Je ne sais pas s'il reste quelques lecteurs perdus par ici, mais j'ai enfin réussi à boucler ce chapitre. J'ai eu quelques contretemps en novembre et eu le malheur de lire le 1er tome de Vampire Academy début décembre. J'ai dû enchainer les cinq autres tomes, vous savez ce que c'est… Toujours est-il que ça m'a reboosté pour écrire (par ailleurs, je conseille cette saga pour ceux et celles qui ne connaissent pas ^^)

Je tenais à remercier tous les gens qui ont pris le temps de laisser un commentaire la dernière fois, C'est très gentil !

Résumé : Edward et Bella ont eu une aventure le temps d'une nuit pendant un déplacement, mais aucun d'entre eux ne savent qu'ils se sont mentis sur leur identité. A la suite de cela, Bella, rongée par le remord vis à vis de Jacob, finit par accepter d'emménager avec lui, pensant que c'était ce qu'il y avait de mieux pour se concentrer sur sa relation avec lui. Au cours d'une soirée à l'opéra, elle pense avoir une hallucination en voyant Edward au bar. Elle finit par faire une pause avec Jacob, le temps de faire le point sur ses sentiments. Rosalie, inquiétée de voir son amie en détresse, décide de l'emmener en vacances à L.A. puis à Vegas. Pendant ce séjour, Bella lui avoue qu'elle a trompé Jacob. Elles reprennent la route dans une vieille voiture de collection que Rosalie a gagné au jeu, mais tombent en panne en plein milieu du désert. Des garçons s'arrêtent pour les aider et Bella découvre qu'il s'agit d'Edward...

Enjoy it !

Odrey -)

Chapitre 4 :Il y a des jours comme ça

Au bout de quelques secondes, il prit sa bière et la leva. C'était le signe qu'il me fallait pour approcher. J'inspirai un grand coup puis fis quelques enjambées pour gagner sa table.

« Quelle était la probabilité qu'on se retrouve tous les deux au beau milieu d'un désert ? » demanda-t-il d'une voix à peine audible en jouant avec sa bouteille.

« Très faible… » répondis-je d'une voix un peu rauque, mal à l'aise.

« Très faible…c'est le moins que l'on puisse dire… » confirma-t-il en hochant lentement la tête d'un air un peu triste.

Je ne savais pas si je devais m'assoir ou non, ce fut mon corps qui prit la décision pour moi. Je tremblais comme une feuille et je n'étais pas certaine que mes genoux auraient pu supporter mon poids une seconde de plus. Un silence étrange s'installa entre nous, pourtant les questions ne manquaient pas de mon coté, j'étais juste trop tétanisée pour engager la conversation. Au lieu de ça, je bus une gorgée de bière, ma gorge était sèche, très sèche…

Il me fixa de manière pensive quelques secondes puis soupira en se laissant tomber contre le dossier de la banquette. Machinalement, il passa sa main gauche dans ses cheveux et secoua légèrement la tête en regardant ailleurs, comme s'il venait d'apprendre que des aliens vivaient parmi nous. Assurément, il semblait avoir autant de mal à croire que moi que le destin nous avait à nouveau réuni. C'était finalement la réalisation qu'il était dans un état psychologique proche du mien qui m'incita à prendre la parole.

« Vous avez des soucis avec votre voiture aussi ? » demandai-je. On était loin des questions qui m'obsédaient depuis le soir de l'opéra, au lieu de ça on s'engageait dangereusement sur le chemin de la conversation 'météo'.

« En effet… j'avais du mal à me séparer de ma vieille Volvo, mais je crois qu'il va falloir que je me décide… » répondit-il, perdu dans ses pensées. Je restai le dévisager, m'attardant sur son nez droit, sa mâchoire carrée, ses lèvres dessinées. Puis il vrilla à nouveau son regard dans le mien, me prenant par surprise. « Il y a des décisions qui sont dures à prendre dans la vie parfois » dit-il tout bas. Parlait-on encore de voiture là ? En tout cas l'effet qui l'avait eu sur moi le jour de notre rencontre était revenu en force. Cette sensation douce qui vous picotait le ventre, cette envie d'attraper son col pour plaquer vos lèvres contre les siennes… Cet homme représentait la tentation dans ma Bible personnelle, tentation à laquelle je n'avais plus le droit de succomber sous peine d'enfer. Et j'en avais déjà eu un petit aperçu depuis Noël dernier.

J'avais envie de mettre un terme à tout ça, ne plus lui mentir, lui dire que j'étais Bella, que j'étais en couple au moment de notre nuit et que je n'avais pas encore tiré un trait sur Jacob. Oui, j'en mourrais d'envie et pourtant les mots formaient un nœud dans ma gorge, comme s'ils se cramponnaient contre les parois pour ne pas être expulsés. Et puis au fond qu'est-ce que ça allait changer ? Pas grand-chose, autant les ravaler. Prenant conscience que j'étais toujours entrain de le regarder, je détournai mon regard et mes yeux tombèrent sur un carnet en cuir noir posé sur la table. Le cuir semblait usé, les coins étaient racornis et le lacet qui l'entourait commençait à s'effilocher. Soit il avait ce carnet depuis des années, soit il n'était pas si vieux que ça et l'utilisait à outrance. Soudain, il posa sa main dessus et ramena le carnet vers lui avant de le prendre et de le poser à coté de lui, sur la banquette. Quand je relevai les yeux vers lui, il semblait un peu mal à l'aise.

« Je… j'ai besoin d'écrire » se justifia-t-il avant de boire une grande gorgée de bière.

« C'est bien…d'écrire » répondis-je aussi gênée. Mon dieu mais pourquoi était-ce si dur ? Pourquoi la Bella dynamique, enjouée, avec de la repartie s'était fait la malle ?

« Ne fais pas ça » dit-il avant de fixer la bouteille qu'il tenait entre ses deux mains.

« Ne pas faire quoi ? » m'étonnai-je.

« Te… te mordiller la lèvre ainsi » avoua-t-il en montrant nerveusement sa bouche. « Ça me… enfin ne le fais pas, c'est tout » expliqua-t-il avec une pointe de supplice dans la voix.

Le silence s'instaura à nouveau entre nous. J'étais troublée, je ne savais pas quoi penser. Le juke-box à coté joua une nouvelle chanson.

« Tu ne trouvais pas le sommeil ? » demanda-t-il me faisant presque sursauter.

« Euh…non. Trop de choses en tête. Et toi ? ». La conversation était plate mais elle avait au moins le mérite de combler les blancs.

« Trop de choses en tête » répondit-il en reprenant mes paroles. « Cette chanson… » souffla-t-il avec un rictus aux lèvres. Je tendis l'oreille, c'était cette bonne vieille chanson de Chris Isaak, Wicked Game. « Tu veux danser ? » demanda-t-il à brûle pourpoint. Je n'eus pas le temps de réfléchir qu'il était déjà debout à me tendre la main. La Bella de raison me criait de fuir car ce contact rapproché avec lui allait rendre le retour à la réalité atroce, mais la Bella du cœur me disait que ce n'était pas très poli de refuser. Alors je me levai et posai ma main dans la sienne.

Bon sang que c'était bon de se retrouver ses bras ! J'avais envie de pleurer de bonheur. Sa main gauche tenait fermement la mienne et sa main droite était plaquée au bas de mon dos. Il n'avait aucune hésitation, on pouvait sentir qu'il avait le rythme dans la peau et l'assurance d'un bon danseur. Je n'avais qu'à me laisser guider et fondre dans ses bras. A chacun de nos mouvements, son odeur venait chatouiller mes narines et à mesure que la musique continuait, les paroles venaient s'échouer à mes oreilles :

What a wicked game to play, to make me feel this way. (Quel jeu pervers de jouer
A me mettre dans cet état)

What a wicked thing to do, to let me dream of you. (Quelle chose perverse
De me laisser rêver de toi)

What a wicked thing to say, you never felt this way. (Quelle chose perverse de dire
Que tu ne t'es jamais sentie ainsi)

What a wicked thing to do, to make me dream of you (Quelle chose perverse
De me faire rêver de toi)

and, (et)

No, I don't want to fall in love (non, je veux pas tomber amoureux)

No, I don't want to fall in love(non, je veux pas tomber amoureux)

With you. (de toi)

Etait-ce cela que je ressentais pour lui ? Non ce n'était qu'une chanson me convainquis-je. J'étais juste entrain de danser langoureusement avec un homme avec qui j'avais couché et qui m'obsédait depuis des mois… Pourquoi la vie était-elle si cruelle ?

Je tentai de balayer tous mes états d'âme et me concentrai sur l'instant présent. Mais le sentir contre moi de cette façon en était presque plus douloureux. Non qu'il me serrait fermement, mais de revivre un moment intense sachant qu'il ne pouvait pas y avoir de futur.

« Rosalie ? » murmura-t-il. Je sursautai et il me fallu une fraction de seconde avant de réaliser qu'il s'adressait à moi.

« Oui ? » répondis-je d'une petite voix sans oser tourner la tête vers lui.

« Je… » commença-t-il. « Je suis content de te revoir… » finit-il après une ou deux secondes. J'avais la sensation que ce n'était pas ce qu'il voulait dire initialement et cela me troublait. Devais-je répondre à ça ? Pouvais-je lui demander s'il n'était venu par hasard à l'opéra de Seattle ? Juste histoire de… ? Non, définitivement non. Je ne voulais pas passer pour une obsédée qui avait des hallucinations à son sujet. Je n'osais pas non plus lui demander s'il avait quelqu'un dans sa vie. Un homme comme lui restait rarement seul, et au fond de moi je préférais rester dans l'ignorance, car si c'était le cas, la vérité ferait mal. Je voulais qu'il reste un inconnu sans attache, sans passé, sans histoire, mon fantasme au fond. Je n'avais pas le droit de le juger, je n'avais aucun droit sur lui. Aucun.

N'ayant toujours pas trouvé de réponse verbale convenable, je posai ma tête sur son épaule et sentis sa main se contracter dans mon dos. Ça voulait dire quoi ? Ce contact était celui de trop ? Peut être que cette rencontre était pénible pour lui ? Dans ce cas pourquoi danser avec moi ? A moins que cette danse ne soit qu'un doux supplice pour lui comme moi en ce moment…

La musique fana dans les airs, mais nous étions encore tous les deux enlacés. Très vite, nous nous séparâmes l'un de l'autre mais restâmes face l'un à l'autre à se regarder en chien de faïence, gênés comme si nous venions de sortir d'une sorte de transe. Le barman cassa un verre et le bruit me ramena à la réalité. J'eus un rire nerveux et en évitant son regard, je lui dis qu'il était temps que je retourne à ma chambre pour tenter de dormir un peu. Il hocha la tête et passa, une fois n'était pas coutume, sa main dans ses cheveux.

« Je vais y aller aussi » répondit-il.

Sans mot, nous sortîmes du bar. L'air frais du désert me fit frissonner, à moins que ce ne soit son regard qui me brulait la nuque à mesure que nous nous dirigions vers le motel. Je montais l'escalier qui menait à la coursive qui desservait les chambres en enfilade. Je stoppai devant ma porte et me balançais nerveusement d'un pied à l'autre.

« Voilà, c'est ici » dis-je timidement en prenant la clé dans ma poche.

« Eh bien bonne nuit » répliqua-t-il en enfonçant ses mains profondément dans les poches de son jean.

« Bonne nuit » répétai-je en acquiesçant.

Il resta encore planté là et je n'avais toujours pas ouvert ma porte. Comme une ado raccompagnée par son cavalier après le bal de promo qui tardait à rentrer chez elle. Puis soudainement, Emmett se pencha vers moi avec beaucoup d'hésitation. Je retins mon souffle ne sachant pas ce qu'il allait faire. Puis doucement, il posa ses lèvres sur ma joue. S'il ne s'était pas redressé aussi vite, je crois que j'aurais été sur le point de l'enlacer et perdre le contrôle. Mais il s'était déjà retourné et avançait vers sa chambre.

Troublée par son geste, j'ouvris mécaniquement la porte et m'engouffrai à l'intérieur. Je fis quelques pas dans la chambre en essayant d'analyser les événements passés. Comment aller tranquillement dans mon lit et dormir paisiblement après ça ? Sans avoir conscience, je me retrouvais à nouveau devant la porte, la main sur la poignée. Je posai mon front sur le bois vernis et fermai les yeux pour faire le point. Non, j'étais comme un lion en cage, il fallait que je fasse quelque chose, évacuer cette tension hors de cette chambre. Je tournai la poignée et ouvris la porte énergiquement en ayant la peur de ma vie. Il était là. Appuyé au chambranle de la porte, les mains posées de chaque coté et la tête baissée. Surpris lui aussi, il releva la tête subitement. Incapable de parler tant l'émotion était forte, je restai le dévisager. Son visage avait quelque chose de torturé, comme s'il se battait intérieurement. Alors il ferma les yeux.

« Quelle est… quelle est la probabilité qu'on se retrouve dans le futur ? » demanda-t-il avec une voix à peine audible.

« Quasi nulle » répondis-je avec une voix rauque après un temps de réflexion. Car c'était bien cela, chacun repartirait à nouveau de son coté. La foudre ne tombait jamais deux fois au même endroit, on avait déjà assisté à un miracle en se retrouvant là ce soir. Il hocha lentement la tête puis ouvrit les yeux. L'intensité de son regard m'indiquait qu'il me laissait encore le choix, comme je lui avais laissé le choix le soir de notre première rencontre. En avais-je envie ? Oh que oui… Etait-ce raisonnable ? Sûrement pas pour ma santé mentale.

« Emmett je- »

Le mot de trop apparemment. Il ne me laissa pas finir ma phrase et prit mes joues entre ses mains pour plaquer ses lèvres contre les siennes. Toute résistance était futile. J'agrippai le col de son t-shirt et l'attirai vers ma chambre. Sans cesser notre étreinte qui montait en puissance, il avança et donna un coup de pied dans la porte pour la fermer. Il me plaqua contre le mur qui était mitoyen avec la chambre de Rose. On allait devoir être discrets, autant que faire se pouvait du moins.

Il prit mes poignets et les tint au-dessus de ma tête. Il y avait une sorte de résignation et de détermination dans ses gestes, comme s'il… comme s'il laissait libre cours à ses pulsions et tournait le dos aux convenances. Et le pire dans tout ça était que cet homme devenu presque sauvage à mon contact en était encore plus désirable.

Ma peau brulait sous l'humidité de ses lèvres. Partout où elles passaient, mon cou, mes lèvres, mes oreilles, je me consumais de désir pour lui. Je n'avais jamais connu ça de toute ma vie, même pas avec Jasper où le sexe avait une très (trop ?) grande place dans notre relation. Finalement, il me lâcha les poignets pour attraper les bords de mon débardeur et le passer au-dessus de ma tête. Je profitai de ce moment pour fourrer mes doigts dans ses cheveux et l'embrasser ardemment. Il se baissa un peu et me souleva pour que j'enroule mes cuisses autour de lui, puis se cala contre moi. Par réflexe, je me mis à onduler, recherchant la friction. Prise dans ma passion, je tirai sur son t-shirt et l'en débarrassai pour sentir sa peau contre la mienne.

Lorsqu'il dégrafa mon soutien-gorge et que je sentis ses lèvres venir émoustiller mes seins, je me mis à haleter bruyamment. Il releva la tête avec un sourire au coin des lèvres et posa la paume de sa main sur ma bouche pour me faire taire.

« J'ai jamais vu quelqu'un d'aussi réactif… » chuchota-t-il au creux de mon oreille alors que son pouce et son index titillaient le bout de mon sein gauche.

« Ah oui ? » dis-je contre sa main. Il me libéra pour me laisser parler. « J'ai rarement vu quelqu'un d'aussi réactif moi aussi » dis-je à voix basse en plaquant ma main sur son érection à travers son jean. Il m'offrit un de ses sourires en coin qui me manquaient tant et dans un geste vif, il nous fit pivoter et je me retrouvai coincée entre lui et le matelas du lit.

Sans plus de préambule, il se saisit de mon jean et commença à le déboutonner, en me tortillant, je lui facilitai la tâche quand il le fit glisser sur mes hanches. Il jeta mon jean au sol et entreprit d'enlever le sien tandis que je me libérai de mon slip avec urgence. L'heure n'était pas aux préliminaires interminables, je n'étais pas avec Jacob, je n'avais pas besoin de ça avec lui. Une fois dévêtu à son tour, il s'arrêta un instant pour me regarder. Des flammes de désir dansaient dans ses yeux et je ne savais pas ce qui m'excitait le plus, voir cette avidité envers moi ou simplement le fait qu'un mec aussi beau se trouvait nu devant moi.

Le temps d'une fraction, je me mis à penser à la journée du lendemain quand chacun repartira de son coté et que la déprime s'emparera à nouveau de moi. Mais je balayai rapidement ces idées noires, comme la dernière fois, je voulais vivre l'instant présent sans penser aux conséquences.

Je n'avais pas réalisé qu'il était toujours devant moi à me contempler. Je voyais ses yeux s'attarder sur mon visage, mon cou, mes seins, mon ventre, le moindre centimètre carré était scanné par son regard. Loin d'être mal à l'aise, je passai mes mains sur mon corps en le regardant. Je me sentais belle. Il n'y avait que lui qui me faisait ressentir ça de cette façon.

Tout doucement, sans cesser de me regarder, il se pencha sur moi et se cala entre mes cuisses. Alors que nous avions commencé dans l'urgence, tout était devenu sensualité et délectation. Sa main douce s'aventura sur ma cuisse tandis que ses lèvres avaient retrouvé les miennes. Chacun de ses mouvements étaient comme une photographie de cet instant, comme s'il mémorisait chaque geste, chaque sensation. Ce moment qu'on était entrain de partager était très excitant mais avait quelque chose de très nostalgique. Très curieux.

Je sentais qu'il voulait mener la danse, aussi, je me laissais aller et mon corps répondait au moindre toucher, au moindre effleurement. Je n'étais plus qu'un objet entre ses mains. Cet homme était un artiste avec mon corps, il en faisait ce qu'il voulait, et je crois qu'il était aussi surpris que moi devant cette réactivité. Mais je ne connaissais rien de cet homme qui mettait mon corps en feu, et si je devais avouer que cela m'excitait beaucoup, c'en était aussi effrayant.

« Emmett je… » murmurai-je entre deux soupirs. J'attrapai ses joues pour qu'il me regarde. « Je ne sais rien de toi » affirmai-je en le regardant droit dans les yeux. Mon dieu qu'il était beau, comment un être humain pouvait avoir autant de beauté ? Il haletait et ses yeux verts quittèrent les miens pour fixer un point au-dessus de mon front. Il balaya une mèche de mes cheveux derrière mon oreille avant de répondre.

« Il n'y a rien à savoir » dit-il avec une pointe d'hésitation. Et sans que j'aie le temps de protester, ses lèvres avaient retrouvé les miennes, puis il s'introduisit en moi, me faisant oublier soudainement mes états d'âme.

D'abord douces, ses intrusions devinrent de plus en plus sauvages. Et quand je disais sauvages, ça ne voulait pas dire violentes. Non, j'aurais dit désespérées plutôt, comme s'il avait perdu une bataille. Et je comprenais, oh oui, je comprenais… Mon corps réagissait à l'unisson, plus il mettait d'ardeur et plus mon bassin allait à la rencontre du sien. Nos respirations devenaient de plus en plus saccadées, la sueur perlait sur nos peaux, et des gémissements s'échappaient de mes lèvres contre ma volonté. S'en apercevant, sa main se plaqua sur mes lèvres pour contenir mon plaisir et ne pas nous trahir. Mais très vite, sa main commença à glisser car il n'arrivait pas plus que moi à se contenir.

« Je…je… » bredouilla-t-il contre mon cou.

« Moi aussi… » répondis-je dans un murmure.

Sentant l'orgasme arriver, je collai mes lèvres contre son épaule pour étouffer mes cris et ancrai mes ongles dans son dos. Je ne savais pas ce que me surprit le plus, l'intensité de mon orgasme ou le fait que mon partenaire jouisse au même moment que moi. De mémoire, je n'avais encore jamais connu ça.

Je le sentis se relâcher, et sans lever les yeux vers moi, il se laissa retomber sur moi. Il nous fallu un certain temps pour reprendre notre souffle, et durant ce temps, aucun de nous ne bougeâmes ou ne dîmes mot. Ce n'est qu'après quelques minutes qu'il se dégagea de moi et s'assit, le tout en évitant mon regard. Piquée au vif par ce comportement, je me redressai à mon tour et posai ma main sur sa joue pour l'obliger à me regarder. J'étais sur le point de lui dire le fond de ma pensée quand je fus surprise de voir que les larmes lui étaient montées aux yeux. A nouveau, il détourna le regard et deux secondes plus tard, il n'y avait plus rien. Me voyant figée, il m'offrit un faible sourire mais il n'atteignit pas ses yeux.

J'avais compris qu'il ne me dirait rien, que je n'apprendrais rien de lui, mais il était évident qu'il souffrait. Pourquoi ? Je n'en savais rien, mais instinctivement je me rapprochai de lui. J'avais besoin de le réconforter. Il se laissa faire quand je m'assis à califourchon sur ses cuisses, et cette fois, ses yeux ne quittèrent pas les miens. Doucement, je pris ses joues et posai mes lèvres sur les siennes avec tendresse quelques secondes. Quand je reculai, ses yeux perçants avaient retrouvé les miens. Il me regardait de la même façon que tout à l'heure, comme s'il m'admirait, comme s'il avait devant lui un de ses rêves matérialisés. Embarrassée, je sentis mes joues rougir comme une adolescente.

« Tu as des cheveux magnifiques tu sais » murmura-t-il en prenant une mèche. « C'est la première chose que j'ai vu chez toi… » ajouta-t-il pensivement. Je repensai à notre rencontre, dans ce hall d'aéroport. J'étais arrivée juste à temps et dans ma course, je m'étais un peu décoiffée. Nos regards s'étaient croisés à l'instant où je refaisais mon chignon. « Non, en fait c'est faux. Tout est magnifique chez toi ». Il semblait toujours plongé dans ses pensées.

« Pourquoi tu dis ça ? » dis-je avec désapprobation en détournant mon regard. C'était assez pénible de savoir qu'on ne se reverrait pas, pas la peine de flirter.

« Quoi ? » demanda-t-il. Je le regardai à nouveau, ses sourcils étaient froncés et son visage trahissait son incompréhension. A tous les coups il ne s'était pas rendu compte qu'il avait parlé à voix haute. Autant ne pas remuer le couteau dans la plaie.

« Non rien » répondis-je avec sourire. Finalement ce compliment était sincère, il était spontané. Personne ne m'avait encore dit que tout était magnifique chez moi. Mais ce bref moment d'euphorie retomba instantanément en réalisant que le seul homme qui me disait ça, était un homme avec qui je n'avais aucun avenir.

Nous restâmes nous dévisager quelques instants puis lentement, nous repartîmes dans nos baisers langoureux. L'heure du départ n'avait pas encore sonné et nous profitâmes encore de chaque seconde qu'il nous restait.

Cette deuxième étreinte avait été différente de la première. Nous avions pris notre temps et cette fois, c'était moi qui avais mené la danse. Je n'avais plus la notion du temps, je ne savais pas combien de temps nous étions restés enlacés avant d'exploser à nouveau de plaisir.

Il faisait encore nuit quand je me réveillai. Je ne m'étais même pas aperçue que je m'étais endormie. Ce n'était pas faute d'avoir lutté pourtant. Quand mes yeux s'habituèrent à la pénombre, je tournai la tête pour voir s'il était toujours là.

Et il était encore là.

Il était assis au bord du lit et me tournait le dos. De ce que je pouvais voir, il avait les coudes appuyés sur ses genoux et je remarquai qu'il avait enfilé son pantalon. Cependant il avait dû s'arrêter en pleine action car il n'avait pas fermé son jean. Il semblait regarder ses mains ou quelque chose que je ne voyais pas. Curieuse, je tendis le cou mais mon mouvement trahit mon éveil et il se retourna instantanément. La lueur qui émanait à travers les rideaux derrière moi illumina son visage, et je fus surprise de le voir les sourcils froncés. Mais je n'eus pas le temps de me poser plus de question que son expression s'adoucit immédiatement en me regardant.

« Hey » murmurai-je, ne trouvant rien d'autre mieux à dire.

« Hey » répondit-il avec un sourire en coin craquant.

Ses yeux s'aventurèrent sur mon corps et je réalisai que le drap couvrait à peine mes hanches. Je n'étais pas gênée avec lui et au lieu de tirer le drap sur moi, je le laissai faire.

« La vue te plait ? » demandai-je avec un sourire aguicheur. Ses yeux remontèrent sur mon visage et à nouveau, je perçus cette nostalgie dans son regard.

« Un peu trop… » murmura-t-il. « Tu recommences » ajouta-t-il avec une voix plus forte.

« Pardon ? » m'étonnai-je. Qu'avais-je fait ?

« Te mordiller la lèvre comme ça… » avoua-t-il.

« Désolée, j'en avais pas conscience »

J'aurais adoré avoir une explication mais au lieu de ça il se retourna à nouveau et retrouva sa position initiale. Il regarda encore ses mains, à présent j'étais certaine qu'il tenait quelque chose mais je ne savais toujours pas quoi.

« Rosalie ? » appela-t-il doucement sans se retourner.

Je détestais quand il m'appelait comme ça car ça me rappelait sans cesse mes mensonges et ma couardise.

« Oui ? »

« Je ne… » commença-t-il avant d'inspirer et souffler fort. « Laisse tomber… » finit-il par dire.

« Em- »

« Non c'est rien » me coupa-t-il avant de se lever. « Je vais devoir y aller ».

Il glissa la main dans sa poche un instant puis reboutonna son jean. Rapidement, il attrapa son t-shirt et l'enfila sans plus de cérémonie. Il se contenta de prendre ses chaussures à la main et daigna enfin se retourner vers moi. Nerveusement, il passa sa main libre dans ses cheveux. On y était, l'heure des adieux. Je voyais sa bouche s'ouvrir et se fermer sans qu'aucun son ne sorte. Aussi, je me mis sur mes genoux et avançai jusqu'au bord du lit où il se tenait. Sans mot, je tendis les bras et pris ses joues entre mes mains pour l'approcher de mes lèvres et lui offrir un baiser. Mais c'était plus qu'un simple baiser, j'avais envie de lui dire tout ce que je ne pouvais pas lui dire à travers ce baiser, lui transmettre toutes les émotions que j'avais eues avec lui. Je finis par le relâcher et après un dernier regard vers moi, il se retourna et franchit la porte. Aussitôt, je retombai sur le matelas et me recroquevillai dans les draps, laissant les larmes rouler sur mes joues.

Je ne pus me rendormir après ça. Le soleil devait déjà être haut quand enfin je me décidai à changer de position. Mais qu'avais-je fait ? Pourquoi avais-je été si stupide de remettre le couvert ? J'avais encore du mal à me remettre de la première fois, j'allais devoir revivre un enfer puissance dix. Laborieusement, j'agrippai le drap et m'extirpai du lit pour aller jusqu'à la fenêtre. Je tendis les doigts vers le rideau opaque et pendant une fraction de seconde, j'hésitai à l'entrouvrir. Qu'avais-je envie de découvrir ?

Finalement, je pris sur moi et je tirai tout doucement sur le tissu, juste assez pour un œil. Notre voiture était là, la dépanneuse était allée la chercher, c'était une bonne nouvelle car au fond j'avais hâte de quitter ce lieu. Je continuai mon tour d'horizon et vis que la voiture des garçons était encore là. Je n'arrivais pas à savoir si j'étais contente ou contrariée car cela voulait dire qu'il était encore dans les parages. Je relâchai le rideau et réfléchis. Avais-je envie de le revoir une dernière fois ? Oh oui. Allai-je me faire encore plus de mal ? Oh que oui… Non, je ne pouvais pas sortir maintenant, j'allais attendre que Rose vienne me chercher. Oui, j'allais faire ça me convainquis-je.

Plus d'une heure avait passé quand Rosalie vint frapper à ma porte, ou devrais-je dire tambouriner.

« Oh. My. God » dit-elle avec des yeux ébahis quand j'ouvris la porte. « Qu'est-ce que t'as foutu cette nuit ? »

« Je…que…quoi ? » bredouillai-je en sentant la panique m'envahir.

« Si tu voyais ta tronche ! T'as regardé la télé toute la nuit ou quoi ? » rit-elle en pénétrant dans la pièce. Je sentis une vague de soulagement en comprenant qu'elle ne savait pas ce qu'il s'était passé.

« Il faisait trop chaud, je n'ai quasiment pas fermé l'œil » mentis-je en évitant de la regarder. « La voiture est prête ? » demandai-je aussitôt pour changer de sujet.

« Yep ! J'espère juste qu'on va pouvoir aller jusqu'à L.A. » répondit-elle en retouchant son maquillage devant le miroir miteux de la salle de bain. « Et la belle et la bête sont partis il y a environ un quart d'heure, on va pouvoir reprendre une vie normale » ajouta-t-elle en revenant dans la chambre.

« La belle et la bête ? » dis-je en souriant.

« Et c'est un euphémisme… une minute de plus et il allait faire la rencontre avec mon poing ». Ah oui, le Edward en question, le mec qui a osé défier Rosalie Hale. Il avait eu chaud apparemment, Rose faisait du tae kwon do et il n'aurait pas été le premier garçon à recevoir un coup. En tout cas la bonne nouvelle était qu'ils n'étaient plus là.

« On peut y aller alors ? » dis-je en prenant mon sac.

« Avec joie » rétorqua Rose.

Finalement la voiture tint bon jusqu'à Los Angeles, Rosalie avait conduit tout du long, ce qui m'arrangeait bien. Et pour ne pas faire la conversation, j'avais fait celle qui dormait. Malgré ma courte nuit, le sommeil ne venait pas. De retour à la maison de son père, Rosalie téléphona pour prendre deux vols pour Seattle le lendemain. Il était hors de question que je fasse deux ou trois jours de voyage dans son tacot. Aussi, elle avait pris ses dispositions pour la faire restaurer sur L.A. et avait décidé de la laisser sur place.

La nuit suivante fut pénible, je n'avais toujours pas trouvé le sommeil, aussi, ce fut exténuée que je franchis la porte de l'appartement le lendemain.

« A tes souhaits » me dit Jasper après avoir éternué. J'étais dans la cuisine à faire le diner pour nous deux, Rosalie avait déjà dû repartir en déplacement aussitôt revenue de nos vacances.

« Je crois que j'ai attrabé froid dans l'abion » répondis-je avec une voix de canard.

« Il faut le faire pour tomber malade en plein mois de juin ! » rit-il en entendant ma voix.

« Tiens, j'ai fait des buffins pour le bieux Alekseï. Ça ne t'ennuierait pas de les lui borter ? Il est déjà fragile et je ne boudrais pas le contabiner. ». Alekseï était notre voisin, un artiste immigré russe qui avait fui le régime soviétique dans les années cinquante. Notre loft était situé dans une ancienne fabrique, Alekseï avait tout retapé le bâtiment trente ans auparavant et avait revendu la moitié. Personne n'avait voulu de cet espace avant nous car Alekseï était assez peu sociable et l'âge ne le bonifiait pas. Cependant, il n'était pas resté insensible à ma cuisine et à la gentillesse de Jasper, ni au charme de Rosalie qui se faisait un plaisir de se prendre au jeu avec lui.

« Bien sûr Bell's » répondit Jasper en déposant un baiser sur mon front. Il prit le plat et sortit.

Jasper n'avait jamais réussi à cesser ses marques d'affection envers moi, je pensais même que c'était inconscient de sa part. Il ne l'avait jamais mentionné ou sous-entendu, mais je savais que ma séparation avec Jacob le réjouissait. Voilà près de deux ans que nous avions rompu, mais cela faisait deux ans qu'il espérait qu'on se rapproche à nouveau. Je le voyais dans son regard, dans des gestes comme celui qu'il venait d'avoir. Si je le laissais faire, c'était parce je savais que j'avais brisé son cœur et je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie. Je savais que ce n'était pas bien, mais c'était plus fort que moi et puis aussi… aussi j'aimais ça. C'était totalement égoïste de ma part et je m'en voulais pour ça, mais j'aimais qu'il prenne soin de moi, me prenne dans ses bras pour me réconforter, me savoir aimée de la sorte… tout en sachant très bien que de mon coté, il n'y avait rien entre nous.

« Bella ! »

Je sursautai en l'entendant crier. J'essuyai rapidement mes mains sur le torchon et me précipitai vers la porte d'entrée.

« Bella ! Appelle les secours ! » s'écria-t-il alors que je pénétrai chez notre voisin. Alekseï était étendu par terre à coté de son pinceau et de sa palette. Ni une, ni deux, j'attrapai le vieux téléphone et pianotai le 911.

« Je crois qu'il est mort… » murmura Jasper alors qu'il faisait un massage cardiaque

Quelques minutes plus tard, les sirènes retentirent et en moins de temps qu'il ne fallu pour le dire, les médecins s'agitaient autour d'Alekseï. Mais très vite, ceux-ci abandonnèrent leurs actions. Jasper avait raison, le vieux russe avait succombé à un arrêt cardiaque quelques heures auparavant.

Quand nous retournâmes chez nous, personne ne parla. Je mis au réfrigérateur le diner que j'étais entrain de préparer et allai m'assoir tel un zombie sur le canapé à coté de Jasper. Puis toujours sans rien se dire, il passa un bras autour de mes épaules et je me laissai aller contre lui. Pendant de longues minutes, nous restâmes dans les bras de l'autre à nous bercer. Peut être qu'Alekseï n'était qu'un voisin, mais il n'avait que nous dans sa vie et nous prenions soin de lui. Je ne pensais pas que sa perte allait m'affecter autant.

« Bella ! Bella ! Calme-toi » dit une voix douce à coté de moi. Je tournai la tête. Malgré le tournis, je vis que c'était Jasper. « Je t'ai entendu crier »

« Quelle heure est-il ? » demandai-je en voyant que j'étais dans mon lit.

« 5h15 »

« Je ne me sens pas bien ». Etait-ce le cauchemar que je venais de faire ou mon état général ?

« Ça me parait évident » répondit-il en caressant mon front. « Tu dois avoir de la fièvre »

Tandis que Jasper partit dans la salle de bain, les images continuaient de défiler dans ma tête. C'était toujours les mêmes. Mon inconnu. Ses cheveux, ses yeux, ses lèvres… Depuis la nuit au motel, j'avais du mal à trouver le sommeil, mais quand enfin j'arrivais à m'endormir quelques heures, il venait hanter mes rêves. Mais la fièvre avait tourné ce rêve en cauchemar et il était hors de question que je referme les yeux. Je tirai les draps et sortis péniblement de mon lit.

« Hep ! Hep ! Hep ! » m'interpella Jasper en revenant avec un verre d'eau. « Tu vas où comme ça ? »

« Faire de l'aérobic » répondis-je mollement en mettant un gros pull malgré la douceur du mois de juin.

« Ah, ah. Prends ça avant » dit-il en me donnant des cachets. Je pris les comprimés puis bus de l'eau avant d'aller finir ma nuit, scotchée devant la télé.

Trois jours plus tard, Jasper, Rosalie et moi nous retrouvions à la cérémonie d'enterrement. Seuls. Il n'avait aucune famille, aucun ami. Juste nous. Cependant, le vieux russe avait tout prévu pour sa mort. L'entreprise de pompes funèbres n'avait eu qu'à s'exécuter et avait déjà été rémunérée. Alekseï était de confession orthodoxe, comme beaucoup de slaves. Malgré notre nombre restreint, l'ambiance qui s'y dégageait était très émouvante et lourde. Aucun d'entre nous ne comprenait le prêtre, mais ses mots atteignaient notre cœur. Avant que la cérémonie ne commence, il nous avait expliqué brièvement comment cela allait se dérouler, ce que nous aurions à faire et nous avait résumé grosso modo ce qu'il allait dire. J'étais jeune quand nous avions enterré ma mère, maintenant que je revivais ça, je comprenais mieux, même si la religion était différente.

Le prêtre prépara l'encensoir et quand celui-ci se mit à dégager des volutes blanches parfumées, il le balança doucement au-dessus du cercueil resté ouvert comme le voulait la tradition. Puis il vint autour de nous et nous encensa également. On nous avait expliqué qu'à ce stade, le défunt avait une dimension surnaturelle et les trois jours nécessaires entre le décès et le rite funéraire devaient permettre la séparation du corps et de l'âme. J'étais de nature très septique quant à la religion, mais je devais avouer que j'étais très intimidée par cette cérémonie, peut être que l'atmosphère particulière de l'église y était pour quelque chose…

Après de nombreuses prières où seul lui chantait, il prit la croix et bénit le défunt avant de la présenter devant nous. Ne sachant pas trop quoi faire, notre réflexe fut de s'incliner légèrement en signe de respect. Puis le prêtre nous invita à aller dire un dernier au revoir au défunt. Un peu surprise, nous nous regardâmes sans mot. Certes nous connaissions Alekseï, mais c'était juste notre voisin, un voisin un peu particulier… Finalement, je fus la première à m'avancer près du cercueil. Peut être que nous ne le connaissions pas tant que ça, mais visiblement nous étions les seuls dans sa vie et malgré son air renfrogné, il devait nous aimer.

« Euh… Alekseï… » bafouillai-je. Je réalisai que je ne savais pas trop quoi dire et voir un mort d'aussi près n'était pas pour me faciliter la tâche. « J'espère que vous trouverez la paix là où vous allez… enfin si vous allez quelque part… ». Le prêtre m'offrit un regard outragé, les orthodoxes croyaient en la résurrection. « Euh… je veux dire… bon voyage quoi… » conclus-je maladroitement. J'allai me retirer quand le religieux tendit le bras vers le défunt. Très mal à l'aise, je me penchai sur le cercueil et posai mes lèvres sur la croix qui se trouvait près de la tête d'Alekseï. Sans attendre mon reste, je reculai et retrouvai ma place initiale, laissant mes amis en faire de même.

La fin de la cérémonie fut plus banale. On referma le cercueil puis celui-ci fut amené dans le cimetière. Avant de le recouvrir, chacun d'entre nous prit une poignée de terre et la lança.

« Ben mon vieux, je ne referais pas ça tous les jours » soupira Rosalie une fois dans la voiture. Elle retira les épingles de ses cheveux et secoua sa tête.

« Dire qu'on était les seuls… » murmura Jasper au volant.

« J'ai failli m'évanouir quand j'ai dû embrasser la croix près de sa tête… » avouai-je en déboutonnant un bouton de mon chemisier.

« T'es encore malade ? » s'inquiéta Jasper.

« Non ça va beaucoup mieux, c'est juste que... enfin tu vois quoi »

Après ça, plus personne ne parla jusqu'au retour à la maison.

Quelques jours plus tard, on nous téléphona. Après plusieurs minutes, Jasper nous expliqua qu'Alekseï avait déposé son testament chez un avocat et que celui-ci nous avait contacté car notre ancien voisin nous avait presque tout légué. Il n'y avait que son appartement qui avait été mis en vente, tout le reste nous revenait.

« Ça veut dire qu'on va devoir récupérer toutes ses croutes de peinture ? Il aurait mieux fait de nous léguer son appart » dit Rosalie.

« L'argent de la vente de l'appartement permettra de rémunérer l'avocat et d'autres frais, le reste sera pour nous également » répondit son frère avec remontrance.

« Ah… », ce fut tout ce que pu répondre Rosalie.

...

Après cela, la routine reprit son cours. Je répondais vaguement aux messages de Jacob, je me plongeais corps et âme dans mon boulot, et mes rêves étaient toujours hantés par mon inconnu quand j'arrivais à dormir.

Un jour, alors que je travaillais à la maison sur la préparation d'un séminaire pour des médecins à Salt Lake City, mon portable sonna.

« Allo ? » dis-je sans cesser de taper sur mon ordinateur.

« Mademoiselle Swan ? » demanda une voix féminine.

« C'est moi »

« Je suis le Docteur White de l'hôpital de Forks » expliqua-t-elle. Instantanément je me redressai sur ma chaise et lâchai ce que je faisais. « Je vous appelle pour vous informer que votre père se trouve ici, il a eu une attaque cardiaque ce matin. »

« Je… quoi ? » paniquai-je en regardant Rosalie à quelques mètres. Elle aussi était sur le qui-vive. « Est-il… est-il… »

« Non, tout va bien à présent. Il a dû subir une petite opération et a besoin de beaucoup de repos »

« Mais…il n'a jamais eu de problème auparavant »

« Il n'a jamais été suivi pour cela, on ne pouvait pas deviner. A compter d'aujourd'hui, il sera suivi par un cardiologue ».Elle continua à m'expliquer patiemment ce qu'il s'était passé et ce qui avait été fait.

« Rosalie » l'appelai-je une fois que j'avais raccroché. « Mon père a eu une attaque, il faut que j'aille à Forks » dis-je avec panique.

« Bien sûr Bella » s'empressa-t-elle de répondre. « Prends autant de temps que tu as besoin, je m'occupe de tout »

« Merci… je ne pourrai pas aller à Salt Lake City jeudi » m'inquiétai-je.

« Ne t'inquiète pas, je t'ai dit que je m'occupais de tout, ok ? » ma rassura-t-elle en me prenant dans ses bras.

Dans l'heure qui suivit, je partais pour Forks.

J'arrivai dans la soirée, malheureusement je savais qu'on ne me laisserait pas le voir à cette heure, aussi, je pris la décision d'aller directement à la maison de mon père. Le lendemain matin, à la première heure, je me présentai à l'hôpital. Malheureusement pour moi, les heures de visite n'avaient pas commencé et le personnel ne voulait entendre aucune protestation.

« Bonjour, vous êtes Bella Swan ? » demanda une voix derrière moi. Je me retournai aussi sec. Un homme blond, dans la cinquantaine épanouie, d'une grande beauté se tenait devant moi avec un sourire bienveillant aux lèvres.

« Euh oui, c'est ça » répondis-je, troublée.

« Je suis Carlisle Cullen, votre père m'a très souvent parlé de vous » expliqua-t-il. Cullen, Cullen… Ah oui, ça me revenait. Les nouveaux de la ville qui avaient acheté la maison des Reynolds, ceux avec qui mon père s'étaient liés. Apparemment, Charlie passait plus temps avec eux qu'il ne me l'avait dit. « Venez avec moi, je vais vous dire à sa chambre »

« Mais… pourquoi auriez-vous le droit de… »

« Parce que je travaille ici de temps en temps » dit-il avec sourire alors qu'il avançait vers l'ascenseur.

« Vous êtes docteur ? »

« Oui je suis psychiatre spécialisé dans l'enfance, je fais des consultations ici »

Nous continuâmes notre route dans le silence, quand soudain il reprit la parole.

« J'étais avec lui quand c'est arrivé, vous savez ? Il a voulu m'inviter à pêcher sur le lac, m'apprendre ses techniques. Il venait de faire une touche et d'après lui ça devait être un monstre car il avait beaucoup de mal à le ramener. Je pense que c'est l'excitation d'attraper un gros poisson qui lui a donné cette attaque. Voilà on est arrivé. Je suis content de vous connaitre Bella. » dit-il devant la porte.

« Merci pour tout » répondis-je.

Voir mon père dans une chambre d'hôpital me ramena quelques années en arrière, quand ma mère était ici. Mais mon père allait bien, lui.

« Bonjour papa » dis-je doucement.

« Oh Bella ! Ils t'ont appelé alors » dit-il avec regret à ma grande surprise.

« Dis que tu ne voulais pas me voir ! » répondis-je en riant.

« Tu sais que je veux toujours te voir, c'est juste que je ne savais pas si je voulais que tu sois au courant de cette petite mésaventure… » bougonna-t-il.

« C'est pas une petite mésaventure, tu le sais. Il va falloir te ménager à compter d'aujourd'hui »

« Voilà pourquoi je ne voulais pas que tu le saches, tu vas t'alarmer pour rien maintenant. »

« Exactement » répondis-je.

Je passai le reste de la journée avec lui, ça faisait longtemps que je n'avais pas passé du temps avec lui. Mais au fur et mesure de nos conversations, j'avais inconsciemment fait le tri entre ce que je pouvais lui dire et ce que je devais éviter. Il fallait le préserver, éviter tout stress et cela comprenait notamment ma séparation avec Jacob. Pour l'instant, j'avais choisi de ne rien lui dire. Et quand il posait des questions sur lui, je répondais vaguement.

En début de soirée, on m'informa que je devais partir. Après avoir dit au revoir à Charlie je quittai la chambre et partis prendre un café au distributeur. Je venais de prendre mon gobelet rempli quand quelqu'un me percuta et envoya mon café sur moi.

« Et merde ! » m'écriai-je.

« Oh je suis désolée ! Quelle empotée je fais ! » dit une voix cristalline. Je levai les yeux de mon t-shirt et aperçu une jeune femme d'environ mon âge. Un petit bout de femme mais avec l'énergie d'une pile électrique. « Je suis très maladroite, ça ne changera jamais… »

« C'est pas grave » répliquai-je en la voyant si paniquée. « Quitte à être brûlée au troisième degré, autant le faire dans un hôpital non ? » blaguai-je en secouant mon t-shirt. Elle cligna plusieurs fois les paupières puis éclata de rire. Cette fille était bizarre mais elle avait quelque chose d'attachant. Son air enfantin, ses cheveux noirs savamment coiffés, son rire sincère y étaient pour quelque chose.

« Je m'appelle Alice Branson » dit-elle après avoir repris son souffle.

« Bella Swan » répondis-je en serrant la main qu'elle me tendait. « Vous venez voir quelqu'un ? »

« Mon père. J'arrive de L.A. »

« J'espère que ce n'est pas trop grave… » m'inquiétai-je. A nouveau, elle resta me regarder et son rire de lutin résonna.

« Non, non ! Il n'était pas malade. Il travaille ici, il est pédopsychiatre » expliqua-t-elle.

« Le Dr Cullen ? »

« Oui, vous le connaissez ? Vous êtes un peu âgée pour le consulter… »

« Il connait bien mon père, je l'ai croisé tout à l'heure. » dis-je en prenant la monnaie qu'il me restait pour prendre un autre café. Tandis que le café se préparait, mon cerveau tentait de comprendre la différence de nom de famille. Peut être que le docteur ne l'avait pas reconnu à la naissance et par conséquent elle avait hérité du nom de sa mère, et par la suite elle avait reprit contact avec lui. J'étais en plein scénario hollywoodien quand elle me demanda où j'habitais.

« J'habite Seattle » répondis-je.

« Seattle ? Je vais y habiter, je suis entrain de chercher un appartement. Je suis journaliste et je viens de trouver un poste de chroniqueuse au Seattle Times »

« Ça va vous changer de Los Angeles »

« C'est ce que je cherche, j'en peux plus de cette ville superficielle. Depuis que mes parents habitent dans l'état du Washington, je suis tombée amoureuse de la région. Depuis j'essaye de convaincre un de mes frères de venir avec moi. »

« L'autre est déjà conquis par Seattle ? » demandai-je en riant.

« L'autre vient de se marier avec une danseuse classique, il est souvent en déplacement » dit-elle.

« Tu vas te plaire à Seattle » affirmai-je. « J'adore cette ville »

« J'en suis sûre. Il ne me reste plus qu'à trouver un nid douillet » dit-elle pensivement. J'acquiesçai et bus une gorgée de café quand une idée me percuta. Pourquoi subir de nouveaux voisins quand on a la possibilité de les choisir ?

« Moi et mes amis habitons un grand loft et l'autre loft qui se trouve dans le bâtiment est à vendre depuis peu. » proposai-je.

« Je n'avais pas envisagé d'acheter…mais pourquoi pas » réfléchit-elle.

« C'est un quartier très sympa, très authentique et je ne pense pas que ce genre de bien immobilier soit encore très onéreux. Pour être honnête, je pense qu'il y a quelques travaux à faire, le précédent propriétaire n'était pas le meilleur architecte d'intérieur… »

« Pourquoi pas »

Je lui écris l'adresse sur un bout de papier et le lui donnai.

« Alice ! » s'écria Carlisle au bout du couloir.

« J'arrive ! » répondit celle-ci en rangeant le bout de papier dans son sac. « Merci Bella, j'irai voir cet appartement ! ». Elle fit quelques pas en arrière pour rejoindre son père. « Et au fait, je n'y étais pour rien pour ce café, c'est le destin qui a provoqué notre rencontre ! » ajouta-t-elle en faisant un clin d'œil. Elle fit demi-tour et s'élança dans les bras du docteur.


Promis, la prochaine fois je posterai plus vite... -)