Voili la suite juste pour toi mon Archangeounette (puisque tu es la seule à lire cette fic ! )
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4. Sur la liste
-Hors de question !
Assis sur un lit, Roméo regardait avec un sourire Mercutio faire les cent pas devant lui. Depuis le rebord de la fenêtre, Benvolio semblait lui aussi être contre son idée.
-Et pourquoi ? fit le jeune homme aux yeux émeraudes. Il faut que l'on connaisse le terrain où l'on va mener nos hommes pour la dernière bataille. Vous êtes déjà entrés dans le palais vous ?
-Là n'est pas la question, déclara Benvolio alors que leur ami brun secouait la tête, perdu. Il y a quand même d'autres moyens de pénétrer dans le palais royal que par la grande porte.
-C'est du suicide ! ponctua Mercutio en frappant du poing sur la table.
-C'est bien moins dangereux qui ça n'y parait croyez moi, les rassura Roméo en se levant.
-Mais tu ne connais rien de cette fille ! lâcha son ami blond en lui arrachant le peigne d'argent des mains pour l'observer. Mis à part qu'elle doit être riche et de bonne famille. Qui te dit qu'elle ne va pas t'entraîner dans un piège ?
-Quel intérêt aurait-elle ? répliqua le fils Montaigu en récupérant l'objet pour recommencer à le caresser machinalement du bout du pouce. Elle ne sait pas non plus qui je suis.
Ses deux amis le dévisagèrent et, un même temps, un léger sourire apparut sur leurs lèvres. Roméo poussa un profond soupir. Voilà qu'ils recommençaient…
-Non, lâcha-t-il alors que les sourires s'agrandissaient.
-Allez, tu peux bien nous le dire ! le pressa Mercutio en le poussant du coude. Qu'est-ce que vous avez fait ?
-On a parlé, c'est tout.
-Roméo Montaigu ? Seul avec une femme ? « Parler » ? Tu me prends pour un Capulet ?
-Ecoutez, trancha le jeune homme, étrangement irrité de la tournure que prenait la conversation. Je pense que c'est la meilleure façon de pénétrer dans ce palais. Et je le ferai que vous me suiviez ou pas. C'est clair ?
Benvolio jeta un coup d'œil à Mercutio avant de poser la main sur l'épaule de leur ami.
-Loin de nous l'idée de te froisser, assura-t-il avec un bon sourire. Si tu penses que ça peut marcher sans danger, alors… Pourquoi pas ?
-On est avec toi ! déclara Mercutio. Après tout, ajouta-t-il avec un sourire cruel, ce n'est pas tous les jours que l'on peut assister à un bal de volailles !
Le coup se répercuta violemment dans le bouclier, l'envoyant directement dans la poussière. Autour d'eux, les soldats cessèrent un bref instant de se battre pour leur jeter un regard inquiet. Mais nul n'était assez fou pour s'interposer.
-Allez, relève toi ! lâcha Tybalt en agitant son épée.
Juliette serra les mâchoires pour oublier la douleur de son poignet droit et se redressa avec lenteur, soufflant sur une mèche de cheveux blond pâle, collée par la sueur sur son front. Elle se remit en garde, grimaçant sous le poids de son épée dans sa main blessée. Son cousin fit de même face à elle et ils commencèrent à se déplacer, pas à pas, effectuant un large cercle, guettant les moindres mouvements de l'autre. Il y eût soudain un violent éclat de voix un peu plus loin. Cela suffit à Juliette pour quitter son adversaire une fraction de secondes des yeux. Et cela suffit à Tybalt pour fondre sur elle. Elle réussit à parer le premier coup du plat de son épée mais la résonance du choc se répercuta dans son poignet blessé, remontant tout le long de l'os de son bras. Sans lui laisser une seconde, Tybalt envoya son pied en directement dans ses côtes. Elle intercepta de justesse le coup en baissant son bouclier, mettant un genou au sol, mais le second coup d'épée fit voler la sienne dans les airs. Et elle sentit bientôt la pointe glacée de la lame de Tybalt au creux de sa gorge.
Elle leva les yeux pour rencontrer le regard ambré de son cousin. Il la dévisageait, comme pour jauger sa combattivité restante. Comme de coutume, elle ne détourna pas le regard, tout comme elle ne déploya pas ses ailes au sol en signe d'abandon. Jamais encore elle n'avait fait cela. Et elle préférait mourir sur le champ que d'implorer pardon en trainant ses plumes dans la poussière.
-On arrête là, déclara soudain Tybalt en rangeant sa lame dans son fourreau.
Juliette se redressa péniblement, grimaçant en ramassant son épée. Elle avait du se briser le poignet…Tout ça à cause d'une mauvaise chute. Pourtant, elle savait tomber. Elle l'avait appris. Alors pourquoi avait-elle fait cette faute aussi grossière ?
Elle quitta l'arène d'entraînement située en plein soleil pour rejoindre la fraîcheur des salles de repos. Là, elle adossa son bouclier contre le mur et plongea son bras droit dans le bassin d'eau glacé. Déjà, elle sentait la magie opérer et picoter sa peau. Dans quelques minutes, la douleur aurait disparu. Et son poignet serait comme neuf.
-Qu'est-ce qu'il t'arrive aujourd'hui ?
Elle tourna la tête pour apercevoir Tybalt assit un peu plus loin sur un banc, polissant son bouclier avec une peau.
-Pourquoi me demandes-tu cela ? fit-elle en laissant son bras dans l'eau et en tenant ses cheveux de l'autre main afin qu'ils ne trempent pas dans le bassin.
-Tes coups étaient moins précis et ta rage plus faible que de coutume. Ton attitude…
Il se tut un instant pour l'observer, là, appuyée sur le bord du bassin, une jambe légèrement repliée, les cheveux retenus sur le côté par une main, le regard perdu dans l'eau claire…
-…est féminine.
Juliette ouvrit des yeux ronds. Comment ? Ne sentant plus aucune douleur, elle retira son bras de l'eau pour se tourner vers lui, hébétée.
-Qu'est-ce que tu racontes ? fit-elle avec un sourire en faisant doucement des moulinets du poignet. Je ne suis pas une femme.
-Si, tu l'es. Aujourd'hui plus que jamais.
Cette fois ci, c'était clair. C'était Tybalt qui avait un problème, pas elle. Jetant rapidement des regards autour d'eux pour s'assurer, et heureusement, qu'ils étaient bien seuls dans la pièce, Juliette s'avança à grands pas vers son cousin pour s'asseoir à ses côtés.
-Tu veux nous faire tuer ou quoi ? grinça-t-elle.
-Toi, tu te feras tuer si tu continues sur cette pente, lâcha-t-il en posant son ouvrage pour braquer ses yeux ambrés dans les siens. Aie la tête ailleurs pendant un combat comme tu l'avais aujourd'hui à l'entraînement, et tu mourras.
-Je n'ai perdu que parce que j'étais face à toi, répliqua-t-elle. Les ennemis là dehors ne t'arrivent pas à la cheville…
-Peut-être, répondit-il en se levant. Mais cela n'excuse pas le fait que tu te sois pitoyablement défendue. C'était misérable. Tâche de redevenir toi-même d'ici demain, ajouta-t-il en voyant ses poings se serrer. Je n'ai guère envie d'affronter une femmelette.
Elle en aurait hurlé de frustration. Mais les hommes ne faisaient pas ces choses là. Les hommes saisissaient leur arme et se jetait sur leur adversaire. Ou gardaient leur rancune pour plus tard. Elle avait commis une erreur. Elle avait cru pouvoir être une femme, un instant, un tout petit instant…mais elle se trompait. Personne ici n'avait besoin de Juliette. Ils voulaient tous Césario. Même Tybalt. Parfait. Elle serait donc Césario.
Assis au bord du lac, les pieds dans l'eau, Roméo attendait. Depuis bientôt trois heures. Elle ne viendrait pas. Avec un soupir las, il se laissa tomber en arrière dans l'herbe, les bras en croix. Dans sa main droite, il tenait toujours le peigne en argent. Il aurait aimé le lui rendre…
Il avait du l'effrayer, aucun doute là-dessus. Vu la façon dont elle s'était enfuie, elle avait certainement pris peur…Mais de quoi ? Elle l'avait clairement mis en garde de ne pas l'approcher, ni encore moins d'essayer de la séduire. Alors pourquoi s'enfuir ainsi ? Surtout qu'il était resté immobile et n'avait fait aucun geste déplacé…
Poussant un deuxième soupir à fendre l'âme, il recouvrit ses yeux de son bras, soudain épuisé. Ces folles cavalcades toutes les nuits, les préparatifs minutieux, la pression, la confiance…Tout cela pesait bien lourd sur ses épaules. Par moments, même s'il ne l'avouerait à personne, il se demandait s'il était vraiment à la hauteur. Et la réponse qu'il obtenait était toujours la même : peu importait qu'il le soit ou non, il était le seul à pouvoir le faire. Alors il le ferait.
Le silence de la nuit s'était répandu autour de lui. Seul le doux murmure du vent dans les branches et le clapotis léger de l'eau résonnaient encore à ses oreilles. Au loin, très loin, le clocher de Vérone sonna minuit. Elle ne viendrait pas. Il aurait pu jurer s'il ne s'était pas senti aussi épuisé. Il se contenta de se redresser difficilement, flageolant légèrement du fait de ses jambes endormies. La galopade pour regagner la grotte allait le réveiller un peu. C'était peut-être pas plus mal au fond. Avec ses responsabilités, il se devait de garder les pieds sur terre. Et cesser de croire au rêve.
Ce fut alors qu'un froissement de plumes résonna au dessus de lui et il eut juste le temps de lever la tête pour apercevoir ce qui tombait du ciel. Un ange. Il vit clairement les yeux roses s'écarquiller de surprise de le voir là et il ouvrit les bras pour la rattraper. Mais elle arrivait trop vite. Et du fait de son engourdissement, il ne réussit pas à amortir le choc. Une gerbe d'eau éclaboussa les pierres environnantes alors qu'ils tombaient tous les deux à la renverse dans le lac.
L'eau glacée les fit remonter rapidement à la surface, happant l'air, et Roméo se hissa vivement sur le bord, frigorifié. Il tourna les yeux vers elle alors qu'elle regagnait elle aussi la rive. Ses ailes reposaient sur la surface et semblaient soudain lourdes et incommodantes. Aussi il tendit la main pour l'aider à sortir de l'eau. Les yeux roses se posèrent sur la paume tendue puis remontèrent doucement vers lui, inquisiteurs. Les lèvres pâles avaient viré au bleu et tremblotaient légèrement. Roméo sourit. Quelle entêtée…
-Tu vas geler si tu restes là, fit-il en tendant un peu plus la main. Viens.
Elle le dévisagea encore un instant puis, hésitante, posa sa main dans la sienne. Elle était minuscule et fine, et il eut alors peur de lui faire mal en la hissant ainsi sur le bord. Mais soudain les doigts se resserrèrent dans les siens pour prendre appui et il sentit qu'elle avait une poigne digne d'un homme. Décidément, cette fille n'était pas comme les autres…
-Attention, dit-elle simplement une fois sur le rivage.
-Hein ? fit-il en sortant de ses pensées.
Un léger sourire se dessina sur les lèvres de la jeune fille. Et il ne comprit que trop tard. Elle s'ébroua vivement, ses plumes éjectant des milliers de gouttelettes d'eau aux alentours. Roméo leva les mains devant lui pour se protéger :
-Hey ! lâcha-t-il en se levant. Je suis déjà mouillé, merci !
-Je t'avais prévenu, glissa-t-elle avec un sourire en se redressant à son tour, les plumes ébouriffées.
-Mouais, pas très explicite.
Il la dévisagea alors qu'elle essorait rapidement ses cheveux. Elle portait une robe de lin bleue qui ne la mettait pas du tout en valeur, ni au niveau des formes qu'au niveau de la couleur. Et pourtant…Il la trouvait belle. Même trempée jusqu'aux os. Elle lui jeta un coup d'œil et détourna la tête, visiblement mal à l'aise.
-Tu ne te sèches pas ? demanda-t-elle au bout de quelques secondes de silence.
-Hein ? Ah…Non, je n'ai pas d'autres affaires de toute façon.
-Désolée, fit-elle, soudain légèrement déconfite.
-C'est pas grave, la rassura-t-il avec un sourire en tapotant sur son torse. Je suis solide.
Elle hocha la tête et il sentit le regard rose sur lui alors qu'il tordait le bas de sa chemise pour l'essorer un minimum.
-Tu m'attendais ? demanda-t-elle de but en blanc.
Roméo se sentit soudain mal à l'aise. Oui, évidemment qu'il l'attendait. Mais…Montrer à une femme qu'il est sensible à son charme n'est pas la meilleure idée qu'un homme puisse avoir. Ou il peut être sûr de se faire mener par le bout du nez. En temps normal, Roméo se trouvait dans l'autre cas de figure, bien plus confortable. Il n'attendait personne et là, une fille se pointait. Dans ces cas là, s'il souhaitait la mettre dans son lit alors, oui, il disait qu'il l'attendait. Mais là…Face aux deux yeux roses qui scrutait la moindre de ses expressions, brillants, légèrement impatients peut-être, il sentit son courage fondre.
-Non, fit-il en détournant le regard pour observer les alentours. Je viens ici souvent.
-Ah…
Il lui jeta un coup d'œil. Ce ton lui semblait bien triste…Il sentit alors son cœur se serrer. Le joli visage paraissait soudain ravagé par un mélange de déception, de douleur et de colère. Et Roméo eut l'impression d'être le pire des salopards.
-C'est vrai, tu me l'avais déjà dit, ajouta-t-elle avec un sourire.
-Mais…J'espérais bien te voir ! dit-il soudain avec une emphase qui trahissait son malaise. Tiens, tu l'as oublié la dernière fois.
-Oh, merci, fit-elle en récupérant son peigne qu'il lui tendait.
Bon, c'était le moment. Malgré cet horrible sentiment de culpabilité, Roméo se devait de continuer. Il avait tout ses gens derrière lui. Des gens qui souffraient depuis des années du joug des Capulet. Il devait le faire. Il était le seul à le pouvoir.
-Il est très joli, commença-t-il. Il est à toi ?
-Oui, fit-elle en hochant la tête. Un cadeau de ma mère.
-Je vois…Au fait…
Il se gratta la tête, prenant un air gêné alors qu'elle le dévisageait, intriguée.
-Tu ne m'as pas dit ton nom.
Son nom ? Il voulait son nom ? Oh la la ! Elle n'avait pas prévu ça ! Elle n'avait déjà même pas prévu de venir ! Mais quelque chose l'avait poussé. Elle s'était promis un peu plus tôt de ne plus être Juliette. Jamais. Mais quand elle s'était vue nue dans le miroir, elle avait repensé au lac…Et à cet inconnu. Cet inconnu qui avait trouvé Juliette belle. Peut-être que lui serait content de la revoir une dernière fois ? s'était-elle dite. Alors elle était venue à tire d'ailes. Et son cœur s'était gonflé en le voyant là. Même si ce n'était pas pour elle qu'il était revenu…Au moins elle pouvait le voir…Et être elle-même. Une toute dernière fois.
-Ce n'est pas grave si tu ne veux pas me le donner, déclara-t-il au bout de quelques secondes de silence pesant.
-No…non, ce n'est pas ça, balbutia-t-elle. Mais…
Elle se tut un instant alors que le regard émeraude la dévisageait encore. Ces yeux la rendaient nerveuse. Ils étaient aussi perçants que ceux de Tybalt…Mais d'une autre manière. Elle n'avait pas peur de ces yeux là. Non, pas peur du tout. Elle avait même envie de leur faire confiance. Faire confiance à un autre que son cousin. Etrange sentiment…
-Je m'appelle Viola, fit-elle avec un sourire en pensant au nom de sa petite servante.
-Cardenio, pour vous servir gente dame, fit Roméo en lui prenant la main pour la baiser et en s'inclinant profondément.
Elle éclata de rire. Pour la première fois depuis longtemps. Un sourire se dessina sur les lèvres du jeune homme alors qu'elle reprenait son souffle.
-Pourquoi ris-tu ? demanda-t-il.
-Tu m'as appelée « gente dame », expliqua-t-elle. Jamais encore on ne m'avait parlé comme ça !
-Ah bon ? s'étonna-t-il. Je te croyais de classe noble pour avoir un si joli peigne.
Le cœur de Juliette se serra à instant. De classe noble ?...Etait-ce pour cela qu'il… ?
-Non, je suis simplement fille de tailleur, déclara-t-elle, essayant de cacher son angoisse.
-Je vois…
Les secondes qui suivirent furent une véritable torture pour la jeune femme. Allait-il lui dire au revoir en la croyant d'extraction bourgeoise ? N'avait-il jamais été intéressé que par le profit qu'il aurait pu se faire d'elle ? Le sourire qui se dessina sur les lèvres du jeune homme dissipa toutes ses craintes.
-Tu mérites bien plus que de véritables nobles le titre de gente dame, crois moi, dit-il.
-Je…merci, souffla-t-elle, les joues étrangement chaudes.
-Mais de rien.
Ils restèrent un instant en silence et soudain, il l'entraîna dans une danse faisant lui-même la musique. Elle se mit à rire alors qu'il la faisait tourner.
-Qu'est-ce que te prends ? demanda-t-elle alors qu'il posait la main sur sa taille pour entamer une valse.
-Tu n'aimes pas danser ? osa-t-il, l'air soudain inquiet.
-Si mais…Pourquoi maintenant ?
-Je pensais aux nobles, fit-il d'un air songeur. Il parait qu'il y a un grand bal dans quelques jours…Organisé par les Capulet en personne.
Juliette cessa de sourire. Le bal…Si tôt?... Elle avait horreur de ça. Pourquoi ? Parce que jamais son père ne lui laissait y assister. Ou plutôt si. Debout en armure à ses côtés, pour être certain que si quelqu'un attente à sa vie, elle puisse offrir son cœur à la place du sien.
-Il parait qu'ils ont invité toute la ville haute…continuait Cardenio toujours dans la lune. Ton père doit être invité d'ailleurs, non ?
-O…Oui, je pense, répondit-elle, légèrement décontenancée.
-Tu vas y aller aussi alors…Veinarde !
Elle sourit, plus par contenance qu'autre chose. Veinarde ? Ah bon ? C'était bien la première fois qu'on lui disait ça…Il leur fit faire encore quelques pas supplémentaires, puis leva son visage vers le ciel.
-J'aurais aimé y aller moi aussi…Ne serait-ce que pour te voir dans ta robe de bal, ajouta-t-il en baissant les yeux pour la regarder.
De nouveau cette étrange chaleur aux joues et ce malaise. Elle ? … Une robe de bal ?...Et pourquoi pas après tout ? Cette année, elle allait avoir seize ans. Elle était une femme désormais. Finalement, elle mourrait d'envie d'être Juliette. Juste pour un soir au moins…Juste pour lui…Un soir de plus…
-D'accord, fit-elle avec un sourire.
-Hum ? s'étonna-t-il, légèrement perdu.
-On ira au bal ensemble.
Alors qu'elle disait ces mots, son cœur battait à tout rompre dans sa poitrine. Elle avait du mal à croire que c'était elle qui disait cela ! Elle, Juliette, entreprenante ! Que cela lui semblait étrange !
Cardenio la regardait sans comprendre. Elle se mit à rire :
-Je suis dedans et tu veux entrer. Rien de plus facile.
-Mais…Mais tu vas avoir des problèmes si…
-Ne t'inquiète pas, déclara-t-elle avec un sourire. Je suis une grande fille.
Un éclat passa dans les yeux verts et elle sentit les mains se resserrer autour de sa taille. Elle était toujours dans ses bras. Et son étrange frayeur de la veille la reprit.
-Je…je vais y aller, lâcha-t-elle en se dégageant.
-Ah…D'accord.
Elle ramassa son sac qu'elle avait lâché dans sa chute.
-A dix heures à la petite porte Est, dit-elle en déployant ses ailes.
Ce fut alors qu'elle sentit la main du jeune homme la retenir par le poignet. Elle se tourna vers lui pour rencontrer son regard vert, brillant comme l'émeraude.
-Pourquoi es-tu venue ce soir ? demanda-t-il alors.
Juliette n'hésita que quelques secondes. Elle sourit :
-Pour te voir.
Et sans attendre une réaction de sa part, elle décolla en flèche dans le ciel noir d'encre, le cœur battant, les joues en feu.
A suivre…
