REQUIEM FOR A WERELOVE
Disclaimer : tout appartient à JKR… Persos, bénef…. Sauf mon grain de folie.
Rating : M ou NC-17 Attention ceci est une fic principalement slash, c'est à dire traitant de sentiments amoureux entre hommes (dans ce cas). Si vous y êtes allergique, au revoir ! A bientôt sur une autre fic.
Merci à Louve26pour son beta, ses conseils et son enthousiasme qui me boostent dans mon écriture.
Encore ma p'tite citation….
La violence est le dernier refuge de l'incompétence. (Nda : à aimer aussi dans le cas de Severus…)
Isaac Asimov
4- Déc 76 - Le bruit de la neige sous tes pas.
Du duvet.
Des myriades de petits points blancs, cotonneux, duveteux et délicatement ciselés.
Il neigeait encore.
Mais pour la première fois depuis ces deux dernières semaines, le soleil s'était invité entre deux gros nuages gris. Tous ces flocons voltigeant à travers les rais lumineux rendaient l'atmosphère presque irréelle. L'impression s'ancra davantage lorsque les élèves, attirés par ce beau temps si désespérément attendu, aperçurent le décor féerique s'offrant à leurs yeux :
Poudlard emmitouflé sous une épaisse couverture de neige.
Gargouilles et sculptures perdaient tout relief si ce n'est toute présence. La tour d'astronomie avait gommé le mordant de ses créneaux et seule une grosse écharpe frileuse ceignait son fait. Nulle fenêtre n'était épargnée : les chiens-assis arboraient une superbe paire de moustaches neigeuses . Les panaches gris des cheminées étaient les seules indices de vie dans cette grande demeure semblant comme assoupie.
Une rafale de vent et le spectacle s'évanouit derrière le rideau glacé. Une autre rafale chassa les derniers nuages et quelques bonnets. Le soleil prit enfin possession du ciel, découvrant aux yeux de tous et de toutes le paysage d'hiver ouatiné invitant aux jeux et aux rires.
Peter rentra sa langue dans sa bouche. Plus aucun flocon à déguster. Il rejoignit en se dandinant ses deux amis qui avaient déjà tracé un chemin pour lui dans l'épais tapis. Vingt-cinq inches de neige. Il n'était pas tombé moins de soixante centimètres d'une épaisse neige moelleuse et craquant sous les pas comme un petit gâteau sec. Un vrai appel à l'enfance. On pouvait compter sur James et Sirius pour y répondre sans attendre. Peter les avait suivis, comme d'habitude. James, lui, pistait Lily comme d'habitude également.
Et tout ce petit train de Gryffondors largement emmitouflés dans leurs épaisses capes et les chauds bonnets et écharpes rayés des couleurs vives de leur maison, se suivaient dans le même sillon. Ils se séparèrent rapidement. Lily et ses amies Jill et Margareth attaquaient la construction d'une Grosse Dame des neiges. Les garçons, un peu plus loin, échangeaient les premières boules d'une bataille.
En ce vendredi après-midi du mois de décembre, ces quelques élèves avaient déjà terminé les cours de la semaine. Pas Remus dont ceux de botanique le retenaient dans des serres disparues elles aussi, sous un épais manteau neigeux. Qu'allait-il donc pouvoir étudier dans la demi clarté ? L'hibernation des végétaux sans nul doute. L'imagination du nouveau professeur de botanique avait franchi très rapidement la porte de son domaine : les serres. Emplie de la spontanéité propre à ses débuts dans l'enseignement, les élèves pouvaient compter sur elle pour bousculer l'ordre établi des cours poussifs. Elle savait saisir toutes les occasions passant à sa portée. Les élèves sortaient parfois avec du terreau jusqu'aux cheveux, les végétaux n'étant pas toujours disposés à répondre à leurs manipulations. Plus d'un avaient rendu visite à l'infirmerie également, le professeur Chourave leur ayant démontré par la mise en situation que les plantes n'étaient pas toujours aussi inoffensives qu'on pouvait bien le penser.
Remus aimait l'atmosphère presque tropicale régnant dans la serre des plantes exotiques. Cette moiteur, ces odeurs de terres chaudes et humides étaient comme un cocon pour la partie animale de son esprit. Un succédané de nature. S'il excellait en cours de Défense contre les Forces du Mal, il adorait également la botanique et le calme nécessaire à sa pratique. Le professeur Chourave avait pris rapidement sous son aile cet élève doué et taciturne. Elle avait toujours un faible pour les plantes défraîchies à retaper… sauf ce Severus Snape. Trop Serpentard, terrain trop acide.
Elle reprit à l'ordre plusieurs élèves. Attirés par les cris et les rires extérieurs, ils tentaient d'ouvrir l'un des panneaux pour repousser la neige et parvenir à regarder dehors. Mais à quoi pensaient-ils donc ? Pas au courant d'air glacé qu'ils auraient laissé pénétrer dans une serre abritant de frileuses plantes tropicales en tout cas.
Ils manquaient pourtant un sympathique spectacle. Des élèves de tout âge et de toute maison s'étaient attroupés dans le grand champ de neige situé près du chemin menant à Pré-au-Lard.
Une grande bataille de boules de neige se préparait. Pas la petite bataille. Non, une bataille organisée, préparée. Trois camps différents se mettaient en place. D'un côté les Gryffondors, initiateurs de ce projet. Juste en face, bien entendu, l'ennemi héréditaire, les Serpentards qui avaient finalement accepté les règles proposées dont l'essentielle : pas de magie ! Hormis quelques sorts préalables pour se réchauffer pour éviter un séjour à l'infirmerie. Les participants avaient accepté confier leur baguette aux préfets présents.
Pour former le troisième angle de cette figure, les Poufsouffles et les Serdaigles s'étaient alliés. Ils en avaient l'habitude. En outre, ils étaient moins nombreux car la plupart de leurs condisciples étaient encore en classe. .
Lors de discussions parfois assez échauffées, il avait été décidé que durant les trente premières minutes chaque camp se préparerait à l'assaut. Des pyramides de boules prêtes à l'envoi s'élevaient parfois dissimulées derrière de massives murailles de neige défensives. Tous s'affairaient le plus rapidement possible : le temps était compté. Bien entendu, James Potter avait pris la direction des opérations du côté des rouges et or. Il distribuait les tâches comme Picott les retenues. Il se gonflait de sa propre importance. Lily n'était pas loin ; il devait briller à ses yeux bien qu'elle refusa obstinément de le gratifier d'un quelconque regard. Sirius lassé de sa voix de crécelle commandant à tour de gorge, finit par lui plonger la tête dans un tas de neige vierge afin de lui refroidir ses prétentions. Il fumait décidément trop de la théière.
Quand finalement James réussit à s'extraire de la neige et de la poigne ferme de son ami, il stoppa net les insultes qui se bousculaient dans sa bouche. Lily riait. Elle riait de lui en le désignant du doigt. Elle le regardait enfin ! Il sentit fondre neige et ressentiment à cette vision, sans tenir compte du ridicule de son aspect. Son bonnet était de guingois, à moitié rempli d'une neige qui s'accrochait à ses mèches folles. Ses lunettes tordues dont aucun des verres n'était placé devant ses yeux, le laissaient dans un monde rendu flou par sa vision de myope. Lily et ses amies n'en pouvaient plus ! Bel homme ma foi ! La béatitude provenant des rires de sa dulcinée s'évanouit lorsqu'il découvrit qu'il était également la cause de ceux de quelques Serpentards qui se foutaient ouvertement de lui.
Il allait se tourner vers Sirius pour lui exprimer sa façon de penser. Mais ce dernier s'éloignait déjà, lui criant entre deux éclats de rire qu'il partait chercher Remus à la sortie de son cours. Ils rejoindraient la bataille le plus rapidement possible.
Il n'était pas le seul combattant à avoir eu l'idée de grossir les troupes en allant chercher du renfort. Son frère l'avait devancé. Regulus était déjà à la bibliothèque, cherchant des yeux Severus.
– Je te trouve enfin ! Severus, laisse tomber tous tes bouquins et parchemins et suis moi en vitesse.
– Je ne peux pas, je travaille…
- Je m'en fous tu viens quand même. Y'a une bataille de boules de neige d'anthologie (1) qui se prépare dehors et il faut absolument que nous y participions. Tu ne peux pas manquer ça ! Lâche un peu tes bouquins ; ils ne vont pas s'envoler.
– C'est certain mais le travail ne se fera pas davantage. Binns attend pour ce lundi mes cinq rouleaux sur le Code International du Secret Magique de 1692.
– Cinq rouleaux ? Il demande cinq rouleaux en sixième année ? La vache ! Heureusement que pour nous, en cinquième année ce n'est que trois.
– Pour nous aussi. Mais tu le fais exprès de crier ainsi ? Parle moins fort. Miss Pince ne va pas tarder à se lever pour nous foutre dehors… et n'espère pas une seconde que je te suivrai pour ton stupide jeux parce que tu auras réussi à me faire virer de la bibliothèque, s'empressa d'ajouter Severus en voyant l'étincelle de malice dans le regard du jeune Black. Si c'est le cas, je m'enferme dans la salle commune jusqu'à l'heure du repas et je t'y séquestre avec moi. Ça ne te ferait pas de mal de travailler un peu. Je suis sûr que tu as des devoirs en retard.
– Rho làlà ! Tu vas pas en faire une montagne de quelques petits malheureux devoirs !.!.! Au pire Aubrey me prêtera son parchemin pour que je recopie. Ou quelqu'un d'autre. A moins que tu ne me files un p'tit coup de main ? Surtout en potions, le vieux Slugh nous a refilé un de ces foutus…
- As-tu au moins lu le livre que je te conseillais pour rattraper ton retard dans cette matière ? l'interrompit son aîné, croisant doctement les bras.
– PPPFFUUU ! Parfait pour s'endormir ton bouquin. Un vrai somnifère sur papier. Dès le premier chapitre les ronflements sont garantis. A ne lire qu'avec un pot de thé aurait-il dû écrire dans les mises en garde. Et jamais après vingt-deux heures.
– Comment espères-tu faire des progrès si tu ne fais pas ton travail et que tu n'écoutes pas mes conseils ? lui demanda froidement Severus.
– Oh ça va ! T'es pas mon père !
- Sûrement pas ! Mais je te parle en grand frère de la maison de Serp…
- J'en ai plus de frère, l'interrompit brutalement Regulus.
– Ne raconte pas de trolleries. Parfois, pour ne pas dire tout le temps, j'aimerais que ce soit vrai. Mais tel n'est pas le cas malheureusement. Pourquoi es-tu si virulent contre lui ?
La bibliothèque était pratiquement vide, les autres élèves préférant profiter du temps splendide et de la neige fraîche que des livres poussiéreux et de la mine revêche de leur gardienne. Severus avait repoussé plume, encrier et parchemins. Il savait que la présence surexcitée du jeune Serpentard l'empêcherait de travailler. Le chasser ne servirait à rien. Il était capable de se montrer plus tenace qu'un ciseburine parasitant un hippogriffe . Ou encore, il traînerait son air de reproche dans tous les coins de Poudlard, comme un martyr ses stigmates, pendant une semaine au moins. Mieux valait prendre le temps de l'écouter.
Plus que de l'écouter, le questionner. C'était la première fois que Severus posait ouvertement des questions sur la fratrie Black. Jusqu'à présent Regulus n'avait été qu'un "Serpentard" de compagnie, attachant distrayant et fidèle. Prêt à le réconforter dans ses soucis. Mais lui ne s'inquiétait jamais des siens. Il avait bien assez des siens !
C'était la première fois qu'il lui posait une question sur son frère, Sirius Black. Il attendait la réponse avec impatience…
– Mouaif, rien d'important.
– Rien d'important dis-tu… mais à cause de "ce rien d'important", vous vous évitez depuis plus de trois mois. Depuis le début de l'année scolaire pour être exact. Déjà les années précédentes ce n'était guère brillant : vous étiez comme chien et chat. Mais là !
– On n'est pas dans la même maison.
– Ce n'est pas une nouveauté.
– Je ne voulais pas dire seulement ça.
– Alors parle plus clairement si tu veux que je te comprenne. Vous n'êtes pas dans la même maison et….?
- …et… il n'est plus mon frère.
– Aux dernières nouvelles il s'appelle toujours Sirius Black que je sache.
– Justement non. Il n'est plus un Black. Il a renié son nom. Il nous a déshonorés. Mère a dû le chasser.
Severus ne voyait toujours pas le visage de Regulus. Il lui tournait le dos afin de masquer ses émotions. Mais le ton de sa voix tendue et ses épaules raides indiquaient la tension qui l'habitait en évoquant son frère.
Snape était intrigué, très intrigué. Que s'était-il donc passé ? Il venait à considérer le petit séjour de Sirius dans sa "chère famille" d'un tout autre œil. Il s'en réjouit. Black lui en avait trop fait voir pour qu'il ait la moindre pitié à son égard. Surtout depuis l'année dernière ! Encore plus depuis "l'incident" comment tout le monde se plaisait à nommer cette tentative de meurtre.
– Tu n'es pas obligé de m'en parler.
L'autre ne répondit pas.
- Je respecte vos secrets de famille, le rassura-t-il en n'en pensant pas un traître mot. Mais si l'envie de vouloir te confier est trop pressante, sache que je suis là et que je sais tenir ma langue. Et utiliser à bon escient ce que j'apprends…
- Merci Severus, répondit finalement Regulus d'une voix enrouée, je sais que je peux compter sur toi, au moins.
– Tu le sais… Alors, prouve-le.
– Je…. balbutia-t-il, ne sachant où Severus voulait en venir, ce qu'il attendait de lui.
– Si tu veux que je t'aide contre ton frère, ou ton ex-frère, parle-moi de lui, de ce qu'il t'a fait, de ce qu'il vous a fait.
- Et ça ne te dirait pas de justement coller une bonne raclée à coups de boules de neige à mon salaud d'ex-frère ? lui demanda-t-il reprenant du poil de la bête. Et à son grand copain le Potter ? Ne me dis pas le contraire ! Je le vois à ton regard. Imagine-le se recevant une boule bien serrée, bien dure en plein dans sa sale gueule… Ne me dis pas que le spectacle ne te tente pas. Je ne te croirais pas.
– C'est vrai que…
- Alors ? Qu'est-ce que tu attends ? Pourquoi tu restes planté là comme un balai dans son placard ? Et puis, ils ne sont pas les seuls de la bande. Il y a aussi Pettigrow. Celui là, il ne sera jamais assez rapide pour éviter tous les projectiles. Il va s'en bouffer de la boule !
- Et Lupin ?
- Quoi Lupin ?
- Tu as parlé de la bande à Potter. Lupin en fait partie.
– Ouais, mais je crois qu'il est encore en cours. Pour lui, c'est râpé pour cette fois. Il y aura toujours moyen de se rattraper un autre jour. Il n'est pas tout le temps avec les autres, on pourra le coincer, surtout si on s'y met à plusieurs. Ils n'ont pas les mêmes cours.
– Je sais.
– Comment t'as fait pour savoir ?
- Nous avons plusieurs options communes. Tu préfères que nous restions à parler cours et emplois du temps ou tu tiens à ta bataille ?
- Le dernier en bas est un hippogriffe trempé !
Bordé d'hermine ! Son manchon était bordé d'hermine ! Tout comme les bords de son ample capuche. Si cet article du dernier chic était parfaitement adapté aux intempéries, son raffinement seyait peu aux lieux scolastiques. Pourtant, rien ne dénotait dans cette gravure de mode semblant glisser sur la neige tant sa démarche était souple et élégante. Pas un craquement, pas un bruit à chacun de ses pas dans le blanc manteau neigeux. Y en aurait-il eu qu'ils seraient passés inaperçus parmi les ordres beuglés par les différents capitaines de chaque équipe, Potter en tête. Les cris stridents de Lily ne rajoutaient qu'une touche aiguë à l'ambiance sonore générale. James avait eu la très mauvaise idée de vouloir attirer son attention par une volée de boules de neige visant la grosse dame des neiges qu'elle avait patiemment édifiée avec ses amies. Plus de nez. Plus de chapeau. Lily n'avait pas attendu la disparition de ce dernier pour exprimer en des termes fleuris ce qu'elle pensait de l'attitude infantile de son soupirant obstiné et gaffeur. Elle perdit beaucoup de sa féminité en vociférant des "sombres abrutis" et "connards de première" à James et à son ombre, Peter.
En comparaison, la jeune fille au manchon luxueux et au teint de porcelaine semblait l'incarnation de la délicatesse toute féminine. Impression perdant de sa chaleur à la vision de ses yeux gris, aussi froids que le temps. L'ample cape que l'on devinait doublée de fourrure abritait une noblesse toute de raideur et de morgue. Elle n'accordait aucun regard aux jeux puérils des élèves. Sa mémoire bien sélective lui permettait d'occulter sa sortie diplômée de la maison de Salazar Serpentard seulement trois ans auparavant. Le diminutif jeté d'une voix qu'elle connaissait hélas, très bien, freina son avancée.
" Cissy ?"
Son hésitation fut extrêmement courte. Après la mémoire, l'audition sélective. Bien pratique.
Sirius Black, car c'était lui, venait d'émerger de l'entrée de Poudlard, suivi de près par Remus. Ils couraient pour rejoindre à temps leur camp avant le début des hostilités. En apercevant sa cousine face à lui, Sirius marqua un temps d'arrêt ; mais que venait donc faire sa cousine, la très noble et surtout très prétentieuse Narcissa Black ici ? Emmitouflé dans sa cape râpée, gêné par les pans de sa capuche, Remus ne remarqua l'immobilisation de son ami que lorsqu'il lui rentra dedans. Ils churent tous deux et roulèrent dans la neige devenue dure après les nombreux passages. Les capes entortillées les empêchèrent de se dégager. C'est parvenu presque aux pieds de sa cousine que Sirius prit appui sur un coude, posant sa tête dans le creux de sa paume pour contempler vue du bas la jeune fille. Son bras passé négligemment autour du mollet de Remus et le reste des membres bien empêtrés avec ceux de son ami n'eurent pas la grâce de plaire à sa cousine.
Elle pinçait les lèvres de dédain au spectacle offert par un descendant mâle de la très noble et très ancienne famille Black. Après tout, il avait été renié par ses parents et n'appartenait donc plus à l'illustre lignée de grands sorciers, pensa-t-elle tentant de le contourner. Sirius et le tas de vêtements élimés se débattaient pour se dépêtrer et reprendre une position verticale.
" Comment vas-tu ma très honorable cousine et que nous valent la joie et l'avantage de ta venue au sein de cet illustre établissement ? railla Sirius.
Elle allait passer sans un mot, sans un geste, sans même un regard pour l'individu vautré à ses pieds.
Ce dernier, trouvant que la situation horizontale dans la neige avait quelque intérêt, décida d'en faire profiter la pimbêche. Il saisit une de ses chevilles alors qu'elle tentait de s'éloigner et tira d'un coup sec. Un simple petit "Ah !" de surprise lui échappa alors qu'elle tombait sur Remus qui n'en demandait pas tant !
- Cesse immédiatement de faire l'enfant Sirius ! Et toi, lâche-moi !
Remus aurait volontiers obéi à cet ordre s'il avait pu s'y retrouver dans ces bras et jambes emmêlés. Pour les siens, pas de problème. Mais il n'allait quand même pas tâter pour savoir si d'après la corpulence, le membre testé appartenait à son ami ou à la cousine de ce dernier ! La capuche entortillée autour de sa tête ne lui facilitait pas la tâche.
Alors qu'ils se relevaient enfin…
- Cissy ? Mais qu'est-ce que tu fais là ? Et avec EUX ? s'exclama Regulus qui venait de surgir, sortant de l'école à son tour. Il était lui aussi suivi de près par son ami. Mais eux surent s'arrêter à temps.
– N'as-tu pas reçu la lettre de ta mère ? lui répondit-elle tandis qu'elle époussetait ses vêtements précieux.
– Si, bien sûr, mais je ne pensais pas que c'était toi qu'elle enverrait !
- Qu'elle enverrait pour quoi ? s'enquit Sirius.
– Ça ne te regarde pas ! lui cracha son frère.
– Oh moi… ce que j'en disais… répliqua l'aîné, reculant prudemment devant le courroux de son cadet. Vos histoires, moins j'y suis mêlé, mieux je me porte !
- Alors fous le camp ! On t'a assez vu.
– Petit frère, grinça Sirius, je te laisse avec grand plaisir en compagnie de notre "chère" cousine. Elle a besoin d'aide pour épousseter sa cape. Ton valet personnel s'en chargera sans aucun doute, fit-il en désignant Severus.
– Laisse, ce n'est rien, intervint Narcissa auprès de Regulus s'apprêtant à lui venir en aide.
Snape, quant à lui, prenait bien garde à ne pas intervenir dans cet échange. Il fusilla du regard Sirius. Puis il se contenta d'observer Narcissa qui avait encore grandi depuis la dernière fois où il l'avait aperçue, trois ans auparavant lors de la remise des diplômes. Encore plus femme, encore plus belle, encore plus froide du haut de sa blondeur et de sa noblesse. Il suivait simplement Regulus qui continuait de menacer son frère, avançant les poings crispés et le verbe hargneux. Décidément, la haine fraternelle était pire que ce qu'il avait imaginé ! Narcissa rebroussait également chemin, agrippant son jeune cousin par le bras, tentant de l'arrêter ou de le calmer, il ne savait pas trop.
Lupin, effaré, inutile, restait planté là, à regarder cette scène de famille…
Le ton montait dangereusement entre les deux frères et ce n'était pas l'arrivée de Potter venant à la rescousse de son ami qui allait apaiser la situation ! Nul ne sut vraiment ce qui fut dit, qui commença. En effet, au moment précis où les deux frères se saisirent l'un de l'autre, le capitaine de l'équipe de Poufsouffle, Ludovic Verpey, hurla :
- Le temps est écoulé ! Tous à l'attaque !
Les boules se mirent à voler en tout sens, venant de toutes les directions. A force de se menacer, de reculer, la petite troupe se retrouvait à peu de choses près au centre du terrain prévu pour la bataille de boules de neige. Ils étaient une cible de choix. Pour les Gryffondors qui s'en donnaient à cœur joie contre les représentants de la maison de Serpentard. Mais également pour les Serpentards qui avaient, eux aussi trois ennemis à portée de tirs. Et tant pis si les jets imprécis atteignaient quelqu'un de leur maison. N'était-ce pas un jeu après tout ?
Les insultes de James s'interrompirent lorsqu'un projectile envoya valser ses lunettes dans la neige. Il dut se mettre à quatre pattes pour les rechercher à tâtons. Les cris stridents de Narcissa cessèrent grâce au très joli tir de Jill Prewet. Elle n'en espérait pas autant ! Sa boule s'était logée dans la bouche de la blonde, refroidissant à double titre son ardeur. Severus et Remus avaient trop à faire pour se soucier de la mitraille. Chacun tentait de retenir son ami. Les deux frères Black, ignorant le tumulte général, en étaient venus aux mains. Bien que Remus tienne énergiquement son bras droit, le nez en sang de Regulus témoignait de l'efficacité du poing gauche de Sirius.
Severus ne s'impliquait pas autant. Placé derrière Regulus, une main posée sur son épaule et l'autre serrant ses vêtements au niveau de la taille, il attendait que le jeune Black cesse de gesticuler comme un beau diable. Comme la situation semblait s'éterniser et qu'il venait déjà d'essuyer deux ou trois boules sans pouvoir se protéger, il songea même à lâcher tout simplement prise pour aller s'abriter. Que les Black s'expliquent entre eux ! Si Regulus pouvait en plus amocher son aîné, il ne pouvait que s'en réjouir. Brusquement, Sirius parvenant à s'arracher des mains de son ami se jeta sur son frère, entraînant dans la chute les deux Serpentards.
Ce ne fut que mêlée de jambes fouettant la neige et de capes pour frapper ou se dégager, bras et mains repoussant ou agrippant, frappant, griffant. Les boules pouvaient bien voler ! Les coups en faisaient tout autant à tel point qu'ils ne ressentaient plus l'effet des premières.
De son côté, dès que James pensait avoir réussi à retrouver ses lunettes, une volée l'atteignait. Sa popularité ou, au contraire, son impopularité auprès des Serpentards le transformait en aimant à boules ! Le temps de dégager cheveux et bonnet tombé sur le bout du nez, la neige devant lui avait changé d'aspect. De nouveaux monticules s'étaient formés. Toute la recherche était à reprendre…
On n'entendait pas plus Narcissa qu'on ne voyait son visage. Elle avait empoigné à deux mains sa capuche, la rabattant le plus bas possible sur sa figure pour se protéger. Elle avançait maladroitement à l'aveuglette, tentant de fuir la zone de combat. Elle partait dans la direction où les tirs semblaient moins fournis. Mais comme tour à tour, chacune des maisons voulait montrer sa force et sa détermination à vaincre en redoublant d'effort, Narcissa était condamnée à tourner ridiculement en rond. A peine entendait-on un petit piaillement lorsqu'un projectile parvenait à franchir la barrière de sa capuche.
Soudain les Serpentards chargèrent, menés par Rabastan Lestrange. Entre la blonde poupée se prenant pour un derviche tourneur et la raclée que subissaient Regulus et Severus coincé sous lui, l'honneur de leur maison en prenait un sacré coup ! Il fallait absolument réagir ! Criant, zigzaguant pour éviter les boules, ils se précipitèrent à la rescousse.
Voyant cet assaut, les Gryffondors réagirent promptement. Pour eux, pas de zigzags. Ils coururent, courbant l'échine pour se protéger des tirs des Pousouffles et Serdaigles profitant de l'aubaine : de la cible à la en veux tu en voilà !
Bien entendu, au début les combattants ramassèrent bien quelques poignées de neige pour nourrir de force leurs adversaires… C'était de bonne guerre ! Des piaillements jaillissaient lorsqu'un élève parvenait à glisser un glaçon dans le cou de son adversaire. Ou des protestations étouffées quand une tête se retrouvait enfouie dans la neige. Mais très rapidement, les rares gloussements ou rires s'éteignirent. Remplacés par des grognements, des exclamations ou même des insultes. Le jeu tournait au règlement de compte ! Les baguettes bien à l'abri dans le sac de classe des préfets, les jeunes sorciers revenaient aux bonnes vieilles méthodes moldues ancestrales.
Les élèves ne participant pas à la mêlée, étonnés, virent Narcissa partir protégée par Lestrange et Nott. Certes, elle avait perdu de sa superbe : toute décoiffée, le visage rougie par la colère et le froid, les lèvres tordues par des insultes murmurées, elle n'avait plus grand chose d'admirable. Des bandes de fourrure maintenant mouillée, ébouriffée pendaient même lamentablement. Elle traînait dans son sillage son jeune cousin passablement amoché. Les sursauts de ce dernier pour se dégager prouvaient que l'envie d'en découdre était plus la forte. Mais il ne pouvait échapper à la poigne des deux gorilles les accompagnant. Ils pénétrèrent dans l'école, hors de portée.
Toujours au sein de la cohue, James avait abandonné tout espoir de retrouver ses lunettes intactes. Il faisait payer leur perte à tout élève un peu trop vêtu de vert passant à sa portée. Sa myopie ne lui permettait pas de savoir sur qui il cognait.
Sirius, quant à lui, n'avait pu s'opposer à la fuite de Regulus. Sa rage n'en était pas diminuée pour autant. Il s'en prit donc au protecteur de son frère, à Severus. Ce dernier avait beau se débattre comme un beau diable, Sirius était plus lourd que lui, plus fort également et surtout, beaucoup plus en colère. Ils roulaient ensemble, l'un tentant de se dégager, l'autre essayant de frapper encore et encore. Severus avait bien tenté d'attraper sa baguette rangée dans la poche intérieure de sa cape. Mais le corps à corps lui retirait toute possibilité. L'issue du combat semblait sombre pour le Serpentard quand les deux ennemis sentirent une présence, un corps parvenant à s'immiscer entre eux deux. Cet inconscient, car seul un inconscient aurait osé s'interposer ainsi, tentait de les séparer malgré les coups pleuvant autour de lui et parfois, sur lui.
Sa présence n'était nullement agressive. Au contraire, protectrice. Ce corps, cette présence avait une voix, voix qui ne cessait de répéter :
"Sirius, je t'en prie, calme-toi. Arrête. Laisse-le. Il n'y est pour rien. Bon sang, Sirius ! Ecoute-moi. Je suis ton ami. Lâche-le. Laisse-le. Arrête de frapper…"
Malgré sa fureur, cette voix parvint à pénétrer l'entendement du Gryffondor. Il remarqua des mains qui, contrairement à celles de Snape, le maintenaient fermement mais sans violence, sans brutalité excessive. Peu à peu la conscience balaya les derniers restes de colère et il comprit.
Remus s'était interposé. Remus, était là, tout contre lui.
Severus profita de l'immobilité inespérée de son adversaire pour se dégager et reculer précipitamment. Il préférait laisser une distance de sécurité entre Black et lui. Essoufflé, haletant, il observait. Black ne quittait pas des yeux Lupin, l'air hagard. Mais que pouvait bien lui raconter le lycanthrope, se demanda Severus, tâchant d'éviter les autres combattants.
Le professeur McGonagall surgit de l'école. Même vue de loin, les pans de sa cape volant derrière elle indiquaient son énervement et sa colère. Les premiers élèves l'apercevant cessèrent immédiatement le combat, tentant de s'esquiver. Mais le concierge M. Picott qui avait suivi le professeur faisait bonne garde. Se redressant pour se grandir autant que son chapeau le lui permettait, Le professeur McGonagall s'immobilisa, attrapa sa baguette qu'elle dirigea vers sa propre gorge tandis qu'elle prononçait un sort de Sonorus.
" Cessez IMMEDIATEMENT de vous battre comme des moldus !"
Les élèves placés devant elle plaquèrent vivement leurs mains contre leurs oreilles… sauf ceux qui étaient plantés la tête la première dans la neige bien sûr. La plupart s'immobilisèrent en découvrant la directrice de Gryffondors. Cette enseignante était déjà connue de tous pour sa rigueur et sa sévérité. Quelques uns ignorèrent son ordre cependant. Ils apprirent à se méfier à l'avenir de ses colères…
Les Petrificus Totalus fusèrent plus rapidement de sa baguette que les éclairs dans un ciel d'orage et les imprudents se retrouvèrent immobilisés, couchés dans la neige.
" Voilà qui refroidira vos ardeurs guerrières. Je vous somme de rester tous ici jusqu'à ce que M. Picott ait relevé le nom de chacun d'entre vous. Un tel comportement au sein de cette école est INADMISSIBLE ! La sortie à Pré-au-Lard est annulée. Vous serez tous consignés ce week-end dans vos salles communes respectives. Vos devoirs ne s'en trouveront que mieux. Et si, pas miracle, certains d'entre vous avaient terminé rapidement, je me charge de les pourvoir."
Tout en parlant, elle balayait du regard l'ensemble des élèves. Elle s'interrompit en apercevant une masse de cheveux cuivrés, ceux de Lily Evans. Un simple haussement de sourcil indiqua sa réprobation.
" Miss Evans, votre sérieux et vos responsabilités de préfet ne m'avait pas habituée à vous voir associée à de telles sottises. Je suis fort déçue."
Sur ce, elle fit demi-tour sèchement et repartit aussi rapidement qu'elle était arrivée, laissant une préfète les joues en feu.
- Tu es en retard. Bon sang, Lupin ! Tu sais pourtant que nous n'avons que peu de temps pour mon entraînement ! Nous avons chacun un cours à quinze heures. Si en plus tu t'amuses à l'écourter, comment veux-tu que je progresse ?
- Tu préfèrerais que j'explique à mes potes que je dois les quitter plus tôt pour aller donner des cours de rattrapage à leur grand copain de Serpentard ? J'ai tout simplement attendu qu'ils partent à leur cours de soins aux créatures magiques.
– Du coup, ils vont y arriver en retard.
– Depuis quand t'en soucies-tu ?
- Quand les phénix gèleront en enfer ! Tu as tout faux comme d'habitude. Je ne m'en soucie pas, je m'en réjouis. Connaissant Brûlepot, ta maison va écoper encore de points en moins grâce à eux.
– Ta bonté d'âme est toujours un sujet d'émerveillement pour moi, Severus.
– On se met au travail ou on sort la théière et les petits fours Lupin ?
- Nous sortons de table, alors va pour le travail ! Tu as cherché ce que je t'avais demandé ?
- Cesse de prendre ce ton avec moi Lupin. Tu n'es pas un prof et ce n'est pas un cours de rattrapage comme tu le prétends. Tu es juste là pour m'aider…
- … en échange de ton aide en potions, oui, je sais. Tu te rappelles qui a eu cette géniale idée j'espère ? Ou il faut que je te rafraîchisse la mémoire ? Alors ?
- Alors quoi ?
- PPPFFFUUU ! Tu me désespères… Ça fait maintenant trois séances qu'on tourne en rond. Tant que tu n'auras pas un souvenir heureux convenable sur lequel te concentrer, tu ne parviendras pas à produire le moindre Patronus correct.
– Ne juge pas la qualité de mes souvenirs, s'irrita davantage Severus. Oh ! Des souvenirs heureux, il en avait bien une petite douzaine dont quelques uns de qualité supérieure. Mais ils impliquaient tous sans exception de penser à une certaine rouquine. Le sombre élève se l'interdisait formellement depuis un an. Lily, c'était du passé. Fini. Terminé.
– Pour ce que j'en dis…Tu as bien dû vivre à un moment de ta vie des trucs heureux avec des amis, ta famille, tes parents… Je ne sais pas moi ! Cherche un peu ! commença à s'énerver Remus.
- La tête de tes copains quand ils se sont rendus compte qu'ils ne pourraient pas s'approvisionner chez Zonko samedi dernier, par exemple…. Ouais, pas mal.
– Salaud.
– Ah non ! J'ai mieux ! La tête de Potter quand il s'est mangé la gifle d'Evans, après la bataille. Pas mal ça, souffla Severus en ébauchant le quart d'un début de rictus souriant.
– Après tout, si ça te convient, soupira Lupin. Bon. Alors, tu fais le vide en toi, tu fermes les yeux. Voilà. Et tu….n'étais pas inscrit sur la liste de McGo ! Comment ça se fait ?
- Fais chier ! Comment veux-tu que j'arrive à me concentrer si tu me sors ce genre de question débile ! Et quelle liste d'abord ?
- La liste qu'elle a fait passer dans toutes les maisons samedi pendant que nous étions consignés dans nos salles communes. La même que l'année dernière, la même que celle de l'année d'avant, la même que celle de l'année encore d…
- J'ai compris le sens général mais bon sang, Lupin, la version courte !
- La liste sur laquelle tu dois marquer ton nom quand tu restes à l'école pendant les vacances de Noël. Elle est arrivée en dernier à Gryffondor. Je n'ai pas vu ton nom quand je me suis inscrit. Comment ça se fait ?
– Tu restes encore ici pour les vacances ? éluda Severus.
- Bin ouais, la pousse subite de poils dans le train, ça le fait pas trop. Etonnant que Dumbledore ne t'ait pas demandé de rester pour la potion… Tu crois que je vais quand même en avoir, cette fois-ci ? C'est quand même mieux quand je la prends.
- Ne fais pas cette tête là, Lupin. Le directeur m'a demandé de rentrer plus tôt justement pour cette raison. C'est toi que je dois remercier pour mes vacances écourtées.
– Y'a pas de quoi, tout le plaisir est pour moi. Mais tu vas où ? insista Remus.
– Ça te regarde ?
- Non, bien sûr… Juste pour savoir…
- Et moi, ce que j'aimerai savoir, c'est faire enfin un Patronus correct.
– Ok, ok, ne t'énerve pas… On reprend. Tu fermes les yeux, tu fais le vide dans ton esprit … Tu te souviens du visage de James et…
- De Potter ! Pas de James !.!.!
- Si tu veux, si tu veux, t'énerve pas et concentre-toi… le visage de J…Potter, insista ironiquement Remus. Maintenant, tu tends la baguette devant toi et tu articules distinctement et fort Spero Patronum. Vas-y.
Severus tendit lentement son bras tenant sa baguette devant lui, les yeux fermés pour conserver au maximum sa concentration. Les plis de ses paupières frémissaient sous l'effort. Il les souleva progressivement, visant d'un regard déterminé un point invisible à la droite de Lupin. Il desserra enfin ses mâchoires crispées pour articuler d'une voix forte :
« Spero Patronum ! »
Un seconde… Deux secondes… Rien ne se passait. Les yeux de Snape commencèrent à s'assombrir, si c'était encore possible.
Trois secondes…
Un fil argenté.
Seul un mince fil argenté apparut timidement au bout de sa baguette. Il s'étirait tout doucement dans l'air, semblant hésiter sur le chemin. Il s'épaissit légèrement mais, tel un cheveu fourchu, se fendit dans la longueur, s'emmêlant pour finir par se rétracter puis disparaître.
Dépité, Severus se laissa tomber plus qu'il ne s'assit sur l'une des chaises de cette ancienne salle de classe dont Dumbledore leur avait laissé l'usage pour les séances d'entraînement. Jambes écartées, coudes posés sur les genoux, il jouait avec sa baguette, cachant ses émotions derrière le rideau de ses cheveux.
– Tu crois vraiment que mon Patronus soit un lombric ? ricana-t-il.
– Mais non, voyons ! Il ne faut pas se décourager c'est tout.
– Pas se décourager ? Tu en as des bonnes ! Si c'est là toute l'aide que tu m'apportes, je ferais mieux de retourner à la bibliothèque chercher la réponse dans les livres.
– Si tu préfères, je ne te retiens pas. Mais je te signale que ton brin de Patronus était plus long que la dernière fois.
– Vraiment ? hésita Snape. Il n'était pas certain de la bonne foi de Lupin. Peut-être était-il en train de se foutre de lui. Encore une fois.
– Ouais ! Absolument !
- Et de combien à ton avis ?
- Bin, euuuhhh… au moins…
- Ça va, j'ai compris. Laisse tomber, le coupa le Serpentard. Comment cacher sa déception ? Il ne voulait en aucune façon montrer que lui, Severus Snape, le meilleur élève de Serpentard et sans ce foutu Patronus, de tout Poudlard, subissait échec après échec là où les détestés Gryffondors excellaient.
– C'est juste un problème d'inadéquation entre la puissance magique nécessaire pour développer un Patronus et la qualité de ton souvenir.
– Si par ce langage ampoulé tu veux dire que mon souvenir vaut que dalle, ne t'encombre pas de fioritures ainsi. J'ai compris.
Remus saisit un autre siège pour se placer à califourchon face à lui. Il laissa le silence s'installer, le temps de laisser à Severus la possibilité de faire le point, de se reprendre tout au moins.
– Le problème c'est ton souvenir.
– Je ne l'aurais pas deviné sans ton aide, persifla Severus.
– Tu n'as pas un souvenir plus heureux ? Quelque chose de sympa que tu as vécu avec tes copains de Serpentard…
- Je n'en ai pas.
- Même si vous vous faites la gueule maintenant, il y a Lily. Vous vous entendiez bien avant qu… avant. Tu dois…
- Je t'interdis de me parler d'Evans ! l'interrompit Severus crispant précipitamment ses poings.
– Il y a quand même Regulus, dévia Remus percevant la tension croissante de son vis-à-vis.
– Ce n'est pas parce qu'il me suit partout que c'est un « copain » ! Il se prétend mon ami ; je n'ai jamais confirmé cette rumeur.
– Mais avant Poudlard, continua Remus sentant le sujet Black trop délicat, surtout avec l'œil poché qui ornait son visage … Tu en as bien eu ! A l'école ou dans ta famille. Un cousin… Je ne sais pas moi !
- En effet.
– Tu vois ! J'ai raison. Tout le monde a au moins un souvenir heureux de son enfance. Le plus dur était de t'en souvenir, annonça-t-il doctement.
Il était fier de lui. Fier d'avoir aidé son presque ami dans l'émergence d'un souvenir heureux.
Severus releva brusquement la tête pour regarder l'air bêtement satisfait du Gryffondor. A l'acidité de son regard, Remus comprit qu'il avait parlé trop vite.
– En effet, tu ne sais pas toi, l'éclaira-t-il. Tu n'as même aucune idée de ma vie.
– Je ne demande qu'à en savoir plus !
- Pour que tes copains et toi puissiez l'utiliser, me ridiculiser ? Tu me crois si naïf Lupin ? Comme si tu avais l'habitude toi, de partager tes secrets, ricana-t-il.
Le « problème » de Remus n'avait pas été évoqué depuis les vacances de la Toussaint. Ils avaient beau se rencontrer deux à trois fois par semaine secrètement pour aider l'autre, il n'avait été question que de potions et de Patronus. Il comprit qu'une fois de plus, Severus ne dirait rien, s'enfermerait davantage s'il ne faisait pas lui même le premier pas. Si c'était le seul moyen…
- Pardi, il suffit de me demander !
– Demander ? s'étonna un court instant Snape. Si c'est aussi simple, parle-moi un peu de la famille Black.
- Sur moi, je peux t'en dire beaucoup. Mais là…. Je trouve que tu t'intéresses beaucoup à eux. Pourquoi ?
- Tu réponds à une question par une autre question ? Voilà qui ne m'étonne pas. Tu es toujours aussi fuyant.
– Que veux-tu, c'est donnant donnant.
Jamais ils n'avaient retrouvé la brève complicité des dernières vacances. Severus avait érigé dédain et persiflage en barrières infranchissables. Plus d'une fois Remus avait eu envie de lui balancer sa spatule dans la figure. Ou mieux, lui plonger la tête dans le chaudron. Encore une fois, il avait pris sur lui, ravalant les répliques cinglantes lui montant aux lèvres. Leur entraide était trop bénéfique à tous deux. Même Slughorn malgré sa cécité pédagogique commençait à percevoir ses progrès. La diminution importante d'explosions pendant son cours n'y était sans doute pas étrangère. Pour Severus, c'était une autre affaire. Cette recherche de souvenir heureux le bloquait. Pourtant, l'enfance de Remus n'avait pas été tous les jours très rose comparée à celle de James. Surtout après la morsure. Il était certain que même Sirius avait bien une demi-douzaine de souvenirs heureux de son enfance. Et pourtant…
Mais que Severus n'en ait aucun… Il en était sidéré. Il ne mettait pas un seul instant en doute cette possibilité. Severus était trop avide de réaliser un Patronus corporel pour s'amuser à de telles mesquineries. Non. Il fallait envisager la réalité telle qu'elle était : Severus n'avait AUCUN souvenir heureux de son enfance…
Par Merlin !
Remus en frémit…
Il n'arrivait pas à imaginer.
Mais sous le regard interrogateur de l'objet de ses pensées, il reprit :
- Donc, je te donne des infos sur la famille Black si tu me dis pourquoi tu les veux tellement. Mais attention ! Sur la FAMILLE Black, pas spécialement sur Sirius. Pour ça, tu lui poses directement la question.
– Je ne pense pas qu'une fracture du nez soit la réponse souhaitée. Très peu pour moi. D'accord, donnant donnant. Je veux des renseignements sur les Black car c'est chez eux que je passe la première semaine de mes vacances.
– Chez les Black ?
- Soit Dumbledore a oublié de nous préciser qu'il y avait de l'écho dans cette salle, soit cette brillante remarque me dit que tu as enfin compris.
– Mais pourquoi ?
- Stop ! Donnant donnant. Ce sont tes propres mots. Je t'écoute. A ton tour.
Encore une fois, Remus dut sortir de sa stupeur. Il lui raconta les grands traits caractéristiques de cette famille de sorciers de sang pur, enfin, ce qu'il en connaissait d'après les remarques décousues de son ami. En prenant bien garde à ne jamais laisser filtrer d'informations compromettantes pour ce dernier. Il lui parla de Orion et Walburga, les parents, de la tante Eladora et de sa manie de décapiter les elfes de maison trop âgés, de la tante Araminta et de sa tentative de faire adopter la loi ouvrant le droit à la chasse aux moldus, et de l'oncle Alphart qui semblait être le seul parent sympathique.
– A toi maintenant. Je pense que la venue de Narcissa l'autre jour n'est pas étrangère à cette invitation. Raconte-moi.
Prenant le relais, Severus lui apprit, mais de façon extrêmement lapidaire, que Narcissa était venue porter la demande de sa tante. Elle avait remis au directeur un parchemin lui demandant l'autorisation d'héberger Severus pour les vacances. Regulus avait tellement parlé de son ami à ses parents qu'ils souhaitaient le rencontrer.
Il tut le fait que Narcissa et Regulus plaidèrent longuement avant d'obtenir la permission de Dumbledore. Après en avoir été fortement irrité, il s'interrogeait sur ses motifs… sans avoir trouvé d'explication.
– Qui sait, j'en reviendrai peut-être avec un souvenir heureux.
– Je te le souhaite.
Mais le doute rejaillissait si fort la voix de Remus, que Severus ne put qu'en ricaner… bientôt imité par le Gryffondor.
« Bon alors, on s'y remet ? Et sors ta règle Lupin. Je veux que tu mesures mon Patronus cette fois… »
(1) Je ne sais pas si je suis arrivée à faire la bataille d'anthologie qu'on m'avait demandé, mais j'ai fait pour le mieux. Parler de neige quand il fait 30° dans la pièce où on tape sur le clavier, faut quand même avoir une bonne dose d'imagination par moment…
Je tiens à signaler que j'ai créé sur FeuFeuNet une communauté C2 : Sus à Severus Snape.
Elle regroupe et propose des fics COMPLETE sur Sev' que nous avons aimé. Pour recevoir les mise à jour c'est très simple ; il suffit de cliquer sur Subscribe à la page d'accueil.
Sinon, le chapitre suivant s'appelle Et l'amour dans tout ça ? …Mais ne vous faites pas trop d'illusions si vous voyez ce que je veux dire. Il n'y a pas qu'une sorte d'amour. Si vous écrivez, vous connaissez l'angoisse de l'attente des commentaires… Je ne vous fais pas un dessin ; je suis nulle pour cela..
Mici de m'avoir lue et très gros zoubis.
