Il y eu trois petits coups frappés contre le cercueil de Seras. Dans l'obscurité tiède et rassurante, la jeune vampire se retourna et grogna. Elle n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être mais elle n'avait certainement pas dormi douze heure.

-Miss Victoria ? fit la voix de Geralt à l'extérieur.

-Voui ?

-Je m'excuse de vous déranger de si bonne heure mais Sir Integra a demandé à ce qu'Alucard et vous la rejoigniez immédiatement dans l'avion.

Le cercueil s'ouvrit, révélant une Seras à moitié endormie et visiblement très fatiguée. Alucard lui avait fait subir deux jours d'entraînement intensif sans aucune pitié, la tirant du lit en plein milieu de l'après midi, alors qu'elle avait l'habitude de se lever au crépuscule. La jeune vampire émergea de son cercueil, un peu vaseuse, et se dirigeant en pilote automatique vers la commode ou était rangé son uniforme. Derrière elle, Geralt refermait le cercueil et commençait à l'envelopper dans un tissu protecteur pour l'emmener dans l'avion.

-Une urgence ? demanda-t-elle.

-Une très grosse urgence d'après ce que j'ai compris, en France. Je n'en sais pas plus, malheureusement... vous allez bien, Miss ? ajouta-t-il d'un air inquiet en voyant Seras se cogner contre les meubles.

-J'ai dormi neuf heures en l'espace de deux jours, je me sens un peu bizarre...

-Je suis désolée de devoir vous demander également d'aller réveiller Alucard, nous sommes très pressés. Je m'occuperais de son cercueil après le votre.

-Le réveiller ? Mais... ah, bon. J'y vais.

Elle entra dans la salle de bain pour enfiler son uniforme en quatrième vitesse avant de se précipiter dans le couloir. Tout au bout, dans la pénombre, se trouvait la lourde porte en métal fermant la chambre de son maître. Après tout, ça ne prendrait que quelques secondes. Seras ouvrit doucement la porte et un rai de lumière pâle éclaira un peu la vaste pièce presque entièrement vide et le trône au centre. À bien y réfléchir, le terme « chambre » n'allait pas du tout à la pièce. Une chambre est un endroit chaleureux, rassurant. Elle reflète la personnalité de celui qui y dort, c'est un endroit intime dans lequel on entre qu'en y étant invité.

La « chambre » d'Alucard était à sa mesure et à son image. Grande, sombre, vide et glaciale. Au centre, son trône. Son arrogance et sa puissance étaient les deux traits les plus visibles de sa personnalité, on s'y arrêtait facilement sans vouloir aller plus loin. Le reste était bien caché dans les ténèbres froides de son esprit. Et le reste de la pièce était vide, hormis le grand cercueil noir contre le mur, à l'endroit exact où Alucard gisait quand Integra l'avait trouvé, des années plus tôt. Était-ce vraiment une chambre, ou juste une façade ? Ou est-ce que son maître, après cinq cent ans d'existence, se réduisait seulement à une arrogance froide et sadique, et une promesse de mort ? Les gens portent souvent un masque. Celui qu'ils montrent à l'extérieur et qui cache le véritable visage, celui que l'on ne révèle à quelques êtres très chers et très proche et que l'on devine parfois plus qu'autre chose. Et puis il y a le visage à l'intérieur. Le plus secret. Le plus intime. Seras fixa les ténèbres froides, à peine réchauffées par un rayon de lumière artificielle et glauque. Restait-il encore quelqu'un derrière le masque du vampire ?

Le raclement de son cercueil sur le sol, tandis que Geralt s'efforçait de le mettre sur son dos, la tira de ses pensées et elle se dirigea vers le cercueil de son maître. Ça n'était pas le moment de se poser des questions existentielles. Elle avait l'éternité devant elle pour essayer de connaître un peu mieux son maître, après tout.

Réveiller un vampire est généralement assez risqué : ils sont très territoriaux et possessifs, surtout en ce qui concerne le cercueil. C'est un objet très intime, presque sacré, c'est le seul refuge contre le monde extérieur, le sanctuaire du vampire. C'était presque instinctif : Seras détestait elle-même qu'on touche à son cercueil, sauf pour la réveiller. Si elle avait surpris quelqu'un à le toucher en cachette, elle aurait probablement balancé l'importun contre un mur sans pouvoir se contrôler. Et après tout, celui qui touche le cercueil d'un vampire pendant qu'il dort a de grandes chances d'être armé d'un pieu et d'un marteau...

Elle s'agenouilla à côté du cercueil noir et, tout doucement, frappa contre le couvercle.

-Maître ?

Elle ne savait pas trop à quoi elle aurait dû s'attendre : qu'il ouvre son cercueil d'un seul coup et lui hurle de s'éloigner, qu'il se téléporte derrière elle pour lui donner la frayeur de son existence ? En réalité il ne se passa rien. Pourtant elle sentait sa présence : il était bel et bien en train de dormir, visiblement d'un sommeil très profond. Tans pis. L'affaire était urgente. Avec prudence, elle souleva le couvercle du cercueil, qui s'ouvrit sans émettre un seul son. Alucard était bien là, endormi, un bras le long du corps, l'autre replié sur sa poitrine, la main crispée.

Combien de personnes sur terre pouvaient se vanter d'avoir vu le Roi Mort-Vivant assoupi, inoffensif et presque sans défense ? Au fond de son esprit, Seras entendait une sirène d'alarme lui hurler que si ces personnes étaient encore en vies, elles devaient se compter sur les doigts d'une main et qu'elle ferait mieux de fuir. Mais la curiosité était plus forte que tout. Le regard de la Draculina s'attarda sur le visage de son maître, partiellement caché par se cheveux noirs et désordonnés. Son visage d'habitude déformé par un rictus inquiétant était parfaitement détendu et serein. Elle ne put retenir un petit sourire bête.

Oh bon sang, je comprend pourquoi la plupart des domestiques gloussent comme des idiotes en rougissant quand elles parlent de lui...

Sauf en présence de Geralt, bien sûr. Il fréquentait beaucoup Alucard et aucune des filles qui rêvaient en secret de le croiser dans un couloir n'avait vraiment envie que ce genre d'information n'arrive jusqu'à lui. Seras allait refermer le cercueil quant elle remarqua, à la faveur d'un peu de lumière, quelque chose qui lui avait échappé et la fit hoqueter de surprise.

Du sang ruisselait de ses yeux. Il pleurait dans son sommeil.

Les larmes écarlates avaient coulé le long de ses joues, de sa mâchoire, jusque dans son cou. Son visage figé était tourmenté. Quoiqu'il fut en train de voir en rêve, ça n'était sûrement pas agréable. Tétanisée, Seras le fixa tout en sachant qu'elle aurait déjà dû être dehors.

Jusqu'à ce qu'une paupière ne se soulève brusquement et qu'un œil rouge ne se mette à la dévisager.

Elle redescendit sur terre si brutalement qu'elle eu l'impression de recevoir une gifle. Elle poussa un cri de surprise et se jeta en arrière mais ne fut pas assez rapide pour esquiver la main qu'Alucard venait de lancer vers elle pour l'attraper par le col. Une seconde après il l'avait attirée vers elle et leurs visages étaient à quelques centimètres l'un de l'autre.

-Qu'est-ce que tu fais là, femme-flic ? feula le vampire, tous crocs dehors.

-Pardonpardonpardonmaîtreonm'ademandédevousréveillerc'esturgent ! articula Seras à toute vitesse en priant le ciel pour qu'il ne soit pas affamé en plus d'être en colère.

Elle fut jetée à l'autre bout de la pièce et s'écrasa contre le mur d'en face. Le choc expulsa l'air de ses poumons, et l'atterrissage sur le sol ne se fit pas en douceur : sa tête heurta le sol la première. Quand se redressa, avec peine, son maître s'extrayait de son cercueil et son visage exprimait une fureur telle qu'elle n'en avait jamais vu.

-Ne t'approche plus jamais de moi quand je DORS espèce d'idiote ! Sinon je t'ouvre en deux dans le sens de la largeur et je te fais bouffer tes propres tripes !

-Je suis désolée ! Je voulais juste...

-DÉGAGE ! gueula Alucard, définitivement hors de lui.

Une seconde plus tard, Seras était à l'autre bout du couloir. Elle croisa Geralt qui redescendait, le dépassa sans rien dire et continua à courir aussi vite que ses pouvoirs de vampire le lui permettaient. Elle ne s'arrêta que lorsqu'elle fut dans l'avion en compagnie d'Integra et de ses deux gardes du corps. Alors elle s'autorisa à se laisser tomber dans un fauteuil et ne bougea plus. Le silence régna pendant une bonne minute dans l'avion jusqu'à ce qu'enfin Integra brise le silence.

-Tu n'aurais pas dû ouvrir son cercueil.

-'se réveillait pas, souffla Seras d'une voix blanche.

-Et tu as de la chance d'être encore en un seul morceau.

-Dites pas ça trop vite, Sir.

Integra sourit d'un air indulgent.


Quelques minutes plus tard, Alucard se matérialisa dans l'avion et alla s'asseoir, le visage impassible, juste en face de Seras qui continua à observer les soldats d'Hellsing par le hublot, l'air de rien. Ils étaient en train de charger dans un autre petit avion des armes lourdes, dont des bazookas. Bigre, l'affaire était sérieuse.

-Si j'entends un seul mot plus haut que l'autre pendant ce vol, vous finirez le voyage sur le toit de l'avion, prévint Integra. Je n'ai pas dormi depuis vingt-quatre heures et j'ai l'estomac vide. Geralt ? Amenez-nous quelque chose à manger, sinon je vais m'évanouir. Je prendrais du café ce matin, pas du thé.

Le majordome se hâta vers l'arrière de l'appareil en jetant au passage un coup d'œil à Seras qui essayait de se faire toute petite.

-Donc, si j'ai bien compris ce que Geralt a eu le temps de m'expliquer en emmenant mon cercueil, nous allons en France ? fit Alucard en jetant du coin de l'œil un regard assassin à Seras qui rapetissa un peu plus.

-Dans les Alpes, précisément. J'ai reçu un message cette nuit, d'une personne dont je n'avais plus de nouvelles depuis longtemps, Théobald d'Ombreuil.

-Théobald ? murmura Seras, un peu perplexe.

-Oui, je sais, il a un nom très bizarre... C'est la version médiévale de Thibault, si tu veux savoir.

Elle ouvrit son ordinateur portable et se mit à fouiller dans ses dossiers pour retrouver le mail tandis que l'avion se mettait doucement en position sur la piste.

-Théobald d'Ombreuil, un noble français, d'une très ancienne famille à l'histoire un peu confuse. C'était un ami très proche de mon père et de mon grand-père. Je l'ai rencontré une fois ou deux dans mon enfance, mais je n'ai l'ai plus vu depuis, et j'ai rarement eu de ses nouvelles. Il dirige en France un équivalent d'Hellsing, s'occupant des affaires surnaturelles trop mineures pour que nous ne nous en occupions. Les disparitions inexplicables, ou les apparitions anormales... Quand ils tombent sur un cas particulièrement dangereux, en général un vampire, des goules ou autres abominations du même genre, ils nous transmettent l'affaire, mais l'Europe est particulièrement calme en la matière. Je sais qu'ils tiennent captif un vampire visiblement trop dangereux pour être relâché. Théobald est un sentimental, pour une raison ou une autre, il n'a pas voulu le tuer. Hier, ce vampire a réussi à s'échapper de sa cellule. Le domaine d'Ombreuil est très bien surveillé et il n'a pas pu en sortir, Théobald a donc envoyé son équipe d'intervention le récupérer. Mais pendant qu'ils l'encerclaient, ils ont été attaqués par quelque chose. Des choses, précisément. Environ une dizaine.

-Ils n'ont pas pu les identifier ? demanda Alucard que l'affaire ne semblait pas passionner pour le moment.

-Il n'y a pas eu d'identification possible, Alucard, parce que ces créatures n'ont jamais été vues avant. Jamais. Le vampire qu'ils poursuivaient a apparemment réussit à les attirer en éventrant un cerf. Quoique soient ces créatures, elles sont très attirées par l'odeur de la viande fraîche. D'après ce que me dit Théobald, cela fait plusieurs mois qu'elles rôdent dans la région, mais ils n'arrivaient pas à les trouver, ni à les pister. Elles ne laissent pas de trace... Ils ont enfin l'occasion de s'en débarrasser, mais il n'ont plus qu'un seul agent en mesure de se battre sur cinq.

L'avion prenait de la hauteur. Seras regarda par le hublot le manoir d'Hellsing devenir de plus en plus petit, encore plongé dans la pénombre alors qu'une lueur dorée faisait pâlir le ciel à l'est. Elle avait brusquement très envie d'y retourner. Geralt entra, apportant le petit déjeuner d'Integra ainsi que quelques pochettes de sang pour elle et Alucard. Il faudrait se passer de vin cette fois ci...

-Ils ont tout de même réussi à maîtriser leur vampire ? Demanda Seras avant de planter une paille dans une pochette de O négatif.

-Ils ont eu beaucoup de mal. L'attaque de ces créatures les a mis en déroute. Le meneur s'est presque fait arracher un bras, ses trois frères ont été gravement blessés, le dernier a pu ramener le vampire et s'en est tiré avec des blessures légères.

Integra referma son ordinateur portable.

-J'ai le sentiment que ce combat va requérir toute votre énergie. Je n'ai aucun doute que tu seras à la hauteur, Alucard, mais ne laissons rien au hasard. Nous allons affronter un ennemi totalement inconnu. Je suggère fortement que vous alliez dormir, tout les deux.


Tout était tiède et moite. Quelque chose pulsait, au loin. Doucement, lentement. Dans l'obscurité organique, des choses grouillaient. Se lovaient. Attendaient. Discutaient.

La lumière viendrait bientôt. Alors il faudrait se nourrir, chasser, galoper dans un univers atrocement inconnu, étranger, anormal. L'air serait brûlant et nauséabond, mais la chair serait partout, si proche, si merveilleusement facile à trouver. Quel dommage que le temps soit si long, et la libération si pénible à atteindre. Au-delà des murs palpitants, d'autres choses s'agitaient. Des frères, des sœurs, et des ouvriers à l'allure étrange, mais rassurante. Une contraction secoua les ténèbres visqueuses et ils s'agitèrent doucement, impatients.

La délivrance était proche.


Seras s'éveilla en sursaut lorsque quelqu'un frappa doucement sur son cercueil, la tirant du rêve désagréable dont elle essayait de se réveiller depuis plusieurs minutes. Elle ne savait pas où son cerveau était allé chercher de telles images, mais elle espérait sincèrement qu'il ne recommence plus jamais ça. Encore que, songea-t-elle en percevant l'aura d'Alucard près d'ellle, je ne sais pas ce qui est le pire entre mon rêve et mon réveil.

-Tu devrais venir voir ça, fit la voix d'Alucard avec une pointe d'amusement.

Le couvercle du cercueil de Seras s'ouvrit tout doucement. Son maître s'était déjà relevé et se dirigeait vers la porte. Il semblait de bien meilleure humeur, c'était le moment ou jamais.

-Maître, à propos de tout à l'heure... je...

-Ne recommence pas, c'est tout, dit-il en tournant à moitié la tête vers elle d'un air neutre.

-Oui maître !

-Maintenant viens. Notre hôte a eu la gentillesse de venir nous escorter jusqu'à son domaine et je suis sûr que tu veux voir ça.

Alucard fit un pas sur le côté pour s'écarter de la porte qu'il venait d'ouvrir, laissant passer Seras. Sir Integra était profondément endormie, aussi la Draculina fit-elle très attention à ne pas faire de bruit en passant près d'elle.

« Regarde par le hublot », lui transmit Alucard par la pensée.

Seras se pencha vers le hublot et faillit tomber à la renverse en voyant la forme qui volait juste à côté de l'avion.

Un dragon.


Ils atterrirent en fin de matinée sur une piste d'atterrissage emménagée au milieu des montagnes fermant le domaine d'Ombreuil à l'ouest. C'était une journée grisâtre et froide pour un mois de mai. La piste n'était entourée que de pics rocheux d'un gris sombre, froid et lugubre. L'une des parties de la piste semblait donner sur une longue pente rocailleuse qui descendait directement dans vallée. Seras n'en était toujours pas revenue de sa surprise lorsqu'elle descendit de l'avion à la suite d'Integra et Alucard, suivie de Geralt et des deux gardes du corps. Le dragon qui les avait accompagné se posa à une dizaine de mètres de l'avion, soulevant tourbillons de poussière et feuilles mortes. Seras remarqua alors qu'un être humain les attendait déjà en bordure de la piste. Au vu de son air sévère, de son costume noir impeccable et de ses gants blancs, il s'agissait d'un majordome.

L'immense créature aux écailles gris-argenté s'ébroua. Il devait faire 25 mètres de long sans la queue. Seras n'avait jamais vu de dragon qu'en images, et il ne ressemblait qu'assez peu aux représentations classiques : quatre pattes, ailes de chauve-souris et tête cornue. Celui-là tenait plus du ptérodactyle ou de la chauve-souris reptilienne que du dinosaure. Bipède, il marchait en s'appuyant sur l'angle griffu de ses ailes de peau, dont les membranes rejoignaient l'arrière de ses jarrets. Il avait le cou long, mince, terminé par une tête fine semblable à celle d'un lézard, hérissée d'aiguilles et d'écailles rugueuses. Il semblait avoir été taillé pour être aérodynamique, et au vu de la grâce et de l'adresse avec laquelle il volait, c'était sans doute le cas. Son cou, son dos et sa queue, qui se terminait en fouet, s'ornaient d'une crête de peau et d'aiguilles. Chacune de ses articulations était ornée d'une griffe recourbée.

-Seras, ce n'est pas très poli de dévisager notre hôte de cette façon, fit remarquer Integra avec l'ombre d'un sourire.

Sous les yeux fascinés de Seras, la grande créature se rétracta, se replia doucement sur elle-même, changeant de couleur et de formes pour prendre une apparence humaine, celle d'un homme assez grand, qui se redressa pour faire face à Integra.

-Bienvenue chez moi, ma chère Integra ! Dit-il d'une voix grave et mélodieuse en se dirigeant vers eux.

Théobald d'Ombreuil n'était plus tout jeune en apparence. Il évoquait à Seras un très vieux loup. C'était un homme assez grand, aux cheveux gris mais abondants, tenus en queue de cheval, et dont le visage gardait encore un certain charme. Un peu de barbe bien taillée et entretenue lui couvrait la mâchoire. Il avait l'air très fatigué, mais malgré tout se tenait droit dans son costume bleu nuit. Il avait comme un air... oui, aristocratique. Il ne faisait pas plus de soixante-dix ans. Malgré son air enjoué, Seras ne put retenir un léger frémissement en le voyant, d'un autre genre que celui qu'elle avait ressentit en le voyant voler près de l'avion. Il émanait de lui quelque chose d'étrange, qu'elle ne parvenait pas à identifier. Son aura était un peu différente de celle d'un être humain. Plus épaisse, plus concrète. Plus... plus étalée, voilà. L'aura des êtres humains normaux ou même des vampires se concentrait autour d'eux. Celle de Théobald se dispersait légèrement, comme si elle cherchait quelque chose. Lorsqu'il posa ses yeux bleus nuits sur eux, Seras eu l'impression d'être observée au microscope.

« J'en sais assez sur lui pour être certain qu'il ne nous fera pas de mal, mais tu as raison de te méfier, Seras. Théobald d'Ombreuil n'a pas accédé à son titre en étant un saint, et il cache peut-être plus de squelettes dans son placard que moi. » , transmit Alucard sans la regarder.

« Que voulez-vous dire, Maître ? »

« Tu le découvriras quand tu auras rencontré sa petite famille. Je compte sur toi pour être attentive. »

« Oui, Maître. »

-Bonjour Théobald, voilà bien longtemps que nous ne nous sommes pas vu, dit Integra avec, chose rare autant que surprenante, un sourire, tandis que Théobald lui faisait un baisemain.

L'homme que Seras avait identifié comme le majordome se hâta vers eux et tendit ses lunettes à Théobald.

-Merci Trevor. Ah... Alucard c'est bien ça ? susurra le dragon en voyant s'approcher le vampire.

Les yeux de Seras, Geralt et du majordome de Théobald se portèrent sur la haute silhouette, intimidante même en plein jour, du vampire. Son regard était parfaitement invisible derrière ses lunettes mais on voyait très bien qu'il baissait les yeux sur leur hôte. Quand on fréquentait un peu trop longtemps Alucard on avait tendance à oublier que tous les êtres humains ne dépassent pas le mètre quatre-vingt-dix. Essentiellement parce que même si vous dépassiez cette taille, il arrivait toujours à vous regarder de haut.

-Mon maître m'a parlé de vous quelques-fois. Comment se porte votre collection ? demanda le vampire avec un sourire torve.

-Alucard ! aboya Integra.

-Ma « collection » comme vous dites, se porte moyennement bien. Quatre d'entre eux ont été gravement blessés. Le cinquième monte la garde non loin, en compagnie de sa sœur. Elle vous aidera dans votre mission de... nettoyage. Feu le père de Sir Integra était lui même assez bavard à votre sujet... Comte. Dites-moi... Trois million d'âmes, vraiment ?

-Trois millions huit cent vingt-sept mille quatre-cent vingt-quatre, rectifia le Roi Mort-Vivant en découvrant des crocs acérés.

-Fascinant, murmura Théobald en souriant après un silence.

On dit parfois que la tension est à couper au couteau. Concernant celle qui régnait entre Alucard et Théobald, Seras était persuadée qu'un boulet de canon aurait eut du mal à y faire la moindre fissure. Seule Integra semblait parfaitement détendue et observait la scène avec l'air ennuyé de ceux qui assistent à un échange de politesse entre deux personnes qui se rencontrent pour la première fois.

-Monsieur, je pense que nous devrions nous dépêcher avant que la nuit tombe... ou qu'une de ces atrocités n'échappe à la surveillance de ces demoiselles, suggéra le majordome qui avait, comme Seras, suivit l'échange en suant à grosses gouttes.

-Tu as raison, Trevor.

-Vous êtes sûr que ces monstres sont toujours dans votre domaine ? s'enquit Integra en soufflant une bouffée de fumée de cigarette.

-Sûr et certain. Ils n'ont pas pu échapper à la surveillance d'Apex et Iona, mes filles, elles veillent depuis le lever du soleil. Nous avons la certitude qu'elles sont entrées par le Col du Vautour, au Nord. Nous n'avons retrouvé des gardes que des flaques de sang, et quelques petits os broyés. Nous avons dû boucher la sortie du tunnel en faisant s'effondrer la parois rocheuse, au dessus. Voyez la configuration de la vallée : aucune sortie discrète n'est possible.

Il disait vrai. Les montagnes entourant le domaine évoquaient plus des murailles titanesques de roche que de véritables montagnes. Leurs pentes étaient raides et accidentées. De l'autre côté de la vallée, Seras parvenait à distinguer une cascade se jetant dans un grand lac. Seule la zone où ils se trouvaient pouvait être empruntée pour sortir, mais elle était sous bonne garde.

-Nous allons devoir les chercher dans toute la vallée ? demanda Seras en observant le domaine qui s'étendait devant elle. L'ensemble devait bien faire plusieurs dizaines de kilomètres de diamètres. La vallée était une étroite faille de verdure toute en longueur, large d'un kilomètre au moins. Sur leur droite, une vaste forêt remplissait la pointe sud de la vallée, cernant ce qui semblait être une grande faille dans la montagne.

-J'en ai peur, Miss, répondit le dragon en se pinçant l'arrête du nez.

Il y eu un frôlement au dessus de leur tête et un autre dragon se posa avec douceur à quelques mètres d'eux, sans presque soulever le moindre grain de poussière. C'était presque l'exacte réplique de Théobald, en bien plus petit. Ses écailles étaient d'un bleu-noir mat, et la crête d'épines qui courait le long de son dos était plus petite. Le mot qui venait à l'esprit en le voyant était « furtif ». Même avec ses sens de vampire, ni Seras ni Alucard ne l'avaient entendu arriver. Le dragon prit sa forme humaine, une jeune femme assez grande aux cheveux blonds attachés en une longue tresse. Elle avait un petit air de famille avec Théobald. Les mêmes yeux, et le même front, et quelque chose dans la façon de se tenir très droite, la tête haute. Elle adressa rapidement un signe de tête à l'équipe d'Hellsing avant de se tourner vers Théobald.

-Ils se sont arrêtés dans la faille, au sud. Ils ne bougent pas beaucoup, je crois que la lumière du jour ne leur réussit pas vraiment, dit-elle en anglais, avec un très léger accent.

-Merci, Apex. Je pense qu'il est temps pour vous de passer à l'action, ajouta le dragon en se tournant vers les deux vampires. Apex, tu les accompagne,et je compte sur toi pour les briffer en chemin.


Integra et Théobald regardèrent les deux vampires et la dragonne descendre dans la vallée.

-Théobald, dis-moi qu'on peut tuer ces choses, dit Integra sans quitter la vallée des yeux.

-On peut les tuer, Integra. J'ai une confiance absolue en la puissance d'Alucard, et en sa fidélité. Tu lui as dit de tuer, il tuera sans poser de question. Mais je suis un peu étonné que tu ai amené son infante...

-Ne la sous-estime pas. C'est une Draculina, après tout. Tes enfants vont bien ?

-Asmodeus a faillit perdre un bras, il a été attaqué dans le dos. Heureusement, les autres ont vite réagit et ont démembré la créature qui l'attaquait. Apex l'a ramené avec Jacob, le vampire. Le temps qu'elle revienne les autres avaient sérieusement amoché un deuxième monstres mais battaient en retraite. L'effet de surprise a beaucoup joué...

Ils observèrent les hommes d'Integra se hâter autour d'eux pour sortir l'artillerie lourde de l'avion. Plusieurs minutes passèrent. Théobald vit Integra fermer les yeux et perçu vaguement l'échange d'une discussion télépathique.

-Alucard n'a aucune idée de ce que sont ces créatures, n'est-ce pas ? soupira Théobald d'un air sombre lorsqu'Integra eu rouvert les yeux.

-Aucune.

-J'ai un très mauvais pressentiment, Integra.

La jeune femme alluma un second cigare et leva les yeux vers le ciel d'un gris sale.