Chapitre 4. Séquelles
Dans les mois qui suivirent, Thieleryn trouva doucement sa place dans la maison d'Elrond, et une routine s'installa doucement, fondement d'un équilibre pour permettre à cette enfant de débuter une nouvelle vie.
Glorfindel et les jumeaux lui apprenaient le maniement des armes le matin alors que l'après-midi était consacrée à l'étude de la langue, des mathématiques et de l'histoire. C'étaient souvent Arwen ou Elrond qui s'occupaient de cela, mais parfois le jeune Lindir lui enseignait les arts de la musique et de la danse, les us et coutumes des autres peuples, car c'était un domaine qu'il aimait particulièrement. À peine âgé d'un siècle, c'était un elfe remarquablement doux et posé pour son jeune âge, qui avait toujours préféré les activités studieuses aux affrontements armés, et avoir une élève le ravissait, et ils devinrent amis, passant de longues nuits à regarder les étoiles, le plus âgé comptant histoires et légendes à sa cadette.
Après six mois, elle fut capable d'écrire sa première lettre en sindarin qu'elle adressa aux seigneurs de Vert-Bois, et depuis ce jour, elle correspondait régulièrement avec les seigneurs sylvestres, accueillant chaque lettre aux fines arabesques vertes avec une excitation enfantine.
Un an passa en un battement de cils pour ces immortels, et c'est avec regret que Thranduil annonça que ni lui ni son fils ne pourraient pas venir pour fêter le solstice d'été, retenus par une attaque de Gobelin à l'Est. L'année suivante, ils ne vinrent pas non plus, car le roi avait entrepris de débarrasser le flanc Est de Vert-Bois de tout danger, souhaitant repousser les infectes créatures qui menaçaient son royaume au loin, dans les montagnes désolées. Et le seigneur de la dernière Maison Simple songea avec désarroi que cette tâche serait plus ardue que ne l'avait soupçonné le trop fier souverain sylvestre.
Mais alors que l'été poursuivit sa course, une nouvelle ravit le Grand Roi des Elfes.
En effet, d'après le récit de Gandalf, ainsi que des portraits qu'il avait réalisés, il avait ordonné à une patrouille de retrouver les tortionnaires de Theileryn ainsi pour les châtier comme il se devait, refusant de laisser impuni de tels actes de barbarie perpétrés envers son peuple.
Quand la nouvelle du succès de leur mission l'atteint, il flânait dans les jardins auprès de son épouse. Cette beauté aux yeux bleus et aux longs cheveux d'argent qui pouvait faire de lui ce qu'elle voulait, pourvu qu'elle lui prodiguait son amour.
Un sourire carnassier apparut sur ses lèvres, et alors qu'il fit mine de rejoindre la salle du trône, sa douce épouse le retint :
-Aie pitié, je t'en prie...
-Non ma douce, je ne puis..., soupira le roi. Si tu avais vu ce qu'ils ont fait à cette enfant... Jusqu'à mon dernier jour, je la verrai me supplier de ne pas faire de mal à Glorfindel, de la punir à sa place, pensant qu'elle serait battue et violée...
- Puisse alors cela apaiser ton cœur, et chasser à jamais les cauchemars de cette innocente... , souffla la reine avec un regard chagrin, sachant que ce soir elle devrait guérir ses sombres humeurs.
Il entra sans hâte dans la salle du palais, et promettant récompenses à ses hommes, il les congédia pour rester seuls avec son fils et les deux coupables.
Ils furent enfermés dans les cellules noires sous la forêt, et nul ne sut ce qu'il advint d'eux, hormis le roi et son fils. Certains murmurèrent qu'il les laissa pourrir là jusqu'à la fin de leurs jours, d'autres qu'ils leur firent endurer les mêmes sévices que ce qu'avait subi Theileryn jusqu'à ce que la mort les délivre. La seule chose qui est sûre, c'est qu'il assura à Elrond dans une lettre qu'il ne foulerait plus jamais cette terre.
Ce n'est que quinze ans après avoir découvert Berethiel que la situation a Vert-Bois fût suffisamment sûre pour que ces seigneurs décident de s'absenter pour le solstice d'été, l'esprit serein.
Bien qu'ils ne fussent cette fois pressés d'aucune nécessité, ils parcoururent la route avec une hâte certaine, car ce délai avait pesé sur leurs cœurs, et leur affection pour Theileryn n'avait diminué d'aucune manière. Thranduil, en son cœur, regrettait toujours de ne pas avoir insisté pour la prendre avec eux, car malgré tous ses vœux, Legolas demeurait son seul enfant, et les rires d'elfing qui résonnaient dans son palais lui manquaient terriblement.
Legolas, qui avait continué à correspondre régulièrement avec l'elfing toutes ces années, avait développé une amitié pour elle, et apprenant qu'elle était devenue habile dans le maniement des dagues et de l'épée auprès de ses aînés, il se promit de juger par lui-même de ses capacités à leur rencontre, espérant qu'un jour il pourrait l'initier à la chasse dans le royaume de Vert-Bois, malgré le dégoût que sa famille avait envers cette activité.
Thranduil et son fils arrivèrent aux abords d'Imladris en milieu d'après-midi à la même date que jadis, sous un ciel printanier incertain. La route devant eux était un chemin escarpé et tortueux à flanc de montagne, et les souvenirs de leur dernier passage en ces lieux restaient/pensaient sur dans leurs mémoires comme jamais.
-Je me demande quelle jeune elleth elle est devenue, songea Legolas, peinant à imaginer l'enfant d'autrefois sous une forme presque adulte.
-Nous le découvrirons d'ici deux heures, répondit son père, tout aussi curieux.
Ils se glissèrent presque au pas dans ces chemins, et au bout de quelques minutes, des bruits de sabots au galop attirèrent leurs attentions. Ce n'étaient cependant pas des sabots de cheval, mais quelque chose de plus léger, alertant le convoi royal. Ils ralentirent l'allure, sur leurs gardes, et c'est un spectacle surprenant qui s'offrit à eux.
Une elleth rousse, aux yeux verts comme les bois, apparut, montée sur une sorte d'élan d'une taille tout à fait commune à celle qui se trouvait dans les bois environnants. Sur ses épaules reposait un manteau rouge d'un tissu riche et trop grand pour la silhouette fine de la cavalière, et Thranduil le reconnut immédiatement, car il lui avait appartenu plusieurs années avant que...
-Bienvenue messeigneurs, fit L'elleth d'un ton joyeux en bondissant de son étrange monture, et fit une révérence gracieuse, rendue légèrement loufoque par le manteau du roi qui traînait au sol et faisant disparaître ses mains. Vous revoir en ces terres emplit mon cœur de joie.
-Theileryn ? tenta Thranduil imité par son fils, qui lui offrit une accolade chaleureuse sans une once d'hésitation.
-Les années ont fait de toi une splendide eldar ! la complimenta-t-il.
Le roi de son côté la prit dans ses bras et ne dit rien, se contenant d'éclater d'un rire franc, puis la relâchant, il dit :
-Trop d'années ont passé, et ceux bien trop vite ! Allons à présent, en ce jour, j'ai hâte de lever ma coupe à ta santé.
Ils remontèrent sur leurs montures respectives, et Legolas l'interrogea au sujet de son étrange monture.
-C'est un ami qui a bien voulu m'amener jusqu'ici. Les chevaux sont trop disciplinés, je préfère Nínui, il est cent fois plus joueur, et plus rapide.
Theileryn les encourageant, ils pressèrent le pas, et arrivèrent aux portes d'Imladris une heure plus tard. Elrond les accueillit, avec un sourire sincère, et après avoir donné une accolade aux deux seigneurs, il dit d'un air rieur :
- Je vois que vous avez eu une escorte pour la fin de votre voyage.
Il lui jeta à sa fille cadette un bref regard désapprobateur, et les jumeaux apparurent suivis de leur sœur, qui offrit les salutations les plus solennelles par rapport au reste de ses frères et sœurs, fière et disciplinée dans ses atouts bleu nuit et rouges.
Revenir en ces lieux laissés donna l'impression aux nouveaux arrivants de n'être presque jamais partis, car quinze ans étaient finalement bien peu de choses pour ces elfes plusieurs fois centenaires, mais en même temps, voir Theileryn si grande leur donnait l'impression d'être partis un millénaire.
Malgré la moue désapprobatrice d'Arwen qui souhaitait que chacun puisse aller se rafraîchir avant le repas, l'elleth rousse prit Legolas par la main et proposa :
- Tu es déjà en tenue pour un entraînement, nous devrions en profiter !
-Aux armes ! firent les jumeaux, visiblement séduits par l'idée, et ils poussèrent leur ami sur la route de leur terrain d'entraînement.
-Père, parfois, j'ai l'impression d'avoir trois frères...
-Ne t'inquiète donc pas, ils seront prêts pour le dîner, laisse leur le temps de faire ces retrouvailles à leur manière.
Les deux roi elfes profitèrent de l'absence de leurs enfants pour échanger sur les événements de ces dernières années. Thranduil assura que la menace qui pesait sur ces terres avaient été repoussée en causant de lourdes pertes aux gobelins qui étaient les principaux acteurs des attaques, agissant de manière anarchique.
-Que la paix soit de retour à Vert-Bois est une heureuse nouvelle mon ami. Mais ces attaques m'étonnent. D'où venaient-elles ?
-Une partie des montagnes à l'Est, et une autre de Dol Guldur... J'avoue que ce point-ci fût une surprise, car la vieille forteresse est abandonnée depuis des siècles, je ne comprends pas ce qui a poussé ces créatures à y revenir, si ce n'est leur profonde stupidité... Quoi qu'il en soit, elle a de nouveau été nettoyée de ces ignobles créatures qui sont retournées se terrer dans les cavernes crasseuses aux confins des terres, à l'Est.
-Je crains que tu aies raison. Ces lieux sont imprégnés d'un mal qui les attirent pour des motifs qui sont étrangers à la raison... Nous pouvons espérer que l'ombre s'est retranchée loin de nos terres, mon ami, et que les vôtres puissent prospérer dans la joie et l'allégresse.
Durant l'entraînement, Legolas fut stupéfait de voir à quelle vitesse elle avait progressé. Retenant ses coups, tant par galanterie que son esprit était assailli par l'image de l'enfant blessé et maigre qu'elle fut lors de ses premières leçons avec lui, et peu méfiant, il n'esquiva que trop tard un coup qui érafla sa tempe gauche, provoquant un fin filet de sang.
-Pardonne-moi, mon ami, je n'avais pas l'intention de te blesser...
-Il ne faut pas la ménager, Legolas, fit Elrohir. Elle s'est entraînée chaque jour depuis ton départ... Ça fait certes peu d'années devant tes cinq cent quarante ans, mais elle a eu les meilleurs maîtres qui soit ! fit-il en prenant une pose grotesque, l'air faussement fier et les yeux rieurs.
-Ne t'en fais pas, il parle de Glorfindel, reprit Theileryn moqueuse. Je suis impatiente qu'Ada me permette d'aller en patrouille avec vous autres ! Ou tout cela sera vain...
-N'aie pas trop hâte de voir les combats mon impétueuse sœur, fit Elladan. Pour l'heure, je suis sur que notre ami est fatigué, et nous devrions aller nous apprêter pour ce soir. Allons jeune fille, il est temps de déposer les armes.
Elle s'exécuta sur l'instant, et dévala le chemin qui reliait la clairière d'un pas léger et rapide, laissant les ellons derrière elle. Sans que leurs relations soient tendues, elle était moins proche d'Arwen que de ses autres frères, principalement à cause de la divergence de leurs intérêts. Cela la peinait toujours de voir son aînée désapprouver son choix, et elle tentait au maximum de ne pas lui déplaire sur tous les autres points, se forçant parfois à la questionner sur des choses comme l'art du chant ou encore de jouer de la harpe.
Peu de temps après, Glorfindel revint de patrouille, et comme à son habitude, Theileryn vint l'accueillir chaleureusement, le pressant de questions sur ce qu'il avait vécu hors de ces frontières. Amusé par ce rituel enthousiaste, il peina à la tempérer, et promit de tout lui raconter le soir venu.
Une grande fête eut lieu ce soir-là, car en plus de célébrer l'arrivée des seigneurs de Vert-Bois, c'était le jour choisi il y a quinze ans pour célébrer le vingt-deuxième anniversaire de Theileryn, et ses aînés d'Imladris étaient bien décidés à ne pas rater une occasion de festoyer.
Les chants résonnèrent dans la forêt d'Imladris jusqu'à l'aube, et alors que Thranduil allait prendre du repos peu avant l'arrivée du soleil, il aperçut l'elfing rousse partir marcher dans le sens opposé non loin, dans les jardins où, jadis, ils se lièrent d'affection. Elle était vêtue d'une tenue de combat, allant s'entraîner sans prendre de repos après la fête.
Il alla à sa rencontre, intrigué :
-Ne prends-tu donc pas de repos, pining ?
-Le sommeil me fuit, je le crains.
-Toujours ces cauchemars ?
Elle le regarda avec surprise, et se mordit la lèvre inférieure pour toute réponse.
Il lui caressa une des anglaises qui cascadait sur ses épaules et dit :
-Viens, si tu le souhaites, je te conterai une légende de la Forêt-Noire, comme quand tu étais plus petite encore.
Elle le gratifia d'une révérence et répondit :
-Cela aurait été avec plaisir, mais... Je ne puis accepter, Elrond m'a interdit d'aller dormir dans la chambre autre que la mienne quand j'ai eu douze ans... Il dit que ce n'est pas convenable.
Le roi blond fut surpris de cette révélation. Il se tenait devant elle une elfe qui avait certes grandi, mais elle n'était qu'une enfant... Elle n'aurait pas un corps de femme avant une cinquantaine d'années... Aussi, Theileryn n'était pas du genre à se réfugier chez d'autres que ceux qu'elle considérait comme sa famille... Que craignait-il donc ?
Elrond... Préfères-tu vraiment qu'elle se prive de sommeil plutôt que de lui ouvrir ta porte ? Crois-tu que ses terreurs nocturnes soient de la même teneur que les mauvais rêves d'Arwen jadis?
Les cauchemars étaient un fléau commun chez les elfes dont l'immortalité est ponctuée de guerres. Lui-même faisait toujours des cauchemars de Dargolad, revivant encore cette bataille qui décima la moitié de son peuple sans fin.
-Je fais moi-même de nombreux cauchemars, avoua-t-il, je comprends ce que tu ressens... Viens avec moi, j'ai un cadeau pour ton anniversaire.
Elle lui fit un sourire radieux et le suivit, curieuse. C'est ainsi que Theileryn accompagna le roi dans ces appartements, et s'asseyant dans un long canapé installé dans la loggia du roi elfe, il la rejoint, un étui de tissu à la main. Il en sortit une longue lame elfique, légèrement courbe et expliqua :
-Cest Rodwen, jeune fille, autrefois l'épée de la commandante des armées de mon père, qui périt à Dargolad... Elle est à toi à présent.
Thranduil déposa l'épée dans les mains de la petite elfe qui restait sans voix, admirant les ornements minutieux de la poignée qui se poursuivait sur la lame.
-Elle est fabuleuse...
-Prend place, je vais te conter l'histoire de cette lame, fit-il avec un air entendu, en s'installant à demi couché sur le divan en face de la jeune fille, et ils s'assoupirent tout deux sous les rayons du soleil dans un sommeil qu'aucun spectre du passé ne vint troubler.
Le roi fut éveillé vers midi, et à peine eut-il le temps de reprendre ses esprits qu'il sentit une présence dans ses appartements, puis il entendit la voix de Glorfindel murmurer son nom.
Il se leva, légèrement embrumé et dit :
-Mellon nîm ?
-Je suis à la recherche de Theileryn, je ne la trouve n...
Il coupa sa phrase en apercevant une cascade de cheveux roux dépasser d'un des divans.
-Elle est ici, fit Thranduil en saisissant un de ces manteaux pour la déposer sur la jeune elfe.
Il l'invita à poursuivre la discussion à l'extérieur pour ne pas réveiller l'elfing rousse qui commençait à s'agiter, et Glorfindel murmura :
-Elrond sera attristé de voir qu'elle a désobéi à ses ordres, ce n'est pourtant pas dans ses habitudes...
-C'est moi qui ai insisté pour qu'elle vienne. Ce n'est qu'une enfant apeurée, et elle a besoin de dormir de manière régulière, et non pas d'attendre d'être épuisé et de s'endormir dans la peur.
-Je sais que tu ne veux que son bien, Thranduil, mais c'est la décision d'Elrond, et il est de son choix de l'éduquer ainsi...
Le Roi des Elfes soupira. Il avait raison, ce n'était pas son rôle que de saper l'autorité d'un père.
Ils décidèrent que cette fois ils n'en diraient rien à Elrond, et la laissèrent dormir sereinement, car bien qu'il ne voulait pas l'admettre, Glorfindel savait que Thranduil avait raison, et il regrettait qu'elle ne vienne plus chercher des histoires pour s'endormir la nuit.
"Les elfing grandissent vraiment trop vite, songea-t-il. et quoi que nous fassions, bientôt, elle affrontera le monde hors de nos frontières."
Deux jours passèrent depuis l'arrivée de Thranduil et Legolas, et ce dernier passa beaucoup de temps à s'entraîner avec ces trois enfants guerriers, et ils disparaissaient dans les bois de la dernière maison simple, et s'adonnaient à quelques facéties à travers le royaume. Cet élan d'espièglerie étonna Elrond, qui restait attentif aux agissements des quatre elfes. Theileryn semblait plus mutine depuis l'arrivée des elfes sylvestres. Hier, elle avait fait basculer Gallion, un jeune elfe de la garde royale, dans une des rivières qui traversait la ville, et au soir, elle avait joué un tour a Arwen, il en était sur, bien que cette dernière est refusée de lui révéler la teneur des événements.
Ce n'aurait été que peu de choses, si ce matin même, elle avait réclamé la permission d'aller chasser avec Legolas.
La chasse... Un des sports favoris des seigneurs sylvestres, mais une pratique presque méprisée à Imladris, défiant tous les enseignements Noldor sur leur façon de respecter la vie.
Elle avait un amour des animaux et une connexion avec eux peu commune, même pour une elfe. Sans doute devait-elle cela à ces origines change-peaux, mais comment pouvait-elle vouloir les tuer ? Toutes les explications du monde n'auraient jamais de sens pour lui.
Arwen avait raison de dire qu'elle passait trop de temps à apprendre à se battre, plutôt que de s'intéresser aux arts. Il aurait dû tenter de tempérer ces ardeurs combatives aux commencements de son éducation, mais il ne perdait pas espoir, qu'elle puisse changer, et s'adonner à des activités plus douces plus par plaisir que par devoir.
Le soir même, il alla trouver le prince sylvestre dans ses appartements, lisant un livre, allongé sur son lit:
-Legolas, tu es un vrai modèle pour ma fille cadette, le sais-tu ?
-C'est une élève douée et appliquée, mais aussi une véritable amie. Elle semble parfois deviner les songes des gens qui l'entourent, et les comprendre.
-Oui, elle est très observatrice, et soucieuse des autres... J'ai une faveur à te demander, la concernant.
-Dites, monseigneur, et je m'exécuterai, assura le prince elfe en se redressant.
-Bien, soupira le roi. Je pense qu'elle passe trop de temps à se soucier des combats. C'est une jeune elleth, et je pense qu'elle devrait avoir d'autres préoccupations.
-Je comprends, fit le prince, surpris par la requête.
Il admettait volontiers qu'un père puisse rêver à plus candides occupations que la guerre pour sa fille, mais il n'avait aucun mal à comprendre son désir d'être forte après ce qu'elle avait subi dans ces années les plus tendres.
Le prince elfe était d'ailleurs très étonné que, hormis ces troubles du sommeil, rien ne trahissait dans les agissements de la rousse les marques de son passé. Cependant, il découvrit qu'il se trompait lourdement la veille de la fête du solstice d'été.
Legolas, Arwen et Elladan apprenaient les différentes danses traditionnelles sylvestres à Theileryn, faisant suite à une proposition du prince sylvestre en accord avec la requête qu'Elrond. La demoiselle rousse avait été étonnée par sa proposition, mais accepta néanmoins, curieuse des coutumes de Vert-Bois. L'initiative avait enchanté Lindir, qui se fit une joie de leur jouer de la musique pour les accompagner dans leur leçon. Bien que plongé dans un livre non loin de là, Thranduil regardait la scène avec amusement.
"Voilà un elleth qui sera capable de lui faire faire n'importe quoi à un ellon en mal de compagnie si elle poursuit cette voie", songea t-il avec la nostalgie de ces jeunes années.
Le cours fut interrompu par Elrond qui entra avec trois hommes du Rohan, un royaume humain encore jeune, souvent victime d'attaques d'orques. Ces humains, bien que peu proches des elfes, avaient gagné le respect de ces derniers par leurs amours de chevaux, fournissant des montures de qualités, dressés avec douceur.
-Seigneurs Léyadras, seigneurs Franen, j'ai le plaisir de vous présenter mes autres enfants, Elladan, Arwen et Theileryn. J'ai également l'honneur de vous présenter le seigneur Thranduil, Roi de Vert-Bois le Grand, et son fils, le prince Legolas.
Les deux seigneurs à la longue chevelure blonde semblèrent impressionnés par tant de nobles elfes réunis, et saluèrent les convives avec un respect néanmoins chaleureux, s'excusant d'interrompre leurs activités.
-Vous êtes tout excusés, fit Arwen en se voulant chaleureuse, nous enseignons à notre jeune sœur les danses de Vert-Bois.
Theiledryn s'était raidie à l'entrée des hommes dans la pièce, et quand le seigneur Léodras prit sa main pour y déposer un baiser en complimentant sa beauté, elle blêmit et répondit :
- Ti tállbe Orch, lost lîn, va embrasser un orque, tête creuse.
Tous furent stupéfaits, peinant à croire les insultes qui venaient de s'échapper de la bouche à demi-souriante de l'elfing rousse. Ce comportement ne lui était pas coutume, et Elrond réalisa avec horreur en observant l'air féroce de sa fille, qu'en d'autres circonstances, elle aurait pu représenter un réel danger pour ces hommes.
-Hélas, belle damoiselle, je n'ai pas le plaisir de parler votre langue.
-Elle vous remercie de vos intentions, traduisit faussement Elrond. Arwen, emmène donc ta sœur se rafraîchir, nous accueillons nos amis pour les festivités du solstice, et jusqu'à ce qu'il le désire.
Il avait dit ces mots en lançant un regard appuyé sur sa fille adoptive, et ne vit aucun regret dans ses yeux. Juste une haine déraisonnable.
Fin de chapitre !
Merci pour vos reviews ! Toutouille, Elegantis, Marine02 , Chiaki et Danny,
Gloire à La plume d'Elena, ma chère Béta-lectrice ^^
