Titre : A bout de nerfs
(Titre original : Wit's End)
Auteur : Greywolf Lupous
Traducteur : SuperMiss (aka Nao-asakura)
-4-
« Peut-être que tu manques juste…
– Pour l'amour de dieu, ne finis pas cette phrase !
– … hein ? »
Rodney agita un doigt énervé sous le nez de l'homme en face de lui. « Pour ton information, il n'y a rien que tu puisses faire… et pourquoi est-ce que je parle de ça, bon sang ? Ton regard vide m'indique que, comme prévu, tu n'as pas la moindre idée de ce que tu viens de me dire. »
John le fixa du regard comme s'il venait de lui pousser une deuxième tête. « J'te demande pardon ?
– Ne t'excuse pas de ne pas te souvenir de tes propres remarques idiotes.
– Je suis perdu là, » John secoua la tête. « Je pensais qu'on parlait de…
– Écoute, ça n'a pas vraiment d'importance et j'ai déjà perdu au moins quinze secondes que j'aurais pu utiliser pour faire quelque chose de plus utile.
– Mais…
– Non, non, tu dois m'écouter. On est coincés dans la version infernale du Jour de la marmotte. On a dix-sept minutes de rigolade, tellement répétitives que ça anesthésie l'esprit, au cours desquels je dois réparer cette machine là, » fit Rodney en désignant la console qui ronronnait doucement à côté de lui, « avant que Tournis Turner, celui de ce que tu appelles toi "ce matin", ne décide de pénétrer en coup de vent dans cette merveilleuse forteresse et ne se mette à tirer dans tous les coins.
– Ce que moi j'appelle "ce matin" ?
– Pour autant que je sache, une semaine s'est écoulée dans le monde réel, faisant de ce jour le plus long de toute ma vie. Alors au cas où tu n'aurais pas saisi la référence à Un jour sans fin, on est piégés dans une boucle temporelle – une boucle absurdement courte en plus de ça !
– C'est un peu dur à avaler en moins de trente secondes.
– Eh bien, j'ai pas le temps et j'en ai marre de me répéter. » Rodney se débarrassa de la tablette et attrapa son sac, se saisissant du tournevis d'un mouvement longuement répété. « Et je suis censé faire penser à Denver, quoi que cela puisse bien vouloir dire.
– Denver ? » John fronça le nez. « Qu'est-ce que Denver vient faire dans cette histoire, bon sang ?
– Peut-être que c'était Derry… Danvers peut-être ? »
John se raidit, écarquillant les yeux sous le choc quand son esprit intégra le nom. « Danvers ? Comment est-ce que tu peux savoir…
– C'est toi qui m'as demandé de mettre ça sur le tapis, avec ton air typiquement énigmatique.
– Je te l'ai demandé ?
– Tu t'es montré sacrément insistant à ce sujet, » Rodney fit une pause ; il n'aimait pas l'expression qu'il lisait sur le visage de son ami. « Pourquoi ? Qu'est-ce que ça veut dire ? »
Et en une fraction de seconde, sa carapace était de nouveau en place et le sourire contraint de John était le seul signe d'une quelconque émotion négative associée à ce nom. « Donc, tu as parlé d'une boucle temporelle ? »
Rodney cligna des yeux, « Euh, oui.
– Et d'une embuscade. » L'expression de John s'assombrit un bref instant puis se radoucit. Il enclencha sa radio d'une tape, jetant un bref coup d'œil à Rodney avec une expression indéchiffrable. « Ronon, Teyla, il faut qu'on se regroupe. Des ennuis arrivent.
– Tu me crois ?
– Tu as l'air surpris, » commenta John d'un ton léger, bien que sa désinvolture parût un peu forcée.
– C'est juste que d'habitude tu m'accuses d'avoir une commotion cérébrale… ou d'avoir pris de la drogue.
– Je devrais ?
– Non… c'est gentil en fait.
– Donc il faut que tu travailles sur cette machine. » John jeta un bref coup d'œil en direction de Ronon et de Teyla quand ils les rejoignirent sur la plateforme. « On n'a pas beaucoup de temps, c'est ça ?
– C'est ça, » marmonna Rodney, baissant les yeux au sol. « Sheppard ?
– Ouais ?
– Qui est Danvers ? »
Il s'immobilisa, le masque sur son visage se délitant pendant un instant avant qu'il ne se reprenne. « Quelqu'un à qui je n'aime pas penser.
– Tu parles d'une énigme, » Rodney ronchonna, mais disparut tout de même sous la console. Même si cela avait piqué sa curiosité, il ne disposait pas du temps nécessaire pour forcer Sheppard à se confier au sujet de ce nom. Il n'en aurait probablement pas encore assez même s'il avait devant lui de tout le temps que l'univers avait à offrir.
« Tu as mentionné des ennuis ? » Il entendit gronder Ronon, mais il se concentra pour détacher les panneaux du devant.
Dans le coin, au fond, il voyait le câble à haute tension qui dansait toujours, mû par l'électricité. Quand ils seraient rentrés sur Atlantis, la première chose qu'il ferait serait de s'assurer que toutes les équipes d'exploration ne quittent jamais la cité sans une paire de gants isolants. Il n'en aurait rien à faire qu'elles ne fassent qu'une sortie rapide dans les champs cultivés de M83-810, elles devraient en avoir une paire à enfiler au cas où se mettraient soudain à pousser hors du sol des douzaines de câbles dénudés, intelligents et faisant des étincelles.
« Rodney, » fit John d'un ton strident qui indiquait que ce n'était pas la première fois qu'il l'appelait.
– J'suis un peu occupé là-dessous ! » Fit-il d'un ton sec, laissant tomber les morceaux de panneaux sur le sol. Combien de fois fallait-il qu'il lui dise que… oh, c'est vrai, il ne lui avait pas encore expliqué. « C'est pas comme si j'étais en train d'essayer de tous nous libérer de cet enfer dans lequel on est piégés pour l'éternité, ni rien. »
Le changement de lumière et une ombre étendue, aux cheveux hérissés, lui indiqua que John essayait de jeter un œil sous la console. « Il faut qu'on sache ce que Turner va faire.
– D'habitude il essaie d'arriver en douce et il surprend l'un d'entre vous – mais c'était avant que je sache qu'il savait ce que nous faisons à chaque fois.
– Redis-moi ça ?
– Je n'ai plus que treize minutes, » Rodney se poussa sur le côté pour que de là où il se trouvait John puisse voir le câble qui faisait des étincelles, « pour m'occuper de ça et pour deviner pourquoi cette machine ne s'éteint pas. Je ne peux pas jouer à la fois au réparateur intergalactique et au stratège militaire contre une arme de brutes dirigées par l'idiot du village !
– Écoute…
– Il faut juste que tu le retiennes, » il opta pour un ton patient, bien qu'il sonna davantage condescendant, « assez longtemps pour que j'arrive à trouver une solution. De préférence sans qu'aucun d'entre vous ne se fasse tuer.
– Très bien. » La silhouette s'éloigna, permettant à la lumière de l'après-midi de revenir. « Juste, tiens bon, d'accord ?
– Je vais essayer, » marmonna Rodney, en se tournant de nouveau vers le panneau.
Il prit une profonde inspiration pour se calmer, avant de refermer les deux morceaux de panneau sur le câble. Après avoir piégé le câble avec succès, il le poussa précautionneusement sur le côté afin de mieux voir le circuit électrique qu'il cachait. Même avec le faible éclairage, il voyait qu'un des cristaux était noirci et éteint.
Il tendit la main pour l'atteindre, prenant garde de ne pas toucher de partie conductrice, au cas où le circuit tout entier fût électrifié, et retira le cristal défectueux. Le panneau s'éclaira brièvement avec une lumière bleue, avant qu'une autre surtension ne fasse jaillir des étincelles.
Serrant le cristal défectueux dans sa paume, il reposa le câble piégé et ressortit à la lumière pour mieux voir. John était toujours posté devant la console et il se contenta d'un grognement à l'adresse de Rodney en s'écartant pour lui permettre de passer. A première vue, la plateforme était déserte. Il lui fallut plusieurs secondes pour finalement repérer Ronon et Teyla qui s'étaient fondus dans deux recoins, leurs armes levées et prêtes à tirer.
Il fronça les sourcils en regardant John, qui désigna les bois et essaya pas vraiment gentiment de faire retourner Rodney sous la machine. Il n'aimait pas l'idée d'avoir à se cacher, mais il se glissa avec précaution sous la machine, de telle sorte qu'il pouvait sortir facilement la tête pour avoir un peu de lumière pour travailler.
John lui lança un regard irrité, mais Rodney l'ignora et se contenta de lever le cristal à la lumière du soleil, essayant de prendre mentalement des notes.
« Docteur Mêlée ! » L'appel était lointain, mais strident et plein de rage. « Montrez-vous ! »
Rodney faillit lâcher le cristal sous le choc. Il ferma les yeux et prit une grande inspiration, ses doigts serrant plus fort l'objet qu'il avait dans les mains. Quand il se sentit assez en contrôle, il rouvrit les yeux, apercevant John qui le regardait fixement, sa bouche dessinant une ligne sinistre.
Rodney commença à ouvrir de nouveau la bouche, mais John le fit taire d'un geste. A contrecœur, il garda le silence.
« Nous savons tous les deux que vous êtes là-dedans ! »
C'était contre la nature de Rodney d'être silencieux, particulièrement quand il s'agissait de cet homme-là et de ses ordres grinçants et fous.
« J'espère que vous êtes revenus à la raison et que vous allez vous contenter de m'aider ! »
Rodney ouvrit la bouche pour répondre, mais John le devança.
« McKay est un peu occupé pour le moment, Turner. Revenez à la prochaine boucle !
– Hé ! » Murmura Rodney d'un ton rude. « Je pensais qu'on était censés garder le silence !
– Non, toi tu gardes le silence. Il essaye de te faire sortir.
– Parce que maintenant tu es un expert à son sujet tout d'un coup ?
– Non, je me contente de l'occuper. » John leva un sourcil. « C'est pas ce dont tu as besoin ?
– Beuh, oui, mais…
– Dix minutes, McKay.
– Je le sais bien !
– Alors pourquoi est-ce que tu polémiques ?
– C'est toi qui as commencé !
– C'est pas vrai !
– Ce n'est pas à vous que je m'adressais, Sheppard ! » La voix de Turner le coupa de nouveau, plus proche cette fois-ci. « C'est une affaire entre le Dr. Maigret et moi !
– Nous avons tous eu notre lot de déceptions dans la vie, Turner, » John éleva la voix de nouveau, tout en lançant un regard sévère à Rodney. « Pour vous ça sera avoir à faire à moi. »
Rodney commença à jeter un œil de l'autre côté de la console, mais une violente taloche sur son épaule de la part de John le fit baisser de nouveau la tête.
« Ça fait super mal.
– Une balle dans la tête aurait fait plus mal.
– Oh, crois-moi, je le sais ! »
Les traits de John se durcirent. « Ah bon ?
– Écoute, c'est pas important là tout de suite…
– Tu te fous de moi ?
– Je vais bien maintenant ! »
Une expression sombre se figea sur le visage de John. « On parlera de ça plus tard.
– Si tu t'en souviens, » grogna Rodney. « Et ça ne sera probablement pas le cas.
– Je m'en souviendrai, si tu répares la machine, » gronda John. « Tu fais ton boulot et moi le mien.
– Très bien ! » Gronda Rodney, en se tournant de manière à ce que son dos soit face à John.
C'était déjà assez terrible comme ça de porter sur ses épaules les vies des membres de son équipe ; s'occuper des problèmes existentiels de son leader n'était pas dans les attributions de Rodney. Il se força à recommencer à étudier le cristal et essaya de noyer les cris pleins de colère de Turner dans ses propres pensées. S'il ne se concentrait pas, alors tout ça ne s'arrêterait jamais – et Rodney avait besoin que ça s'arrête quasiment plus que tout au monde.
Le cristal était un peu plus large que son index et il aurait dû être d'un bleu clair et transparent s'il n'avait pas brûlé. Il était presque identique à ceux que l'on trouvait dans les DHD, la partie du système responsable de la régulation de leur énergie et de celle de la Porte.
Fait chier.
Cette énergie non régulée interférait très vraisemblablement avec le signal de la tablette, ce qui expliquait pourquoi son interface ne répondait pas. Malheureusement, Rodney avait besoin qu'elle fonctionne puisqu'il fallait encore qu'il trouve un bouton marqué "arrêt" en Ancien.
Il se massa le front d'une main, essayant de faire jaillir la réponse de ses pensées embrouillées. Les secondes s'égrenaient, John et Turner criaient toujours et Rodney ne pouvait pas remplacer le cristal abîmé avec ce qu'il avait sous la main. Il sentait le désespoir monter en lui et il eut terriblement envie de laisser tomber quand les cris cédèrent la place aux coups de feu.
Il était plus intelligent que ça. Il était Rodney McKay, l'homme le plus brillant de deux galaxies et il avait réparé des machines avec encore moins de ressources et davantage d'enjeux sur les épaules.
D'accord, il ne pouvait pas remplacer le cristal, il ne pouvait pas le réparer et l'utiliser pour refaire fonctionner la machine normalement. Mais c'était pas grave. Il ne voulait pas utiliser cette stupide machine, il voulait seulement l'éteindre. Ou la faire sauter. Il était sûr que Sheppard avait un peu de C-4 sur lui. Ça pourrait s'avérer plutôt satisfaisant…
… sans mentionner le fait que c'était une mauvaise idée. La machine consommait des quantités énormes d'énergie. De l'énergie qui n'avait nulle part où s'échapper.
Elle ne pouvait que revenir dans la machine elle-même.
« C'est ça, » marmonna-t-il pour lui-même tout en observant le panneau qui faisait des étincelles. « C'est ça !
– Qu'est-ce qu'il y a ? » Cria quasiment John en se baissant à l'abri derrière la console.
– J'ai peut-être résolu le problème ! » Croassa Rodney d'un air excité, en s'extirpant de dessous la machine.
– C'est pas trop tôt. » John fit une grimace. « Alors qu'est-ce que tu attends ?
– Il me faut juste quelques affaires dans mon sac.
– Ton sac ? » John parcourut des yeux la zone à découvert jusqu'à l'endroit où reposait le sac à dos, abandonné et oublié par Rodney dans sa précipitation un moment plus tôt. « Merde.
– Tu m'ôtes les mots de la bouche, » Rodney expira longuement, sans croire à ce qu'il était sur le point de faire. « Couvre-moi.
– Non, » le pilote secoua la tête d'un air catégorique, « c'est absolument hors de question.
– Il me faut ce sac, Sheppard.
– Alors c'est toi qui me couvre. »
Il n'était qu'à quelques mètres. Il y avait de bonnes chances que John puisse l'atteindre et le ramener sans encombre en un rien de temps. Sans aucun doute plus rapidement que ne le pouvait Rodney. Vraiment, c'était très logique de le laisser prendre le risque lui.
Mais au fond de lui, Rodney entendait toujours l'unique coup de feu d'un pistolet, le bruit sourd et écœurant d'un corps qui heurtait le sol et son propre cœur qui battait dans ses oreilles. Il ne pouvait pas… non… il n'allait pas revivre ça une seconde fois.
« D'accord, » Rodney acquiesça fermement, « laisse-moi juste deux secondes, le temps de me préparer.
John décrocha le P-90 de sa veste, se préparant à courir. « Prends ton temps. »
Rodney saisit la veste de son ami dans un geste de camaraderie. « Juste pour que tu le saches, je pense que c'est vraiment une idée stupide. »
John eut un sourire contraint. « Je sais.
– Bien. »
Utilisant la prise qu'il avait sur John, Rodney se propulsa en avant, tandis que la poussée fit tomber le pilote par terre. Les coups de feu étaient assourdissants et c'était sûrement son imagination, mais il sentit quelque chose siffler près de son oreille. Il ne voyait plus où se trouvaient Ronon et Teyla, il espérait seulement qu'ils allaient bien au cas où il serait bel et bien capable de réparer les choses avant la fin de cette boucle-ci.
« McKay ! » Oh, John n'avait pas l'air content. Si le plan de Rodney fonctionnait, il en entendrait parler jusqu'à la fin des temps : c'était, Rodney en était sûr, l'acte le plus stupide dans l'histoire des prouesses héroïques et stupides.
Il plongea au sol en direction du sac, sentant que l'entraînement de ses cours de self-défense avait porté ses fruits quand il fit une roulade avec le sac jusqu'au bord de la plateforme. Eh bien, phase un terminée. Maintenant il fallait juste qu'il revienne jusqu'à la machine.
Il fit un sourire incertain en direction de John. Prends ça, Lieutenant Colonel GI Joe.
John ne souriait pas, à vrai dire. En fait, il criait quelque chose.
« Quoi ? » cria-t-il en retour, espérant de tout son cœur que les armes s'arrêtent quelques secondes pour leur permettre de tenir une conversation digne de ce nom.
– Il a dit, » les poils sur le bas de la nuque de Rodney se dressèrent quand le métal froid du canon d'un fusil entra en contact avec sa nuque, « derrière-toi.
– Pas encore. » Rodney serra plus fort le sac, le plaquant pratiquement contre sa poitrine. « Pourquoi est-ce que vous ne pouvez pas juste me laissez tranquille ?
– Parce que, » gronda Turner, « cette machine est ma destinée. Maintenant levez-vous et tournez-vous.
– Nous savons tous les deux que ça n'a pas d'importance, » dit Rodney, mais il se remit debout, se tournant pour faire face à son ennemi attitré, le sac toujours pressé contre sa poitrine. « Rien, aucun de nous deux, n'a d'importance. Vous pouvez m'abattre à chaque fois, je reviendrai toujours.
– Je le sais, » Turner leva son arme, « mais ça ne rend pas la chose moins satisfaisante. »
Si l'écho du neuf millimètres était fort, le coup de fusil fut assourdissant. Toutefois Turner avait sûrement moins bien visé, parce qu'au lieu de provoquer une explosion de douleur en travers de sa poitrine, la balle se contenta de lui entailler l'épaule avant de le coucher au sol.
Merde, ça ne lui avait même pas fait mal.
« Vous tirez comme un pied, » fit Rodney, en repoussant d'un geste énervé le sac à dos qui pesait sur lui. « Vous n'êtes même pas passé près de… »
La remarque railleuse mourut sur ses lèvres alors le sac à dos émit un grognement quand il le toucha et quand Rodney retira sa main, elle lui revint couverte de sang. En fait, le sac avait une forme remarquablement humaine et il parvint à rouler plus loin de son propre chef, se révélant être pour de bon un être humain.
Un être humain à la poitrine et à l'abdomen criblés de plombs, la veste quasiment déchiquetée par la proximité de la détonation devant laquelle il s'était jeté.
« Non, » murmura-t-il, en rampant pour se rapprocher de son ami, « non ! »
Ce n'était pas censé se passer comme ça. Putain, stupides pilotes et leur complexe du héros. Il avait enfin résolu le problème. Ils allaient enfin sortir de cette boucle – il tendit la main et secoua rudement l'épaule de John.
Il parvint ainsi à recueillir un grognement étranglé. « Ouch.
– Espèce d'abruti… » La voix de Rodney trembla. « Suicidaire… abruti…
– Tu as déjà dit abruti, » murmura–t-il avec peine.
– J'ai le droit de me répéter ! » S'écria Rodney sur un ton énervé. « Je me répète depuis un temps incalculable !
– Désolé, » John toussa et tout son corps tressaillit en même temps. « J'ai un peu mal.
– Flash info : tu viens de te faire tirer dessus !
– Jaloux ? » Il n'y avait que John Sheppard pour agoniser et rester désinvolte en même temps.
– Non, pas du tout… oh mon dieu, il y a du sang partout.
– Suis… désolé.
– Arrête de t'excuser ! »
Le mouvement de la poitrine sous sa main se fit plus erratique, les inspirations moins régulières. Ça ne pouvait pas être en train de se produire. Pas encore. Oh non, pas encore.
« Encore ? » Une main se trouvait là, agrippant fermement son avant-bras. « Rodney ? »
Sa gorge se serra quand il baissa les yeux sur John qui le fixait du regard – son expression était stoïque, essayant de cacher la douleur que Rodney pouvait littéralement sentir sous ses mains alors que la respiration du pilote se faisait plus laborieuse.
« Rodney. » Ses ongles s'enfoncèrent dans son bras, assez profond pour lui faire mal. « La prochaine fois… n'oublie pas de m'y faire penser. »
Il voulait demander, "te faire penser à quoi ?", mais les mots refusaient de passer la boule dans sa gorge. Dans quelques minutes cela n'aurait plus d'importance, parce que techniquement Rodney n'aurait pas besoin de faire une folle traversée de la plateforme, Turner ne l'attendrait pas et aucun pilote kamikaze ne recevrait un coup de feu qui ne lui était pas destiné. Rien de tout ça n'aurait d'importance parce que ça ne se serait pas produit.
« Fais-moi penser, » la voix de John était aussi tranchante que les ongles qui s'enfonçaient dans le bras de Rodney, « à Danvers.
Puis ses forces l'abandonnèrent et John relâcha sa prise sur Rodney. La poitrine sous sa main s'abaissa une toute dernière fois avant de s'immobiliser totalement. Tout était silencieux autour de lui. Il n'y avait pas de grognements de refus de la part de Ronon, pas de hoquet de la part de Teyla, assez vraisemblablement parce qu'ils étaient morts eux aussi.
Rodney s'était agrippé à une corde depuis que cette lente descente en enfer avait commencé. Elle s'était progressivement effilochée à chaque boucle successive, jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus qu'un seul et unique fil solide – un fil qui le rattachait à la réalité malgré tout ce qui le rapprochait du gouffre. Il pendait à ce fil, à présent, il voyait le gouffre baillant sous ses pieds, une gueule d'un noir d'encre qui lui faisait signe, attendant qu'il lâche prise.
« Mince, » Turner poussa le cadavre du bout du pied, « c'est pas aussi amusant la seconde fois. »
Le fil se rompit brusquement.
NdT : Okay, c'est cruel, je l'admets, mais l'auteur est une adepte des cliffhangers féroces, j'y peux rien... La suite demain, si vous reviewez tous !
