Les Fugitives

Partie 4

(Cette partie prend place au moment du film Captain America : The Winter Soldier. De fait, j'ai repris pas mal de dialogues.)

Quelques heures après avoir appris la mort du Directeur Fury, Loki était toujours sous le choc. Elle était dans le grand hall, après s'être payée un café dans une chaîne de restaurant un peu cher, et s'apprêtait à prendre l'ascenseur pour rejoindre ses bureaux. Le Projet Insight était sur sa dernière ligne droite, et Loki avait installé à la demande de Fury (merde, elle n'arrivait pas à réaliser qu'il était mort), un certain nombre de sécurité reposant sur la Magie. Évidemment, ce n'était pas des sorts conventionnels, il avait fallu les adapter aux technologies inventées en partie par Stark.

Elle avait eu un bref entretien en visioconférence avec le milliardaire, afin que Loki en sache le maximum sur la technologie des propulseurs nouvelle génération, pour ne pas entraver leur action, tout en taisant la véritable mission du Projet Insight. Loki avait dû déployer des trésors de diplomatie pour ne pas voler dans les plumes de ce misogyne, mais elle avait réussi à au moins obtenir les informations qu'elle cherchait.

Comme le reste des équipes travaillant sur le Projet Insight, Loki attendait le feu vert de la Direction pour mettre les Héliporteurs en route. Direction, dont le membre principal venait d'être assassiné.

Elle appuya à nouveau d'un geste impatient sur le bouton de l'ascenseur. Qu'est-ce qui prenait autant de temps ?

Soudain, traversant le plafond de verre, Captain America himself s'écrasa sur le sol, formant un trou dans le carrelage en marbre du hall. Il y eut un sursaut collectif, des cris surpris. Loki regarda autour d'elle, puis en l'air. Un groupe d'hommes en tenue d'intervention se tenaient dans l'ascenseur de verre, quelque trente mètres au-dessus d'eux.

Steve Rogers ? Fugitif ?

Loki repensa aux paroles de Fury, et sans hésiter une seconde de plus, elle lâcha son café, tant pis pour les cinq dollars, et se précipita vers Rogers. Celui-ci se redressait déjà, à peine flageolant, comme s'il ne venait pas de faire une chute de trente mètres et de traverser dix centimètres de verre de sécurité.

Rogers ne la vit pas arriver. Elle le percuta presque et saisit son poignet, avant de les téléporter tous les deux.

Elle ne réfléchit pas à la destination, pensant à l'endroit où elle se sentait le plus en sécurité sur Terre. Chez elle.

Ils atterrirent dans son salon, et Rogers s'éloigna immédiatement avant d'arborer un air complètement perdu.

« Qu'est-ce … ? Où ?

- Je suis désolée Capitaine, s'excusa Loki. Je n'ai pas beaucoup réfléchi quand j'ai vu que vous étiez poursuivi. Nous sommes chez moi à New Haven, et je nous ai téléporté.

- Qui êtes-vous ? Demanda-t-il en se mettant en position défensive.

- Oui, pardon. Je m'appelle Lok Tjuv. Je suis … je dirige … Enfin dirigeais, je pense que je peux me considérer comme virée maintenant. Je dirigeais le département de recherches magiques du SHIELD.

- De la recherche en Magie.

- Oui, je suis Mage. J'ai été recrutée par le SHIELD il y a un an. Est-ce que vous pouvez poser votre bouclier maintenant ? »

Rogers hésita, puis au grand soulagement de Loki, aimanta son bouclier dans son dos.

« Mon épouse travaille à côté, dans son cabinet. Je vais la chercher. Il faut … Et Narfi … »

Loki parlait à moitié à elle-même, la panique commençant doucement à la saisir. Elle se dirigea vers l'arrière de la maison, là où Sigyn avait installé son cabinet de médecin généraliste.

« Lok ? S'étonna sa femme quand elle la vit entrer. Je suis en pleine consultation ! Tu ne peux pas …

- Fury est mort, et Steve Rogers attend derrière moi. Et à priori le SHIELD est compromis.

- Merde. Et Phil ?

- Je … je ne sais pas. Je ne sais pas à qui faire confiance.

- Phil ne nous trahira pas.

- Qu'est-ce que tu en sais ? »

En quelques minutes, Sigyn avait fermé son cabinet en urgence, et préparé du thé pour tout le monde.

« Phil, répéta-t-elle, ne nous trahira pas.

- Tu dis ça parce que tu as le béguin pour lui. Mais tu n'en sais rien ! Et si …

- Si rien du tout. Tu deviens parano Lok. Maintenant respire, bois ton thé, et ensuite nous pourrons prendre une décision.

- Je suis navré Madame de faire ainsi irruption, commença Rogers, mais …

- Mais Lok ne vous a pas vraiment laissé le choix j'imagine. Tu as encore agi sans réfléchir, tança doucement Sigyn.

- J'aurais bien aimé t'y voir, grommela Loki.

- Bien, maintenant reprenons depuis le début. »

Loki raconta la conversation qu'elle avait eue avec Fury trois semaines auparavant, avant d'être assignée au Projet Insight.

« Il m'a dit que les seules personnes en qui je pouvais avoir confiance était les Avengers.

- Fury a un drôle de sens de l'humour, marmonna Sigyn.

- Pourquoi cela ? Questionna Rogers.

- Je pense que Phil n'est pas compromis, insista Sigyn sans répondre.

- Qui est Phil ? Demanda Rogers qui semblait en avoir assez d'être ignoré ainsi.

- Mon officier supérieur, répondit Loki.

- Vous n'êtes pas un agent.

- Non, mais mon recrutement a été … peu conventionnel. »

Rogers n'insista pas et changea de conversation.

« Il faut que je retourne à DC, dit-il. Et le plus tôt sera le mieux. Il faut que je trouve des réponses … à tout ça. J'ai laissé quelque chose à l'hôpital George Washington, une clef USB. Il est capital pour moi de la récupérer.

- D'accord, je vous y amène. Si', dès le retour de Narfi, allez ailleurs, au parc, au cinéma, où vous voulez, mais ne restez pas ici. Évite de téléphoner. Le SHIELD a des oreilles partout. J'essaye de nous trouver un point de chute pour ce soir. Si à six heures tu n'as pas de nouvelles de moi ou de Phil … Va demander de l'aide à mon frère.

- Tu … tu es sûre ? S'étrangla-t-elle.

- C'est à moi qu'il en veut, pas à toi. Et Narfi sera protégé. C'est pour lui qu'on est venues ici. S'il le faut, on retournera là-bas. »

C'était plutôt cryptique pour Rogers mais il ne posa pas plus de question. Avec une petite moue, Loki fit apparaître des vêtements un peu plus passe-partout que l'uniforme de super-héros, puis, elle attrapa à nouveau son poignet et les téléporta.

En basket, jogging et sweat à capuche, Rogers se faufila dans l'hôpital où mourut Fury quelques heures plus tôt. Loki le suivait à distance, la tête baissée, le visage à demi-dissimulé derrière ses longs cheveux noirs. Rogers s'arrêta devant une machine de distribution de friandises et son expression valait toutes les phrases du monde. Ce qu'il était venu chercher n'était plus là.

Loki se faufila dans un recoin quand il vit qui était juste derrière Rogers. Contrairement au soldat, Romanoff n'était pas spécialement discrète, et ne le voulait pas. Rogers l'attrapa par ses vêtements, ouvrit une porte au hasard et plaqua Romanoff contre un mur. Loki se sentit obligée d'intervenir.

« Où est la clef ? Demanda Rogers.

- En sécurité.

- Capitaine, fit Loki. Lâchez-la. Fury a dit les Avengers. Romanoff est une Avenger.

- C'est une agent avant tout. Où. Est. La. Clef.

- D'où elle vient ? Demanda Romanoff. La clef. Et pourquoi tu es avec Tjuv ?

- Comment me connaissez-vous ? »

Le regard de Romanoff en disait long. Bien sûr. Elle était dans les petits papiers de Fury. Loki espéra qu'elle ne connaissait pas sa véritable identité.

« Fury t'a donné cette clef, devina Romanoff en se désintéressant de Loki. Pourquoi ?

- Qu'y a-t-il dessus ? Demanda Rogers

- Je ne sais pas.

- Arrête de mentir !

- Elle ne ment pas, intervint Loki. Je m'y connais en détection de mensonge. Elle ne ment pas. C'est un des trucs de Fury. Compartimenter. A l'extrême.

- Qu'est-ce que tu sais alors ? Demanda Rogers sans accorder un regard à Loki.

- Je sais qui a tué Fury. »

Cela eut le mérite de le faire lâcher l'espionne. Loki poussa un soupir et regarda derrière elle pour vérifier que personne ne prêtait attention à eux. Elle avait jeté un léger sort perturbant. Toute personne se trouvant à proximité se rappelait immédiatement d'une chose urgente à faire. Mais ils n'étaient pas à l'abri d'un éventuel mutant résistant à la Magie.

« La plupart des agences ne croit pas en son existence. On l'appelle le Winter Soldier, le Soldat de l'Hiver. Deux douzaines de meurtres à son actif, de connus, durant les cinquante dernières années.

- Un mutant ? Fit Loki.

- Possible, répondit Romanoff. Il y a cinq ans, je devais exfiltrer un ingénieur nucléaire hors d'Iran. Quelqu'un a tiré sur mes pneus près d'Odessa. J'ai perdu le contrôle de la voiture, et on a dévalé d'une falaise. Je nous ai sauvé la vie. Mais c'était le Soldat de l'Hiver. Je couvrais l'ingénieur, alors il l'a tué en tirant à travers moi. »

Elle souleva son t-shirt, dévoilant une cicatrice issue d'une blessure n'ayant pas été correctement soignée.

« Balle soviétique. Sans rayures. Bye bye bikini.

- C'est vrai que tu aurais l'air tellement moche dans ce genre de maillot, ironisa Rogers. »

Loki leva les yeux au ciel.

« C'est bon ? Vous êtes réconciliés ? On peut essayer de savoir ce qu'il y a sur cette clef USB ? »

Enfin, les deux Avengers se tournèrent vers elle.

« Je ne vous fais pas confiance, dit Romanoff d'emblée. Pourquoi avoir fui avec le Cap' ?

- C'était la chose à faire me semblait-il à ce moment-là.

- J'ai lu votre dossier. Pas grand chose à se mettre sous la dent. La seule raison pour laquelle Fury ne documente pas un dossier est qu'il est faux.

- Il l'est, répondit Loki. Mais c'est pour protéger ma famille.

- Elle a une femme et un fils, expliqua Rogers. On s'est téléportés chez elle. Sa femme est médecin à New Haven.

- Il y a un an, j'ai été recrutée par le SHIELD, alors que j'étais Professeure de physique à l'université de Yale.

- Impressionnant. Je ne vous fais toujours pas confiance.

- Je peux vous jeter un sort pour brouiller la reconnaissance faciale.

- Mystérieuse mais pratique. D'accord, venez avec nous. Mais je vous préviens. Le moindre doute, et je vous colle une balle dans le genou. »

Loki hocha la tête. Dans tous les cas, Romanoff pouvait bien tirer. Ce n'était pas avec un aussi petit calibre qu'elle allait lui faire mal. Par contre, ses vêtements risquaient de ne pas résister, eux. Ainsi que son identité.

Quelques instants plus tard, ils étaient dans un grand centre commercial, dans le but d'utiliser un ordinateur de présentation dans un Apple Store. Romanoff leur répétait quelques consignes pour ne pas se faire repérer lorsqu'on se trouve en cavale. Marcher, ne pas courir. Avoir des vêtements discrets, mais ne pas trop se couvrir le visage pour ne pas paraître suspect.

« Dès que la clef USB sera branchée, le SHIELD nous détectera, expliqua Romanoff dans la boutique.

- Combien de temps on a ?

- A peu près neuf minutes à partir de maintenant. »

Elle brancha la clef et ses doigts se mirent à pianoter à toute vitesse sur le clavier. Loki accentua légèrement le sort de perturbation autour d'eux afin que personne ne vienne les voir.

Romanoff se mit à énoncer les difficultés qu'elle rencontrait dans le cryptage de la clef. Cela n'intéressait pas Loki qui regardait autour d'elle, cherchant les premières traces de l'équipe STRIKE.

C'était l'équipe d'intervention d'élite du SHIELD. Les meilleurs agents y étaient tous un jour passé. Romanoff, bien sûr, avait quitté la direction de l'équipe lors de son entrée au sein des Avengers, ainsi que Barton. Coulson y avait été chef d'équipe une décennie plus tôt, avant de devenir l'homme de confiance de Fury. Le chef d'équipe était le cerveau du groupe. Le reste était soit des brutes, souvent d'anciens militaires ou mercenaires, recrutés par le SHIELD pour faire le sale boulot, soit les prochains chefs d'équipe et agents d'élite.

« Ça fait neuf minutes, dit Rogers.

- Relax, répondit Romanoff. J'y suis presque. Voilà. Tu connais ?

- Autrefois.

- Ils sont là, les prévint Loki. On y va. »

Elle les attrapa tous les deux par le bras, et les téléporta dans les toilettes.

Loki ne pouvait pas se téléporter sans risque dans un endroit qu'elle n'avait jamais vu. Seule, elle prenait le risque parfois, mais à trois, il n'en était pas question. Ce fut pour cela qu'ils volèrent une voiture. Enfin, Rogers vola une voiture. Faire la guerre dans l'Allemagne Nazie avait parfois du bon. Ou du pratique.

La route n'était pas si longue. Romanoff en profita pour poser des questions indiscrètes à Rogers et globalement ignorer Loki. Cela lui allait très bien d'être ignorée pour le moment, alors elle ne dit rien. Et puis, l'espionne se tourna vers elle.

« Prof à Yale alors ? Comment le SHIELD vous a trouvée ?

- Mon fils manipule la Magie. Il a été repéré à l'école. Quand l'Agent du SHIELD qui est venu chez nous, nous a rencontrés, il s'est aussitôt désintéressé de notre fils, pour s'intéresser à moi. J'ai un peu fait exploser son détecteur.

- Comment s'appelle-t-il ? Votre fils, je veux dire.

- Narfi. Il a huit ans.

- Narfi, vraiment ? C'est peu commun.

- Et bien, je porte un prénom chinois, ma femme Sigyn porte un prénom nordique. Il est dans la continuité de la famille. »

D'un geste brutal, Romanoff dégaina un revolver et le pointa vers le visage de Loki.

« Natasha ! S'exclama Rogers outré.

- Qui es-tu ? Demanda Romanoff d'une voix glaciale.

- Nat' ! Pose ce flingue !

- Non ! Gare-toi ! Et toi, tu me réponds !

- Je m'appelle Lok Tjuv, répondit Loki les yeux écarquillés. Je suis chercheuse pour le SHIELD.

- Menteuse, répliqua Romanoff en ôtant la sécurité de son arme. Il y a un an, Thor est venu nous avertir que son frère, sa femme et son fils avaient disparu. Loki, Sigyn et Narfi. Tu veux un dessin ?

- Quoi ? S'écria Rogers.

- Je vais vous expliquer. Mais s'il vous plaît, pouvez-vous baisser votre arme ? C'est assez anxiogène.

- Non. Explications. Et pas de téléportation.

- Ce que je vous ai dit est vrai. Je travaillais vraiment à Yale et j'ai vraiment été recrutée par le SHIELD grâce à mon fils. Fury connaissait mon identité, et mon Officier Supérieur aussi. Je le jure.

- Qui est ton officier supérieur ?

- Merde, jura Loki. Vous ne me croirez jamais. J'ai un téléphone de secours. Cela vous dérange si je l'appelle ? »

Sans attendre la réponse, Loki sortit un téléphone premier prix de son sac, retira la batterie pour y placer une carte SIM sécurisée, puis composa le numéro de Coulson.

« Phil ? C'est Lok.

- Lok ! Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? »

Quand Coulson jurait, ce n'était jamais bon signe pour vos fesses.

« Je suis avec Rogers et Romanoff, dit simplement Loki.

- Et Natasha vous a grillée. Mettez-moi sur haut-parleur. »

Loki s'exécuta.

« Agent Romanoff ? Dit la voix de Coulson. »

L'espionne fut tellement surprise qu'elle faillit en lâcher son revolver.

« Coulson ? Glapit-elle. Comment ? »

Au nom de l'agent, Rogers s'était tourné vers eux si vite que ses cervicales avaient craqué.

« Lok Tjuv est digne de confiance dans cette crise.

- Phil, l'interrompit Loki. J'ai demandé à Sigyn et Narfi de quitter la maison jusqu'à la fin de la crise. S'ils n'ont pas de nouvelles de moi ce soir à six heures, ils ont pour consigne d'aller demander la protection de Thor.

- Loki est digne de confiance ? Fit Natasha outrée.

- Oui, il l'est. Enfin, elle l'est. Je m'occupe de Sigyn et de Narfi, Lok. Ne vous inquiétez pas.

- Rappelez-vous que Sigyn est encore mariée, ricana Loki pour taquiner l'agent. A moi.

- Vous êtes séparées depuis littéralement des siècles. Je suis sûr que vous ne m'en voudrez pas. Romanoff, Rogers, je ne sais pas sur quoi vous allez tomber, mais à mon avis, c'est gros. Très gros. Il y a des chances pour que le SHIELD ne survive pas à cette crise. Si tel est le cas, les Avengers sont votre porte de sortie. N'hésitez pas à la prendre.

- Reçu, répondit Romanoff. Et, Phil, est-ce que …

- J'appellerai Clint moi-même, Nat'. Il le mérite. »

Romanoff rengaina son arme, et Rogers redémarra.

« Pourquoi une apparence de femme ? Demanda l'espionne en se tournant vers elle.

- Ce n'est pas qu'une apparence de femme. C'est ma forme féminine. Elle est aussi naturelle que ma forme masculine.

- Comment est-ce possible ?

- Mon peuple de naissance, les Jötnar, n'ont pas de genre. En étant élevé parmi les Æsir, ma Magie m'a différencié sexuellement parlant, dans mon apparence, mais je n'en reste pas moins … vous diriez hermaphrodite, même si je trouve l'appellation impropre à mon cas.

- Tu ne veux pas rependre ton apparence masculine, maintenant que tu es démasqué ? Demanda Rogers en le regardant dans le rétroviseur.

- Non. Non, je ne le veux pas. Vous voulez reprendre votre apparence chétive, maintenant que tout le monde sait que vous devez vos muscles à une forme évoluée de stéroïdes ? »

Son ton était peut-être un peu trop cinglant, mais le message était passé. Elle était une femme, point barre.

Quelques heures plus tard, ils étaient devant les grilles d'un ancien camp d'entraînement militaire. Le camp où Steve Rogers, alors chétif sujet de laboratoire, avait fait ses classes. La nuit tombait, alors ils entrèrent, pas certains de ce qu'ils allaient découvrir. Les baraquements étaient construits en briques rouges, et par les fenêtres, on s'apercevait vite qu'ils étaient vides. Rogers déambulait entre les bâtiments, sûrement se remémorant son entraînement, son ancienne vie.

Romanoff aussi se baladait, un petit détecteur dans les mains, levé au dessus de sa tête.

« C'est un cul-de-sac, déclara-t-elle. Pas de signature thermique, pas de transmission. Tu captes quelque chose Loki ?

- Lok, corrigea-t-elle évasivement par habitude. Pas de trace magique non plus. Mais cela ne signifie peut-être rien. Certains métaux peuvent bloquer les radiations magiques. La Terre elle-même les occulte. Je veux dire par-là que si ce qu'on cherche est dans le sol, sous nos pieds, il y a des chances pour qu'on passe à côté.

- Alors quoi ? On vérifie tous les bâtiments un par un pour trouver des passages secrets ? Ça va nous prendre toute la nuit. »

Loki ne répondit rien. Il espérait que Phil ait récupéré Sigyn et Narfi pour la nuit, et qu'ils étaient dans un endroit sécurisé. S'il leur arrivait quelque chose par sa faute, il ne s'en remettrait pas.

« Tu as trouvé quelque chose Steve ? Demanda Romanoff.

- Peut-être, répondit Rogers. Ce baraquement, dit-il en pointant un bâtiment du doigt. Le règlement de l'armée interdit la construction de bâtiment de stockage d'armes et de munitions à moins de 450 mètres du reste des baraquements. Mesures de sécurité rudimentaires.

- Est-ce que vous connaissez le règlement de l'armée de 1944 par cœur, Capitaine ? Demanda Loki avec un sourire espiègle.

- Évidemment non. Mais certaines mesures de sécurité sont martelées pendant les classes. Ce que je peux vous dire, c'est que ce bâtiment n'a rien à faire là. »

Cela piqua la curiosité du petit groupe. Un coup de bouclier sur l'énorme cadenas condamnant la porte plus tard, ils entraient, faisant voler la poussière sous leurs pas. Romanoff appuya sur un interrupteur, et à la non-surprise générale, les lumières s'allumèrent. Un indice de plus sur le fait qu'il y avait quelque chose de pas net dans ce bâtiment. La luminosité révéla des rangées de bureaux, du matériel désuet comme de vieux téléphones à cadran ou des machines à écrire, encore dessus. Sur le mur en face d'eux, le logo du SHIELD.

« C'est peut-être ici que le SHIELD est né, dit Rogers. »

Il exsudait littéralement de nostalgie en passant un doigt dans la poussière, sur un téléphone noir à cadran rotatif.

Il ouvrit une porte un peu au hasard, tombant sur des étagères qui avaient dû supporter des archives, quelques décennies auparavant. Sur un mur, trois cadres photos accrochés mettaient en vedette les trois créateurs du SHIELD.

« Qui sont-ils ? Demanda Loki.

- Tu ne sais pas ? S'étonna Romanoff. C'est vrai que tu n'as pas fait l'académie, et j'imagine que dans les labos, on ne parle pas vraiment de la Trinité du SHIELD.

- La Trinité ? Rien que ça ? Ricana Rogers. Ça a dû fait plaisir à Stark.

- Stark ? Fit Loki décontenancée.

- Howard Stark, répondit Rogers en désignant l'un des cadres. Le père d'Anthony. Un ami. »

Il poussa un soupir triste puis désigna le portrait à gauche de Stark.

« Colonel Chester Phillips. Il s'est opposé à ma participation au Projet Rebirth. Il préférait un type au profil du soldat classique. C'est le Docteur Erskine qui m'a donné ma chance. Malgré l'asthme, l'absence de muscles et d'endurance. Et voici Peggy Carter. »

A son ton, Loki devina qu'il y avait eu quelque chose entre eux.

« La femme la plus extraordinaire que je connaisse. Elle est encore en vie, mais son état de santé … Une fois sur deux quand je vais la voir dans sa maison de retraite, elle ne se souvient pas que j'ai survécu. Et elle me doit une danse depuis 1945. »

Merde, c'était pas juste quelque chose. Rogers était amoureux. D'une femme en fin de vie. Douloureux.

Rogers s'éloigna des trois portraits et longea les hautes étagères poussiéreuses. Soudain, il s'arc-bouta sur une étagère métallique contre un mur et la déplaça, ouvrant un passage vers un ascenseur.

« Quand on travaille dans un bureau secret, pourquoi dissimuler l'ascenseur ? »

Ascenseur qui était bien plus récent que le reste des fournitures et du bâtiment. Ils débouchèrent sur une pièce assez grande, plongée dans la pénombre. Mais après quelques pas, les néons s'allumèrent d'eux-mêmes. Un détecteur de mouvement dans une pièce qui n'avait pas été utilisée depuis des lustres ? Et qui était occupée par une grosse console d'ordinateur, d'un type que Loki n'avait jamais vu. Cela semblait très rudimentaire par rapport à la technologie Stark qu'elle utilisait au quotidien.

« Ça ne peut pas être la source, dit Romanoff. Cette technologie est … antique. »

Néanmoins, elle sembla changer d'avis quand elle vit un lecteur USB 3.0 branché sur la console. Elle prit la clef USB de Fury dans sa poche arrière, et la brancha.

L'ordinateur antique se mit en marche immédiatement. Il s'avéra encore plus grand que ce que Loki avait pu voir, étalant ses serveurs sur des dizaines de mètres. Des serveurs à bobines magnétiques, qui se mirent à tourner. L'antiquité avait l'air de parfaitement fonctionner malgré la couche de poussière. Par réflexe, Rogers, Romanoff et Loki resserrèrent les rangs, regardant autour d'eux d'un air inquiet, sur leurs gardes.

Un écran de contrôle s'alluma et Romanoff prit les choses en main. Quelques instants plus tard, l'écran se couvrit de barres vertes, formant une sorte de visage grossier. Une caméra mobile accrochée sur l'écran se mit à bouger. Une voix robotique avec un fort accent sortit des vieilles enceintes.

« Rogers, Steven, dit-elle. Né en 1918. »

La caméra pivota.

« Romanoff, Natalia Alianovna. Née en 1984. »

Nouveau pivotage.

« Tjuv, Lok. Née en 1982. »

Loki s'empêcha de soupirer. Cette machine n'avait pas accès à sa véritable identité, donc à la connaissance de l'existence de sa femme et son fils.

« C'est une sorte d'enregistrement, dit Romanoff en sortant de sa stupeur.

- Je ne suis pas un enregistrement, Fräulein ! S'insurgea la machine. Je ne suis simplement plus celui que j'étais quand le Capitaine m'a fait prisonnier en 1945 »

Un autre écran, plus petit, afficha la tête d'un homme assez laid, chauve, aux lunettes rondes et au front proéminent.

« Tu le connais ? Demanda Romanoff à Rogers.

- Arnim Zola était un scientifique allemand qui travaillait au service de Crâne Rouge. Il est mort depuis des années. »

Loki leva les yeux au ciel. Ces mortels avaient une vision très restreinte de la mort. Être mort ne signifiait pas ne plus exister sur d'autres plans.

« Premièrement, corrigea la machine, je suis suisse. Deuxièmement, regardez autour de vous. Je n'ai jamais été plus vivant. En 1972, pour la médecine, j'étais condamné. La science ne pouvait sauver mon corps. Mon esprit cependant, méritait d'être sauvegardé sur deux cent mille pieds de banques de données. Vous vous tenez dans mon cerveau.

- Comment êtes-vous entré ici, dans une ancienne base de la SSR ? Demanda Rogers.

- Sur invitation, répondit l'ordinateur.

- Opération Paperclip, fit Romanoff. Après la Seconde Guerre Mondiale, le SHIELD, entre autre, a recruté des savants allemands de valeur.

- L'agence pensait que je pouvais servir leur cause, expliqua l'ordinateur. J'en ai profité pour servir la mienne.

- HYDRA est morte avec Crâne Rouge, asséna Rogers d'une voix forte.

- Coupez une tête, deux autres surgiront. »

Une image d'un crâne surmontant des tentacules apparut à l'écran. Ce qui ressemblait bien plus à un poulpe qu'à une hydre soit dit en passant.

« Prouvez-le, exigea Rogers.

- Accès aux archives. HYDRA a été fondée parce que l'humanité ne méritait pas sa liberté. Mais nous n'avions pas réalisé que si nous tentions de l'asservir, elle résisterait.

- Je ne le vous fais pas dire, marmonna Loki.

- La guerre nous l'a enseigné, continua la machine sans s'interrompre. L'humanité devait renoncer d'elle-même à sa liberté. Après la guerre, le SHIELD fut fondé, et on me recruta. La nouvelle HYDRA y grandit. Un magnifique parasite à l'intérieur du SHIELD. Durant soixante-dix ans, HYDRA a secrètement alimenté les crises, profité des guerres, et quand l'Histoire ne voulait pas coopérer, l'Histoire fut changée.

- Impossible, dit Romanoff affolée. Le SHIELD vous aurait arrêté ! »

A l'écran, des images d'archives défilaient, et s'arrêtèrent sur la photo de Howard Stark.

« Des accidents arrivèrent, dit simplement l'ordinateur de manière un peu cruelle. »

Puis l'image changea et la photo de Fury s'afficha, barrée de la mention 'décédé' en rouge. Loki serra la mâchoire. Alors ainsi, cette HYDRA était à l'origine du désordre ambiant ? Elle allait leur montrer qu'elle n'était pas la Déesse du Chaos pour rien…

« HYDRA a engendré un monde si chaotique que l'humanité est enfin prête à renoncer à sa liberté chérie, au profit de la sécurité. »

Les images changèrent à nouveau, et cette fois Loki reconnut les Héliporteurs du Projet Insight. Ses entrailles se glacèrent. Avait-elle travaillé pour ce groupe en fin de compte ?

« Quand la purification sera achevée, l'ordre nouveau voulu par HYDRA verra le jour. Nous avons gagné Captain. Votre mort vaut autant que votre vie. Rien. »

De rage, Rogers donna un coup de poing dans l'écran, le brisant en son centre. Mais cela n'arrêta pas l'ordinateur qui alluma le petit écran précédemment utilisé.

« Comme je le disais.

- Qu'y a-t-il sur la clef USB ? Questionna Rogers d'une voix furieuse.

- Le Projet Insight exige de l'intuition. J'ai donc écrit un algorithme.

- Quel type d'algorithme ? Demanda Romanoff. Qu'est-ce qu'il fait ?

- La réponse à cette question est fascinante. Malheureusement, vous serez trop morts pour l'entendre. »

Des portes blindées se refermèrent sur l'ascenseur, bloquant leur sortie. Rogers lança son bouclier, mais trop tard. Le disque de vibranium rebondit pour revenir entre les mains du Capitaine. Un bip discret dans la poche de Romanoff leur indiqua qu'un missile était en approche. Ils avaient trente secondes pour prendre une décision.

« Qui l'a lancé ? Demanda Rogers.

- Le SHIELD. »

Loki n'entendit pas les derniers mots de l'ordinateur Zola. Elle arracha la clef de la console et attrapa les deux Avengers, quelques secondes avant que le missile ne s'écrase sur le bâtiment et ne détruise tout. Ils apparurent à l'entrée de la base, juste au moment où le souffle de l'explosion passa, les renversant. Mais c'était toujours mieux que d'être brûlés vifs puis enterrés sous les décombres.

Romanoff reprit ses esprits très vite.

« Montez dans la voiture ! Exigea-t-elle. »

Loki obéit sans réfléchir. L'espionne démarra et s'éloigna des lieux, tous feux éteints, le plus vite possible. Elle ne s'engagea pas immédiatement sur une route, profitant d'utiliser un SUV pour couper à travers les champs et les bois. Elle s'arrêta après plusieurs minutes de conduite, au milieu d'un bois, à l'abri des feuillages.

« Que fait-on ? Demanda Rogers d'une voix lasse. Que peut-on faire ?

- Il faut stopper le lancement des Héliporteurs, dit Romanoff d'une voix plus assurée que celle de Rogers. Et pour ça, il faut retourner à D.C. La priorité est de se reposer, de manger, et de compter nos alliés. Le problème est que nos appartements ne sont plus sûrs, et que les planques du SHIELD sont compromises. Alors, à moins d'avoir des amis dont le SHIELD n'a jamais entendu parler, j'ai bien peur que nous soyons cantonnés à cette voiture pour le moment. »

Rogers prit un air pensif.

« Je peux nous téléporter à D.C, proposa Loki. A proximité en tout cas. Mais je ne connais personne sur place qui ne soit pas du SHIELD. Mes amis habitent à New Haven. Et ils n'ont rien qui sorte de l'ordinaire.

- Je pense savoir où nous pouvons aller, intervint Rogers. J'ai rencontré un gars, un ancien militaire. Il travaille pour les vétérans anonymes.

- Tu vas aux réunions des VA ? S'étonna Romanoff.

- Non, répondit Rogers un peu sèchement. Je l'ai rencontré en faisant mon jogging. Je pense que le SHIELD … HYDRA … peu importe, ils n'en ont jamais entendu parler. Ou en tout cas, pas du lien qu'il a avec moi.

- Tu sais où il habite ?

- Je sais dans quel quartier. Il doit être dans l'annuaire. »

Loki sourit. L'annuaire. C'était encore un réflexe pour l'homme d'un autre temps de se référer à des repères papiers. Difficile de s'adapter à un monde si différent. Loki pouvait parfaitement le comprendre, elle qui avait appris ce qu'elle savait à la lueur de torches enchantées, dans des grimoires de parchemins, mais aussi sur ce que les humains auraient appelé des tablettes. Asgard était un curieux mélange de technologies provenant de partout dans l'univers.

C'est donc en pleine nuit qu'ils frappèrent à la porte d'un homme qui vint leur ouvrir, visiblement pas encore couché. Il eut l'air surpris et inquiet.

« Désolés de nous pointer comme ça, s'excusa Rogers. On ne savait pas trop où aller d'autre.

- Tout le monde essaye de nous tuer, souffla Romanoff. »

L'homme regarda dehors, scrutant les habitations alentours, puis s'écarta pour les laisser passer.

« On va expliquer, commença Rogers avant d'être coupé.

- Écoutez, il est deux heures du matin. D'abord, vous allez tous prendre une douche, vous sentez la poussière et le cramé. Ensuite, vous allez manger on pourra discuter à ce moment-là. J'ai qu'une salle de bain, et mon ballon d'eau chaude n'est pas si grand, mais ça devrait faire l'affaire. »

Ils soupirèrent tous de soulagement. Trois douches plus tard, ils étaient attablés devant un plat de pâtes à la sauce tomate industrielle, mais personne ne s'en plaignit. Romanoff se dévoua pour expliquer à Sam Wilson, c'était le nom de l'homme qui les accueillait, ce qu'ils savaient de la situation. De son côté, Loki écoutait distraitement en ruminant.

« Quel est le plan alors ? Demanda Wilson.

- Déjà, on doit découvrir qui au SHIELD a ordonné l'envoie du missile. Un missile putain, jura Romanoff.

- Langage, la reprit aussitôt Rogers. »

Wilson s'étouffa de rire.

« Vraiment ? Tu es pointilleux sur les gros mots ? Mec, il va falloir t'y faire.

- Le seul habilité à un tel ordre, continua Romanoff avec un sourire pâle, c'est Pierce.

- Pierce est au sommet de la pyramide. Bien sûr que c'était lui. Comment atteindre un homme dans le bâtiment le plus sécurisé du pays ? Il doit y avoir un autre moyen. Pierce ne travaille pas seul. L'algorithme de Zola était sur le Lemurian Star.

- Tout comme Jasper Sitwell, dit Romanoff qui suivait son raisonnement.

- Donc la question est désormais, comment les trois fugitifs les plus recherchés du pays peuvent-ils kidnapper un officier du SHIELD en pleine rue, en plein jour ? »

Wilson ouvrit un tiroir et en sortit un dossier brun et une photo. Il posa le tout sur la table.

« La réponse est : vous ne pouvez pas. »

Loki retint un ricanement moqueur. Le type cherchait clairement les ennuis.

« Qu'est-ce que c'est ? Demanda Rogers en regardant la photo.

- Appelle ça un CV.

- C'est Bakhmala ? La mission Khalid Khandil, c'était toi ? Tu disais qu'il était para-sauveteur.

- C'est Riley ? Demanda Rogers. »

Wilson acquiesça gravement. Loki ne savait pas qui était ce Riley, mais c'était quelqu'un qui comptait pour l'homme noir. Ou plutôt qui avait compté, si son intuition était juste. Puis l'homme leur montra avec quoi il travaillait dans l'armée, et l'attention de Romanoff fut visiblement accrue. Tellement que Loki s'approcha elle aussi pour jeter un œil aux documents.

« Qu'est-ce que c'est ? Demanda-t-elle. »

Rogers et Romanoff se tournèrent vers elle. Wilson s'écarta un peu semblant comprendre que la confiance ne régnait pas tellement entre eux. Loki soupira et recula d'un pas.

« Je ne suis pas une menace, dit-elle en leva ses paumes de mains devant elle.

- Tu es qui pour faire réagir deux Avengers comme ça ? Questionna Wilson.

- Une ancienne ennemie, dit évasivement Romanoff. Recrutée par le SHIELD récemment. Nous ne savions pas qu'elle avait été recrutée.

- Oh, votre DRH a des méthodes spéciales.

- Et bien, si cela n'était pas le cas, je ne serai pas ici, avec vous, admit Romanoff en arrêtant de fusiller Loki du regard.

- Lok, c'est ça ? Fit Wilson. Vous avez fait quoi exactement ?

- J'ai tenté d'envahir la Terre à la tête d'une armée extra-terrestre, répondit-elle d'un ton mordant. »

Wilson ouvrit de grands yeux.

« New-York ? C'était vous ?

- En partie, avoua-t-elle. J'ai ouvert le portail. Le reste … si j'ai poignardé Thor. Mais c'est pas comme si une aussi petite blessure pouvait être dangereuse pour lui.

- Et tu as jeté Stark par la fenêtre, du sommet de sa tour, rappela Romanoff. Il nous a rabâché les oreilles avec ça pendant des plombes.

- S'il vous plaît, soupira Loki. Comme si ses bracelets commandant son armure m'avaient échappé.

- C'est pas le moment de parler de ça, coupa Romanoff comme si elle n'était pas celle qui avait posé la question. On fera le procès de Lok plus tard. Ton équipement, où se trouve-t-il maintenant ? Demanda-t-elle à Wilson.

- Fort Meade. Derrière trois portes blindées et un mur d'acier de 30 centimètres d'épaisseur. »

Loki leva les yeux au ciel.

« Trouvez-moi un plan. J'irai le chercher demain matin. Maintenant, si vous voulez bien, je crois qu'un somme nous ferait à tous du bien. Comment dites-vous ici ? La nuit apporte les conseils ?

- Presque, sourit Wilson. La nuit porte conseil. »

Il fut décidé que Rogers et Wilson dormiraient dans le canapé-lit du salon, et les deux femmes pourraient profiter du lit de l'ancien militaire.

Loki se coucha quasiment toute habillée, retirant juste son soutien-gorge pour plus de confort. Romanoff fit la même chose. Elles s'allongèrent, se tournant le dos, mais aucune d'entre elles ne trouva le sommeil.

« Qu'est-ce que tu voulais dire tout à l'heure ? Demanda Romanoff après de longues minutes tendues. A propos de la blessure de Thor et des bracelets de Stark ?

- Pourquoi cette question ? Répondit Loki sans se retourner.

- Pourquoi avoir tenté d'envahir la Terre en premier lieu ? »

Loki pensa avec ironie que si elles continuaient à se répondre avec d'autres questions, elles pouvaient y passer toute la nuit.

« Quel était ton but véritable Loki ? Chuchota Romanoff doucement. »

Loki contracta la mâchoire. Il se souvenait que Romanoff était douée pour obtenir des réponses, mais elle était elle-même Déesse de la ruse. Néanmoins, elle n'avait pas envie de jouer à ce jeu-là.

« Pourquoi vouloir envahir la Terre après une tentative ratée de suicide, continua Romanoff. »

Cette fois, Loki se tourna vers l'espionne.

« Faut-il forcément chercher une raison dans les actes d'un fou ? Répondit doucement Loki.

- La folie a toujours une raison. Elle nous dépasse souvent, elle est parfois incompréhensible, mais elle est là. Cela ne coûte rien de la chercher. »

Loki s'installa sur le dos, une main placée négligemment sur son estomac. Dans l'obscurité de la nuit, la voix douce et un peu rauque de Romanoff incitait à la confidence. Mais Loki n'était pas quelqu'un qui se confiait facilement. La seule personne à n'avoir jamais prêté une oreille attentive était Sigyn. Toute autre personne était immédiatement cataloguée comme ennemi potentiel.

« Que sais-tu de la folie Romanoff ? Chuchota Loki en regardant le plafond invisible à cause de l'obscurité. Que sais-tu de ses tentacules visqueuses, de ses voix impitoyables, de ses connaissances si vraies qu'elles en sont glaciales ? Ce moment de lucidité si terrible, si douloureux que tout détruire reste la perspective la moins angoissante, la plus attrayante.

- J'en sais beaucoup, répondit-elle sur le même ton chuchoté. J'en sais terriblement plus que la plupart des gens. Je sais qu'on ne devient pas froid comme toi ou moi par gaîté de cœur. Ce qu'on perd d'un côté, il faut le regagner d'un autre. C'est là que la folie arrive. Thor nous a raconté certaines choses. Tu n'es pas Ase. Tu l'as découvert par accident. Mais il y a d'autres choses, n'est-ce pas ?

- Partout où j'ai pu aller, il est des activités peu honorables, discriminées. Cela existe partout. Sur Terre, que disent la plupart des gens d'une personne qui gagne sa vie en retirant celle des autres ? Que disent-ils d'une personne vendant les armes permettant des guerres atroces ? Que disent-ils d'une personne qui passe sa journée à en appeler d'autres pour leur vendre des produits dont ils n'ont pas besoin ? Que disent-ils d'une personne se filmant dans sa chambre à faire le clown ou à jouer aux jeux vidéo pour le poster ensuite sur internet ? Pourtant ces gens peuvent être très bons dans leur domaine.

- Ton domaine, c'est la Magie ? La Magie est déconsidérée sur Asgard ?

- La Magie en elle-même n'est pas déconsidérée. Son utilisation en tant qu'Ase l'est. Un Ase manie la hache de guerre ou l'épée, mais pas les sorts ou les potions. C'est ma mère qui m'a poussé dans cette voie quand j'ai fait montre de capacités incroyables. Elle est elle-même une Mage accomplie et révérée comme telle. Elle est Vane. Pas Asyne. Je crois qu'elle ne se rendra jamais réellement compte de ce fait. Que les Æsir me méprisent du fait de mon accointance avec la Magie. Tout ce qu'elle voulait était que je puisse m'épanouir dans un domaine qui me plaisait et où j'étais douée.

- Tu l'es ? Douée en Magie ?

- Sur trois Royaumes d'Yggdrasil, je suis considérée comme la plus puissante Mage de l'Arbre Monde. »

Il y avait une sorte de fierté honteuse dans sa voix. Sur Asgard, elle avait appris à camoufler tout ce qui pouvait faire écho à ses occupations magiques. Elle portait une armure, et des armes, cachait ses livres de Magie et s'entraînant derrière les portes verrouillées de ses quartiers. Mais sur Vanaheim ou Alfheim ou encore Svartalfheim, elle n'avait pas peur de porter l'habit traditionnel des Maîtres Mages. Elle n'avait pris dans sa vie qu'une seule apprentie, Sigyn, mais rêvait de former d'autres jeunes à son art délicat et subtil.

« Qu'est-ce que ça signifie ? Demanda Romanoff. Tu as une spécialité, quelque chose comme ça ?

- Il y a une hiérarchie parmi les praticiens de la Magie, expliqua Loki. D'abord, on entre apprenti. Selon les Royaumes ou sa fortune propre, l'apprenti sera soit élève dans une école, soit en apprentissage auprès d'un Mage ou d'un Maître, cursus que j'ai suivi. Puis, lorsque les professeurs ou le maître le décide, l'apprenti passe des épreuves pour devenir Sorcier. Il a alors le droit de vendre ses services, mais pour des tâches mineures. Ensuite, le Sorcier, s'il le désire peut continuer son enseignement, là, forcément en apprentissage auprès d'un Maître. Il doit choisir une spécialisation ou plusieurs. Encore une fois, quand il est jugé prêt, il passe une série d'épreuves, différentes selon les spécialités, devant un jury de Maître. Il devient alors Mage. En tant que Mage, vous pouvez vendre vos services sans restrictions, et prendre un apprenti. Peu le font cependant, car la plupart des Mages se concentrent sur l'étape suivante : devenir suffisamment bon dans leur domaine pour être reconnu comme méritant et ainsi accéder au dernier stade, celui de Maître de Magie.

- Et toi ? C'est quoi ta spécialité ?

- Je suis Maître Mage-Guerrier, et Mage-Théoricien.

- Vraiment ? Pourquoi pas l'inverse ?

- Parce qu'en tant que Prince d'Asgard, je n'ai pas le droit de prétendre à la maîtrise d'une chose aussi peu Asyne que la théorie magique. Et puis, mes obligations à la cour m'empêchaient de pleinement me consacrer à ma passion. Ordre direct d'Odin.

- C'est dommage. Si j'ai bien compris, c'est ce que tu préfères. C'est pour ça que Fury t'a embauchée.

- Les Héliporteurs du Projet Insight. J'ai travaillé à leur sécurisation et à la confection d'une arme spécifique. Une arme qui fonctionne grâce à la Magie. Mais pour la mise en service, les techniciens auront besoin de quelqu'un manipulant le seiðr et sans moi …

- Sans toi, ils ne sauront pas comment s'y prendre. C'est un problème en moins. »

Elles se turent. Romanoff se retourna, se plaçant elle aussi sur le dos.

« Odin voulait peut-être t'éviter l'humiliation. Je ne dis pas qu'il a eu raison de te brimer, mais il avait sa propre vision des choses.

- Ce n'est pas ce que je reproche à Odin. Enfin, si, mais, ce n'est pas ce que je lui reproche le plus. Il a toujours été beaucoup plus dur avec moi qu'avec Thor. Thor pouvait faire ce qu'il voulait, il n'était jamais grondé, ou si peu. Il se mettait toujours dans des situations improbables, et pour tous, il était normal que je lui vienne en aide. Mais les remontrances étaient pour nous deux. Il a eu le droit à Mjöllnir. J'ai eu le droit à 'Tu ne peux pas être Maître Mage-Théoricien Loki'. Il est devenu héritier. J'ai eu le droit à 'connais ta place mon frère'. Un exemple extrême. J'ai fait échouer son couronnement, car il n'était pas prêt à monter sur le trône. Nous n'aurions pas eu un Roi, mais un tyran. Et personne ne s'en inquiétait, sauf moi. Alors, j'ai fait entrer quelques Jötnar dans le Palais le jour du couronnement. Ils ont été très vite tués, mais Thor s'est enflammé et à voulu marcher sur Jötunheim pour une expédition punitive. Trois Jötnar entrent dans le Palais, et lui veut déclencher une guerre. Et malgré le refus du Père de Toute Chose, il l'a fait, m'embarquant d'autorité dans son délire, avec ses quatre meilleurs amis. Il pensait réellement qu'à six nous pourrions nous battre contre une armée de Géants des Glaces. Odin nous a sauvé la vie, car j'ai eu le bon sens de le faire prévenir.

- Mais Thor ne l'a pas vu comme cela.

- Non. A ses yeux, et aux yeux de ses amis, c'était une trahison. Tout ce que je voulais, c'était éviter cette guerre, cette invasion. Thor voulait détruire les Jötnar. Tout Asgard hait ce peuple. Qu'a fait Odin pour le punir ? Il lui a confisqué Mjöllnir et l'a exilé sur Terre avec pour consigne de se montrer digne de ses pouvoirs. Je te passerai les détails de comment je suis monté sur le trône pendant ce temps, comme Roi Régent, et comment j'en suis venu à … tomber entre les branches de l'Yggdrasil. Tout est encore confus pour moi, et je ne me souviens pas de tout. Je sais que les amis de Thor l'ont rejoins sur Terre, malgré mon interdiction, et que le Gardien leur a ouvert le Bifröst, se rendant parjure. Je me souviens aussi avoir fait croire à Thor qu'Odin était mort. Mais je ne me souviens plus pourquoi. Je me souviens avoir envoyé le Destructeur sur Terre, mais je ne me souviens pas de comment Thor est revenu sur Asgard, ni comment il en est venu à détruire le Bifröst. J'ai quelques flashs, comme vous dites. Je tue mon père biologique, qui m'a laissé à mourir dans le froid de Jötunheim. Je me bats contre Thor sur le Pont Arc-en-Ciel. Je lâche Gungnir. Mais c'est tout. Il n'y a plus vraiment de lien entre tout ça. Juste, l'envie de … d'effacer. De détruire. »

Dans la nuit, Loki écoute la respiration calme de Romanoff qui l'écoute sans l'interrompre. Depuis quand quelqu'un avait-il pris le temps de l'écouter ainsi ?

« A l'inverse, quand j'ai mené l'armée des Chitauri sur Terre, ce qui est comparable à la volonté de Thor de mener une guerre contre Jötunheim, quelle a été ma sentence ? La prison à perpétuité, et deux siècles en isolation complète. Même les gardes qui m'apportaient mes repas n'avaient pas le droit de me parler. C'est un peu l'apothéose de la différence de traitement entre Thor et moi. Et je les comprends d'une certaine manière. Comment aimer un enfant qui en plus de ne pas être le sien, est issu d'un peuple aussi barbare que celui des Jötnar ? Alors que vous pouvez donner tout votre amour à votre propre enfant. Le fruit de votre chair. Votre propre sang. Si Odin m'a pris avec lui, ce n'était pas par pitié. C'était dans l'espoir de pouvoir me placer un jour sur le trône de Jötunheim, faire de moi un Roi pantin. Ce projet est vite devenu obsolète. Plus besoin de s'embarrasser à me montrer la moindre affection. »

Romanoff resta silencieuse de longs instants.

« Je ne sais pas ce qui est le plus triste, dit-elle. Que tu penses que ce soit vrai, ou qu'en effet, ça puisse l'être. Je n'ai jamais rencontré Odin. Mais Thor … il parle toujours de toi comme étant son frère, tu sais. Il ne supporte pas qu'on puisse dire du mal de toi en sa présence. Même Clint fait des efforts à ce propos. Et pourtant, ce n'est pas ton plus grand fan. Loin de là.

- Compréhensible.

- Qu'est-ce que tu as fait exactement ? Il ne se souvient de rien, et ça l'angoisse terriblement.

- Je n'y peux pas grand chose. C'est un effet secondaire de la possession grâce au Sceptre. Je ne pourrais pas lui rendre la mémoire.

- C'est mieux comme ça.

- Ah ?

- Nous … nous ne voulons pas qu'il se souvienne. Il a tué des gens, des agents avec qui il a travaillé. Et il se sent coupable de la mort de Phil … même si, ce n'est plus d'actualité. Si Fury n'était pas mort, crois-moi, il passerait un mauvais quart d'heure. Faire croire à Clint que son mentor et protecteur est mort par sa faute … Fury compte … comptait beaucoup pour moi, mais là, j'ai juste envie d'aller cracher sur sa tombe. »

Dans le noir, Loki sourit.


Je vous avais dit que ce serait plus long. Et encore, j'ai coupé un peu pour équilibrer.

Avec le petit rapprochement qui va bien à la fin :) D'ailleurs, le couple Loki-Natasha a-t-il un nom ? Le FrostWidow ? Le Losha ? Le Lotasha ? Le Naki ? (ça fait vaguement nom de menu japonais) Je veux savoir !

Je n'ai pas eu le temps de répondre aux reviews cette semaine, mais vous avez toute ma gratitude 3 keur sur vous qui laissez des messages !

A bientôt !