Requiem pour un jumeau

Mouvement numéro 4

La nuit était tombée, déposant son voile sur la ville éteinte. La fenêtre était fermée. Le bruit de l'eau qui coulait pouvait se faire entendre, puis s'arrêta. Quelqu'un sortit de la cabine de douche, se sécha, soupira. Une serviette fut posée sur ses cheveux trempés, qui furent frictionnés vigoureusement. Un sourire. Comme au bon vieux temps. Ils s'enlacèrent, et se dirigèrent vers la chambre. L'un fut poussé dans le lit, l'autre se penchant sur son corps. Tous deux avaient besoin de se retrouver, de se découvrir de nouveau.

- Vergil…

Il murmura le prénom de son frère telle une prière, ne voulant pas qu'il disparaisse, comme toutes les autres fois, se perdant dans la ligne floue qui séparait le rêve de la réalité. S'agrippant le plus possible à lui, prenant des mèches blanches entre ses doigts, l'autre posée sur son épaule, il l'embrassait avec ferveur. Leurs cheveux encore trempés, l'un et l'autre se regardèrent dans les yeux, voyant leur parfait reflet, tel dans un miroir. Les gouttes d'eau coulèrent le long de leur cou, et une langue alla en happer une, retraçant la jugulaire. La peau sous elle se contracta, se tendit, et frémit. Descendant plus bas encore, laissant un sillon argenté, il érafla légèrement cette peau pâle avec ses dents.

- Tu ne partiras pas, hein ?

Aucune réponse alors que cette bouche continuait son parcours avec langueur, descendant toujours plus bas. Elle donna des coups de langue sur l'une des billes de chair, la faisant durcir sous son traitement, mordillant alors que le corps sous elle se cambrait, gémissait, lui massait le cuir chevelu comme pour l'inciter à continuer. Son frère s'y attarda encore un moment, avant de passer à l'autre, dont il lui fit subir exactement la même chose, bien qu'il mordit plus férocement dedans, faisant pousser un léger cri de surprise et un regard presque furieux. Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres alors qu'il remontait cueillir celles de Dante, l'entraînant dans une danse passionnée, mais se retirant rapidement.

Surpris, il sentit le goût métallique du sang se répandre dans sa bouche. Petite vengeance de son très cher petit frère qui avait eu la bonne idée de le mordre. S'humectant les lèvres, faisant disparaître le goût de ce liquide carmin de ses papilles, il n'était que plus excité par cela. Le sang attisait toujours ses sens, et c'était l'une des raisons pour laquelle il prenait un malin plaisir à faire couler celui de son frère.

Leurs corps collés ensemble, leurs peaux se frictionnant l'une contre l'autre, Dante s'agrippait avec un certain désespoir dans ses gestes, mais son frère ne dit rien pour une fois, ne le railla pas, ne ricana pas, ne se moqua point. Une main était posée sur sa hanche, la massant, alors que l'autre remontait le long de son flanc, lui arrachant des frémissements de plaisir. Subjugué, il se laissa totalement faire, et il était inutile de résister. Pourquoi faire ? Tous deux en avaient envie, et ce n'était certainement pas l'idée de commettre un tabou qui allait les arrêter. Il pouvait sentir sa pulsation cardiaque s'accélérer, alors que ses bras enlaçaient la nuque de l'être qui lui était le plus cher au monde. Il l'avait réalisé à présent, il l'avait toujours su au fond.

Il ne pouvait y en avoir un autre que lui.

Ses doigts parcouraient chaque parcelle de peau, enregistrant chaque courbe de son corps si magnifique et sublime à ses yeux. Certes, c'était le même que le sien, mais il était différent, et ne pouvait l'expliquer. Il pouvait manipuler ce corps à sa guise, tout comme il pouvait en manipuler l'esprit. Depuis toujours c'était lui le dominant, il ne laissait jamais son frère prendre le dessus. Ce n'était pas une question de fierté, ou peut-être un peu, mais c'était simplement car tout ceci était dans l'ordre des choses. Il lui caressa les cuisses, les faisant remonter alors qu'il faisait descendre sa bouche plus bas, et évita soudainement l'objet de ses désirs, pour déposer un baiser à l'intérieur de ses cuisses.

La peau sous ses lèvres tremblait. Il donna des coups de langues avec sensualité, puis mordilla la peau. Son frère produisait des bruits magnifiques à ses oreilles. Sa voix avait toujours été quelque chose qu'il appréciait. Dante était toujours bavard, et au lit, il était très vocal, le faisant pour deux, comme à son habitude. Les bruits qu'il émettait l'instant présent ne faisait que raviver le désir que lui éprouvait à son égard, et toujours avec sa langue, il caressa ses bourses, remontant le long de sa virilité pour en happer l'extrémité, jouant avec la fente présente à cet endroit.

Il gémissait, se contorsionnait, poussait ses hanches vers le haut. Mais celles-ci furent rapidement restreintes, une main posée sur chacune d'entre elles, les bloquant. Les yeux mi-clos, il regarda entre ses jambes pour voir son frère s'appliquer à la tâche. Ses doigts était crispés et agrippaient avec force les draps, alors qu'il écartait encore plus les jambes, l'invitant à continuer. Ses yeux étaient voilés par le désir. Il n'en pouvait déjà plus, et cela faisait déjà bien trop longtemps depuis leur dernière étreinte de ce genre. Son corps était en feu, sa respiration s'accéléra alors qu'il sentit une bouche finalement l'entourer, l'engouffrant totalement, avant de remonter et descendre, lui procurant des sensations affolantes.

Le rythme était lent, trop à son goût, mais il savait ce que Vergil attendait de lui, ce qu'il ne ferait pas, du moins pas tout de suite. Il résista, se mordant la lèvre inférieure alors que son dos se cambrait. Il était réellement bien trop doué pour son propre bien. Le regardant dans les yeux, il devenait impatient, frustré, voulait que le rythme soit plus rapide, mais ne céda pas, pas encore. Pas pour longtemps.

- Vergil… Plus vite… S'il te plaît.

Il avait refermé les yeux, mais devinait le sourire triomphant qui devait se dessiner sur les lèvres de son reflet. Vergil aimait toujours qu'on le supplie. Sa tête se rejeta en arrière alors que sa bouche entrouverte ne faisait que gémir plus fort, allant en crescendo. C'était incroyable. Il pouvait déjà se sentir venir, mais se retint, voulant faire perdurer ce moment. Combien de temps cela faisait-il qu'il n'avait ressenti autant de plaisir et d'excitation ?

Et puis, il ne put se retenir plus longtemps, et répandit sa semence dans un long cri, chacun de ses muscles se tendant sous la vague de plaisir qui brûla chacun de ses nerfs. Le souffle coupé, il pouvait sentir une langue taquine nettoyer ses régions inférieures et récupérer ce que la bouche aurait pu perdre. Le matelas crissa alors que son frère remontait pour l'embrasser férocement, lui faisait goûter au propre fruit de son pêché. Il répondit fébrilement, passant ses doigts dans la chevelure encore légèrement trempée de son jumeau, ne pouvant que frémir aux doux touchers qu'il lui procurait.

Il redescendit, redécouvrant encore ce corps tant convoité. Il pouvait se rappeler leur première fois. C'était lui qui l'avait forcé. Il s'était débattu, il l'avait presque assommé pour finalement prendre ce qui, après tout, lui revenait de droit : la virginité de son frère. Oui, il ne pouvait appartenir à autre que lui. Il était sien tout entier, corps comme esprit, et il le prenait entièrement, n'en laissant pas une miette. Relevant le bassin de Dante, il lui écarta plus les jambes de nouveau. Il était très flexible, ce qui était une bonne chose en soi. Sa langue alla titiller l'entrée de son intimité, l'humidifiant, le préparant. Il entendait son reflet lui demander d'aller plus loin, et il accéda à sa requête, l'enfonçant plus loin en lui.

Ceci fait, il humidifia lui-même deux de ses doigts, et remonta embrasser son frère, le parsemant de baisers, le dominant de toute sa hauteur. Ses doigts mouillés glissèrent sur sa peau, et arrivèrent devant cet anneau de chair. L'un d'eux s'y engouffra, et de son autre main, il caressa ce torse qui se cambrait. Hypnotisé par la manière dont chacun de ses muscles réagissait, Vergil l'enfonça plus loin, avant d'en insérer un deuxième. Il ne s'y prenait pas avec une extrême douceur, mais pas violemment non plus. Faisant un mouvement de ciseaux avec ses doigts, il massa les muscles intérieurs de son cher frère, cherchant le point sensible qui le ferait réellement crier de plaisir, qui lui ferait hurler son nom.

Ce qui ne tarda pas. L'embrassant une dernière fois, il retira ses doigts, et se plaça devant l'entrée de son intimité, redonnant un peu de vigueur à son propre membre un peu délaissé, le durcissant. Tous les deux se regardèrent dans les yeux, anxieux, alors qu'il entrait en lui d'un mouvement fluide, y allant jusqu'à la garde. Il serra les dents, ne laissant échapper aucun son, mais se sentant délicieusement bien à l'intérieur de lui. Il pouvait sentir ses muscles l'entourer, se contracter autour de sa virilité.

Tous deux s'étaient immobilisés. Seuls leurs respirations saccadées pouvaient être entendues. Et les premiers coups de reins se firent. Tout était fait avec douceur pour le moment, son frère entrant en lui toujours plus profondément. Il se sentait complet de nouveau, et l'empressa d'y aller plus vite et plus fort, lui parlant d'une voix enrouée de plaisir et rauque. Son frère fit comme demandé, et donnait de puissants coups, butant en lui, le pilonnant, mais c'était ainsi qu'il aimait coucher avec lui. Il tirait un certain plaisir d'avoir mal, même si toute douleur se dissipait à présent. Alors que sa prostate fut touchée, il crut voir une explosion d'étoiles derrière ses yeux, et il cria de plaisir à maintes reprises, ses jambes se croisant autour du bassin de son reflet.

Le rythme avait prit une rapidité déconcertante. Les mouvements devenaient frénétiques, les muscles se tendaient sous l'effort, et une fine pellicule de sueur se déposait sur leurs peaux. Une main alla chercher de nouveau sa virilité, et son plaisir doubla. Il enfonça ses ongles dans les épaules de son frère, l'afflux de sensations bien trop fortes pour lui, et il put sentir les siens s'enfoncer dans ses hanches, alors qu'il cherchait toujours à aller plus loin en lui. Son dos se cambra à s'en rompre les reins, alors qu'il se répandait sur leurs deux ventres dans un cri que tous purent entendre, même de dehors. Les va et vient continuèrent encore en lui.

Sentant les parois intérieures qui entouraient son sexe gorgé de plaisir, il ne fut pas long à venir à la suite de Dante. Donnant des derniers coups, il vint au plus profond de son intimité, sa bouche émettant un cri silencieux, avant de retomber sur le corps sous lui. Les yeux fermés, il tentait de reprendre son souffle. Cela avait été merveilleux, comme d'habitude. Des bras l'enlacèrent avec une certaine tendresse qu'il ne connaissait pas, ou bien qu'il avait ignoré jusqu'à présent. Il se retira avec douceur de son cher frère, et s'installa à ses côtés. Un baiser fut posé sur sa joue, et il passa un bras autour de lui, le prenant contre lui.

- Je te déteste pas, tu sais.

Un long sourire s'étirait sur les lèvres de Dante. Il embrassa plusieurs fois le cou de son jumeau, redescendant peu à peu sur terre. Tout cela était réel, n'est-ce pas ? Ce corps chaud contre le sien, ses yeux bleus qui le regardaient calmement, n'exprimant pas le moindre sentiment, mais n'était pas froid ni indifférent, ni cruels. Il toucha du bout des doigts la joue qu'il venait d'embrasser, avant de poser sa tête contre son torse, et de fermer les yeux, laissant le sommeil l'emporter.

- Moi, je t'aime vraiment. Plus que tout.

Le lendemain vint. Il se réveilla, les rayons de soleil emplissant la pièce. Se figeant, il ne voulut pas y croire. Tâtant le matelas, il remarqua que la place à ses côtés était vide, et se redressa soudainement. Pas encore, par pitié. C'était tout ce que son esprit pouvait dire pour le moment. Il bondit hors de son lit, enfilant une paire de boxer rapidement, et dévalant les escaliers trois à trois pour arriver dans la cuisine. Personne.

Paniquant, son cœur battant bien trop rapidement pour sa santé dans sa poitrine, il chercha son frère désespérément dans chaque pièce. Complètement dévasté, il s'assit sur le canapé, se prenant la tête entre les mains, alors que son corps était convulsé de soubresauts. Non, il ne pleurerait pas encore. Aucune trace de Vergil, pas même ses vêtements. L'avait-il quitté ? Hier était-il un rêve ? Ne pouvait-il accéder au bonheur ?

La porte d'entrée grinça, et il se retourna vivement. Là, au pas de sa porte, était son frère, habillé de sa longue veste bleue, un paquet dans les bras qui laissait échapper une douce odeur de petit-déjeuner. Il se précipita vers lui, sautant dans ses bras, manquant de le faire se renverser en arrière alors que lui, les yeux écarquillés d'incompréhension, l'accueillit.

- Ne me refais plus une telle frayeur, ou je vais te buter.

- …

FIN