Si vous avez déjà lu ce chapitre avant la réécriture, je vous conseille de le relire quand même à cause d'un changement de personnage, ou au moins la dernière partie, afin de mieux comprendre plus tard :)


Les jours suivants furent plus calmes pour Killian et sa fille. Cette dernière s'était finalement rapidement habituée à sa nouvelle vie, qu'elle semblait même plutôt apprécier. Bien sûr, certains moments étaient plus compliqués que d'autres – elle voulait rentrer en Irlande, retrouver ses amis, son ancienne maison.

Mais elle comprenait. Plus ou moins, en tout cas. Elle acceptait sagement que son avenir se construirait à présent à Storybrooke et que le déménagement était permanent. Du haut de ses six ans, elle tentait de s'intégrer comme elle le pouvait dans cette existence.

Heureusement, elle avait Henry, son tuteur, et Roland, son camarade de classe qui l'avait abordée dès le premier jour, pour l'aider. Elle appréciait passer du temps avec eux – les deux garçons, qui se considéraient comme des frères, tenaient eux-même énormément l'un à l'autre.

Et justement, Sarah se trouvait en compagnie du petit brun, durant une pause après un cours regroupé entre les CM2 et les CP. Elle avait été rassurée d'apprendre qu'il serait celui en charge d'elle durant toute l'année scolaire.

En effet, les autres élèves ne lui inspiraient pas vraiment confiance, à part peut-être Violet et Grace, deux amies du garçon qu'il lui avait présentées, et dont l'une d'entre elles était d'ailleurs la tutrice du beau-fils de Regina.

« C'est qui ta maman dans le livre ? demanda tout à coup la fillette, alors qu'il lui faisait la lecture pour passer le temps.

– La Sauveuse de la ville. Celle qui ramène la fin heureuse de tous les personnages, répondit fièrement l'autre enfant.

– C'est trop cool ! s'enthousiasma l'irlandaise. »

Elle sembla réfléchir quelques secondes, avant d'ajouter, d'un ton plus sérieux :

« Est-ce que… est-ce que tu crois qu'elle pourrait ramener celle de mon papa et moi, alors ?

– Bien sûr ! Qu'est-ce que c'est ?

– Ma maman, expliqua Sarah, hésitant quelque peu tout de même à se révéler ainsi. Est-ce qu'elle pourrait la faire revivre ? »

Henry resta d'abord muet face à cet aveu. Il ne s'attendait pas à une telle demande, et savait bien qu'il était impossible de ressusciter personne. Il n'avait aucune idée de comment se sortir de cette situation sans blesser la brunette ; il avait conscience du mal que la perte d'un parent faisait.

C'est pourquoi il décida simplement de se confier à elle. Il ferma son bouquin, et lui fit calmement :

« Moi aussi j'aimerais que mon père revienne, mais…

– Il est mort, toi aussi ? demanda la plus jeune d'une toute petite voix attristée.

– Non, il… il a abandonné ma mère avant même qu'elle sache qu'elle était enceinte de moi, expliqua-t-il, le regard rivé sur ses pieds.

– Oh.

– Ce que j'essaie de te faire comprendre, donc, c'est que… même la magie a des limites. On ne peut pas ramener les gens, même si on le souhaite très très très fort. Mais tu sais ce qu'elle m'a dit un jour la maîtresse ? Que nos fins heureuses n'étaient pas forcément celles qu'on croit. Alors peut-être que…

– Pff, il est nul ton livre, le coupa la fillette, visiblement énervée, tandis que des larmes venaient perler au coin de ses irises océan (elle savait pourtant bien qu'il était impossible de ramener Milah sur Terre). Ce n'est même pas une vraie Sauveuse ta maman alors ! »

Elle prit ensuite sa peluche entre ses mains et la serra fort contre son cœur tout en pleurant légèrement. Elle souhaitait tant la revoir, qu'elle la prenne à nouveau dans ses bras et lui dise que tout allait s'arranger pour le mieux…

Cependant, après plusieurs minutes d'un long silence qui commençait à peser sur les deux enfants, le plus vieux eut une idée pour faire retrouver le sourire à son amie et ainsi changer complètement de sujet.

« Est-ce que tu aimerais savoir qui est ton papa ? la questionna-t-il en ouvrant à nouveau Once Upon a Time.

– Oui ! s'écria celle-ci, tout à coup bien plus enjouée, ses esprits retrouvés.

– C'est un pirate. Le capitaine Crochet, pour être précis.

– Le capitaine Crochet ? répéta l'irlandaise, incrédule. Mais ce n'est pas possible, c'est un méchant, le capitaine Crochet, et mon papa il n'est pas comme ça !

– Eh bien, en fait, dans cette histoire, le capitaine Crochet est… différent. Ce n'est pas celui que l'on connaît tous.

– Ah bon ?! s'étonna à nouveau Sarah. Et il fait quoi alors ? »

Le brun se rappela de la discussion qu'ils venaient d'avoir juste avant, et pensa qu'il valait mieux ne pas lui révéler son rôle tout de suite. Elle pourrait mal le prendre. Lui-même, quand il avait compris qui représentait Killian, s'était d'abord montré septique avant d'y voir un possible espoir pour le futur.

« Je ne pense pas que tu sois encore prête à l'entendre, lui fit-il donc. Mais c'est un héros, en tout cas. »

Évidemment, la petite fille insista pour en savoir davantage, sa curiosité piquée au vif, mais lorsqu'elle comprit que son aîné était tout aussi têtu qu'elle et qu'il ne changerait pas d'avis, elle se ravisa finalement, faisant tout de même mine de bouder jusqu'à ce que sonne la fin de leur pause et qu'ils ne doivent se séparer pour rejoindre leur classe respective.

Elle oublia bien vite toutes ces cachoteries.


« Tu sais, à force de me solliciter autant pour garder ta fille, c'est plus qu'un verre que tu vas me devoir ! »

Ruby se mit à rire tout en rendant la monnaie du repas que Killian venait de payer tandis que ce dernier lui demandait pour la énième fois de s'occuper de Sarah durant son absence. Il avait une réunion parents-professeurs le soir-même, et ne pouvait la rater sous aucun prétexte.

La jeune femme avait raison, pourtant. Depuis son arrivée à Storybrooke une semaine auparavant, il n'avait cessé de demander son aide à plusieurs reprises. Il s'en voulait quelque peu mais n'avait pas d'autre choix ; même s'il avait fait la rencontre de plusieurs habitants, elle était la seule en qui il faisait assez confiance pour le moment.

Car malgré sa visible attirance pour lui, il ne pouvait le nier, c'était une personne très agréable.

« Excuse-moi, répliqua-t-il en se passant une main dans les cheveux. Je sais qu'il faudrait que je lui trouve une véritable baby-sitter, ce serait certainement plus simple, mais…

– Ne t'inquiète pas, le coupa son interlocutrice. Ça ne me gêne absolument pas, au contraire. Si je peux te rendre service, c'est avec plaisir. En plus, Sarah est adorable, c'est un véritable bonheur que de la surveiller. Et puis… ça reste toujours un bon moyen pour que tu m'invites à sortir. »

Elle ajouta ces dernières paroles accompagnées d'un clin d'œil, avant de se mettre à nouveau à rire devant le regard faussement désespéré de l'irlandais. Même si ces nombreux sous-entendus, parfois un peu lourds, le gênaient légèrement, il avait appris à s'y habituer.

De toute façon, il ne pouvait pas lui en vouloir. En effet, elle lui rappelait parfois la personne qu'il était avant d'avoir rencontré Milah. Lui non plus, quand il avait quelqu'un en tête, n'abandonnait jamais. Il était du genre à enchaîner les conquêtes et autres simples histoires d'un soir.

Parce qu'il était jeune, et qu'il avait envie de profiter de la vie. Il se poserait dans une véritable relation plus tard.

C'était d'ailleurs ce qu'il avait d'abord pensé quand il avait commencé à fréquenter celle qui allait devenir sa future femme. S'il avait su à l'époque…

Il ne s'était certainement pas attendu à ce que des sentiments aussi forts pour elle viennent s'emparer de son cœur et de son esprit. Mais comment ne pas en tomber amoureux ?

Comme lui, c'était une aventurière, qui aimait l'océan et avait pour rêve de parcourir le monde en bateau. Ce qu'ils avaient commencé à faire, d'ailleurs, jusqu'à ce qu'un heureux – mais pour le moins imprévu – événement chamboule tous leurs plans.

Sarah.

Jamais il ne pourrait oublier ce jour où elle lui avait annoncé sa grossesse. Certainement le plus beau de sa vie, plus magnifique encore que lorsqu'elle lui avait dit « oui » deux ans plus tôt.

Par une belle après-midi de début de printemps, il se trouvait sur leur navire qu'ils avaient acheté ensemble après des mois d'économies – le Jolly, l'avaient-ils nommé – à simplement contempler le si apaisant horizon, lorsqu'un corps était venu se coller sans prévenir contre le sien et qu'une tête était subitement apparue dans le creux de son épaule, un doux sourire sur un visage tout de même quelque peu crispé par l'appréhension.

Après tant d'années de relation (ils étaient en couple depuis presque six ans), il était évident qu'ils en avaient déjà discuté ; ils en voulaient, le souhaitaient du plus profond de leur cœur, mais pas tout de suite. Ils préféraient profiter de leur jeunesse avant et n'avaient de toute façon pas d'habitat stable pour un enfant puisqu'ils vivaient sur les mers.

Elle redoutait donc quelque peu la réaction du jeune homme, qui pourrait trouver cela trop tôt.

Elle s'était armée de tout son courage, et l'avait gentiment invité à la suivre en le prenant par la main et lui expliquant qu'elle avait une surprise pour lui. Lui, curieux, lui avait demandé ce qu'il se passait, en quel honneur faisait-elle tout ceci, mais elle ne lui avait donné aucune réponse.

Elle l'avait simplement amené jusqu'à leurs quartiers, l'avait fait s'asseoir sur leur lit, et lui avait prié de fermer les yeux jusqu'à nouvel ordre. Il s'était exécuté sans broncher. Elle s'était alors placée à ses côtés, ses deux mains posées au-dessus des siennes, et avait mis le test positif sur ses paumes tendues avant de lui faire ouvrir les paupières à nouveau.

Il lui avait seulement fallu quelques secondes pour comprendre. En un rien de temps, toutes sortes d'émotions – l'excitation, la joie, la peur aussi – s'étaient emparées de son être, puis il s'était jeté sur sa compagne pour l'embrasser tandis que ses doigts venaient caresser tendrement son ventre.

« Je vais être papa, n'avait-il pu s'empêcher de répéter entre deux baisers. »

Ils étaient heureux, en ce temps. Tellement épanouis. Plus qu'il ne l'avait jamais été depuis sa tendre enfance – il n'avait pas connu une adolescence des plus faciles, remplie de problèmes familiaux.

Et que ne donnerait-il pas pour avoir à nouveau droit à ce bonheur, ce quotidien qui lui manquaient tellement depuis plus d'un an à présent…

« Hum, Killian ? »

La voix de Ruby, accompagnée d'un raclement de gorge, ramena vivement l'irlandais à la réalité. Il se rendit alors compte qu'il se trouvait encore devant le comptoir, et qu'il empêchait les autres clients de payer ce qu'ils devaient.

Ou plutôt, qu'il gênait la seule cliente qui attendait derrière lui et qui semblait pressée : Emma.

Cette dernière le dévisagea d'un regard étrange sans rien dire, à peine un « bonjour » de politesse alors qu'il s'excusait et s'empressait de la laisser passer.

« On se voit plus tard, fit-il à la brune avant de rejoindre la sortie. Merci encore… pour tout. »

Il avait besoin de prendre l'air, de se sortir de ses souvenirs. C'est pourquoi il laissa ses pas le guider jusqu'au port, où il s'assit sur un banc afin de permettre à la vue sur l'océan face à lui de le calmer – cela marchait à chaque fois.

Il n'avait pas choisi Storybrooke pour rien. Il voulait changer radicalement de vie, certes, une ville bien différente de la touristique Galway qui attirait les gens de par sa proximité avec les falaises de Moher, ces mêmes falaises desquelles il avait déversé les cendres de sa femme, car elle lui avait indiqué une fois que c'était ainsi qu'elle imaginait sa fin, à travers « une dernière aventure » comme elle l'avait si bien dit, mais jamais il n'aurait abandonné cette vaste étendue d'eau.

Jamais.

Pendant ce temps, la shérif de la bourgade, intriguée par le comportement du jeune homme, demanda à son amie avant de partir à son bureau où Graham l'attendait pour manger :

« Qu'est-ce qu'il avait ?

– Je n'en ai aucune idée. J'ai cru comprendre que ça lui arrivait parfois, d'avoir des moments "d'absence". Je ne sais pas à quoi il pense à chaque fois, mais il semble toujours bouleversé ensuite. Il s'en va sans donner d'explication, jusqu'à revenir comme si de rien n'était. »

La blonde tourna la tête en direction de la porte qu'il venait de franchir, semblant réfléchir à quelque chose mais ne fit pas la moindre remarque. Elle se contenta de remercier l'autre femme et de quitter le restaurant à son tour, prétextant devoir retourner au travail.

Elle ne connaissait pas cette personne. Du moins, que très peu – depuis ce qu'il s'était passé avec Monsieur Gold, ils ne s'étaient plus reparlé, se saluant simplement lorsqu'ils se croisaient à l'école, même si leurs enfants semblaient déjà plutôt bien s'entendre. Pourtant, elle se sentait perturbée par ce qu'elle venait de voir, cette faiblesse qu'il avait laissé échapper malgré lui au beau milieu du Granny's.

Peut-être que pour la brune, ce n'était pas quelque chose à prendre forcément au sérieux d'après sa réaction, mais elle avait parfaitement connaissance de cette sensation que Ruby avait tenté de lui décrire. Elle ne l'avait pas ressentie depuis des années, certes, mais elle l'avait elle-même vécue, plus jeune.

Lorsqu'elle était au plus bas de son existence, qu'elle s'était retrouvée à peine sortie de prison, seule et enceinte jusqu'au cou. Lorsque l'homme qu'elle croyait être le bon, naïve qu'elle était à l'époque à propos de l'amour, l'avait trahie de la pire des façons qui soit.

Lorsqu'on l'avait à nouveau abandonnée, elle l'orpheline dont on avait lâchement laissé le berceau sur un bord d'autoroute, comme un vulgaire animal de compagnie qui prend subitement trop de place lors d'un départ en vacances – c'était en tout cas ce qu'elle avait ressenti en apprenant la vérité.

Elle allait mieux, à présent. Grâce à Henry et tous ses amis qu'elle s'était fait au fil des années passées à leurs côtés, qu'elle considérait pour certains même comme sa vraie famille, qui l'avaient aidée à surmonter ces difficiles épreuves, à faire taire certains de ses démons.

Même si, bien entendu, elle avait des restes de ces expériences qui l'avaient marquée certainement à jamais – par exemple, elle ne croyait plus en l'amour et avait une peur panique de l'engagement, de s'attacher à nouveau à quelqu'un et lui offrir sa confiance par crainte qu'on ne la lui brise encore une fois, d'où sa réticence envers les avances de son collègue.

Cependant, voir dans les yeux de Killian pour la deuxième occasion une lueur qui lui était bien trop familière et douloureuse ne cessait de la perturber. Elle ne pouvait s'enlever cette image de l'esprit.

Car elle se demandait bien ce qu'il avait pu connaître de si horrible dans son passé.

Il l'intriguait, cet étranger venu avec sa fille et dont la mère était pour l'instant portée disparu, qui semblait encore plus renfermé qu'elle sur son existence, même si elle était certainement la seule à le reconnaître. Et cela l'effrayait bien plus qu'elle ne voulait se l'avouer.

Elle devait se le sortir de la tête, ce n'était pas sain que de penser à lui ainsi, à vouloir découvrir ses secrets. Il fallait ignorer son existence, lui répétait incessamment une voix intérieure et ne pas s'intéresser davantage à cet inconnu.

Alors c'est ce qu'elle fit. Elle prit une grande inspiration et tenta de le sortir de son esprit.

A la place, elle se concentra sur la masse impressionnante de travail qu'il lui restait à accomplir. Elle n'aurait certainement pas le temps de le finir, d'ailleurs, puisqu'elle avait une réunion à l'école en fin d'après-midi à laquelle elle se devait d'être présente.

La scolarité de son fils était plus importante.

Tellement importante que c'est ce qui lui fit oublier le jeune homme. Mais ce fut aussi elle qui le lui ramena, quelques heures plus tard…


Killian entra en trombe dans la salle de classe, essoufflé. Tous les regards se tournèrent dans sa direction, certains accusateurs, d'autres étonnés. Mary-Margaret, qui se trouvait en pleines explications du principe de tutorat instauré entre les CP et les CM2, se coupa dans son discours et un lourd silence prit alors place dans la pièce.

L'irlandais était en retard. De quelques minutes seulement, mais en retard tout de même. Il ne pouvait s'empêcher de penser qu'il allait être catégorisé comme un mauvais père par tous ces inconnus, incapable d'arriver à l'heure lors d'une réunion importante concernant sa fille.

Ce n'était toutefois pas de sa faute – Ruby avait terminé son service plus tard que prévu et il n'avait décemment pas pu laisser son enfant seule en attendant qu'elle ne finisse.

« Excusez-moi, fit-il d'un ton désolé en refermant la porte derrière lui et se faisant le plus discret possible pour rejoindre une place libre. »

Il s'installa aux côtés d'une rousse qui lui offrit en retour un grand sourire chaleureux quand il s'assit et, une fois le calme revenu, la brune recommença son récit comme si de rien n'était, sans faire la moindre remarque sur son manque de ponctualité. Le jeune homme tenta de suivre le cours de ses paroles, mais la femme à sa droite ne sembla pas du même avis puisqu'elle l'interpella en chuchotant :

« Vous êtes le père de la petite nouvelle, n'est-ce pas ?

– Euh, oui, répondit l'intéressé sans détourner les yeux de la professeur – il ne souhaitait pas à nouveau se faire remarquer.

– Enchantée, Ariel Fisher, ma fille est dans la même classe que la vôtre.

– Killian Jones. Mais, si ça ne vous dérange pas, pourrions-nous reprendre cette conversation plus tard ? J'aimerais suivre les explications.

– Oh, oui, pardon. »

C'était l'un des plus gros défauts de cette dénommée Ariel. Elle était trop bavarde, mais c'était plus fort qu'elle. En effet, durant son enfance et adolescence, elle avait eu de graves problèmes de santé qui l'avaient presque rendue aphone à vie.

Autant dire donc que maintenant qu'elle avait retrouvé sa voix et ne risquait plus rien la concernant, elle en profitait au maximum.

Cependant, elle ne prononça plus le moindre mot suite à la demande de Killian et écouta elle aussi attentivement les dires de l'institutrice.

« … Comme vous le savez peut-être, ce tutorat sert à rapprocher les élèves entre eux, mais aussi les parents. Dans une petite ville telle que celle de Storybrooke où presque tout le monde est amené à se côtoyer, il est important selon moi d'apprendre à connaître davantage ceux qui nous entourent pour une meilleure entente entre tous. C'est pourquoi tout ne se passe pas seulement en classe ; certains exercices sont demandés à être faits à la maison, en binôme… »

Cette remarque interpella le brun, qui décrocha subitement du discours malgré lui. Il n'était pas au courant de cette histoire. En fait, il ne savait pas grand chose, car Sarah avait eu du mal à lui faire comprendre en quoi ceci consistait – sûrement n'avait-elle pas tout saisi elle-même.

Elle lui avait seulement répété à plusieurs reprises que Henry serait son tuteur.

« Tu sais, le fils de la madame pas très gentille qui t'a crié après l'autre jour ! s'était-elle exclamée.

– On ne parle pas comme ça des inconnus, chérie, l'avait alors simplement réprimandée son père avant de pousser un soupir face au rappel de cet incident qu'il aurait préféré oublier. »

Il n'avait pas été dérangé par cette nouvelle quand il l'avait apprise – la fillette semblait vraiment heureuse à cette idée, il ne pouvait donc que se montrer à son tour réjoui puisque cela lui convenait à elle – mais maintenant qu'il savait que ce principe du tutorat s'étendait plus loin que l'espace de l'école, il y adhérait tout à coup bien moins. Il avait peur que tout ceci ne lui cause plus de problèmes qu'autre chose ; le souvenir de ses deux premières rencontres avec la blonde était encore bien frais dans son esprit, même s'il n'avait plus eu affaire à elle depuis, même avec l'amitié naissante entre les deux enfants.

Ce qui lui convenait parfaitement, à vrai dire.

Ou du moins, c'était ce qu'il s'était mis en tête, car il ne pouvait s'empêcher, à chaque fois qu'il croisait son chemin, de repenser à cette voix qui s'était éveillée au fond de lui lorsqu'il avait lamentablement échoué dans ses bras et qui l'avait interpellé à cause de ce qu'il avait pu lire dans ses irises émeraude. Finalement, peut-être que tout ceci ne serait pas qu'un mal et qu'il pourrait ainsi en apprendre davantage sur elle, se rapprocher d'elle.

(Et que se focaliser sur les soucis d'une autre lui permettrait de faire abstraction des siens un certain temps, aussi.)

Il n'eut néanmoins pas le temps d'y songer plus longtemps puisque tout à coup il entendit un bruit de chaise à ses côtés qui était repoussée en arrière. Il se retourna instinctivement dans la direction du son et, alors qu'il pensait se retrouver nez-à-nez avec Ariel, il fut surpris de poser son regard sur celui de la jeune femme à laquelle il était justement en train de penser, qui semblait avoir quitté sa place auprès du père de Roland avec qui il avait eu l'occasion de converser quelques fois auparavant.

« Que faites-vous ici ? la questionna-t-il.

– En plus d'arriver en retard et de déranger tout le monde, vous n'écoutez donc pas ? répliqua cette dernière avec une exaspération non cachée. »

Elle s'en voulut aussitôt en voyant l'irlandais baisser les yeux. Il ne s'attendait pas à ce qu'elle lui réponde d'un ton aussi froid, mais elle ne pouvait s'en empêcher. C'était plus fort qu'elle, son propre moyen de protection. Cependant, elle se reprit d'une voix plus neutre cette fois :

« Mary-Margaret a demandé à ce que l'on se regroupe entre parents des binômes pour que l'on s'organise ensemble. Et que l'on apprenne à se connaître, si ce n'était pas déjà le cas.

– Oh, d'accord… »

Il n'ajouta rien d'autre, ne sachant pas vraiment quoi répliquer, de toute façon. A vrai dire, il se sentait même plutôt mal-à-l'aise, face à cette personne qui ne devait avoir que de mauvais à-priori à son propos. Il espérait pouvoir lui faire changer d'avis afin que les choses se passent mieux, et lui laisser une bonne impression cette fois.

« Je suppose que… que vous préféreriez que Henry et Sarah se voient chez vous, n'est-ce pas ? finit-il tout de même par prendre à nouveau la parole.

– Pourquoi pensez-vous cela ? s'étonna Emma.

– Eh bien, vous n'avez pas vraiment l'air du genre à faire confiance facilement aux inconnus. Surtout à moi, après… après ce qu'il s'est passé l'autre jour. »

Elle le dévisagea longuement, surprise qu'il ait à ce point raison. Jamais elle ne laisserait son fils entre les mains de cet individu. Entre les mains de n'importe quel individu qu'elle ne connaissait pas, d'ailleurs.

Mais quelque chose au fond d'elle lui faisait penser qu'il avait le même avis en ce qui concernait sa fille.

« C'est vrai. Sauf que je suppose que vous aussi, vous préféreriez qu'ils se voient chez vous ? lui demanda-t-elle donc à son tour.

– N'ayant pas de véritable chez moi pour l'instant… on ne peut pas vraiment dire que je sois en mesure de le vouloir mais en tout cas, que je sois présent avec elle au moins la première fois, oui.

– Et si je ne veux pas que entriez dans mon appartement ?!

– Pourquoi cela ? Vous avez peur que j'arrive à lire en vous juste en allant chez vous, un endroit qui pourrait en révéler beaucoup sur votre personnalité ? l'interrogea-t-il d'un ton se voulant quelque peu provocateur, un faible sourire au bord des lèvres (il n'avait qu'à regarder son visage se décomposer pour comprendre qu'il avait vu tout à fait juste, ce qui ne l'étonna même pas). Ne vous inquiétez pas pour ça alors, love, je n'en ai pas besoin. Vous avez tout d'un véritable livre ouvert pour moi.

– Ah oui ?

– Parfaitement. »

Le regard insistant qu'il lui lança suite à cela lui fit détourner ses prunelles émeraude. Elle savait qu'il avait raison – il comprenait déjà pourquoi elle ne voudrait pas le laisser mettre un pied chez elle sans même qu'elle n'ait besoin de lui en faire part.

Elle se garda donc bien de le faire parler davantage, par peur qu'il ne lui révèle des informations sur elle qu'elle ne voulait pas entendre, et tenta de trouver un accord pour les futurs travaux de leurs enfants afin de changer de sujet.

Elle dut s'armer de beaucoup de volonté et de courage pour ne pas prendre ses jambes à son cou alors qu'elle sentait ses yeux la percer de part en part pendant qu'il l'écoutait parler. Elle se rassura en se disant qu'elle aussi avait finalement su lire en lui certaines choses.

Toutefois, elle ne put laisser échapper un soupir de soulagement quand la réunion se termina et qu'ils durent enfin se quitter. Du moins, quand elle crut qu'ils allaient enfin se quitter.

Car, après avoir passé quelques minutes à discuter avec d'autres parents dehors, lorsqu'elle décida qu'il était l'heure pour elle de rentrer même si elle avait le temps puisque Henry passait la nuit chez sa marraine et qu'elle s'excusa auprès des autres, il l'interpella avant qu'elle n'ait la possibilité de s'éloigner :

« Permettez-moi de vous raccompagner.

– Vous vous la jouez gentleman, maintenant ?! répliqua-t-elle.

– Sachez que je suis toujours un gentleman, sourit-il, amusé. »

Elle lui rendit son sourire et, après une courte hésitation, elle accepta son offre. Elle ne risquait rien, après tout, de faire le chemin du retour en de bonne compagnie, cela n'engageait en rien d'autre que de se montrer polie et aimable, n'est-ce pas ?

(Bien sûr que non, elle ne risquait rien.

Ce n'était pas comme si elle le catégorisait déjà de « bonne » compagnie…)