Chapitre 4
Narcissa était une belle femme, superficielle mais avec un bon fond. Froide, parfois glaciale et méchante mais sachant faire preuve de gentillesse envers sa famille. Elle dégageait un sentiment de fragilité qui poussait Draco à vouloir la protéger bien qu'il sache que sa mère n'en avait vraiment pas besoin, sachant manier les mots pour arriver à ses fins. Sa mère était vraiment importante à ses yeux, beaucoup plus que son père, et il attachait beaucoup d'importance à la rendre fière de lui.
Durant toute son enfance, sa mère avait été la seule à lui donner un peu d'amour et de tendresse, encore plus depuis que la menace de Voldemort avait été complétement éradiquée. C'était elle qui lui avait permis de surmonter la sévérité de son père et sa froideur. Il l'aimait énormément et c'est pour ça qu'il ne voulait pas lui faire de peine en se montrant égoïste et en l'empêchant d'avoir les petits-enfants qu'elle rêvait d'avoir.
Il osait penser que sa mère ne soit pas vraiment homophobe, contrairement à son père. Simplement, comme tous les Sang-Pur, elle considérait l'homosexualité comme une chose proscrite. Car l'homosexualité mettait fin à des générations et des générations de sorciers au sang pur. Et mettre fin à une lignée de son plein gré n'était définitivement pas envisageable. La plupart des sorciers de Sang-Pur et homosexuel le cachait et vivait une vie normale, même si certains prenaient un amant et tentaient par tous les moyens de garder leur liaison secrète pour ne pas déshonorer leurs femmes.
Le monde magique en général acceptait plus ou moins bien l'homosexualité et si Draco n'avait pas été un Sang-Pur, peut-être qu'il se serait sentit moins mal d'aimer un homme. Un Sang-Pur avait des devoirs. Le plus important d'entre eux étant de perpétuer sa lignée et d'essayer autant que possible de ne pas la souiller en y incluant du sang impur. En fin de compte, être un Sang-Pur, c'était être enchaîné, c'était vivre dans les contraintes et le passé. Être un Sang-Pur, c'était renoncé à sa liberté...en quelque sorte.
Après la Grande Guerre, les mentalités avaient changé... Un peu. Et si les sorciers avaient admis qu'être un Sang-Pur ne donnait pas tous les droits, et encore moins ceux de mépriser les moldus ou les sorciers venant d'une famille de moldus. Le statut du sang était toujours quelque chose de fascinant, une sorte de privilège, un honneur. Une fierté, celle de dire que dans sa famille, il n'y avait eu que des sorciers, que la magie coulait dans leurs veines depuis la nuit des temps.
Il ne restait plus qu'une dizaine de « vrais » sorciers en Angleterre, ceux qui n'avaient jamais été souillé. Et la famille Malfoy en faisait partie. Ça leur donnait une sorte de prestige et d'influence malgré le nom quelque peu entaché par les actions de Lucius depuis presque une vingtaine d'années.
Draco était fier d'avoir le sang pur. Il ne pourrait tout simplement pas supporter d'être vu comme celui qui avait mis fin à tout ça, tous les sacrifices qu'avaient dû faire ses ancêtres pour que leur famille reste une famille pure, parce qu'il avait fait l'erreur de tomber amoureux d'une personne qui ne pourrait pas lui donner d'enfants, d'un homme. Surtout qu'à cela s'ajoutait la peur de perdre ses parents. Ses parents qui ne comprendraient pas et ne voudraient certainement pas comprendre son attirance pour un homme qui, il fallait le préciser, n'était même pas un Sang-Pur. Pour toutes ces raisons, il fallait qu'il oublie Harry Potter. Harry Potter qui, même si par un quelconque miracle lui rendaient ses sentiments, n'accepterait sûrement pas de n'être que l'amant, que celui qui devait rester cacher aux yeux de tous, tout en regardant Draco fonder une famille. Pour tout ça, et pour ne pas souffrir inutilement. Oublier son attirance pour Harry Potter était primordial.
Draco tourna son regard vers sa mère et prit doucement sa main, celle-ci lui souriant gentiment en retour.
Son père n'avait pas perdu plus de temps et était partit à la recherche de Potter, le laissant seul avec sa mère.
« Je ne comprends pas » souffla Draco pour lui-même, les yeux fixés sur la porte par laquelle son père venait de sortir.
« Qu'est-ce que tu ne comprends pas, Draco ? » demanda curieusement sa mère, assise élégamment sur sa chaise.
« Je ne comprends pas pourquoi Père cherche si ardemment à réparer son erreur » avoua Draco.
Il redoutait la confrontation entre le Sauveur et son père. Il ne savait absolument pas non plus quelle réponse il préfèrerait voir ressortir. Mais surtout, ce qui le préoccupait le plus, c'était de voir son père si impliqué dans cette histoire. De voir que Lucius cherchait à tout prix à le protéger et que pour ça, il était même prêt à le marier à un homme et pas n'importe lequel, puisque cet homme, son père le détestait autant que lui aurait dû le détester.
« C'est parce que ton père t'aime, voyons ! » s'exclama Narcissa.
Draco lui fit un sourire compatissant. Sa mère était folle amoureuse de son père depuis toujours. Peu importe les erreurs que son mari ferait, elle serait toujours de son côté pour l'encourager et le soutenir. Elle lui pardonnerait toujours et ne verrait, sûrement jusqu'à la fin de sa vie, que du bon en Lucius.
Sa mère n'était absolument pas objective quand cela concernait Lucius, et Draco savait que peu importe combien sa mère l'aimait et combien elle était prête à donner sa vie pour lui, son père passerait en premier. Quand bien même il ne l'a traite parfois qu'avec peu d'égard, la prenant pour une sotte ou un faire-valoir, selon son humeur, sa mère ne cesserait de l'aimer.
C'était assez déroutant, Draco avait toujours cru que ce qu'un parent chérissait d'abord son enfant comme une partie de lui-même, et non son conjoint.
Ses parents avaient eu droit à un mariage arrangé mais Draco aimait à croire que son père ait fini par lui aussi aimer sa mère, rien qu'un peu au moins. Lucius était tellement froid avec tout le monde, en particulier avec lui, que c'était difficile de savoir si son cœur fait de glace avait déjà fondu ne serait-ce qu'une fois dans sa vie.
« Père veut seulement un descendant » répliqua Draco, d'une voix lasse.
Il n'aimait pas dire ce genre de choses. Le penser était une chose mais le dire rendait cela beaucoup plus difficile à supporter.
« Si c'était le cas, il t'aurait marié à une Sang-Pur d'une banale union et t'aurait demandé de lui faire un enfant avant que l'incube ne vienne t'arracher à nous. Mais il ne l'a pas fait ! Et tu sais pourquoi ? » Rétorqua sèchement sa mère. « Parce qu'il t'aime. Ton père t'aime. Tu es son fils. Un fils dont il n'est pas forcément fier et souvent déçu mais tu es tout de même son fils, son seul et unique fils, Draco, » conclut-elle avec plus de douceur.
Draco eut un petit sursaut étrange de son cœur, en considérant la réponse de sa mère.
Peut-être qu'elle avait raison après tout. Peut-être que son père, malgré ses marques d'affections inexistantes et ses perpétuels regards froids, que son père l'aimait. Peut-être qu'il n'avait jamais appris à être autrement, à cause de son propre père qui, il le savait, avait été rude.
Une chaleur confortable prit place dans le corps de Draco.
Après tout, quand il était enfant, son père avait été aimant. Il jouait avec lui, lui souriait, le gâtait et le traitait comme un prince. Les rares souvenirs dont il se rappelait de cette époque avaient été chaleureux et remplis de joie.
Draco n'avait jamais su pourquoi son père avait changé subitement, laissant tomber son rôle de papa aimant pour celui du père froid, presque cruel, qui s'échinait à faire de lui un homme en lui faisant faire toute sortes d'épreuves plus horribles les unes que les autres alors qu'il n'avait que huit ans. Son père ne l'avait jamais plus regardé qu'avec condescendance, l'élevant à coup de punitions, d'exemples, de privations, de règles et de coutumes malfoyennes. Il ne l'avait jamais battu mais ses mots avaient été tout aussi violents.
« Tu penses qu'un jour, il finira par être fier de moi ? » demanda Draco, sans réel espoir de réponse positive.
«Quand toute cette histoire sera terminée, que tu te seras marié à une sorcière de Sang-Pur française parce que non, définitivement, Parkinson ne te mérite pas, puis que tu auras une fille, un garçon ou même les deux, que tu intégreras l'entreprise de ton père, que tu feras fructifier, ton père sera sûrement aussi fier de toi que moi je le suis déjà » répondit sa mère avec franchise.
Draco fut rassuré.
Ce n'était qu'une question de temps. Son avenir avait été réglé depuis longtemps malgré les quelques petits inconvénients qui se déroulaient actuellement, ça finirait certainement comme sa mère venait de l'énoncer. Peut-être qu'il passerait à côté de quelque chose de merveilleux en préférant sa vie réglée comme du papier à musique à l'inconnu, mais c'était beaucoup plus rassurant que de s'essayer à l'amour. Amour à sens unique de toute façon. Amour impossible.
Draco ferma les yeux, laissant sa mère lui caresser gentiment les cheveux, perdu dans ses pensées. C'était comme ça que ça devait se passer. Potter n'avait pas sa place dans sa vie...même si jusqu'à présent il en avait toujours fait en quelque sorte partie.
La porte de la salle de classe s'ouvrit sur son père triomphant, faisant sursauter les deux blonds.
« Alors ? » questionna sa mère en se levant de sa chaise, Draco faisant de même, inquiet.
« Il a bien évidement accepté » fit Lucius avec arrogance.
OoOoOoOoO
Ses parents ne s'étaient pas plus attardés à Poudlard et étaient retournés à leurs occupations. Draco, lui, était retourné en cours, les pensées embrouillées.
Il entendait le professeur Mcgonagall faire cours sans l'écouter. Son parchemin était vide de notes, des dessins sans queue ni tête comblant le vide. Blaise lui jetait de fréquents coups d'œil, légèrement inquiet. C'est vrai que ce n'était pas dans son habitude de ne pas suivre les cours mais le simple fait de se rendre compte que dans moins d'un mois, il serait marié à Potter, l'empêchait de réfléchir correctement.
Potter avait accepté.
Il ne comprenait pas comment c'était possible. Il ne savait pas ce qu'il devait ressentir, trop de sentiments contradictoire prenait d'assaut son cœur.
Il fallait qu'il est une discussion avec Potter d'abord, avant qu'il ne décide de ce qu'il devait ressentir par rapport à tout ça. C'était primordial, même s'il sentait ses mains devenir moites à la simple idée de voir Potter.
Le cours prit fin et l'héritier Malfoy reprit contact avec la réalité, incrédule. Il avait vraiment passé deux heures à se torturer l'esprit ? Apparemment, oui.
Il se tourna vers Blaise, qui discutait avec Théodore en rangeant ses affaires et les suivit, quelques pas derrière eux. Il faudrait qu'il demande à Blaise ses notes. Blaise. Il n'arrivait plus à penser à lui sans penser au baiser qu'ils avaient échangés, pensée qui l'amenait souvent à se demander comment ce serait avec Potter avant qu'il ne rougisse et décide de penser à autre chose. C'était vraiment fatiguant et énervant de toujours penser à Potter. Vraiment.
Draco se figea brièvement en entendant un groupe rire à quelques mètres devant lui, un peu plus loin devant ses amis, sur la droite. Un groupe de Griffondor qui venait sans doute de sortir de leur cours d'Étude des Moldus. Un groupe de Gryffondor composé d'Hermione Granger et Ron Weasley.
Le blond ne put s'empêcher de chercher du regard Harry Potter. Celui-ci était forcément non loin de ses deux amis. Et en effet, il le vit sortir de la salle de classe discutant avec Neville Longdubat tout en rejoignant son groupe d'inséparables amis.
A sa vue, il sentit son cœur battre beaucoup plus vite et fort qu'il ne le devrait. Potter était vraiment magnifique quand il souriait. Le brun était juste sublime depuis qu'il ne portait plus de lunettes. Bien que celles-ci lui donnaient un certain charme. Draco soupira en voyant Potter éclater de rire avec son ami la belette. Qu'est-ce qu'il ne donnerait pas pour être aussi proche de lui que l'étaient ses amis, pour avoir droit lui aussi au rire du brun.
« Draco tu compte rester planté longtemps dans le couloir ? »
C'était Millicent. Ses amis l'attendaient un peu plus loin, ayant remarqué qu'il ne les suivait plus.
Potter releva la tête et Draco croisa son regard un bref instant avant de détourner le regard, sentant ses joues chauffer. Le regard fixé sur pieds, il se maudit d'être autant affecté par les faits et gestes du Sauveur et se hâta de rattraper ses amis qui n'avaient rien remarqué de son manège.
A quelques pas d'eux, il changea finalement d'avis. Il devait parler à Potter de toute façon, alors autant le faire tout de suite pour s'en débarrasser.
« Désolé, je dois faire quelque chose, je vous rejoins dans deux minutes » expliqua-t-il à l'intention de Blaise.
Puis il les dépassa sans attendre de réponse et tenta de rattraper le groupe de Gryffondor, qui se dirigeait vers un cours de Potion, s'il avait bien mémorisé leur emploi du temps. Chose qui ne lui servait à rien mais qu'il avait pris le temps de faire, comme chaque année.
« Potter » héla-t-il, une fois que le Gryffondor ne fut qu'à quelques mètres.
Le brun se retourna vers lui et Draco eut envie de fuir à toute jambe, tétanisé. Il fallait qu'il arrête d'être aussi impressionnable. Il n'arrivait même pas à croire que dans le passé, il arrivait à se dresser contre le brun. Ça lui paraissait tellement impossible maintenant.
Ignorant les regards surpris des personnes aux alentours, il se rapprocha du Sauveur.
« Il faut qu'on parle » reprit-il d'une voix ferme.
Il ne le regardait pas dans les yeux, préférant laisser son regard errer sur son épaule.
« Je t'écoute » répondit simplement le brun.
Draco souffla, agacé.
« Pas ici, abruti, en privé ! » précisa-t-il d'un ton glacial.
Les bonnes habitudes avaient la vie dure.
« Tu crois vraiment que... » Commença le rouquin, mais Harry le coupa.
« Très bien, je te suis. »
Draco releva légèrement la tête. Potter semblait juste... Curieux. Ses amis passèrent près de lui, lui lançant des regards clairement surpris, mais il les ignora et fit demi-tour, Potter le suivant docilement après avoir rassuré ses propres amis.
Quand ils furent assez éloignés des autres Gryffondor et que Draco fut certain qu'aucun élève n'épierait leur conversation, il se lança.
« Qu'est-ce que mon père a promis de te donner en échange ? » demanda de but en blanc Draco, ne pouvant s'empêcher de le regarder dans les yeux quand bien même le regard vert de Potter rendait ses joues rosées.
« De quoi est-ce que tu parles ? »
« Pourquoi as-tu accepté de te... » Il prit la couleur d'un coquelicot et se racla la gorge. « De te marier avec moi » marmonna-t-il. « Qu'est-ce que mon père t'a promis pour que tu aies l'idiotie d'accepter ? »
Potter fronça les sourcils.
« Je ne trouve pas idiot le fait de t'empêcher de te faire violer par un incube » répliqua-t-il.
Draco fronça à son tour les sourcils. « Arrête, je sais très bien que tu me détestes et que ce qui peut m'arriver t'est bien égal, » remarqua le blond amèrement. « Quoique mon père ait pu te promettre en échange, tu ne devrais pas lui faire confiance. C'est un menteur et un manipulateur. »
Le Brun soupira. « Ton père ne m'a rien offert en échange, il m'a expliqué les faits et j'ai accepté. Point. »
Draco fut décontenancé un instant mais reprit, blessé. « Je ne veux pas de ta pitié Potter » dit-il froidement.
« Ce n'est pas de la pitié, Malfoy » répondit le brun.
Il semblait exaspéré.
« Alors pourquoi t'as accepté ! Je ne comprends pas ! »
« Contrairement à ce que tu sembles croire, je ne te déteste pas... Plus, Malfoy. Okay ? Et puis, de toute façon, c'est un mariage bidon, si j'ai juste à me marier temporairement avec toi pour t'éviter un mariage forcé avec un incube ça ne me dérange pas. »
Draco sentit, étrangement, une bouffée de joie et d'affection l'envahir à ces mots. Il croisa les bras sur sa poitrine pour reprendre contenance.
« Et puis je suis le Sauveur, t'as oublié ? Je sauve tout le monde » rajouta-t-il avec un sourire amusé.
Il y eut un silence. Draco hésita à lui faire part de ce qu'il pensait, puis, finalement, céda.
« Tu as changé » constata-t-il.
« Ah oui ? »
Draco hocha la tête. Le brun semblait plus serein, plus calme et réfléchi, il n'avait même pas l'air de vouloir insulter son pire ennemi alors qu'il en avait l'occasion.
Le brun s'appuya contre le mur et regarda un instant les élèves passer à côté de lui, ceux-ci les observant curieusement.
« Tout le monde change après une guerre, toi aussi tu as changé, tu montres plus souvent tes émotions. »
« Pourquoi est-ce que tu dis que tu ne me détestes pas ? » dévia Draco, mal-à-l'aise « On s'est toujours détesté, tu ne peux pas simplement décider, comme ça, que ce n'est plus le cas. Je suis ton pire ennemi après tout. »
Harry le scruta un long moment avant de répondre, une main massant sa nuque.
« On a arrêté de se battre l'année dernière, je ne vois pas pourquoi on reprendrait maintenant. »
« C'était différent on était en guerre ! » s'exclama Draco.
« Comme tu le dit, on était en guerre, je n'ai plus envie de me battre. Ça ne m'intéresse pas, et puis tu n'es pas mon pire ennemi. C'était Voldemort. Toi tu es juste l'élève le plus détestable de Poudlard. »
Le blond fit de son mieux pour ne pas afficher son désarroi.
« Donc tu me détestes ? »
« Non, je te l'ai dit tu as changé, tu es même venu de toi-même rejoindre l'Ordre du Phœnix, t'as un bon fond même si tu fais tout pour prouver le contraire. »
Harry avait tourné son regard vers Draco et celui-ci s'était laissé emporter par l'intensité de ses yeux verts avant de se reprendre, tentant de retrouver le fil de la discussion.
« Alors c'est tout ? La guerre Gryffondor/Serpentard est terminée ? » Questionna Draco, défait.
Si Potter lui enlevait ça, alors il n'aurait plus rien. La petite guerre qu'il avait entretenue pendant sept ans était tout ce qui le liait vraiment à Potter. Si le Gryffondor n'en voulait plus, Draco n'aurait plus aucune raison de l'approcher quand l'histoire du mariage et de l'incube serait finie.
« Tu peux continuer ton petit jeu si tu en as envie mais ce sera sans moi » régla le brun d'un ton sans appel.
Il semblait irrité par la tournure de la discussion.
« Alors je vais juste devenir Draco Malfoy, un simple élève de Poudlard agaçant à tes yeux ? » murmura-t-il si bas qu'il espéra que le brun ne l'ait pas entendu.
Le brun sembla alors sur le point de partir mais Draco le retint et posa une main sur son bras tout de même inquiet.
« L'incube cherchera certainement à prendre ta vie, » murmura-t-il. « Tu devrais peut-être y réfléchir plus sérieusement. »
Et voilà, il venait peut-être de mettre fin à sa dernière chance de se rapprocher de Potter. Mais il ne pouvait pas simplement envoyer celui-ci à l'abattoir. Il se sacrifiait au nom de l'amour. Le blond eut un petit sourire satisfait. Il avait au moins fait quelque chose de bien dans sa vie.
« Tu t'inquiètes pour moi ? » demanda le brun d'une voix égale.
Draco lâcha son bras et se recula, comme brûlé.
« Quoi ? Non ! Bien sûr que non » bafouilla-t-il « Je mets juste toutes les informations entre tes mains. »
« Hum... » Répondit simplement le brun, le regard verrouillé à celui de Draco, scrutateur.
Draco détourna les yeux.
Le silence s'étira un moment. Est-ce qu'il avait dit une bêtise ? Potter ne disait rien, c'était flippant.
« Mon père ne t'a vraiment rien offert en échange ? » reprit Draco pour casser le silence du brun.
« De toute façon, je ne porte aucune confiance aux dires de ton père, » haussa-t-il les épaules. « Si tu n'as rien d'autre à me dire, je vais retourner en cours. »
Le blond le regard faire quelque pas, impuissant. Il aurait voulu que sa discussion avec le brun dure plus longtemps. Mais c'était mieux ainsi, peu importe ce qu'il ressentait, il fallait de toute façon que ses sentiments prennent fin et ce n'était pas en se rapprochant du brun qu'il arrêterait de l'aimer.
« Merci » murmura faiblement Draco. Après tout, même en sachant qu'il se mettait en danger, le brun ne semblait pas vouloir revenir sur sa parole.
Potter se retourna et lui sourit brièvement.
Le blond écarquilla les yeux et rougit, il aurait dû parler plus doucement.
« Tu rougis vraiment beaucoup, en ce moment. » constata le brun.
Draco piqua un fard et fronça les sourcils. « Je ne rougis pas ! » émit-il gêné.
Le brun pouffa et Draco eut un sourire plein d'affection qu'il tenta de réprimer.
« Je pense qu'on pourrait devenir de bons amis en fin de compte, tous les deux. » dit le brun en continuant son chemin.
Quand l'impact des paroles du Sauveur finit par atteindre son cerveau, Draco était seul dans le couloir.
Un sourire lumineux étira ses lèvres.
OoOoOoO
« Dray arrête de sourire comme ça... C'est perturbant. » Déclara Blaise en s'asseyant près de lui.
« Je ne souris pas » grogna Draco en regardant les plats sur la table, ne sachant pas lequel choisir.
Depuis sa discussion avec Potter, il était sur un petit nuage. Il savait que ça devait paraître suspect de le voir aussi joyeux après une confrontation avec Potter, mais il ne pouvait s'en empêcher. Potter ne le détestait pas et voulait devenir son ami. C'était plus qu'il n'aurait jamais pu l'espérer. Et peut-être qu'une fois le mariage célébré, ils se rapprocheraient petit à petit et que... Le sourire lumineux de Draco se fana pour de bon.
Qu'es-ce qu'il racontait ? Il ne devait PAS se rapprocher de Potter. Il ne fallait pas qu'il oublie ses parents. Ses parents qui n'accepteraient jamais qu'il ait une relation avec un homme, et encore moins avec Potter. Il fallait qu'il se rentre ça dans la tête une bonne fois pour toute et qu'il arrête de se bercer d'illusions.
Toutes ces pensées lui donnaient mal à la tête. S'il pouvait juste arrêter de réfléchir, et mettre son cerveau en pause ne serait-ce que dix minutes !
Il soupira et Blaise arrêta de manger un instant pour le questionner du regard. Draco lui sourit et le Black retourna à son assiette.
Les chouettes interrompirent le repas du midi, apportant le courrier.
Son hibou grand-duc au pelage entièrement noir voleta un moment au-dessus de lui, portant un paquet entre ses pattes. L'héritier Malfoy tendit ses mains et rattrapa le paquet, curieux. Il était emballé avec du papier cadeau bleu marine, une lettre accroché au coin du paquet. Draco l'a lue, sceptique.
« Parce-que tu ne mérites rien de mieux. »
« Un admirateur secret ? » s'informa Pansy, jalouse.
« Sûrement » Répondit distraitement le blond.
Blaise lit la lettre que lui tendit le blond, amusé et se servit un verre de jus, habitué.
Draco ouvrit le paquet et un large sourire prit place sur son visage. Il avait entre ses mains une boite de chocolat. Ses préférés. Ouvrant le paquet, il voulut en prendre un quand quelqu'un posté derrière lui, lui retira la boite des mains.
Furieux, il se retourna mais sa diatribe s'évanouit quand il reconnut Potter.
« On peut savoir ce qui te prend ? » s'exclama Théo, contrarié.
Le blond le regarda, surpris, c'était rare de le voir ouvrir la bouche. Peut-être qu'il aimait aussi ces fameux chocolats autant que lui.
« Simple vérification. » fit Potter d'un ton froid.
Le brun lança un sort sur la boite et fronça les sourcils. « Tu devrais vérifier les cadeaux que tu reçois Malfoy. Ces chocolats étaient empoisonnés, » expliqua le brun en se dirigeant vers la table des professeurs.
Le blond suivit du regard Potter, bouche bée. On avait essayé de l'empoisonner et Potter l'avait sauvé ?
Il plissa les yeux, comment pouvait-il être au courant d'abord ? La guerre était finie, il n'y avait plus vraiment besoin d'être autant sur ses gardes. Blaise mit une main sur son dos, voulant certainement le rassurer. Il le laissa faire, même si le fait de savoir qu'il avait peut-être échappé à la mort ne l'avait pas vraiment ébranlé. Pendant la guerre, il s'était attendu à tout instant à perdre la vie, quand il avait changé de camp. Et puis son parrain était dans la Grande Salle, il pouvait compter sur lui, quand ça concernait les poisons.
Ce qui l'intriguait, c'est que Potter soit venu jusqu'à sa table pour lui prendre la boite de chocolat des mains. Il devait sûrement le surveiller et le fait de le savoir et surtout de se rendre compte que sa santé importait au brun le rendait un peu euphorique.
« Théo, il s'est passé quelque chose entre Potter et toi ? » demanda Pansy.
Draco retourna son attention à ses amis.
« Je ne l'aime pas et il ne m'aime pas, c'est tout. » expliqua le blond en grinçant des dents, puis il continua à manger, n'accordant plus son attention à ce qu'il se passait autour de lui.
« En tout cas, c'était bien vu de la part de Potter sur ce coup, même si je ne comprends pas ce qui l'a poussé à vérifier, tu reçois tout le temps des cadeaux après tout » lança Millicent.
Draco haussa les épaules en se servant enfin dans les plats. Au moins il était sûr que la nourriture de Poudlard avait été vérifiée.
Mais, vraiment. Potter ne devrait pas attirer l'attention sur lui comme ça, les gens commenceraient à se demander ce qu'il se passait entre les deux princes de Poudlard. Et ça, ce serait vraiment problématique. Et puis de toute façon, il fallait que le brun arrête ce genre de truc à l'avenir, son cœur ne le supporterait pas. Il ne devait PAS se rapprocher, tous les deux. Et encore moins, plus l'aimer qu'il ne l'aimait déjà.
Draco massa un instant ses tempes, les quelques semaines suivant leur faux mariage seraient à coup sûr éprouvantes, il le sentait.
« Il y a quelque chose entre Potter et toi ? »
Draco piqua un fard et leva son regard vers Emrys qui venait d'arriver à leur table, les sourcils froncés.
« Qu'est-ce que tu racontes ? » s'exclama Draco, paniqué. Ses amis le regardèrent, intéressés par la réponse. Jusqu'à présent, aucun d'eux n'avait osé lui en faire la remarque.
« Ce matin déjà, vous êtes resté longtemps à discuter et puis là, il ne te quitte pas des yeux et t'empêche de te faire empoisonner. Je croyais que vous vous détestiez ? L'année dernière vous ne vous adressiez même pas la parole ! » Décrit Emrys, qui semblait contrarié.
Draco fronça les sourcils, agacé. Il faisait ce qu'il voulait, il ne voyait pas en quoi ça concernait Emrys. Toutefois, c'était une bonne occasion pour mettre les choses à plat. Toute la Grande Salle semblait suivre leur discussion.
« Potter et moi avons décidé d'essayer d'être amis » mentit à demi, Draco.
Il jeta un coup d'œil au brun, celui-ci était toujours en train de parler avec Dumbledore, la boite de chocolat entre eux.
De toute façon, avec le mariage, ils seraient amenés à passer du temps ensemble, alors autant essayé de trouver une excuse tout de suite.
Emrys s'installa en face de lui, entre Millicent et Pansy. La Grande Salle avait repris son brouhaha habituel
« Oh » fit Emrys, semblant soulagé. « Désolé, c'est juste que Harry n'a toujours pas donné sa réponse, et je suis un peu nerveux. »
« Une réponse à propos de quoi ? » demanda Blaise, intéressé.
Emrys rougit et l'intérêt de ses amis augmenta.
« Je me suis déclaré, mais on a été coupé et il ne m'a toujours pas donné sa réponse. »
« Potter n'est pas gay. » répliqua précipitamment Draco, son cœur s'emballant « Il sort avec la belette femelle. »
« Je ne sais pas. » répondit honnêtement Emrys. « Mais en tout cas, entre lui et Ginny ça fait un moment que c'est fini. »
Draco tenta de ne rien laisser transparaître.
Après tout, ça ne le regardait pas, ce que Potter faisait. Ça ne le regardait en rien du tout. Mais...alors pourquoi savoir que Potter allait peut-être sortir avec son deuxième meilleur ami faisait aussi mal ? Pourquoi est-ce qu'il avait envie de pleurer ? Potter faisait ce qu'il voulait après tout. Ça ne le concernait pas.
Il avait mal au cœur.
Il n'avait jamais expérimenté ce genre de douleur quand Potter sortait avec Ginny. Après tout, Potter et la belette femelle, c'était comme un plus un égal un. Ça coulait de source, alors quoi ?
Parce que peut-être le Sauveur allait-il faire son coming-out avec son meilleur ami, il devait se sentir comme si on lui arrachait le cœur ?
Ça n'avait aucun sens.
Potter faisait ce qu'il voulait que ça soit avec une fille...ou un garçon.
Mais Emrys était un Sang-Pur lui aussi, alors pourquoi il affichait son envie de sortir avec un garçon aussi ouvertement ?
Il ne comprenait pas.
Il ne comprenait pas et il se sentait mal.
Ça n'avait aucun sens de se sentir comme si Emrys l'avait trahi.
De toute façon, il allait arrêter d'aimer Harry Potter très bientôt, alors il pouvait faire ce qu'il voulait.
Ça ne le concernait pas.
Mais même s'il se répétait cette phrase, il avait quand même une stupide envie de pleurer alors que Potter ne sortait même pas encore et ne sortirait peut-être jamais avec Emrys !
Il sentit la main de Blaise prendre la sienne sous la table et ça le réconforta... Un peu.
A suivre...
RECORRECTION PAR : Nanou44 (Le 20/03/16)
