Titre :
Too bad for me

Chapitre IV:
My PaintBox

Note de l'auteur:
J'ai la foi XD ça fait longtemps que je n'avais pas écrit autant et aussi vite.


Nous avons voyagé vers le sud, le chemin a été long et assez silencieux dans l'ensemble. Je n'adressais la parole à Duncan que lorsque c'était strictement nécessaire. Le reste du temps, je restais sourd à ses questions. Il ne s'est pas découragé pour autant. Il a passé son temps à me faire tomber dans des pièges puérils du style, pointer son doigt dans le vide en criant d'un air catastrophé « Oh ! une poule à trois têtes monté sur un hahl ! ». Evidemment, persuadé qu'on était attaqué, je me suis retourné en sursautant… et il a éclaté de rire. Je me suis vengé en trafiquant les bretelles de son sac à dos, je les ai décousu et recousue à l'envers, ce qui faisait qu'il avait les boucles des sangles qui lui frottait les épaules. Il a mis un moment à comprendre d'où cela venait et… il a éclaté de rire… s'en est suivi tout un tas de plaisanteries douteuses dans le style poil à gratter dans le fond du pantalon (le sien), jus de champignons dans la gourde (la mienne, beurk).

Il y a même une fois où je l'ai poussé dans la rivière pendant qu'il se penchait pour boire… Mauvaise idée : il est ressorti avec un air machiavélique et il m'a attrapé pour me jeter au milieu de la rivière. Rien ne semblait pouvoir entacher sa bonne humeur. Il ne se vexait d'aucune de mes piques et d'aucune de mes farces, bien qu'elles aient toutes ce but. Finalement, nous sommes arrivés à Ostagar. Il était en train de me faire un de ses longs monologues sur l'engeance, l'organisation des forces du roi, la Garde des Ombres et que sais-je encore, comme il le faisait d'ordinaire le soir. Ça n'a pas l'air de le gêner que je ne réponde pas ou que je fasse semblant de ne pas l'écouter. Il doit savoir que j'entends quand même ce qu'il dit, libre à moi d'en tirer une utilité.

La grande arche des ruines d'Ostagar se dressait devant nous, sous son ombre, un homme blond, en armure, aux yeux bleus et avec des traits enfantins. Son armure, elle n'avait rien d'enfantine. Elle était faite d'or et avait fière allure. Ce devait être quelqu'un d'important. Quelques gardes étaient placés autour de lui, sans doute pour le protéger.

« Majesté ? Je ne m'attendais pas… »

« A un pareil accueil ? Je voulais être le premier à vous accueillir ! Ainsi donc, j'aurai le puissant Duncan à mes côtés durant la bataille. Glorieux ! Et voilà sans doute la recrue prometteuse dont vous nous avez parlé. »

C'est vraiment lui le roi des Hommes ? Pas étonnant qu'ils soient tous si bêtes, ils ont un crétin à leur tête… remarquez ils ont de la suite dans les idées… pff. Aucun charisme, juste un sourire naïf et une propension à la familiarité.

«Laissez-moi faire les présentations, votre majesté. »

« Oublions le protocole, Duncan. Nous allons faire couler le sang de concert, après tout. Holà, mon ami ! Puis-je connaitre votre nom ? »

« Je ne suis pas votre ami seigneur humain. »

Non mais pour qui se prenait-il cet humain ? Après ce que son peuple a fait endurer au mien il se permet de me parler comme à une vieille connaissance. Duncan se crispe un peu à l'entente de ma réponse et de mon ton désinvolte. Je n'ai pas peur de ce jeune freluquet. Il a certainement eu la couronne de Ferelden dans une Farce de Satiliana.

« Une recrue pleine d'allant. Vous venez de Dalatie, n'est-ce pas ? J'ai ouïe dire que votre peuple était aussi habile qu'honorable. »

Le graissage de patte a de longs jours devant lui à ce que je vois. Sauf que mes cuirs à moi sont parfaitement entretenus, je n'ai pas besoin qu'on me les fasse briller.

« Dommage qu'on ne puisse pas en dire autant du vôtre. » je rétorque mal aimablement.

« Nous avons une certaine tendance à la traitrise, mais nous ne sommes pas tous de ces gens-là. Je vais devoir prendre congé de vous pour rejoindre ma tente : Loghain est impatient de pouvoir m'assommer à coup de stratégie. Mais laissez-moi vous dire ceci : nous sommes honorés de vous avoir ici, j'espère que vous vous intégrerez vite. »

« Votre oncle vous envoie ses amitiés et vous fait savoir que ses troupes seront là dans la semaine. »Annonce Duncan pour couper court à mon envie de lui réponde qu'il peut se mettre son honneur où je pense.

« Eamon veut sa part de gloire. Nous l'avons déjà remporté par trois fois contre ces monstres, l'issue de demain ne sera pas différente. »

« Je ne m'étais pas aperçu que tout allait si bien. Duncan m'avait pourtant dit qu'on avait impérativement besoin de moi… je me sens trahis. » Je lance d'un ton cassant.

« Je ne suis même pas sûr que c'est un véritable enclin, je le souhaiterai, mais Hélas ! aucun signe de l'archidémon. »

« Hélas ? »

« J'espérai une guerre pareille aux légendes ! Le roi de Ferelden s'alliant aux Gardes des Ombres contre l'immonde menace ! Bon je dois retourner à ma tente avant que Loghain n'envoie la Garde à ma recherche ! »

Je …suis…dépité… C'est ça un roi humain ? Sérieusement ? On dirait un de nos enfants qui jouent aux chevaliers armés de branches de bois et drapés dans les draps de leurs mères. Duncan émet un léger rire en me voyant suivre le roi avec des yeux indignés.

« Le roi de Ferelden s'alliant aux Gardes des Ombres… Contre l'immonde menace… »

« Nous devons bien ça à l'Engeance, non ? Mais il dit vrai. Son armée a déjà enlevé plusieurs batailles contre la Horde. »

« J'ai l'impression qu'il ne prend pas la menace au sérieux. »

« C'est vrai »

Il me fait signe de le précéder en direction d'an grand pont de pierre qui surplombe une vallée immense. Je passe devant sans me poser de questions et j'écoute la suite, car je sais qu'il y a un « mais ».

« Je sais en mon cœur que c'est l'œuvre d'un archidémon, mais je ne puis demander au roi d'agir sur la foi d'une intuition. »

« S'il n'était pas si borné, il vous écouterait. » Dis-je avec une autodérision farouche.

« Ne parlez pas du Roi en ces termes, il est certes un peu trop … enthousiaste… mais il est un de nos rares alliés. Ici, en Ferelden, nous sommes trop peu nombreux, tout ce que nous pouvons faire c'est aider le Tiern Loghain autant que nous le pouvons. C'est également pourquoi nous devons procéder à la cérémonie de l'union sans tarder. »

Je fais claquer ma langue contre mon palais avec agacement et lui jette un regard noir. Il soupire. Qu'est-ce que tu croyais ? Que j'allais te dire « chouette ! On commence quand ? ». Réveille-toi pépé, j'ai toujours pas envie d'être un Garde des Ombres, tu m'as enrôlé contre mon gré et arraché à mon clan, je te déteste, toi et ton ordre fantôme.

« Vous avez quartier libre, je vous demande juste de rester entre ces murs. Sentez-vous libre d'explorer le campement. Lorsque vous serez prêt à me rejoindre, allez trouver Alistair et dîtes lui d'aller chercher les autres recrues. En attendant, j'ai à faire, au besoin la tente des Gardes des ombres est de l'autre côté du pont, c'est là que vous me trouverez. »

Il me salue légèrement et s'engage vers le pont. Par esprit de contradiction je décide de visiter l'autre côté du camp… et de faire le tour des murs par l'extérieur. Quelle rébellion magistrale, me direz-vous. Peu importe que ça embête Duncan, j'ai besoin de désobéir par pur caprice, pour soigner mon orgueil blessé. Et puis je ne veux pas rencontrer les autres tout de suite. J'ai envie de profiter un peu de ma solitude. Pendant ce voyage, j'étais toujours à quelques mètres de Duncan. Parce qu'il fallait que je le suive, et parce qu'il aurait été ridicule et dangereux de faire un second feu de camps plus loin. Là je suis en sécurité, dans l'enceinte d'Ostagar, Mais je ne connais personne. Je n'ai aucune obligation de faire la conversation à qui que ce soit… Je vais pouvoir m'isoler un peu.

Je marche au hasard, sans trop faire attention où mes pas m'emmènent. Je dépasse quelques gardes jusqu'à arriver un une ancienne tour de garde et je m'assois sur le rempart, les jambes dans le vide. Je regarde en bas, il y a une forêt dense et quelques soldats qui s'affairent autour de deux tentes. Je ramène mes jambes, je ne veux pas qu'on me voie. Je m'adosse à un créneau et je regarde au loin. Je ne me faisais pas d'illusion mais mon cœur se serre en n'apercevant aucune voile d'Aravel. L'horizon vers le nord semble me crier que je n'ai rien à faire là.

Les paroles de l'Hahren Païvel me reviennent en tête. « Partout où le clan va, tu as un foyer. » Mais à présent ? Je n'arrive pas à me dire qu'avec le temps je m'habituerai à vivre comme un Shem, je n'y arriverai pas. Je sais qui je suis. Je suis Dalatien, quelle que soit ma situation. J'ai besoin d'un clan pour me sentir chez moi, j'ai besoin de pouvoir considérer des personnes physiques partageant la même histoire et les mêmes buts pour avancer de concert. Les Gardes des Ombres ne sont pas un clan acceptable. Ils sont de races différentes, ils doivent prouver leur valeur pour se sentir accepter, ils sacrifient tout ce qu'ils ont, même leur vie pour protéger des gens qu'ils ne connaissent ni d'Andruill, ni de Fen'Harel, au détriment de la protection du groupe. On ne sert à rien une fois mort. On ne se sacrifie pas pour sauver les gens, on survie pour les protéger.

J'ai deviné depuis un moment que cette cérémonie de l'Union était dangereuse. Peut-être serait-il préférable pour moi de mourir pendant ce simulacre d'épreuve de passage… mais je me doute que ce ne sera pas si simple. Duncan ne m'aurait pas trainé jusqu'ici si j'avais l'ombre d'une chance de m'échapper. Je soupire. Ma tête est lourde, je suis épuisé de réfléchir. Que devais-je faire déjà ? Ah oui, trouver un certain Alistair.

Je me relève et je rebrousse chemin en tapant des pierres laissées çà et là sur l'herbe qui entoure le chemin pavé qui rejoint le pont. Je n'aime pas les routes. Elles nous ordonnent où aller. Je préfère m'en écarter en général, mais je n'ai pas d'autre choix que de poser mes semelles dessus lorsqu'il me faut traverser le pont. Un officier m'interpelle, auquel je n'ai pas envie de répondre, mais je n'ai pas non plus envie de chercher mon homme pendant cent sept ans, je lui adresse un sourire poli en lui demandant où je peux trouver un certain « Alistair ». Au nord, qu'il dit.

Je me retourne vers l'autre côté de la vallée pour contempler la tour. L'architecture est un peu sèche… Mais elle est magnifique. Des oiseaux tournoient autour de son sommet, à son pied les drapeaux flottent paisiblement. J'aime à imaginer qu'Arlathann devait être encore plus majestueuse.

Je remercie le soldat et je prends la direction qu'il m'a indiquée. Je passe une arche de pierre jusqu'au campement des mages. Là deux templiers montent la garde. Je contourne les tentes et passe devant une estrade où une prêtresse fait un sermon pompeux les encourageant à mourir. Les humains sont fous… Je regarde autour de moi, sur ma gauche un âtre flamboyant où j'aperçois Duncan, il semble discuter avec un homme d'allure sévère. Derrière eux, des tentes somptueuses. Peut-être celle du Roi-à-l'Immonde-Menace et de son conseiller stratège. Je plains cet homme qui doit supporter la tête gonflée de fantasme de cet enfant roi. Il n'est pas sorcier de deviner qui tire les ficelles. Plus vers moi, il y a un chenil avec des chiens mabari. J'en ai déjà vu avec les humains. Il parait qu'ils sont très fidèles et très intelligents. J'ai pu le constater une fois où nous avons dû les éviter pendant une chasse loin du camp. De toute évidence ils chassaient avec leurs maîtres. Nous avons réussi à les emmener loin du campement grâce à ces chiens. A ma Droite il y a deux escaliers après une petite tour en ruine et entre eux, une échoppe.

« Vous êtes perdu ? »

C'est une vieille femme, mince et grande, l'air gentil mais les traits sévères, qui m'a adressé la parole. Je la regarde un instant, puis, décidant qu'elle s'inquiète juste de me voyant regarder à la ronde, je lui réponds d'un ton neutre.

« Pas vraiment, en fait je découvre. »

« Vous devez être la nouvelle recrue de Duncan. Il n'est pas aisé de l'impressionner, vous pouvez être fier. Laissez-moi me présenter : Je suis Wynne, je fais partie des mages appelés par le roi pour la bataille. »

J'hésite un instant avant de répondre. Je n'ai pas envie de donner mon nom à un Shem, mais je sens la sagesse et le savoir dans sa voix. Elle me fait penser à une Archiviste. Je la regarde dans les yeux avant de lancer mon nom à voix haute et assurée. Je ne veux pas qu'elle me croie intimidé. Ce n'est pas le cas, mais elle m'inspire un certain respect que je n'ai pas envie de vouer à un Shem.

« Enchantée. Puisse la chance vous sourire sur le champ de bataille. Puisse-t-elle nous sourire à tous, en vérité. »

« Vous vous battrez aux côtés du roi ? »

« Non, les mages ont un rôle à jouer mais il n'est pas en première ligne. Pour vaincre l'engeance nous devons apprendre à surpasser nos différents, ce n'est malheureusement pas une leçon apprise. »

Je fais claquer ma langue contre mon palais. J'ai envie de lui répondre que certains conflits ne sont pas prêts d'être désamorcés… Mais je n'en ferai rien. Je sais qu'elle me sermonnera si je le fais. C'est ce qu'un Archiviste aurait fait : il m'aurait expliqué pourquoi je devrais pardonner à Duncan et tenter de le comprendre et d'accepter mon destin. Je ne suis pas prêt à encaisser ces paroles sans me braquer et me récrier. Mais ma curiosité me pousse à lui poser une question sans que je ne puisse rien y faire.

« En savez-vous beaucoup sur l'engeance ? »

« Oui, et vous ? Savez-vous le lien entre l'immatériel et l'engeance, par exemple ? »

« C'est ce que nous nommons l'Après, mais quel rapport avec l'engeance ? »

« Chaque fois que notre esprit quitte notre corps, le temps d'un rêve où pour l'heure de notre mort, il se rend dans l'Immatériel. Maints esprits y résident, bienveillants ou non, et au cœur de l'Immatériel se dresse la Cité Noire. »

Tandis qu'elle parle, je ressens le besoin de m'assoir pour écouter, comme je l'aurais fait avec Païvel. J'y résiste pourtant, je me contente de croiser les bras sur ma poitrine et de me montrer attentif.

« On dit que la Cité Noire était la demeure du Créateur. Elle fut souillée lorsque les mages Tevinter l'investirent. Le Créateur les transforma alors jusqu'à ce que leur corps soit aussi noir que leur cœur était corrompu. Il les rejeta ensuite dans notre monde où ils devinrent les premières engeances. »

Tout était encore de la faute des humains… Il fallait s'y attendre, et bien sûr c'était à nous, les elfes, de nous battre à leurs côtés pour réparer leurs dégâts. Enfin, si leur « Créateur » existe vraiment il vient de me donner une raison de plus de ne pas l'aduler.

« La Chantrie raconte de nombreuses histoires. » dis-je, dubitatif.

« Ce peut être une allégorie pour nous rappeler que nous sommes la source de nos propres malheurs, ou ce peut être vrai. C'est une explication qui en vaut une autre. »

« Voilà… qui donne à réfléchir… »

« Oui, il est toujours bon de se questionner sur les conséquences de ses actes. Mais je suis sûre que vous avez des choses bien plus importantes à faire que de parler avec moi. Vous devriez reprendre votre chemin. »

« Oui, merci pour vos explications. »

« Tout le plaisir est pour moi. »

Je reprends ma route, songeur. Quelque part je suis rassuré, les humains ne sont pas si différents de nous finalement. Wynne ferait surement une Archiviste remarquable par sa capacité à plonger l'esprit des jeunes dans un chaos productif... Duncan aurait fait un excellent éclaireur… Caïlan est naïf mais il a l'entrain de sa jeunesse à sa décharge…Mais je connais trop bien leur race pour savoir que ce sont surement des exceptions à la règle. Je suis tombé sur les « bonnes » personnes… Mon chemin me mène jusqu'à l'échoppe où je me fais à nouveau interpeller… de manière beaucoup moins polie…

« Hé, vous ! L'Elfe ! Où est passée mon armure ? Et qu'est-ce que vous faîtes dans cette tenue ? »

La colère me monte au corps comme un jet de flamme, je lance un regard sombre à l'homme qui ose me parler comme à la merde d'un ses chiens de guerre.

« Comment osez-vous me parler sur ce ton, humain ? »

« Oh… vous êtes… celui qui accompagne les Gardes des Ombres… je »

« J'ai tué des Shem pour moins que ça ! »

« Je vous demande de me pardonner mes manières, je ne pensais pas à mal, si j'avais su… »

« Alors vous pouvez parler à n'importe quel elfe comme si vous étiez le maître incontesté de l'univers sauf si c'est un Garde des Ombres ? Vous êtes vraiment … »

« Regardez ça, à peine arrivé, il terrorise l'intendant ! » dit une voix rieuse derrière moi. « Faîtes attention maître Elfe, vous allez faire courir le bruit que les elfes sont dangereux pour les marchants bourrus. »

Je me retourne sur un homme à la barbe naissante, le visage joyeux fendu d'un large sourire. Il me tend la main… Sur le coup je ne réalise pas qu'il veut que je la serre.

« Je suis Daveth, l'une des recrues de Duncan. » Dit-il en retirant sa main, un peu gêné par mon manque d'enthousiasme. « Vous ne ressemblez pas à ce que je m'étais imaginé ! »

« Vous vous attendiez à quoi ? »

« Pas à un elfe en tout cas ! Il était temps que vous arriviez, je commençais à me demander si ce rituel n'était pas une pure invention.»

« Ne soyez pas paranoïaque. »

« De là d'où je viens on ne l'est jamais assez. Je ne serai pas étonné que ce rituel soit une sorte de châtiment. Disons que… hier soir j'ai tendu l'oreille et j'ai entendu Duncan parler avec un autre garde des ombres… Je crois qu'ils projettent de nous envoyer dans les terres sauvages. »

« Quelques arbres et engeances vous effraient ? Nous allons livrer bataille demain

« Des barbares, des cannibales, des sorcières, des bêtes sauvages… je continue ? Enfin… Nous verrons bien. De toute façon, nous n'avons guère d'autre choix. »

« Si j'avais le choix je serais certainement très, très loin d'ici. » je murmure avec amertume.

« Bah, c'est la vie, non ? Je vais y aller, je crois que Duncan m'attend. A plus tard. »

Il s'en va et le quartier maître se reprend avant de me proposer de regarder ses articles. Les soins humains sont différents des nôtres… Mais ils feront surement l'affaire. Je prends ce qu'il me faut avant de regarder vers l'escalier du nord. Je n'étais pas sensé retrouver quelqu'un moi ? Ah si, Alistair. Je commence à peine à monter les marches que j'entends des voix. Apparemment ledit Alistair se dispute avec un mage. Je m'appuie contre une colonne et j'attends. Je ne veux pas me mêler de leur dispute, qu'ils règlent ça entre gens de leur race. Je me tiens en vue tout de même, pour ne pas avoir l'air d'écouter aux portes. Le mage finit par partir, furieux, et le jeune homme châtain dans une brigandine en fonte grise s'avance vers moi avec un sourire complice. Hey mon gars, on n'a pas élevé les Hahls ensemble … arrête de me regarder comme ça.

« L'enclin à cela de bon qu'il resserre les liens entre les hommes, vous n'êtes pas d'accord ? »

« Comme vous dîtes… »

« Imaginez, ce serait comme une fête ! on se tiendrait par les mains, on danserait en cercles et on s'accolerait à l'envie ! ce serait merveilleux. »

Première impression… Ce gars est un idiot… Je ne sais pas pourquoi mais si j'avais un peu de fierté, quelque part dans le fond de mon esprit, d'avoir été choisi dans une garde d'élite comme la Garde des Ombres…. Elle a soudainement disparu.

« Au fait » reprend-il sans se soucier de mon air dépité. « On ne se connait pas ? Ne me dîtes pas que vous êtes mages, vous aussi ? »

« Nous n'avons pas été présentés. Vous devez être Alistair. »

Faiseurs, faîtes que je me trompe de personne…

« Et cela fait donc de vous la dernière recrue de Duncan, j'imagine. En tant que cadet de l'ordre, c'est moi qui vous accompagnerai pour vous préparer à la cérémonie de l'Union. »

« Je m'appelle Finduilas. »

« Oui, c'était bien ce nom-là. Une question : avez-vous jamais rencontré d'engeance ? »

« Oui, très récemment. »

« Je ne les ai combattu qu'une fois, c'était avant que les batailles ne commencent… Batailles dont Duncan a pris soin de m'écarter. Dîtes moi, les avez-vous trouvé aussi monstrueuses que moi ? »

« Je n'ai pas peur d'elles. Elles saignent et elles meurent, comme tout ce qui vit. »

« Alors vous avez un avantage sur les autre recrues, rares sont celles qui ont jamais vu d'engeance. Enfin bref. Quand vous serez prêt, retournons voir Duncan, Il doit ronger son frein à force d'attendre. »

Pour ce sue ça peut me faire qu'il ronge son frein… il m'a dit que j'avais quartier-libre non ? Mais la vraie question c'est : Il va me coller au train ? Il n'est pas sérieux…N'est-ce pas ?

« Vous n'êtes pas obligé de m'accompagner, si ? »

« Je me ferai discret, promis. »

« Rejoignez Duncan, je n'ai pas fini de visiter le camp. »

« Je peux vous guider si vous voulez ! »

« Oui mais je ne veux pas. »

Il rit et me passe devant, s'attendant visiblement à ce que je le suive. Il se retourne quelque pas plus loin et constate que je suis toujours au même endroit et que je le regarde, le sourcil levé.

« Ce n'était pas une plaisanterie, hein ? »

« Non, ce n'en était pas une. »

« Duncan vous a parlé de moi en mal, pour que vous soyez aussi froid ? »

« Non, je n'aime pas les humains. Je ne suis venu vous voir que parce que Duncan m'a ordonné devenir vous chercher. C'est tout. »

« Oh, bien, bien, Monsieur le rebelle. Mais je vais quand même vous suivre, vous avez l'air d'avoir besoin de vous dérider. »

« Je croyais que vous deviez vous faire discret. »

« Je serai drôle discrètement ! »

Oh misère… Et il dit ça sérieusement en plus. Je lui passe devant sans grand enthousiasme. Je réajuste mon carquois en marchant, j'aurai peut-être dû aller poser les armes près de la tente des Gardes des Ombres mais je ne sais pas si je peux faire confiance aux gens qui vivent ici. J'ai donc tout gardé sur moi. Alistair et moi passons devant le chenil. Le maître-chien semble parler dans sa barbe. Je m'approche des cages, l'animal est manifestement mal en point. Il lève les yeux vers moi et pousse un couinement douloureux. C'est le moment que choisit le soigneur pour lever les yeux vers moi.

« Vous êtes le nouveau Garde des Ombres ? Vous tombez bien. »

« Le chien est malade ? »

« Oui, il a ingurgité du sang d'engeance et il en meurt à petit feu. Je pourrai le soigner mais il refuse que je l'approche. Je ne peux même pas le museler. »

« Vous voulez que j'essaie ? »

« Si vous y parvenez, ce serait formidable. Il est très prometteur. » me dit-il en me tendant un lourd harnachement de cuir. « Il s'imprègnera peut-être de vous quand il comprendra que vous l'avez aidé… S'il survit bien sûr. »

J'entre dans la cage, j'ai l'impression que le chien m'évalue du regard, c'est assez troublant. Je m'agenouille pour être à sa hauteur alors qu'il émet un grondement sourd mais qui n'est pas menaçant pour celui qui a l'habitude des animaux sauvages. Je passe la main sur sa tête, entre ses deux oreilles, puis je m'avance pour lui passer la muselière.

« Il n'a pas de maître ? »

« Celui de ce chien est mort au combat lors de la dernière bataille. Il va lui en falloir un nouveau. Le problème c'est que les mabaris sont très fidèles, ils s'attachent difficilement à un second maître. Mais dans des circonstances comme celle-ci, cela c'est déjà vu. »

Le chien se laisse faire et bientôt le voilà muselé. Le soigneur va pouvoir œuvrer à son aise. Il semble terriblement soulagé. Je sens que c'est quelqu'un de bien. Pour savoir le fond du cœur d'un homme, regarde comme il traite ses inférieurs, pas ses égaux. Son inquiétude et son affection pour ses amis à quatre pattes prouvait que cet homme était généreux… Je n'aurai pas attendu ça d'un Shem, je dois l'avouer.

« C'est merveilleux. J'avais peur de devoir l'abattre pour abréger ses souffrances… Je vais pouvoir commencer à le soigner à présent. »

« J'espère que vous y parviendrez. Je connais ces chiens pour les avoir eu à mes trousses, ce sont de puissants guerriers, parfois bien plus fins que leurs maîtres. »

« Je ne sais pas si c'est un compliment pour le chien ou si vous jetez la pierre aux maîtres. » dit le maître-chien avec amusement. « Mais… pendant que j'y pense, vous n'auriez pas l'intention de vous rendre dans les terres sauvages, par hasard ? »

« Il parait que nous allons y être envoyés, pourquoi ? »

« Il existe une plante, la fleur des terres sauvages, elle pousse près des marais, un peu partout sauf dans la vallée. Elle me permettrait d'assurer la guérison du chien, malheureusement je ne peux pas m'y rendre moi-même. »

« Si je la trouve, je vous en apporte. »

« Merci beaucoup. C'est une fleur facile à reconnaitre, elle est blanche avec un cœur rouge sang. J'espère que vous en croiserez sur le chemin de votre mission. »

Je salue cet homme et m'éloigne de lui en jetant un dernier regard au chien. Ce dernier me regarde toujours, les oreilles dressées. J'ai l'impression qu'il se demande où je vais… Je vais arrêter de me poser des questions, il a beau être intelligent, c'est un chien après tout, il ne peut pas vraiment se demander quoi que ce soit de façon concrète. Je me tourne vers l'âtre autour duquel sont en train de parler Duncan, Daveth et un homme à l'allure gauche. Alistair ne presse cependant pas le pas. Il me regarde avec suspicion.

« Quoi ? »

« Vous placez les chiens plus haut en respect que les humains ? »

« … Oui… et alors ? »

« Les chiens sont des animaux… »

« Les humains sont des monstres. »

« Les Dalatiens sont-ils tous aussi virulents à notre égard ? »

« Non, je suis particulièrement prompt à mépriser votre race comme vous méprisez la nôtre. »

« Je ne méprise pas les elfes ! »

« Mais je doute que vous ayez jamais rien fait pour aider ceux qui étaient victimes de l'injustice des vôtres. »

« Je… non c'est vrai. »

« Alors vous ne valez pas mieux que leurs bourreaux. »

Alistair semble réfléchir à quelque chose à répondre, puis semble considérer que j'ai raison et baisse les yeux. Je me remets en marche. Mais mon répit est de courte durée.

« Que pensez-vous de Duncan ? »

« Et vous ? »

« Hé ! j'ai posé la question en premier ! »

« … »

« Bon d'accord... C'est le commandant de la Garde des Ombres, il vous dira que c'est une bien petite fonction compte tenu du nombre réduit de Gardes qu'il a sous son commandement. Sinon c'est quelqu'un de juste. Un brave homme, et très physionomiste avec ça. Et vous ? que pensez-vous de lui ? »

« Pour tout vous dire, je ne le porte pas dans mon cœur… »

« Comme vous voudrez… Il fait tout ce qu'il peut avec les moyens dont il dispose… »

« Il m'a arraché à mon peuple contre mon gré… Il est allé jusqu'à utiliser le Droit de Conscription… »

« Oh… Je vois… Pour ce que ça vaut, je suis désolé… »

« Hm… »

Je continue à marcher dans le camp, un peu renfrogné par cette discussion… Je crois que je vais vraiment avoir du mal à m'intégrer ici… tout le monde semble aduler Duncan comme un dieu vivant… Bah ce n'est pas plus mal, peut-être que comme ça, on ne m'en demandera pas trop… Je retiens un soupire avant de me diriger vers l'âtre embrasé. Alistair me suit toujours. A mon grand étonnement, il ne semble pas désireux de continuer à me faire la conversation, je crois que je l'ai un peu refroidi. C'est idiot mais… Je me demande si je ne suis pas perdant dans l'histoire. Il a peut-être l'air idiot mais lui au moins il a commencé à me parler avec respect avant de savoir que j'étais la « nouvelle recrue de Duncan ». De toute façon, vu comment c'est parti, j'aurai tout mon temps pour me faire pardonner plus tard.

« Vous avez trouvé Alistair ? Parfait, nous allons pouvoir commencer les préparatifs. A moins qu'Alistair ne trouve cela plus amusant d'aller déranger nos mages. »

« Que puis-je dire ? La Révérende Mère m'a piégé ! elle manie la culpabilité comme d'autres manient une épée. »

« Et elle vous as demandé d'humilier ce pauvre mage ? Nous avons suffisamment d'ennemis comme cela, nous n'avons pas besoin de nouveaux adversaires. »

« Pardonnez-moi, Duncan… Vous avez raison. »

« Vous avez déjà rencontré Daveth, je crois. » Dit Duncan en s'adressant à moi. « Je vous présente donc Ser Jory, chevalier de Golefalois. »

« Ne pourrait-on pas abréger les présentations ? » Je ne suis pas désireux de connaitre plus avant cet homme-là, je sais d'avance que c'est un trouillard. Je n'aurai pas le temps de me lier à lui, il mourra avant.

« Certainement. » approuve Duncan qui, j'en suis certain, a suivi mon raisonnement. « Nous allons pouvoir commencer. Vous devez vous rendre dans les terres sauvages pour y accomplir deux tâches. La première consiste à recueillir trois fioles de sang d'engeance. Une par recrue. »

Il me regarde, attendant manifestement que je fasse signe que j'ai compris. Les trois autres se tournent vers moi, surpris que je reste muet. Mais je n'ai pas fini de lui faire la tête, au barbu, donc il peut se gratter pour avoir ma réponse. Alistair intervient alors.

« Et la deuxième ? »

« Il existait autre fois un avant-poste de la Garde des Ombres dans les terres Korcari. Aujourd'hui cette base est en ruine. Nous avons découvert que plusieurs parchemins sous scellé magique avaient été oubliés dans les archives de l'avant-poste. Je veux que vous récupériez ces documents. »

« Quel genre de documents ? »

« Ce sont d'anciens traités qui obligent les Elfes Dalatiens, les Nains et les Mages à nous prêter main forte en cas d'Enclin. »

Les regards se tournent vers moi, je retiens un claquement de langue agacé. Il m'a fait venir pour mieux envoyer mon clan à la guerre… Quelle enflure… La colère doit se lire clairement dans mes yeux car Daveth se mord la lèvre. Il vient de comprendre qu'il y avait là un sujet sensible à ne pas évoquer. Plus je le vois ce Daveth plus je le trouve vif. Il fera un compagnon de route agréable, à défaut d'un frère de clan.

Nos regards se croisent un instant et il m'adresse un sourire complice avant de tourner les yeux vers Duncan… ou plutôt de sa tenue. Si son haut est celui d'un homme en arme, le bas de son armure est recouvert par une toge qui ressemblait de loin à une robe. Je remonte les yeux vers lui et il lève les yeux au ciel. Je comprends le message et je me mords l'intérieur de la joue pour ne pas rire. On est en train de se faire dicter notre conduite par un homme en robe… Nous sommes la honte de la nation.

Alistair nous regarde avec un air incrédule. Lui n'a manifestement pas compris la blague, ou il est trop respectueux de Duncan pour avoir envie de comprendre. J'ai tellement envie de rire en voyant sa tête que je prends les devants en entamant le chemin.

« Allons y… plus vite nous aurons commencé cette mission plus vite nous l'aurons terminée. »

« Bonne chance à vous. » Nous dit Duncan en nous regardant partir avec le sourire d'un père qui voit partir ses enfants à la grande aventure.

« A votre avis c'est l'uniforme des commandants ou une habitude personnelle ? » me chuchote Daveth en faisant attention à ce qu'Alistair et Jory n'entendent pas.

« Si c'est un uniforme on ferait peut être bien de s'enfuir avant de devoir subir la même transformation. » Je réponds sur le même ton. « Je tiens à conserver toute ma virilité. »

« Vous êtes vache. » Dit-il en me tapant l'épaule avec son poing sans me faire mal. J'ai déjà vu les humains faire ça, c'est un signe d'affection je crois… « Il est très élégant dans sa r… toge. »

« Je préfèrerai quand même être élégant en pantalon si je peux choisir. »

« On va ouvrir une campagne pour la réhabilitation de l'uniforme masculin dans la Garde ! »

« Je marche. »

« Qu'est-ce que vous marmonnez devant ? » nous lance Alistair, vexé de ne pas être dans la confidence.

« On programme le salut de l'Ordre. » déclare solennellement Daveth.

« Avec un humain ? » me lance la fan girl de Duncan. « Je croyais que vous nous détestiez ? »

« Oui. » Intervient Daveth avant que j'ai le temps de répondre. « Mais je ne suis pas un humain à part entière. »

« Ah non ? » je fais avec un sourcil levé…

« Non. » Assure-t-il avec aplomb. « Je suis une fée des marais ! »

Je le regarde comme s'il était fou pendant quelques secondes… puis je ne peux m'empêcher d'éclater de rire. Je suis suivi de près par le reste du groupe alors que je m'appuie à l'un des premiers arbres que nous croisons en entrant dans les terres sauvages. Il nous fallut un peu de temps avant de nous remettre de notre fou rire. Alistair décréta qu'il était lui aussi une créature féérique, un gnome des jardins, et nous reprirent notre route en priant pour que Duncan ne nous ai pas entendu depuis l'âtre.

A compter de ce moment, l'atmosphère se détend. En fait c'est moi qui me suis détendu et du coup, les trois autres sont moins mal à l'aise en ma présence. Jory ne prend pas part à la plaisanterie consistant à se prendre pour des créatures fantastiques pour détourner sa nature humaine, j'en suis fort aise. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai l'impression que cet homme vit son dernier jour et mon peuple a pour coutume de ne pas parler des morts. Bien qu'il ne soit pas encore décédé, j'ai du mal à tenter de parler avec lui. En revanche, Daveth multiplie les calembours, au point que j'ai du mal à me concentrer sur l'environnement.

Je finis par faire arrêter le groupe, qui me jette un regard inquiet. J'allais amorcer un geste que Tamlen et moi utilisions pour désigner les loups en silence… Lorsque je réalise qu'ils ne le comprendront pas. Je murmure alors le nom des animaux problématiques à leur attention. Tous hochent la tête et le silence se fait. Je leur montre leurs arcs, puis un doigt. Daveth comprend immédiatement, Alistair réfléchit un peu avant de comprendre… Jory lui, reste bouche bée dans une totale incompréhension. Daveth nous désigne tous les quatre, fait mine de bander son arc, puis désigne les loups du doigt et lui montre un seul doigt. Jory hoche la tête. Je me retiens de lever les yeux au ciel. Que de difficulté pour lui faire comprendre qu'il faut prendre en joug la même cible tous en même temps.

Je m'avance derrière les buttes, surement les trois autres sentent-ils que je sais ce que je fais, car ils hésitent un court instant avant de marcher dans mes pas avec prudence. Les Dalatiens sont des nomades, ils chassent pour se nourrir et pour se défendre. Le terrain importe peu et cette constatation me fait sourire. L'Archiviste a raison : où que je sois je suis Dalatien. Mes traditions et mon savoir ne me quitteront jamais. Je me tourne vers les autres, ils me suivent à la trace. Ils sont trop près de moi mais je leur expliquerai comme il convient de se tenir pendant une chasse tout à l'heure.

Je me place derrière la butte, nous pouvons voir les loups sans qu'ils nous voient. Je prends le risque de murmurer «du plus près au plus éloigné». Ils acquiescent et bandent leurs arcs. L'abattage peut commencer. Les loups mettent un moment avant de comprendre d'où ils sont attaqués, trop longtemps en fait. Nous les tuons presque tous et presque sans erreur de coordination. Nous allons néanmoins en finir deux au corps à corps. Je pose ma main sur l'épaule de Daveth et lui fait signe de me suivre. Les deux loups meurent par le fer de nos dagues au moment où ils se jettent sur notre groupe. Je nettoie le sang qui couvre mon bras.

« On sent l'habitude ! » s'exclame Daveth avec entrain. Visiblement il s'est pris au jeu.

« Vous ne vous débrouillez pas trop mal pour des sédentaires. » Je ne parle pas de race par choix, ne remettons pas le sujet si bien évité sur le tapis. « Mais vous ne devriez pas vous serrer autant les uns aux autres, vous pourriez vous gêner avec vos armes, et cela nous rend plus facile à attaquer de loin. »

« Compris chef, on va aérer les rangs. » plaisante Alistair en mimant un salut militaire.

Daveth rit et j'esquisse un sourire amusé. C'est Alistair qui devrait mener l'expédition mais… Chassez le naturel il revient au galop… J'ai l'habitude de diriger mes chasses avec Tamlen et Fénarel. Je me surprends à faire la comparaison. Décidément, ces deux-là me plaisent de plus en plus, j'espère que nous aurons l'occasion de faire plus ample connaissance plus tard, après la bataille. Mais je sais déjà que me battre avec eux sera rassurant. Le problème de la guerre c'est que lorsqu'on est seul au front, ou que l'on ne peut pas faire confiance à ceux qui se tiennent à nos côtés, c'est que votre survie ne tient qu'à vous. Avoir des compagnons d'arme signifie des chances de survie que nous nous offrons mutuellement en surveillant les arrières des uns et des autres. L'expérience et la camaraderie sont de puissants atouts, autant la partager. Daveth et Alistair ne sont pas Dalatiens mais je ne me sens pas coupable de leur dispenser le savoir des miens. Je sais que cela nous sera utile à tous, plus tard.

Nous continuons à avancer dans les terres sauvages. Un charriot a été renversé plus loin, des bœufs et des hommes trempent dans leur sang, déchiquetés. Nous nous approchons du massacre, une voix s'élève d'un homme à terre.

« Il n'est pas aussi mort qu'il en avait l'air » fait Alistair

Je lui jette un regard dépité. Il a un homme blessé sous les yeux et il trouve le moyen de plaisanter... Le concerné hausse les épaules et baisse à nouveau les yeux vers l'homme agonisant.

« Qu'est…ce… Des Gardes des…ombres ? » gémit le soldat en sang. « Ma patrouille … a été surprise par des engeances…. Elles sont sorties du sol… nous avons… été décimés… Je vous en prie, aidez-moi…je dois… rentrer au campement. »

« Il faut panser ses blessures, il va se vider de son sang sur le chemin sinon. » Fait remarquer Daveth

« J'ai ce qu'il faut dans mon sac. »

Alistair sort des bandages et avec l'aide de Daveth, il soigne l'homme du mieux qu'il peut. Ce dernier se relève difficilement et se met en marche, chancelant, vers le camp. Il devrait y arriver mais ses blessures sont profondes, il ne combattra pas demain. Nous regardons autour de nous, le désastre nous met en face de ce qui nous attend demain à grande échelle. Je n'ai pas peur mais je me fais la réflexion que Tamlen n'a surement eu aucune chance de résister à une telle furie s'il était aussi malade que moi, seul dans cette caverne. Je note que certains corps ont été entamés… Je ne veux pas savoir par quoi…

« Vous avez entendu ? » se plaint Ser Jory « Tout une patrouille de vétérans exterminée par l'engeance. Combien devrons-nous en tuer avant de pouvoir rentrer ? une dizaine ? une centaine ? je trouve que cette mission nous fait courir des risques inutiles. »

« Calmez-vous, si nous restons prudents il ne nous arrivera rien. » tente de modérer Alistair.

« Ces vétérans étaient surement prudents eux aussi. »

« Vous m'avez tout l'air d'un couard. » je lance, en défi.

« J'essaie seulement de rester en vie. Mais je ne fuirai pas, je vous le jure. »

« Il est naturel d'avoir peur, vous savez. Personne n'aime l'idée de se frotter à l'engeance, moi le premier. » Tempère Alistair.

« Surtout que la dernière fois, je me suis fait enrôler de force dans un Ordre de fanatiques en robes… Qu'allons-nous devenir cette fois ? »

« Qu'est-ce que les templiers viennent faire là-dedans ? » demande Alistair, incrédule.

Daveth et moi nous contentons de pouffer bêtement en reprenant la marche. Mais Ser chevalier n'en a pas fini avec ses doléances, Alistair le coupe d'un ton calme qui se veut rassurant.

« Ecoutez-moi. Quoi qu'il arrive, aussi rusées que sont les engeances, les Gardes des ombres sentent leur présence. C'est pour cela que je vous accompagne. Elles ne nous surprendront pas. »

« Rassuré, Ser Chevalier ? » lui lance Daveth avec une grande claque dans le dos. «Nous ne mourrons pas par surprise ! »

« Vous trouvez ça rassurant, vous ? »

Nous nous remettons en route sans nous occuper plus avant de ses jérémiades. Nous avons des engeances à tuer, des fioles de sang à ramasser et des documents à récupérer.