Avertissement : un langage peu approprié, encore une fois... En fait, considérez cela comme un avertissement général pour le reste de l'histoire. Un certain alchimiste blond a refait son apparition, donc le choix des termes va se faire plus relevé.
Chapitre Quatre : Ceux que l'on accueille
Les notions du temps et de l'espace n'avaient plus aucun sens pour Ed, tandis qu'il traversait à vive allure la trame de l'univers. La Porte était un vide infini de lumière éclatante et d'images se succédant à toute vitesse. Il avait l'impression que sa tête allait exploser, submergée par la Vérité de tout ce qu'il voyait. Il avait l'impression de se noyer, se noyer dans un océan d'images à la fois terrifiantes, captivantes, intrigantes et étranges.
Ce ne fut que lorsqu'il se sentit heurter le sol qu'Ed revint brusquement et douloureusement au présent, et à lui. Pendant un moment, il resta étendu sans bouger, haletant. Ses pensées étaient un fouillis inextricable, son esprit s'efforçant avec peine d'assimiler tout ce qui était arrivé en l'espace de quelques minutes : son père, les nazis, la Porte... Tout était allé si vite qu'il en était encore tout étourdi.
Mais ce fut alors qu'un rugissement furieux et monstrueux fendit l'air, sortant Ed de sa torpeur.
« Où est-il ? Où est ce salaud ! Je vais le mettre en pièces ! »
Ed leva brusquement la tête.
A côté de lui, s'enroulant et cinglant l'air comme une sorte de fouet gigantesque se trouvait Envy, toujours sous sa forme draconienne. L'Homonculus changeur de forme écumait presque littéralement de rage, ses yeux rouge sang allant de droite à gauche, à la recherche de leur proie.
« Hohenheim ! Où est-il ? Je vais le tuer ! »
Ed le fixa avec horreur. Il ne savait pas comment, mais l'Homonculus avait été aspiré à travers la Porte avec lui pendant la transmutation. Mais comment ? Pourquoi Envy n'avait-il pas été pris dans l'Echange Equivalent ? Le sacrifice de son père ne pouvait leur avoir payé le passage de la Porte à tous les deux.
Les soldats, réalisa soudain Ed dans un éclair de compréhension qui lui laissa un arrière-goût amer. Les gardes nazis d'Eckart qui l'avaient attaqué se trouvaient toujours dans le cercle lorsqu'il avait activé l'échange. Voilà comment Envy avait réussi à le suivre à travers la Porte. Il les avait involontairement sacrifiés avec son père et avait ramené Envy avec lui...
Ed sentit une forte vague de nausée mêlée de culpabilité monter en lui, menaçant de le submerger. Il venait de tuer trois innocents – quatre, s'il comptait son père. Tout ça pour qu'il puisse revenir chez lui...
Mais Ed n'eut pas le temps de contempler sa culpabilité plus longtemps, la queue d'Envy s'abattant soudainement sur le sol à quelques mètres de lui, faisant se lever un grand panache de poussière.
« Ce salaud ! hurla Envy d'une voix stridente, grinçant des crocs comme un chien enragé. Ce salaud, où est-il ! » Son corps enroulé se tordit et tourna sur lui-même, sa queue cinglant l'air aveuglément et anéantissant tout ce qui était à portée, comme un boulet de démolition géant.
Ed recula précipitamment, essayant désespérément d'éviter la queue d'Envy. Sa jambe gauche, complètement inutilisable, était traînée sur le sol derrière lui. La balle du nazi avait complètement anéanti son genou gauche. La partie inférieure de sa jambe ne tenait plus que par un morceau de métal et de câble.
Il aurait tout aussi bien pu être infirme. Il était impossible que sa jambe artificielle puisse le porter ou bouger vu son état.
Claquant dans ses mains, Ed les plaqua contre son membre endommagé. Une vive lumière bleutée enveloppa sa jambe. Lorsque la lumière se fut dissipée, son genou était de nouveau intact, mais Ed savait qu'il n'était pas identique à ce qu'il était avant qu'une balle meurtrière ne mette en pièces les circuits internes de sa jambe. Tout ce qu'il avait fait avait été de réparer l'habitacle afin de pouvoir se lever et peut-être s'en aller en boitillant avant qu'Envy ne remarque sa présence.
Cependant, le Destin ne sembla pas, une fois encore, être vraiment de son côté...
A la manière d'une vipère en colère, Envy se retourna brusquement en fouettant l'air et regarda furieusement l'alchimiste blond.
« Toi... siffla-t-il, chaque lettre chargée de venin et de promesses de mort. Qu'as-tu fait de lui ? Qu'as-tu fait d'Hohenheim ? »
Ed se leva précautionneusement. Il sentit sa jambe trembler dangereusement sous son poids. La coque était devenue plus fine dans la transmutation qu'il avait opérée pour la réparer. « Il est mort, dit-il, la voix légèrement tendue. Il s'est sacrifié à la Porte pour que je puisse traverser.
- Non ! rugit Envy. Salaud ! C'était à moi de tuer Hohenheim ! Pas toi ! » Un formidable rugissement de fureur explosa de la gueule de l'Homonculus tandis que ce dernier abattait sa queue contre le sol, laissant un petit cratère dans son sillage. « Petit salaud ! Je vais te tuer ! Il était à moi ! A moi ! Je vais te tuer ! »
Envy plongea vers Ed, se jetant sur lui de tout son poids, les mâchoires grandes ouvertes et bordées de crocs acérés, le gouffre béant de sa gorge n'attendant plus que lui.
Ed esquiva rapidement d'un bond sur le côté, manquant Envy de peu. Tandis qu'il sautait hors du chemin de l'Homonculus monstrueux, il sentit sa jambe céder brièvement sous son poids et il trébucha – son genou réparé à la hâte refusait de se plier correctement. Il réussit avec peine à se stabiliser et bondit sur le côté alors qu'Envy se retournait et plongeait de nouveau vers lui. Cette fois-ci, il sentit l'un des crocs de l'Homonculus frôler la manche de son manteau.
Pour la première fois depuis longtemps, Ed sentit la peur s'insinuer en lui. Il était blessé (ou tout du moins partiellement immobilisé) et aucunement en état de se battre. Il n'avait aucune idée d'où il pouvait être, et avait juste au-dessus de lui un Homonculus qui lui montrait les dents et voulait sa peau. Hohenheim n'était plus et Ed était tout à fait conscient d'être devenu la nouvelle cible de la colère de l'Homonculus. Il avait volé le but premier du changeur de forme : tuer leur alchimiste de père. Il ne pourrait pas échapper à la rage de l'Homonculus. Envy, il le savait, le chasserait jusqu'aux confins des Enfers pour se venger.
Bondissant sur le côté alors qu'Envy se jetait à nouveau vers lui – défonçant le sol sur une large zone à l'endroit même où il s'était trouvé quelques secondes plus tôt –, Ed se retourna et courut.
Il était bien connu qu'Edward Elric n'était ni un lâche ni du genre à fuir un combat. Beaucoup de gens à travers les années l'avait critiqué pour avoir toujours refusé d'admettre sa défaite et continué à se battre même quand celle-ci était assurée. Certains le disaient idiot pour sa ténacité, d'autres fier. Lui, de son côté, aimait se considérer comme homme de principe.
Mais il y avait une différence entre avoir des principes et être suicidaire. Or, dans ce cas-ci, avoir un serpent géant à ses trousses alors qu'il n'était pas en état de se défendre ou de répliquer était du suicide...
Consacrant tous ses efforts pour courir sur sa jambe affaiblie, l'alchimiste blond fit rapidement le point des environs, essayant de découvrir où il était. A son arrivée, il n'avait pas vraiment eu le temps de regarder où la Porte avait décidé de le laisser tomber.
Ce qu'il vit lui fit presque oublier le fait qu'il était poursuivi par un Homonculus changeur de forme en colère.
Il se trouvait au milieu de ce qui ressemblait à une sorte de place en ruines. Des piliers brisés et des immeubles délabrés l'entouraient de toutes parts, comme les restes du squelette d'une créature depuis longtemps décédée mais refusant de reposer en paix dans sa tombe. Des immeubles d'une architecture à la fois étrange et nostalgique se penchaient les uns vers les autres, comme pour déplorer le calme des rues pavées de pierre au bord desquelles ils s'alignaient, et qui restaient désertes.
Ed n'eut pas besoin d'en voir plus pour savoir où il était. Il pouvait déjà s'imaginer le paysage vide et spectral dans sa tête, composé de kilomètres de rues et de bâtiments déserts.
Il était dans la cité souterraine sous Central – une ville qui avait mystérieusement disparu avec tous ses habitants dans un éclair de lumière, voilà plus de quatre cents ans. Une ville sacrifiée pour créer une Pierre Philosophale rouge sang...
Derrière lui, Ed entendit un rugissement monstrueux. Il pouvait presque sentir le souffle d'Envy sur ses talons.
« Petite vermine ! Je vais te réduire en pièces ! »
Ed trébucha et tomba tandis qu'Envy plongeait sur lui et arrachait un énorme morceau de béton du sol, quelques centimètres à peine derrière lui. Il réussit malgré tout à garder l'équilibre et continua de courir. Son souffle se faisait laborieux. Il était encore fatigué de son combat contre les nazis, et la transmutation qu'il avait utilisée pour retourner à Amestris avait pompé toute son énergie. Il devait échapper à Envy – et vite ! – ou il était foutu.
Putain, je ne veux pas mourir ici, songea Ed en évitant un claquement de mâchoires d'Envy et en tournant dans une autre rue, essayant de semer le serpent dans le labyrinthe délabré des rues de la cité. Pas quand je suis enfin rentré chez moi et que je suis si proche de revoir Al. Je ne peux pas mourir ici. Ca n'arrivera pas !
Ed scruta désespérément les environs. Il devait trouver la sortie. C'était son unique chance : monter à l'air libre et s'enfuir. S'il se souvenait bien, le chemin qu'il avait emprunté il y a trois ans depuis l'église abandonnée devait aboutir quelque part du côté est de la ville, près de l'endroit où la Porte les avait ramenés l'Homonculus plein de haine et lui. S'il pouvait l'atteindre, il aurait peut-être une chance de s'en sortir...
Les promesses de mort d'Envy résonnaient avec force à travers la ville abandonnée derrière lui. Des immeubles s'effondraient sur le passage du serpent, Envy n'essayant même pas de les éviter et les traversant dans sa rage pour rattraper sa proie en fuite.
Ed baissa la tête dans une autre rue encore, celle-ci menant vers les bords de la ville. Les parois de la caverne se dressaient au-dessus de lui dans l'obscurité sinistre comme une promesse de salut. Ed mit plus d'effort dans ses jambes douloureuses. Sa jambe artificielle tremblait dangereusement sous lui. Son genou commençait à céder. Il pouvait sentir la coque commencer à plier sous le poids et la tension de la course portés dessus. Il devait se dépêcher. Juste devant lui, il pouvait voir un tunnel dans le mur de la caverne quelques dizaines de mètres au-dessus du sol, sur une corniche rocheuse. A travers le tunnel, il pouvait distinguer les lignes effacées de marches grossièrement taillées montant dans l'obscurité : en direction de la surface. Un chemin rocheux avait été creusé dans le mur de pierre menant à la corniche. S'il pouvait l'atteindre, il pourrait s'échapper. Envy était trop gros pour le suivre dans les escaliers. Il n'était peut-être plus qu'à une centaine de mètres maintenant. S'il pouvait juste l'atteindre...
Envy fit un nouveau bond brusque vers lui, réussissant cette fois-ci à accrocher le bord du manteau d'Ed d'un de ses crocs. Ed fut tiré en arrière. Le bruit du tissu qui se déchire emplit l'air. Alors que la force le tirant désespérément en arrière le faisait tournoyer, Ed trouva le moyen de glisser ses bras hors du manteau tout en ne se laissant pas jeter à terre. Ne perdant pas une seconde, il reprit sa course. Envy rugit de colère en se découvrant en l'unique possession d'un manteau dépenaillé pendant du coin de sa gueule.
Ed atteignit finalement la base du chemin en lacet menant à la corniche. Escaladant la pente rocheuse, Ed entendit Envy arriver à sa suite.
« Je vais te tuer, espèce d'avorton ! » hurla l'Homonculus draconien.
Ed atteignit le haut de la corniche et fila en direction des escaliers. Il était si proche à présent. Si proche. Si...
Les crocs d'Envy se refermèrent sur la partie inférieure de sa jambe gauche.
Ed tomba la tête la première et s'étala sur le sol. Il hurla tandis que sa jambe prothétique se tordait entre les mâchoires de l'Homonculus, le dispositif tirant sur le fragile tissu conjonctif du moignon de sa jambe.
La douleur embrasa ses sens, l'aveuglant. Le jeune alchimiste put à peine trouver assez de concentration à travers la douleur pour claquer des mains et les plaquer contre le sol. Des pics de roche transmutée jaillirent du sol en-dessous d'Envy, empalant le corps draconien de l'Homonculus.
Envy poussa un hurlement de douleur mais refusa de lâcher prise. Comme en représailles pour son attaque, Envy tira brusquement sa tête vers le côté, tordant brutalement la jambe d'Ed entre ses mâchoires.
Les cris déchirants d'Ed résonnèrent à travers la ville déserte.
Presque qu'inconsciemment, ses instincts de survie prenant le dessus, Ed plaqua à nouveau ses mains contre le sol, à l'aveuglette, transmutant cette fois une lance à l'aspect mortel. N'attendant même pas la fin de la transmutation, Ed fit tournoyer la lance dans ses mains et la plongea dans un des yeux de l'Homonculus.
Cette fois-ci, Envy relâcha les jambes d'Ed, le serpent géant s'éloignant d'Ed en se redressant dans un rugissement de douleur tonitruant.
« Enfoiré ! » hurla Envy, agitant la tête dans tous les sens, essayant de déloger la lance toujours accrochée aux restes ensanglantés de son œil, comme une épine de porc-épic plantée de travers. « Salaud ! Enfoiré ! Je vais te tuer ! »
Ed se releva faiblement, sa jambe gauche mutilée au point de ne plus ressembler qu'à une masse de plastique, métal et fils électriques. Il réussit malgré tout à rester debout avec son membre difforme, et avança, à moitié en boitant, à moitié en se traînant, vers la zone d'obscurité qu'il savait qui allait le conduire à la surface.
Derrière lui, Envy réussit finalement à arracher la lance de son œil. Du sang ruisselait tout du long du museau écailleux de l'Homonculus.
Ed trébucha de justesse à travers le portail étroit et grimpa à moitié quelques marches avant que les mâchoires d'Envy ne claquent dans l'ouverture derrière lui.
Mais là se trouvait la limite d'Envy ; la tête de l'Homonculus était trop large pour le suivre plus loin.
« Salaud ! Je te tuerai ! » hurla Envy dans l'étroit tunnel, grinçant toujours méchamment des dents à l'alchimiste blond étendu, à moitié affalé, dans les escaliers, juste hors de sa portée. « Je te tuerai, sale morveux, je te tuerai ! Tu m'entends ! »
Ed resta étendu un moment, reprenant son souffle, avant de se relever faiblement et de forcer son corps endolori à gravir les marches de pierre glissantes. Sa jambe gauche l'élança vivement ; il n'était pas sûr de pouvoir la réparer une seconde fois. Envy l'avait mutilée jusqu'à en devenir méconnaissable. Malheureusement, il n'avait pas le temps d'essayer de voir s'il pouvait la réparer pour le moment. Il devait se dépêcher de rejoindre la surface. Il ne savait pas combien de temps il avait avant qu'Envy ne trouve un moyen de le suivre, mais il savait que lorsqu'il le ferait, rien ne pourrait plus l'arrêter.
Haletant et ravalant la douleur qui éclatait à chaque pas dans le moignon de sa jambe tordue, Ed acquit la certitude que ces marches de pierre sinueuses le ramenant vers la surface n'avaient jamais paru aussi interminables ou aussi raides à quiconque auparavant...
Alors que la silhouette battue et claudicante d'Ed disparaissait dans le sombre tunnel, Envy hurla d'une rage meurtrière. L'Homonculus s'éloigna des escaliers en tournoyant. Il devait trouver un autre moyen d'atteindre la surface. Il ne laisserait pas ce petit morveux s'échapper. Il allait le déchiqueter jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de lui que quelques morceaux ensanglantés.
Dans un rugissement tonitruant, Envy se redressa et fouetta l'air, puis aperçut la cage rouillée d'un puits d'ascenseur de l'autre côté de la caverne. Il s'en souvenait bien. C'était le même ascenseur qu'ils utilisaient, Lust, Gluttony, Dante et lui, pour atteindre la nécropole souterraine ; le même ascenseur qu'il utiliserait aujourd'hui pour atteindre la surface, traquer le fils favori de son père décédé, puis déchiqueter le morveux. Il n'allait pas s'arrêter tant que la crevette Fullmetal et tous ceux qu'il connaissait n'étaient pas morts ou ne reposaient pas au fond de son estomac.
Fonçant en direction du puits d'ascenseur vide, Envy se glissa à l'intérieur et commença à se faufiler vers le haut du puits avec sauvagerie.
Il allait tuer le morveux ! Il allait déchirer en deux cette petite crevette, exactement comme il avait prévu de tuer ce salaud d'Hohenheim ! C'était la faute du morveux s'il ne pouvait plus se venger d'Hohenheim ; sa faute s'il n'avait plus de raison de vivre sinon de tuer quiconque serait assez malchanceux pour croiser sa route ; sa faute s'il allait détruire cette répugnante ville d'humains bâtiment après bâtiment, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Il allait le déchiqueter ! Il allait le dévorer ! Lui arracher la tête ! Lui arracher ses membres les uns après les autres puis le laisser assister à la destruction de cette armure vide qu'il appelait frère pendant qu'il la broierait entre ses crocs !
Il atteignit le haut du puits d'ascenseur. Le dit ascenseur était pour le moment arrêté et bloquait le haut du conduit. Mais cela ne fit rien pour arrêter Envy dans sa rage déchainée tandis qu'il défonçait la cabine comme si elle n'était rien d'autre qu'une vulgaire boîte en carton. Le métal se gondola et se tordit dans le passage du serpent monstrueux. Un fracas assourdissant de maçonnerie s'effondrant ainsi qu'un nuage de poussière emplirent l'air alors qu'Envy s'extirpait du puits d'ascenseur et sortait à l'air libre. Le bâtiment dans lequel il se retrouvait était sombre, apparemment abandonné, depuis le temps où Dante et ses compagnons Péchés l'utilisaient comme point de croisement vers la cité souterraine.
Mais l'Homonculus changeur de forme ne prit pas le temps de prendre ses repères. Dans un rugissement assourdissant, Envy se jeta à travers le mur extérieur du bâtiment délabré et jusque dans les rues pluvieuses de Central de l'autre côté.
Le morveux et la cite toute entière allaient payer...
Roy Mustang avait du mal à se concentrer sur le tas de paperasse devant lui. Peu importe combien il pouvait essayer, il n'arrivait pas à donner un quelconque sens aux mots dans son esprit brouillé. C'étaient le mandat d'arrêt de Shou Tucker et le rapport officiel de l'enlèvement d'Al. Il tentait de trouver un moyen de les rédiger sans faire la moindre allusion à ce qu'il s'était réellement passé (et ce qui avait été fait d'impie) la nuit précédente dans le sous-sol du Laboratoire N°5. Il avait déjà la déclaration soigneusement révisée du maître des frères Elric sur l'enlèvement de son élève, ainsi que plusieurs autres rapports de ses subordonnés sur le raid effectué sur l'installation de recherche abandonnée. Mais il savait que s'il laissait échapper quoi que ce soit et qu'un plus haut gradé avait vent de la transmutation humaine illégale qui avait eu lieu, ils exigeraient sur-le-champ de voir le produit de la transmutation de Shou Tucker et l'emmèneraient de force dans un laboratoire de recherche gouvernemental.
Et il ne pouvait laisser cela arriver. Pas maintenant. Pas quand la chose que Shou Tucker avait créée ressemblait tant au garçon qu'il avait connu.
Roy repoussa le tas de papiers, de peur de les déchirer en morceaux sous un accès de rage impuissante et de désespoir. Hawkeye n'aurait pas été ravie de trouver en entrant toutes ces heures de dur labeur réduites en miettes sur le sol.
Ce garçon... oh mon dieu, ce garçon... Il ressemblait exactement à Ed. Ca le rendait malade de penser ça. Comment avait-il pu laisser cette femme le persuader de la laisser achever la transformation de cet Homonculus ? Ce qui n'avait été rien d'autre qu'un monstre difforme et grotesque qu'il pouvait aisément haïr sans le moindre doute ou scrupule, portait à présent indéniablement les traits de celui qu'il espérait, maintenant plus que jamais, qu'il soit encore en vie.
Cette chose ressemblait tant à Ed. Merde, il avait exactement la même voix ! Comment était-ce possible ? Comment cette chose sans âme pouvait-elle tant ressembler et parler comme le prodige effronté qu'il avait connu ? Ca n'était pas normal. Ca n'aurait pas dû être possible. Une telle parodie du garçon qu'elle était censée remplacer était un péché – une aberration de tout ce qui était naturel et sacré.
Il essaya de sortir de son esprit l'image du garçon sans âme étendu dans un lit d'hôpital. Il essaya d'effacer l'image des yeux horriblement familiers du garçon lui rendant son regard, comme deux océans d'or. Il essaya d'oublier le murmure à peine audible de son titre glissant des lèvres du garçon.
Mais il eut beau essayer, l'image d'Edward Elric continuait d'hanter ses pensées, tel un esprit agité.
Roy posa ses coudes sur son bureau et prit sa tête entre ses mains.
Il aurait dû la tuer. Il aurait dû tuer la chose lorsqu'il en avait encore eu l'occasion, lorsqu'elle n'était encore qu'un monstre difforme. Mais pas maintenant. Pas quand elle ressemblait tant à Ed. Il savait qu'il ne pourrait plus jamais lever la main sur elle. Elle ressemblait trop au jeune alchimiste pour qu'il soit capable de la tuer. Voilà pourquoi il devait couvrir la transmutation de Tucker. Il ne pouvait laisser quiconque apprendre l'existence du sosie Homonculus d'Ed. Il détestait peut-être la chose, mais il ne pouvait supporter l'idée de voir un groupe de scientifiques de l'armée venir et l'embarquer dans un labo gouvernemental ; ce serait comme perdre Ed une seconde fois. Et il ne pouvait pas supporter cette idée non plus. Il préfèrerait mourir plutôt que de voir le garçon se faire emmener, même si c'était le sosie sans âme d'Ed. Cela le briserait, sans parler du petit frère du Fullmetal. Si ce n'était pas pour lui, il ne pouvait pas laisser cela arriver à Al. Le véritable Ed finirait par trouver un moyen de revenir d'entre les morts pour le tuer s'il savait que Roy avait laissé son petit frère souffrir plus qu'il n'avait déjà fait...
Le bruit de pas pressés et un coup rapide à la porte sortirent brusquement le colonel de ses pensées.
N'attendant même pas la réponse de Mustang, la porte s'ouvrit brusquement pour révéler une Hawkeye à l'air inhabituellement inquiet. « Colonel, dit-elle en entrant prestement dans la pièce. Nous venons de recevoir des rapports concernant une créature attaquant des civils dans l'est de la ville. Les postes militaires du secteur ont déjà envoyé des troupes pour tenter de l'arrêter, mais ils ont envoyé un appel d'urgence pour des renforts immédiats. »
Mustang était déjà à demi-levé. « Alertez toutes les unités. Dites-leur de se préparer au combat. Contactez les postes nord et ouest de la ville et mettez-les au courant de la situation. Nous partons dans cinq minutes.
- A vos ordres, colonel ! » Hawkeye salua et ressortit en toute hâte.
Attrapant ses gants posés au coin du bureau, Roy enfila le matériau inflammable. Il n'y avait plus de traces de l'homme brisé qui s'était tenu assis ici quelques instants plus tôt. A sa place se dressait à présent la silhouette impressionnante de Roy Mustang, le Flame Alchemist, alchimiste d'Etat certifié.
Les problèmes personnels pouvaient attendre. Roy se réjouit presque de la distraction et de l'appel urgent du devoir. Pour quelque temps au moins, songea Roy en se dirigeant vers la porte, n'aura-t-il pas à penser au fantôme blond de son passé ou à son troublant sosie sans âme...
La pluie battait bruyamment aux fenêtres alors qu'Al regardait le verre strié de gouttes de pluie. Ses yeux étaient distants, brouillés de larmes et d'un désespoir indescriptible. Ils étaient bouffis, son expression dévastée. Il avait l'air perdu, comme un enfant abandonné ne sachant plus vraiment quoi faire ni où aller.
Havoc le regardait avec une inquiétude à peine dissimulée. Le garçon n'avait pas pipé mot ni même bougé de sa place depuis son retour de la cafétéria, où il l'avait trouvé debout devant la fenêtre à l'autre bout du couloir. Les yeux du garçon avaient été remplis de larmes et il semblait avoir été au bord de la dépression nerveuse. Il n'était pas entré pour vérifier, mais il pensait avoir entendu des sanglots étouffés en provenance de la chambre de l'Homonculus.
Une part d'Havoc voulait rejoindre Al et essayer de le réconforter, mais quelque chose au fond de lui disait que ça ne ferait aucun bien. Al était perdu dans son propre enfer pour le moment, et rien de ce qu'il pouvait faire ou dire n'allait rien y changer. Au contraire, Havoc avait peur de faire quoique ce soit qui puisse achever involontairement les nerfs du garçon, déjà bien mis à l'épreuve. Non. Il valait mieux ne pas poser de questions. Il valait mieux laisser le garçon digérer tout ce qu'il s'était passé, puis lui offrir du réconfort et une épaule sur laquelle s'appuyer. Mais en attendant, tout ce que Havoc pouvait faire était regarder – et ça le tuait. A nouveau, il se prit à espérer que le colonel ait été là à sa place pour garder le plus jeune des frères Elric. Si quiconque pouvait partager la douleur d'Al en cet instant, c'aurait été lui.
Havoc jeta un coup d'œil à la porte à côté de lui. La chambre était silencieuse. Cela fait vingt minutes qu'il n'entendait plus rien de l'Homonculus. Il était probablement de nouveau inconscient. Pour ce que le maître des frères Elric et le colonel lui avaient dit (et ce qu'il en avait conclu d'après les hurlements torturés entendus la nuit dernière), après avoir survécu à une transformation aussi brutale, il n'était pas certain que l'Homonculus puisse être dans un quelconque état de se lever ou de rester éveillé plus d'une certaine période de temps dans un futur proche. Si les cris de la créature seuls pouvaient représenter un indicateur quelconque, il ne pensait pas qu'elle puisse se remettre avant au moins deux bonnes semaines. Rien ne pouvait faire autant de bruit et ne pas s'en retrouver partiellement immobilisé.
Une part d'Havoc était curieuse de voir le double ressuscité du Fullmetal Alchemist. Se rappellerait-il de qui il était ou aurait-il le même vocabulaire assez coloré et très étendu que l'Ed original ? Ces questions et d'autres encore tourmentaient l'esprit d'Havoc. Mais en dépit de sa curiosité latente, le lieutenant n'avait aucun désir d'entrer voir le double sans âme de l'alchimiste. Il se souvenait encore, avec une clarté insoutenable, du monstre difforme étendu au centre d'un cercle d'alchimie ensanglanté. Et cette image seule – plus puissante que quelque interrogation curieuse qu'il puisse avoir – l'empêchait d'aller jeter un coup d'œil dans la pièce.
Laissons les transmutations humaines et les Homonculus aux alchimistes, pensa-t-il. C'était ainsi qu'il comptait se tirer de toute cette histoire sain d'esprit.
Si seulement il pouvait dire la même chose d'Al et du colonel. Aucun des deux, il le savait, n'aurait l'esprit ni le sommeil tranquilles avant un certain temps.
Havoc poussa un soupir et mâchonna l'extrémité de sa cigarette éteinte. Bon sang, il voulait fumer ! Pourquoi les hôpitaux devaient-ils être aussi à cheval sur les interdictions de fumer ? Sans rire, les hôpitaux devraient être l'un des endroits où la cigarette devrait être autorisée quand elle l'était partout ailleurs. Dieu savait que personne n'allait à l'hôpital pour quelque chose ne pouvant justifier au moins quelques bouffées de nicotine réconfortantes.
Heureusement, Havoc n'eut pas à s'inquiéter du nombre d'heures le séparant de la fin de son service et de sa cigarette. En effet, au même moment, un fracas assourdissant – comme celui d'un bâtiment s'effondrant quelque part dans les environs – se fit entendre, faisant trembler les fondations mêmes de l'hôpital. A sa suite vint un rugissement à glacer les sangs, comme provenant d'une sorte de bête monstrueuse.
Havoc et Al se retournèrent prestement, échangeant des regards confus.
Un nouveau fracas retentit, cette fois-ci plus proche, suivi d'un nouveau rugissement monstrueux.
« Mais qu'est-ce que…! » s'exclama Havoc, il sortit son flingue de son étui et le tint à son côté.
Al ne dit rien, trop stupéfait pour hasarder la moindre supposition.
« Ca ne sent pas bon », marmonna Havoc, puis il commença à s'avancer vers la sortie. Apparemment, il n'allait pas pouvoir fumer une cigarette avant un certain temps. Pourquoi fallait-il que les ennuis débarquent pendant son service ? « Reste ici, Al », dit-il, armant son revolver. Quelque chose lui disait qu'il allait en avoir besoin.
« Non, je viens avec vous », rétorqua Al d'une voix étonnamment ferme alors qu'il rejoignait le lieutenant.
Pendant un court instant, Havoc hésita à ordonner au garçon de rester là, puis il s'interrompit. Il n'avait aucune autorité sur le garçon, et pour la première fois depuis le Laboratoire N°5, il voyait une étincelle de vie dans les yeux bleu pâle d'Al. Il lui rappelait presque le regard d'Ed juste avant d'aller combattre...
Havoc poussa un profond soupir. « Bon, d'accord. Mais si le colonel pose des questions, j'ai essayé de t'en empêcher. »
Al hocha la tête, puis parut hésiter. Lentement, il se retourna vers la porte de la chambre de l'Homonculus de son frère. Il sembla débattre en son for intérieur un moment, avant de courir vers la porte en toute hâte et de jeter un coup d'œil à l'intérieur. Ses yeux s'assombrirent brièvement à la vue de ce qu'il y avait à l'intérieur, mais finissant par se détourner, Al adressa un signe de tête à Havoc. « Allons-y. » Ses yeux avaient retrouvé cette lueur de détermination, mais il aurait fallu que Havoc soit sourd pour ne pas percevoir la tension dans la voix d'Al.
Il n'eut cependant pas l'occasion d'y faire la quelconque allusion car un autre rugissement monstrueux se fit entendre dans le lointain.
Resserrant sa prise sur son arme, Havoc adressa un signe de tête à Al, et ensemble ils disparurent au fond du couloir.
Pendant ce temps, dans la chambre d'hôpital plongée dans la pénombre, l'Homonculus blond restait allongé dans une profonde inconscience, ignorant de la présence au-dehors du monstre déchaînant sa fureur sur la ville assaillie par la pluie.
Les roues crissèrent tandis que Riza Hawkeye freinait à mort et arrêtait la voiture dans un dérapage. Derrière elle, une file d'autres véhicules militaires s'arrêtèrent, des soldats sortant par dizaines des camions bâchés avant même qu'ils ne soient complètement à l'arrêt.
Le colonel Roy Mustang bondit hors de la voiture, dans l'air mêlé de pluie. Son visage était grave et presque effrayant dans son intensité – l'exemple vivant d'un commandant. S'il y avait bien une chose qui pouvait le sortir de sa dépression et le remettre dans son rôle de commandant, c'était bien la menace du danger. Et c'était exactement ce à quoi il se trouvait face.
Devant lui, au lieu d'un paysage urbain noir de monde avec ses étalages et bâtiments, se trouvait un désert de maçonnerie et de briques complètement rasé. Tout dans un rayon d'au moins cinq pâtés de maisons, depuis là où il se trouvait, semblait venir de subir l'impact d'une bombe à destruction massive. Malgré la pluie, le feu faisait rage au milieu des décombres, dégageant de grands panaches de fumée s'élevant en tourbillons dans l'air brumeux. Les gens couraient, l'air terrifié, hurlant tandis que des feus continuaient à faire rage derrière eux, comme une vision enflammée des Enfers.
Par-dessus les cris et le sifflement de la pluie, Roy entendit un rugissement monstrueux à travers le paysage en flammes. Quoi que ce puisse être, c'était gros – et proche. Roy ressentit un frisson de peur inhabituel lui parcourir l'échine. Il ne savait ce à quoi ils avaient à faire, mais quoi que ce soit, ça n'avait pas l'air naturel, ou en tout cas ça ne semblait pas ressembler à quoi que ce soit qu'il ait pu avoir affaire auparavant.
Mustang jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. Ses troupes étaient alignées derrière lui, attendant ses ordres. Hawkeye se tenait à ses côtés, ses yeux rouge sombre s'étrécirent alors qu'elle sortait son pistolet de son étui et le tenait prêt à son côté. Ses autres subordonnés – Falman, Breda et Fuery – n'étaient pas loin non plus, l'air grave en prévision du combat à venir.
Quelque part dans le lointain, le bruit étouffé d'un coup de feu et des hurlements résonnèrent à travers l'air pluvieux.
« Première et deuxième divisions, suivez-moi, cria Roy par-dessus la pluie et les coups de feu lointains. Troisième et quatrième divisions, bordez les flancs nord et sud et convergez sur notre cible sur trois fronts. »
Des cris et saluts épars répondirent aux ordres du colonel.
Roy se retourna vers les ruines en flammes de la cité, ses yeux brillant de résolution. « Exécution ! »
Les troupes se divisèrent et commencèrent à s'engager dans le labyrinthe de rues dévastées. Alors que Roy et son équipe de soldats se dépêchaient en direction des bruits de combats, les coups de feu se firent progressivement plus nets et leur rythme plus frénétique. Un rugissement terrible cingla l'air. Les cris d'hommes effrayés et mourants étaient à présent affreusement clairs.
Faisant le tour d'un tas de décombres fumant, Roy et ses hommes tombèrent enfin sur la cause de cette dévastation apocalyptique. Au début, tout ce que Roy put faire fut regarder fixement, incapable de saisir la vue de la bête monstrueuse.
Un serpent géant aux allures de dragon – d'au moins quinze mètres de long ! – attaquait une petite unité de soldats de cette partie de la ville. Son corps serpentin se tordait et s'enroulait, claquant sa queue vers les hommes comme une sorte de fouet géant. Sous les yeux de Roy, sa queue entra en collision avec l'un des bâtiments derrière la bête et l'envoya s'effondrer au sol dans un immense nuage de poussières et de flammes.
Les soldats livrant déjà bataille ouvraient une nouvelle salve de coups de feu sur elle. Mais la pluie de balles sembla à peine dérouter la bête. Dans un rugissement tonitruant, elle se rua vers eux. Les soldats se dispersèrent et plongèrent hors du chemin du serpent, mais Roy fut certain d'avoir vu au moins un des hommes disparaître dans un éclat de rouge entre les crocs du monstre.
« Colonel, que faisons-nous ? » demanda la voix d'Hawkeye en le sortant de sa transe horrifiée.
Mustang revint immédiatement à lui. « Dispersez-vous et formez une ligne offensive pour concentrer les tirs sur le monstre en attendant que les deux autres divisions arrivent. » Ses ordres furent immédiatement transmis.
Alors que ses hommes s'empressaient de prendre leurs positions, Roy distingua du rouge dans sa vision périphérique, et il se retourna pour voir Jean Havoc et Alphonse Elric courant vers lui. Mustang fut d'abord surpris de les voir, puis il se souvint dans un léger sursaut que l'hôpital où il les avait laissés ce matin n'était qu'à quelques pâtés de maison de là.
« Colonel, nous avons entendu une sorte d'explosion et nous sommes venus voir, dit Havoc quand Al et lui s'arrêtèrent finalement devant lui. Que s'est-il passé ? Est-ce une sorte d'attaque ?
- Quelle est cette chose ? » s'exclama Al. Les yeux d'Havoc s'écarquillèrent lorsqu'il se retourna et vit le serpent géant déchaînant sa fureur sur les bâtiments en flammes.
« Je ne sais pas, mais quoi que ce soit, il faut l'arrêter avant qu'il ne détruise la moitié de la ville », répondit Mustang, inébranlable.
Derrière eux, le serpent eut un rugissement tonitruant et plongea sur quelques soldats, leurs cris terrifiés résonnant à travers l'air zébré de pluie et de fumée.
« A mon commandement ! cria Roy, se positionnant devant les lignes armées. Feu ! »
Un tir de barrage plut sur la bête monstrueuse. Le serpent se redressa, hurlant de surprise alors que les balles frappaient sa peau écailleuse.
« Salaud ! » rugit le serpent.
Roy ne fut pas le seul à ciller ou reculer, pris au dépourvu. Venait-il bien d'entendre cette chose parler ?
Dans un sifflement malveillant, le serpent s'enroula et fusilla la ligne de soldats du regard d'un unique œil rouge sang. L'autre œil – remarqua Roy – n'était plus d'une masse de chair sanglante ; comme si quelqu'un y avait planté un couteau et l'avait arraché.
« Toi ! siffla le serpent alors que son regard rouge sang se fixait soudain sur Roy. Je me souviens de toi. Tu es l'officier supérieur du morveux. » Un grognement inquiétant gronda depuis le fond de la gorge du serpent. « Où est-il ? Dis-le-moi ! Je sais que tu le sais ! S'il sait que tu es là, il viendrait te retrouver. Dis-moi où il est ! »
Roy fixa la bête des yeux, pas tout à fait certain de savoir que penser. De qui cette chose parlait-elle, et comment savait-elle qui il était ? Etait-ce peut-être l'une des chimères de Tucker demandant à voir son créateur ? Mais alors, pourquoi se souvenait-elle de lui en tant que l'officier supérieur de ce dernier ? L'alchimiste Tisseur de Vie n'avait jamais été sous son commandement, et il était quasi certain de n'avoir jamais rencontré de serpent géant qui parle auparavant...
« Parle ! dit le serpent hargneusement.
- Je ne sais pas de quoi tu parles, répondit Roy, criant par-dessus le sifflement de la pluie.
- Tu mens ! rugit le serpent. Dis-moi où est ce putain de morveux !
- Je te l'ai déjà dit, je ne sais pas de quoi tu parles », répéta Roy.
Un grondement coléreux fit vibrer l'air. « Si tu ne me dis pas où il se trouve, je te ferai parler », siffla le serpent monstrueux. Puis, grinçant des crocs, il se lança vers lui.
La ligne de soldats se dispersa tandis que le serpent plongeait sur le colonel pris au dépourvu. Roy eut à peine le temps de bondir hors de son chemin avant que l'endroit où il se tenait ne disparaisse entre les mâchoires du serpent.
Roy se dépêcha de reprendre son équilibre. Il entendit le feu s'ouvrir sur la bête monstrueuse, mais il savait ça ne servirait à rien ; la peau de la chose était trop épaisse pour que les balles puissent la percer ou faire le moindre dégât. Un frisson d'horreur le parcourut tandis que le serpent crachait le morceau de chaussée et se retournait vers lui dans un grondement féroce. Roy réalisa soudain combien il était vulnérable. Malgré la présence de l'arme dans l'étui sur son côté, il était totalement impuissant. Le monstre n'était pas affecté par les balles, et sa défense numéro un était inutilisable pour le moment – à savoir ses fameuses flammes.
Il fut soudainement horriblement conscient de la pluie glacée cinglant son visage et détrempant ses gants. Vous êtes impuissant sous la pluie. N'était-ce pas ce que Hawkeye lui disait toujours ? S'il ne trouvait pas quelque chose très vite, Roy Mustang, révéré Flame Alchemist, allait être dévoré par un serpent géant de quinze mètres de long.
« Où est-il ! hurla le serpent. Dis-moi où ce sale morveux se trouve ! »
Roy ne répondit rien, rendant son regard au serpent avec des yeux noirs de défi. Si c'était ici qu'il allait trouver la mort, alors il allait la trouver comme un homme : calme et debout. Il avait déjà frôlé le seuil de la Mort après son combat contre King Bradley. Il n'avait pas peur de traverser ce portail aujourd'hui.
Le serpent sembla réaliser qu'il n'allait tirer aucune information utile de l'homme, et il eut un rugissement tonitruant de fureur. Claquant des mâchoires, il se jeta à nouveau sur Roy.
Mustang ne détourna les yeux. Il trouverait la Mort les yeux ouverts. Il se demanda ce qu'il verrait après sa mort, qui viendrait l'accueillir. Peut-être ceux qu'il aimait mais que la mort avait emportés au cours de l'année. Sa famille ? Ses vieux camarades ? Maes ? ...Fullmetal ?
Roy ne ressentit soudain plus aucune peur. Ce serait bien de revoir toutes ces personnes, songea-t-il. Si la mort lui faisait le cadeau de les revoir, il pouvait mourir serein, sans se plaindre.
Le serpent monstrueux sembla fondre sur lui au ralenti, sa gueule béante prête à délivrer le coup de grâce. Mais avant que ses crocs meurtriers se referment autour de lui, le serpent géant se redressa soudain, rugissant de douleur tandis que des pics de roche transmutés jaillissaient du sol et se plantaient sous sa mâchoire.
« Qui tu traites de grain de poussière si minuscule que tu dois demander aux autres où il est parce qu'il est trop petit pour être vu à l'œil nu ! »
Roy se figea, tout son corps se raidissant. Cette voix...
Cette voix ! Etait-ce possible ? Etait-ce vraiment possible ?
Avec une lenteur extrême, il se retourna en direction de la voix, comme tout le monde – et il sentit son cœur s'arrêter de battre dans sa poitrine.
Car debout, à quelques dizaines de mètres, se détachant sur un fond d'imposantes flammes orangées, ses étincelants yeux d'or brillant d'une lueur d'irritation et ses longs cheveux blonds fouettant son visage dans le vent orageux et mêlé de pluie, se tenait nul autre qu'Edward Elric, le Fullmetal Alchemist, alchimiste d'Etat certifié...
A Suivre...
J'aimerais crier victoire. Enfin fini. Aaah. Je ne dirai pas que c'est grâce à ma cheville foulée, mais c'est vrai que ça libère du temps. :P
Je rappelle que l'avancement des trads est disponible sur mon site (voir mon profil), et que les reviews, ça fait hyper plaisir. :D
