importante à me dire ? demanda Victoria pour changer de sujet.
Daphnée, qui était adossée à sa coiffeuse, se retourna et pris l'écrin à bijoux entre ses doigts. Elle soupira sans quitter l'objet des yeux.
_Je… Je crois que Blaise me fait sa demande.
Elle se retourna face à Victoria et lui présenta la boite à bijoux.
Victoria resta sans voix, la bouche à demi ouverte, alors que Daphnée s'asseyait près d'elle sur le lit, la boite toujours fermée entre ses mains.
_Je ne l'ai pas encore ouverte.
_Qu'est-ce que tu attends ?
_Je ne sais pas. Pour être honnête, je pense que j'ai un peu peur.
_Blaise est très traditionnel, dis-donc. T'es sûre que c'est une bague ? C'est peut-être… autre chose ? tenta-t-elle, sans grande conviction.
Mais il fallait dire que l'écrin avait la taille parfaite pour abriter une bague. Daphnée ne risquait pas grand-chose à parier là-dessus, il fallait être honnête.
Daphnée prit une grande inspiration pour se donner du courage et ouvrit timidement l'écrin pour découvrir le bijou qui se trouvait à l'intérieur.
_Euh, il est vraiment très riche aussi. La vache ! s'exclama Victoria, les yeux écarquillés.
_C'est super beau, souffla Daphnée.
_A ton avis, il y a combien de diamants sur cette bague ? interrogea Victoria en approchant son doigt du bijou.
_Pas touche ! s'écria Daphnée en écartant farouchement la boite le plus loin possible des mains indélicates de son amie.
Il y eut un instant de silence, puis les deux filles éclatèrent de rire face à la réaction de Daphnée. Elle-même s'étonna de sa férocité à défendre ce bijou dont elle avait pourtant du mal à réaliser l'existence. Elles s'allongèrent toutes les deux en travers du lit en riant, puis elles observèrent à nouveau la bague en or blanc constellée de diamants dont les éclats se reflétaient à la lumière du soleil.
_Qu'est-ce que tu vas faire ?
_Franchement, je ne sais pas trop, avoua Daphnée en se redressant.
Elle posa l'écrin sur sa commode et se mit à faire les cent pas dans la chambre.
_J'ai toujours eu envie de me marier, tu vois ? Et Blaise, et bien… ça fait quand même plus de trois ans maintenant et… je l'aime, c'est clair ! Je l'aime plus que tout au monde. Je me suis toujours dit qu'on finirait par se marier, avoir des enfants et tout le bazar, mais… C'est un peu tôt, tu ne trouves pas ?
_Tu es sûre de vouloir demander son avis à la seule personne du groupe qui finira probablement vieille fille ?
_Ne sois pas si dure avec toi-même. Je suis sûre que tu seras très heureuse toute seule dans ta grande maison, avec tes 12 chats, répliqua Daphnée en essayant d'adopter un ton très sérieux.
Victoria éclata de rire.
_Seulement si toi et Blaise venez me rendre visite de temps en temps pour me sortir un peu, pour éviter que je sente le renfermé.
Ce fut au tour de Daphnée d'éclater de rire.
_Ne sois pas stupide, tu ne finiras pas dévorée par tes 12 chats, j'y veillerai personnellement. Mais plus sérieusement, Vi'… Je voudrais savoir ce que tu en penses.
Victoria fit de son mieux pour reprendre son sérieux et observa un instant l'écrin à bijou qui trônait fièrement sur la commode de Daphnée. Les - très nombreux - diamants renvoyaient des petits éclats scintillants sur les murs de la chambre.
_17 ans, c'est tôt. C'est forcément trop tôt mais… ce sont seulement des fiançailles, ça ne veut pas dire que vous allez vous marier dès demain. Ni même que tu es obligée de te marier tout court.
Daphnée s'adossa à la commode et prit la bague entre ses doigts. C'était un bijou magnifique, et il ne faisait aucun doute que Blaise l'avait choisi tout spécialement pour elle. Cela ne ressemblait pas à un bijou qui se transmettait de génération en génération. A l'intérieur de la bague, elle remarqua que quelque chose y était gravé.
« Daphnée, pour toujours. »
Daphnée ne put s'empêcher de sourire à la vue de cette déclaration : c'était du Blaise tout craché. Mais plus encore, elle ne pouvait nier sentir les battements de son cœur s'accélérer joyeusement à la lecture de ces mots.
Blaise et elle s'était rencontrés en première année, lorsqu'ils s'étaient trouvés tous les deux envoyés à Serpentard. Déjà à l'époque, le métis aimait la courtiser en faisant passer cela pour de la taquinerie. Evidemment, il ne fallait pas s'attendre à ce qu'un garçon de 11 ans fasse preuve de beaucoup de subtilité dans ce domaine, mais elle avait été petit à petit séduite par son audace et sa façon d'être toujours si attentionné envers elle. Elle avait intégré le groupe comme un membre à part entière un peu plus tard que les autres, à l'exception de Théodore qui avait longtemps fait cavalier seul, ne se joignant à eux qu'à certaines occasions jusqu'à leur quatrième année. A l'époque elle n'était pas tout à fait certaine de trouver son compte au milieu de gens qu'elle trouvait aussi arrogants que Drago, aussi superficiels que Pansy, aussi beaux-parleurs que Blaise ou aussi dédaigneux que Victoria. Ce n'était pas des traits de personnalité qu'elle jugeait forcément par la négative, bien au contraire. Elle était convaincue qu'être arrogant, superficiel, beau-parleur ou dédaigneux n'empêchait nullement d'être brillant et d'aller loin dans la vie. Mais au départ, elle ne voyait pas vraiment ce qu'elle pourrait leur apporter, alors qu'ils semblaient déjà avoir tout ce qu'ils voulaient dans la vie et n'avoir besoin de personne.
Daphnée était d'un naturel plutôt doux et sensible, bien qu'elle soit également capable de se montrer réellement mauvaise lorsqu'elle avait quelqu'un dans le viseur. C'était sans doute son sens de la détermination et sa capacité à réfléchir vite et bien - ce qui l'avait déjà aidé à se sortir avec brio de nombreuses situations délicates - qui lui avaient permis d'entrer à Serpentard. C'était une fille intelligente dont la personnalité dénotait franchement de celle de ses camarades, mais c'était aussi peut-être pour cela qu'elle avait tant sa place au sein de leur groupe finalement.
Au fil du temps, elle avait appris à découvrir d'autres facettes de la personnalité de chacun de ses amis, et elle avait tiré une leçon de vie qu'elle trouvait encore aujourd'hui particulièrement juste : si tout ce que tu connais de moi se résume à ce que j'ai bien voulu te montrer, alors peut-être ne sommes-nous pas voués à faire notre route ensemble.
Aujourd'hui, et ce malgré toutes les tensions dérisoires qui pouvaient mettre à l'épreuve leur amitié, Daphnée ne regrettait pas une seule seconde d'avoir fait entrer chacun de ses camarades dans sa vie. Et Blaise, et bien… Il était indéniablement la plus belle personne qui soit entré dans sa vie.
Après trois ans à recevoir des signes d'intérêt de la part du métis, elle avait enfin fini par accepter les sentiments ambivalents qu'elle ressentait à son égard, et à lui laisser une chance. Il fallait dire que Blaise était quelqu'un d'extrêmement ambitieux, qui jouissait d'une très haute estime de lui-même et d'une certaine assurance, ce qui avait tendance à le rendre un tantinet insupportable aux yeux de n'importe qui. Et d'un autre côté, elle s'était sentie charmée par sa gentillesse à son égard, sa tendance à être attentif à ce qu'elle pouvait ressentir, et par tous les efforts qu'il mettait en œuvre pour la faire rire et la faire se sentir très importante à ses yeux.
Elle se souvenait encore parfaitement de leur premier baiser. C'était en troisième année, pendant le match de Quidditch qui avait opposé Serpentard et Gryffondor. Ce jour-là, le ciel se faisait transperser de toute pars par la foudre et la tempête ballotait les joueurs comme de vulgaires fétus de paille. Mais ni la pluie, ni le vent, ni même la morsure du froid ne suffisaient à endiguer l'effervescence qui agitait les supporters dans les gradins. L'ambiance était extatique. Alors que Harry Potter (l'attrapeur de l'équipe de Gryffondor) filait tout droit vers le vif d'or, ils avaient vu les détraqueurs au loin fendre le ciel et se diriger droit sur eux. Dans le même temps, ils avaient vu Potter tomber comme une pierre à travers les nuages, tétanisé sur son balai.
Daphnée ne se rappelait pas avoir eue un jour aussi peur de sa vie. Elle se souvenait avoir entendu Victoria hurler quelque chose à côté d'elle, puis avoir vu une créature sombre et sans visage apparaitre devant eux et tendre sa main cadavérique dans leur direction. Pendant un court instant elle se rappela la sensation qui lui avait glacée les entrailles à la vue de ce monstre cauchemardesque, tandis que toute idée de bonheur semblait l'avoir quitté à tout jamais.
Et puis Blaise s'était interposé entre elle et la créature en lui balançant toute sorte de sorts inefficaces. Alors que Dumbledore ralentissait la chute de Potter, lui évitant ainsi une mort atroce, ils avaient vu des dizaines d'animaux argentés débarquer de tous les côtés et faire barrière entre eux et les sombres créatures. Elle apprit plus tard qu'il s'agissait du sortilège du Patronus, qui faisait apparaitre en quelques sortes un animal totem, propre à chaque sorcier, et qui éloignait les détraqueurs. Chat, biche, ours, loup, sanglier, tous les professeurs de l'école se tenaient debout avec leurs baguettes pour protéger les élèves des monstres qui avaient envahi le terrain. Les projections lumineuses firent fuir les détraqueurs et alors que Blaise se tournait vers elle pour s'enquérir de son état, elle se jeta à son cou et l'embrassa comme si sa vie en dépendait.
Ce fut le début d'une histoire qui durait depuis trois ans et demi déjà, et en ce remémorant ces trois années passées, Daphnée eut soudain la certitude que personne ne la rendrait aussi heureuse que Blaise Zabini.
_Tu as conscience que tu souris bêtement depuis dix minutes en regardant ce bijou ?
La voix de Victoria l'extirpa de ses pensées, et Daphnée releva la tête vers son amie qui la dévisageait, presque consternée.
_J'étais en train de penser à quel point j'aime ce garçon.
_Je vais vomir et je reviens, conclut Victoria.
_Oui, oui, tu es une grande insensible, tout le monde le sait, expédia Daphnée avec un mouvement de la main qui voulait dire « parles toujours, tu m'intéresse ». Quoiqu'il en soit, il y a un autre problème : mon père.
_Qu'est-ce qu'il a ton père ?
_Ben, avant que je dise oui à Blaise, il va forcément devoir demander son consentement à mes parents. Et bon, mon père apprécie Blaise mais est-ce qu'il l'appréciera toujours autant quand il apprendra qu'il veut lui voler sa fille ? Il est très protecteur, on ne rigole pas avec ces choses-là dans ma famille.
_On ne rigole pas vraiment avec ces choses là dans les familles de sang-purs, de manière générale, fit remarquer Victoria.
Et à juste titre. Une demande en mariage représentait bien plus que la simple union entre deux êtres qui s'aiment. Bien qu'il était de plus en plus rare que les mariages soient stratégiquement arrangés, au sein des castes de sang-purs, un mariage demeurait encore et toujours une histoire d'influence, de pouvoir et d'alliance entre deux familles, qui pouvait s'avérer fructueuse, ou au contraire… tout à fait désastreuse. Jamais les parents de Daphnée n'avaient mis la pression à leurs filles quant au choix de leurs futurs époux. Les Greengrass avaient toujours exprimé le souhait que Daphnée et Astoria soient heureuses en premier lieu, mais ça, c'était la théorie. Elle avait déjà surpris son père tenant des discours sur l'importance d'une bonne alliance pour pérenniser ce qui, selon lui, avait tendance à se perdre. Il parlait bien entendu de la pureté du sang. Bien que Blaise soit un sang-pur, ce qui constituait déjà un bon point pour lui, elle ignorait ce que ses parents et plus particulièrement son père pensaient de lui réellement. Jugeaient-ils qu'il était un bon parti pour Daphnée ?
_Ton père réagirait comment si un type venait à lui demander ta main ? demanda Daphnée, curieuse.
_Je pense qu'il l'étriperait. Ou plutôt non, il lui foutrait une peur bleue, puis il l'étriperait. C'est pour ça d'ailleurs que je prépare le terrain et que je fais fuir tous les types qui essaient de m'approcher. Ils me diraient merci s'ils voyaient la tête de mon père, en vrai je leur rends un fier service.
Victoria avait prononcé ces mots avec un air à moitié amusé. A moitié seulement, parce qu'elle n'était malheureusement pas certaine que sa théorie soit totalement infondée. De prime abord, son père n'était pas un personnage très sympathique et elle n'était pas pressée d'avoir un jour à lui présenter quelqu'un.
_En vrai je n'y ai jamais réfléchi, ajouta-t-elle au bout d'un moment.
_Ça à l'air d'être un sacré personnage.
_Tu n'as pas idée.
_Espérons que mon propre père n'essaie pas d'étriper Blaise, soupira Daphnée en triturant la bague d'un air absent.
[…]
_Pour l'amour du ciel Daphnée, quand tu auras fini de changer de tenue pour la trentième fois on pourra peut-être songer à y aller ? s'exclama Victoria sur un ton exaspéré.
Elle portait une robe courte et très près du corps dont le tissu, d'un beige irisé, étincelait à la lumière de la lampe. Perchée sur ses hauts talons, elle se passait pour la troisième fois une couche de mascara sur ses yeux déjà très charbonneux. Elle ne savait plus quoi faire pour passer le temps en attendant que Daphnée se décide enfin sur la robe qu'elle allait porter.
Cela faisait une semaine et demie que Victoria avait élu domicile chez les Greengrass. Les parents de Daphnée s'étaient absentés pour le weekend et ce soir, elles étaient sensées retrouver leur bande d'amie pour la première fois depuis qu'ils s'étaient tous séparés sur le quai de la voie 9 ¾.
Pour toute réponse, Daphnée lui jeta un regard mauvais et retira à nouveau la robe qu'elle portait sur un air de défi.
Victoria pouffa.
_Ce n'est pas drôle, c'est un jour important, lui rappela Daphnée sur un ton sévère.
C'était aussi la première fois que Daphnée revoyait Blaise et elle se sentait un peu nerveuse à l'idée de le retrouver. Ce soir, elle allait lui donner sa réponse et elle voulait que tout soit absolument parfait, à commencer par elle-même.
Victoria, qui tournait dans la chambre comme un lion en cage, s'arrêta un instant devant la petite pile de lettres qui s'entassaient sur la commode.
_Tu devrais peut-être lui répondre, fit remarquer Daphnée qui l'observait dans le reflet du miroir.
Elle tenait dans ses mains une robe bleue et une robe noire, et elle n'avait pu s'empêcher d'intervenir en voyant le visage de Victoria s'assombrir légèrement à la vue des missives qu'elle n'avait pas daigné ouvrir.
_Pas la peine, répondit Victoria en feignant une parfaite indifférence.
Tous les deux jours, une lettre de sa mère arrivait chez les Greengrass. Et chaque fois que cela arrivait, Victoria rajoutait la lettre du jour à la pile de lettres des jours précédents.
_Tu devrais choisir la bleue, intervint une voix derrière elles.
Victoria et Daphnée se tournèrent vers Pansy, qui se tenait dans l'encadrement de la porte. Elle portait une robe patineuse rouge avec un décolleté vertigineux qui faisait ressortir son teint halé, et un gros nœud bordeaux relevait ses cheveux châtains. Très année 70.
_Dites donc mademoiselle Parkinson, vous êtes bien élégante ! Comment c'était ces vacances à Padova ? demanda Daphnée dont les lèvres s'étiraient en un magnifique sourire.
_Ennuyeux, pour tout vous dire, répondit Pansy d'un air blasé et guindé tout à la fois. Mon père et ma mère n'ont pas arrêté de se disputer, et ma cousine me suivait partout comme un petit chien. Impossible d'avoir une minute à moi ! Elle n'a accepté de me laisser respirer qu'après que je lui ai promis de lui offrir une robe neuve et une paire de chaussures de marques si elle me fichait la paix. Elle est tellement superficielle…
Daphnée et Victoria échangèrent un regard amusé, puis Pansy – qui n'avait rien remarqué - vint s'asseoir sur le lit à côté de Victoria.
_Et vous, quoi de neuf ?
_Oh, rien de spécial. Je pense qu'on aura eu le temps de mourir de vieillesse avant que Daphnée ne se soit décidée sur la tenue qu'elle allait porter ce soir, ce qui est dommage, puisque…
_Puisque ça va être une super soirée ! coupa précipitamment Daphnée, qui ne semblait pas avoir envie d'aborder le sujet.
_Ça, c'est sûr ! enchérit Pansy. Blaise m'a dit qu'il nous avait préparé quelque chose de spécial pour ce soir, j'ai hâte de voir de quoi il s'agit.
_Ah, il a dit ça ? répondit Daphnée, dont le rouge lui montait aux joues.
Victoria comprit que Daphnée n'avait pas encore parlé de la bague à Pansy, et elle se retint de dire quoique ce soit d'autre.
Après quarante-cinq minutes supplémentaires durant lesquelles Pansy détaillait ses « affreuses vacances à Padova » en s'indignant à plusieurs reprises du manque de tact des Italiens en matière de drague (tout en gloussant délicieusement alors qu'elle racontait deux ou trois anecdotes à ce sujet), Daphnée avait enfin choisi une robe et elles étaient enfin prêtes à se rendre à leur soirée, où les autres devaient les attendre depuis plus d'une heure.
Il était déjà tard et elles se rendirent encore plus en retard, car le Magicobus – Daphnée et Pansy n'avaient pas encore l'âge de transplaner et il était hors de question pour elles trois de prendre un moyen de transport moldu ni même de marcher jusqu'à la soirée - s'évertua à faire plusieurs longs détours avant de les déposer à l'endroit qu'elles avaient demandé. Le chauffeur, Ernie Danlmur, prétexta que c'était parce que beaucoup de personnes avaient demandé l'arrêt avant elles (et il n'allait tout de même pas commencer à faire des traitements de faveur, non mais !), mais Daphnée pensa qu'elles seraient peut-être arrivées plus vite à destination si Pansy n'avait pas jugé utile de lui aboyer dessus comme à un domestique dès qu'elles étaient entrées dans le bus. Elles arrivèrent donc avec une bonne heure et demie de retard au point de rendez-vous.
Le Magicobus les déposa dans une zone industrielle en périphérie de Londres. Tout autour s'érigeaient de nombreux entrepôts et d'anciennes usines, la plupart désaffectées, qui ne semblaient plus du tout entretenus depuis des années. Le paysage était entièrement gris, dallé et bétonné de toutes parts. Un lampadaire sur deux fonctionnait encore et dans certains coins on pouvait voir des poubelles défoncées dont le contenu avait été répandu sur le sol. Un peu plus loin derrière elles, des voitures de moldus s'entassaient sur une sorte de terrain vague et elles pouvaient entendre le bruit des rires et des conversations de quelques fêtards qui trainaient encore là-bas.
Drago, Blaise, Théodore ainsi qu'une fille et un autre garçon – que Daphnée ne reconnut pas parce qu'ils lui tournaient le dos - les attendaient à quelques dizaines de mètres d'où elles se trouvaient, devant un bâtiment qui ressemblait à un bloc de béton et qui portait des barreaux aux fenêtres. Ils ne s'étaient pas privés pour commencer la soirée sans elles, à en juger par les nombreuses bouteilles vides de Gin et de Xérès qui jonchaient le sol à leurs pieds.
Alors qu'elles s'avançaient vers eux, Daphnée avait l'impression qu'on venait de lui jeter un seau d'eau glacée dans le dos et que son cœur allait s'échapper de sa poitrine. Elle se demanda si son visage n'avait pas perdu toute couleur, tant elle angoissait à la perspective de revoir Blaise. Comment allaient-ils parler de tout ça ? Et si elle s'était monté la tête pour rien et qu'elle avait simplement mal interprété ses intentions ? Après tout, peut-être qu'il avait simplement voulu lui faire un cadeau et que cela ne cachait rien d'aussi saugrenu qu'une demande en mariage. Elle fit de son mieux pour conserver une allure détachée et donner l'impression d'être parfaitement détendue au moment où Blaise laissait s'échapper un « ah, enfin ! » teinté de reproches lorsqu'il les vit arriver.
_Comment va ma princesse ? dit-il en se précipitant vers Daphnée pour l'embrasser.
Daphnée, plus nerveuse que jamais, se contenta de lui rendre son baiser, incapable de prononcer quelque chose d'intelligible tant elle était stressée par la situation. Blaise, qui semblait comprendre qu'elle n'était pas tout à fait à l'aise, la serra contre lui avec tendresse.
_Ça fait des heures qu'on vous attend, il vous faut combien de temps pour vous préparer ? rouspéta Drago qui semblait scruter les alentours avec une certaine nervosité.
_C'est ma faute, j'avais du mal à choisir ma robe. Tu trouves quelque chose à redire à ça ? demanda Victoria sur un ton de défi avant que Daphnée ait eu le temps d'ouvrir la bouche.
_J'en dis que tu aurais pu mettre une heure et demie de moins pour te décider, grogna Drago avec mauvaise humeur, avant d'ajouter qu'il trouvait qu'elle lui allait très bien.
_Merci, répondit-elle en le gratifiant d'une élégante courbette, ce qui eut au moins pour effet de le faire sourire.
C'était une nuit anormalement froide pour un mois de juillet, et la brume ainsi qu'une pluie fine les avaient tous obligés à se couvrir. La fille qui les accompagnait n'était autre qu'Héloïse Hackett, la petite amie de Théodore, qu'il serrait étroitement contre lui. Cette dernière les salua en souriant poliment.
Héloïse Hackett était à Serdaigle, dans la même promotion qu'eux. C'était une jolie fille aux longs cheveux bruns ondulés qui retombaient sur ses épaules et jusqu'au milieu de son dos. Elle avait de grands yeux bleus et son visage dégageait un air très doux et bienveillant. Il suffisait de la regarder pour se rendre compte qu'elle respirait l'intelligence et que c'était quelqu'un à l'esprit vif, qui avait conscience de ses capacités. Pour autant, elle ne dégageait rien d'insupportablement hautain, c'était même plutôt le contraire.
_Salut Héloïse, tu passes de bonnes vacances ? demanda Victoria sur un ton si respectueux que même Théodore ne pu tout à fait cacher son étonnement.
_Oh… oui, plutôt. J'ai pas mal de boulot, ça occupe.
_Ah oui c'est vrai. Théo nous disait justement l'autre jour que tu étais très studieuse.
Héloïse ne remarqua pas que Pansy et Blaise faisaient de leur mieux pour s'empêcher de rire, ni que Théodore fronçait les sourcils derrière elle en fixant Victoria d'un air menaçant.
_Euh… merci, répondit Héloïse, qui ne s'attendait pas à recevoir un compliment.
Victoria lui adressa un sourire qui ne dupa personne d'autre que son interlocutrice et s'avança vers Gregory Goyle pour lui faire la bise. Gregory salua les trois dernières arrivantes avec un air réjouit et Daphnée se demanda comment elle avait fait pour ne pas le reconnaitre, même de dos, avec sa carrure massive, ses épaules carrées et sa touffe de cheveux bruns qui se dressait au-dessus de sa tête. C'était un ami proche de leur bande et il n'y avait rien d'étonnant à ce qu'il soit là avec eux ce soir.
_Je vois que vous avez trouvé le moyen de vous réchauffer, fit remarquer Pansy alors qu'elle déposait un baiser sur les lèvres de Drago.
_Je ne voudrais pas vous presser, mais ce serait peut-être bien qu'on entre à l'intérieur ? Il fait un froid de canard ici, dit Héloïse qui commençait à claquer des dents.
_Ce serait dommage de laisser ça ici, vous ne pensez pas ? objecta Gregory en secouant deux bouteilles (une de gin et une de Whisky-pur-feu) à moitié entamées.
_Ok, on termine ça vite fait et on y va. Héloïse à raison, on se les gèle ici, répondit Victoria.
Héloïse la gratifia d'un petit sourire reconnaissant tout en se collant un peu plus contre Théodore, et Victoria attrapa la bouteille de Gin qu'elle porta à sa bouche pour en boire trois grandes gorgées qui lui brûlèrent la gorge.
_On vous rejoint dans deux minutes, prévint Blaise tandis qu'ils se dirigeaient tous vers le sous-sol dans lequel se trouvait la soirée.
Il se tourna vers Daphnée et fronça légèrement les sourcils en voyant son air contrit.
_Tout va bien ?
_Je… Pas vraiment, lâcha-t-elle en toute sincérité.
Elle était tout de même un peu soulagée qu'il ait attendu qu'ils soient tous les deux pour lui parler. Elle se voyait mal avoir une conversation à propos du mariage alors que tous leurs amis les regardaient avec des yeux ronds. Et en même temps, elle ne pouvait s'empêcher d'être un peu déçue, bien qu'elle n'arrivait pas vraiment à savoir pourquoi. Peut-être que quelque part au fond d'elle, elle avait espéré qu'il lui fasse sa demande en public, avec le genou à terre, leurs amis émus aux larmes et tout le reste. C'était ce qu'elle s'était imaginée lorsque Pansy avait annoncé que Blaise leur avait préparé quelque chose de spécial. Naïvement, elle avait pensé que cela aurait forcément un rapport avec la bague, mais de toute évidence elle s'était fourvoyée.
_Est-ce que tu l'as…
-Oui, répondit-elle avant qu'il ait pu finir sa phrase, sur un ton bien plus brusque qu'elle ne l'aurait voulu.
Blaise paru un peu décontenancé par sa réponse mais il continua comme si de rien n'était.
_Ecoute, ce n'est pas comme ça que je voulais… ce n'est pas comme ça que j'imaginais les choses. Au début, je voulais te faire ma demande quand on serait descendu du train, avec tes parents et tous nos amis autour, mais le voyage ne s'est pas passé exactement comme prévu et… Drago et les autres sont partis tellement vite, enfin j'ai dû revoir mes plans. Tu sais, j'ai pas arrêté d'y penser pendant que j'étais aux Canaries, ça m'a pourri mes vacances et toi tu méritais quelque chose de beaucoup mieux. Je me sens vraiment naze et je n'imagine pas ce que tu dois penser de moi.
Il avait dit ça si vite et sans reprendre son souffle que Daphnée cru qu'il allait devenir bleu avant la fin de son monologue. Les joues cramoisies, Blaise leva les yeux vers elles et sonda son regard avec appréhension en attendant qu'elle se décide à répondre quelque chose.
_Je n'ai pas trouvé ça naze du tout. C'est juste que… je ne m'attendais pas à ça, et je me suis posé beaucoup de questions.
_Tu ne t'attendais pas à ça… murmura-t-il entre ses dents, visiblement contrarié. Et bien, j'imagine alors que ce n'était pas le bon moment. On ferait mieux de laisser tomber, oublies ça, trancha-t-il en tournant résolument les talons, signe que la discussion était terminée.
_Mais… Quoi ?
_Ecoute Daphnée, pour moi tout est très clair, s'emporta-t-il en revenant vers elle, un soupçon de colère dans la voix. Avec tout ce qui s'est passé ces derniers temps, la mort de Dumbledore et le reste, ça m'a ouvert les yeux et ça m'a mis en face de ce qui est important.
_Je…
_Laisse-moi finir. Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie, et franchement je préfèrerai me jeter d'un pont plutôt que d'envisager de passer le reste de ma vie sans toi à mes côtés. Je sais que tu me rendras heureux jusqu'à la fin de ma vie, et j'aspire plus que tout au monde à réussir à te rendre heureuse aussi.
_Mais je…
_Mais si ce n'est pas ce que tu veux, coupa-t-il encore une fois, alors ce n'est pas grave, je m'en remettrai. Il vaut mieux s'en rendre compte maintenant plutôt que plus tard, tu ne crois pas ?
Il semblait excédé. Daphnée, quant à elle, était si abasourdie par ce qu'elle venait d'entendre qu'elle resta un instant la bouche entrouverte, incapable de prononcer le moindre mot. En proie à une cuisante déception, Blaise soupira et il lui tourna le dos pour commencer à s'éloigner.
_Espèce d'idiot, lâcha-t-elle d'une voix forte, alors qu'elle se mettait à fouiller rageusement dans son sac pour y attraper la bague qu'elle avait soigneusement rangée dans l'une des nombreuses poches. Si tu m'avais laissé en placer une, tu saurais que toi aussi, tu es la plus belle chose qui me soit arrivée dans la vie, et que moi non plus, je n'imagine pas une seule seconde de ma vie sans toi. Et bien sûr que j'ai envie de t'épouser ! Alors tu vas revenir ici tout de suite et me mettre cette fichue bague au doigt, avant que je ne décide que tu es trop stupide et impulsif pour mériter cet honneur.
Blaise se figea, puis il se tourna lentement vers elle, l'air ahuri. Son cerveau semblait fonctionner à toute vitesse, comme si les mots qu'elle venait de prononcer avaient du mal à faire sens dans son esprit.
_Tu… tu es sérieuse ?
_Evidemment que je suis sérieuse ! s'écria-t-elle, exaspérée.
Un grand sourire se dessina sur les lèvres de Blaise – Daphnée songea qu'elle ne l'avait jamais vu sourire de cette façon – et il fit un bond en l'air en poussant un cri de joie qui ricocha sur les bâtiments alentours. Il se précipita vers elle, la prit dans ses bras et la fit tournoyer, avant de l'embrasser comme jamais il ne l'avait embrassé.
La soirée battait déjà son plein lorsqu'ils rejoignirent les autres dans les sous-sols de l'ancienne usine désaffectée.
L'atmosphère était tout à fait différente à l'intérieur. L'espace était immense mais des centaines de personnes se mouvaient au rythme des basses qui faisaient trembler les murs, rendant difficile toute tentative de circuler dans la salle. L'air était moite, chargé d'un mélange de transpiration et d'odeur d'alcool, et les lumières, tantôt criardes, tantôt saccadées, se mêlaient parfaitement au rythme de Drum and bass qui résonnait à un niveau de décibels qui frôlait l'indécence.
Après un long moment à les chercher parmi la foule, Daphnée et Blaise repérèrent le reste de la troupe qui formait un cercle près du bar. Théodore et Héloïse semblaient s'être lancés dans une discussion captivante avec Pansy et Drago, tandis que Victoria donnait l'impression d'essayer de vider le plus grand nombre de verres dans le laps de temps le plus court possible, sous le regard amusé de Gregory qui ne faisait rien pour la décourager. Il se montrait même plutôt d'humeur à l'accompagner.
_Ah, vous voilà ! Qu'est-ce que vous fabriquiez là-haut ? demanda Pansy alors qu'ils se joignaient à eux.
_Des cochonneries, évidemment, répliqua Blaise en adressant un clin d'œil affectueux à Daphnée.
_Ahh, en voilà une bonne idée ! s'exclama Gregory en éclatant d'un rire gras puis en se mettant à reluquer chaque fille qui passait comme s'il était temps pour lui de faire ses courses.
_Dégoûtant ! s'écria Pansy en faisant la grimace.
Sa réaction fit quasi l'unanimité au sein de la bande. A part Héloïse, qui se gardait de dire quoique ce soit (elle était de sang-mêlé), et Théodore (par respect pour elle), tous paraissaient écœurés à l'idée que Gregory puisse avoir l'idée de passer du bon temps avec une moldue.
_Tu dis ça parce que tu es jalouse. Tu as choisi Drago alors tu ne pourras jamais goûter à ce corps d'étalon, répliqua-t-il en bombant le torse.
_C'est sûr, oui, dit Pansy qui pouffait dans son verre.
_Mais peut-être que toi, continua-t-il en se tournant vers Victoria d'un air intéressé, tu ne serais pas contre un voyage au septième ciel avec ça ?
Il prit le temps de se désigner comme s'il était un morceau de choix auquel il était particulièrement difficile de résister.
_Désolée mon chou, moi je ne te toucherai même pas avec un bâton, répondit Victoria le plus naturellement du monde, avant d'aller se servir un autre verre.
Tous éclatèrent de rire devant la mine faussement désabusée de Gregory.
_Je vois. Il ne me reste plus qu'à me trouver une ou deux moldues qui seraient prêtes à connaître l'extase avec moi dans ce cas ! Les filles, vous ne savez pas ce que vous perdez, avertit-il.
_Tu as vraiment un grain, dit Daphnée en levant les yeux au ciel.
_Ce serait vraiment dégoûtant, même venant de toi, Greg, enchérit Drago.
_Pas de risque que je me déshonore ce soir, rassurez-vous. Ce sont toutes des cageots, de toute façon, dit Gregory avec un air mauvais.
S'ils avaient pris l'habitude de s'incruster dans des soirées moldues pour faire la fête, cela ne voulait pas dire pour autant qu'ils appréciaient leur présence ou qu'ils étaient prêts à vraiment se mélanger à eux. Bien que certains dans le groupe étaient plus radicaux que d'autres, la tendance penchait largement du côté de l'idée que les moldus relevaient plus du parasite que de l'être supérieur qu'ils croyaient être. La plupart du temps, s'ils en venaient à intégrer une soirée moldu, c'était soit parce qu'ils avaient envie de s'amuser un peu (un moldu qui panique en se voyant soudain doubler de volume après que quelqu'un ait « malencontreusement » versé quelques gouttes de potion d'enflure dans sa boisson était hilarant), soit parce qu'ils voulaient passer incognito, ou alors parce qu'il n'y avait vraiment rien d'autre à faire.
Ce soir, en l'occurrence, ils voulaient passer une soirée en paix. Avec la réputation que l'on taillait aux Serpentards (comme si eux-mêmes n'y étaient pour rien) et les récents événements, il fallait dire qu'ils n'étaient pas forcément les invités que l'on avait le plus envie de voir débarquer à sa soirée en ce moment. Les moldus, au moins, ignoraient parfaitement qui ils étaient et n'en avaient strictement rien à faire de leurs petites guerres d'appartenance, grand bien leur fasse.
_Au fait Blaise, c'est quoi ce truc spécial que tu disais nous avoir préparé ? demanda Pansy.
_Ah, oui, j'ai failli oublier.
Il sorti de sa poche plusieurs petits cachets en forme de trèfles à quatre feuilles qu'il présenta aux autres dans le creux de sa main.
_Ohoh, s'exclama Gregory, tandis que Pansy et Victoria semblaient ravies.
_Je les ai un peu trafiqués pour augmenter les effets positifs et diminuer les effets négatifs, mais c'est un essai alors il faudra vous montrer indulgents. J'offre ma tournée, faites-en bon usage, déclara-t-il.
Drago, Gregory, Pansy, Victoria et Blaisent prirent chacun un petit trèfle à quatre feuilles qu'ils mangèrent aussitôt tandis que Théodore, Héloïse et Daphnée s'abstinrent. Daphnée n'aimait pas trop les produits moldus qui lui donnaient l'impression de perdre le contrôle d'elle-même, et elle détestait plus que tout le moment où les effets commençaient à redescendre, qu'elle jugeait trop désagréable pour que ça vaille le coup.
Victoria, qui était déjà bien éméchée, était au comble du ravissement. Elle décida qu'il était grand temps d'aller danser et embarqua Daphnée et Pansy avec elle au cœur de la foule de gens qui bougeaient au rythme des caissons. Elles furent rapidement suivies par Gregory et Blaise, qui les rejoignirent en se trémoussant d'une façon ridicule qui les fit beaucoup rire.
Ils dansèrent ainsi pendant quarante bonnes minutes, se perdant quelques fois de vue pour se retrouver l'instant d'après pour leur plus grande joie. Victoria, qui se déhanchait au rythme de la musique, sentit une vague de chaleur naître dans le creux de son ventre et se répandre délicieusement dans tout son corps. Elle se sentit soudain très légère, et à la fois très présente dans l'environnement. Elle appréciait la sensation de son cœur qui s'accélérait dans sa poitrine, de ses cheveux qui frôlaient sa nuque, du froissement de sa robe contre sa peau. Les sens exacerbés, elle eut l'impression que la musique était plus enivrante aussi, tandis qu'elle ressentait les vibrations plus intensément que jamais. C'était une sensation fabuleuse, comme si la musique faisait corps avec elle et qu'elle comprenait soudain exactement le sens de chacune de ses notes. C'était un moment de parfaite harmonie entre elle et l'univers, et elle avait très envie de pouvoir partager son amour de cet instant à chaque personne présente autour d'elle.
Dans un élan d'affection particulièrement intense, elle serra Daphnée et Pansy dans ses bras, puis ce fut au tour de Drago et Blaise d'avoir le droit à un câlin qu'ils accueillirent avec joie. Eux aussi semblaient beaucoup apprécier ce moment. Théodore et Héloïse avaient fini par les rejoindre et la Serdaigle tirait sur les bras du Serpentard en lui faisant toutes sortes de chantage affectif pour qu'il se décide la faire danser. Pendant une fraction de seconde, Victoria se demanda comment Héloïse Hackett avait réussi à trainer un type comme Théodore Nott sur la piste de danse, puis cette interrogation la quitta presqu'aussitôt qu'elle lui était venue. Pas de traces de Gregory Goyle autour d'eux – elle était pourtant sure qu'il était là il y avait encore un instant – mais ça aussi elle décida qu'elle s'en fichait et qu'elle lui ferait un câlin quand il reviendrait.
Elle dansa encore pendant un long moment avec ses amis, jusqu'à ce qu'elle juge qu'il était grand temps de se resservir un verre. Mais avant, elle avait grand besoin de faire un crochet par les toilettes. Avec difficulté, elle aligna un pas devant l'autre tout en étant bien consciente qu'elle titubait un peu. Elle mit un certain temps à se frayer un chemin jusqu'au renfoncement qui menait aux toilettes, et là encore elle dû se tenir au mur pour éviter de perdre l'équilibre. Elle avança aussi dignement qu'elle le pu dans l'étroit couloir qui était supposé mener au coin des dames et poussa la première porte qui se présenta devant elle.
Sauf qu'au lieu de s'ouvrir sur les toilettes des femmes comme son esprit embrumé l'avait présumé, la porte s'ouvrit sur un tout autre spectacle auquel elle était très loin de s'attendre.
Gregory Goyle se tourna vers elle et il perdit instantanément son sourire. Il avait la chemise ouverte et il semblait haleter. Son visage devint soudain livide et il l'observa avec un regard qui mêlait angoisse, horreur et panique à la fois. On aurait dit qu'il venait de se liquéfier sur place.
Victoria ne comprit pas tout de suite pourquoi il tirait une tête pareille et faillit se payer sa tronche, mais alors elle remarqua le garçon qui se tenait derrière Gregory et qui n'avait plus de t-shirt, et à bien y regarder il n'avait plus de pantalon non plus, et…
_Oh.
Fut le seul son qui sorti de sa bouche. Machinalement, elle referma la porte sur Gregory et sur le moldu et elle fit demi-tour.
Elle n'avait plus du tout envie de faire pipi maintenant. Seulement de boire un verre, ou dix.
Gregory sorti précipitamment du cagibi dans lequel il était enfermé et hurla son prénom, mais elle était déjà trop loin pour l'entendre.
