Chapitre d'hier...


Chapitre 4 : Remonter le temps

Sans plus attendre, il la sortit et la posa sur le plan de travail de Sam avant de respirer un bon coup et d'appuyer un long moment sur le bouton. Il y eu un long flash aveuglant et Jack se retrouva dans son bureau, assis sur sa chaise, à faire de la paperasserie. Un peu étourdi, il regarda autour de lui avant de se mettre à fixer ce qu'il était sensé lire. C'est alors qu'il réalisa qu'il s'agissait d'un rapport de Sam. Une larme s'échappa sans qu'il s'en aperçoive et il se prit la tête entre les mains. Plusieurs longues minutes passèrent pendant lesquelles il se remémora tous les moments passés aux côtés de la femme qui lui avait ravi son cœur, qu'ils soient bon ou moins bon d'ailleurs. Il caressait machinalement l'écriture fine de Sam lorsque Harriman frappa à la porte de son bureau, le sortant de sa léthargie.

-« Mon Général, je vous apporte les derniers rapports à… »

-« Quelle heure est-il ? »

-« Pardon ? » s'étonna le sergent.

-« Je vous ai demandé quelle heure il était ! » répondit brusquement le militaire impatient.

-« Dix-sept heures quinze Monsieur mais en quoi est-ce important ? »

-« Je dois partir ! J'ai quelque chose de vital à faire, je ne peux pas rester ! » lança Jack en se levant et quittant son bureau au pas de course.

-« Mais… Et qui prend la responsabilité de la base ? Le Colonel Carter est en congé et… »

-« Vous Harriman ! J'ai toute confiance en vous et je sais que vous saurez ce que vous devez faire en cas de problème ! »

-« Quoi mais je n'ai pas les qualifications moi ! »

-« Mais si ! Depuis le temps que vous travaillez à ce poste, vous savez tout mieux que tout le monde ! » cria le militaire avant de disparaitre dans les escaliers n'ayant pas la patience d'attendre l'ascenseur.

Jack était presque arrivé au parking lorsqu'il fut arrêté par le Major Clifford.

-« Mon Général ! Ca tombe très bien que je vous vois car j'ai un problème que j'aimerai soulever avec vous. C'est à propos de la recrue, vous savez McGregor. Eh bien… »

-« Ca va attendre car voyez-vous, je suis légèrement pressé, » le coupa le militaire en le fusillant du regard. « J'ai mieux à faire que d'écouter vos jérémiades Clifford ! »

-« Mais ! »

-« Rompez Major ! »

Non avec un immense soulagement, le militaire grimpa dans sa voiture et quitta en trombe la base après avoir passé les contrôles. Le cœur battant à tout rompre, il regarda l'heure et réalisa qu'il était déjà dix-sept heures trente-cinq et qu'il ne lui restait plus beaucoup de temps pour sauver la vie de la femme qu'il aimait. Il appuya donc sur l'accélérateur et avala les kilomètres sans problème jusqu'à ce que, d'un seul coup, au détour d'un virage, il se retrouve à la fin d'une file de voitures arrêtées.

-« Mais ce n'est pas possible ! » fulmina Jack en s'excitant sur le klaxonne. « Allez ! Bouge ton cul ! J'ai ma femme à secourir moi ! »

Il ne se rendit même pas compte du lapsus qu'il venait de faire en appelant à haute voix Sam sa femme mais il avait bien d'autres choses en tête. Il avait beau s'exciter sur le klaxon comme un beau diable, la file de voitures devant lui ne bougeait pas d'un millimètre. De plus en plus inquiet, il regardait les minutes s'égrainer, se sentant complètement impuissant. N'en pouvant plus d'attende, Jack se gara brusquement sur le bas côté de la route et descendit de voiture bien décidé à atteindre la supérette au plus vite. Après avoir verrouillé les portes de son 4x4, il commença à courir en direction de la ville. Cependant, il fut rapidement arrêté dans sa course par un officier de police qui lui barrait le chemin.

-« Je suis désolé Monsieur mais vous ne pouvez pas passer. Il y a eu un accident mortel et les secours sont à pied d'œuvre. »

-« Je n'en ai rien à foutre de votre accident ! » lança Jack en essayant de forcer le passage. « Je dois rejoindre Colorado Spring au plus tôt ! »

-« Mais puisque je vous dis que vous ne pouvez pas ! »

-« Ma femme vient de m'appeler car il y a un braquage à la supérette à côté de chez nous et vous, vous voulez que j'attende patiemment qu'il y ait un drame ? » mentit le militaire.

-« A-t-elle prévenu la police avant de vous appeler ? » demanda l'officier en fronçant les sourcils et dévisageant l'uniforme que portait toujours l'homme.

-« Euh… Non ! Nous étions en ligne quand ça s'est passé et elle s'est fait surprendre ! Alors laissez-moi passer que je la rejoigne au plus vite ! » s'énerva Jack alors qu'il perdait encore quelques précieuses minutes.

-« Qu'est-ce qui se passe ici ? » intervint alors le supérieur de l'officier.

-« Monsieur veut absolument passé car sa femme serait prise en plein milieu d'un braquage en ville. Vous avez entendu parler de quelque chose Chef ? »

-« Pas à ma connaissance mais je suis sûr qu'un Général ne pourrait pas mentir. Suivez-moi, je vais faire en sorte qu'on vous conduise auprès de votre épouse et qu'une patrouille s'y rende également en renfort. Mieux vaut jouer la sécurité. »

Jack passa derrière la barrière et accéléra le pas. Cependant, le policier ne suivait pas assez vite à son goût aussi se retourna-t-il et mit ses poings sur ses hanches.

-« Bon vous venez ou vous attendez que ma femme meure ? » s'impatienta le militaire.

-« Oui ! Oui ! Il n'y a pas le feu ! »

-« Oh non voyons ! Il y a juste un fou surement en manque de quelque chose qui braque un fusil sur ma femme et les personnes présentes dans la supérette ! »

Quand enfin il grimpa dans la voiture de police, Jack ressentit un soulagement en entendant la sirène se mettre en route. Même s'il était dix-sept heures cinquante-trois, il savait que les derniers kilomètres allaient être avalés en un temps record et qu'avec un peu de chance la patrouille appelée en renfort arriverait même avant eux. Il reprit donc légèrement espoir en pensant qu'il allait revoir la femme qu'il aimait en vie… A trois blocs de la supérette, le policier éteignit sa sirène pour plus de discrétion et, quand enfin il se gara sur le parking du magasin, Jack en descendit en quatrième vitesse.

-« Attendez-moi ! » appela le policier derrière lui. « Ca peut être dangereux ! »

Mais Jack n'en avait rien à faire et fonça en direction de l'entrée du magasin. Il s'apprêtait à pousser la porte vitrée lorsque, soudain, la détonation d'un coup de feu retentit, le figeant sur place. Comme au ralenti, il vit Sam se stopper avant de s'effondrer face contre terre.

-« Non… » murmura le militaire les larmes aux yeux. « Je vous en prie, qui que vous soyez, faites en sorte qu'elle s'en sorte… Je l'aime… »

C'est alors qu'il vit une jeune femme fluette s'avancer en direction de lui, son arme dans une main et un sac en plastique dans lequel il pouvait apercevoir des billets de banque dans l'autre. Sans plus réfléchir et avant même qu'elle n'aient le temps de relever son révolver sur lui, Jack lui envoyant un coup de poing dans le nez puis lui fit une prise qui l'envoya au sol sans plus de cérémonie.

-« C'est bon, je la tiens, » annonça le policier quelques secondes plus tard en voulant empêcher Jack de continuer à frapper la braqueuse. « Allez secourir votre femme ! »

Comme sorti de sa bulle de rage, Jack se dirigea vers la jeune femme étendue sur le sol au moment où une petite tête paniquée émergeait de derrière le comptoir.

-« Madame Sam ? » appela-t-il timidement.

-« Hey Bonhomme, ça va ? Tu n'es pas blessé ? » demanda le policier après avoir menotté la jeune femme.

-« Moi non. Mais Tammy oui. Elle a reçu une balle. On va bien grâce à Madame Sam…, » répondit l'adolescent en tournant son attention vers le couple. « Comment elle va Sam ? Hein Monsieur, comment elle va ? »

Incapable d'articuler un seul mot, Jack redressa un visage dégoulinant de larmes vers l'adolescent qui comprit immédiatement. Il s'approcha du couple et se mit à genoux à côté d'eux. Jack avait prit Sam dans ses bras après lui avoir refermé les yeux et la serrait contre son cœur, ne se rendant même pas compte qu'il la berçait. Son cœur était lourd. Pour le deuxième fois en quelques heures, il tenait le corps sans vie de celle qu'il aimait comme jamais il n'avait aimé.

-« Pourquoi ? Pour ça n'a pas fonctionné ? » murmurait sans cesse le militaire. « Je suis revenu en arrière et ça ne change rien… Elle est morte quand même… Oh Sam… Pourquoi a-t-il fallu que je te renvoie chez toi, pourquoi a-t-il fallu que tu ailles faire ces foutues courses ? »

Complètement dans sa bulle, Jack ne se rendit pas compte de l'arrivée des secours qui prirent en charge Tammy pour sa blessure à l'épaule et Peter en état de choc. De même, il ne remarqua même pas quand des policiers lurent ses droits au braqueur maitrisé par Sam avant de l'embarquer manu militari. Ce n'est que quand le médecin légiste s'approcha de lui pour s'occuper du corps de Sam et qu'il posa délicatement une main sur son épaule que Jack réalisa où il était.

-« Monsieur ? Je suis désolé mais il va falloir que vous me laissiez m'occuper de votre femme… Je vous promets que je vais en prendre grand soin. »

Cette phrase permit à Jack de reprendre contact avec sa réalité. Il regarda sa montre et vit qu'il était dix-huit heures quarante-cinq. Avalant tant bien que mal la boule qui s'était formée dans sa gorge, il déposa un dernier baiser plein de tendresse et d'amour à la femme de sa vie avant de la reposer au sol, veillant à ne pas être trop brusque.

-« Je t'aime Sam et je vais tout faire pour te sauver, » promit-il à l'oreille de la jeune femme.

Il se dirigea vers le policier qui l'avait amené jusqu'à la supérette et, après avoir longuement fermé les yeux pour se remémorer la chronologie des évènements, il lui demanda assez brusquement.

-« A quelle heure exactement sommes-nous arrivés ici ? »

-« Je dirais à dix-huit heures car l'église du quartier sonnait. Par contre Monsieur, il va falloir que vous fassiez une déposition. »

-« Si vous permettez, je vais rentrez chez moi et je viendrai au commissariat demain. De toute manière j'ai quarante-huit heures pour la faire donc je vais rentrer chez moi. »

-« Bien sûr, » répondit le policier triste pour cet homme visiblement fou amoureux.


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