Salut tout le monde ! Eh me revoilà ! Désolé pour l'attente, j'espère que ce chapitre vous plaira ! Merci à tous pour vos reviews !


Oh brother I can't, I can't get through
I've been trying hard to reach you, cause I don't know what to do...

/

Oh mon frère je ne peux pas, Je ne peux pas m'en sortir

J'ai tenté désespérément de t'atteindre parce que je ne sais pas quoi faire...


Ce n'était pas la première fois qu'ils se rencontraient dans un endroit autre que le poste de police. Mais il y avait quelque chose de changé cette fois, huit ans avaient passé depuis qu'ils s'étaient rencontrés et tous deux n'étaient de loin plus ce qu'ils représentaient par le passé. Les rétines de Sherlock s'accrochèrent momentanément aux paysages alentours. Une enfant jouait avec un petit garçon qu'il supposait être son frère. Leurs visages lisses et juvéniles étaient beaux à contempler, leurs muscles, chaque cellule composant leurs êtres à tous deux, irradiait une allégresse inouïe, d'une pureté aussi ravissante que périssable et sûrement se dégradait-elle déjà. Le parc était traversé de leurs cris de joie, ils couraient énergiquement, sans peur ni soucis. Il eût réellement fallu, aussi bête soit cette pensée, que l'enfance durât éternellement. L'érudit aurait volontiers, si cela était en mesure de changer l'état actuel des choses, prié pour qu'il en soit ainsi. Emporté par le charme de ses songes, il manqua de sursauter lorsque Gregory reprit de sa voix fatiguée :

« Sebastian Moran est, si j'ose dire, la star du milieu criminel. Une vedette internationale dont on ne peut avoir aucun autographe. »

« Je n'avais encore jamais entendu parler de lui. » S'étonna le génie avec parcimonie.

« Rien de moins surprenant. Il n'y a rien à dire à son sujet. Casier vierge, le saint des saints. Officiellement en tout cas. Cet homme… je ne saurais vous parler de lui sans proférer d'inepties. Mais cet homme-là est démoniaque, il n'y a pas d'autre mot. Un tireur d'élite formidable, du jamais vu. Il vous dégomme une cervelle à plus de 2' 475 mètres, ce qui est le record mondial effectué en Afghanistan par un de nos compatriotes. Rigoureux, minutieux et sans états d'âmes. Les services secrets ont une liste longue comme le bras de toutes les personnes haut placées qu'il aurait prétendument abattues, ceci n'incluant donc pas les braves gens du commun des mortels... Il ne laisse jamais la moindre trace de son passage. Un fantôme parmi les hommes. »

Le scientifique posa un regard dubitatif sur son interlocuteur, questionnant :

« Comment peut-on lui attribuer un crime lorsqu'aucune preuve n'atteste de sa présence sur les lieux ? »

« La distance Sherlock. Un temps de vol de six secondes, une victime située à 2'815 mètres dont la tête s'ouvre comme une fleur au printemps. Il n'y a sur terre, qu'un seul homme à même d'accomplir un tel exploit et c'est un criminel. »

Le vent lécha délicatement le visage grave de l'inspecteur, recoiffant les mèches grisâtres emmêlées sur son crâne, le frère trébucha et tomba dans la neige vite suivi par sa sœur qui en perdit son bonnet. Étonnés, ils se consultèrent en silence avant d'éclater d'un rire clair et compulsif, couvés par le regard attentif du consultant.

« Il était des nôtres n'est-ce pas ? » Souffla indifféremment celui-ci.

« Un de nos meilleurs éléments. L'armée anglaise lui doit la vie de plusieurs de ses soldats et vous pouvez me croire, Moran en a sauvé plus d'un. C'était un homme posé, droit, d'une bravoure que l'on vanterait encore aujourd'hui s'il n'avait pas si mal fini. » Confirma Gregory, réchauffant ses mains de son haleine rendue brumeuse par la température.

« Que s'est-il produit pour qu'il retourne sa veste ? »

« Dieu sait. Il a déposé sa démission un beau matin, il y a cinq ans de cela sauf erreur. Peu de temps après, les crânes se sont mis à éclore. »

Le détective claqua sèchement la langue, cela n'était pas logique. Il manquait quelque chose, Lestrade devait omettre un détail.

« Vous me dites qu'il était exemplaire pourtant, cela ne vous a pas empêché de le soupçonner. La distance ne peut être le seul motif de vos doutes, un autre prodige aurait pu opérer à sa place donc il y a forcément quelque chose. Qu'est-il advenu de son dossier ? Des enquêtes ouvertes lors des premières exécutions ? » S'enquit-il alors, détournant son attention pour la recentrer sur le plus âgé.

Le quadragénaire lui présenta une grimace éloquente comme il confiait :

« C'est là que l'histoire prend une tournure funeste. Je n'étais pas chargé de l'enquête à l'époque mais de ce que j'ai entendu dire, un dossier fut créé dès les premiers crimes, il y eût une enquête approfondie et je ne saurais dire si nous avions des preuves de sa culpabilité ou si nous nous approchions de quelques résultats positifs mais l'entier du dossier disparut en un claquement de doigt. Des mois d'enquête volatilisés dans les airs, remplacés par les initiales ''J.M''. Autant vous dire que cela a soulevé une agitation désastreuse. Dans toute l'histoire de la police, on n'avait vu une telle chose que lorsque nous avions affaire à des taupes. Aussi, plutôt que d'agir posément, tout le monde s'est mis en tête de débusquer ''la taupe'', sans succès. L'affaire fut suspendue. »

Devant la mimique désapprobatrice de son protégé, il ajouta :

« Oui je sais, ''lamentable''. »

« Aucun indice quant à l'identité éventuelle de J.M ? »

« Pas le moindre. »

« Je devrais pouvoir arranger ça. Je suppose que l'affaire est suspendue pour la police mais pas pour les services secrets ? » Questionna le génie, remettant de l'ordre dans ses vêtements, prêt à clôturer définitivement la conversation.

« Tout juste. Que comptez-vous faire? » Questionna l'inspecteur alors qu'en arrière-plan, une jeune femme aux traits tirés venait à l'encontre des deux enfants ébouriffés, les joues rouges, la récréation était terminée.

« Quelqu'un me doit un fier service, sûrement pourra-t-il nous renseigner. » Avoua le brun, sur le départ lui aussi.

« Le témoin n'a pas d'autre information ? »

Sherlock cessa tout mouvement, son masque d'indifférence frémissant imperceptiblement alors qu'il lâchait :

« Je crains qu'il ne faille plus rien attendre de lui. »

« Que voulez-vous dire ? »

« Je n'ai pas eu son témoignage d'une manière très… juste et je doute qu'il veuille à nouveau s'entretenir avec moi. »

L'inspecteur acquiesça pensivement, déclarant, sincèrement accablé :

« J'en suis profondément navré. »

« Je ne l'ai pas fait parce que vous me l'avez demandé. Des vies sont en jeu. » Siffla sèchement le plus jeune.

« En huit ans, c'était la première fois que je vous voyais vous ''entendre'' avec un tiers. Croyez-moi, cela aurait bien valu quelques vies. » Confia Gregory, songeur.

« Vous êtes fou. » Souffla le détective, abasourdi.

« Ma foi, il faut l'être un peu pour faire ce boulot ! » Rit joyeusement Lestrade, son rire rauque et torturé arrachant un maigre sourire à son protégé.

« Au revoir inspecteur. » Salua le scientifique comme il délaissait d'un mouvement leste, le banc qu'il partageait avec le quadragénaire.

« Au revoir Sherlock. »

Lestrade demeura assis longtemps après le départ de l'érudit. Les yeux baissés sur ses chaussures enfouies dans la fragile membrane de neige à ses pieds. Le vent courait au-dessus de son crâne et le parc était à présent vide de toute forme de vie, pourtant il restait assis, ne pouvant se résoudre à rentrer chez lui. Avait-il encore un ''chez lui'' ? Un carré de terre peut-il, ne serait-ce qu'appartenir à un homme ? Cette terre qui est à tous mais porte le nom d'untel avant que l'on ne le glisse entre les quatre parois crevassées d'une autre terre et que son bien, son petit chez-lui, soit redistribué. L'inspecteur songeait à cela avec insouciance, car il s'agissait là d'une des habitudes ordinaires de la vie en société. La seule chose qu'il regrettait douloureusement, dont il sentait l'amertume au cours de ses repas solitaires et la froideur dans sa couche une fois la nuit tombée, était d'avoir à parcourir son logis seul, d'oublier peu à peu, bien malgré lui, la quintessence des souvenirs attachés à chaque pièce, la façon dont ses murs recevaient et faisaient ricocher les rires véritables. Transi de froid, il se décida finalement à rentrer chez lui. La neige gémissait sous ses pas, l'échine courbée, les yeux égarés, il parcourait les rues, les avenues dansant sous ses rétines se mêlant à ses souvenirs et plutôt que de les voir telles qu'elles étaient, envahies d'une ombre bleuâtre, repoussantes et impersonnelles, il progressait dans l'image qu'il conservait d'elles. Celle d'autrefois, lorsqu'il lui semblait être heureux.


XXX


Les flocons de neige tournoyaient dans l'air, effervescents, les viles caresses d'un vent terrible s'emparant d'eux avec dureté, les nichant au creux des revers de ses robes, avant de s'élever gracieux et impérieux au-dessus du monde, bien au-delà des autres éléments, de chaque misérable vie. Les corps ployaient sous ses gifles, les arbres le saluaient respectueusement, se courbant à l'extrême avec crainte et dévotion et ainsi régnait-il sur Londres cet après-midi de décembre, les hommes s'abritant avec frénésie, les rues se vidant avec une rapidité légitime et lui virevoltant à sa guise au cœur des rues désertées sous les yeux de ses martyrs réfugiés dans leurs logis, sous le regard égaré de Sherlock Holmes.

Le génie était las, il lui semblait être plus fatigué que de raison alors même qu'aujourd'hui, il n'avait rien fait de particulier. Et peut-être était-ce là la cause de son épuisement. Avec une grimace de dégoût pour les mystères insensés des choses de la vie, il prit place devant son ordinateur portable, songeant vaguement aux affections de son grand frère. Mycroft aimait la nourriture, toutes sortes de nourriture. Il affectionnait particulièrement cette aberration qui consiste à assaisonner des plats salés de quelques friandises ou autres mixtures glucosées. Toutefois, outre son attachement malsain pour les aliments, Mycroft appréciait une multitude de choses, cette ''multitude'' pouvant se compter sur les doigts d'une main. La listes des choses détestées par le roux était bien plus longue mais n'aiderait en rien le détective. Voguant sur la session privée des navigateurs privilégiés et ''secrets'' des services secrets anglais (quelle absurdité que de sacrer la moindre sottise ''secrète''), il entra l'identifiant de son frère et tapota pensivement les touches à la recherche d'un mot de passe éventuel. Il lui aurait été aisé de pirater le site tout entier toutefois, c'était là une tâche complexe qu'il ne se sentait ni l'humeur, ni le zèle d'effectuer. Aussi vagabonda-t-il au cœur de ses souvenirs d'enfance, sachant que le mot de passe ne pouvait être attaché qu'à cette période car Mycroft paraissait moins obèse et plus heureux à cette époque révolue de sa vie. Les yeux clos, la tête légèrement renversée en arrière, il plongea avec abandon dans l'océan agité et étincelant de sa mémoire. Son souffle diminua, sa lèvre inférieure s'abaissa doucement et il se vit enfant, pâle et maigrichon, ses genoux noueux rongés de croûtes dont quelques-unes saignaient encore paresseusement, assis dans l'herbe folle du jardin familial, Mycroft en tailleur à ses côtés, sa tenue du dimanche négligée et ses cheveux flamboyants jadis coiffés tombant en averse sur son front bombé. Les yeux écarquillés, la face mangée d'un essaim de taches de rousseur d'un brun prononcé, il babillait à propos d'une pierre trouvée auparavant, celle-ci reposant au creux de ses mains salies de boue. Mère ne serait pas contente. D'une part parce qu'il leur était interdit de jouer dans le jardin le jour du seigneur, d'autre part car ils l'avaient désobéi et de surcroît, avaient salis leurs beaux vêtements atrocement inconfortables.

« C'est un trésor. »

Le futur détective leva un regard humide d'enfant, sur son frère, contrant :

« Les trésors c'est dans la mer, pas dans le jardin. »

Se redressant de manière à gonfler quelque peu le torse, le roux rétorqua :

« Je suis plus grand. Les grands n'ont jamais tort. »

Son jeune frère qui était alors âgé de cinq ans, essuya pensivement le filet de mucus s'échappant de son nez à l'aide de son bras et analysa à nouveau le caillou-trésor. C'était là une bien jolie pierre, délicatement irisée, l'éclat du jour se reflétant sur les fils d'argent la traversant de part et d'autre et bien qu'elle ait été trouvée en dessous de la fontaine, dans la boue, elle était très propre. D'une propreté magique même. Sûrement était-elle réellement un trésor.

«Mère dit que notre famille habite ici depuis très longtemps, tu crois qu'elle était notre trésor à nous tout du long ? » S'enquit-t-il alors, emporté par la fièvre grisante des jeux d'aventure.

« Sûrement. » Acquiesça le garçon de douze ans avec un sourire malicieux. « D'ailleurs, le portrait de l'oncle Wentworth a l'air d'être celui d'un vieux pirate. »

« Oui ! C'est vrai ! » S'exclama Sherlock, que l'excitation n'en finissait plus d'étourdir. « Il faut qu'on la cache de nouveau ! Allons Mycroft, cachons-la ! »

« D'accord mais avant, il faut lui trouver un nom. »

« Pourquoi donc ? » Se renfrogna l'enfant que son empressement avait déjà dressé sur ses jambes.

« As-tu déjà vu un trésor sans nom ? Puis, lorsque l'on trouvera l'emplacement parfait, il faudra dessiner une carte. Il serait bien bête de n'avoir aucun nom à donner à un trésor si vieux et merveilleux. » Argua tranquillement l'aîné, puisant une poignée de baies dans la poche de sa culotte avant de les étaler dans l'herbe et d'en piocher quelques-unes.

« Bon, tu as raison mais je n'ai pas d'idées. » Admit le cadet, reprenant place aux côtés de son frère.

« Mange quelques baies, ça viendra. »

Ils mangèrent en silence, proposant par moment un nom au hasard qu'ils finissaient bien vite par rejeter mutuellement. Un soleil printanier réchauffait délicatement leur nuque, des abeilles gazouillaient dans l'antre ténébreux des iris éparpillés çà et là, et en plissant les yeux, on pouvait voir des milliers de confettis lumineux flottant dans l'atmosphère apaisante du jardin. C'est ainsi que Mycroft proposa naturellement :

« Whiteberry. »

Sherlock se pencha sur le caillou niché parmi la pile de baies devant eux puis reporta son attention sur le roux :

« C'est génial Mycroft ! »

« Merci. » Sourit affectueusement celui-ci, la poitrine réchauffée par l'émerveillement de son petit frère. « Va chercher les crayons que grand-père t'as offerts pour Noël, je vais choisir mon plus beau papier et on prétendra que c'est du parchemin. »

« J'y vais ! Oh ça va être fantastique ! » Trépignait le brun que la piraterie avait toujours fasciné et dont le rêve secret, qu'il n'avait partagé qu'avec son frère, était de devenir le plus grand pirate que le Royaume-Uni ait jamais connu. Tout à sa joie, il courut jusqu'à sa chambre où il entreprit de retrouver lesdits crayons. Mycroft quant à lui, se redressa avec plus de calme, un sourire gai peignant ses traits d'enfant comme il se faisait la réflexion que c'était de loin le meilleur jeu qu'il ait inventé. Ils passèrent l'après-midi à colorier, à rire et à s'inventer un monde dont ils étaient les héros. Le Capitaine Mc2 qui devait à l'origine s'appeler ''Capitaine Croft'' mais refusait d'avoir le nom d'un fermier et son plus fidèle matelot Locky qui lui aussi avait refusé son nom d'origine ''Lock Sailor'' car il lui semblait bête de se nommer ''serrure marin'' et cela malgré le fait que son nouveau pseudonyme ne signifiasse rien de plus intellectuel, naquirent ainsi au printemps 1981, un dimanche ensoleillé, quelques années avant l'ombre de l'adolescence, et plus loin encore des ténèbres accablantes de l'âge adulte.

Le consultant se redressa nonchalamment, ses doigts entrant le mot de passe d'eux-même : Whiteberry.

« Le piratage est interdit par la loi. » Cingla soudainement une voix dans son dos.

Un sourire moqueur naquit sur les lèvres du génie comme il répliquait sur le même ton :

« Sur le qui-vive... Aurais-tu quelques agissements à te reprocher Mycroft ? »

Un claquement sec de la langue lui répondit et pivotant sur sa chaise, le consultant pu voir son frère ôter cérémonieusement son manteau comme il prenait place sur son canapé, guindé dans un costume gris clair d'une classe incomparable.

« Que veux-tu ? » Questionna le gouvernement avec indifférence, son regard acéré braqué sur le génie.

« Sebastian Moran. »

« Rien que ça. Tu peux faire mieux. » Rit ironiquement le roux. « Tant qu'à faire, demande-moi le code bancaire de la reine. »

« L'identité de ''JM'' suffira. » Rétorqua nonchalamment l'érudit, une main glissée dans ses boucles.

« Si c'est la mort que tu cherches, fais comme tout le monde et saute d'un toit. Rien ne sert d'attirer sur toi l'attention des pires criminels. » Nota l'aîné, une grimace éloquente déformant ses traits tandis qu'il tirait de sa poche deux petites boîtes, l'une d'or, l'autre d'argent et qu'il entreprenait de se rouler une cigarette, psalmodiant froidement :

« Sebastian Moran n'est qu'un subalterne. Un pion efficace mais un pion néanmoins. Nous savons de source sûre qu'il est de retour sur le territoire anglais et tentons, tant bien que mal, de garder un œil sur lui. »

« Où a-t-il été vu pour la dernière fois ? »

« Dans le Surrey, à Weybridge où la cervelle de Bebnev Alkseï a été prise d'une folle envie de liberté et est allée recouvrir les murs. » Répondit sarcastiquement l'épicentre du gouvernement alors qu'il allumait son bâton de plaisir.

« Il semblerait que votre virtuose de la gâchette ait une dent contre les Russes. » Siffla le génie tout en s'emparant de son paquet de Marlboro.

« En effet. Bebnev est la troisième victime en deux semaines seulement. La Russie nous montre du doigt car ils étaient tous, sans exception, des criminels aguerris contre lesquels nous n'avions rien pour justifier une arrestation et que de surcroît, le bougre de Moran est un ancien soldat anglais. » Déclara Mycroft, une moue de dégoût accablant son visage.

« Te voilà dans de beaux draps ! » S'exclama le détective non sans joyeuseté, alors qu'il expirait une longue bouffée de sa cigarette. « Une troisième guerre mondiale serait d'un mauvais goût ! »

« Ton avis n'a pas été sollicité. »

« Ne le prends pas de cette manière frère chéri, il est toujours bon de mourir avec les honneurs. » Railla derechef le brun, prenant un plaisir malsain à voir son interlocuteur frémir d'effroi. « Révèle-moi l'identité de ''JM'' et je verrai ce que je suis en mesure de faire pour toi. »

« Quelle mansuétude ! Vraiment Sherlock, tu es trop bon. Cependant, nonobstant ta générosité, je vais devoir refuser. En outre, nous savons tous deux que ton offre tient uniquement du fait que tu souhaites à nouveau prouver ta grande supériorité sur le reste de l'humanité. » Décréta Mycroft, amer.

« Allons, ne sois pas stupide, veux-tu ? Je n'aime que moyennement lire au travers d'un écran d'ordinateur, car tu auras beau changer de mot de passe, je parviendrai aisément à le deviner, aussi nous conviendrons qu'il est plus raisonnable que ce soit toi qui me confie ces informations. » Argumenta le consultant avec emphase, prenant nonchalamment place aux côtés de son frère.

Celui-ci le jaugea profondément du regard puis siffla de mécontentement avant de confier :

« Jim Moriarty ou comme le nomment ses confrères du méfait : Judas. Un homme qui ne vit que pour lui-même et par lui-même. À ce que l'on dit, c'est un individu des plus aimables et respectueux, sa dévotion est sans borne... jusqu'au moment où il retourne sa veste et vous plante littéralement un couteau dans le dos. D'aucuns disent de lui que c'est un génie du crime, nulle barrière n'est trop haute, nul coffre-fort impénétrable et encore moins d'abomination qu'il ne saurait commettre. Son visage reste à ce jour inconnu mais ses crimes parlent pour lui. Il brigande et assassine comme un enfant souffle ses bougies, avec un plaisir inouï. »

Le détective écrasa son mégot sur le dos de sa chaussure, pensif.

« Nous connaîtrons bientôt son visage. » Assura-t-il, reportant son attention sur son aîné.

« Comme tu es naïf ! Un décérébré reste un décérébré et qu'il soit témoin d'un crime ne changera rien à cela. » Se récria Mycroft avec ce qui semblait à l'évidence, bien que cela reste discutable, être de l'amusement.

« Ce n'est pas un décérébré. » Rectifia sèchement son interlocuteur.

« Haha, choc post-traumatique affectant les facultés communicationnelles, autrement dit, un adulte si égaré dans les abysses de la démence qu'il est incapable de faire part de son aliénation à autrui. » S'esclaffa l'aîné avec difficulté, son rire s'élevant en quelques accords funestes, crachés d'une gorge apparemment étrangère à ce genre de pratique.

« Il y parvient. Il a son langage et je le comprendrai. »

« Tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse, petit frère. Je doute qu'il soit bon pour un homme se répugnant à écouter de se lier d'amitié avec un autre refusant tout bonnement de parler. » Déclara Mycroft sur un ton docte, les rétines ancrées à celles du scientifique.

« Ton avis n'a pas été sollicité. » Rétorqua celui-ci sans animosité, d'une neutralité impeccable tandis qu'il s'emparait négligemment des deux boîtes appartenant à l'agent gouvernemental et qu'il s'affairait à se rouler une cigarette. Ouvrant la boîte d'or, le consultant se pencha sur son contenu et en inspira une longue bouffée, le bouquet onctueux, légèrement âpre et boisé du tabac emplissant ses narines.

« Du tabac yankee ? » S'étonna-t-il.

« J'ai trahi. » Avoua le roux, amusé malgré lui.


Et voilà ! J'espère que ça vous a plu !

À bientôt,

A.