Chapter 4 : Doutes ou vérités ?

- Kakashi-sensei ?

C'était encore la nuit, la pleine nuit au village sinistre. La lune était voilée de nuages d'orage, et la seule lumière qui parvenait aux yeux de la kunoichi était celle, tamisée, d'un feu mourant. Elle s'assit dans son sac de couchage. On entendait les ronflements légers de Naruto et Sasuke dans la chambre.

- Sakura ? Tu ne dors pas ?

- Je dois vous parler de quelque chose…

Il soupira.

- Ca ne peut pas attendre demain ?

- Non… C'est à propos de Naruto.

Elle se leva et chercha son sac à tâtons. Kakashi attisa les braises et remit une bûche. La lumière revint en force quelques instants plus tard.

- Alors ?

Elle s'assit en fouillant dans son sac.

- Quand je suis allée chercher le sac de Naruto et l'épée de Sasuke-kun, hier, j'ai trouvé son sac et ses vêtements éparpillés par terre, dans la boue. Je les ai essorés et frottés un peu, puis, quand je les ai remis dans le sac, j'ai vu…

Elle sortit la bouteille de son sac.

-… Ca briller. Je ne sais pas trop de que c'est… Même pas du tout, d'ailleurs. C'est étrange.

- Je peux voir ?

- Tenez.

Kakashi prit précautionneusement le flacon dans ses mains et l'approcha du feu.

- On dirait…

- J'ai d'abord pensé à du parfum.

- En effet, ça y ressemble. Tu l'as ouvert ?

- Oui.

Le ninja-copieur ôta le capuchon le plus loin de lui qu'il pût. Puis, ne jugeant pas qu'il y ait danger, renifla.

- Drôle de parfum.

- Après, j'ai pensé à de l'huile.

- De l'huile ?

- A voir la consistance, la couleur, l'odeur. Je ne sais pas ce que ça pourrait être d'autre…

- Tu as raison. Mais je me demande…

Il mit quelques gouttes dans le couvercle et les jeta au feu. Un léger sifflement retentit, et des volutes de fumée s'élevèrent dans la cheminée.

- Non…

- Quoi donc ?

- Rien… Ca ne prouve rien, de toute façon.

- Si vous le dites…

- Je le dis.

Il inspira en se grattant le menton.

- Tu as d'autres pistes ?

- Oui… C'est de celle-là que je voulais vous parler. Ca m'inquiète…

- Vas-y.

Sakura baissa la voix.

- Vous vous souvenez hier matin, quand on vous a réveillé en criant ?

- Evidemment. Vous avez gâché ma matinée…

- Je venais d'imaginer que Naruto et Sasuke-kun se droguaient…

- J'y ai déjà pensé.

- Et donc, … euh… A cause de quoi ?

- Ils sont étranges. Avant, ils se détestaient cordialement et n'en manquaient pas une pour s'insulter. Tellement que j'avais failli demander à Sandaime de les changer d'équipe. Mais au bout d'un moment, ils ont commencé à s'apprécier. J'ai toujours eu l'impression que quelque chose les rapprochait… Une sorte de secret commun… Mais ce n'était qu'une idée parmi d'autres. Alors ? Toi ?

- J'ai remarqué que Naruto avait tout le temps un sourire énorme sur son visage. Que malgré les épreuves qu'il a traversées – et moi je me serais certainement suicidée plutôt que de les affronter –, il a toujours gardé la joie de vivre. A tel point que c'est presque inhumain. Je demande d'où il tient cette force. Et plus j'y pense, plus j'ai l'impression qu'il se drogue.

- Et pour Sasuke ?

- Comme vous l'avez dit, ils se détestaient royalement il y a quelques années. Puis au bout d'un moment, ils ont commencé à s'apprécier. Puis Sasuke-kun est parti. Quand il est revenu, à moitié habillé seulement, alors que n'importe qui caillerait à sa place, lui, il ne remarque même pas la pluie ou le gel. Et il s'est tout de suite super bien entendu avec Naruto, malgré les maigres efforts qu'ils font chacun pour le cacher. Je pense qu'il ne remarque pas qu'il a froid à cause de la drogue. C'est un des effets qu'ont certaines. Ca pourrait être ça. Et je me dis qu'il est partit en espérant aussi, en plus d'acquérir de la puissance, ne pas tomber dans le piège de la drogue. Qu'il fuyait la tentation, en quelque sorte.

- Bien raisonné. Je n'y avais jamais songé.

- Et hier, j'ai appris qu'il avait dormi dans les bras l'un de l'autre…

- Quoi ?

Sakura sourit.

- Vous dormiez encore. Mais je ne m'inquiète pas à leur sujet : Naruto m'a toujours couru après, et vous vous souvenez de la crise qu'il a faite à cause de la tache de salive.

- Naturellement. Continue.

- Je pense que si Sasuke n'avait pas pris de drogue, il aurait été écoeuré de dormir dans les bras de Naruto. Et lui de même.

- Mais tout ça ne prouve rien. Ce serait les accuser d'incendie en n'ayant que vu la fumée. On doit d'abord penser à des fumigènes.

- C'est vrai. Alors voici. J'ai goûté ce… liquide.

- Tu as pris des risques.

- Je sais. Mais sur le moment, j'étais surtout excitée. Et je pensais que c'était de l'huile…

- Alors ? Ensuite ?

- Je me suis sentie bizarre. Ca a perturbé mon chakra, j'ai créé une trentaine de clones au lieu de cinq. Et j'ai eu une sensation d'extase… vraiment formidable.

- La drogue est donc l'explication la plus vraisemblable.

- Il me semble.

- Naruto sait que tu lui as pris ce flacon ?

- Normalement non.

- Alors on va le remettre dans son sac, mais avant on va en prélever un peu pour l'analyser à Konoha.

- C'était ce que je comptais faire.

- Tu sais qu'il risque gros.

- Pourquoi ça ?

- Deal. Si d'autres preuves sont trouvées, il vend de la drogue à Sasuke.

- Je n'avais pas pensé à ça… Mais je pense qu'on doit continuer l'enquête. Je l'aime beaucoup, mais… C'est notre devoir.

- Bien. Tu comprends ce qu'est la vie de ninja.

Sakura sourit. Puis elle baissa la tête.

- Et Sasuke-kun ?

Kakashi leva les bras.

- Qui sait ? Il en vend peut-être aussi. Mais il a tué Orochimaru. Son cas est plus compliqué. En tout cas, nous n'avons pas de raison de penser qu'il en vend. Si tel est le cas…

Il laissa sa phrase en suspens, lassant planer le sous-entendu. Sakura retint un frisson. Il fut de courte durée.

Un bruit de chute leur parvint, venant de l'autre pièce.

- Mince ! Ils ont entendu ?

- Je ne sais pas. Peut-être. C'est vrai que nous n'avons pas pris suffisamment de précautions…

Deux ronflements synchronisés se firent entendre. Kakashi sourit.

- Mais on dirait qu'on ne craint rien. Bon, je vais me coucher. C'est à ton tout de monter la garde. Tu réveilleras Naruto.

- Hai !

- Et on laisse Sasuke tranquille pour l'instant. Il nous expliquera tout plus tard. Tu le diras à Naruto.

Lorsqu'elle vint réveiller Naruto, elle vit que Sasuke était tombé du lit.


Le soleil commença à poindre sur les corps de trois endormis. Naruto l'observait sortir de sa cachette pour mieux se dévoiler, sans pudeur.

- Lui il peut le faire…

Il n'avait rien à faire que de regarder par la fenêtre. Veiller avait toujours été le plus dur pour le blond : rester seul, à ne rien faire, à ne pas pouvoir faire du bruit, pendant plusieurs heures. Il avait toujours trouvé que c'était une perte de temps. Mais, conscient qu'il fallait que ce soit fait, il s'y acquittait toujours du mieux qu'il pouvait.

Parfois, quand il était seul, chez lui, il n'avait rien à faire. Personne à qui parler. Alors il allait voir ses chattes et leur parlait tendrement. Il leur racontait sa vie, ses envies, ses peines, le tout en leur donnant des caresses. Qui sait ce qu'elles avaient entendu ? Plus que Naruto n'eût jamais pu jugé, certainement. Elles devaient le connaître mieux que lui-même ne se connaîtrait jamais. Sauf, évidemment, ce que leurs ronronnements étouffaient des murmures faibles de leur maître. Car il n'était pas toujours heureux à compter sa joie. Il ne leur parlait pas seulement de parcs florissants sous la rosée du printemps.

Et parfois, aussi, il chantait. Etre seul lui semblait alors merveilleux : il pouvait chanter à tue-tête sans que personne ne se moque de lui.

Mais en mission, avec trois dormeurs à surveiller, il ne pouvait pas chanter. Même pas fredonner. Silence absolu.

Il soupira. Cette mission était épuisante. Trop différente. Ce n'était pas une simple mission, du style où il arrivait grand sourire, fracassait la tête de ses ennemis ou les convainquait de se mettre vendre des tulipes au marché d'à côté, puis rentrait chez eux. Ce n'était pas de ces missions où de légères dissensions naissaient entre les membres de la team 7, réparées par un bol de râmens ou un autographe d'Ero-sennin.

Il sourit. Ce n'était ici pas des dissensions, mais plutôt des ressensions. Ou des sensions tout court. Et évidemment, des questions. Des interrogassensions.

Il se dirigea vers son ami qui dormait à poings fermés. Il l'observa un instant puis s'agenouilla devant son visage.

- Tu es beau…

Il fronça les sourcils, intrigué par ce qu'il venait de dire. Mais lorsque les nuages s'ôtèrent du soleil rougis, il oublia ce souci.

Sasuke dormait allongé sur le côté, une main sous sa joue, l'autre cachée dans ses draps. Sa respiration paisible soulevait régulièrement la couverture, puis la laissait retomber sur lui. Une mèche de cheveux pendait nonchalamment devant son nez, et s'agitait nerveusement à chaque fois qu'il vidait ses poumons. Une autre masquait ses yeux fermés. Naruto sentait son souffle chaud sur son visage.

Les rayons du soleil levant passaient à travers la fenêtre fermée et s'étalaient contre le doux visage de l'Uchiwa endormi. Ils s'étiraient autant qu'ils le pouvaient, teintant sa peau pâle d'une divine couleur rouge.

Naruto arrêta de respirer. Après quelques dizaines de secondes, manquant d'air, il reprit son souffle en se questionnant sur la raison de cette apnée.

Un coq chanta. La journée faisait son nid en incrustant ses brindilles panachées dans tous les pores des êtres. La rosée brillait sur l'herbe verte, avivée par la pluie de la veille. L'orage était passé : restait le beau temps.

Naruto remit les mèches de son ami en place puis se releva. Il l'observa encore quelques secondes puis retourna dans le salon. Au moment de passer le seuil, il s'arrêta soudain. Il lui semblait avoir entendu quelque chose.

- Naruto… Naru… to…

Le blond sourit tendrement et revint près de son ami. Une main blanche glissa des draps et se cogna contre le rebord du lit. Elle se serra un instant, puis retomba mollement dans le vide.

Naruto l'attrapa doucement. Il profita brièvement de ce contact, puis la reposa à côté de son ami. Celui-ci gémit de bien-être.

Il sembla à Naruto qu'il avait vu deux yeux humides et ténébreux vaguement entrouverts l'observer d'un air comblé lorsqu'il quitta la pièce. Mais ils se refermèrent dès que le blond ne fut plus là.


- Il dort encore ?

- Tu sais bien que c'est un gros fainéant…

- Oui mais il fait presque jour, là…

- Il fait carrément jour, oui ! T'as vu où est le soleil ?

- Taisez-vous, vous deux. Laissez-le dormir.

- Oh c'est bon, hein. T'étais mieux avant.

- Avant ?

- Au début de la mission. T'étais bizarre mais au moins tu ronchonnais pas tout le temps.

- Sakura-chaaaan… Il ronchonne pas… Il est juste…

- Je suis là, n'oublie pas. J'entends tout.

Naruto réfléchit un instant puis fit un grand sourire. Il le cacha bien vite.

- Si, au fait, t'as raison. C'est juste un chiant qui pleurniche tout le temps et qui n'en perd pas une pour se jeter dans mes bras, un exhibitionniste gay, parano et dépressif.

Sasuke ouvrit grands ses yeux.

- C'est vraiment comme ça que je suis pour vous ?

Sakura fit un clin d'œil à Naruto, et approuva le plus naturellement du monde.

- J'osais pas te le dire… Oui… C'est vrai…

- Je… Je…

Il prit une grande inspiration en reculant de quelques pas, atterré. Ses yeux voguaient en tous sens, cherchant une base solide à laquelle s'accrocher.

Ils se fixèrent sur son ami qui l'observait et dissimulant un sourire. Puis, au bout d'un moment, ils durent quitter les ses yeux bleus. Il ne pourrait pas s'y réfugier. C'est à cet instant qu'il se rendit compte de ce que représentait réellement Naruto à ses yeux. Il n'était pas qu'un simple ami. En témoignaient les deux jours passés. En témoignait ce dont il avait envie à présent… se réfugier contre son torse doux.

Mais il ne pouvait pas.

- Je…

Il se mordit la lèvre inférieure pour ne pas pleurer.

Naruto s'avança, inquiet.

- Sasuke ? Ca va ?

L'Uchiwa n'en put plus et couru dans la chambre. Pourquoi lui avaient-ils dit ça maintenant ? Si froidement ? Pourquoi avaient-ils semblé se réjouir de ce qu'ils annonçaient ? S'en amusaient-ils ?

Il sursauta. Une main s'était posée sur son épaule. Il fit des yeux ronds, laissant s'échapper quelques larmes de plus sur son visage noyé, et arrêta de respirer. Il ne bougea pas, trop honteux de se laisser aller.

- Sasuke…

Naruto resserra sa main sur l'épaule de Sasuke.

- C'est pas vrai Sasuke. C'était pour te taquiner. On pensait pas que tu allais réagir comme ça ! Comment on aurait pu le prévoir ?

Sakura observait la scène à l'entrée de la pièce, en silence. Elle n'osait rien dire. Naruto lui lança un regard puis continua.

- Je suis désolé que ça ait pu te faire du mal. C'est pas mon genre ! Tu me connais !

Sasuke renifla. Puis, sans se retourner, il regarda sa coéquipière, l'air gêné. Naruto compris.

- Tu veux bien nous laisser ?

Elle acquiesça et s'en alla sans un bruit.

- Alors ?

- Je…

- T'inquiète. Y'a rien de vrai dans ce que j'ai dit.

- Je sais pas si je peux encore te faire confiance…

Naruto força son ami à se retourner et leva son visage d'une main pour le regarder dans les yeux. Sasuke était vraiment perdu.

- Je t'ai jamais menti. Je me souviens pas d'avoir menti à qui que ce soit, d'ailleurs. Ou alors il le fallait vraiment.

- Qu'est-ce qui me prouve qu'il le faut pas vraiment ?

Naruto soupira.

- Je te le promets. Fais-moi confiance. On s'est beaucoup inquiété pour toi ces derniers jours ! Alors te voir comme avant, ça nous a rassuré ! Et puis, il faut bien rire, parfois ! C'était juste pour s'amuser !

Sasuke gémit. Il n'était pas convaincu.

- Quoi ?

- Tout ce que tu as dit… Ca a du vrai. T'a pas inventé.

- Mais noooon… Je te répète que c'était juste comme ça !

- Si Naruto. Ecoute-moi pour une fois.

Le blond n'apprécia pas ce sous-entendu mais laissa passer. Ce n'était pas le moment de jouer les chiants.

- Je suis chiant. Je suppose que ça va avec le dépressif… Je ne souris jamais… Je sais bien. Mais j'y arrive pas… A cause d'Itachi.

Il sentit la main de Naruto se crisper sur son épaule. Il poursuivit.

- Parano… Ca doit être lié aussi… Normalement je pleurniche pas. C'est juste ces derniers jours, à cause de… De ce matin où t'as…

- Où j'ai ?

- J'ai pas envie de le dire. Et c'est pas normal que je cherche tout le temps à être réconforté. J'ai toujours tout su garder pour moi. Je dois pas avoir besoin d'aide. Je sais pas…

- C'est vrai que je t'ai jamais vu appeler à l'aide. T'as toujours tout fait tout seul.

- L'exhibitionniste, c'est mon kimono… J'y peux rien, c'est super chaud ces trucs-là. Tu devrais essayer une fois…

Il se perdit un instant dans ses pensées, à imaginer Naruto à moitié dévoilé, puis se repris.

- Et pour finir… Je… Je fais tout ça parce que je… Enfin, je pense, hein ! C'est nouveau pour moi ces choses-là. Mais donc, parce que je… Je t'…

- AH, VOUS ETES ENFIN REVEILLE ! Ca fait plus d'une heure qu'on vous attend ! Certainement deux ! Peut-être trois ! Vous êtes pas gêné !

- Sakuraaa… Laisse-moi ouvrir les yeux…

- Ouvrir l'œil, plutôt.

Entendant cette bonne nouvelle, Naruto fit un grand sourire d'extase.

- Tu me diras ça plus tard, Sasuke ! D'accord ? Maintenant je vais aller botter les fesses à Kakashi-sensei !

Le voyant déçu, il ajouta :

- T'en fait pas, grand. On t'aime beaucoup. Vraiment, c'était pas pour te faire du mal.

Il y eut un silence gêné, Sasuke voulant toujours dire ce qu'il lui fallait dire, Naruto ne sachant quoi ajouter pour le réconforter. Celui-ci frappa alors sur sa cuisse :

- Aller ! Je vais voir !

Il hésita un instant, puis se pencha et posa – très brièvement – ses lèvres sur la joue de Sasuke. Il chuchota :

- T'inquiète pas, grand. Je ferai tout pour t'aider.

Il tapota son dos et tourna les talons.


Ils s'étaient attablés pour leur déjeuner, profitant des meubles que les propriétaires ne semblaient pas pressés de reprendre. Au menu : rien d'exceptionnel. Le genre de nourriture qu'on regrette d'avoir préparé lorsque vient le moment de le manger.

Sasuke faisait une tête de déterré, qu'attribuait Kakashi aux événements de la veille. Sakura et lui-même songeaient à l'enquête qu'ils menaient à présent. Naruto, seul, affichait un sourire d'une franchise inhumaine.

- Yooosh ! Aujourd'hui, on va enfin savoir ce qui se trame dans ce village !

- Moi, à ta place, je ne serais pas si pressée… Ca doit pas être très réjouissant…

- Je sais, mais… J'ai trop envie de le savoir !

Et, oubliant soudainement la texture de la solution qui prenait place dans son bol, il se rua dessus et engloutit tout sous trois paires d'yeux médusés. Il sauta sur ses jambes et se mit à s'agiter.

- Aller, quoi ! Magnez-vous ! J'ai envie d'explorer !

- Mais… Ce mélange est… immonde !

- Je sais bien ! C'est pas toi qui a déjà tout mangé ! Ca passe mieux d'un coup !

Sakura leva un doigt.

- De un, pour la digestion, il vaut mieux manger lentement. Contrairement à ce que tu sembles penser, il n'y a pas que ton estomac qui décompose tes aliments. Ca commence dans ta bouche, avec l'amylase contenue dans la salive. Ce sont des enzymes qui décomposent l'amidon en disaccharides, pour les envoyer à l'estomac qui lui, ensuite, hachera ces molécules en d'autres plus petites, et ainsi de suite. Donc, mâcher consciencieusement et pendant une certaine durée ses aliments sert avant tout à la digestion. Après, évidemment, on remarque que les gloutons sont mal vus. De deux, je suis sûre qu'en bâfrant cette… chose aussi vite, tu as senti le goût encore plus fort. Et je refuse de m'imposer un tel traitement.

- Alàlà, Sakura-chan…Ce que tu peux être ennuyeuse, parfois, depuis que tu es l'apprentie de Mamie-Tsunade !

- Naruto… Fais gaffe à ce que tu dis !

- Mouais, bon. Et puis, c'est peut-être pire, mais en l'endure moins longtemps !

- Les jeunes, je pense que vous exagérez. De générations de ninjas ont mangé…ça avant vous, et personne n'a proposé mieux. Il faut savoir que c'est un concentré de bonnes choses ! Tu devrais comprendre ça, Sakura !

- Oui, je sais. Mais ça n'empêche que c'est infect.

Naruto soupira et s'assit devant une fenêtre. Il avait presque l'air dans ses pensées.

Sasuke se leva à son tour.

- Sasuke-kun ? Tu as fini ?

- J'ai essaye la technique de Naruto. C'est vrai que ça marche bien ! Et maintenant, j'en suis débarrassé.

Il s'étira.

- Je crois que je suis bon pour une bonne séance d'assouplissement… J'ai dormi longtemps ?

- Oui ! De quand on est arrivé ici, vers quatre heures et demie, jusqu'à quand tu t'es réveillé. Ca fait… Quinze heures ? Tu t'es réveillé que pour manger hier soir, je crois. Ah, et aussi pour remonter dans le lit.

- Ah quand même ! Vous auriez pu me réveiller !

- Tu étais trop épuisé. Tu n'aurais pas tenu les tours de garde.

- Vous avez fait des veilles, en plus !

- Mission trop imprévisible. Nous n'avons toujours aucune idée de ce qui nous attend. Et nous ne sommes pas chez nous.

Kakashi leva alors la tête et reniflant.

- Dites… Vous ne sentez pas quelque chose ?

Les trois jeunes reniflèrent à leur tour.

- Non… Rien d'anormal…

Le sensei insista.

- Si… Il y a une odeur… Une mauvaise odeur…

Naruto éclata de rire.

- Ca, c'est le repas, Kakashi-sensei ! Dépêchez-vous de le manger, on en reparlera plus tard !

- Mais non… Pas cette odeur-là ! On dirait plutôt un genre… De bête crevée…

- Je ne sens rien…

- Moi non plus.

- Ce n'est pas étonnant, finalement. J'ai un odorat beaucoup plus développé que le vôtre.

- C'est ça, faites le malin…

- Il en loupe pas une, hein, Sakura-chan ?

- Il se les invente même parfois !

- Eh ! Vous ne devriez pas parler comme ça de moi ! Je suis votre sensei, n'oubliez pas ! Vous me devez le respect !

- Comme il se la pète…

Kakashi soupira.

- Les jeunes, de nos jours… Ca doit être cela, l'adolescence !

- Et moi je vous dis que ça sent la bête crevée !

- Mais non ! Vous vous l'inventez ! Vous devez développer une psychose. Un genre de paranoïa olfactif.

- Non, il a raison, Naruto. Je sens aussi, maintenant. Peut-être que maintenant qu'on est sorti…

- Je le sens également.

- Et moi toujours pas ! Ca m'énerve !

Kakashi posa une main sur son épaule.

- Calme-toi Naruto. Nous ne sommes plus dans la maison, nous devons être d'autant plus sur nos gardes. Alors essaie de ne pas crier.

- C'est plus fort que moi… Mais je vais essayer.

Ils avancèrent lentement dans le village, n'ayant pas de but précis. L'orage d'hier avait lavé les lieux, l'air était frais désormais, et les oiseaux piaillaient gaiement dans les arbres alentours. Le soleil leur réchauffait la peau d'une douce caresse blonde.

Ils progressaient ainsi, méfiants toujours, mais l'inquiétude de la veille s'en était allée. Evidemment, ils surveillaient chaque recoin, chaque détour, chaque ruelle, chaque chemin de terre ; chaque interstice entre deux chaumières, ou même entre une et son étable, était étroitement surveillé. Les enclos étaient passés au peigne fin. Ne sachant à quoi ils devaient s'attendre, ils préféraient faire preuve de trop de prudence que trop peu.

- On aurait du arriver aujourd'hui, murmura Sasuke, lugubre. Lui seul ressentait encore l'atmosphère de la journée précédente.

- Finalement, c'est un peu ce que les villageois vont penser, si on les rencontre : qu'on est arrivé aujourd'hui. Ca m'étonnerait qu'ils nous aient vu hier.

- En même temps, s'ils nous avaient vu, ils n'auraient certainement pas osé se montrer. Quand on est arrivé, on avait à peine fait deux pas qu'on animait déjà tout un quartier. C'était un beau feu d'artifice auquel on a eu droit…

- C'est pas drôle, Naruto. Tu ne peux pas comprendre ce qu'il s'est passé.

- Tient qu'à toi de me l'expliquer.

- Arrête, Naruto. Tu l'embêtes. C'était pas un chouette moment, je ne sais pas si tu te rends bien compte.

- Mais il est passé, maintenant.

Sasuke soupira en récitant :

- Le passé est un présent qui ne s'en ira jamais.

Naruto fit la moue, un sourire aux lèvres.

- Ca veut dire quoi ?

- Moi, je m'en souviens bien, d'hier. Et crois moi, ça ne m'amuse pas du tout d'y repenser maintenant.

- C'est de toi, Sasuke-kun ?

- Non. C'est d'un écrivain… Je ne sais plus lequel, d'ailleurs.

Naruto siffla, curieux.

- Tu lis beaucoup ?

- Plus que toi, certainement.

- Ah oui ? Alors laisse-moi t'en citer une autre : A ressasser le passé, on vient à en oublier l'avenir.

Sakura fronça les sourcils.

- Je sais pas si c'est très malin de lui dire ça, Naruto.

Sasuke ignora, bien que l'envie de s'énerver ne manquât pas.

- Et c'est de qui ?

- Ca doit être du même auteur.

Sakura pouffa.

- Baka.

- Si je te le dis, ça me rapportera quoi ?

Sasuke sourit, conscient de la jalousie qu'il allait créer chez Sakura.

- Mon admiration ?

- Ca me suffit. Et bien, sache que nos deux citations proviennent d'un certain Masashi Kishimoto, un écrivain du temps du Sage des Six Chemins, que lui-même considérait comme le « Sage des Cinq Chemins », en référence à ses doigts de la main droite par laquelle il tirait des textes d'une beauté ineffable.

Les trois autres se turent respectueusement. Au bout d'un moment, Naruto perdit patience.

- Quoi ?

Sasuke hésita à lui expliquer de peur de le vexer, mais, afin de satisfaire l'incommensurable désir de savoir de son ami, lui avoua :

- Je ne savais pas que tu connaissais ces mots-là.

Sakura précisa :

- Et je ne savais pas que tu savais faire des phrases aussi longues.

- Ahah ! Je peux encore beaucoup vous surprrrrrrendreuh…

Il avait finit sa phrase en un soupir inaudible.

Devant eux s'étendait ce qui semblait être la place du village. Un grand espace d'herbe libre, idéale pour laisser paître ses enfants lorsqu'on éduque les chevaux dans les champs.

Une herbe grasse s'étirait donc à leurs pieds, brillant encore parfois d'une rosée persistante sous le soleil de début d'été. Quelques nuages parsemaient le ciel, et ponctuaient de temps en temps le souffle chaud de la brise d'une petite note de fraîcheur. Les arbres dans la forêt voisine chantaient en cadence, bercés par une respiration impénétrable. Des oiseaux volaient dans le ciel en s'égosillant à tue-tête, comblés. L'un ou l'autre se posaient sur la place, pour reprendre un envol plus gracieux encore. Ils se fondaient si harmonieusement dans le ciel bleu qu'on ne remarquait pas tout de suite leur augure.

Car ces oiseaux n'étaient que vautours et corbeaux, au-dessus de cadavres s'amoncelant dans une herbe luisante de sang frais.


Petites reviews ? C'est toujours sympa !

L'histoire avance… Vous allez bientôt vous amuser vraiment… Enfin, pas tant que ça non plus. Pour ceux (et celles) qui se posent la question, ce n'est qu'une intro, cette mission. Donc c'est normal que vous ne voyiez pas le lien avec le carrousel (ni l'année, d'ailleurs, mais elle elle entre dans la description de ma fic).