Hello !
Vous avez de la chance, j'ai failli oublier que je devais publier aujourd'hui. En ce moment, j'ai tellement de mal à me mettre à l'écriture... Mais ne vous inquiétez pas, il me reste encore 2/3 chapitres en réserve pour les prochains mois !
Ce chapitre est dans la continuité du premier. Il est un peu long, sans doute aussi un peu barbant (oui Annah se répète un peu...) mais tenez bon car les choses vont vraiment commencer à partir de celui-ci.
J'espère qu'il va vous plaire, n'hésitez donc pas à me laisser un commentaire !
A bientôt et bonne lecture !
Chapitre 3
25 Août 1978
Dumbledore me presse de lui répondre mais je n'ai toujours pas décidé de ce que je vais faire. Ce n'est guère une décision que je peux prendre à la légère et elle est, de plus, particulièrement compliquée. De toute façon, je n'ai jamais aimé choisir. En particulier quand je ne dispose pas de toutes les données. Quelques années plus tôt, je faisais tout pour ne pas trancher, laissant aux autres la possibilité –l'obligation, oserais-je même dire – de le faire pour moi. Un jour, j'en avais même fait appel au hasard – ou plutôt aux cartes, mais cela revient peut-être au même – et le résultat avait été catastrophique. Ensuite, il m'a bien fallu prendre des décisions mais celles-ci semblaient s'imposer d'elle-même ou alors, pressée par le temps, je n'avais pas toujours l'occasion de réfléchir avant de choisir.
Or, dans ma situation actuelle, soyons honnête, le temps est loin de me manquer. Non, la vérité, c'est que je ne sais absolument pas quoi faire. Et même considérer ce que je veux ne suffit pas car, à vrai dire, la seule liste que j'arrive à remplir, c'est plutôt ce que je ne veux pas. Impossible de trancher.
Par exemple, d'un côté, acquérir un travail ne me dit absolument rien. Je n'ai aucune envie d'être sous les ordres de quelqu'un, de devoir répondre au téléphone, accueillir les clients, fréquenter des collègues, me retenir d'intervenir quand j'entendrais l'un d'eux discuter négligemment de la situation actuelle ou même de choses futiles. Il faut le dire, mon niveau de patience ces derniers jours est en deçà du zéro. Comment saurais-je me tenir tranquille au milieu de tant d'ignorants, d'inconscients et même de volontairement aveugles ? Comment ne pas perdre mon sang froid face à un client un peu enquiquinant alors que c'est à peine si j'arrive à me retenir d'arracher sa barbe à Dumbledore chaque fois que je discute avec lui ?
Bon sang, ce qu'il m'énerve ce directeur !
Ce qui m'agace également, et peut-être plus encore que tout le reste, c'est ma propre réaction, mon humeur de chien constante. J'ai l'impression de redevenir une adolescente, comme si, une fois revenue à Poudlard, j'effaçais toutes ces années d'horreur et de souffrance, comme si la vie s'était rembobinée en m'oubliant dans le sillage. Et me voilà toujours présente, avec mes souvenirs cauchemardesques et des séquelles de magie noire sur tout mon corps, à commencer par mes cheveux qui me donnent l'air d'un épouvantail.
Le sentiment qui domine le plus, cependant, est la peur. Depuis que je suis arrivée ici, bien que tout semble tranquille et que j'affecte moi-même une certaine sérénité, je ressens au fond de mon estomac une trouille incommensurable qui me donne envie de m'enfuir à toutes jambes, sauf que je n'ai plus nulle part où me réfugier.
Et si je m'y habituais ?
Et si, en restant ici, je m'y habitue, à cette lente régression, à cette fragilité grandissante, déconcertante et incontrôlable, qui me donne envie de pleurer comme une gamine et qui me fait trembler. Vais-je m'oublier au profit de cette époque trouble, me fondant dans le paysage, abandonnant mon passé, mon identité, pour une autre que je ne reconnaîtrais pas et qui ne me ressemblerait pas ? Si je joue le jeu auquel Dumbledore voudrait que je joue, je crains plus que tout de m'y perdre totalement. En restant vivre dans ce château, en m'habillant de l'uniforme, en fréquentant d'autres élèves, comment garder mon identité ?
Mais il va me falloir faire ce choix et cette fois, ne pas me tromper.
Peut-être que Dumbledore a raison. En vivant hors de Poudlard, je ne peux pas garantir éprouver les mêmes difficultés à rester, si ce n'est « sage », au moins raisonnable. En terrain inconnu, je serais peut-être moins troublé par le paradoxe temporel que me rappellent constamment ces lieux mais je n'aurais pas non plus le réconfort d'être en terrain connu. Si je dois quitter l'école, il me faut décider où aller, où vivre, quoi faire, comment occuper mes journées. Et surtout, comment justifier mon existence. Pour trouver du travail, il faut d'abord que je décide qui je suis censée être, avec quelles qualifications. Et comme je ne peux justifier d'aucun diplôme d'université, je vais devoir me contenter de métiers à la portée de ceux qui auraient seulement passé le lycée ; autant dire des métiers peu qualifiés. De toute façon, même si je falsifie un diplôme, qu'est-ce que je vais pouvoir faire ? D'accord, combattre les forces de Voldemort m'a appris beaucoup de choses, certaines très utiles d'ailleurs, comme savoir survivre dans n'importe quelle situation. Pour autant, les compétences acquises ne sont guère celles recherchées par les employeurs. Et que recherchent-ils ? N'ayant même pas achevé mes études à Poudlard, je n'ai aucune idée de ce qu'il faut savoir...
Et même dans les métiers qui ne demandent pas beaucoup de qualifications, je n'ai aucune certitude sur mes aptitudes à les accomplir. Je ne suis pas assez patiente, avenante et polie pour accueillir, conseiller ou servir une clientèle. Je ne sais pas cuisiner et ne suis pas non plus habile de mes mains. En réalité, je ne sais rien faire – rien en tout cas qui puisse m'être utile dans quelque travail que ce soit.
Il me faudra également vivre en communauté et ce, sans me faire remarquer. Et bien que je sois capable de discrétion, ma mésaventure au pub des Trois Balais me fait douter de mes capacités à me tenir en société. Fred et George n'arrêtaient pas de me taquiner à ce sujet, parce que j'étais trop susceptible et un peu orgueilleuse, et je finissais toujours par bouder, vexée, les faisant rire malgré moi. Ils m'ébouriffaient alors les cheveux en me disant qu'ils m'aimaient malgré tout et je leur tirais la langue, touchée et ravie, malgré tout, de leurs paroles.
Comment supporterai-je d'entendre des personnes lambda évoquer avec trop de légèreté la menace de Voldemort ? L'idée même que celui-ci n'est peut-être pas encore au sommet de son pouvoir, qu'il y a peut-être encore moyen de le contrer, que je pourrais probablement rivaliser avec lui à cette époque - bien que cela soit un présomptueux de ma part, même plus jeune, il n'en reste pas moins l'un des plus grands sorciers de l'histoire – cela me rend nerveuse et mes réactions en deviennent imprévisibles.
Il faut que je me rende à l'évidence, le fait que je sois obligée de ne rien faire volontairement est la vraie raison de ma colère. Et c'est pourquoi je n'arrive pas à discuter tranquillement avec Dumbledore sans avoir envie de lui arracher chacun de ses organes. Chaque fois que je le vois, serein, calme, souriant, j'ai envie de lui hurler dessus, de lui demander ce qui ne tourne pas rond chez lui, pourquoi il ne fait rien ! Surtout quand je repense à tout ce qui va se produire, à tous ceux qui vont mourir.
Et moi, moi, qui sait ce qui va arriver, je me sens comme responsable de chacun des morts que je pourrais cependant éviter. J'ai l'impression que, parce que je ne vais rien faire, c'est de ma faute s'ils vont mourir. Alors que je pourrais changer le cours des événements. Entre mes mains, j'ai la possibilité de faire tellement de bien ! Donner à Harry des parents et une enfance heureuse, sauver Sirius de la prison, empêcher Peter de nuire, et offrir au monde trois des plus puissants sorciers capables de se confronter aux Mangemorts. Sauver Neville des griffes de sa grand-mère en empêchant Bellatrix de rendre ses parents amnésiques et fous. Trouver le moyen pour que Luna puisse débattre de l'existence des Cresphornius [Ndla 1] avec sa mère.
Sauver mes parents...
oOoOo
Mais, parce qu'il y a un mais – il y a toujours un mais, c'est inévitable. C'est comme une litanie, dès que les choses semblent aller pour le mieux, le destin (son complice) s'amuse à planter des mais de partout. Parfois, on les évite ; très souvent, on trébuche dessus. On a beau les analyser, les contempler, les décortiquer, ils demeurent là, bien présents, inépuisables. Ça semble les amuser de nous voir impuissants face à leur inéluctable existence.
Mais, comme le répète inlassablement Dumbledore, je ne dois rien tenter. Non pas parce que je ne pourrais rien améliorer mais parce que les résultats de mes actions ne seront pas certains. Les paramètres étant trop aléatoires, il pourrait y avoir des dommages collatéraux sans précédent, peut-être pire encore que dans mes souvenirs. Et si, en voulant les sauver, je tuais l'un des parents d'Harry avant qu'il ne naisse ? J'ose à peine l'envisager...
Il faut aussi prendre en compte la prophétie. Il suffit de voir ce que Voldemort a obtenu en tentant de la contrer pour avoir de sérieux doutes sur mes chances de réussite. Dumbledore affirme qu'en voulant déjouer le destin, le Seigneur Noir a lui-même causé sa perte. Je n'avais aucune envie d'en arriver là, moi aussi, même si mes intentions sont, elles, louables...
C'est une des raisons qui me fait craindre d'aller librement de par le monde. Libérée de l'influence de Dumbledore et de cette école, je ne sais pas si je résisterai à l'envie d'utiliser mon savoir pour modifier l'avenir. En lisant les journaux, le matin, c'est tout un exercice pour encaisser les nouvelles – unanimement dramatiques, pour celles qui, néanmoins, ont de l'intérêt. Des meurtres en série, tous perpétrés par les Mangemorts, selon les journalistes et les témoignages. En regroupant l'ensemble des articles évoquant ces assassinats en série, je me suis d'abord étonnée de ce que les victimes ne soient pas moldues (à l'exception de quelques unes et encore il semblerait que leur mort ne soit que le fruit d'un malheureux hasard). Ce sont des sorciers qui n'ont pas été choisis pour leur origine ; j'ai pu repérer parmi les victimes un Weasley (un certain Gontran Weasley [Ndla 2] dont je n'ai jamais entendu parler), ce qui signifie que même les familles sorcières et de sang pur ne sont pas épargnées. Un point commun les réunit néanmoins : divers témoins affirment que les victimes avaient prononcé le nom de Voldemort juste avant d'être retrouvé mort.
En approfondissant mes recherches, je suis tombée sur un article, daté du 3 août 1978, qui réagit après un attentat orchestré dans un camping irlandais très fréquenté en cette période de l'année, faisant des victimes autant chez les sorciers que les moldus. C'est, à ce qu'il y est écrit, l'attaque la plus conséquente du groupe extrémiste – ainsi les appelle-t-il – et dont ils citent le nom de Mangemorts, un nom que le journaliste rappelle n'avoir été évoqué que négligemment jusque-là. Dans un autre article, parut deux jours après, il accuse même ses compatriotes et les politiques d'avoir sous-estimé la menace – en faisant, au passage, son propre mea-culpa. Ce qu'il y a néanmoins d'étonnant en lisant cet article est de constater l'évolution des journaux autour du sujet. A présent, toutes les unes sont consacrées au Mage Noir, faisant apparaître de nouveaux surnoms chaque jour.
Il semblerait que jusqu'à cet événement en Irlande et les meurtres à répétition qui l'ont suivi, les journalistes appelaient encore Voldemort par son nom. Cinq jours après l'attentat, une lettre de Voldemort a été envoyée au bureau des Aurors qui a dû donner conférence pour expliquer ce qui y était écrit. Le Seigneur Noir annonçait que, dorénavant, son nom devait être craint par la société sorcière et que quiconque le prononcerait serait sévèrement puni. Au début, personne ne l'a pris au sérieux, si j'en crois les quolibets qui sont parus dans divers articles, lesquels prenaient à partie des personnes lambda dans la rue. Mais quand, un jour plus tard, on retrouva mort cinq personnes (parmi les personnes citées dans les différentes interviews et qui avaient tous prononcé allègrement le nom de Voldemort) ainsi que le journaliste qui avait recueilli leurs propos, les choses commencèrent à évoluer. Ainsi sont nés « Celui-Dont-Le-Nom-Est-Maudit », « Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom » que l'on a gardé dans le futur, ou encore d'autres surnoms comme « le Mage Noir » ou « le Seigneur Noir » (surnoms rapportés par des témoins ayant entendu des Mangemorts chanter le nom de leur maître ainsi).
Ce n'est que dans la Gazette de ce matin que j'ai retrouvé le terme qui allait à jamais désigné Voldemort : « Vous-Savez-Qui a encore frappé ». Dans son article, le journaliste l'appelle ainsi avec un brin d'ironie, puisque toutes les parutions inondent de nouvelles et de débats autour de lui. Il ignore à quel point ses mots bien trouvés vont rester ancrés dans les mémoires.
Tout ce que je lis me rend malade car c'est exactement ce que j'ai vécu jusque-là : d'abord, on ignore le problème, puis on essaie de le minimiser, enfin on le prend au sérieux mais sans solution concrète, et puis on est dépassé mais à ce moment-là, il est trop tard, on est déjà corrompu jusqu'à la moelle...
Et la corruption a déjà pris place, à ce que j'en crois. Au sein du Ministère, les débats semblent faire rage sur le bien-fondé des propos de Voldemort. Et voilà qu'un ministre vient de proposer de voter une loi qui obligerait d'indiquer sur les papiers d'identité de chaque sorcier en dessous de la nationalité, l'origine de son propriétaire – et par origine, il est bien sûr entendu l'origine de sang.
Pour l'instant, sa proposition est décriée par la majorité des sorciers mais les articles évoquent également la position de sorciers rétrogrades approuvant l'approche. Cela a toujours commencé ainsi ; l'événement est d'abord pris en ridicule – personne ne pense qu'une telle loi pourrait jamais passer – puis le débat s'éternisant, on se lasse, on se récrie moins, on s'habitue avant de finir par s'en moquer totalement ou se laisser convaincre par une nouvelle masse amplifiée volontairement ou non par l'appétit des médias.
26 Août 1978
Je me trouve dans le bureau de Dumbledore ; il fallait bien que je vienne lui faire part de ma décision et celle-ci ne semble guère le surprendre. Comme toujours, le directeur a de l'avance sur tout ce qui l'entoure. Rien ne lui échappe, rien ne le surprend jamais, bien qu'il fasse parfois semblant d'être étonné. Quand on le lui fait remarquer, il feint de ne pas comprendre.
« Je suis ravi que vous ayez pris la bonne décision, me dit-il. Je vais en informer Hagrid afin qu'il aille à Londres acheter tout le nécessaire pour votre scolarité. Pour ce qui est de votre uniforme, je ferai appel à une de mes plus anciennes amies, qui viendra sûrement prendre vos mensurations. Pour l'instant, je dois d'abord m'occuper de vous.
- Qu'entendez-vous par là ?
- Et bien, vous n'avez, pour ainsi dire, pas l'air d'une élève de seize ans.
- Oh ! » je fais, me rappelant soudain qu'il me faudra jouer les adolescentes.
A 21 ans, je n'ai plus du tout l'air d'une élève, sans compter mes blessures et les traces de magie noire sur ma peau et mes cheveux. Et parce qu'en tant que lycanthrope, je vais grandir jusqu'à mes trente ans, je ne peux même pas passer pour une fille fraîchement diplômée. Les cicatrices qui me barrent le visage, allant de mon œil gauche jusqu'à ma lèvre légèrement fendue sans épargner l'arête de mon nez légèrement tordue, feraient peur à n'importe qui. Mes cheveux ne ressemblent à rien, comme si quelqu'un les avait tailladés aléatoirement, et ne repoussent plus, témoignant à jamais de la fois où j'ai manqué mourir en tentant de m'échapper de Poudlard. Plus généralement, les années de fuite et de combats, de résistance et de privation ont forgé mon physique, devenu plus musclé qu'à l'ordinaire, et modelant l'expression de mon visage.
Autant dire que je ne suis pas belle à voir...
Tôt dans l'après-midi, le déjeuner pris, Dumbledore me convie à nouveau dans son bureau et m'annonce avoir trouvé des solutions pour modifier mon apparence malgré les marques de Magie Noire. Grimpant les escaliers apparus après avoir récité le mot-de-passe (une confiserie du nom de « Langue de Dragons »), je m'arrête devant le plancher de la porte, ayant entendu une voix familière, féminine quoiqu'un peu sévère. La reconnaissant, je suis soudain prise de tremblements. Cette voix ! Plus que toute autre, j'ai redouté l'entendre et voilà qu'elle résonne à mes oreilles, si proche et si réelle !
La porte s'ouvre soudainement devant moi et une grande silhouette, fine et droite, me fait face. Le visage de McGonagall a à peine changé, à l'exception des rides venues avec l'âge et de la couleur de ses cheveux, bien moins gris qu'autrefois – enfin, dans le futur. Elle me regarde attentivement, le sourcil relevé. Je me rends soudain compte que je n'ai pas bougé, que je l'observe avec des yeux ébahis, brillants. J'ai du mal à refréner mes larmes.
« Et bien, dit-elle d'une voix aiguë. Ne voulez-vous pas entrer nous rejoindre ? »
Et comme je ne bouge toujours pas, elle se tourne vers l'intérieur de la salle, là où je devine être assis Dumbledore. Revenant vers moi, elle s'exclame :
« Mais vous pleurez ! »
Réalisant n'avoir pu me retenir très longtemps, je m'empresse de me cacher derrière mes bras et de m'essuyer les yeux. Quelle idiote ! Si je compte vivre parmi les élèves et les professeurs, il va falloir que j'arrive à maîtriser mes émotions. Plus que tout, je n'ai aucune envie que McGonagall ne me voie ainsi faible et impuissante. Mais comment ne pas réagir quand j'ai face à moi celle qui, de tout Poudlard, m'aura le plus marqué ?
« Je m'excuse, je balbutie péniblement, tout en essayant de me reprendre. J'ignore ce qui m'arrive...
- Ne vous excusez donc pas, me dit Dumbledore en m'invitant à entrer et à m'asseoir. Le professeur McGonagall est au courant de votre situation. »
A ma droite, la sorcière acquiesce, pensive. Sans doute se demande-t-elle pourquoi je me suis soudainement mise à pleurer devant elle.
« C'est juste l'émotion, je tente de lui assurer, ma voix encore rauque d'avoir pleuré. De me retrouver ici, c'est tellement étrange...
- Prenez votre temps » me dit-elle en jetant un regard inquiet vers le directeur qui se contente d'agiter la tête comme pour lui dire qu'il n'y a pas à s'en faire.
Nous nous asseyons tous autour du bureau et pendant une minute, le silence s'impose, tandis que j'essuie les dernières larmes et que, attrapant le mouchoir tendu par Dumbledore, je me mouche un dernier coup. J'avale ensuite une gorgée d'eau et prend une profonde inspiration. Puis, je jette un regard au directeur et oblique de la tête, lui signalant ainsi que je suis prête à les écouter.
Pendant que Dumbledore parle, je ne tourne que très peu la tête, de crainte que l'émotion ne resurgisse. Mais mes pupilles ne cessent de dévier vers elle. Forcément, j'ai malgré tout envie de l'observer, de revoir ses traits et de les imprimer dans ma tête pour les comparer à ceux que j'ai connus. J'ai toujours ressenti pour la sorcière des sentiments ambigus, dépassés de loin par l'admiration qu'elle m'inspire mais aussi par une sorte d'affection, presque semblable à celle que l'on ressent envers sa famille. En soi, cela n'a rien d'étonnant venant de quelqu'un qui n'a plus de parent ni aucun membre de son sang ; la famille devient alors ceux que l'on aime et que l'on côtoie régulièrement. Mais McGonagall se détache du reste. Comme Hagrid, en quelque sorte, elle a envahi tous mes souvenirs d'enfance. Si le demi-géant m'a toujours protégé et veillé sans jamais rien me dire, c'est elle qui s'est vraiment chargée de m'éduquer comme une sorcière. Elle m'a enseigné tout ce que je devais savoir du monde sorcier, et aussi un peu du monde moldu. Elle m'a enseigné la politesse, la tolérance et même l'ouverture d'esprit. Quand je faisais une bêtise, elle me grondait, parfois sévèrement, d'autres fois avec un sourire amusé à peine camouflé. Mais jamais elle ne m'a tourné le dos, qu'importe si mes choix ne lui convenaient pas. Elle m'a accepté telle que j'étais et m'a encouragé à devenir celle que je suis devenue. En quelque sorte, elle a revêtu pendant un temps une figure maternelle qu'elle-même ne voulait pas avoir mais qu'elle a fini par adopter.
« Le professeur McGonagall est venue me prêter main forte afin de modifier votre apparence, me dit Dumbledore. Si j'ai bien compris, certaines de vos séquelles proviennent de la Magie Noire.
- Mes cheveux essentiellement, je lui réponds en attrapant une des mèches restées encore longues. Ils ne repoussent plus et il est impossible de les couper ou même de les camoufler. Du moins, on n'est jamais arrivé à y changer quoi que ce soit.
- Les altérations capillaires sont toujours les plus difficiles à réparer, affirme le professeur McGonagall. Puis-je ? » me demande-t-elle en désignant mes cheveux.
J'hoche la tête en silence, un peu nerveuse à l'idée de ce soudain rapprochement. Elle se lève et se place derrière moi puis attrape quelques mèches. Au contact de ses doigts sur ma peau, je ne peux m'empêcher de sursauter puis de rougir. J'ignore pourquoi mais je m'attendais presque à ce qu'elle n'ait pas de consistance, comme dans un rêve... Mais je ne rêve pas et McGonagall est bien là, derrière moi. Une image du passé me revient en mémoire. Je me revois petite, assise sur la chaise que je quitte soudain pour échapper aux mains de la directrice de Gryffondor et lui crie que je ne veux pas avoir les cheveux coupés. Ma mère les a toujours aimé longs et ne les coupait que lorsqu'ils m'empêchaient de bien voir ou quand les pointes étaient trop abîmées. McGonagall s'était jetée à ma poursuite mais j'étais beaucoup trop rapide et s'il n'y avait pas eu la main leste et puissante du professeur Chourave, elle n'aurait jamais réussi à m'attraper et à me couper les cheveux. Sauf que j'étais si contrariée par ma nouvelle coupe que j'ai fais repousser mes cheveux par la magie – inconsciemment, bien sûr, car à l'époque je ne maîtrisais pas du tout mes pouvoirs. Après cela, McGonagall n'avait plus jamais retenté l'expérience.
Toute à mes pensées, j'en ai presque oublié où je me trouve et quand je sens sur ma nuque une sorte de chaleur, je sursaute. Croyant que j'ai eu peur, McGonagall m'assure qu'elle n'applique aucun sort dangereux, qu'elle est juste en train d'analyser l'ampleur des séquelles.
« Alors, qu'en est-il ? s'enquiert Dumbledore qui nous observe depuis le début, posant ses coudes sur la table, ses mains croisées devant son visage.
- Cela va être très difficile, répond McGonagall qui a repris ses observations et m'applique un sort qui me chatouille la nuque. La Magie Noire a laissé sa Trace et il va être difficile de la contourner. La supprimer serait impossible mais j'ai envie d'essayer quelque chose.
- Faites. »
J'ai envie de lui répliquer qu'il s'agit tout de même de ma tête et que c'est à moi de lui donner le feu vert mais ma voix reste planquée dans ma gorge et je ne dis rien. Je sursaute en sentant mon cuir chevelu se dilater. Plus exactement, on dirait que quelqu'un s'amuse à tirer très fort sur mes cheveux, comme pour les déraciner de ma tête et la sensation est pour le moins désagréable, allant jusqu'à m'arracher une plainte de douleur. Cela ne dure heureusement que quelques secondes et puis la douleur s'enfuit pour ne laisser derrière que des picotements dérangeants. Pourtant, je n'y pense pas un instant car, sur mon épaule, une soudaine lourdeur est apparue. Lentement, comme par crainte d'être trompée, je porte ma main sur ma tête et passe mes doigts le long de mes cheveux. Mais au lieu de tomber sur du vide, mes doigts continuent de glisser sur de longues mèches ininterrompues.
« Je ne pourrais pas obtenir mieux, déclare la directrice en partant s'asseoir. Et ce n'est que temporaire. Il faudra réitérer le sort régulièrement pour que cela tienne. »
Dumbledore acquiesce ; je ne dis rien. Certes, l'idée de devoir supporter cette désagréable sensation ne m'enchante pas mais c'est bien une moindre douleur face à tout ce que j'ai pu vivre jusqu'à présent. D'ailleurs, mon esprit se focalise déjà sur la suite tandis que Dumbledore se lève à son tour pour contourner le bureau et venir nous rejoindre. Cette fois, ils vont devoir s'y mettre à deux pour modifier le reste de mon corps. S'il y bien une particularité chez moi, c'est d'être difficilement malléable. Un comble pour une lycanthrope capable de se transformer à sa guise en loup ? Quoi qu'il en soit, modifier mon apparence requiert une puissance considérable et une maîtrise de la métamorphose sans pareille. Or, qui mieux que deux professeurs de Métamorphose, dont l'un des plus grands sorciers de l'histoire, pour réussir là où tous les autres ont échoué ?
Dumbledore me demande de fermer les yeux et, après avoir pris une inspiration, j'obtempère. Que puis-je faire d'autre à part leur faire confiance ? Ce n'est pas facile quand on a passé tant de temps à douter de tout le monde, à ne jamais faire confiance, à ne laisser approcher quiconque qu'on ne connaît pas et même ceux qu'on connaît bien. Non pas qu'on était paranoïaque – bien que cinq ans de fuite puissent l'expliquer – mais nous nous savions tous humains – ou du moins, empreins d'humanité. Et que face à la menace de mort, les gens peuvent réagir de façon imprévisible. Nous l'avions appris à nos dépends...
Les yeux fermés, tous mes autres sens se décuplent, aussi je sursaute à chaque nouvelle sensation. Aucune n'est agréable. C'est comme s'ils sont en train de passer des flammes sur l'ensemble de mon corps. Mon visage, plus particulièrement, brûle et je dois résister pour ne pas me lever et m'éloigner de la source de chaleur. A un moment, tout s'intensifie et je me débats malgré moi. La minute d'après, tout a disparu.
En réalité, c'est moi qui me suis évanouie. La douleur a dû être trop forte pour ma propre résistance et j'ai perdu conscience. Le professeur Dumbledore me tend un gros chiffon glacé que je pose aussitôt sur mon visage. Une vague de soulagement me traverse alors que le froid entre en contact avec ma peau brûlante et je me sens d'un coup beaucoup mieux.
« Alors ? ne puis-je m'empêcher de demander, curieuse de connaître le résultat – qu'il y a intérêt d'avoir !
- Cela n'a pas été de tout repos » me répond McGonagall en se laissant retomber sur le fauteuil. Rien qu'au son de sa voix, je comprends que l'exercice l'a vidé. « Mais nous sommes arrivés à obtenir quelque chose d'acceptable.
- Oui, confirme Dumbledore qui s'est rassis à son tour, l'air pas moins fatigué que la directrice. Ce n'est pas tout à fait ce que j'ai escompté mais nous pouvons nous en contenter. Voyez plutôt. »
D'un mouvement large du bras, il m'invite à aller me contempler devant une glace que je n'ai encore jamais remarquée. Peut-être l'a-t-il fait apparaître pour l'occasion mais je ne peux pas le jurer. Quoi qu'il en soit, j'abandonne à contre cœur le chiffon sur la table et me dirige vers le miroir. Par Merlin ! Le souffle coupé, je regarde sans y croire le reflet de ma propre personne. Mes cheveux ont retrouvé toute leur vitalité et leur longueur, tombant en cascade sur mes larges épaules jusqu'au bas de mon dos. Ils brillent sous les rayons des quelques chandelles, d'un noir de jais. Je les attrape de la main et les caresse avec ivresse. Ce n'est pas une illusion. Mes cheveux sont bel et bien là, aussi beaux qu'ils l'étaient autrefois. J'ai toujours adoré mes cheveux parce que c'est ce que j'ai de plus beau. Et pour cause, je les ai hérités de ma mère qui les avait tout à la fois épais et raides. Ils débordaient sur son visage généreux et volaient derrière elle quand elle courait à travers les bois en riant. On aurait dit qu'ils dansaient. Les voir brûler à cause du sort que l'on m'avait jeté m'avait brisé le cœur ; c'était comme si on m'avait séparé de ma mère une seconde fois. Je suis sans doute ridicule mais je les vois comme une sorte d'invisible lien qui me connecte encore à mes parents.
De ma mère, j'ai également gardé ses yeux ambrés, héritages de la meute de lycanthropes dont elle était issue. Certaines autres meutes, comme par exemple celles qui vivent aux bordures de la Sibérie, possèdent des pupilles grises ombrées, magnifiques, que je n'ai eu l'occasion de croiser qu'une seule fois dans ma vie.
Du reste, c'est surtout de mon père que j'ai hérité le plus. Sa peau claire, son nez virant légèrement vers la droite, ses lèvres trop fines et ses épais sourcils et puis, sa carrure. J'ai toujours eu de la chance car ma peau est lisse et n'a jamais souffert d'acné comme les autres adolescents. Si on peut dire que je n'ai rien de laid, je ne suis pas belle non plus. Je n'ai pas de charme particulier ni rien qui ne sorte du lot de l'ordinaire. Mes traits, sans être difformes ou grossiers, sont simples et il serait aisé d'oublier à quoi je ressemble – à l'exception de mes yeux dont la couleur les rend plus distinguables. Et si on m'a parfois surnommé « la fille aux yeux d'or », ce n'est pas vraiment parce qu'ils sont beaux mais juste parce qu'ils sont ambrés.
Cette description, telle que je l'ai écrite, est exactement ce que j'ai pu voir sur le miroir. Mon visage a perdu toutes les cicatrices qui le barraient et me rendaient affreuse, voire même effrayante. Mon corps s'est légèrement affaissé comme si on avait bandé mes muscles pour les cacher. En fait, j'ai l'air d'une jeune femme de vingt-et-un ans tout à fait ordinaire.
Et si j'écris tout cela calmement, l'émotion me prend à la gorge. C'est incroyable ce qui m'arrive ! On dirait que rien ne s'est produit, que ma vie n'a jamais été chamboulée par la guerre... Mais bien sûr, ce n'est qu'en apparence car, à l'intérieur, rien n'a changé. Ma mémoire est intacte. Alors que de la surprise, je passe à la nostalgie, je retourne m'asseoir.
« C'est... incroyable, je commente, encore sous l'émoi. Je ne croyais pas que cela était possible. Nous avons essayé tellement de choses !
- Le résultat n'est pas garanti, intervient McGonagall. Il faut attendre au moins jusqu'à demain pour voir si cela tient. Votre lycanthropie complexifie la métamorphose et rien ne dit que votre corps ne reprendra pas sa réelle apparence – car ne vous y trompez pas, ceci n'est qu'un camouflage. Nous n'avons pas le savoir pour réparer les séquelles laissées par de telles Magies, noires ou autres.
- J'en suis consciente, j'acquiesce. Mais je suis surprise également. Vous m'avez redonné l'apparence que j'aurais dû avoir. Cependant, j'aurais cru que vous tenteriez de me rajeunir et de modifier mon apparence.
- Nous l'aurions fait si cela avait été possible, affirme le directeur. Mais nos tentatives n'ont pas abouti et nous ne voulions pas prolonger votre torture.
- Dans ce cas, qu'allons-nous faire ? je leur demande. J'ignore si vous vous en êtes aperçu mais je ressemble énormément à mon père.
- On y a pensé, déclare Dumbledore. Les Brocques de la Volière ont cette particularité que leurs descendants se ressemblent tous à un certain degré. Votre parenté ne peut être cachée, aussi n'est-il pas possible de vous prêter d'autres noms.
- Professeur, vous n'y pensez pas ! s'exclame la directrice de Gryffondor. Nombreux sont ceux qui connaissent les Brocques de la Volière ou qui en ont au moins entendu parler ! Ils ont la réputation de veiller très soigneusement à leur généalogie, leur descendance, et leurs méthodes sont... »
Elle se tait, me jette un regard ennuyé, et pour la première fois je la vois rougir d'embarras. J'en conclus que Dumbledore lui a expliqué ma situation ou bien a-t-elle compris par elle-même l'implication de ma nature associée à mon nom de famille. Évidemment, quand les Brocques apprirent que leur fils avait non seulement épousé une femme lycanthrope, consenti à devenir un loup garou lui-même, mais aussi avait enfanté un monstre comme moi, ils ne voulurent pas en rester là. Si ce n'était la protection du plus grand sorcier de toute la Grande Bretagne, je n'aurais pas survécu longtemps. Dès lors que Dumbledore me prit sous son aile, je fus en sécurité à Poudlard. Non pas que les Brocques n'aient rien tenté, ils essayèrent d'abord d'amadouer le vieux sorcier puis tentèrent de me faire enlever en ensorcelant un des Elfes de Maison. Heureusement, rien ne fonctionna et je pus tranquillement grandir dans l'enceinte du château.
« Professeur Dumbledore a raison, j'affirme sans tenir compte des propos de McGonagall. Avec mon apparence, que vous me donniez un nom différent ne fera que retarder l'inévitable.
- Il n'y a pourtant plus de Brocques à Poudlard, fait remarquer McGonagall. Le dernier, Antoine... »
Mon père ! Je sursaute en entendant son prénom et me rive sur la directrice qui, heureusement, ne semble pas le remarquer.
«… a quitté Poudlard voilà deux ans. »
Sans le savoir, le professeur de métamorphose vient de me donner un élément crucial sur ma famille. Mon père a quitté Poudlard mais il m'est facile de deviner que ma mère, elle, doit y être encore.
« Même s'il n'y a plus de membre de ma famille ici, les autres élèves se rappelleront sûrement de leur aîné, je rétorque en essayant de cacher mon émotion. Les Serpentards ont une très bonne mémoire et respecte la hiérarchie au sein de leur maison, autant en termes d'âge que de lignée familiale. Et les Brocques sont une très vieille et très puissante famille. De plus, j'ai des raisons de penser qu'à défaut de cela, il y a au moins une personne qui sera capable de voir en moi les traits de mon père.
- Et à qui pensez-vous ? » me demande la directrice.
J'hésite à lui répondre ; dois-je lui dévoiler qui sera ma mère ?
« Si j'ai bien compris ce que vous voulez dire, intervient Dumbledore, ramenant l'attention de la directrice vers lui. C'est que même en modifiant votre nom de famille, quelqu'un se doutera de votre lien de parenté avec les Brocques. »
J'hoche la tête en signe d'assentiment.
« Et pensez-vous que cette personne irait leur dévoiler votre existence ?
- A l'un d'entre eux, oui, j'acquiesce à nouveau.
- Soit, vous ressemblez à votre famille paternelle, réagit McGonagall. Mais est-ce que vous ne pouvez pas simplement nier ? »
Involontairement, sa suggestion provoque en moi un éclat de rire incontrôlé. Offusquée, la directrice fronce ses sourcils et réplique sèchement qu'elle ne voit pas ce qui est drôle là-dedans.
« Excusez-moi, je lui dis. Ça a été plus fort que moi, j'ai oublié que vous ignoriez sûrement ce qu'il en est de ma famille. »
Ce mot m'étrangle mais je m'efforce à ne pas grimacer en le prononçant.
« Vous sous-estimez la folie qui habite les Brocques. Ces personnes sont obsédées par leur lignée et cela va beaucoup plus loin que vous ne le pensez. Ils sont tellement obnubilés qu'ils ont inventé un sort pour déterminer si, oui ou non, un prétendu héritier est bien un de leurs descendants. La famille est grande et a de nombreux ramages. Comment être sûr qu'un opportun ne change sa morphologie pour leur ressembler et prétendre être leur héritier ? A l'inverse, comment s'assurer qu'un des leurs qui ne partageraient pas leurs idées et qui souilleraient leur famille n'aille pas enfanter des sangs impurs ? »
Je prends une pause pour inspirer profondément. Mes deux interlocuteurs semblent captivés par ce que je leur apprends.
« Il y a longtemps, personne ne se rappelle plus exactement quand, un de nos ancêtres a créé un sort, de la Magie Noire, et l'a lancé sur lui-même et sur toute sa famille, un enchantement qui a laissé sa Trace. Depuis, cette Trace se transmet de génération en génération, nous poursuivant même jusqu'à notre tombe.
- A-t-on idée de faire chose pareille ! s'insurge McGonagall, horrifiée.
- Nombreuses sont les familles qui tiennent à surveiller leur généalogie. Prenez les Blacks, par exemple, et leur slogan "Toujours Pur".
- D'accord mais ils ne sont quand même pas allés jusqu'à marquer leur descendance comme... comme...
- Du bétail, voulez-vous dire ? je termine à sa place. Je vous l'accorde, ce n'est pas monnaie courante. Pour autant, si les méthodes changent, je suis sure que les Blacks ont un moyen de se reconnaître. Quant aux Brocques, ils tirent de cette Trace une grande fierté. Pour eux, c'est la preuve qu'ils sont uniques et, surtout, intouchables car qui porte la Trace jouit de grands privilèges, à commencer par le respect de ses pairs. »
McGonagall a pincé ses lèvres, dévoilant sans le dire tout le mal qu'elle pensait des méthodes de ces vieilles familles. Quel ramassis d'imbéciles ! semble-t-elle dire (en mots polis, toutefois). Cela me fait sourire.
« Ce que vous dîtes, reprend Dumbledore. C'est que n'importe quelle personne pourrait prouver votre lien de parenté ?
- Pas tout à fait, non, je lui réponds. Le sort n'est connu que des Brocques – moi même, je ne sais pas ce qu'il faut dire – car ils ne le lancent qu'en silence. De plus, la Trace refuserait d'apparaître si elle n'est pas convoquée par un Brocques.
- Ce qui signifie que l'un d'eux devra venir à Poudlard pour le vérifier, en conclut Dumbledore.
- Ils viendront, j'affirme, devançant sa pensée. Sitôt qu'ils seront avertis de mon inexplicable ressemblance, ils viendront vérifier, qu'importe le nom que je porte. »
McGonagall remue sur sa chaise, cherche vainement à trouver un argument pour me convaincre de ne pas garder mon nom. Je sais ce qu'elle pense et comprend ses raisons mais, personnellement, je n'ai pas envie de le changer. J'ai déjà perdu mon univers, ma famille, mes amis, je ne suis plus dans mon époque, et je vais devoir devenir une autre personne. J'ai besoin de garder un lien de connexion avec mon passé, ma vraie identité, ou je risque bien de me perdre à jamais. C'est sûrement de la pure folie, un risque considérable, mais tant pis, je tente le coup.
« Je garderai mon nom, je déclare avec autant de fermeté qu'il m'est possible.
- Alors c'est décidé, acquiesce le directeur avec gravité. Vous demeurez Annah Brocques de la Volière. A présent, il nous faut inventer votre passé. »
Mon nom à présent fixé, nous avons commencé un nouveau débat. Et ce n'est qu'au soir tombant que Dumbledore décrète en avoir assez fait pour la journée. Je suis éreintée par tant de discussions mais ce n'est rien comparé à la fatigue des deux professeurs. Les sorts qu'ils ont dû pratiquer pour modifier mon apparence et l'énergie que cela a dû leur coûter ont eu raison de leur résistance et c'est un peu voûtée que j'ai vu McGonagall regagner ses quartiers.
La séance a été très longue, il faut dire, et, parfois, un petit détail d'apparence insignifiante a pu donner lieu à vingt minutes de discussion. Il nous reste encore nombre d'ombres à éclaircir mais Dumbledore s'est déclaré très satisfait du résultat. Et après tout, il n'a pas tort. L'important ayant été décidé, ce sera à moi de peindre le décor et, surtout, de me l'imprimer en mémoire. Il serait dangereux que je me trompe et donne subitement un élément contraire à l'identité que j'aurais créée aux yeux de tous !
A présent, je me trouve dans mes appartements et je n'arrête pas de faire des va-et-vient dans le miroir de la salle de bain. C'est plus fort que moi, il faut que je m'observe à nouveau, que je m'assure ne pas avoir rêvé. C'est une sensation très étrange de retrouver un physique depuis longtemps perdu. On dirait que ce n'est pas le mien, que la personne que je regarde est une autre.
En me contemplant, une vague d'émotion me prend à la gorge et je me mets soudain à trembler. La pièce, pourtant maintenue chaude par quelques légères flammes, semble soudain avoir perdu plusieurs degrés.
J'ai la trouille !
4 Septembre 1978
Par Merlin !
C'est ce soir que vont arriver les élèves de Poudlard et je suis loin d'être prête à les fréquenter. Hier soir, pour la première fois, je suis allée manger dans la Grande Salle, directement à la table des professeurs. La première épreuve a été d'affronter tous ces regards tournés vers moi. A force de déambuler dans les couloirs à l'insu de tous et de manger seule dans mon coin, les professeurs ont eu l'air étonné de me voir là. Heureusement, Dumbledore a pris les choses en main et m'a présenté dans les formes. Je suis allée m'asseoir à côté de Hagrid où je savais trouver un peu de réconfort et de soutien. Le gardien des clés a eu l'air surpris de ma nouvelle apparence mais n'a fait aucun commentaire et s'est contenté de sourire. Je fus surprise de constater reconnaître la bonne moitié des professeurs : le professeur Chourave, quelques années en moins, est toujours la même femme enthousiaste et bonne vivante ; le professeur Flitwick parle toujours du nez et est aussi courtois que de coutume ; le professeur Binns ne mange toujours pas ses repas qu'il s'entête cependant à prendre en compagnie de ses collègues ; le professeur Slughorn n'a pas attendu un instant pour me demander si j'étais vraiment apparentée aux Brocques de la Volière, la fameuse famille sorcière.
Je me suis empressée de me tourner vers Hagrid. Du fait de notre dernière discussion sur le chemin de Pré-Au-Lard, il m'a parlé des licornes qu'il a pu observer dans la nuit. Ce à quoi le professeur de Soins Aux Créatures Magiques, Silvanus Brûlopot, a tenu à mettre son grain de sel. Au débat qui s'est engagé par la suite, j'en ai deviné que les deux sont aussi passionnés par la matière l'un que l'autre et je n'ai plus pu placer une seule remarque jusqu'à la fin du repas.
Quand cela s'est enfin terminé, je suis repartie de mon côté, non sans avoir salué les professeurs qui m'ont souhaité courtoisement la bienvenue. Cela m'a semblé avoir duré l'éternité et je suis directement allée dormir, exténuée.
En fait, c'est juste que je suis vraiment stupide. Alors que j'ai eu tout le temps de m'entraîner à supporter des rencontres difficiles en allant me présenter aux professeurs présents à Poudlard durant l'été, j'ai préféré attendre le dernier moment pour m'y frotter. C'est en partie pour cela que mes plans n'ont jamais marché, ils viennent d'une fille qui se laisse vaincre par la trouille. Et même si, dans cette situation, beaucoup d'autres réagiraient de même, je ne peux pas éternellement rester lâche et faible.
Comme le fait de garder mon nom, à bien y réfléchir, cela me fait une peur bleue à l'idée que celui-ci soit connu de tous. Et je n'arrête pas de me demander s'il n'y aura pas d'incidence sur l'avenir. Après tout, ma mère continuera-t-elle de m'appeler « Annah » ? Même si j'ignore l'état de sa relation avec mon père, je sais qu'elle doit déjà bien le connaître à cette époque. Ce qui signifie qu'en entendant parler de moi, elle va forcément être curieuse et s'intéresser de près à l'apparition de cette nouvelle Brocques dont personne ne semble jusque-là connaître l'existence.
En supposant que cela ne change rien, est-ce que cela voudrait dire que mon prénom me vient de... moi même ? Ce serait fou de le penser ! Mais une théorie que j'ai découverte dans mes recherches à la bibliothèque laisse croire que ce serait possible. Elle dit, en gros, que rien de ce qu'un Passager – ainsi est appelé la personne ayant retourné dans le temps – pourrait faire ne modifierait le futur parce que ses actions sont celles-là même qui ont conduit l'avenir à devenir ce qu'il est, allant même jusqu'à dire que ce sont ses faits dans le passé qui le conduiront dans l'avenir à retourner dans le passé. Je m'embrouille un peu dans mes propres explications, tout cela est tellement complexe ! En résumé, cela signifie que le Temps, pour un passager, est une boucle sans fin. Il est donc coincé à jamais, condamné à revenir dans le passé indéfiniment sans jamais pouvoir interrompre le cercle vicieux dans lequel il est coincé. Par chance, celui qui retourne dans le passé et celui qui naît ne conservent pas une mémoire commune, sinon il y aurait de quoi devenir fou.
D'autres théories ont bien été développées mais aucune n'apporte de solutions. Toutes s'unissent pour affirmer que le passager coincé doit accepter son sort et ne rien tenter d'impossible – seuls les résultats divergent. Un théoricien avance l'idée la plus commune : les paramètres étant trop importants, tenter de bouleverser le sort en n'ayant connaissance que d'une poignée de données pourrait résulter en un chaos sans nom et d'ampleur imprévisible.
Autant dire qu'à l'exception d'une bonne migraine, toutes mes lectures n'ont rien donné.
OoOoOoO
« Veuillez me suivre à présent ! »
Ouvrant les grandes portes de la Grande Salle, McGonagall mène la marche, suivie par tout un troupeau d'élèves de première année, excités ou inquiets. Je les suis jusqu'aux limites de la porte où je m'arrête suffisamment en arrière pour ne pas être remarquée de l'intérieur mais suffisamment proche pour pouvoir y jeter un coup d'œil. La Grande Salle s'est revêtue de ses plus beaux atouts, un ciel étoilé surplombe l'ensemble des têtes alignées autour des quatre grandes tables et qui regardent passer le défilé de nouveaux élèves. Tout au bout, McGonagall monte sur l'estrade et s'écarte un instant de la scène, laissant le soin aux professeur Dumbledore d'accueillir la ribambelle d'élèves. Après un relativement long discours (comme il est long d'attendre debout !), le directeur laisse place au choixpeau magique que McGonagall pose sur une chaise placée au centre de l'estrade.
Cela me rappelle une discussion que j'avais eue avec Dumbledore peu après mon arrivée au château, alors que j'étais enfant. Intriguée par l'étrange vêtement, posé sur une haute étagère, j'avais été surprise de constater que celui-ci se mouvait et, mieux encore, qu'il parlait ! Le choixpeau s'était présenté à moi comme le Maître de Répartition et m'expliqua son rôle. Il avait la lourde charge d'envoyer chaque élève à la maison qui lui conviendrait le mieux. Peu après cette rencontre, j'avais interrogé le directeur à son sujet, j'étais surprise qu'un tel objet, usé, rapiécé, un peu poussiéreux, puisse être aussi intelligent et posséder une telle âme de poète – car évidemment, le choixpeau ne m'avait pas laissé partir sans y aller de sa petite chanson. Dumbledore m'avait alors expliqué son histoire. Une bien bête histoire, à vrai dire. C'était celle d'un ménestrel qui avait une nature trop curieuse. Un jour qu'il s'intéressait d'un peu trop près des affaires de l'un des quatre fondateurs, Salazar Serpentard, ce dernier décida de le punir et le transforma tout bonnement en chapeau. Godric Gryffondor qui eut vent de cette affaire tenta bien de rendre au ménestrel sa forme originelle mais échoua car le Maître Serpent avait employé un sort que lui seul pouvait lever et il s'y refusa obstinément. Rowena Serdaigle vint apporter son aide et donna au chapeau le pouvoir de parler. Le ménestrel eut tout temps de se repentir, de s'excuser et de remercier mais rien à y faire. Serpentard refusa de lui redonner son apparence. Alors Helga Poufsouffle, qui ne pouvait supporter que l'on laisse le chapeau dépérir sous sa misérable forme, proposa de lui confier la lourde tâche d'accueillir les nouveaux élèves et de les répartir. Le ménestrel accepta et ainsi est naît le choixpeau magique.
Le choixpeau se donne à cœur joie d'inventer chaque année de nouvelle chanson destinée à présenter aux nouveaux arrivants leurs nouvelles maisons. Une fois sa récitation faite, la salle l'applaudit avec enthousiasme car, il faut l'avouer, le ménestrel est talentueux. Malgré tout, comme ses paroles veulent toujours dire la même chose (qu'importe les métaphores et autres figures de style), les dernières années applaudissent généralement un peu moins que les plus jeunes encore admiratifs.
Alors commence la longue répartition des premières années. Une scène répétée une centaine de fois pour que chaque élève ait sa maison. McGonagall en appelle un (par ordre alphabétique, bien sûr), il monte sur l'estrade et s'assoie sur la chaise, la directrice lui pose le choixpeau sur la tête, ce dernier réfléchit plus ou moins longtemps (il lui prend, de temps en temps, de discuter avec son hôte), annonce le nom d'une maison et celle-ci éclate en applaudissements pour accueillir leur nouvelle recrue qui quitte alors la scène pour aller s'asseoir avec ses nouveaux compatriotes. Et ainsi de suite jusqu'à ce que McGonagall en finisse enfin avec les Z. A ce moment-là, les clameurs sont toujours un peu moins vivaces, les élèves ayant mal aux mains à force d'applaudir et étant las ou affamés.
Quand le dernier élève descend de l'estrade pour aller s'asseoir, l'ensemble de la salle semble soulagé, s'attendant à ce que Dumbledore fasse encore un dernier discours avant d'annoncer le début du repas. Et si le directeur se lève bel et bien, ils vont sans doute être déçus de l'entendre dire que leur attente n'est pas terminée. Pas encore tout à fait.
« Je sais que vous mourrez de faim mais je vais vous demander un peu de patience encore car cette année la répartition n'est pas terminée. »
De l'estrade, Dumbledore me fait signe d'avancer. Aussitôt, je sens mon cœur s'accélérer et tout mon corps se tendre. C'est mon tour. Il faut que j'avance et que j'affronte tous les regards qui déjà se sont tournés de mon côté, ayant aperçus le petit geste du directeur. Comme je ne peux pas rester indéfiniment dans l'ombre, je prends une profonde inspiration, essaie de calmer mes tremblements et m'avance aussi droite que possible au centre de la pièce. Je rive mon regard sur le directeur et sur McGonagall, qui m'encourage d'un signe de la tête. Derrière elle, Hagrid m'adresse un petit signe discret. Je ne regarde pas à droite ou à gauche, je ne veux pas voir les visages qui m'entourent mais j'en perçois déjà quelques-uns qui m'observent, surpris et intrigués à la fois.
« Il me reste à vous présenter une nouvelle élève qui nous vient des États-Unis et qui entre en Sixième Année. Elle s'appelle Annah Brocques de la Volière. »
A ce nom, une clameur s'élève autour de moi et plusieurs têtes se penchent pour chuchoter à leur voisin. Plus particulièrement, j'aperçois tout au bout de la salle, la table de Serpentard s'agiter. Je ferme les poings et me mords la langue. Ne pas réagir. Ne pas réagir. Ne pas réagir...
« Et je vous demande à tous de l'accueillir aussi chaleureusement que n'importe quel élève parmi nous ! »
Quelques applaudissements forcés lui répondent, dont la plupart viennent des professeurs (en particulier d'Hagrid), et le silence revient aussitôt.
« Et comme chaque nouvel arrivant, le choixpeau va procéder à la répartition. Si vous voulez bien vous avancer, Miss Broques. »
C'est le moment, je me dis, inspirant profondément. Je redoute plus particulièrement cet instant, le souvenir de ma première répartition me revenant soudain en mémoire.
J'étais plus petite mais pas moins stressée que je ne le suis aujourd'hui. A force d'entendre les jumeaux me chanter que je finirai à Serpentard, j'avais redouté ce moment. Aller dans la maison des serpents ne me faisait pas peur mais je n'aimais pas l'idée que les Weasley en profitent pour se moquer de moi. Après tout, ils m'appelaient déjà "leur petite serpentarde". Comme mon nom de famille était parmi les premiers, mon moment était très vite venu et j'étais montée, un peu trop droite, sur l'estrade. Le sourire chaleureux d'Hagrid avait à peine diminué ma nervosité et je me suis approchée pas après pas de la chaise. Je n'avais pas atteins celle-ci qu'une sorte de déchirure a retenti à mes oreilles et avant même que je ne m'assoie, le choixpeau s'était écrié : « SERPENTARD ! » De la table de Gryffondor les jumeaux s'étaient exclamés : « On le savait ! » avant d'en rire. Rouge, j'étais vite allée me réfugier à ma nouvelle table, tâchant de me faire plus petite que je ne l'étais alors.
J'ai peur que le choixpeau me fasse le même coup. Mais j'y pense ! Puisque je suis revenue dans le passé, sa réaction dans le futur était peut-être le fruit de cette première rencontre. Après tout, quelle utilité aurait-il eu à sonder une tête qu'il avait déjà eu l'opportunité de connaître de par le passé ? Rassurée par cette idée, c'est d'un pas plus leste que j'ai traversé le reste de la distance et que je suis allée pour m'asseoir. Mais hélas, le choixpeau n'a pas attendu plus longtemps pour hurler son nom.
« SERPENTARD ! »
Fichu ménestrel ! Dépitée, en colère, rouge, je me suis relevée en fusillant le tissu rapiécé (qui, j'en suis sûre, a souri de contentement, fier de son petit effet) avant de me diriger à contre cœur vers la pire maison qui soit. J'aurais tellement préféré être à Serdaigle ! C'était la seule maison où j'étais sûre de reconnaître le moins de visages. A mon approche, une touffe blonde surgit soudain devant moi. Surprise, j'ai un mouvement de recul en découvrant son visage. Par Merlin !
L'enfer commence.
oOoOoOoOoO
[Ndla 1] (Note de Melinda, définition trouvée dans l'Encyclopédie bestiaires du monde magique:) Cresphornius : petites créatures invisibles et assez vilaines d'apparence (pour ceux qui ont réussi à les voir), elles rendent avariées toute nourriture qu'elle croise en se nourrissant de leur saveur. Ils ont notamment la particularité de rendre confus l'esprit des gens qui en sont infestés en leur glissant à l'oreille des souvenirs qui ne sont pas les leurs.
Le prochain chapitre (le 15 Mai prochain) sera un nouvel interlude qui impliquera deux garçons que vous connaissez bien ! Je vous laisse deviner lesquels...
