Disclaimer: les personnages appartiennent à Pierre Bottero, ainsi que le cadre de l'histoire.
Petite note: À savoir, l'histoire du regard de la vieille femme est liée au meurtre de la Cendre. C'est Nawel qui parle. Je me suis efforcée de ne pas faire quelque chose de trop compliqué mais vu le titre… ben, c'était pas facile. J'espère que ça reste compréhensible.
Autre chose: j'ai décidé de créer une relation entre les 2 héroïnes. Rien de bien grave. C'est uniquement du suggéré mais ceux qui ne peuvent pas supporter les relations homosexuelles (ceux qui sont homophobes, en clair), vous êtes priés de passer à autre chose. Merci d'avance.
Bonne lecture!
Topic 40:
Une nouvelle iconographie de la résurrection
Je soupirai. Maintenant que j'étais de l'autre côté de la porte, le courage retombait. Le vert luxuriant, l'humidité des végétaux me pesaient. Je savais où j'étais. En enfer. Un enfer vert, d'apparence tranquille mais grouillant de démons, de bestioles pas recommandables. En présence des Armures, je ne m'étais pas laissée aller, me souvenant de paroles de mon mentor. « Tu te vautres dans un misérabilisme facile, Nawel! » Mais, maintenant, maintenant, alors qu'il n'y avait plus personne, que j'étais destinée à mourir, n'avais-je pas le droit de me vautrer dans ce misérabilisme? Des larmes coulèrent le long de mes joues. Moi qui croyais avoir une vie normale et tranquille, une vie en tant que Mage auprès de mes amis, je me retrouvais condamnée à mort loin des miens. Je n'avais prévenu personne, même pas mes parents. Comment allaient-ils l'apprendre? Quelle serait leur réaction? Peu importe, ils avaient arrêté de se soucier de moi quand je leur avais désobéi.
Je leur avais désobéi, oui. Je n'arrivais pas à y croire. Tout avait commencé le jour où j'avais assassiné une Cendre. Peu après, au lieu de demander cette fameuse robe de mage, j'avais voulu porter l'Armure. Et au fur et à mesure, mon ancien moi avait disparu, avalé par ma nouvelle vie. En vérité, ce phénomène n'avait pris de l'ampleur qu'après ces évènements alors que je commençais mon apprentissage. C'est là que je t'avais connue, sans savoir que je te reverrais. C'est là que, sans le savoir, j'avais dirigé mon destin vers une résurrection. Cette première rencontre, je pense qu'on s'en souvient toutes les deux, mais vaguement. Moi, le souvenir qui me reste, c'est une peur bleue, une course éperdue alors que - je l'ai compris après - tu ne me poursuivais pas. Les rires de mes camarades à mon retour et l'histoire avait été classée. Mais, ce n'est pas mon propos.
Quand j'avais demandé l'Armure, j'avais senti que quelque chose se rétracter en moi, pour laisser la place à… à quoi? À une chose nouvelle, un sentiment qui sentait la liberté, les nouveaux horizons. Mais c'est après notre rencontre que tout s'est accéléré. J'avais enfin pu revêtir l'Armure. Au début, elle ressemblait à une vieille loque, pourtant quand je l'avais enfilée, c'était…incroyable. Sensation indescriptible de bonheur et de plénitude. Cette armure qui me protégeait des coups me coupait aussi de mon passé. Cette entité vivante me faisait oublier la colère de mes parents, le silence après mon choix. Elle me transmettait juste l'émerveillement du moment. Elle forçait le nouveau moi à sortir. Elle enfermait l'ancien. Elle m'emmenait à la vie, avais-je l'impression. Ce que j'ignorais, c'était que l'expérience était loin d'être finie.
Envoyée en mission avec mon amie, je t'ai rencontrée à nouveau. Et je suis morte. Pas directement, bien sûr. Mon cœur battait toujours, le sang coulait dans mes veines, mon corps vivait. Mais mon esprit est mort. Que s'est-il passé à ce moment? Je n'en sais rien. Juste mon amie qui a voulu attaquer. Toi et ton proche qui vous êtes défendus. Moi qui ai répliqué. Ton proche qui est tombé. Et là, ton visage. Ta douleur. Ta tristesse. Mais pas de rage ni de colère. Pas d'envie de vengeance. Juste une tristesse infinie, une touche de remords ton cœur qui saignait. Et au milieu de ça, ton visage d'une beauté sauvage, défiguré par des sentiments humains. Je n'avais jamais connu une expression plus humaine. Ma bouche s'est asséchée. La part de moi qui ne portait pas l'Armure a refait surface. Cette part qui portait un crime sur le cœur. Cette part, ensevelie sous la douleur. Ton regard m'a porté un peu plus d'un an avant. Ce n'était plus le tien mais celui de la vieille femme qui m'avait conduit jusqu'à la tombe. Un regard plein de tristesse, de douleur mais plein de reproches et de haine. Ce que j'étais alors n'a pas pu supporter un tel souvenir. Cette part s'est éteinte. Et a emporté l'autre avec elle. Je me suis servie de l'alibi de la blessure de ma camarade pour fuir. J'ai détalé à toute vitesse alors que ma seule envie était de me mettre à genoux et de m'excuser, de te prendre dans mes bras et de soigner cette plaie que j'avais causée. J'ai fui en espérant sortir de l'abîme dans lequel je m'étais fourrée.
Mais, bien évidemment, rien n'a marché. La vie n'est pas revenue. Elle est restée cachée. Et pendant un temps, j'ai vécu cette douleur. Je m'efforçais de t'effacer de mon esprit. Le jour, tu te pliais à mes exigences, tu restais terrée dans ton coin. Mais la nuit, à peine fermais-je les yeux que tu revenais me hanter, inlassablement. Ta douleur, ton visage, tes gestes, ta grâce envahissaient mon esprit. Peut-être est-ce ceci finalement qui m'a empêchée de sombrer. Peut-être que la raison pour laquelle mon corps n'a pas suivi mon esprit est que celui-ci refaisait surface la nuit tombée. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je suis encore en vie. Mais, ta présence fantôme la nuit ne m'a pas aidée à retrouver la vie.
Puis est venue l'invasion des bestioles de cette maudite porte, et je suis retournée sur le lieu de notre rencontre. Plus une émotion, plus une expression, je n'avais plus rien. Je désespérais et m'enfonçais peu à peu dans l'abîme noir de la dépression. Je n'existais plus. Personne n'était venu réveiller la guerrière morte. Personne n'en aurait été capable d'ailleurs. Il n'existe pas de remède à la mort. Mais, ce jour où je me dirigeais vers la porte, il y eu comme une remontée de conscience. Comme si après avoir cru me noyer, j'arrivais à sortir la tête de l'eau. Une poussée d'espoir. Une touche d'espérance. Et puis, les vagues m'ont à nouveau submergée et entraînée vers les profondeurs. La légère excitation est retombée et la chape grise de la déprime m'a enveloppée. « L'espoir/ Vaincu, pleure, et l'Angoisse, atroce, despotique/ Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. » Un espoir, rien de plus. Je suis arrivée à destination. Rien n'avait changé depuis la dernière fois. Le puits, toujours imperturbable. Mais dans la salle de la porte, du monde. Plus de solitude. Plus de toi et moi. Des Armures. Et au milieu, non ! Au milieu, une apparition. Au milieu de ces soldats, ta silhouette sauvage, maîtrisée, et impuissante. Pourquoi ? Pourquoi devais-tu être là ? Je n'entends pas ce qui se dit. Je sais seulement une chose : tu ne dois pas être enchaînée. Tu ne le mérites pas. Ta place n'est pas parmi nous. Ton regard se pose sur moi, je le sens. Je suis à la surface, mais je n'arrive pas à percer le mur d'eau. Au milieu de la tempête, je me noie, seule. Je ne peux qu'entr'apercevoir le calme au loin et le radeau qui s'avance vers moi. Je suis à bout de force. Je coule. Ma dernière pointe de conscience s'évanouit. Adieu.
- Nawel ? questionne la voix de mon mentor.
- Laissez-moi seule avec elle.
Ils sont sortis.
Enfin, toi et moi, seules, dans cette salle, comme la première fois. Tu me regardes. Je te libère de tes liens. Tu continues à me fixer.
Le radeau se rapproche, avec le calme. Il est trop tard, pourtant. Je m'enfonce dans les remous noirs.
Tu es debout. Ta main effleure ma joue, doucement. Tes pupilles ne lâchent pas les miennes.
Le calme est là, avec le radeau. Ma vision se brouille mais je peux apercevoir une main qui fend l'eau.
Tes lèvres se posent sur les miennes, douces. Elles me tirent vers la vie. Tu approfondis le baiser.
Difficilement, je tends la main. Mes doigts en effleurent d'autres. Une poigne de fer me saisit, me tire. Ma main serre spasmodiquement un poignet.
Je te réponds, timidement. Nos langues se rencontrent. Langoureusement, la vie s'étire et revient.
Ma tête sort de l'eau. Je prends une grande inspiration et me hisse durement sur le radeau. Tu es là.
Elle est là. Elle explose en moi. Tu nous sépares et, dans tes yeux, brille une lueur.
- Tu es vivante.
Je ne réponds pas. Avec quelques mots, tu m'expliques ce qu'il se passe. J'écoute. Mais je le savais déjà. Je m'en doutais. C'est à moi de fermer la porte du côté de la jungle. Nous restons quelques instants bras dans les bras puis tu me murmures un pardon.
- Je t'aime.
Même moi, je me suis à peine entendue. Tu me souris.
- Moi aussi, Nawel.
Et je passe de l'autre côté. Mais, aucune importance, j'existe à nouveau. J'ai échappé à la mort. Une résurrection, en fait. Pas question de mourir, maintenant. Je me relève dans la jungle. Je reviendrai.
