Chapitre 3


Elsa et Anna s'étaient réveillée tôt le lendemain. Elles se posaient tant de questions qu'ils leur était impossible de se rendormir. Pour se détendre un peu, la cadette avait commencé à tresser les cheveux de son aînée. Elles parlaient toutes deux calmement, se demandant ce qui allait leur arriver aujourd'hui. Bien entendu, la plus jeune ne pu s'empêcher de faire quelque petites blagues, voulant effrayer gentiment la blonde.

Soudain la porte s'ouvrit, laissant passer trois domestiques. Les deux sœurs se retournèrent pour leur faire face. Leurs regards remplis d'étonnement firent comprendre aux servantes que ce ne serait pas une mince affaire de les habiller. La première femme commença à défaire une robe d'un mannequin, laissant apparaître les différentes épaisseurs de tissus, et la cage qui se trouvait dessous. Anna fut la première à réagir.

« -Il est hors de question que je porte ça. Comment sommes-nous censées nous déplacer avec un truc pareil ?! » Elsa était plutôt amusée de la situation. Bien que cela la dérangeait de devoir se présenter dans cet accoutrement, elle avait rarement vu sa sœur se plaindre de la sorte. Elle s'avança vers les domestiques, en fixant sa cadette d'un air amusé, et se laissa se faire habiller. De toute manière, il serait difficile de convaincre les servantes d'abandonner. Elles étaient plus nombreuses, et obéissaient au Roi.

Une bonne heure plus tard, les deux jeunes femmes étaient enfin habillées dans les robes traditionnelles du pays. Après avoir coiffé leur chevelure, les domestiques s'éclipsèrent, leur annonçant qu'un majordome passerait les chercher. Elsa fixa Anna, et au bout de quelques secondes les deux sœurs ne purent s'empêcher de rire. Elles étaient vraiment ridicules dans ces robes. Celle de la plus jeune était couleur crème, avec une multitude de dentelles différentes, de nœuds, de plis, le tout surmontant une base de satin. L'aînée avait quand à elle une robe bleue dotée des mêmes artifices que celle de sa sœur.

Anna se précipita alors sur son aînée, commençant à défaire le travail des domestiques. En un rien de temps les deux jeunes femmes se retrouvèrent avec trois épaisseurs en moins, leur laissant qu'une robe voilée sur le dos. Elles recoiffèrent leur cheveux comme elles avaient l'habitude de le faire, et allèrent s'allonger sur le lit. Elsa soupira, mais semblait soulagée.

« -Crois-tu qu'il nous en voudra ?

-Qui ça ? Le Roi ? Bien sur qu'il ne sera pas content, mais au moins maintenant nous pouvons marcher.

-Je plains les servantes, elles qui ont du se battre pour nous faire porter ces déguisements !

-Oui mais...C'était d'un ridicule..

-Certes. » L'aînée retint un rire. La réaction de leur bienfaiteur l'inquiétait un peu, mais cette matinée avait tout de même été amusante.

Lorsque la porte s'ouvrit sur le majordome, les deux sœurs retinrent leur souffle. Voyant l'air ahuri sur le visage de l'homme, Anna saisit la main d'Elsa et l'emporta vers la sortie.

« -Mais que fais-tu ?!

-Cet homme n'avait pas l'air de vouloir nous emmener.

-Il était peut-être étonné ?

-Oui et bien j'aimerais enfin pouvoir sortir de cette chambre et prendre l'air. Allons dehors.

-Tu ne sais même pas par où est la sortie. Nous ne connaissons pas ces lieux.

-Alors découvrons ! » La Reine souffla. Sa sœur était décidément incorrigible. Elle l'entraîna dans une multitude de couloirs, et d'escaliers, pour enfin s'arrêter devant une grande porte en bois cerné d'arabesques métalliques.

« -Anna, je ne me sens pas très bien, retournons à la chambre.

-Moi aussi je me sens patraque mais je suis sûr qu'un peu d'air frais nous fera du bien.

-S'il n'y a que ça, j'aurais pu te l'offrir dans la chambre..

-Ce n'est pas pareil. Je veux voir l'endroit dans lequel nous sommes. » Têtue. Voilà ce qu'était la cadette. Lorsqu'une idée occupait son esprit, il était vain d'essayer de la dissuader. Pourtant, cette fois elle ne pourrait pas avoir ce qu'elle souhaite. Le Roi, sortie de nulle part, s'avança devant la porte.

« -Voilà donc où étaient mes invitées. Mes domestiques vous cherchent partout dans le château. »

Il s'approcha des deux jeunes femmes jusqu'à n'être plus qu'à quelques pas.

« -Je croyais avoir mis des robes à votre disposition ?

-Elles sont insupportables vos robes. Au moins, comme ça, on peut marcher comme on respire. » lui répliqua Anna. Sa sœur lui pressa le bras lui faisant comprendre l'insolence de ses propos. Pourtant l'homme se mit à sourire. Il les prenait réellement pour des enfants.

« -Bien alors..nous dirons qu'elles étaient trop grandes pour vous. Je dois dire que je suis étonné de vous voir si petite en fin de compte. » En effet le Roi faisait bien une tête de plus qu'elles, et comparées aux domestiques, Elsa avait bien remarqué qu'elles étaient plus grandes qu'elles. Question d'origines, sûrement.

« -Venez donc, avant de ne nous tomber sur les bras. Je vous rappelle que cela fait un moment que vous n'avez rien mangé. Vous pourrez vous promener plus tard. » Sans leur laisser le temps de répondre, les deux sœurs sentirent une main sur leur épaule. Des gardes s'étaient placés derrière elles, ne leur laissant d'autre choix que de suivre le Roi. Anna marmonna à l'oreille de la blonde.

« -Mais où sommes-nous donc tombées...

-Je ne sais pas, mais tiens toi bien. Il ne va pas nous lâcher tant qu'il ne sera pas sûr de pouvoir nous faire confiance.

-Alors dis lui qui tu es et il nous fichera peut-être la paix.

-Je ne veux pas prendre de risque.

-Oh Elsa, que tu peux être bornée !

-Comme d'autre, petite sœur. »

Les deux jeunes femmes suivirent le Roi jusqu'à un grand salon. Un feu était allumé dans la cheminée et le souverain les invita à s'asseoir pour se réchauffer. Elles s'installèrent donc sur un sofa en velours, et les gardes partirent, claquant les portes derrière eux. Les sœurs se regardèrent, attendant que leur bienfaiteur brise le silence. Finalement, ce fut une domestique qui le cassa en pénétrant dans la pièce, accompagné d'un chariot. Hodin s'assied alors sur un fauteuil fasse au sofa et attendit l'approche de la serveuse. Celle-ci déposa un plateau, sur lequel il y avait des petites brioches, sur la table basse à deux pas d'elles. Elle en donna une à chacune des sœurs, puis elle repartit par où elle était arrivée. Les deux protégées du Roi fixèrent leurs mains au creux desquelles étaient reposées les brioches. L'homme se mit à rire et prit lui aussi de quoi manger et croqua dedans à pleine dents.

« -Vous pouvez y aller. Je ne m'amuse pas à empoisonner les jolies filles. »

Elsa écarquilla les yeux, ses deux joues rougissants à cette remarque. Anna lui donna alors un léger coup de coude, un demi sourire s'étirant sur son visage. La Reine et la princesse se décidèrent alors à manger ce qu'on leur avait amené.

« -Vous devez comprendre que je ne vous prive pas de liberté par méchanceté. » commença le Roi, « Je vous ai sorties de l'eau glaciale, et je veux m'assurer que vous allez parfaitement bien. Et votre escapade à l'extérieur du château ne m'aurait nullement dérangé si vous aviez au moins pris le temps de vous nourrir avant. Cela fait peut-être deux jours que vous n'aviez rien mangé. Aussi, j'aimerais que vous acceptiez que le médecin de la cour vous voit. Tout les membres de votre équipage ont été ausculté. Certains souffrent surtout d'un bon rhume ou d'hypothermie mais ils devraient vite être soignés.

-Vous voyez bien que nous allons bien. » lui répondit Elsa.

« -Ne ressentez-vous pas des douleurs aux jambes, ou ne serait-ce qu'au dos ? ». Les deux sœurs se fixèrent. Il est vrai qu'elles avaient eu du mal à se lever le premier jour dû à des douleurs, mais cela pouvait être un simple choc.

« -Si je vous en parles, c'est parce que mes domestiques ont vu des traces bleutées en vous changeant le jour où je vous ai amenées. Lorsque l'on vous a trouvée, vous étiez coincées sous les planches de votre navire, avec le capitaine. Si ces planches vous sont tombées dessus, il n'y a rien d'étonnant que vous vous en sortiez avec des coups. »

Au même moment, un petit homme barbu entra dans la salle. Sa tunique verte était retenu par une ceinture en daim, sur laquelle était accroché de petites fioles. Son allure n'inspirait clairement pas confiance aux deux jeunes femmes.

« -Je vous présente le médecin de la cour, le docteur Roge. » Anna se releva face au Roi, et passa son bras devant sa sœur.

« -Nous n'avons nul besoin de voir un médecin. Nous avons rarement été malade et nous nous sentons parfaitement bien. » Elsa prit le bras de la rouquine et la fit asseoir.

« -Ce que veut dire ma sœur, c'est que nous ne ressentons pas le besoin d'être examiné. Si nous étions malade je pense que nous le saurions déjà. »

Le Roi tendit la main vers Roge, qui lui donna deux petites bouteilles blanches. Hodin posa alors les deux fioles sur la table basse et les recula doucement vers les sœurs.

« -Bien. Alors prenez au moins ceci. Si les bleus venaient à vous faire souffrir. » Voyant qu'Anna ne réagissait pas, Elsa saisit les deux bouteilles et en tendit une à sa cadette.

« -Nous vous remercions, Majesté. » Le Roi la dévisagea l'espace d'une seconde.

« -J'ai l'impression de ne jamais parler aux mêmes personnes. Tantôt vous semblez effrayée comme une enfant, puis l'instant d'après vous semblez aussi noble qu'une Reine. Le changement de pays joue peut-être sur votre humeur ?

-Non. Simplement je sais que nous ne pourrons pas sortir d'ici avant un bon moment. Alors autant faire en sorte que tout se passe au mieux.

-Je vois...Au faite, tant que j'y pense. J'ai un cadeau pour chacune d'entre vous. » Les sœurs parurent étonnées, mais suivirent le Roi, qui les emmena jusque dans leur chambre. Sous leur yeux ébahit, les deux robes de bal des jeunes filles étaient posées sur des mannequins au milieu de la pièce. Voyant leur radieux sourires, Hodin sut qu'il venait de gagner des points auprès de ses deux naufragées.

Le Roi leur laissa le temps de se changer, et lorsqu'elles ressortirent vêtues de leur robe, il leur fit visiter le château. Le calme s'était enfin posé entre les deux jeunes femmes et le souverain d'Elredor.

Le soir venu, il les laissa dîner seules, leur souhaitant par la même occasion une bonne nuit.

« -Bon, il n'est pas si terrible en fin de compte.

-Oui..Je crois que par moment tu t'emportais plus que moi. C'était quoi ton coup avec le médecin ? Tu avais peur qu'il me saute dessus ou quoi ?

-Simple réflexe.

-Et bien révises tes réflexes, tu pourrais être dangereuse.. » Elsa sourit à sa sœur. Elles étaient enfin rassurées de savoir où elles étaient. Au moins, le Roi n'était pas un tyran.

Après avoir dîné les délicieux mets préparés par les domestiques, les deux jeunes femmes s'allongèrent sur le lit.

« -Elsa, il n'y a pas quelque chose qui t'a étonnée, lorsqu'il a dit où il nous avait trouvées ?

-Non, mais vas-y je t'écoute.

-Le capitaine. Que faisait-il avec nous ? Nous dormions dans notre cabine non ?

-Peut-être, je ne me souviens plus très bien, Anna.

-Et bien moi je me souviens que nous venions de nous coucher.

-Nous pourrons lui poser la question demain si tu le souhaites.

-Oui, j'aimerais éclaircir ce mystère. »

Les deux sœurs continuèrent de parler jusqu'à tard, comme à leur habitude. Lorsqu'elles commencèrent à s'endormirent, Elsa se redressa.

« -Que fais-tu ?

-Je n'ai pas oublié qu'il détient toujours ma tiare. Je vais la chercher.

-Et qu'en feras-tu après ? Tu ne pourras même pas la porter puisque tu ne veux pas qu'il sache que tu es Reine.

-Oui, mais j'ai besoin de l'avoir avec moi. Elle était à notre mère, et déjà que nous avons eu du mal à la retrouver au palais de glace..

-Ça tu peux le dire. Ta grosse guimauve m'aura traumatisée jusqu'à la fin de ma vie. » L'aînée pouffa de rire en se remémorant le traumatisme de sa sœur. Elle lui demanda de patienter jusqu'à son retour.

Dans sa tenue de nuit, Elsa partit explorer les couloirs. Si elle se souvenait bien de la visite du Roi, sa chambre devait être à trois portes. Elle passa les pièces, une à une et s'arrêta donc devant la troisième. Elle frappa d'abord, pour s'assurer que le souverain était bien endormi. N'ayant aucune réponse, la Reine ouvrit la porte et se faufila dans la chambre après avoir vérifié que personne ne traînait dans les couloirs. Elle referma délicatement derrière elle. La peur commençait à monter, sa crainte étant de réveiller le Roi. Ce dernier était emmitoufler dans ses couvertures et semblait être bien endormi. La jeune femme s'avança et contourna le lit à baldaquin. Elle aperçut la couronne, déposée sur la table de nuit. Elle s'approcha tout doucement, et posa la main sur la tiare. Elle jeta un dernier coup d'œil sur Hodin,et referma ses doigts sur son bien. Alors qu'elle s'apprêtait à repartir, quelque chose la saisit par le poignet. Elle ne pu retenir un cri de surprise. Le Roi était réveillé, face à elle, et ne semblait pas décidé à la lâcher. Il se releva en prenant soin de ne pas lui faire mal, et la fit reculer de quelques pas. Un sourire satisfait traversait son visage.

« -Alors ? Reine, ou voleuse ? Là est toute la question que je me pose...

-Lâchez moi. » Elsa soutenait son regard, et lui répondit d'un air froid. Son côté strict revenait à elle. Elle se sentait tout à coup en danger.

Le Roi força sur ses doigts fins et lui reprit la tiare.

« -Reine, forcément. C'était obligé. Et cela explique les sauts d'humeurs. Ma foi, vous devez être stupéfiante dans votre rôle.

-Et vous, vous me semblez bien indiscipliné pour un Roi.

-Voyez-vous ça. » L'homme pivota et plaqua la jeune blonde au mur, resserrant son étreinte.

« -Si moi je suis indiscipliné, alors vous êtes mystérieuse. Et il n'est pas courant pour une Reine de se faire toute petite.

-Lâchez moi ! »

Le Roi approcha son visage de celui d'Elsa et lui murmura à l'oreille.

« -Alors, qu'avez-vous à cacher, Elsa ? » La jeune Reine sentit le froid se bousculer en elle. S'il ne se dépêchait pas de la relâcher, elle craignait une catastrophe.

Le majordome fit soudain son apparition à l'entrée de la chambre. Le Roi desserra son étreinte d'Elsa et lui posa délicatement la tiare sur sa chevelure blonde. Il mit sa main sur le visage de la Reine et passa un doigt sur sa joue, essuyant une larme.

« -Voilà que je retrouve l'enfant effrayée. » marmonna t-il. Puis s'adressant d'une voix plus forte, de manière à ce que le majordome entende « Vous êtes une personne à croquer, ma chère. J'ai hâte de vous revoir demain. Rodrick, veuillez raccompagner ma protégée dans sa chambre. » L'homme à l'entrée de la porte inclina la tête et s'approcha d'Elsa, posant une main sur son épaule. Cette dernière tourna les talons, après un dernier regard sévère et inquiet en direction du Roi. C'est lorsqu'elle se dirigea vers la sortie qu'elle se rendit compte qu'il venait seulement de relâcher sa main.

Dans le couloir, le majordome tendit un mouchoir en soie à celle qu'il raccompagnait.

« -Vous savez, le Roi Hodin aime les jolies choses, mais jamais il n'agira sans raison. Quoi qu'il vous ai dit, il tient à vous et cherche nullement à vous blesser. »

La Reine ne répondit pas. Arrivée à sa chambre, elle entra sans dire un mot, et l'homme ferma la porte dans son dos.

Anna s'était endormie, et Elsa lui enviait son air si paisible sur son visage. Après avoir reposé la tiare sur la table de nuit, elle s'installa dans son lit. Sa sœur ne broncha pas et semblait partie pour sa nuit, ce qui rassura l'aînée. Elle s'enfouit sous les couvertures, prenant soin de ne pas réveiller sa cadette.

Elsa évita de repenser à la scène, qui l'avait clairement gênée. Elle décida de ne pas en parler à sa sœur, pour ne pas l'inquiéter. Puis la fatigue vint à bout d'elle, et elle finit par s'endormir, au côté de d'Anna qui elle, était déjà partie au pays des rêves.