Auteur : Subaru-D

Genre : mimi, neuneu

Source : Tokyo Babylon

Titre : Toi qui es…

TOI QUI ES… Chapitre 3

La cigarette acheva de se consumer entre ses doigts. Seishiro l'écrasa sur le cendrier avec un soupir. Jamais une soirée ne lui avait paru aussi mortellement ennuyeuse. Une accalmie s'était produite chez les commanditaires, ces derniers temps, et il n'avait pas d'autres occupations que son métier de vétérinaire…

Et puis, ce soir, il s'était mis à penser à Subaru, sans trop savoir pourquoi…Il était retourné le voir une ou deux fois après leur séparation, il y avait bien treize ans, mais le petit garçon s'était montré distant au fil de ses visites, et il avait fini par penser que sa présence était devenue indésirable.

Il fallait dire qu'en le renvoyant ainsi à Kyôto, il avait agi d'une manière stupide, sur un coup de tête, peu digne d'un Sakurazukamori. Mais ce qui était fait était fait et il ne pouvait plus rattraper cette bévue, à présent.

Confusément, le garçon lui manquait.

Il avait cru qu'avec le temps, il avait fini par rayer le nom de Subaru Suméragi de son existence, mais, à plusieurs reprises, lorsque son esprit vagabondait, il finissait par y revenir, et fumer n'y changeait rien.

Agaçé, il prit une autre cigarette. Il avait envie d'appeler. Il n'avait plus de nouvelles depuis plus de dix ans et le garçon ne l'avait jamais appellé, que ce soit par téléphone ou par le biais du sort qu'il avait plaçé sur son visage…Fierté ? Désintêrêt ? Comment savoir ? Il ne savait pas comment avait pu évoluer le naïf et bien-pensant petit garçon, surtout après l'avoir vu tuer de sang-froid…

Et puis, au fond, qu'est-ce qui lui prouvait qu'il était encore vivant ?

Et pourquoi cela le préoccupait-il ? Subaru avait coupé les ponts, lui aussi, il n'avait pas à se torturer l'esprit pour ce petit ingrat…

Sa tête dodelina sur le canapé en cuir. Peut-être que la cigarette était un remède trop léger, en fin de compte…L'acool aussi et puis, même avec toute la bonne volonté du monde, il ne se résoudrait jamais à boire dans le seul but de sa saôuler, pas question. Ce serait une preuve de faiblesse…

Peut-être que l'amour physique était une solution…Il y avait songé à plusieurs reprises sans le mettre à éxécution. Le sexe n'était pas quelque chose qui le préoccupait, loin de là, mais s'il pouvait lui ôter de la tête ces stupides pensées, alors il était partant. Il avait l'impression de s'enliser dans son ennui…

Revigoré, il se leva du canapé et se dirigea vers le téléphone mural avec la ferme intention de composer le numéro d'un des lupanar qui trônaient à Roppongi. Une femme ou un homme, il s'en fichait. Il ne faisait pas de discrimination.

Mais l'appareil le devança et se mit à sonner au moment où il posait ses doigts dessus. Il en fut étonné. Personne ne le joignait jamais par ce moyen-là, ses commanditaires étaient des gens discrets qui ne tenaient pas à se faire prendre par simple écoute téléphonique…

« Allô ? »

« Oui…Je…Est-ce que je pourrais parler à Mr Sakurazuka, s'il vous plaît ? »

« C'est moi. »

« Ha…Je…Je n'avais pas reconnu ta voix. »

« Confidences pour confidences, la vôtre ne me dit rien non plus. A qui ai-je l'honneur ? »

« C'est vrai que ça fait longtemps… »

« Subaru ? »

« Oui…Je…ne te dérange pas, j'éspère ? »

« Non. Je m'ennuyais. »

« Ha… »

« Tu n'as pas beaucoup de conversation, dis-moi. »

Il n'était pas surpris. Même si la voix lui avait été étrangère, il avait compris en décrochant pourquoi il pensait si intensément à Subaru ce soir-là…

« En fait…Je suis par ici à…à cause de mon travail…Tu m'avais donné ton adresse alors…Je voulais savoir si je pouvais passer…Pas longtemps… »

Seishiro sourit et tira une bouffée de sa cigarette. Un pieu mensonge. Subaru était venu pour le voir mais se réfugiait derrière un prétexte. C'était typique de lui…

« Je n'y vois aucun inconvénient, Subaru-kun, au contraire. Je t'attends. »

Seishiro revérifia son nœud de cravate. Ce n'était pas à un petit garçon qu'il allait ouvrir, mais à un jeune homme de 21 ans…Lui-même avait changé, il était devenu imposant, intimidant…Il imaginait facilement la tête de Subaru-kun lorsqu'il le verrait…Ce serait amusant. Lui, qui, quelques instants plus tôt était vaguement irrité par son souvenir, se sentait aussi joyeux qu'un gosse à l'idée de renconter ce souvenir…

Le bruit de la sonette le tira de son amusement.

Il ouvrit la porte et eut un coup au cœur.

Bien sûr, Subaru avait changé, il s'y attendait…Mais à ce point…

Il avait gagné en taille et en carrure, même s'il paraissait encore frêle, et ses yeux verts, qui étaient si brillants, si pétillants, étaient devenus comme liquides, emplis de douceur et de gentillesse…Le petit Suméragi avait tout d'un homme, bien qu'il conservât une vague trace d'androgynité dans ses courbes ou sa chute de reins.

Il avait revêtu un jean noir et pull crème, assorti d'un long manteau sombre et de hautes chaussures à boucles. Simple mais élégant. Comme lui. Plaisant et grâcieux. Comme tout son corps.

« Bonsoir, Seishiro. »

« Bonsoir. Entre, tu vas attraper froid… »

« Hmmm…Tu me parles comme si j'avais toujours 8 ans. Je suis couvert, tu sais. »

« Je vois ça. »

Il prit le manteau de Subaru et le suspendit, puis se retourna pour détailler à nouveau le jeune homme.

« Très beau. » Complimenta-t-il avec un sourire, croyant que son interlocuteur ne comprendrait pas.

Mais Subaru s'empourpra et répondit.

« Merci. Toi aussi, tu…Tu…as grandi. »

Très bel euphémisme. Subaru était intimidé, en cette seconde. Il n'osait pas faire preuve de familiarité, aussi ce fut Seishiro qui prit les devants en le prenant contre lui.

« Ha… »

« Je m'ennuyais de toi. »

« Sei… »

Ce geste était moins pour montrer une sincère affection que pour vérifier à quel point le corps de Subaru était plaisant. Il avait des courbes tendres, faites pour être caressées…

« Ta grand-mère n'a rien dit ? » S'enquit le Sakurazukamori en le relâchant, satisfait de sa discrète exploration.

« Je suis le maître de la famille Suméragi, maintenant…J'agis seul. »

« Ah oui…Tu es un grand garçon. Porto ou whisky ? »

"Un doigt de porto, s'il te plaît. »

« Entendu. Assieds-toi. »

Le jeune onmyôji s'éxécuta et s'enfouit dans le canapé noir avec un soupir de bien-être.

« J'ai beaucoup pensé à toi, tu sais…Mais…Je n'ai jamais osé… »

« Si je n'avais pas voulu entendre parler de toi, je ne t'aurais pas donné mon téléphone et mon adresse. Cesse de te torturer l'esprit. »

« Tu as raison… »

Subaru sourit, détendu. Il était magnifique, ainsi. Oh, bien sûr, Seishiro avait toujours pensé que le petit Suméragi deviendrait un beau garçon, mais le résultat dépassait toutes ses éspérances…

« Seishiro, je dois te parler. »

« Quel ton grave, Subaru-kun…Aurais-tu une mauvaise nouvelle à m'annoncer ? »

« Cela dépend. Je vais me marier. »

Seishiro haussa un sourcil. Cette nouvelle n'avait pas l'air de réjouir son protégé…Et lui non plus, par ailleurs.

« Mon…épouse…est une femme d'une grande famille de moines tibétains et ne veut pas entendre parler de nos us et coutumes… »

« En somme, elle t'a demandé de te débarasser de moi. »

« Oui. »

Subaru releva la tête :

« Mais je lui ai clairement signifié mon refus, seulement… »

« Seulement tu seras exclus de ta famille…J'ai compris où tu voulais en venir Subaru-kun : je ne te reprendrais pas sous ma protection, si c'est que tu veux. »

« Quoi ? »

« Subaru, je te rappelle que j'ai un rôle à jouer et que je ne peux en aucun cas m'embarrasser d'un Suméragi. »

« Je ne suis qu'un Suméragi, pour toi ? »

« Quoi d'autre ? »

Il vit les yeux de Subaru devenir réellement liquides. Le jeune homme pleurait.

« Tu… »

« Pas de larmes, s'il te plaît. J'en ai assez de te voir tremper ma chemise au moindre problème. »

Curieusement, le jeune homme obtempéra, ravalant ses sanglots. Il se leva posément.

« Très bien. Qu'est-ce que tu veux en échange ? »

« Pardon ? »

« Tu travailles sur contrat, non ? Je veux que tu travailles pour moi… »

« Subaru-kun, tu racontes des bêtises. »

« ASSEZ !! »

Surpris que Subaru ait haussé la voix, Seishiro préféra se taire, attendant de voir jusqu'où cela allait les mener…Visiblement, il avait encore beaucoup à apprendre au sujet de son jeune protégé…

« Tu me reagerde de haut, mais si je te propose un contrat, peut-être vas-tu m'écouter !? »

« Tiens donc…Et quelle somme me proposes-tu, Subaru Suméragi ? »

L'assassin savait qu'il avait touché le point faible. Il était de notoriété publique que la famille des Suméragi n'était que peu rénumérée pour ses services.

« Je ne peux pas te donner la somme que tu vas me réclamer, c'est vrai…Mais… »

« Subaru, il y a une chose que je voudrais savoir…Est-ce ma protection que tu quémandes…Ou un peu d'amour ? »

« Ha… »

Avec un autre sourire, Seishiro se redressa et attrapa son vis-à-vis par la taille, le serrant de nouveau contre lui, mais dans un geste plus charmeur.

« Tu sais que tu es devenu vraiment superbe, Subaru ? »

« Je vois. C'est donc tout ce qui t'intéresse, Sakurazukamori ?Voilà pourquoi tu m'as gardé auprès de toi durant toutes ces années ? »

« Ta grand-mère ne t'a rien dit…Je m'en doutais… »

« Ne m'a rien dit au sujet de quoi ? » Déglutit Subaru, mis mal à l'aise par sa position.

« Tu dois notre rencontre à ta chère mère, voyons ! Et à la mienne également…Il serait injuste que je fasse peser toute la culpabilité sur feu Kaede Suméragi… »

« Okasan ? Tu as connu ma mère ? »

« Je l'ai entraperçue…Avant que Sestuka ne mette fin à ses jours…Mais avant cela, elles m'ont prié de te protéger jusqu'à ma mort… »

« Alors tu dois tenir cette promesse. » Répliqua froidement le jeune médium « Les Sakurazukamoris n'ont ni morale ni respect…Mais s'il y a un principe qu'ils respectent, ce sont les promesses. »

« Je suis un grand garçon, moi aussi. Et je n'ai aucune envie de m'encombrer de toi. »

« Tu vas le faire. Par ce que je te jure que te harcèlerais jusqu'à ce que tu acceptes. »

Seishiro eut un sourire cruel. Une idée venait de lui traverser l'esprit.

« J'accepte de te récupérer…Si tu me laisses profiter de tes…acquis… » Ronronna-t-il en passant sa main sur la courbe des reins moulée par le jean. Subaru blêmit et resta un instant sans voix. Puis, il avala sa salive.

« D'accord. »

« Tu sais que tu vas te salir, ainsi ? »

« Oui. »

« Que tu ne pourras plus regarder ta famille en face ? Que tu n'auras plus ton mot à dire avec moi ? »

« J'ai dit que j'étais d'accord, Seishiro. Donc, je sais ce que ça implique… »

Il le relâcha, déçu…pas de lutte…aucun challenge.

Aucun intérêt.

« Tu n'as pas changé. Tu te rends toujours aussi facilement. »

Subaru se crispa mais ne releva pas…puis, il retourna récupérer son imper.

« Très bien. »

Le jeune homme lui jeta un dernier regard et eut un vague sourire.

« Alors je n'ai pas de raison de me rendre maintenant. »

Et il sortit, laissant Seishirô abasourdi – une première pour le Sakurazukamori, qui se fendit à son tour d'un sourire. Décidément, il ne regrettait pas cette soirée. Les jours qui venaient allaient sans aucun doute être distrayants pour lui.

« Tu va voir qui décide encore, Subaru-kun… »

A SUIVRE...