Chapitre 4 – Le cas June Travers

Cela faisait dix minutes que j'entendais le chien gratter à ma porte. Les yeux grands ouverts, je fixai le plafond, me demandant pendant combien de temps il ferait ça encore.

Pour compenser mon absence – du moins, c'est ainsi que je le voyais-, ma mère avait adopté un adorable beagle, qu'elle avait appelé Inouk. Dès mon retour à la maison, Inouk avait décidé qu'il m'aimait bien et me collait dans les jambes depuis.

Le chien gratta furieusement à ma porte en pleurnichant et ma mère, bonne âme, se décida à lui ouvrir la porte. Grave erreur : fou de joie, Inouk sauta aussitôt sur mon lit et atterrit lourdement sur mon ventre.

- Maman ! hurlai-je, en me débattant contre les coups de langue de chien.

- Ça n'arriverait pas si tu t'étais levée, dit-elle en se tenant sur le pas de ma porte. Debout paresseuse !

- Je suis en vacances ! m'indignai-je.

- Non, tu es chômage, nuance. Allez, debout !

Elle prit dans ses bras Inouk et je l'entendis descendre l'escalier.

- Merci maman de me redonner confiance en moi, soupirai-je en me frottant les yeux.

Je finis par me lever, avec pourtant le sourire aux lèvres.

Aujourd'hui, Charlie revenait de Roumanie.

oOo oOo oOo

Le hall 7 1/3 était bondé à cause des départs en vacances. Je me frayai un chemin jusqu'à la cheminette dix-huit, le cœur battant.

Cela faisait trois ans que je ne l'avais pas serré dans mes bras.

J'aperçus non loin de la cheminée Mr et Mme Weasley, venus chercher leur fils pour le ramener au Terrier. J'espérais au moins que Charlie m'apercevrait. Je n'osais pas vraiment aller saluer Molly Weasley qui me faisait un peu peur. Je me tins un peu à l'écart et attendis que le feu se mette au vert. Les premiers voyageurs arrivèrent et je les dévisageai fébrilement, le cœur serré chaque fois que quelqu'un apparaissait.

Il arriva dans les derniers, tenant sa valise d'une main et son sac à dos de l'autre. Il était aussi beau que dans mes rêves et je ne pus m'empêcher de sourire largement.

Il vit d'abord ses parents et les serra longuement dans ses bras. Un court instant, je les jalousai : j'aurais tellement aimé être la première qu'il voit ! Mais je me sentais tétanisée, incapable de faire le moindre pas vers lui.

Je vis sa mère le gronder affectueusement – au moins, il s'était rasé sa barbe – et je l'entendis plusieurs fois essayer de la calmer :

- Maman... Maman !

- Oui, mon chéri ?

- Accorde-moi deux minutes, s'il te plait.

Il confia son sac à son père et se tourna vers moi. Il me rejoignit à grands pas et m'embrassa sans rien dire.

Je fus folle de bonheur quand je sentis ses bras serrer ma taille et me tenir fort contre lui. J'oscillai entre l'envie de rire et celui d'éclater en sanglot.

Il me relâcha et glissa ses mains dans les miennes, son front contre le mien.

- Merlin, tu m'as tellement manqué ! finis-je par souffler, légèrement étourdie.

- Toi aussi.

- Charlie ! appela sa mère.

Charlie soupira et se tourna vers ses parents.

- Allez viens les saluer, dit-il.

Je rechignai un peu, mais le suivis.

- Tu aurais dû nous dire que tu étais là, Polly ! me salua Mr Weasley en me serrant la main. On ne mord pas, tu sais !

- Je n'osais pas vous déranger...

Je me sentis terriblement mal à l'aise face au regard de Molly Weasley. Charlie proposa :

- Maman, et si l'on invitait Polly à déjeuner au Terrier avec nous ?

Mrs Weasley couva son fils d'un regard affectueux :

- Eh bien...d'accord. Qu'en penses-tu Polly ?

- C'est très gentil de votre part, mais... j'ai un entretien d'embauche cet après-midi... Et je ne voudrais pas m'imposer, dis-je d'une toute petite voix.

- Oh, ne dis pas de bêtises, me coupa-t-elle. Tu es la bienvenue Polly.

- Et tu pourras transplaner pour y aller, renchérit Mr Weasley. Où as-tu ton entretien ? Si ce n'est pas trop indiscret.

- Au Musée Moldu, sur le Chemin de Traverse.

- Vraiment ? Mais c'est formidable ça ! Je me dis toujours qu'il faudrait que j'y aille un de ces jours...

Depuis mon retour d'Angleterre, j'avais envoyé mon CV à plusieurs musées magiques, mais toujours avec la même réponse : nous sommes sensibles à l'intérêt que vous nous portez, cependant, votre candidature n'est pas retenue... Non, non, ce n'est pas vous, c'est nous !

Un seul m'avait répondu favorablement. Hélas ! il n'était pas en haut de ma liste... Le Musée Moldu se situait sur le chemin de traverse et était tenu par le Professeur Donald Lochlin Gelert.

Tout un roman...

Le rendez-vous était à quatorze heures et j'étais déjà très angoissée. Inutile d'en rajouter avec un déjeuner chez les Weasley !

Charlie me prit la main :

- S'il te plaît Polly. Je t'amènerai personnellement en transplanage devant le Musée après...

Je me retrouvai donc entourée de tous les membres de la famille Weasley. Le repas fut à la hauteur des talents culinaires de Molly et je sentis l'élastique de ma jupe me serrer la taille au troisième service de spaghetti à la bolognaise. Charlie était évidemment au centre des discussions. Il nous raconta ses années de Dracologue. Il était tombé littéralement amoureux de la Roumanie – ou des dragons, l'un n'allant pas sans l'autre apparemment.

Il retournait là-bas en septembre, à temps, espérait-il, pour l'éclosion d'une couvée d'une Magyare à Pointes particulièrement vicieuse.

- Vicieuse ? s'épouvanta sa mère. C'est-à-dire ? J'espère que tu ne mets pas ta vie en danger là bas !

- Maman, je fais dans l'élevage de dragons, pas de licornes, soupira Charlie.

- J'aurais préféré, renchérit sa mère. Pourquoi t'obstiner à vouloir faire un métier si dangereux ? Regarde ton frère !

- Bill travaille dans une banque, grogna Charlie. La seule chose dangereuse qui pourrait lui arriver est de se couper avec un billet...

- Hé ! s'insurgea Bill.

De son côté, Mr Weasley monopolisait toute mon attention : il tenait absolument à comprendre à quoi servaient les barrières à péage. Je rassemblai toutes mes maigres connaissances sur le sujet, souvent agrémentées par des « euh... », « alors en fait... » et « ah, bonne question ».

Mrs Weasley me présenta deux fois une part de tartes aux pommes que j'avalai malgré ma montée de stress (j'étais assise pile devant l'horloge). À la troisième, je refusai : mon rendez-vous commençait dans quinze minutes.

Fidèle à sa promesse, Charlie m'accompagna sur le Chemin de Traverse, me parlant de la Finale de La Coupe du Monde de Quidditch pour me changer les idées. Je ne l'écoutai qu'à moitié, la peur au ventre.

- Ça va aller, Polly, dit-il en me serrant un plus fort la main.

J'essayai de sourire, mais il se transforma en grimace. Nous étions arrivés devant le musée. Il s'agissait d'une porte peinte en vert bouteille, avec une inscription en lettre d'or à moitié effacé, indiquant : « Musée Moldu ». À côté, une vitrine encrassée présentait un téléphone datant du siècle dernier. Je ne m'attendais pas à entrer au somptueux British Museum, mais cette simple porte me déçut.

- C'est ici ? s'étonna Charlie. Je n'y avais jamais prêté attention...

J'eus l'envie de prendre mes jambes à mon cou. Je ne voulais pas travailler là-dedans. Inquiet, Charlie se tourna vers moi.

- Tu es sûre ?

- Je vais passer l'entretien, par politesse, me décidai-je, un peu pâle. Rien ne m'oblige à accepter.

Rien, sauf un salaire.

- Tu veux que je t'attende ?

- Non, retourne chez toi. Tu es épuisé. Je t'enverrai un hibou quand j'aurai terminé.

Charlie se mordit les lèvres, ne souhaitant visiblement pas me quitter. Je lui embrassai la joue et lui fit signe d'y aller. Charlie, têtu, attendit pourtant que j'entre. Je pris une profonde inspiration, lissai les plis de ma jupe, remis en place une mèche derrière mon oreille et poussai la porte.

Je m'étais attendue à trouver un lieu sombre, sale et désespéré.

Sale, il l'était : la poussière recouvrant les objets exposés me fit éternuer trois fois de suite. Mais l'endroit était loin d'être aussi sombre : une grande verrière circulaire surplombait la salle, qui semblait être plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur. Il n'y avait cependant pas un botruc dans les environs, et je m'avançai timidement, dépassant le guichet, vide.

- Hé ho ? Il y a quelqu'un ?

- Vous vous êtes perdue ? me demanda une voix derrière moi.

Je sursautai avec violence, et manquai de renverser une télévision posée sur le sol.

- Je suis désolée, m'excusai-je.

- Pas grave, j'en ai plein le débarras. Alors ? Que faites-vous ici ? J'attends ! gronda le sorcier.

- Euh... je suis Polly McBee, et je viens pour l'entretien.

L'homme se pencha vers moi. Il était grand et maigre, avait le dessus du crâne chauve et d'énormes favoris poivre et sel qui lui mangeaient les joues. Il portait une paire de lunettes au bout de son long nez crochu, et ses yeux gris me détaillèrent longuement.

- J'ai connu un McBee, finit-il par me dire méfiant. Graham McBee...

- C'est... c'est mon grand-père, fis-je d'une toute petite voix.

- Mmh... Toujours à péter plus haut que le cul d'un dragon celui-là ?

Je ne sus ce qu'il me prit, mais j'éclatai de rire à ce moment-là.

- J'en conclus que oui. Je suis le professeur Donald Lochlin Gelert, pour vous servir. Alors, vous êtes priée de venir dès 9h30 le matin. Le musée ouvre à 10h. Une heure de pause vous est accordée, la fermeture à 18h. Ça vous va ?

- Vous ne voulez pas me poser des questions sur ma scolarité et tout ça ? m'étonnai-je.

- Attendez, laissez-moi deviner : vous avez fait Poudlard, c'est ça ? railla-t-il. Vous êtes la seule qui avez répondu à mon annonce et je n'ai pas le temps à perdre avec ces bêtises. Comme je le dis toujours : le Temps n'attend pas.

Un instant, je fus troublée : où avais-je déjà entendu cette phrase ?

- Pour vos tâches, il va falloir me faire un inventaire, reprit-il en faisant un ample geste du bras. Remettre un peu d'ordre, faire la visite des lieux aux éventuels visiteurs... Je vous rassure, ils ne bousculent pas au portillon.

Il regarda sa montre à gousset :

- Nom d'une citrouille, je vais être en retard. Je suis sur une grosse affaire : une vente aux enchères dans le New Hampshire. J'espère pouvoir repartir avec un Juke box de 1941, vous imaginez ? Je vous laisse les clefs du machin, vous pourrez vous débrouiller ?

- Ah ? Parce que je commence maintenant ? m'affolai-je.

- Non, à la Saint Merlin, se moqua-t-il. Considérez ça comme votre jour d'essai.

Il fouilla dans les profondeurs de sa cape pour en sortir un trousseau de clefs qu'il me tendit.

- Faites le tour du proprio, si ça vous chante. Je reviens dans deux heures. Et croisez les doigts pour que ce soit avec le Juke-Box.

Il saisit sa cape du portemanteau qui vacilla et quitta le musée dans un claquement, me laissant seule avec mes clefs.

- Ok...

Au fil des jours, je me pris pourtant de passion pour ce musée un peu bizarre. Le Professeur Gelert – qui parlait couramment le sarcasme – était un patron un peu revêche, mais avec un bon fond. Je compris très rapidement pourquoi personne ne venait dans son cher musée : il s'absentait assez régulièrement pour courir les brocantes ou les ventes aux enchères.

Dans un premier temps, je fus chargée de faire l'inventaire de son bric-à-brac. Je comptabilisais ainsi près d'une soixantaine de télés, vingt-neuf machines à coudre, sept lave-vaisselle, dix-neuf téléphones, un ordinateur Amstrad, six caméscopes... Beaucoup étaient cassés (sans doute récupérés dans une décharge) ou très mal montés (le professeur n'avait sans doute jamais vu un vélo de sa vie). Je dépoussiérais quelques pépites parmi tout ce fatras, dont un 45 tour des Beatles datant de 1965.

Je me rendis bien vite compte que le professeur était un passionné de la technologie moldue, mais qu'il n'y connaissait strictement rien.

Je ne regrettai cependant pas un seul instant d'avoir mis les pieds dans ce musée.

Cela me laissait le temps d'aller rendre visite à d'anciennes connaissances à l'heure du déjeuner. Tonks et Rose me rejoignirent un midi sur le Chemin de Traverse, et je fus si heureuse de les revoir que j'en pleurais.

Tonks avait toujours ses cheveux courts et colorés d'un rose vif. Elle avait coincé sa baguette dans la poche arrière de son jean et portait fièrement un tee-shirt à l'effigie du groupe AC-DC.

Rose avait beaucoup changé en revanche : elle n'avait plus rien de cette petite sorcière rougissante et timide de Poudlard. Elle avait laissé pousser ses cheveux blonds et ses yeux brillaient d'une lueur que je ne lui avais jamais connue. Et pour cause : à sa main brillait une bague de fiançailles.

- Quoi ? Mais... quoi ?

- Napoléon m'a demandée en mariage !

- Je vois ça ! m'exclamai-je. Toutes mes félicitations, Mme Rose Bonaparte !

Nous déjeunâmes dans ce boui-boui des Trois Citrouilles et Rose nous raconta sa demande par mon cher Bony. Tonks était déjà dans le secret des dieux, mais arborait un sourire d'envie.

- Pour quand est prévu le grand jour ? demanda-t-elle.

- En mai prochain. Vous serez mes demoiselles d'honneur ?

- Évidemment ! m'exclamai-je, ravie.

C'était agréable d'avoir mes amies avec moi. Nous parlions toutes les trois en même temps, échangeant les dernières nouvelles. Tonks avait un peu de mal avec sa formation d'Auror, craignant surtout de décevoir son professeur, le célèbre Alastor Maugrey.

- Croyez-moi Rogue à côté, c'est du pipi d'Augurey, nous confia-t-elle.

Rose, elle, avait été approchée par le Quidditch Magazine. J'éclatai de rire :

- Et alors, tu as dit quoi ?

- J'ai dit oui.

Je la regardai avec des yeux ronds, persuadée d'avoir mal entendu :

- Euh... Rose ? Je ne sais pas si tu es au courant, mais il y a le mot « Quidditch », dans « Quidditch Magazine ».

- Je sais, dit-elle avec un sourire, tout en plongeant sa cuillère dans sa tarte au citron.

- Et ? Ne me dis pas que tu as accepté pour l'amour de Bony, j'en serais jalouse ! J'ai essayé pendant sept ans de t'initier au Noble sport, moi !

- Non... Mais je serai grassement payée à faire le tour du monde pour la rubrique : le Quidditch à travers les Pays. Je te rassure, Polly, je n'ai pas reçu l'illumination en trois ans. La seule équipe que je supporterais, ce sera celle où Napoléon jouera.

- Tu verrais ta tête ! ricana Tonks en me regardant.

Je lui lançai un tel regard qu'elle préféra changer de sujet :

- En parlant Quidditch, j'espère que tu as bien réservé la date du 25 août !

- Oui, la finale de la Coupe du Monde, Bulgarie contre l'Irlande. Tu crois vraiment que je vais oublier ça ?

Tandis que nous échangions nos pronostics, je vis Rose lever les yeux au ciel. Autant qu'elle s'y fasse maintenant !

oOo oOo oOo

Les premières semaines furent intenses : ranger, classer, archiver, dépoussiérer : je ne m'ennuyai pas un seul instant à mon nouveau travail. Le professeur Gelert était toujours en vadrouille aux quatre coins de l'Angleterre, et revenait souvent chargé (il récupéra ainsi une caisse pleine de poupées Barbie... Pour quoi faire ? Je me le demande encore).

J'attendais avec impatience les week-ends, où je retrouvai avec plaisir Charlie pour une sortie en amoureux dans les rues londoniennes. Mais nos instants étaient trop courts, me faisant enrager. Je ne l'avais pas assez pour moi, prise entre le boulot pour moi, et ses obligations familiales pour lui.

La solution vint de mon Papi Moustache, qui me demandant un dimanche midi, alors que je dinais chez lui, pourquoi je n'envisageais pas d'emménager dans mon chez-moi.

- Tu crois ? balbutiai-je. Mais... que va dire maman ? Et papa ?

- Qu'il est peut-être temps ? Je me rappelle quand ta maman nous a annoncé à ta mamie et moi qu'elle partait vivre avec Callum, me raconta-t-il, rêveur. Oh, pour sûr qu'on a été très chagrinés ! Mais tu es une adulte, ma petite fille, il est temps de te comporter comme telle !

- Si tu me parles encore de payer mes impôts, je hurle, grimaçai-je.

Et c'est ainsi que je me retrouvai à éplucher les petites annonces, à la recherche d'un petit chez-moi.

Je ne pensais pas que les loyers seraient aussi chers à Londres... Et ne parlons même pas d'un appartement sur le Chemin de Traverse : j'étais bonne à manger des patates pour le restant de mes jours. Je pouvais toujours songer à m'écarter de la capitale, mais j'aimais trop Londres, et je ne me sentais pas encore assez mûre pour m'éloigner de papa-maman.

Ce fut dans la presse britannique que je trouvai une étrange petite annonce :

Mi-sorcière, mi-vampire, je recherche une colocation avec personne aussi saine d'esprit que moi.

Si tu vénères le grand Cthulhu, que tu aimes les chocapics, et que tu te passionnes pour l'équipe d'Arsenal,

merci de te présenter au numéro 7 de Salem Road, Londres.

C'est pas loin de Bayswater Station, tu peux pas le louper.

Ciao les Craignos.

Je m'y rendais le soir même. Le quartier me semblait être assez calme, et se situait non loin des jardins de Kensington. L'immeuble blanc était bâti sur deux étages, et la porte peinte en rouge invitait à entrer. Je pris une profonde inspiration et gravis les quelques marches qui me séparait de la porte, avant d'appuyer longuement sur la sonnette. Une silhouette se dessina derrière la vitre et la porte s'ouvrit sur une femme d'une soixantaine d'années.

- Oui ? demanda cette dernière.

- Euh… bonjour. J'ai lu l'annonce pour l'appartement et je…

- C'est l'étage au-dessus, grommela la femme, en ouvrant la porte. Et la prochaine fois, évitez de sonner !

Je m'excusai et entrai dans le hall. La femme alla se calfeutrer chez elle, mais je sentis son regard me suivre à travers le judas.

Je grimpai l'escalier qui menait au premier étage : sur la porte peinte en blanc, un grand B était accolé au chiffre 7. Derrière, on étendait distinctement la musique de Metallica.

Je frappai à la porte : la musique se tut aussitôt, la chaine de sécurité fut enlevée et une jeune femme en petite tenue apparut à l'entrebâillement.

- C'est pour quoi ? Si vous êtes de Jéhovah, vous pouvez entrer.

- Jéhovah ? répétai-je, abasourdie. Euh, non. Je viens pour l'annonce.

La fille plissa les yeux et m'étudia des pieds à la tête. Ce qu'elle vit dut lui plaire, car elle ouvrit en grand la porte, et m'invita à entrer.

J'eus un hoquet surpris quand je vis l'appartement sens dessus dessous, avec des vêtements, des VHS, de la vaisselle, et un reste de pizza trainer par terre. La fille, toujours en culotte et débardeur, mit la main sur une robe violette et l'enfila.

- C'est quoi ton nom ? demanda-t-elle en rangeant un peu – c'est à dire en déplaçant des objets de gauche à droite.

- Polly McBee, répondis-je, mes mains serrées autour de son sac, et prête à transplaner à la première occasion.

- C'est un nom rigolo. Moi, c'est June Travers. Et non, on n'est pas de la même famille.

- Que qui ?

- Que John Lennon.

Je contemplai bêtement June, me demandant si elle ne me prenait pas pour une idiote.

- Alors, McPolly, voici l'appartement de tes rêves ! Tout est équipé, du salon à la cuisine. Et pour répondre à ta question, oui, il y a un Palais du Pipi, au fond du couloir. Et deux chambres aussi. Je te laisse la plus grande, parce que je n'aime pas ça les grands espaces. Ça me donne le vertige.

- Tu es agoraphobe ?

- Non, j'ai le vertige. Dis donc, tes cheveux sont vraiment drôles. Tu les fais pousser toi-même ?

- Euh… oui, dis-je, passant une main dans ma chevelure que je n'avais pas eu le temps de coiffer.

- Le loyer est de 350 livres, à payer en cash, reprit June. Et j'insiste, je veux du cash. À ne plus savoir quoi en faire. Peut-être les brûler. Tu connais Gainsbourg ?

- Non.

- Un français. Il a brûlé un jour un billet de 500 francs. Mon héros. Je te ferai écouter ses albums si tu veux, je les ai tous. Tu fais quoi comme métier ?

- Je bosse dans un musée.

- Chic ! tu vas pouvoir voler les diamants de la couronne pour moi !

- Euh... Ce n'est pas ce genre de musée, murmurai-je, tout en me demandant si June Travers avait bien toute sa tête.

June décida ensuite de me faire visiter l'appartement. Je reconnus que l'endroit n'était pas trop mal – si on faisait exception du monstrueux fouillis – et plutôt bien situé. Et puis, le loyer était très raisonnable (j'en vins même à me demander si June connaissait la valeur de l'argent, et si elle n'avait pas dit un montant au hasard).

Elle ouvrit une porte et annonça qu'il s'agirait de ma chambre. Elle était plutôt grande et pouvait contenir tout le mobilier moldu, et, avec quelques enchantements en plus, rendre l'endroit charmant et vivable.

- De l'autre côté, c'est ma chambre, interdiction d'entrer sous peine de mort.

Elle me désigna une porte peinte en jaune et rose et sur laquelle était collée l'image d'une licorne et d'un champignon atomique.

Cette fille était complètement timbrée.

- Tu as un copain ? demanda-t-elle brusquement.

- Oui.

- Il est beau ?

- Euh… oui.

- Dommage, soupira June. Bon, j'imagine que tu voudras faire boom-boom crac-crac avec lui. Je te demande juste de faire le plus de bruit possible pour énerver Mrs Doubtfire.

Je rougis et demandai si Mrs Doubtfire était la voisine d'en dessous.

- Non, Mrs Doubtfire, c'est un film avec Robin Williams. Je ne connais pas le nom de la vieille casserole d'en bas, alors je l'appelle comme ça.

Puis elle se tourna de nouveau vers moi et me demanda :

- Tu ne fais pas partie de la 5e colonne au moins ? Tu n'es pas un vampire ? Un serial killer ? Une sorcière ?

Je commençai vraiment à ne plus suivre les dires de June, mais la rassurai : je n'étais rien de tout ça.

Enfin presque.

Nous revînmes au salon et June annonça avec un grand sourire qu'elle me prenait comme colocataire.

- Tes cheveux m'ont mis en confiance dès que je les ai vus, dit-elle le plus sérieusement du monde. Tu emménages quand du coup ?

oOo oOo oOo

Le déménagement ne fut pas des plus simples : vivant désormais dans un quartier moldu, il fallut transporter mes affaires « normalement » (en utilisant cependant un tout petit peu de magie, trois fois rien...). J'aurais pu aussi mettre toutes mes affaires dans une valise magiquement agrandie et faire un aller simple, mais je ne voulais pas non plus que June découvre mon secret. Je réquisitionnai donc Charlie, William Swann (de retour dans ma vie, mon plus grand malheur, Bony n'étant pas disponible pour cause de rencontre Flaquemare/Frelons) et mes parents pour m'aider à faire mes cartons et à tout déménager.

Ces précautions ne servirent à rien : June avait accroché un mot sur la porte à mon attention, pour m'avertir qu'elle était partie à son cours de théâtre de métal-psychologie. Charlie leva haut un sourcil, se demandant quel genre de cours ça pouvait être.

Maman eut une exclamation en voyant l'état de l'appartement et entreprit de tout ranger, consternée par autant de fouillis. Papa, lui, agrandit ma chambre avec l'aide de quelques sortilèges parfaitement maitrisés (mon sortilège de rangement me faisait encore défaut) et il fallut utiliser les menaces pour empêcher Will d'entrer dans celle de June Travers.

- Surtout, n'oublie pas de bien verrouiller la pièce, me recommanda mon père, retenant par le bras Will qui cherchait à faire du trampoline sur mon lit.

Charlie se sentit terriblement gêné par le grand lit et Will se moqua de son meilleur ami, se demandant à voix haute à quoi il pouvait bien penser.

- Arrête avec ça, gronda Charlie, lorsqu'il croisa le regard meurtrier de papa.

Nous entendîmes soudain une clé glisser dans la serrure et June Travers entra dans l'appartement, son parapluie encore déployé sur sa tête alors qu'il faisait un superbe soleil. Elle nous dévisagea interloquée.

- Attends, McPolly, on n'aura jamais assez de place pour loger tout ce monde ! dit-elle en guise de salut. C'est ton petit ami ? ajoute-t-elle en désignant mon père.

Je réprimai un fou rire et lui présentai mes parents. Ma mère fut épouvantée en voyant ma nouvelle colocataire : elle avait mis un tutu rose sur un tee-shirt clamant l'égalité du cannabis pour tous les chimpanzés, portait une botte de pluie rouge et une autre jaune, et dénoua une très longue écharpe multicolore, qu'elle laissa trainer au sol.

- C'est lui mon petit ami, dis-je en lui désignant Charlie.

Elle serra distraitement la main de Charlie, n'ayant plus d'yeux que pour Will Swann. Sans prévenir, elle fonça droit sur lui, noua ses bras autour du cou du Gryffondor et l'embrassa fougueusement, sous nos regards terriblement gênés.

Quand elle eut fini, elle se tourna comme si de rien n'était vers moi et me proposa de manger chinois pour notre premier soir.

- C'est d'accord, fis-je, en faisant de mon mieux pour ne pas éclater de rire devant le visage rouge de Will, qui ne semblait pas comprendre ce qui venait de lui arriver.

June fouilla dans la commode sous la télé pour trouver de la monnaie, puis elle quitta l'appartement – non sans avoir mis une claque sur les fesses de Will et l'avoir gratifié d'un clin d'œil.

- Polly, dit alors ma mère, se raclant la gorge, tu es sûre que tu veux vivre là ?

- Oh oui, fis-je, souriante. Je sens que je vais bien me marrer...


Mes chers Poufsouffles,

Je suis désolée pour ce petit retard. J'espère quand même que ce chapitre vous a plus.

A mes petits reviewers: je répondrais à vos gentilles messages dans les prochains jours.

Le chapitre 5 sera sur vos écrans le 27 mars.

A bientôt,

Citrouille