5.

Hoby glissa le verre ballon d'un digestif dans la main de son aîné roux.

- De quel ennemi, voire au pluriel, ne nous as-tu pas informés durant cet hebdomadaire repas de famille ? Nous avons tous compris que tu ne nous disais pas l'entière vérité… Mais Sky et même Ery ont cru comprendre que ça me concernait et ils se sont retirés sans mot dire… Maintenant, Aldie, de quoi s'agit-il ? Qu'y a-t-il de plus que ces trois tarés en liberté tout à fait normale, puisque selon l'expression consacrée : ils ont payé leur dette à la société ?

- Ce n'est pas de ta faute, Hoby. Tu n'y es pour rien. Je préfèrerais ne rien en dire…

- Hors de question ! aboya le Président de Skendromme Industry. Je suis adulte depuis bien longtemps. J'avoue que cela fait des années que ton monde m'est inconnu, que je n'ai jamais voulu m'en mêler, que je ne l'ai jamais compris, mais nous sommes frères, Aldéran ! Et que je ne puisse rien pour toi, j'ai très bien compris que tu voulais me protéger… J'accepte le mal que tu pourrais me faire, à ton corps défendant, quelle est une de tes dernières infos concernant ces ennemis qui pourraient se rassembler contre toi, enfin dans l'optique où ils auraient entendu parler les uns des autres, ce qui est hautement improbable ! ?

Aldéran vida d'un trait sa liqueur.

- Aldie ! insista Hoby. Je déduis bel et bien que ça me concerne. Mais après toutes ces années, qu'est-ce qui pourrait donc me faire du mal ?

Aldéran tendit son verre pour qu'on le resserve, l'avala à nouveau cul sec. Il demeura encore silencieux, prenant un pied de chaise dans le boîtier à cigares près de lieu, l'enflammant avant de tirer quelques bouffées.

- Je croyais que tu ne fumais que ce qui étais illégal, se troubla Hoby.

- Oui, en temps ordinaires… Hoby, je vais te dire son nom : Nasylle Pok – bien que Pok fut un nom d'emprunt, c'était en réalité Darong.

Le cadet des Skendromme frémit.

- Nasylle, ma première, véritable, fiancée… Je l'aimais, elle se jouait de moi, elle a failli réussir à t'empoisonner ! Quel rapport ? Je le sais, elle est toujours au Pénitencier des femmes… A moins qu'elle n'ait été libérée anticipativement ?

- Non, tu aurais été prévenu, en tant que victime, tout comme je l'ai été pour Dorken, Kelog ou Myrhon…

Hoby secoua négativement la tête. Non, je n'avais été que son fiancé, et même si je vous l'avais présentée, cela n'a jamais été publié officiellement, encore heureux ! Je ne devais pas être assez important, ou plutôt, j'ai réalisé que je n'ai jamais été sa cible et donc je n'avais pas à être informé de quoi que ce soit… Aldie ?

- Effectivement, sa mère et elle sont toutes les deux encore dans les Pénitenciers de femmes, séparées, mais inutile de glisser que d'ordinateur à ordinateur… et il suffit d'un si simple programme de détournement des pare-feu… Tant de mes ennemis en liberté, par simple coïncidence, ça me semble bien néfaste… Pas pour moi, je doute qu'ils soient assez tarés que pour revenir chacun à leur tour, s'en prendre à moi – je ne suis plus ce rouquin toufou qu'ils ont connu – mais c'est pour vous tous que je me tracasse. Hoby, si Nasylle ou si sa Bonamme Uhaerté de mère t'avaient contacté, ou tâchaient de te joindre – sous le prétexte de se faire pardonner ou de faire croire qu'elles ont changé et veulent seulement s'excuser du passé, par exemples - promets-moi de me le faire savoir !

Hoby étreignit fortement l'épaule de son aîné roux.

- Aldie, ce serment, je me le suis fait depuis très longtemps, sans doute depuis que j'ai su sans aucun doute possible - dans la douleur, au point d'en vouloir à Sky qui avait découvert sa main meurtrière - qui était cette fiancée de mort de Nasylle… Je n'agis plus que jamais pour les miens, pour toi !

- Merci, Hoby. Mais, bien que j'aie la fâcheuse tendance de tout ramener à moi, agis uniquement pour les nôtres, moi je passerai en dernier, je saurai toujours me défendre.

- Oh que non ! Par contre, bien que je sois infinitésimal dans tous tes combats professionnels et surnaturels, je suis ton frère et je ne serai jamais que de ton côté. Je tâcherai de te protéger, à ma façon, et ce même si je ne peux que chaque année te faire remettre un chèque à neuf zéros pour ta participation aux bénéfices de Skendromme Industry.

Aldéran étreignit son plus jeune frère.

- Toi et moi évoluons dans tes univers diamétralement opposés, mais nous sommes frères comme tu viens de le marteler à plusieurs reprises. Voilà l'important et le ciment entre nous tous. Sois prudent, Hoby, et préviens-moi à la moindre info !

- Promis…

- Oui, Hoby, pourquoi ce temps de suspension ?

- Je ne suis pas tombé de la dernière pluie, j'ai toujours fait garder un œil sur Nasylle et Bonamme. Je vais relancer mes contacts afin de savoir si elles ont des contacts extérieurs non autorisés ou des visites suspectes. Je te tiens au courant, Aldie !

- Tu es roué, Hoby, sourit largement Aldéran.

- Et là, vu qu'Ayvi et tes gamins sont rentrés avec pour projet demain d'éreinter demain toutes les attractions de la nouvelle Grande Foire, je te retiens à dormir à la villa, tu n'es absolument pas en état de reprendre le volant !

- Je le peux, mais je ne saurais me permettre d'être arrêté et contrôlé, en effet. Je vais à ma chambre, Hoby, à demain.

Hoby lui sourit, le suivit du regard.

« Aldéran, je ne comprendrai jamais rien à toi, rien du tout – que ce soit qu'on me le rapporte, de façon naturelle ou non – mais j'ai aussi à veiller sur toi, à ma mesure ! ».

6.

La double porte du duplex refermée, Aldéran tendit l'oreille mais n'entendit absolument rien.

Il résista à lancer un « coucou », ce qui lui aurait permis de localiser son épouse, mais aurait aussi aidé à faire repérer et son instinct le mettait en garde.

Inquiet, et même plus, il tira son arme, en serra la crosse en un geste rassurant et un peu dérisoire.

Il passa soudain la langue sur ses lèvres sèches, esquissa un sourire et se détendit.

- Non, ce n'est pas vrai, vous n'avez pas fait ça… Dès lors, que ferez-donc pour mes cinquante ans ! ?

- Tu n'as pas idée ! gloussa alors Ayvanère en lui sautant au cou alors que toutes les lumières de l'appartement s'allumaient et que ses amis s'avançaient en applaudissant.

- Heu, mon anniversaire, ce sera dans dix jours !

- Oui, mais au cas où un nouveau jumeau, un Mécanoïde identique, serait là, vaut mieux que nous le fassions quand nous savons que c'est bien toi – au moins, je l'espère pour toi, Général, gloussa Kycham.

- Très drôle… Heureusement que depuis la ferraillerie, avec mes trois secrétaires, vous êtes tous tenus au secret, presque, professionnel et que même face à la Générale Elumaire, j'ai pu arguer quelques moments de relâchement pour justifier d'avoir fait sauter les réunions prévues et de n'avoir pas fait donner à certains dossiers le suivi attendu !

Jarvyl lui tapa sur l'épaule.

- Même si on le criait sur tous les toits, je doute que quiconque nous croie !

Soreyn rit à son tour.

- Avoue que tu l'as jouée finaude dans le genre bulldozer, Aldie ! gloussa-t-il. En t'exposant un maximum, tu t'es en fait protégé un max !

- Oui, on peut dire ça. A mon corps entièrement défendant, protesta néanmoins le grand rouquin balafré avec le plus grand sérieux, avant de pouffer également.

- Hum, ton corps n'est qu'à moi, tint néanmoins à préciser Ayvanère en glissant le bras autour de sa taille. Et cette nuit, je te voudrai tout à moi.

- C'est mon cadeau d'anniversaire avant l'heure ?

- Et j'ai fait les boutiques en ce but, releva-t-elle en lui caressant la joue du bout de son ongle verni et serti de brillants. Je peux aussi te dire que les garçons se sont cotisés pour ton cadeau.

- C'est aussi une surprise ?

- Je vais te le murmurer à l'oreille car il te faudra le porter le jour dudit anniversaire au Manoir avec tes frères et sœur !

Il sourit lorsqu'elle le lui énonça.

- Ben, et nous ? ! protestèrent ses trois Subordonnés.

Pour toute réponse, le grand rouquin balafré leur tira la langue.

- Ca, c'est très élégant et très mature, Général ! s'amusèrent-ils.


Myrhon Kendeler avait retrouvé son appartement, mais s'était découvert de nouveaux voisins qui ne semblaient guère au courant de son passé et l'avaient effectivement considéré comme un parfait inconnu et il avait alors prétexté une, très, longue mission à l'étranger pour justifier presque vingt ans d'absence !

Il avait déhoussé les meubles, avait noté qu'il aurait à changer son équipement électronique hors d'âge et avait posé l'ordinateur acheté peu avant sur la table du salon, dans l'attente des livreurs qui lui apporteraient de quoi remplir son frigo et ses armoires de linge.

« Heureusement que je n'ai jamais eu de grands besoins du temps de mon activité professionnelle. Mes comptes ont donc eu gentiment le temps de faire des intérêts et le programme automatique de placements a plutôt bien tourné. Je vais au moins pouvoir me réinstaller, à défaut d'avoir des projets immédiats… « .

Il eut un regard pour l'album photos téléchargé via un processeur externe vu le décalage de technologie entre les boîtiers de sauvegarde qui avaient sagement attendu dans les tiroirs de son bureau et le nouvel ordinateur.

« Tu n'es même pas venu me chercher à ma sortir, Kycham, toi le seul membre de ma famille encore existant dans cet Union ! Evidemment, le Bureau BN-24 de Mochan, ce n'est pas la porte à côté, et ma date de sortie imprécise jusqu'à il y a quelques jours, mais tu aurais quand même pu te manifester ! Est-ce qu'il va falloir que je me rende à Mochan pour qu'on renoue ? Après tout, toi et n'avons plus que l'autre au monde, ça compte quand même. Et tu es désormais le seul à pouvoir porter haut le nom de notre famille ! ».